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Full text of "Romania"

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V.  7 


^*ra^ 


ROMANIA 


AfHA::cyï 


ROMANIA 

RECUEIL   TRIMESTRIEL 

CONSACRÉ   A   l'étude 

DES    LANGUES  ET    DES    LITTÉRATURES    ROMANES 

PUBLIÉ  PAR 

Paul  MEYER    rr    Gaston  PARIS 


Par  remenbrer  des  ancessurs 
Les  diz  et  les  faiz  et  les  murs. 
Wace. 


t   ANNÉE  —  1878 


PARIS 

F.  VIEWEG,   LIBRAIRE-ÉDITEUR 

67^  RUE   DE  RICHELIEU 


LIBRARY  OF  THE 
LEUND  STANFORD  JR.  UNIVERSITi. 

CL.   ^t>59& 

W0V5  mo 


LE  LAI   DE  L'ÉPERVIER. 


Le  précieux  manuscrit  auquel  j'emprunte  le  Lay  de  VEpenter  appar- 
tient à  M.  le  comte  de  Seyssel-Sothonod  ;  j'en  ai  eu  communication 
par  l'obligeante  entremise  de  M.  le  comte  de  Quïnsonas,  etj'ai  été  auto- 
risé à  copier  et  à  publier  cette  pièce.  Je  réserve  la  description  du  manuscrit 
pour  une  autre  occasion.  Je  me  bornerai  à  dire  ici  qu'il  est  de  la  fm  du  xiii' 
siècle  ou  du  commencement  du  xiv",  qu'il  est  écrit  sur  deux  colonnes, 
qu'il  porte  le  titre  général  :  Cy  commencent  les  lays  de  Bretaigne,  et  qu'il 
renlerme  vingt-deux  lais,  dont  huit  inédits.  La  plupart  de  ces  pièces, 
parmi  lesquelles  se  trouvent  presque  tous  les  lais  de  Marie  de  France, 
fflériteni  par  leur  sujet  ce  litre  de  lais  di  Bretagne;  mais  plusieurs  autres 
n'y  ont  aucun  droit.  Tels  sont  les  lais  à^ArUioie  et  de  VOisdel^  une  longue 
pidcc  appelée  le  lay  d'Amours^  qui  roule  sur  une  aventure  tout-à-fait  con- 
temporaine du  poète,  et  le  petit  poème  que  je  publie.  Il  a  bien  été  fait  Â 
Pinstar  des  tais  de  Breiagne,  et  il  imite  à  la  fin  les  formules  par  lesquelles 
Marie  termine  habituellement  les  siens;  mais  la  fiction  est  indiquée  par 
le  poète  lui-même.  En  effet,  tous  les  véritables /j/î  ije  parle  ici  des  lais  nar- 
ratifs en  rimes  platesi  étaient  pour  ainsi  dire  le  livret  d'une  mélodie  bre- 
tonne connue.  Les  jongleurs  bretons  parcouraient  la  France  au  xii« siècle, 
exécutant  sur  la  harpe  ou  la  rote  des  compositions  musicales  qui  avaient 
le  plus  grand  succès,  bien  qu'on  ne  comprit  pas  le  sens  des  paroles  dont 
ils  les  accompagnaient.  Des  poètes  français  et  surtout  normands,  qui, 
comme  Marie  de  France,  savaient  le  breton,  eurent  l'idée  de  raconter, 
dans  la  forme  habituelle  des  narrations  rimèes,  le  sujet  des  lais  les  plus 
ftomâaie.  Vit  t 


2  G.    PARIS 

célèbres.  Il  se  forma  ainsi  un  genre  de  poésie  particulier,  qui  fit  donner 
I  le  nom  de  lai  à  des  compositions  analogues  où  les  Bretons  n'étaient  pour 
rien,  comme  le  lai  d'Aristote  et  le  lai  de  l'Oiselet.  Parfois  les  auteurs  de 
ces  compositions  prétendirent  les  avoir  tirées  de  véritables  tais;  l'auteur 
du  lai  de  rÊpervier  essaie  à  peine  de  donner  le  change,  quand  il  dit  en 
terminant  son  poème  : 

Li  tais  de  rupremr  a  non, 
Qui  très  beti  fct  3  remembrer; 
Le  conte  en  ai  oi  conter, 
Mes  onques  n'en  oi  la  note 
En  harpe  fere  ne  en  rote. 

Ce  qui  rend  encore  plus  contestables  les  droits  de  ce  petit  poème  à 
s'appeler  lai  de  Bretagne,  c'est  Texamen  de  la  langue  dans  laquelle  il  est 
écrit.  Tandis  que  les  lais  de  Marie  et  ceux  qui  leur  ressemblent  portent 
les  marques  du  dialecte  normand,  le  nôtre  n'en  ofTre  aucune  trace.  Des 
rimes  comme  cstoieni  entramoient  (v.  12),  maintenoient  erroient  (16),  cote 
foie  (jS),  parlait  soloit  (64),  voite  mémoire  (226),  etc.,  indiquent  une 
région  éloignée  de  la  Bretagne  i  rien  n'empêche  de  chercher  dans  la 
I  France  propre  la  patrie  de  notre  poète.  Les  formes  comme  prcisic 
envoisie  (]\-2)  sont,  il  est  vrai,  étrangères  au  français;  mais  elles 
doivent  être  attribuées  à  un  copiste,  qui  a  laissé  ailleurs  subsister  les 
formes  de  son  onginal  haitiée  afaiiiée  [39-40),  yî»  allée  (79-&0I,  etc.  La 
rime  sequture  seure  (iSj-ôj  =  aucun at  supra  pourrait  étonner,  puisqu'on 
attendrait  en  français  secoure  et  surt.  Mais  celte  même  paire  de  rimes  se 
retrouve  jusqu'au  xv«  siècle  dans  des  auteurs  bien  français  :  seure  a  long- 
temps persisté  à  côté  de  sur;  quant  aux  formes  couris],  cours,  court, 
courent,  courts),  courent,  etc.  (et  de  même  secouris),  etc.),  elles  sont  très- 
modernes,  comme  on  peut  le  voir  dans  Littré,  et  dues  certainement  à 
l'influence  de  l'infmitif  et  des  formes  accentuées  sur  la  terminaison.  Le 
fi'ançais  reflète  un  verbe  ainsi  conjugué  en  latin  vulgaire  : 


cârere 

courre  (corrc,  curre) 

cSro 

cuer 

cùris 

cuers 

cùrit 

cuen 

cûr-amus 

courons 

cHre 

cuer 

cura{m) 

cuere 

Rien  ne  s'oppose  donc  à  ce  que  nous  reconnaissions  dans  notre  poème 
le  dialecte  proprement  français  1  la  forme  va  (v.  1 64)  rimant  avec  ala 
me  parait  fortifier  cette  opinion.  —  Le  style  du  lai  de  VEpervur  est 
agréable,  élégant  et  conds  ;  on  remarquera  notamment  le  talent  avec 
lequel  le  poète  sait  manier  le  dialogue. 


LE    LAI    DE    L'ÉPERVIER 

C'est  le  lay  de  Vetpervier. 


u; 


[  ne  aventure  molt  petite 
Qui  n'a  mie  esté  sovent  dite 
Ai  oi  dire,  tôt  por  voir, 
Que  je  vos  voil  ramentevoir  ; 
5  Nés  puet  en  mie  toutes  dire, 
Ne  tretier  en  romanz,  n'escrire  ; 
De  plusors  en  ot  en  conter 
Qui  très  bien  font  a  remembrer  : 
Car  qui  bien  i  voudroit  entendre 
10  Maint  bon  essample  i  porroit  prendre  ' 


d: 


lUî  chevalier  jadis  estoient 
'Qui  roolt  durement  s'entramoient 
Onques  entr'eus  n'ot  point  d'envie  >  ; 
Molt  par  menoient  bèle  vie  : 

1 5  Chevalerie  raaintenoîent, 
Et  ensamble  toz  jors  erroient; 
Li  uns  n'eust  sanz  l'autre  rien  : 
Partout  et  au  mal  et  au  bien 
Partissoient  ensemble  andui  : 

20  U  uns  n'eust  sanz  l'autre  anui  ; 
Lor  avoir  ert  entr'eus  communs. 
Il  avint  chose  que  H  uns 
Espousa  famé  molt  vaillant, 
Preuz  et  cortoise  et  molt  sachant, 

35  Par  le  conseil  son  compaingnon, 
Qui  Ventilas  avoit  a  non  ; 
Mes  n'ai  pas  l'autre  nommer  : 
Einsi  con  je  Foi  conter 
Le  vous  dirai  assez  briément. 

30  Molt  ert  de  grant  afetement 
La  dame  et  de  biauté  proisiée, 
Riant  et  preuz  et  envoisiée; 
Mes  nus  n'i  vit  mesproiseure 
En  son  gieu  n'en  s'envoiseure  ; 


)  I  proisîe  —  32  eanoisie 

1.  Cf.  Gervaise,  Bestiaire  {Romania,  I,  427),  v.  49-to;  Barl,  et  Jos.  p.  }}jj 

2.  Poûa  a  encore  ici  u  valeur  de  subitAtif  :  jamais  entre  eux  il  n'y  eut  un 
foiaî  d'envie,  la  moindre  envie. 


G.   -PARIS 

)  $  Car  bien  vous  puis  dire  et  conter 
Que  plus  puet  on  de  mal  noter 
En  fome  qui  trop  se  fet  coie 
Qu'en  cèle  qui  demainne  joie, 
Et  qui  parlanz  est  et  haitiée. 

40  La  dame  estoit  molt  afaitiée  ; 
Ses  sire  ot  vers  U  grant  amor, 
Por  sa  biauté,  por  sa  valor; 
Et  Ventilas  molt  Pennoroit, 
Mott  sovent  0  li  sejomoit, 

4j  Molt  par  li  mostroit  bel  semblanti 
Envers  li  ot  amor  molt  grant  : 
Mes  n'en  amor  se  bone  non, 
Car  famé  estoit  son  compaingnon. 
U  sire  esgarda  son  aler 

50  Et  son  venir  et  son  parler, 

Dont  cremi  qu'entr'eus  deus  n'eust 
Tel  chose  qu'avoir  n'i  deust  : 
Atant  la  mescrei  li  sire. 
Par  vérité  puet  en  bien  dire 

j  5  Qu'en  sordit  ■  télé  par  envie 
Qui  n'a  corage  de  folie  ; 
Mes  partout  sont  molt  mal  parlant; 
Et  teus  >  remostre  bel  semblant, 
Por  los  et  por  ennor  atrère, 

60  Qui  n'a  cure  de  folor  fère. 
Li  sire  nu  tint  pas  a  gas  : 
Avint  un  jor  que  Ventilas 
Ert  0  sa  famé,  ou  il  parlott, 
Si  com  sovent  parler  soloit  ; 

6j  Molt  durement  en  fu  iriez  : 
u  Ventilas  »,  dit  il,  n  ce  sachiez 
Que  de  cest  jeu  ne  m'est  pas  bel  : 


41  sires  —  61  ne  —  6}  Molduremeat 

1,  Sordire;  ce  verlw,  qui  signifie  proprement  c  dire  sur  1  quelqu'un,  puis 
c  médire  de  »  quelqu'un,  s'emploie,  dans  les  exemples  que  j'en  connais,  avec 
l'accusatif  de  la  personne,  comme  ici  : 

Se  devant  lui  sui  alegie, 

Qui  me  voudroit  après  sordire?  Tristaiij  I,  jaiô. 
Sire,  ce  a  dit  Naimes,  Maugis  avés  sordit.  Reiuut,  p.  365,  v.  26. 
Or  me  dist  on  ersoir  que  vous  me  sourdis(i}és, 
Et  que  ribaut  chetif  et  tniant  me  clamés.  Doon  dt  Maiauc,  v.  617$. 

2.  Teas  —  telle. 


LE   LAI    DE   L'ÉPERVIER 

C'est  U  compaingnie  Tassel 
Que  vos  me  fêtes,  ben  le  voi  > . 
70  —  Mar  le  dites,  biau  sire,  avoi  ! 
Mieux  vodroie  perdre  la  vie. 

—  Tesiez;  ne  vos  creroie  mie 
Por  sereraent  ne  por  jurer. 

—  Ben  voi  que  trop  porroit  durer 
75  Entre  nos  deus  ta  compaingnie  : 

Dès  or  veil  que  soit  départie.  » 

A  ces  paroles  s'en  toma. 

Adonc  a  la  dame  pensa. 

Et  èle  a  lui,  mainte  fiée, 
80  Tant  qu'amers  H  a  aliée. 

A  une  liue  menant  érent  ; 

Par  tel  achoison  s'entramérent  : 

Ja  se  desfendu  ne  lor  fust, 

Puet  estre  entr'eus  amor  n'eust; 
85  Que  c'est  de  plusors  la  costume, 

Qui  les  chastie  ses  alume  ; 

Et  s'est  ben  droia>  que  plusor  sont, 

Que  ce  c'on  lor  deffent  ce  font, 

Et  qui  lors  proieroit  du  fère, 
90  Tôt  tens  feroient  le  conirère. 

Il  s'entramérent  molt  andui  : 

Cil  ama  li  et  èle  lui  ; 

Et  molt  sovent  a  lui  parloii. 
Un  jor  avint  qu'alez  estoit 
9$  U  sire  por  esbanoier, 

Ne  saî  em  bois  ou  en  rivîer; 

Lî  chevaliers  ne  s'atarja 

A  la  dame  tost  envoîa 

Savoir  s'il  i  porra  parler. 
100  Cil  >  montaj  s'esploita  d'ater; 

La  vint  ou  la  dame  manoit  ; 


87  ptvsors  —  89  pr.  desfere  —  9a  a.  lui  —  99  se  il 

1.  Cette  locntioOj  qui  n'est  pas  expliquée  jusqu'à  présent  avec  certitude,  se 
retrouTedans  Beneeit,  Chronique,  v.  1  ijô^  :  Cest  la  compai^n'u  Tassel  (éd.  tassel) 
Qu'il  m'a  faite f  et  dans  Renart^  v.  3819  :  Cest  la  comvagme  Tassel  Que  vous  me 
faiUs  voirement.  Le  sens  est  évidemment  c  association  irauduleuse,  compagnie  de 
traître.  »  Tdsul  doit  être  un  nom  propre,  celui  d*un  traître  célèbre,  mais  on 
ne  connaît  pas  son  histoire. 

2.  Cilj  c  est-i-dite  t  celui  qu'il  envoya  ■  ;  e/ivoùf,  bien  que  privé  de  régime, 
ODotient  impticiteoieat  l'idée  ae  l'envoyé. 


G.    PARIS 

Il  descend!,  si  ala  droit 

En  la  chambre  ou  èle  estre  seut  ; 

Si  li  dist,  plus  tost  que  il  puet, 

1 0  j  Que  ses  sire  venoit  a  li. 
La  dame  de  son  lit  sailli  : 
Baigniée  estoit,  si  s'atoma 
Molt  richement  et  acesma^ 
De  bel  semblant  estoit  et  simple  ; 

1 10  Adonc  voloit  lier  sa  guimple'  : 
«  Biau  sire  »,  dit  èle,  «ça  vien  \ 
Pren  cest  raireor,  si  me  tien 
Ça  devant  poi,  que  je  le  voie, 
Qu'afublée  bêlement  soie.  » 

115  Cil  le  prent,  si  s'agenoilla  : 
Bêle  la  vit,  si  Pesgarda 
Que  plus  l^eçgarde  plus  s'esprist  ; 
La  biauté  de  li  le  sorprist 
Que  plus  près  de  li  s'aproucha, 

1 20  La  dame  prist^  si  l'enbraça  : 

«  Fui,  fous,  »  dît  èle,  «  fui  de  ci  ! 
Es  tu  desvez  ?  —  Dame,  merci  ! 
Soufrez  un  poi  !  »  Oz  du  musart, 
Que  plus  li  desfent  et  plus  art  ! 

1 2  (  Car  pire  çst,  ce  dient  les  genz, 
Itels  maus  que  n'est  mais  des  denz. 

Einsi  con  la,  dame  tenoit 
Et  si  fièrement  la  menoit, 
Aunt  es  vos  le  chevalier 

I  jo  Qui  sire  estoit  a  Pescuier  : 

<f  Fui,  fous,  »  dit  èle,  «  fui,  lechierre  : 
Oz  ton  seignor  ?  —  Et  las  pechierre  ! 
Quel  deable  Tamainnent  ore  P 
Mon  veul>  ne  venist  il  encore  ! 

i^S  ~  Fui,  »  dist  la  dame,  «  isnèlement; 
Si  te  repon  hastivement.  » 


104  Bel  li  d.  —  10;  sen  —  107  Baignie  —  121  fol  —  126  Itel  max,  mal 
—  128  ferement  —  129  .i.  ch. 

1.  Cette  opiration  de  la  toilette  des  femmes  au  moyen-ftge  était  très*longue  et 
très-délicate  et  réclamait  l'aide  constante  du  miroir.  Voyez  le  joli  passage  de 
Partonopeus  cité  dans  Quicherat,  Histoire  du  Costume^  p.  166. 

2.  Mon  veut,  ■  i  ma  volonté  ».  Cette  locution  se  trouve  déji  dans  \t  Serment 
de  Louis  le  Germanique  (meon  roi/)  ;  elle  est  fréquente  au  XII*  siècle. 


LE   LAI    DE   L'ÉPERVIER 

Cil  se  repont,  mes  moU  li  griéve. 

Et  la  dame  bien  tost  se  liéve. 

Es  vos  son  ami  aitant  : 
140  Ne  s'aperçut  '  ne  tant  np  nuam;. 

La  dame  prent  et  si  Tacole, 

A  ti  joe,  rit,  et  parole, 

Et  fei  son  bon  comme  il  soloit. 

Tôt  ainsi  comme  a  li  parloit, 
145  Es  vos  son  séignor  aitant  ; 

Le  chevalier  saut  en  estant  : 

«  Dame,  »  dist  il,  «  que  porrons  fère  ? 

Ne  sa!  a  quel  chief  puissons  trère. 

Je  ne  sai  nul  conseil  de  nos  ; 
1  $0  De  moi  ne  me  chaut  fors  de  vos. 

—  De  moi,  a  fet  èle,  «  n'en  doutez; 

Ja  en  doute  mar  en  serez  : 

Se  Deu  plet  ben  eschaperai. 

Mes  fêtes  ce  que  vos  dirai  : 
i  j  5  Traiez  vostre  espée  erramment, 

Si  dites  itant  seulement  : 

«  Par  le  cuer  bieu  !  s*or  le  tenisse, 

«  N'eust  garant,  ainz  l'oceisse;  » 

Si  vos  en  alez  a  esploit  : 
1 60  De  moi  que  estre  puet  si  soit  ; 

Ice  dites  que  je  vos  mis  ; 

Mal  direz  el.  »  Cil  vient  a  l'uis, 
.    L'espée  tret,  et  va  jurant  : 

«  Par  le  cuer  beu  !  n'eust  garant 
i65^jQt.lot.le.mûnt,  se  le  trovasse, 

Que  la  teste  ne  li  coupasse  !  » 

Li  sire  Tôt,  si  s'arestut  : 

Tret  soi  ariére,  ne  se  mut. 

Dont  cuida  quMl  le  menaçast, 
170  Ainz  n'ot  talent  qu'il  l'aprochast. 

Quand  il  vil  qu'alez  s'en  estoit, 

A  sa  famé  vint  lors  tôt  droit, 

L'espée  trète,  toz  irez  : 


IJ7  greue  —  175  iriez 

I.  ^aperumr  est  parfois  employé  ainsi  sans  régime,  pour  dire  «  s'apercevoir 
de  quelque  chose  ■,  sans  parler  des  cas  où  il  signifie  *  entrer  [ou  rentrer)  en 
possession  de  ses  facultés.  >  Ainsi  dans  Tristan,  Ij  8j  ^  0"""'  ou/  oi  parler  sa 
drucy  Soat  que  s'cstoit  aperceue. 


G.    PARIS 

<r  Par  le  cuer  beu  !  or  i  morrez! 
175  —  Dieu  !  sainte  croîz  !  nomini  Dame  >  ! 
Qu'avez  vos,  nre  ?  »  dist  la  dame. 

—  Que  j*ai  ?  c'or*  ne  savez  ?  ahi  ! 
Mar  m'i  avez  certes  trahi. 

—  Trai,  sire  ?  Sainte  Marie  ! 
180  Avoi  !  por  Deu,  nu  dites  mie  ! 

—  Ne  die  ce  que  j'ai  veu  ? 
Vostre  chanlant  i  qui  ici  fil 
Pis  me  hisoit,  que  il  disoit 
S'il  me  tenist,  Û  m'ocirroit. 

185   —  Biau  sire,  se  Deus  me  sequeure, 
A  ton  me  metez  rage  seure. 
Mes  por  ce  que  estes  irez 
Direz  tout  ce  que  vos  vorrez  ; 
Et  se  parler  me  lessiez 

190  La  vérité  en  orriez. 

—  Vérité  ?  ce  vos  ert  mestiers. 
Or  dites.  —  Sire,  volentiers. 
Li  chevaliers  qui  de  ci  va 
Orendroit  en  rivière  ala  : 

195  Baillé  avoit  son  escuier, 

Si  comme  il  dit,  son  espervier; 
Et  dl,  quant  il  li  ot  bailUé, 
Si  le  geta  sanz  son  congié, 
Ainz  puis  nu  vit  ne  puis  ne  Pot. 

200  Li  chevaliers  quant  il  le  sot 

Ne  sait  comment  vint  çaienz  droit 
Ses  escuiérs  qui  le  cremoit, 
Si  se  repost  triers  ce  lit  la. 
Biau  frère,  >  dit  èle,  <  vien  ça  -, 

20)  Si  soiez  tout  asseuré.  * 
Et  cil  qui  tout  ot  escouté 
Saut  sus;  grant  joie  dut  avoir  : 
«  Certes,  dame,  vos  dites  voir. 
De  Deu  soiez  vos  onnorée; 


200  II  y  a  r'uiblemaa  me  lacune  aprh  ce  vers  —  202  Son  escuier,  tenoit 

1 .  Nomini  Dame  !  exclamation  altérée  de  In  nomine  Domini,  On  trouve  Nomtni 
Dame  dans  un  vende  Raoal  de  Cambrai  (p.  6j),  où  l'éditeur  a  lu  Hom  ni  dame. 

2.  Cf.  la  note  sur  le  v.  24  de  Mainet  (jiom.  IV,  ;  1  )). 

).  Chanlant,  «   galant,  adulter  1.  Ce  mot,  qui  parait  être  un  doublet  de 
c  chalant  p,  est  encore  usité  dans  plusieurs  patois. 


LE    LAI    DE    l'ËPERVIER 

iio  Car  la  vie  ai  or  recovrée, 
Bêle  douce  dame,  par  vos. 
Certes  irop  est  mes  sire  iros. 
Qui  me  voloit  ocirre  ainsi 
Por  son  oisel  que  je  perdi  : 

iij  N'i  eust  guères  gaaingnié, 
Se  mort  m'eusi  ou  mahaingnié. 
—  Osiés  '  î  avoi  !  »  ce  dit  li  sire  ; 
tf  Dahcz  ail  orc  la  seue  ire  ! 
Puis  n'i  eust  nul  recovrier. 

220  Biau  frère,  pren  mon  esprevier, 
Si  li  porte  de  moie  part.  > 
Cil  l'en  merde,  si  s'em  pari. 
Et  son  seignor  ainsi  conta, 
Einsi  con  l'aventure  ala. 

225   y^eslc  aventure  si  fu  voire  : 
V-* Avoir  le  doit  on  en  mémoire; 
Tôt  ainsi  avint^  ce  dit  l'on  : 
Li  îays  de  Vesprevier  a  non, 
Qui  très  bien  fait  a  remembrer. 

250  Le  conte  en  ai  oi  conter. 
Mes  onques  n'en  oi  la  note 
En  harpe  fère  ne  en  rote. 


Ce  joli  conte  arrive  de  l'Inde;  c'est  là  du  moins  que  nous  le 
trouvons  le  plus  anciennement.  Dans  ((  les  soixante-dix  histoires  du 
Perroquet  a  ou  ÇukasaptaU  (26),  nous  la  tisons  sous  la  forme  sui- 
vante >  ;  «  Ratnavati,  la  femme  d'un  kchatriya  appelé  Kchomarakcha, 
a  une  intrigue  d'amour  avec  Vallabha  et  en  même  temps  avec  son  fils, 
sans  que  ni  l'un  ni  l'autre  se  doutent  de  cette  rivalité.  Un  jour  ils 
arrivent  tous  deux  chez  elle  et  tout  à  coup  son  mari  parait  aussi.  En  le 
vo3ram.  elle  met  le  père  à  la  porte  en  feignant  de  se  quereller  avec  lui, 
e1  aux  questions  de  son  mari  elle  répond  en  montrant  le  jeune  homme  : 
u  C'est  le  fils  de  cet  homme  qui  s'en  va;  il  s'est  réfugié  dans  notre 


2 1 2  messires  —  2  r  7  Oste. 


*     I.  Ostis  t  employé  ainsi  comme  exclam;ition  pour  repousser  l'idée  d'une 
t^aX  déji  présenté  i  moi  dans  plusieurs  textes  où  j'ai  négligé  de  le  noter. 
2.  J'empniDte  l'analyse  de  ce  conte,  ainsi  qu'une  grande  partie  des  . 
gTiemcnls  qui  suivent,  à  M.  Benfey,  Hantschatantra.  I,  §  \-j. 


chose. 


ren&et* 


10  G.    PAKtS 

«  maison,  et  on  ne  doit  livrer  à  personne  celui  qui  prend  pour  asile  la 
«  maison  d'un  kchatùya;  c'est  pourquoi  j'ai  refus*  de  le  rendre  à  son 
«  père.  »  —  Le  récit  de  VHitopadtsa  (II,  9^  est  plus  détaillé  et  mieux 
motivé  ■  :  c<  Dans  la  ville  de  Ovarayati  la  femme  d'un  fermier  avait  une 
liaison  avec  le  juge  de  la  commune  et  son  fils.  Un  jour  qu'elle  se  diver- 
tissait avec  le  fils,  le  père  survint.  Dès  qu'elle  le  vit,  elle  fit  passer  le 
jeune  homme  dans  le  grenier^,  et  goûta  les  caresses  du  juge.  Mais  voilà 
que  son  mari  revint  à  l'improvisïe.  En  l'apercevant  qui  arrivait,  elle  dit 
tout  bas  au  juge  :  «  Prends  ton  bMon,  feins  d'être  en  colère  et  va-l'en 
«  au  plus  161.  X  II  fit  ce  qu'elle  lui  disait,  sur  quoi  son  mari  entrant  lui 
demanda  ce  que  le  juge  était  venu  faire.  «  Il  est,  pour  je  ne  sais  quelle 
«  raison,  »  lui  répondit-elle,  «  en  colère  contre  son  fils,  et  celui-ci,  pour 
«  échapper  à  sa  poursuite,  s'est  réfugié  ici.  Je  l'ai  conduit  dans  le  gre- 
«  nier  et  si  bien  caché  que  le  père,  malgré  ses  recherches  dans  la  mai- 
«  son,  ne  l'a  pas  trouvé;  c'est  pour  cela  qu'il  est  parti  en  colère,  p  Et 
elle  alla  chercher  le  jeune  homme  dans  sa  cachette  et  l'amena  à  son 
mari.  » 

VHitopadtsa  est,  comme  le  dit  l'auteur  dans  sa  préface,  tiré  «  des  Ci/i^ 
livres  {PanUhatantra)  et  d'un  autre  recueil  ».  C'est  à  cet  autre  recueil, 
perdu  pour  nous,  que  le  compilateur  a  emprunté  le  conte  en  question. 
Comme  ce  conte  se  retrouve  également  dans  les  diverses  versions  orien- 
tales du  livre  de  Sindihàd  {^^Siddhapaù  en  sanscrit!,  qui  représentent  un 
original  sanscrit  perdu»,  M.  Benfcy  a  pensé  que  VHitopadfsa  ou  sa 
source  l'avait  puisé  dans  le  livre  de  Siddhapatt;  mais  outre  que  cette 
opinion  soulève  une  objection  fort  grave,  que  j'indiquerai  tout  à  l'heure, 
le  récit  de  VHitopadesa  se  rapproche  trop  de  celui  du  Çiikasaptati  pour 
provenir  indépendamment  du  Sindibàd^  qui  s'en  éloigne  sensiblement,  et 
d'autre  part  se  rapproche  trop  de  celui  du  SmJiMJ  pour  que  VHitopadesa 
et  le  Sindihâd  aient  puisé  indépendamment  Tun  de  l'autre  dans  le  Çuka- 
saptati.  Voici  en  effet  la  version  du  Sindibàd,  que  je  donne  en  comparant 
entre  elles  la  version  grecque  du  Sy/îripaj  (G),  la  version  hébraïque  ttrad 
Carmoly)  du  Sendabar  (H),  et  la  version  espagnole  (fidèlement  traduite 
de  l'arabe)  du  Ltbro  de  los  Engafios  *  (K)  : 

«  Une  femme  a  pour  amant  un  cavalier  (un  militaire  G,  un  homme  du 
roi  E)  ;  un  jour  il  envoie  chez  elle  son  esclave  pour  savoir  s'il  peut  venir 
la  trouver  sans  crainte  de  rencontrer  son  mari  (pour  la  prier  de  venir  le 


I,  le  traduis  sur  la  version  jlleinande  de  M.  Max  Mùller,  p.  90. 

i.  Ce  mot  désigne  simplement  ici  une  petite  chambre  attenante,  dans  laquelle 
on  serrait  la  provision  de  btc. 

}.  Vuy.  Comparctti,  Rtccrcht  mlorno  a!  Ithro  di  SindibâJ^  Milan  18&9. 

4.  Sur  ces  divers  textes  cl  leur  rjpport,  voy.  l'ouvrage  de  M.  Comparelli, 
qui  a  publia  le  Ubro  de  los  Enganos  en  appendice. 


tE    LAI    DE    l'ÊPERVIEK  1  r 

trouver  H).  L'esclave,  jeune  et  beau,  piail  à  la  dame;  elle  le  garde 
aapré»  d'elle  (xxTVfvsbixxce  G)  si  longtemps  que  l'amant,  impatienté  de 
ne  pas  le  voir  revenir,  prend  son  épée  (manque  E),  et  vient  lui-même 
chez  u  maJtresse.  En  le  voyant  arriver  (en  l'eniendani  appeler  E, 
ati^\tèrri  toûtc  G),  elle  cache  l'esclave  dans  une  chambre  voisine  de  la 
some  (dans  an  angle  de  la  chambre  E.  dans  l'appartement  intérieure), 
<l  re^ii  l'auue  avec  les  démonstrations  les  plus  tendres.  Au  milieu  de  leurs 
caresses  elle  voit  arriver  (elle  emend  appeler  E)  son  mari.  Elle  se  dit  que 
s  elle  cache  son  amant  comme  Tesclave  il  le  verra,  et  dit  à  son  amant  ; 

•  Tire  ion  épée,  sors  en  proférant  des  menaces,  et  ne  dis  rien  d'autre,  i-  Le 
■nh  le  rencontre  sortant  ainsi  comme  un  furieux  et  l'interroge  en  vain. 
(I  entre  auprès  de  sa  femme  et  lui  demande  ce  que  cela  signifie  :  a  Cet 
«  bomme,  »  lui  dit-elle,  «  s'est  mis  en  colère  contre  son  esclave  et  l'apour- 

•  suivi  l'épée  à  la  main  ;  Tautre  en  s'enfuyani  a  trouvé  la  porte  ouverte 

•  Cl  est  entré  ici;  je  l'ai  caché  et  je  n'ai  pas  voulu  le  lui  livrer;  voilà 

•  pourquoi  il  sortait  en  proférant  des  menaces.  *  Le  mari  dit  :  t  Où  est 
«  PescUve  ?  —  Caché  ici.  »  Le  mari  va  à  la  porte,  s'assure  que  le 
oiaitre  est  éloigné,  appelle  l'esclave  et  lui  dit  :  <i  Tu  peux  t'en  aller;  ton 
■  naître  est  parti  (ce  trait  manque  dans  H).  »  Le  jeune  homme  s'en 
vm,  et  le  mari  félicite  sa  femme  de  sa  conduite.  * 

On  voit  de  suite  que  le  récit  du  Smdibàd  et  celui  de  iHiiopadesa  ont 
ea  CMMOun  deux  traits  qui  les  distinguent  de  celui  du  Çakasaptati  :  c'est 
d'abord  le  bâton  ou  l'épée  que  brandit  ou  tire  te  plus  âgé  des  deux 
amams,  puis  la  circonstance  que  le  jeune  amant,  le  vieux  et  le  mari 
arrivent  chez  la  femme  à  quelque  distance  l'un  de  l'autre,  tandis  que 
dans  le  Çulusaptaû  ils  semblent  se  présenter  tous  trois  presque  en  même 
MBifps.  Mais  d'autre  part  il  y  a  entre  le  Sindibâd  d'une  part«  VHitopadesa 
et  le  Çixkjsaptaii  de  l'autre,  une  différence  radicale  qui  empêche  absolu- 
ment de  croire  que  VHitopadesa  ait  puisé  dans  le  Sindibâd  tel  que  nous 
t'avons  i  c'est  le  double  fait  que  les  deux  amants  sont  dans  les  deux 
livres  sanscrits  père  et  fils,  dans  le  Sindihàd  maître  et  esclave,  et  que 
le  plus  jeune  est  dans  les  deux  premiers  livres  amant  au  même  titre  que 
fautre,  tandis  que  dans  le  Sindibâd  il  est  chez  la  maUresse  de  l'autre 
l'objet  d'un  caprice  soudain  II  résulte  de  là  une  autre  différence,  c'est 
que  le  plus  jeune  des  deux  galants  est  ici  envoyé  par  l'autre  en  message 
auprès  de  la  belle,  tandis  que  dans  les  deux  premiers  récits  il  se  trouve 
par  hasard  chez  la  maUresse  commune  quand  l'autre  y  arrive. 

Les  différences  entre  le  récit  du  Sindwâd  et  ceux  du  Çukasaptati  et  de 
VHitopadtsa  sont  toutes  à  l'avantage  du  premier.  Elles  rendent  le  conie 
â  b  (bis  moins  choquant,  plus  gracieux  et  mieux  motivé.  Elles  peuvent 
donc  être  considérées  comme  le  produit  d'une  habile  révision.  La  substi- 
luiion  d'un  esclave  au  61s,  dans  te  rAle  du  jeune  rival,  a  été  sans  doute 


IS  G.    PARIS 

pratiquée,  dit  M.  Benfey,  pour  éviter  la  donnée  incestueuse  du  conte 
primitif;  je  le  pense  aussi,  mais  ie  ne  vois  pas  pourquoi  ce  changement 
a  dû  se  faire  u  sur  le  sol  musulman.  »  Cette  délicatesse  a  pu  venir  aussi 
bien  à  un  réviseur  indien  que  persan.  M.  Benfey  aioute  que  ce  change- 
ment a  donc  été  opéré  «  contrairement  à  l'originalindien  du  Sindibâd  », 
ce  qui  soulève  la  question  de  cet  original^  dont  je  suis  obligé  de  dire  un 
nwt 

Notre  conte  est,  dans  le  Sittdibâd,  le  second  de  ceux  que  raconte  le 
deuxième  vizir;  il  est  celui  que  raconte  le  premier  vizir  dans  la  huitième 
nuit  du  Tuti-Nameh  du  poète  persan  Nahcheb).  Or  M.  Comparetti  a 
prouvé  que  les  seconds  récits  des  vizirs  dans  le  Sindibâd  et  ceux  qui  se 
trouvent  dans  Nahchebi  sont  originairement  étrangers  au  Sindibâd,  qu'ils 
proviennent  du  Çukasaptatiy  et  qu^ils  ont  dû  être  incorporés  au  Sindibâd 
pehlvi  d'après  la  version  pehlvie  du  Çukasaptati,  cet  ancien  Tati-Nameh 
(perdu)  qui  a  servi  de  base  tant  au  Tuti-Nameh  de  Nahchebi  qu'au 
Livre  du  Perroquet  turc.  Trois  hypothèses  sont  donc  à  considérer  :  ou 
bien  le  Çukasaptati  avait  subi  en  Inde  une  révision  où  la  forme  de  notre 
conte  avait  été  modifiée,  et  qui  fut  traduite  en  pehlvi,  —  ou  bien  la 
modification  du  conte  est  l'œuvre  du  rédacteur  de  l'ancien  Tuti-Wmeh 
pehlvi,  —  ou  elle  appartient  à  l'écrivain  qui  a  inséré  dans  le  Sindibâd 
pehlw  les  sept  '  récits  empruntés  au  Tuti-Nameh  (=  Çukasaptatî)  qui 
forment  les  secondes  histoires  des  vizirs  ^.  La  même  question  se  pose  pour 
plusieurs  autres  contes,  et  on  ne  pourra  la  résoudre  que  quand  on  con- 
naîtra mieux  les  divers  livres  dont  il  s'a^t  ;  je  ferai  seulement  sur  le 
point  qui  m'occupe  une  remarque  qui  peut  avoir  de  l'intérêt  pour  les 
recherches  de  ce  genre. 

J'ai  signalé  plus  haut  les  traits  par  lesquels  le  conte  de  VHÎtopadesa  se 
rapproche  tantôt  du  Çukasaptati,  tantût  du  Sindibâd:  aucun  trait  du 
même  genre  ne  rapprochant  le  Çukasaptati  du  Sindibâd,  il  faut  sans  doute 
regarder  la  version  de  VHitopddesa  comme  intermédiaire  entre  celle  du 
Çukasaptati  et  celle  du  Sindibâd.  L'Hitopadesa  est  d'une  date  trop  récente 
pour  que  nous  puissions  le  faire  entrer  en  ligne  deVompte;  il  s'agit  donc 
de  cet  ('  autre  recueil  m  où  le  compilateur  de  {'Hitopadesa  a  puisé  à  c6té 
du  Pantchaîantra.  Mais  ni  ce  recueil  ni  VHitopadesa  n'ayant  été,  comme 
le  livre  d*où  est  extrait  le  Pantchaîantra ,  comme  le  Çakasaptati  ei  le 


I .  Il  n'y  en  a  on  réalité  ouc  six  ;  le  septième  étant  étranger  au  Çukasaptati  ; 
mais  l'un  des  contes  intercalés  dans  le  Sindibdtl  répond  X  aitix  contes  du  Çukû' 
iûptatt;  voy.  Comparetti. 

a.  Nahchebi  ne  peut  nous  servir  i  rien,  porce  que  nous  ne  savons  pas  s'il 
a  tiré  les  su  contes  en  question  du  SiHriiW*/ou  du  Tuti-iSameh,  qu'il  Jcvait  avoir 
tous  deux  sous  les  yeux.  Son  récit,  pour  notre  conte,  est  i  peu  prcs  identique 
i  celui  du  SuidibM. 


LE    LAI    OE    l'ÉPERVIER  |  J 

SUJhapatiy  traduit  en  pehivi,  —  au  moins  que  nous  sachions,  —  il  faut 
que  U  version  de  notre  conte  qui  lui  a  donné  la  forme  que  nous  lui 
voyons  dans  le  5i>);^(i'(ii/ ail  été  composée  dans  IMnde  même.  L'examen 
particulier  de  notre  conte  nous  amène  donc  à  penser  qu'il  a  existé  en 
sanKrit  une  rédaction  du  Çukasaptati  sensiblement  difTérentc  de  celle 
que  nous  connaissons  soit  par  les  extraits  de  M.  Benfey,  soit  par  la  tra- 
duaion  incomplète  de  Galanos  ' . 

Quoi  qu'il  en  soit  de  cette  question,  nous  avons  surtout  à  nousoccuper 
de  U  version  du  Sindibâd.  Elle  n'a  pas  passé  dans  le  groupe  occidental 
des  dérivations  du  S/ni/iMii  qui  forme  le  roman  des  Sipi  Sages;  mais 
elle  n'en  a  pas  moins  pénétré  en  Europe  dans  un  asse?.  grand  nombre  de 
rédactions,  dont  la  plus  ancienne,  jusqu^à  présent,  et  la  mieux  réussie 
pcui-ètre  de  toutes,  est  celle  qu^on  vient  de  lire.  On  a  pu  se  convaincre 
de  son  étroite  parenté  avec  la  version  du  Sindibâd  ;  comment  ce  conte 
ofiemal  était-il  arrivé  en  France  au  xu*^  ou  xni"  siècle  ?  Deux  explica- 
tions sont  possibles.  Le  Sindibâd,  avant  de  devenir  le  Roman  des  Sept  -^ 
Sag€i,  a  cenaineraeni  été  l'ob)ei,  soit  dans  l'empire  grec,  soit  en  Occident» 
d'une  longue  transmission  orale.  C'est  dans  cette  transmission  qu'il  a  perdu 
seize  des  \'ingt  contes  '  dont  il  se  composait  et  qu'il  s'en  est  annexé  onze 
autres.  Mais  il  est  naturel  que  plusieurs  des  contes  qui  ont  glissé  hors 
da  cadre  du  roman  ne  se  soient  pas  pour  cela  effacés  de  la  mémoire 
populaire  et  aient  continué  à  vivre  isolés  dans  la  tradition  orale.  En  effet, 
sur  les  s«ize  contes  du  Sindibâd  qui  ne  se  trouvent  pas  dans  les  Sept  Sages, , 
trois  au  moins»  \La  Trace  du  lion,  le  Manteau  brûlé,  les  Soahaits\,  sans" 
compter  le  nôtre,  se  retrouvent  dans  la  littérature  populaire  du  moyen-âge. 
D'autre  part,  notre  conte  peut  avoir  été  importé  d'Orient  à  l'état  isolé,  ~^ 
soii  par  Tintermédiaire  des  Byzantins,  soit  à  l'époque  des  Croisades.  On 
remarquera  ce  que  dit  de  sa  source  le  poète  lui-même  :  Le  conte  en  ai  oi 
conter;  et  au  commencement  il  remarque  qu'on  ne  peut  écrire  et  mettre 
en  vers  toutes  les  histoires  qu'on  entend  raconter.  C'est  donc  dans  la 
tradition  orale^  quel  qu'ait  été  son  point  de  départ,  que  l'auteur  du  Lai 
di  Vespervier  a  puisé  directement. 

Si  le  récit,  dans  ses  traits  généraux,  est  demeuré  remarquablement  fidèle 
au  modèle  oriental,  il  faut  admirer  avec  quelle  souplesse  il  s'est  accom- 
modé aux  moeurs  de  l'Occident.  Le  poète  avait-il  trouvé  ce  travail  tout 
Eût  dans  le  conte  qu'il  avait  entendu  f  je  ne  sais,  mais  je  serais  poné  à 


1.  Je  laisse  de  càtè  les  récits,  d'ailleurs  assez  peu  intéressants,  qui  sont  mis 
daas  la  bouche  de  Sindibâd  et  du  prince,  ainsi  que  le  dernier  de  la  reine;  je 
ne  compte  que  les  quatorze  hi&toires  des  sept  vizirs  et  les  six  de  la  reine  qui 
forncot  la  vraie  trame  du  roman. 

a.  Il  ^ut  y  jamdre  le  conte  de  la  Chiatni  ^ui  pleaie^  arrivé  en  Occident  par 
rtaternédiaire  de  P.  Alfonse. 


14  C.    PARIS 

croire  qu'il  est  le  principal  auteur  de  cet  habile  arrangement.  Il  parait, 
il  est  vrai,  vouloir  rester  scrupuleusement  fidèle  au  récit  quMl  met  en 
vers,  quand  il  dit,  en  parlant  de  l'un  des  deux  chevaliers,  qu'il  s'appe- 
lait Ventilas  '  :  M(s  n*oi  pas  Vautre  nomer  ;  Eiisi  corn  je  Coi  conter  Le  tvuj 
dirai;  mais  sa  sincérité  m'est  quelque  peu  suspecte  quand  je  remarque 
que  ce  nom  de  Ventilas  lui  sert  une  fois  à  rimer  (v.  62)  ;  il  peut  fort 
bien,  comme  le  font  encore  les  rimeurs  modernes,  avoir  laissé  au  premier 
endroit  le  nom  en  blanc,  quitte  à  choisir^  à  ta  première  rime  embarras- 
sante, un  nom  qui  le  tirât  d'affaire  :  c'est  d'autant  plus  probable  que  les 
quatre  vers  26-29  ne  sont  c"  réalité  qu'une  cheville  pour  ra)uster  25 
avec  ^o,  —  cheville  de  forte  dimension,  comme  nos  poètes  contempo- 
rains savent  aussi  en  employer  quelquefois.  Le  poète  me  paraît  ici  se 
moquer  un  peu  de  son  public,  comme  quand  il  dit  à  la  fin  que  ce  fameux 
iat  de  CEspervier,  qu'il  met  en  vers,  il  n'en  a  jamais  entendu  la  musique. 
—  En  tout  cas,  son  œuvre  nous  transporte  en  pleine  société  chevale- 
resque ;  les  deux  «  compagnons  »,  plus  tard  ennemis,  habitent  chacun 
dans  son  manoir,  près  des  bois  où  on  «  berse  »  avec  les  chiens,  des 
marais  où  on  u  vole  »  avec  les  oiseaux  (v.  86)  ;  l^esclave  du  Sindibâd  est 
devenu  un  gentil  écuyer;  la  dame  est  une  aimable  châtelaine,  dont  la 
conduite,  il  est  vrai,  ne  justifie  pas  fort  bien  les  réflexions  optimistes  du 
poète  sur  les  femmes  dissipées  en  apparence  mais  sages  au  fond  (v.  ^^- 
}9,  ^4'6o)',  la  description  du  soin  minutieux  avec  lequel  elle  ajuste  sa 
a  guimple  u  nous  représente  au  vif  les  modes  qui  régnèrent  du  xr'  au 
XIV*  siècle  environ.  —  Outre  ce  travail  d'accommodation  dont  se  sont 
en  général  si  bien  tirés  les  poètes  français  du  moyen  âge  qui  ont  natura- 
lisé chez  nous  les  contes  orientaux*,  nous  trouvons  dans  notre  tai 
quelques  changements  qui  ne  sont  peut-être  pas  le  fait  du  poète,  mais 
qui  sont,  si  je  ne  me  trompe,  fort  à  l'avantage  du  conte.  L'aventure  qui 
en  est  le  sujet,  —  peut-être  arrivée  réellement  dans  l'Inde  il  y  a  quelque 
deux  mille  ans,  —  rendue  déjà  moins  immorale  dans  le  Sindihàd  qu'elle 
ne  l'était  dans  le  récit  primitif,  est  devenue  ici  plus  innocente  encore, 
tout  en  étant  plus  piquante  La  résistance  que  la  dame  oppose  aux 
transports  soudains  du  jeune  écuyer  parait  sans  doute  d'autant  moins 
sérieuse  qu'elle  s'est  amusée  à  les  faire  naître,  et  sans  l'arrivée  du  sei- 
I  gneur,  on  ne  sait  trop  ce  qui  serait  advenu;  mais  enfin  c'est  un  progrès 
sur  U  brutalité  du  récit  oriental,  et  la  présence  d'esprit  avec  laquelle  la 
belle  sait  trouver  moyen  de  sortir  de  son  double  embarras  est  d'autant 
plus  merveilleuse  qu'elle  parait  d'ailleurs  d'un  caraaère  plus  léger  et 


1.  Le  ms.  a  bien  Venulas:  il  faut  p.-é.  Venalas  =  Venctstas. 

2.  Voyez  ma  leçon  sur  Its  Contes  otuntaax  dans  la  liitèratare  française  da 
mojtn  Jgt,  Paris,  Franck,  187). 


m    LAI    DE    L'ËPEKVIER  |) 

plus  insoucîani.  Le  traii  de  l'épervier,  emprunté  aux  mœurs  françaises, 
fournit  un  fort  ioli  dénouement,  par  l'attendrissement  auquel  te  bonhomme 
de  mari  se  laisse  aller  et  le  cadeau  qu'il  fait  de  son  propre  épervier  â 
son  ancien  ami.  C*c$l  pour  préparer  ce  dénouement  qu'est  faite  Tintro- 
duction;  elle  a  aussi  pour  but,  —  en  nous  racontant  l'origine  des  amours 
du  chevalier  et  de  la  dame,  leur  amitié  d'abord  pure,  les  soupçons 
injustes  du  mari,  sa  brouille  déraisonnable  avec  son  ami.  la  défense  faite 
i  sa  fenine  de  le  voir,  •  de  nous  présemer  la  conduite  de  la  dame 
amme  plus  excusable.  Ce  conte  n'est  pas  dicté,  comme  son  lointain 
griginaJ  sanicrh,  par  la  haine,  ta  crainte  et  le  mépris  des  femmes;  un 
oprit  tout  nouveau,  qu'on  croirait  déià,  en  bien  des  traits,  l'esprit  fran- 
çais du  xviii"  siècle,  a  pénétré  le  vieux  récit  et  l'a  rendu  plus  matin  à  la 
fois  ei  noins  méchant.  Si  on  ajoute  à  ces  qualités  générales  la  vivacité 
du  récit,  la  bonne  qualité  du  style,  les  réflexions  moins  banales  que 
d'ordinaire  dont  le  récit  est  coupé,  on  conviendra  que  le  Lai  de  Vèper- 
riif  est  un  des  meilleurs  échantillons  du  conte  en  vers  au  moyen-âge. 

Les  imitations  du  récit  qui  nous  occupe,  en  dehors  de  notre  lai,  sont 
nombreuses.  Trois  seulement  appartiennent  au  moyen-àge  :  je  parlerai 
Tout  â  rbeure  de  celles  de  Boccace  et  de  Pogge;  l'autre  se  trouve  dans 
deux  manuscrits  de  ta  traduction  allemande  des  Gesta  Romanorum  >.  Oan> 
cette  rédaction,  qui  doit  avoir  la  même  source  que  le  Lai  àe  l'épervier^ 
mais  qui  a  moins  modifié  son  modèle,  il  s'agit  également  d'un  chevalier, 
qui  envoie  son  écuyer  [Knccht)  annoncer  sa  visite  à  ta  dame.  Ici  est 
inséré  un  trait  asse^  heureux,  qui  ne  se  retrouve  point  ailleurs  :  la  dame 
t'irrite  de  ce  que  son  amant  a  chargé  le  jeune  homme  d'un  tel  message; 
elle  le  blÀme  devant  le  messager,  et  sa  mauvaise  humeur  n'est  pas  étran- 
gère au  bon  traitement  qu'elle  fait  à  celui-ci.  Le  chevalier  arrive  à  son 
tour  c(  subit  les  mêmes  reproches'.  Le  dénouement  comme  dans  Sin- 


I.  Ma.  cxTv(ii«  )8)  et  cxxt  (ro  21)  de  la  liste  de  M.  Oesterley;  donné 
d'après  cxxn  pjr  Grzsse,  dans  son  édition,  t.  Il,  p.  149. 

3.  Le  chevalier  demande  si  elle  n'a  pas  reçu  son  messager;  elle  répond  :  «  Il 
est  mu,  mais  le  l'ai  chassé  pour  avoir  osé  m'apportcr  un  tel  message;  et  je 
s'aurats  pas  cru  que  vous  iriez  confier  à  un  écuyer  une  .nffaire  de  ce  genre,  t 
C'est  ènjdcniinent  ce  trait  qui  a  fait  trouver  k  M.  Benfey  une  «  frappante  res- 
sembUnct  >  entre  ce  conte  et  la  version  de  Nahchebi.  En  elfct  dans  le  poète 
perun  la  femme  fait  aussi  des  reproches  i  son  amant  sur  le  choix  de  son  mes- 
sa^  ;  mais  ces  reproches  sont  d  une  tout  autre  nature  :  son  amant  la  gronde 
en  toyant  qu'elle  n'a  pas  encore  commencé  à  s'habiller,  malgré  son  message  : 
«  n  fallait  pour  m'aider,  lui  répond-etlCj  m'envoyer  une  femme,  et  non  un 
eatact  incapable  et  niais;  |'ai  eu  beau  le  prier  d'entrer  un  instant,  ri  s'en  est 
aUé  atiuilot.  •  Les  deux  versions  ont  essayé  indépendamment  de  combler  une 
tocnae  qui  se  trouvait  dans  le  récit  original,  et  (]ui  est  paiement  sensible  dans 
nom  Ui.  -~  Il  eiiste  entre  le  Lat  et  Nahchebi  une  ressemblance  d'un  autre 
geare,  qai  o'nt  peut-être  pas  fortuite  :  dans  l'un  et  dans  l'autre  le  messager 
UOQve  la  femme  couchée  et  l'empêche  d'achever  (ou  de  commencer)  si  toilette. 


|6  C.    PARIS 

dibàd  :  l'écuyer  sort  de  dessous  le  lit  où  il  s'éuii  caché,  et  le  mari 
complimente  sa  femme  sur  son  action. 

Le  sixième  conte  de  la  journée  VII  du  Décaméron  présente  notre  conte 
sous  une  forme  toute  nouvelle.  Il  ti'y  a  plus  ici  aucune  relation  entre  les 
deux  amants  de  Madonna  Isabella  :  Ltonetto,  d'humble  condition,  est 
aiméj  Lambenuccîo,  ami  du  mari,  est  subi  à  cause  de  son  haut  rang  et 
de  la  crainte  qu'il  inspire.  Un  jour  que  le  mari  a  laissé  sa  femme  seule 
dans  leur  maison  de  campagne,  elle  fait  avenir  Lionetlo,  qui  accourt', 
mais  La mberiuccio,  ayant  su  le  départ  du  mari,  arrive  aussi,  attache  son 
cheval  dans  la  cour,  et  monte  :  Lionetto  n'a  que  le  temps  de  se  cacher 
derrière  le  rideau  du  lit.  Survient  le  mari,  qu'annonce  une  chambrière  ; 
«  La  donna  vedendo  queslo,  e  sentendosi  aver  due  omini  in  casa  (e 
conosceva  che  il  cavalière  non  si  poteva  nascondereperlosuo  palafreno, 
che  nella  corte  era),  si  tenne  morta.  »  Cependant  elle  reprend  courage, 
et  prie  Lambertuccio  de  sortir  comme  en  colère,  l'épée  à  la  main,  et  en 
criant  :  «  Je  saurai  bien  le  retrouver  ailleurs.  »  Puis,  pour  répondre  aux 
questions  de  son  mari ,  elle  l'emmène  vers  sa  chambre,  et  lui  raconte 
qu'un  jeune  homme  éperdu  s'est  réfugié  chez  elle,  que  «  messer  Lamber- 
tuccio »  est  arrivé  ensuite,  furieux,  l'épée  à  la  main,  voulant  le  tuer, 
qu'elle  lui  a  barré  le  passage,  et  qu'il  a  eu  au  moins  la  courtoisie  de  ne 
pas  l'égorger  chez  elle.  Lionetto,  qui  a  entendu  l'histoire,  sort  de  sa 
cachette;  le  mari  approuve  sa  femme  et  retient  Lionetto  à  souper  ■.  Le 
lendemain,  celui-ci  s'entend  avec  Lambertuccio,  en  sorte  que  le  mari  ne 
se  douta  jamais  de  la  vérité.  —  On  a  souvent  dit*  que  Boccace  avait 
puisé  ce  conte  dans  le  Syntipas,  mais  rien  n'autorise  à  croire  qu'il  ait 
connu  ce  roman  grec,  et  son  récit  diffère  assez  de  la  version  du  Syntipas 
pour  que  celte  hypothèse  soit  peu  probable.  Il  est  bien  plus  vrai  semblable.  | 
qu'il  a  puisé,  comme  Tauteur  du  Lai  de  l'Eperviery  dans  la  tradition  orale; 
leurs  deux  versions  ont  d'ailleurs  quelques  traits  communs  :  dans  l'une 
comme  dans  l'autre  te  plus  noble  des  deux  amants  est  parfaitement  connu 
du  mari;  dans  l'une  comme  dans  l'autre  l'un  des  deux  amants  communique 
plus  tard  à  l'autre  la  vérité.  Le  trait  du  cheval  attaché  dans  la  cour,  et  dont 
la  présence  empêche  la  dame  de  cacher  le  second  amant  comme  le  pre- 
mier, parait  de  l'invention  du  conteur  florentin  ;  il  reropbce  le  motif  donné 
dans  le  Sindibâd,  motif  qui  avait  sans  doute  disparu  de  la  version 
répandue  oralement  en  Rurope  :  le  Ui  de  l'Epervier  ne  donne  aucun 
motif.  —  Il  existe  entre  le  conte  de  Boccace  et  tous  les  autres  une  diffé- 


1 .  Ce  trait  pourrait  bien  avoir  été  Inspiré  i  Boccace  par  le  dénouement  du 
conte  de  P.  Allonse  dont  Je  parlerai  tout  à  l'heure. 

2.  Voyez  Landau,  dte  Quclitn  des  Decamcronc^  p.  17,  lOf.  M.  Landau  ajoute 
que  le  récit  tel  qu'il  est  dans  les  Sept  vizirs  (forme  arabe  du  SiruiibAd)  est  plus 
voisia  de  Boccace  que  celui  du  Syntipas  .  il  m'est  impossible  de  voir  en  quoi. 


LE    LAI    DE    L'ÉPERVIER  17 

IttptUle  :  il  n'y  a  entre  les  amants  aucune  relation  j  il  ne  reste  de 
h  donnée  primitive  qu'un  faible  vestige,  dans  la  circonstance  que  l'amant 
^  UTÎve  le  premier  est  d'une  condition  plus  humble  que  l'autre.  A  quoi 
strîboer  cette  différence  ?  uniquement,  si  je  ne  me  trompe,  à  l'altération 
de  U  tradition  orale  qu'a  connue  Boccace.  Cette  altération  a  eu  pour 
résolut  de  diminuer  notablement  la  vraisemblance  de  l'invention  d'Isa- 
bdb  :  le  raari  des  contes  indiens  doit  croire  naiurellemeni  à  la  vérité 
de  ce  qu'on  lui  dit  en  trouvant  le  fils  réellement  caché  chez  sa  femme 
qjaaad  il  vient  de  voir  sortir  le  père  furieux  ;  il  en  est  de  même  du  mari 
àa  Simdihàd  avec  l'esclave,  du  mari  de  notre  lai  avec  Pécuyer  (et  le 
poète  français  a  fort  heureusement  développé  cette  donnée  en  faisant 
noonter  l  l'écuyer  la  cause  du  courroux  de  son  maître,  et  en  intro- 
éniant  l'épervîer  qui  lui  a  fourni  le  titre  de  son  conte);  dans  Boccace 
mm  le  mari  demande  à  Lioneito  :  «  Che  hai  tu  a  fare  con  messer  Lam- 
benacdo?  »  mais  la  réponse  du  jeune  homme  est  bien  moins  saiisfai- 
oMc  :  ■  Messer,  niuna  cosa  cbe  sia  in  questo  mondo,  e  perciô  io  credo 
lamamentc  che  egli  non  sia  in  buon  senno  o  che  egll  m*habbia  colio  in 
hCJwbio;  perciocchè.  corne  poco  lontano  da  questo  palagio  nella  sirada 
ni  vide,  cosi  mise  mano  al  coltcllo  e  disse  :  Traditor,  tu  se'  morto.  Io 
I  ni  posî  a  domandare  per  che  ragione,  ma,  quanto  poiei,  cominciai 
ifbggir  e  qui  me  ne  venni,  dovc,  mercè  di  Dio  é  di  questa  gentil  donna, 
ito  sono.  Il  Bien  que  cette  explication  soit  ainsi  tout  autre  que  celle 
lior,  le  fiùt  qu'elle  est  demandée  et  donnée,  ce  dont  ne  parlent  pas  les 
Tersions.  parait  bien  prouver  encore  que  le  récit  français  et  le 
eowe  italien  doivent  être  rangés  dans  une  même  classe.  —  La  destruc- 
tion«  che?.  Boccace,  du  lien  qui,  dans  toutes  les  autres  rédactions,  unit 
les  deux  amants  de  la  dame,  a  nécessairement  amené- l'omission  du 
nwmge  dont  l'un  est  chargé  par  l'autre;  elle  a  conduit  à  les  mettre  l'un 
Cl  IVore  en  possession  depuis  quelque  temps  des  faveurs  de  la  belle,  et 
A  présenter  letir  arrivée  successive  chez  elle  comme  toute  fortuite.  Par 
ce»  deux  traits,  le  conte  de  Boccace  se  rapproche  d'une  manière  frap- 
pante de  la  version  que  nous  trouvons  dans  VHilopdiUsa  et  le  Çukasaptatt; 
mais  il  ne  faut  pas  croire  pour  cela  qu'il  y  ait  entre  ces  versions  et  ce 
conte  an  rapport  de  filiation.  Le  perfectionnement  suggéré  â  l'auteur  du 
rédt  inséré  dans  le  SmdïhXd  par  la  relation  que  le  conie  antérieur  attri- 
•  aux  deux  amants  a  disparu  quand  cette  relation  elle-même  a  été 
ouUiee;  dès  lors  le  conte  ne  pouvait  guère  avoir  une  autre  forme  que 
ccUc  quM  a  à  la  fois  dans  Boccace  et  dans  le  récit  primitif. 

Il  est  au  contraire  difficile  de  ne  pas  admettre  un  rapport  intime  entre 
U  version  de  notre  conte  qui  parait  la  plus  ancienne,  celle  du  Ç\tk.xsap- 
Uh,  et  celle  qui  se  trouve  dans  les  Facéties  du  Pogge.  Le  rapproche- 
«cm  est  assez  curieux  poar  que  je  croie  devoir  donner  le  texte  du 

MonsHié,  VU  2 


l8  G.    PARIS 

conteur  tlorentin  ■  :  u  Mulier  prope  Ftoremiam,  publici  hospitis  uxor 
«dmodum  liberalis,  cum  quodam  cujus  usu  tenebaïur  cubabal  in  lecto. 
Accessit  inierim  de  improviso  et  aller,  idem  quod  prior  facturus,  quem 
prssentiens  scalas  ascendentem  mulier,  aique  obviara  facia^  acriter  eum 
jurgare  et  ulteriore  adiiu  arcere  cœpit,  asserens  non  esse  tempus  que  ei 
saiisfierî  posset,  rogansque  ut  c  vestigio  abiret.  Kcsistendo  altercando- 
que  cum  aliquandiu  tempus  teneretur  (/.  lerereiur),  superveniens  vît 
quid  sibi  ea  vellet  concertaiio  qu^esivit.  Femina  ad  fallendum  prompta': 
Hîc,  inquit,  irato  animo  vuU  superius  ingredi  ad  vulnerandum  quemdam 
qui  in  domuro  confugit,  quem  adhuc  continui,  ne  tantum  fadnus  hic 
patraretur.  Qui  latebat,  his  auditis  verbis,  sumpto  animo,  cœpit  minari, 
se  ulturum  injuriam  diciitans  ;  aller  Jterum  priori  vim  et  minas  intentare 
se  simulabat.  Vir  siultus,  quaesiia  causa  dissensionïs,  onus  rei  compo- 
nenda:  suscepit,  et  cum  ambobus  una  coltocuius,  pacem  composuit, 
solvens  eiiam  de  suo  vinum.  ut  uxoris  adulierio  adderet  jacturam  potus.  » 
Id,  comme  dans  le  livre  indien,  tes  deux  amants,  en  possession  depuis 
longtemps  des  faveurs  de  la  môme  femme,  arrivent  par  hasard  l'un  après 
l'autre  chez  elle  ;  mais  ce  qu'il  faut  surtout  relever,  c'est  qu'elle  se  con- 
tenie  de  quereller  le  dernier  venu,  et  qu'il  n'est  parlé  ni  de  bâton  comme 
dans  VHiiopadtsa,  ni  d'épée  comme  dans  le  Sindibàd.  Il  est  donc  pro- 
bable que  le  conte  indien  sera  arrivé  à  Pogge  par  une  voie  particulière, 
différente  de  celle  qu'il  a  suivie  pour  aboutir  à  tous  tes  autres  récits, 
qui  dérivent  du  Sindibàd.  Il  a  pu  sans  doute  arriver  de  l'Inde  directe- 
ment; toutefois  il  est  plus  probable  qu'il  a  passé  parla  Perse  et  l'Arabie, 
et  il  faudrait  alors  admettre,  si  le  Tm-Namth  persan  avait  déjà  recueilli 
dans  son  original  sanscrit  une  version  analogue  à  celle  du  Sindibàd  |voy. 
ci-dessus,  p.  i;),  que  la  version  originaire  avait  également  été  traduite 
en  pehtvi.  On  voit  combien  ces  questions  sont  compliquées,  et  combien 
il  est  à  désirer  qu'on  publie  le  plus  possible  de  textes  de  ce  genre  :  les 
variantes  en  apparence  tes  plus  récentes  peuvent  avoir  une  grande 
importance  au  point  de  vrfe  généalogique.  —  Le  dénouement  de  Pogge 
est  nouveau,  et  sans  doute  de  pure  invention  :  c'est  pour  l'amener  que 
le  mari  au  début  est  présenté  comme  aubergiste.  Ce  n'est  que  par 
hasard,  si  je  ne  me  trompe,  qu'il  se  rencontre  en  un  point  avec  celui  de 
Boccace. 

te  conte  de  Boccace  a  été  naturellement  fort  imité  ;  Sansovino  l'a 
reproduit'  ;  Henri  Estienne  ^  l'a  abrégé;  d'OuviUe  en  a  fait  une  plaie 


t.  Je  nie  suis  servi  de  l'èd.  de  Paris,  1799,  1  vol.  —  L'éditeur,  F.  Noël, 
remarque  en  note  :  <  Hinc  desutnpla  est  Atellani  haud  inficela  qux  in  Iheatro 
VariiUs  amasaniti  tdebilMr  snb  lioc  lilulo  :  U  Mensongi  txcasabie.  1 

2.  Sansovino,  III,  10. 

;.  Apoiogit  pour  Hèrt^dotti  XV,  att. 


LE    LAI    DE    l'ÉPERVIKB  I9 

copie";  Juste  van  Effenl'amis  en  vers  français  médiocres»,  et  Hagcdom, 
d'après  lui  et  Boccace,  en  assez  jolis  vers  allemands*;  Hans  Sachs 
en  a  fait  un  FiUtnAchUpiel  *  ;  Beaumont  et  Fleicher  en  ont  introduit 
le  trait  principal  comme  épisode  dans  un  de  leurs  drames*,  et  Dancourt, 
en  Taltérant  peu  heureusement,  Va  fait  entrer  dans  sa  faible  comédie  de 
la  PaTuitnne  Tout  cela  n'a  que  peu  d'intérêt^.  Le  strasbourgeois  Otto* 
mar  Nachtigall,  dans  le  clxxii"  de  ses  Joci  ac  SaUsi,  a  mêlé  des  traits 
empruntés  à  Boccace  et  à  Pogge  :  à  l'arrivée  du  mari,  l'amant,  sur  le 
conseil  de  la  femme,  tire  Npée  et  éclate  en  menaces,  mais  il  ne  s'en 
va  pas;  la  femme  raconte  l'histoire  qu'on  connaît,  dit  qu'elle  a  caché  le 
jeune  homme  poursuivi,  et  engage  son  mari  à  faire  une  bonne  action  en 
calmant  l'autre  et  en  les  réconciliant.  «  Itaque  vocato  mœcho  illo  qui 
latebat,  meradus  vinum  quod  domi  suae  habebat  maritus  afTcrri  jussit 
corrivalibus  :  ipse  médius  considens  modîco  negotio  hilares  primum,  ac 
mox  pacatos  reddidit   » 

1.  Conies.  H,  204;  reproduit  dans  lesNouvtJux  contes  à  rire,  1,  191.  Ce  conte 
est  évidemment  tiré  de  Boccace  ;  toutefois  il  est  curieux  que  l'amant  préféré  par 
la  dame  soit  ■  un  jeune  frisé,  valet  de  chambre  d'un  gentilhomme  de  ses  voi- 
sins >;  mois  l'autre  amant  n'est  pas  le  naître  du  premier. 

2.  C'est  Hagedoro  lui-même  qui  cile  le  Misantropt,  t.  I,  n*  14,  p.  ij6.  Je 
me  sois  servi  de  la  réimpression  d  Amsterdam,  1 742  Œuvres  diverses  de  Mr.  Juste 
ran  E^in,  Tome  premier  qui  conlunt  le  Misantropt)  ;  notre  conte  est  bien  à  la 
p.  1)6,  mais  dans  le  Discours  XVI.  Van  EHen  ciie  Boccace  comme  sa  source  ; 
tt  a  modifié  le  récit  en  ce  que  Jean  (^^  Lambertuccio)  menace  et  possède 
Théré$<r  {^=  Isabelle)  pour  la  prtmiire  Jois  quand  Léardre  (=  Lionetlo)  vient 
de  se  cacher.  —  Hagedorn  ^tt  agir  de  même  ses  personnages,  qui  s'appellent 
Gtsmund,  Guido  el  Laurette. 

j.  Werke^  éd.  de  Berlin,  1800,  t.  II,  p.  lia.  —  Hagedorn  cite,  outre  Boc- 
cace, Gast,  el  le  Misarttropej  la  BiHiothè^ae  des  gens  ât  cour,  par  G.  de  Pilaval 
(Amsterdam,  1726),  p.  21 1.  Je  n'ai  pu  retrouver  ce  passage;  mais  ]e  pense  que 
Prtaval  a  simplement  reproduit  le  conte  de  van  Efîen. 

4.  Die  hsiig  Bahrin,  en  1^52  (d'après  M.  de  Keller). 

3.  Women  pîeaud^  acte  II,  se.  6  (Works,  Londnn,  1778,  t.  VIII,  p.  28  ss.). 
Le  leune  amant  est  ici  le  frère  de  la  belle,  qui  s'est  déguisé  pour  I  éprouver; 
l'autre  est  un  matamore  qui  la  poursuit,  mais  ne  la  pos!>ède  pas  encore.  — 
L'éditeur  met  en  note  :  c  Thîs  scène  was  afterwards  introduced  oy  Ravenscroft 
ioto  a  cofllemptible  play  written  by  him,  which,  however,  has  been  acted 
withia  thèse  few  years,  called  Vit  London  Ctukolds.  » 

6.  La  nouvelle  de  Bandello  citée  par  Le  Grand  d'Aussy  fil,  1 1|  n*a  pas  seu- 
lement, comme  l'a  dit  Schmidt  (cité  dans  Liebrccht,  trad.  de  Dunlop,  note  5  r^) 
oa  rapport  lointain  avec  notre  conte.  C'est  une  grossière  et  maladroite 
compilation  de  plusieurs  épisodes,  dont  l'un  est  certainement  te  nAtre.  Le 
prêtre  qu'on  découvre  dans  sa  cachette  raconte,  comme  dans  Boccace,  Qu'il  a 
été  poursuivi  par  un  homme  qu'il  ne  connaisMÎt  pas,  qui,  à  sa  vue,  a  tiré  Vépée 
en  criaal  :  «  Tradilore,  tu  se  morto.  »  La  femme  a  ici  trois  amants;  elle  fait 
éradtr  les  deux  autres  d'autres  manières,  et  trouve  moyen  de  les  faire  inviter 
Ions  les  trois  à  souper  par  son  mari  :  on  sent  l'exagératton  du  dénouement  de 
Pogge. 

7.  Soà  ac  Sales  ah  OUomaro  Lasânio,  éd.  d'Auesbours,  1U4,  non  paginé 
jB.  N  Réserve  Y*  1274).  —  Gast,  l'aateur  des  Conv'naïts  Serments  (éd.  de 
BÙe,  it4},  non  paginé,  page  201  a  simplement  copié  Nachtigall. 


20  G.    PARIS 

Le  conte  indien  qui  a  inspiré  Boccace  et  l'auteur  du  Lai  de  l'épervier  a 
encore  pénétré  en  Europe  par  une  autre  voie,  mais  sous  une  forme  très- 
aliérée.  Pierre  Alfonse,  le  célèbre  juif  converti  qui  a  écrit  au  xi'  siècle 
en  Espagne  la  Disciplina  clericatis  et  le  Fonalitium  fidei^  rappone  dans  le 
premier  de  ces  ouvrages  une  histoire  où  tous  les  critiques  s'accordent  à 
reconnaitre  un  reflet  affaibli  de  la  nôtre.  Une  femme  dont  le  mari  est 
absent  a  reçu  son  amant,  avec  la  complicité  de  sa  mère  :  le  mari  revient 
à  l'improviste  :  ta  mère^  —  dont  l'intervention  parait  ici  assez  inutile  ', 
—  conseille  au  jeune  homme  de  se  tenir  derrière  ia  porte,  l'épée  nue  à 
la  main.  Le  mari  le  voit  et  demande  qui  il  est  :  on  lui  explique  que, 
poursuivi  par  des  assassins,  il  s'est  réfugié  là.  Le  bon  homme  ne  veut 
pas  qu'il  sorte  de  sitôt,  de  peur  d'être  retrouvé  par  ses  ennemis,  et  il  le 
garde  â  souper  chez  lui  *.  —  On  peut  voir  dans  le  commentaire  de 
Schmidt  sur  la  Disciplina  clericalis^  les  diverses  traductions  de  ce  conte, 
je  ferai  seulement  remarquer  qu'il  est  introduit,  fort  maladroitement 
d'ailleurs,  dans  ta  Farce  du  Poulier,  qui  fait  partie  du  recueil  LaVallière, 
publié  par  MM.  F.  Michel  et  Leroux  de  Lincy  *.  Quant  à  la  source  de 
P.  Alfonse,  elle  est  sans  doute  arabe,  comme  toutes  celles  où  il  a  puisé; 
il  faut  donc  admettre  que  le  conte  de  Sindibàd  s'était  ainsi  altéré  dans  sa 
transmission  orale  ou  littéraire  chez  les  Arabes,  dès  avant  la  fin  du 
xr  siècle  ». 

Les  rapprochements  que  j'ai  signalés  ci-dessus  ne  sont  sans  doute  pas 
tous  ceux  que  l'on  pourrait  faire  ^;  je  me  souviens  d'avoir  lu  ce  conte 


1.  Elle  provient  certainement  du  conte  qui  précède  inimédiateracnl  celui-ci 
dans  P.  AKonse,  et  oîi  l'aide  de  la  mère  est  nécessaire.  —  V.  Schmidt  fatt  au 
contraire  la  réflexion  suivante,  oui  me  parait  bizarre  :  i  La  version  de  la  Disci- 
pUna  tUricalis  est  meilleure.  Qu  une  femme,  une  mère,  serve  d'entremetteuse  et 
de  complice,  c'est,  au  point  de  vue  de  l'art  comme  de  la  morale,  plus  suppor- 
table que  si  la  |eunc  lemme,  comme  dans  [tSyntipat  et  Boccace,  trouvait  u'elle- 
mème  de  subtiles  supercheries  pour  cacher  sa  conduite  déshonnète.  > 

2.  J'ai  déjà  remarqué  que  ce  dénouement  avait  dû  influer  sur  celui  de  Boccace. 

3.  Berlin,  1827,  in-^-j  p.  u6  ss. 

j\.  C'est  Loiseleur-Deslongchamps  \Essûi  sttrlesJablainiiienna^p.'j-j)qmaLiA\t 
ce  rapprochement.  Mais  il  rapporte  l'épisode  du  PoulUr  à  VHitopadeta^  tandis  qu'il 
ressemble  plus  à  h  DisctDlina,  puisqu'il  n'y  a  qu'un  amant;  et  il  exagère  en 
disant  que  la  Farce  Jii  Poutitr  «  repose  tout  entière  sur  cette  donnée  >. 

\.  On  peut  croire  aussi  avec  M.  Benlev  que  P.  Alfonse  a  rapporté  le  conte 
de  mémoire,  et  que  c'e:>t  i  lui  qu'en  est  due  l'altération.  L'introduction  de  la 
mère,  personnage  qui  figure  dans  le  conte  précédent  de  la  Dticiplina,  rendrait 
cette  hypothèse  assez  vraisrmblable. 

6.  Le  Grand  d'Aussy.  le  premier  qui  se  soit  occupé  de  ce  genre  de  recher- 
ches, a  donné  (éd.  de  18^9,  IV,  199)  sur  le  conte  oe  P.  Alfonse  des  rappro* 
chements  dont  quelques-uns  sont  superflus.  Ainsi  le  Dolopathos  est  mentionné 

Èar  erreur;  la  nouvelle  16  de  Parabosco  limitée  dans  les  Fauûeusa  joamies  de 
abriel  Chapuis  et  dans  le  recueil  des  Aman$  heureux^  malheureux  et  tfompù)n'» 
avec  le  conte  qu'un  rapport  fort  éloigné.  J'ai  défà  cité  le  commentaire  oe  Val. 
Schmidt   dans   son   édition  de  la  Disciplina  claualis.  Le  Grand  cite  encore 


LE    Ul    DE   L'ÉPERVIER  JI 

dans  d'autres  livres  encore,  sur  lesquels  je  ne  puis  présentement 
remetire  la  main.  Ils  suffisent  toutefois  pour  montrer  te  succès  qu'il  a  eu 
depuis  le  jour  où  il  a  franchi  les  limites  de  sa  pairie  pour  se  répandre  en 
Perse  ci  s'avancer  toujours  de  plus  en  plus  vers  l'Occident.  On  peut  dire 
que,  pour  l'unité,  la  vraisemblance  et  l'agrément  du  récit,  parmi  toutes 
CCI  variantes  éparses  sur  tant  de  siècles  et  de  pays,  c'est,  sans  même  en 
excepter  le  Décameron,  au  fableau  français  qu'appartient  la  palme. 

Gaston  Paris. 


OB  conte  du  Printemps  d'amour,  livre  que  je  n'ai  pu  identifier  .ivec  sûreté  : 
mais  l'analyse  même  qu'il  en  donne  prouve  que  le  conte  ne  ressemble 
Bollemeot  au  nôtre.  Quant  aux  Ruits  d'amour,  également  citées  par  Le  Grand, 
je  n'ai  pu  me  les  procurer.  —  Méon,  dans  la  préface  de  l'édition  de  P.  Al- 
lofwe  (version  en  vers  français)  pour  la  Société  des  bihUophUts .  dit  que  ce  conte 
est  tiré  de  •>  Pllpay  »  ;  il  a  sans  doute  entendu  par  là  \' Hilopadtsa .  —  M.  de 
Kdler,  dans  ses  noies  sur  les  contes  du  SindibdJ  et  du  roman  des  Sept  Sagct 
fL  Romans  des  Sept  Sages,  p.  cxi.  ss.  ;  DyocUtianus,  p.  46),  a  donné  péle-mtle 
des  rapprochements  avec  le  conte  de  P.  Atfon^e  et  celui  du  Sindibdd,  et  a  pré- 
tendu X  tort  Que  ce  dernier  se  trouvait  dans  le  texte  latin  des  Gesta  Romanorum. 
—  Von  dcr  ti^m  (Cesammtai^teucr,  11,  xxxii  ss.|  s'est  à  peu  près  borné  â 
reproduire  les  matériaux  réunis  par  Schmidt.  —  Rien  de  nouveau  non  plus 
dans  Ounlop'Liebrecht,  rem.  pj.  —  Je  n'ai  consulté  qu'après  l'impression  de 
cette  étude  la  traduction  de  \'Hitopadesapsr}A.  Lancereau  (Paris,  J^innet.iS^^); 
on  Y  lit  sur  notre  conte  une  longue  noie  (p.  128  ss.),  où  se  trouvent  quelques- 
unes  des  remarques  faites  ci-dessus.  Ainsi  M.  Lancerrau  a  apprécié  exactement, 
pour  les  faits,  la  nouvelle  de  Bandello,  a  constaté  que  Gast  n'avait  fait  que 
reproduire  Luscinius,  et  a  donné  une  analyse  de  la  Farce  du  Poulur.  Il  donne^ 
mais  uns  autre  détail,  le  titre  exact  d'un  livre  cité  par  Le  Grand,  que  je  n'ai 
pas  vu  :  Htists  d'Amour  pour  ttndrt  ta  favoris  contents,  1681,  in-12.  On  ne  voit 
pas  cliiremeni  si  M.  Lancereau  a  connu  le  Pnn/^m/ïjJ'tf/nour  autrement  que  par 
ce  qu'en  dit  Le  Grand.  —  M.  Benfey  a  reproduit  le  conte  du  Çakasaplati 
et  la  version  de  Nahchcbi;  il  a  en  outre  indiqué  toule  la  littérature  du  conte 
et  sisnalé  les  particularités  des  différentes  versions  orientales  du  Sindibdd 
fsar  lesquelles  je  n'ai  pas  eu  i  revenir).  M.  Benley  est  porté  â  rattacher  à  ta 
mime  source  le  fableau  du  Clerc  fui  fui  repus  derriire  l'escrin;  mais  il  me 
parait  n'avoir  que  fort  peu  de  rapport  avec  notre  conte.  —  M.  Landau, 
dans  ses  Sources  da  Dicamiron,  a  fait  sur  notre  conte  quelques  observations 
dont  j'ai  eu  occasion  de  parler  plus  haut.  —  J'ai  vérifié  autant  que  je  l'ai  pu 
toutes  les  citations  que  j'ai  trouvées  dans  ces  divers  auteurs  ;  quand  mes  indi- 
cations dilTërent  des  leurs,  c'est  en  général  que  j'ai  eu  sous  les  yeux  d'autres 
éditions  des  mêmes  ouvrages  ;  fai  noté  celles  dont  |e  me  suis  ser\i. 


UNA 


VERSIONE     IN    OTTAVA     RIMA 


DEL    UBRO    DEI    SETTE    SAVI 


I. 


Non  c'è  oramaî  nazione  occidentale  che  non  possegga  i  Sftte  Savi  '  in 
versioni  rimate.  LaFrancia,  la  Spagnajn  quanto  possa  esser  rappresen- 
tau  dalla  Caialogna,  taCermania,  l'Inghtlicrra,  tutteci  vengono  innanzi, 
qualeconuno,  qualc  con  piùiesti.  Solianto  Tlcalia  sembravafar  eccezione  : 
redazioni  prosai'che.  quantc  si  vuole  ;  nessuna  in  versi.  La  cosa  doveva 
apparire  alquanto  strana  a  chiunque  conoscesse  l'andamento  delta  nostra 
letieraiura.  La  tribu  dei  rimaiori,  strabocchevolmente  copiosa  da  noi, 
sopraitutto  nel  quattrocento,  si  sarebbe  mai  lasciata  sfuggire  una  délie 
materie,  che  in  più  alto  grado  godevano  il  favore  universale?  C'era,  è 
veto,  qualche  osiacolo;  in  nessun  modo  si  poieva.  secondo  avrebbe 
richiesto  il  costume,  disiribuir  la  materia  in  canti  di  lunghezxa  uniforme. 
Ebbeneja  si  rompevaunavolu  coUatradizione,  si  ponevanoledivisionîa 
distanze  disuguali,  e  buona  notie.  Vediam  pure  che  a  questo  si  fini  per 
arrivare  da  molti,  in  un'  cxà  ancora  discreiamcnte  antica.  Ogni  ceppo,  o 
prima  o  poi,  deve  bcne  di  nécessita  caderc,  od  esscre  spczzato. 

Corne  nel  maggior  numéro  dei  casi,  anche  in  questo,  ciô  che  pareva 
troppo  strano  era  anche  falso.  Una  versîone  rimata  esistette  ed  esiste; 
e  nulla  ci  assicura  che  sia  stata  la  sola.  Che  razza  di  roba  sia,  dovrenn 
vederlo  or  ora.  Ma  ciô  non  vuoi  dire.  Per  il  momento,  è  il  fatio  dell'  esi- 
sienza  che  importa  di  consiatare. 

Qucsia  versione  si  contiene  in  un  codice  cartaceo,  apparienuto  un 
lempo  alla  biblioieca  Seibanie  di  Verona,  ed  acquistaio  poi  dal  mio  doilo 


t.  Con  questo  tilolo,  in  maocanzi  d'un  altro  più  générale,  comprendo  qui 
la  stirpc  nclla  sua  tolalili. 


UNA   VERSIONS    RIMATA    DEI    Sétte  SaVt  2} 

amico,  M*<  Gerolamo  d'Adda.  Inutile  soggiungere  ch«  ho  avuta  la  più 
anpia  liberté  di  usare  del  manoscriito  dal  liberalissimo  possessore  ;  al 
quate  mi  ëgrato  di  rinnovar  qui  in  pubblico  l'espressione  délia  mia  rico- 
Boscenza. 

Il  codice,  deturpato  alquanto  dall'  umiditâ,  ma  del  reslo  di  buona 
conservazîone,  consta  di  199  carte.  La  numerazione  originaria  ne  indica 
solo  198,  siccome  quella  che  non  lien  conio  del  foglio  di  guardia,  o  fron- 
tispizio,  che  dir  si  voglia.  Le  due  ultime  carte  e  il  verso  délia  ter/.ultima 
resiano  in  bianco.  La  scrittura  puô  assegnarsi,  a  un  dipresso,  alla  meià 
del  ïecolo  Kv.  Se  avessi  a  porrc  termini  estremi,  indicherei  il  1440  e  il 
1480.  Tutio  quatiio  si  ha  qui  ha  forma  di  ottava  rima.  Ed  ogni  facciata 
scriila  coniiene  tre  stanze  :  salvo  quelle  che  avrebbero  dovuto  fregiarsï 
di  dipinture^  c  che  invece  son  ridotte  a  conicntarsi  di  due  oitavc  e  di  une 
spazio  vuoio.  Non  per6  mancano  del  tutto  gti  omamenti.  V'ha  una 
grande  initiale  miniaia  al  principio  délie  singole  composi/Joni,  ed  inoltre, 
una  délie  solite  majuscole  rabescaie  e  colorate,  alternativamente  rosse 
e  lurchine,  in  lesta  ad  ogni  cantare. 

a  Suio  questo  Ubro  he  inquadernado  tre  liberi  »,  dice  una  specie  d'in- 
dice (f*  176  JJ.  I  tre  liberi  sono  : 

t.  Apolhnio  di  Tira  {U  1-48). 

2.  SmeSayiÇf*  jo-174). 

;.  Pukdlà  Gâux  (f^  177-196I. 

Ho  deno,  Sette  Savi  :  ma  ne!  codice  il  titolo  suona.  altnmemi  : 
•  Questo  libro  trata  di  Stefano  fiolo  de  uno  inperador  di  Roma.  el  quai 
trata  de  beli  amaïstramenii  »  [f°  jo  «1].  Sono  ben  706  ottave.  divise  in 
rcntJtrè  caniari  ;  alcunï,  lunghi  oIlreTusato;  attri,  brevissimi.  Il  primo, 
p€r  es.,  ha  95  stanze;  il  quimo.  9.  Due  soli,  TX!"  e  il  XX",  sitrovano 
avère,  per  accidente,  una  stessa  misura.  Rincresceva  bene  al  rimatoredi 
andar  cosi  coniro  ad  una  norma  generalmente  osservala  ;  ma  nécessité 
lo  co&tringeva,  chè.  bisognava  pure  far  coincidere  le  divisioni  dei  canti 
con  quelle  délia  materia.  Nondimeno  egli  non  si  permette  l'arbiirio 
senza  darcene  avviso  la  prima  volta,  sicché  non  gti  s'abbia,  per  caso, 
ad  imputare  a  ignoranza  Tanomalia  : 

Et  ancora  io  volio  dar  riposso 
A  voi  fi  a  me  3  uno  trato. 
Qui  finira  questo  canto  zoiosso  ; 
Ma  di  partioilar  numéro,  uscon  à  svixato, 
Non  potria  dire  lo  mio  parlar  copiosso  ; 
Perché  questa  instoria,  con  suu  bel  tratato, 
Son  condizionata  con  suo  bdi  esenpii  ; 
Per  me  ad  ogni  uno  un  canlo  si  se  adenpii. 

Ben  che  di  simct  numéro  non  posi  fare 


p.     RAINA 

Le  slanzie  d'ogni  caotar,  qui  arà  dito  ; 
Ma  in  piti  e  meno  diri  lo  mio  pariare 
L'instoria  luta,  fin  libro  finilo. 
Ora,  signori,  ritornali  ascoIUre 
Quelo  che  lo  6losûfo  avcri  dito. 
Pn*  me  pregate  lo  spirito  sanio. 
Qui  vi  6  finito  lo  primo  canto'. 

(ï,  94-9  S  0 

f  teuori  sirabilieranno  d'un  saggio  cosiffano  di  splendida  poesia.  Che 
pensare^  La  nostra  è  inconiestabilmente  una  copia;  scriiture,  corne  lu 
duno.  ad  uno  (XVII,  fo},  siiùgo  in  cambio  di  suiugo  IXX,  j^,  tiecho  p€r 
/iiecAo  (XXIII.  4j)  ecc,  lolgono  ogni  dubbiezza  in  proposito.  Orbene, 
prororoperemo  noi  in  una  fitîppica  coniro  i  copisii,  viziatori  scellcraii 
délie  sudate  opère  aliruiP  L'ultima  sunza  parrebbe  incîtarvici  : 

E  priegove,  signori,  cortexe  mente 
Che  ogni  falo  che  voi  atrovarete, 
Che  da  conzarlo*  ve  sia  ala  mente, 
0  mio  che  sia,  o  d'altri  amendarete. 
Color  che  li  rescrivc.  iizier  mcnlc 
Fano  di  fali,  e  voi  lo  antivederete. 
Regrazio  Jehu  Crîsto  e  tuli  i  santi 
Che  di  questa  instoria  ù  conpito  li  canti. 

E  davvero  anche  VApollonio^  una  composizione  corretta  in  origine,  si 
vede  qui  ridotio  in  uno  stato  compassionevole  : 

Signori,  in  queslo  moodo  desventuralto 
Chiare  voUle  hè  senza  meltnchonia, 
E  tal  se  crede  avère  guadagnatto, 
Che  tosio  perde  delà  marchadaniia. 
Cholui  è  bene  da  stare  adoloralto, 
Che  in  tal  modo  el  tiene  sua  via. 
In  tal  conto,  con  pianto  e  sospiro, 
Contar  vi  volio  de  Polonio  de  Tiro. 

(I,  i.) 

Se  non  che,  non  ci  vuol  molio  ad  accorgersî  di  una  sostanziale  diver- 
sitàtrai  duecasî.  Di  sottoagrinfiniiispropositideir/lpo//omo,  traspajono, 
anche  senza  che  si  ricorra  al  confronto  di  aliri  testi,  i  versi  giusti  ;  di 


1.  Stampo  il  testo  tal  quale,  solo  aggiungendo  l'interpunzione.  sciogliendo 
cctti  aggrupp^tmenii  di  parole,  surrugando  a  volte  la  minuscola  colla  m^juscula, 
distingucndo  alla  maniera  odicrna  i  v  c  j,;li  u,  c  poncndo  t  anche  negl'  tnnume- 
revoli  casi,  in  cui  a  questa  vocale,  soprattutto  in  fine  di  parola,  è  data  la  forma 

di;. 

2.  Lcggasi  J'aconzarto. 


una  versione  rimata  oe\  Sette  Savi  2( 

sonoaqoelti  délia  Storia  di  Stefano,  non  già.  Ceno  gli  amanuensî  non 
avranno  mancato  nemmeno  qui  di  fare  il  mestier  loro;  ma  è  pur  ccrto 
chc,  in  sostanza,  es$i  venivano  semplicemente  ad  aggiungere  scalfitture  ad 
una  rôzza,  già  tutta  piaghe  e  guidalcschi.  Impossibile  per  consegucnza 
discemere  i  peccaU  dell'  autore  dagli  altrui.  Tolleri  dunque  il  poeia  (!) 
ch«  nelle  mie  ciiazioni  tutli  quanti  glieli  lasci,  e  non  s'abbia  a  maie,  se,  cosi 
operando,  ho  fermo  in  cuore  il  convincimento  di  non  aggravar  oltre- 
modo  la  sua  condi7.ione  in  faccia  ai  giudici.  Tcniando  di  coireggere, 
credcrei  di  commeitcre  un  arbitrio  imperdonabile. 

Ho  scagliato  un'  accusa  troppo  grave,  perché  non  m'incomba  il  dovere 
délie prove.  Queste,  le  avremo  agevolmenie,  procurando  di  farconoscenM 
col  rimatore.  Corne  si  chiamasse,  non  si  saprà  probabilmente  mai;  cgU 
non  sembra  aver  provveduto  da  se,  e  possiam  lenerci  sicuri  che  l'ommis- 
Bone  non  fu  riparata  da  altri.  Ma  duveva  esser  persona  di  umile,  se  non 
dlnfimo  staio.  Par  già  lecito  argomentarlo  dalle  osceniià  goiïe  e  volgah, 
che  a  voile  gli  escono  dalla  penna'.  Perô  non  vorrei  decidere,  se  i 
difetti,  che  si  rilevano  nel  suo  modo  di  conccpire,  vadano  attribuiti  mag- 
gionnente  a  cortczza  d'ingegno,  o  a  scarsezzadi  coltura.  Certo  enirambi 
i  fattori  cooperarono.  Del  poco  ingegno,  è  prova  manifesta  l'incredibile 
penuria  dcl  buono  di  qualsïasi  specie  în  tutio  quanto  il  libro.  Dell'  igno- 
ranu,  si  ha  una  dimostrazione  solenne  dall'  esame  délie  rime.  Qui 
l'auiore  avrebbe  un  bel  maschcrarsî  dietro  i  copisti  :  con  poca  faiica  lo 
possiamo  subito  costringerc  a  mostrarci  almeno  il  volio. 

Non  mi  fermo  aile  zeppe,  chiamate  ad  ogni  momento  a  fungere  da 
rime,  sebbene  ce  ne  sieno  d'insensaie,  le  quali  basterebbero  da  sole  a 
metiere  in  evidenza,  con  che  sorta  d'uomo  s'abbia  qui  a  fare.  Cosi  pure 
sorvolo  leggiermente  sulle  rime  scorreite.  Talune  non  eccedono  lelicenzc 
abitualt  deî  poeii  popolari  :  soprana  e  magna  (I,  24),  Roma  e  persona  |I, 
ji>,  «w,  cioè  ressc,  ed  kofersse  (I,  75),  acorto  e  doto,  vale  a  dir  dotto 
(IV,  5),  morte  e  note,  cioè  notte  (VIU,  1 5),  meàicho  e  cUricho  (IX,  27), 
e  simili,  irovano  risconiri  a  bizzeife.  Ma  certo  non  poirebbe  dirsi  ahrei- 
tanio  di  studio  costreito  a  rimar  con  fastidio  (1,  44),  sane  con  bene 
(I,  6au  pclo  con  duoto  (II,  13),  spandere  con  comprcndere  [VIII,  5), 
i/tsonio  ccn  dominio  (X\\\,  11).  Queste  sono  consonanze.  Proprie  più 
specialroeme  degii  stomclli,  si  usano  a  volte  con  buon  cffctio  anche  nclle 
btftave,  come  un  soprappiù,  in  quanto  si  faccïâno  consuonare  i  versi 
■  difpari  coi  pari  -,  ma  non  sono  già  ammcssc  a  prendere  qua  dentro  il 
luogo  delte  rime.  Un  esempio  di  rima  inesatta  e  di  consonanza  ad  un 
.tempo,  occorre  nella  si.  1  del  camoIV  :  mùsicha,  fisicha,  rùhricba. 
Ma  é  sopratluito  alla  lingua,  che  mi  giova  di  volgere  l'attenzionc.  Il 


i.Gterfe,  IX,  j6;  X,  10-11;  XIX,  4 


l6  p.     RAINA 

rimatorc  non  ètoscano,  e  senza  essersi  impratichito,  mediante  lo  studio, 
délia  lingua  leneraria,  prétende  di  scriverla.  Con  quai  esito,  figuriamceio. 
Siccome  poi  ciô  che  non  si  conosce,  neppure  si  rispetta,  cosl  awiene 
che,  agli  errori  involontarii,  costui  ne  ag^unga  non  pochi  di  volontarii. 
Tutte  le  forme  gli  sono  indifïerenii  :  ora  usa  l'una,  ora  l'alira,  senza 
normaalcuna  ;  se  una  voce,  che  a  lui  farebbe  comodo,  non  esiste,  si  toglie 
d'impaccio  creandola.  Certo  non  era  facile  trovar  parole  che  ritnassero 
con  Ipocràs  ;  se  non  che  nessuno  obbligava  a  mettere  questo  nome  in  fine 
di  verso.  Ma,  nossignori  :  il  nostro  anonimo  ce  lo  vuol  proprio  collocare 
bcn  tre  volte  (UI,  i6,  IV,  )  e  i  ));  e,  con  mîrabiie  dîsinvoltura,  gli  mené 
dirimpetio  fas^  debàs^fa  dimoràs^  parlas,  che  per  lui  significano /ci  e  fece^ 
tu  debbUy  fa  dimorat  parla.  Ne  pajon  iroppo  meno  mostruose,  ancorchè 
trovino  una  certa  spicgazione,  le  voci  hai  (I.  6i)»  /"'  (HI*  '7i  VI»  a). 
trovai  (VII,  1 1),  adoperate  come  lerze  persone.  Anche  ahrte  per  ailora 
(II.  14),  fairo  ptrfatio  (IX,  40),  difficilmente  s*inconireranno  alirove. 
Con  tutio  quesio  spropositume,  di  cui  mi  basta  aver  dato  un  saggio, 
consuonano  a  maraviglia  cène  accentuazioni  stranamente  arbitrarie.  S'è 
già  visto  dimorài;  aggiungiamoci  insognio  (VII,  2),  per  sogno,  zolia  per 
zoglia  0  gioja.  Invece  non  considereremo  come  semplici  licenze  di  un 
rimatore  inetio  cerii  infmiti  rimossi  dalla  loro  conjugazione.  Védere  (IV. 
6)  è  comunissimo  nei  dialetti  dell'  Itatia  superiore;  similmeme,  credire 
(XI,  36),  cresire  (lH,  7),  perdère  iXVIII,  s),  traèrt  (XXII,  14)  postono 
farsi  scudo  d'un  créer  nelle  Lodi  veronesî  delta  Vergine\  e  dei  perfeiti 
cresUt  conponè^  metè,  nascè^  chazè^  prendèt  partie^  plasette  in  Fra  Paolino 
Minorita'.  E  anche  giova  pensare  aile  analogie  spagnuole;  in  quanto  il 
fenomeno  non  avrà  certo  nella  regione  iialiana  una  storia  diversa  che 
nell'  ibericai. 

Inutile  andar  per  le  lunghe  nell'  esame  dei  meri  spropositi.  Bensi  im- 
porta rilevare  le  pecuiiariià,  che  possano  chïarirci  intorno  alla  patria  dell* 
aurore.  Noiera  in  primo  luogo  la  ftacchezza  délie  consonanti,  0,  in  altri 
termini,  lo  scempiamento  délie  doppie,  e  in  particolare  délia  soida  den- 
tale. Rime  come  doto,  dinoto  (I,  19),  sapuîo,  voluto^  tuto  [\,  22),  giovi- 
neto,  imprometOt  mansutto  (1,  26),  alzato^  fato,  pato  (I,  ^a);  poi,  yîo/o, 
duob,  coh  (I,  7^1,  eli,  zieli  (I,  {7)  ;  tera,  era  (IX,  loi,  ecc,  abbondano 
fuor  dimodo.  Viccversa,  troveremo  anche scriiio,/dtto,  lornatto  (III,  17), 
ratto,  inprixonaito  iVII,  18K  kordinutta,  fiatta  fIX,  61,  e  cosî  via.  Ma  qui 
pure,  chi  ben  consideri,  dato  che  queste  forme  risalgano  air  autore, 
abbiamo  ancora  un  germoglio  délia  medesima  planta  :  la  causa  è  sempre 


1.  MuB4AFiA,  Mon.  ant.  di  dut.  H.,  p.  Sj  (v.  iSjj.  E  cfr.  il  GlossariOj  ib., 
p.  107. 

2.  Trattato  de  Regimine  Rcctoris pahil.  da  A.  Massafii.  Vienna,  1868. 

).  Questa storia èdichiaraulucidamentedair  AicoW,  Arch.gtoltoL,  ll,4}2n. 


UNA    VERSIONE    RiMATA    DEI  Setîi  SaVl  tf 

l'ignoranza  delta  retia  distinzione  tra  le  doppie  e  le  scempie.  Chi  scrive 
sa,  cosl  in  génère,  che  la  iingua  letieraria  usa  spesso  le  prime,  dove  il 
dtaletto  suo  ha  invece  le  seconde  ;  ma,  uno  per  uno,  quali  siano  i  casi,  non 
sa;  pertamo  applica  alla  cieca  la  sua  confusa  nozione,  e  raddoppia  a 
volte  le  scempie  anche  quando  erano  iegittime. 

Un  aluo  caratiere  da  considerare  è  l'assibilamento  délie  palatali.  Sazû 
H,  la,  $i),^«o(I.  51),  tantû  (I.7i);poi. /««  (V,  s),  ii/uiw(XIV,  8). 
huxo  (IV,  18;  X,  18],  e  simili,  son  tuue  forme  che  ci  occorrono  nelle 

'  rime.  S'aggiungano  -Uio  ed  -i7ù,  ridoiii  ad  -io  ed  -ia  :  fia  (I,  741,  fia 
(XV|  1}»  merdpîa  (11,  6),  tio,  giglio,  iXXUI,  4).  Avvertirô  anche  -re  da 
-Jw.  -tre  :  part  [Vil,  r.  XVll,  2G\.  Insieme  abbiamo  pudre,  fiUo,  mera- 
tiiia  :  giacchè  è  da  tener  sempre  a   même,  che  le  forme  dialettali,  e  le 

Itoscane  0  letterane,  si  danno  qui  continuamente  di  gomito.  Un'  altra 
formola  notevole  è  -onso  da  -olso  :  ponso  i.Vl»  50).  Ne  potrei  oraraetlere, 
ancorchè  rara,  la  caduta  di  una  dentale  ira  vocali  .  mario  [XIV,  4:, 
posai  iXV,  }i,  spia^  spca,  spada  (Xtl,  14). 

Entrando  neî  dominii  délia  morfologia, noterè,  tra gli  aggettlvi, gran4a 
iXV,  47);tra  i  sostantivi,  stralo  {\U,  a],  cano  |IV,  19),  e  il  plurale 
auRo  (IIJ,  5)  ;  quindi,  le  forme  verbati  stasla  0  itaxla^  stava  (XIV,  1 5  ; 
XV»  Ij^  XXII,  101,  andasia  (XV,  13);  daga,  dîa  (XII,  \^\;andemo 
(I,  11);  tokndo  (III,  'j],fazando  (V,  6),  discoprando,  corando  (XV,  28), 

.Sg^ndo  i^VII,  12).  Ma  il  fenomeno  morfologico  più  ragguardevoie è  qui 
b  perpétua  confusione  tra  le  ^°  persone  di  singolare,  e  quelle  di  plurale. 
Che  s'abbia,  fia,  zia^  iitzenochiava^  andone^  ecc,  per  fianOy  giano^  uigi' 

inocchiavano,  andarono,  non  è  cosa  da  maravigliarsene  :  to  sirano  si  è 

^ehe  s'adoperi  sono  per  <  (l,  m,  à/io  per  à  (II,  18;  XIV,  ij),  fano  e 
dtsjano,  per  fa  c  dUfà  {XIV,  11  ;  X,  4),  stano  per  sta  (XXII,  16  e  20, 

■  HM*  per  va  [XXII,  jo)  '.  e,  analogameme.,J^/)o,/o/to  e/uro  (I,  8,  }4  ; 

llX,  j6,  ^8;  XXI,  2j;,  mortrjrû  (I,  4î|,  tornoTO  (IX,  58),  chiamaro 
(XIX,   16),  desendïno  (XW,  17J,  per /u, /no5frô,  ecc. 

E  qui  è  da  aggiungere  un'  altra  série,  che  vuol  esser  consideraia  a 

pane  :  roffl;flzi/)o  (X,   1;  XII.    1;  XX,    ij,   montàno,  alzàno  (XI,   j), 

Ktràflo  (XX,  I),  tionàno  (XX,  8),  seràno  iXXII,  j),  atiàno    XXIII,   hN 

ti  adoperati  corne  singolari.  —  Di  quai  tempo  ?  —  La  maggior  parte, 

se  ù  bada  al  senso,  pajono  da  giudicare  perfeiti  ;  ancorché  l'uso  sîniaiiico 

Ldel  présente  siorico  venga  ad  anncbbiare  la  questione.  Ora,  poichè  un 
fetlo  délia  prima  conjugazione  in  -à  occorre  davvero  nell'  Alla  Italia, 
ed  d  fréquente  nelle  antiche  scritture  di  quesia  regione',  non  abbiamo 
qui  motivo  di  panicolar  maraviglîa  ).  Per  altro  coi  perfetti  possono  assai 


»,  Or.  Mt•s8^FlA.,  6<Jlrjjj  :.  kunJe  J.  NorÂit.  Mmàùrttn  tn  XV  Jhrh,,  p.  19. 

a.  V.  m  proposiio  Ascou,  Anh.  glottoi.,  I,  4^2  d- 

{.  Un  e&empio  di  questa  uscita,  non  esposto  »  censura  quanio  al  numéro, 


28  p.    RAJNA 

bene  esser  frammisîi  anche  dei  presenti;  chè,  data  quella  mozione  arbi- 
iraria  dcll*  acccnio,  che  già  ci  è  toccato  di  notare,  le  due  forme  venivano 
a  coincidere.  E  invero  icrze  pluraii  di  présente  con  accento  violente- 
mente  promosso,  credo  di  dover  rîconoscere  nelle  sianze  i6  e  68  dri 
primo  canto  :  votîàno,  rôltano,  mostràno,  môstrano. 

Lasciando  le  dubbiezze  specifiche,  ritomiamo  al  fatto  générale  e  posi- 
tivamenie  consiatato.  Nel  nosiro  lesto,  singolare  e  plurale  possono 
scambiarsi  alla  terza  persona  le  rispeitive  funzioni.  Ne  in  questa  rcci- 
procità  c'è  nulla  che  ci  debba  sorprendere.  Il  caso  è  pcrfeitamenie 
analogo  a  quelle  nlevato  e  spiegato  rispetto  alla  geminauone  ■ .  Il  doppîo 
fenomeno  ha  un  unico  perché  :  t'autore  appartiene  ad  una  regione,  dove 
la  ^>  di  plurale  è  già  venuia  a  confondersi  abitualmente>  colla  y  di 
singolare  I.  Egli  si  sforza  bene  di  conformarsi  alla  tingua  leiieraria; 
ma  con  ciô  riesce  solianto  a  commeliere  due  specie  di  spropositi,  invece 
di  una  sola  ;  corne  adopera  il  bianco  per  il  nero,  cosi  il  nero  per  il  bianco  4. 

In  altri  termini,  noi  sappiamo  oramai  che  il  rtmatore  è  vcneto.  Ë  alla 
regione  veneta  convengono  aliresi  te  altre  peculiariiâ  idiomatiche  che  si 
son  venute  enumerando,  e  in  génère  imie  quelle  che  si  possono  racco- 
gliere  in  qualunque  parte  del  testo  :  foneliche,  morfologiche,  lessicali.  Mi 
giova  dir  semplicemente,  convengono,  iroppo  essendo  arduo  ed  arrischiato 
per  ora  il  segnare  i  confini  geografici  di  una  forma  o  di  un  vocabolo.  Ma 
forme  specificamenie  veneie  pajono  bene  i  perfeiti  in  .i  i,  i  quaii,  olire 
che  dalle  uscite  in  -àno,  si  possono  dir  provati  anche  da  un  trorai  per 
troyàt  giàciiato  addieiro.  Ë  una  forma  creataarbitrariamente,  ma  che  ha 
esatto  riscontro  in  ronftfmoi"  per  fo/ijumô  IX,  12',  fui  per /a  flll,  17; 
XV,  )6)^.  Invece,  tratti  specificamenie  lombardi,  oppure  cispadani,  non 
ne  scorgo  :  ne  nelle  rime,  ne  altrove.  Insomma,  rimandando  pii^i  in  là 
l'esposizioneparticolareggiata,  didara  pure  per  adesso  :  tutio  il  linguaggio 


seoibra  essere  padàno^  iwl  c.  I,  si.  10.  Deve  sîgnificare  parlarono. 

I.  Rammenlfr6  anche  t  gerundii,  che  pur  nclU  prima  conjucazione  escono 
qualche  voila  'm-<ntio  :  monzendo  (V,  2|,  àmorendo  (XXIll,  29).  Se  non  che  qui 
gli  •otHo  saranno  forse  da  ridurre  ad  'ando.  Un  forte  incilamento  s'avrebbe  dj 
zonzando,  che  nel  primo  di  questi  casi  tien  compaf^nia  a  manzcndo  c  padcndo.  — 
Allre  analogie,  che  sempre  confermano  il  fatlo  psicotogico,  si  possono  racco- 
gliere  fuori  di  rima  :  per  es.,  di  l'altro  per  de  faUro  (IX,  iî). 

a.  Corne  tenoineno  sporadico,  il  fatlo  si  puô  osservare  amhe  nella  siessa 
Toscans. 

3.  Superflue  awertire  che  sitratia  qui  di  una  riduzione  fonetica^  non  di  una 
sostitu7-ione  siniatlîca. 

4.  Clr.  MuKSAFi.s  Altjtàttz.  Gcd.  aas  Vmu.  Handschr.  il,  xiv. 
}.  Aiuux.i,  Op.  cit.,  I,  4^2  n. 

6.  Potrebbe  agcîungersi  moi  per  mo^  piai  per  più.  Ma  s'avverla  che  pîm  è  in 
fra  Giacomino,  e  cne  m  génère  h  produ^ione  di  un  i  finale  in  monosJUabi  die 
uscissero  originariamente  in  voc.-l-i,  è  comune  a  moite  parlate  italiatie.  E  noi, 
voi,  oppure  nui,  vui,  sono  di  tutta  Italia. 


UNA    VERSIONi:    KIMATa    DEI  StUt  SûVÏ  2^ 

dî  questi  veniiirè  canti,  in  quanto  non  si  tratti  di  puri  arbitrii,  trova 
[piciu  spieguione  nei  dialetti  délia  regione  veneta,  cd  in  quclli  soltanto. 
Le  indagini  e  le  osserva:doni  ulteriori  daranno  I'  ultima  conferma  a  questa 
asserzione. 

Naiuralmentc.  si  desiderebbe  una  determinazione  piii  précisa.  Netio 
suto  présente  délie  cognizioni,  sarà  possibile  onenerla  per  un  lesto  di 
questa  fatia  ?  C'è  da  dubiume.  Ma,  tentare,  bisogna. 

Cominciamo  dall'  esaminare  se  un  i  ail'  uscita  esercîli  mai  sulla  penul- 
'liinaionica  quell'  intluenzd,  che  ebbe  dalT  Ascoli  la  sua  piena  dichiara- 
xioDe%eperlaqualeesioscura  inj,  oin  u.  Giovaindagarequesto  pumo, 
'perché  Taller^zione,  comunissima  sulla  lerraferma,  ncUe  scritture  délia 
'  ineirûpoli  si  rileva  solo  in  esempi  molio  scarsi,  ed  in  parte  anche  dub- 
bii  >.  Pur  iroppo  le  nostre  JiiS  coppie  o  triadî  di  rime  fomiscono 
pochissimi  elementi  per  dare  una  risposta  positiva.  Certo,  casi  valevoli 
di  0  —  t  =  u  —  i,  non  ne  occorrono.  Vui^  nui  non  provan  nulla,  essendo 
forme  cbe  serpeggiano  in  lutta  Italia.  Quanto  ail'  e,  le  cose  vanno  un 
po'  diversantente.  Chè,  dove  accade  di  inconirare  accoppiati  artczencsi, 
corUxif  avixi  (XXII,  i),  aquisieresti,  moristi  (XX,  j),  è  impossibile  non 
sentirsi  allettati  a  mcttcre  un  perfetto  accordo,  leggendo  cartnenisij 
conixit  a^uUuristi.  Ma  poi,  con  qualguadagno  ?  Nella  sua  singolare  steri- 
liU  di  rime,  un  autore  corne  il  nostroera  capace,  pur  di  procacciarsene, 
bcn  altro,  che  di  prend  ère  a  prestito  questc  forme  da  dialetti  vicini  e 
'  ^lesso  uditi,  oppure  di  crearle,  se  non  gli  erano  note  come  reali.  Poi, 
nella  formola  -ense,  \'i  occorre  anche  al  singolare  in  Venezia  $iessa« 
non  foss'  altro  nella  voce  paixe  i.  E  invero,  anche  nel  testo  nostro,  se 
û  correggono  carîeunezi^  cortexi^  sarà  dovere  di  giusttzia  dïsiributiva 
leggcre  dcl  psfi  palixe^  in  cambiodi/7a/rxf,  allast.  49  del  c.  XXIH,  dove 
abbiamo  di  frontc  a  questa  voce  inpermxc^  dixe.  Pertanto,  se  era  nostro 
debito  cercar  qua  dentro  un  criterio  di  distinzione,  ci  convien  confessare 
di  non  avercelo  trovato.  Certo,  chi  volesse  proprio  ad  ogni  patio  cavare 
di  qui  una  risposta  qualsiasi,  l'avrebbe  in  favore  di  Venezia,  piuttosio 
che  délia  terralerma  ;  ma  cosi  Tiacca,  titubante,  che  ci  vorrebbe  un 
bcll' ardire  per  metterla  a  fondamento  di  un'  affermazione. 

E  intanio,  le  rime  non  vedo  che  mi  possano  aUrimenti  sovvenire. 
Sulla  forma  ponsopcT  polso  (V,  )o),  avvertita  addietro,  ossîa  sul  fetto  di 
-cm-  da  -o/i-,  non  vorrei  di  sicuro  edificar  nulla.  Il  fenomeno  è  troppo 
ditfuso,  per  preslarsi  ad  una  determinazione  locale.  Bisogna  dunque  che 
dal  lembo  esiremo  mi  riduca  a  osservare  l'iniemo  dei  versi  :  satvo  poi, 
beninteso,  a  non  cavar  dalle  premesse  conseguenze  sproporzionate. 


i.  Op.  cit.,  I,  jog,  425. 

a.  Ib.,  4ji  n. 

j.  Id.,  ib. ;  MuBSAPU,  Btitrtg,  1 1 . 


)0  p.    RAIKA 

Allargalo  cosl  il  campo  délia  rîcerca,  possiamo  anche  prefiggerd 
qualche  determinazione  più  précisa  ' .  S'è  parlato  in  addieiro  di  terra- 
ferma  :  ora  sarà  opportuno  disiinguere  la  sezione  veronese,  e  la  pado- 
vana.  E,  in  générale,  diciamolo  pure  :  gli  è  oramsi  soltanto  fra  le  tre 
metropoli  che  si  aggirano  i  nostri  dubbii  ;  Verona,  Padova.  Venezia  si 
dividono,  per  la  massima  parte,  i'onore  dell'  attività  letterana  nelle  terre 
venete.  —  Orbene^  caratteri  veronesi  non  ne  trovo  di  nessuna  specie  : 
grando,  cano,  stralo,  zengiarOj  non  hanno  che  vedere  col  fenomeno  di  e 
atona  finale  =  o.  Similmentet  la  sincope  dell'  e  interna  fuori  d'accento, 
mi  occorre  solo  corae  fatto  raro  e  sporadico,  vale  a  dire  in  condizîoni 
non  veronesi  *.  Unici  esempi  da  segnalare,  vetrana^  veierana,  vecchia 
fVI,  îj,  e  misira  (l'i  16),  che  scmbra  csser  misera,  non  mesta,  corne  si 
potrebbe  sospettare  da  taluno  >.  Ed  anzi,  una  decisa  ripugnanza  aile 
forme  sincopatc  risulta  dai  fuiuri  e  condizionali,  che  suonano  costante- 
mente  averb,  saverôy  parera,  donria,  ecc-  ecc.  Mérita  altresl  d'esser 
rammentata  la  forma  liberi,  libri,  nell'  indice,  valida,  s'intende,  per 
l'amanuense,  non  già  per  l'autore. 

E  non  è  questo  il  solo  tratto  che  ripagni  al  veronese,  e  convenga 
invece  alla  regione  orientale.  Il  dittongamento  di  ^  ed  6  avviene  qua  e 
là  anche  in  casi  non  comuni  alla  lingua  letteraria,  e  perd  dovuti  senza 
dubbioal  dialetto  materno.  Occorre  persino  con  vocale  lunga,  edin  posi- 
zione.  Noterô  iUva,  iera,  spiera^  aVugra  ed  aliegramente,  eriede,  mtecho, 
tiecIiOf  matieriay  siecho,  nuove  Inumeralei,  /uorc,  riscuose,  riscosse,  puovolo» 

Più  specifiche  appajono  certe  uscite  verbali.  Una  2»  di  future  in  à  mi 
è  fomila  dalla  st.  9  del  c.  VII  :  Se  quclo  ch'io  dira  me  crederai,  E  pot 
h  farà,  zcrto  tu  guarirai,  S'ha  qui  una  mescolanza  di  forme,  che  parrebbe 
strana  in  ogni  altro  scrittorej  ed  è  invece  caratteristica  per  il  nostro. 
Tunavia  non  ispiace  trovare  qualche  esempio  isolato  :  E  corne  amerà  te, 
ru  amerà  mecho  {XXIII,  45'.  Ed  è  dello  sîesso  lipo  quest'  altro  :  Tu  me 
hcosa  moîto  prava  (XV,  19].  Eccoci  fra  le  lagune,  0  almeno  in  paese 
che  ha  già  sublta  l'influenza  délia  capitale.  Ma  a  Venezia  ci  porteranno 
decisamente  certe  forme  interrogative,  asia  (XV.  53).  sèniestu  (1,68), 
mostrestu  jl,  77I,  aidesta  fXIX,  1  ^1,  délie  quali  ben  tre  particolarmente 
notevoli,  in  quanto  l'enctitica  vi  è  preceduta  da  una  sillaba  atona.  Se 
non  che  abbiamo  da  contrapporre  un  vèdetu  (XI,  i),sàlvetu.  (XV,  60},  e, 
quel  che  più  vale.  due  at\i[\\^  1^;  VI,  ;t),  un  ioia  (XXIII,  4I,  un 
¥Uûta  [XII.  is). 


r.  Non  c'è  bisogno  di  avvertire  che  in  questa  indjgîne  mi  fondo  soprattutio 
suir   esposizione  magistrale  dell'  AKoli,  Op.  cit..   I,  420   segg.,  448  segg. 

2.  Un  es.  padovano,  Itxtrt^  ed  alcuni  appartenenti  a  Venezia,  sono  rêgistrati 
anche  dall'  Ascoli. 

j.  j4i,  miilra  mi,  Uitta  e  dtfvtnturata  ! 


VUh    VERSIONË    RIMATA    DtHI    SctU  SttVi  ;i 

Queita  l'esposizione  dei  fatti.  Adesso  le  itlazioni.  La  trascrizione  del 
testo  nella  regione  orientale,  ë,  sicura  ;  solo  per  la  composizione  pH- 
mitiva  si  puô  bsciar  adito  a  qualche  dubbio.  Tuttavia  ë  un  dubbio  che 
pogg^  sopra  una  mera  possibilità,  e  che  ha  coniro  di  se  tutte  quante  le 
probabililà.  In  via  prowïsoria,  almeno,  riieniamo  la  Storia  M  Sufano  e 
composue  trascritu  nella  zona  a  cui  lutti  gP  indizi  accennano.  Nfa  tra 
questi  indizi  alcuni  sono  posiiivamente  vencziani  ;  altri  invece  sembre- 
rebbcroripugnare  un  pochino  a  Venczia,  e  condurci  piuttosio  alla  terra- 
fenna.  Son  le  forme  interrogative,  che  sembrano  in  certa  guisa  contrad- 
dmorie.  Due  spiegazioni  si  presemano.  L'ommissione  del  s  in  alcuni  casi 
pud  esser  frutio  dello  sforzo  di  usare  la  lingua  aulica.  E  allora  non 
abbiamo  ragione  di  uscire  di  Venezia,  dove,  o  prima  o  poi,  dobbiamo 
cssere  di  nécessita.  Ma  anche  un'  altra  îpoiesi  ha  un  discrète  grado  di 
vcrosimiglianza,  e  sembrerebbe  anzi  da  preferire.  Le  forme  con  5  e 
quelle  che  ne  vanno  prive,  possono  esser  dovuie  a  patrie  diverse.  In 
lal  caso  l'espressione  pîù  probabile  da  dare  alla  supposizione,  sarebbe 
quesia  :  se  vcreziano  l'autore,  fu  di  tcrraferma  il  irascrittore,  e  vice- 
versa.  E  faccîo  pcrsonale  Pipotesi,  perché  gli  uomini  vanno  e  le  raon- 
ugne  stanno.  Vicentini,  e  soprattutto  padovani,  ve  n'erano  naturalmeme 
a  Venezia  in  buon  numéro.  Ben  più  rari  avevano  ad  essere  di  nécessita 
i  Veneziani  che  abitassero  in  terraferma. 

Più  oltre  di  cosl,  con  argomenti  linguistici,  non  mi  riesce  di  spin- 
germi.  Vediamo  se  c'è  nessun'  alira  fune,  a  cui  aggrapparsi.  Una,  pres- 
sochè  impercettibile  a  prima  giunta,  nii  par  di  scorgerne  nella  novella 
del  TtsOTo.  Speriamola  una  funedi  seta.  L*edi6rio  dove  si  ripongono  e 
cunodiscono  le  ricchezze  del  re,  è  designato  con  un  nome  diverso  da 
ogRÏ  aiira  versione  : 

E  lo  magno  Rc  di  quela  zîtade 

Lo  suo  texoro,  con  suo  volere  caldi, 

Si  dete  in  salvo  al  suo  gastaido  avaro, 

E  quelo  nela  forte  percholatia  li  logaro... 

Qucsta  percholatia  era  un  torone; 

Crosa  de  mure  iera  oltra  mesura... 

(IX,  le-,.) 

Ebbene,  cbc  cosa  è  mai  quesio  vocabolo  percolaùa^  Subito  si  è  iratti  a 
Tcderci  un'  alterazione  di  procaraûa.  La  mcialesi  di  r,  nella  formola  che 
s*ha  qui  e  nelle  altre  analoghe,  è  assai  fréquente  nei  dialetti  veneti  délia 
nostra  regione  ■ .  Peraitro,  nel  caso  attuale,  il  fenomeno  non  è  puramente 
fonetico  :  il  prchsso  p^r  esercit6  una  forza  attratiiva,  per  effetto  délia 
quale  il  prodouo  della  metaiesi  riuscî  modificato.   Di  ciù  non  proverà 


i.  Kicou,  Op.  cit.,  I,  J98  n.  ;  433. 


J2  P-    RaJNa 

ombra  di  meraviglia  chi  pensi  allô  sfratto,  che  il  pro  ebbe  dal  per  anche 
in  ufficio  di  preposizione.  E  percazar  per  procacciare,  è  forma  ben  nota 
nel  nosiro  territorio. 

La  conferma  più  efficace,  l'avremo  studiando  la  voce  procuratta  ed  i 
suoi  significati.  Essa  è  un  derivato  del  sostantivo  procuraiore.  Procurato~ 
rîa  doveva  esserne  la  forma  originaria,  non  perduiasi  del  tutio,  par- 
rebbe,  nella  iradizione  cancetleresca.  La  trovo,  posto  che  sia  esaua  la 
stampa  del  Corner  ',  in  un  décrète  del  1442  :  «  Cum  officium  Procura- 
toriarum  nostrarum  » ,  etc.  Da  procuratoria  si  dovette  passare  a 
procuratria.  Più  tardi  Tultimo  r  ebbe  a  soccombere,  di  fronte  agli 
aliri  due  che  lo  precedevano  nella  parola.  £  un  case  analogo  a  quelle 
di  aratro^  ridotto  ad  arato.  Ma  il  r  non  venne  meno  senza  lasciarsi  diciro 
un  legato  :  préserva  il  t  dallo  scadere  a  d. 

Certo  non  posso  qui  trattenermi  a  tessere  uns  dissenazione  intorno 
ai  procuratori.  Tuttavia  qualcosa  bisogna  pur  dirne,  cercando  di  rettifi- 
care  alcuni  errori.  Il  nome  fu  adoperato  per  una  moltitudine  di  uffici, 
analoghi  nel  loro  prîmo  fondamento,  ma  spesso  divenuti  poi  affaiio  dissi- 
mili, per  effetto  di  evoluzione  storica.  Tra  gli  altri,  abbiamocomuni,  e  in 
Italia  e  fuori,  i  Procuratores  ecciesiarum  :  i  nosxri  fabbricieri^.  Nella  mag- 
gior  parte  dei  paesi  il  vocabolo,  in  questo  significato,  non  passa,  0  non 
si  mantcnne,  nell'  uso  volgare.  Ci  passô  bensl  a  Venezia,  dove  vive  tut- 
tora).  E  U,  uno  di  cotali  uffici,  abbastanza  umile  puresso  nei  suoi  prin- 
cipiiy  ebbe  cosl  prospéra  la  fortuna,  da  diventare  a  poco  a  poco  una  magi- 
straiura  di  somma  importanza  e  dignità,  ed  una  specie  di  anticamera  per  il 
Dùgado*.  Al  Procuratorc  4i  S.  Marco,  istiiuito  in  origine  ail'  intente  di 
sor\'egliare  la  cosiruzione  del  lempio  e  di  amministrame  i  béni,  si  ven- 
nero  mano  mano  affidando  altri  incarichi  :  esecuzioni  testamemarie  e 
tutele.  Questc  brighe  erano  divcnute  cosi  gravi  nel  1  i  3 1 ,  che  fu  giuoco- 


1.  Ecdaia  Vattta,  Ven.,  1749;  Dec.  XIU.  P.  I,  389. 

2.  V.  il  Du  Cangc,  s.  v. 

}.  Intorno  ai  Proiuratori  dt  chiua  in  Venezia,  si  pu&  vedere  il  Gallicciolti, 
Memoru  Vinttt,  Ven,,.  179^  ;  III.  [48. 

4.  Cib  per  naturale  ettetto  delta  condizione  délie  cose.  AU*  ufficio  di  Procu- 
ralore,  allorchè  fu  diventato  dï  grande  importanza  c  auloritâ,  si  deggcvano  i 
pifi  degni  e  benemeriti.  Quindi  la  necessili  che  i  voti  s'avcssero  per  solilo  a 
portare  .^opra  un  tnenibro  di  queslo  coUegio,  quando  si  iraltava  dell'  elezione 
del  doge.  Dalla  Procura  al  Dogado  vi  fu  un  solo  passagsio  nel  secolo  Xltl  ; 
Otto,  su  i^uatlordici  dogi,  nel  XlV  ;  diecî,  su  undici,  nel  XV  ;  nove,  su  tredici, 
nel  XVI,  fino  a  Nicolù  da  Ponte.  —  Dei  Procuratori  di  S.  Marco  scrissero 
specialmcnte  :  Fra  Fulgrnzio  Manfredî,  £)fgmM  Procu/iiforu,  Ven.  1602,  molto 
prendendo  e  quasi  copiando  dal  Sansovino,  ytnetia  ...  dtschtta,  Ven.  >if8i, 
r  106;  poi,  il  Corner,  Op.  cit.,  Dec.  XJII,  P.  \,  ci  W  Sanà't,  Pnncipu  di  Storia 
Civilt  dtlla  Rtpubblica  di  Vtnniaf  Ven.  17^^,  I,  7^6  e  II,  \\\.  Tra  queste  fonti 
la  piii  sîcura  e  proficua  è  il  Corner,  siccome  quella  che  ci  procaccia  la  cono- 
scenza  dirctta  dî  un  buon  numéro  di  documenti  important!. 


una  versions  rimata  DEi  Stttt  Savi  )) 

hrzA  al  Cran  Consiglio  deliberare  l'aggiunta  di  unsecondo  procuraton  ■. 
E  al  seconde  lennc  presto  dictro  il  tcrzo  (iaî9l,  indi  il  quarto  (1261), 
pÎLt  lardi  aliridue  (1  }19U  fincliè,  nel  1442,  si  portarono  i  Procuraton  al 
inumero  definîtivo  di  nove.  Definitivo,  in  condizioni  nonnali  ;  giacchè  in 
lempi  eccezionali ,  corne  sarebbc  a  dire,  in  occasione  di  guerre  pericolose', 


I.  Errano  gli  scrhiorî  di  questa  maleria,  quando  fanno  cominciare  le  tutele 

e  le  csecozioni  testamentanc  dei  Procuratorï  dail'  anno    1268  o  69,   Basta 

Ycderc  corn'  è  molJvata   la  deirbcraxione  dcl    i2jt  :  •  Quod  propler  muttas 

lolonas  et  fornitiorres,  que  quotidie  vcniunt,  tam  pro  opère  S.  Marci,  quam 

pro  isiis  formtionibus  et  lutelis,  adeo  QUod  unus  solus  Procurator  »,   etc. 

Mt^^RxKH,  Op,  cit..  J84).  Parole  simili  ncl  decrelo  del  i2;g  (î"  Proc.|.  Ma  è 

lancor  più  e$plicito  Kaltro  decrelo  del  1261  (4*'Proc,):  «  Quotîdic  multtplicantur 

iKcceisuru  opens  Sancti  Marci,  tam  pro  tabncatione  domorum  et  alionim  labo- 

>  rtriorum.  quamfornilionum,  et  tutoriarum,  cl  per  mortem  defunctorum  [!j,  qui 
Tolunt  quod  Pfocuralores  sint  sui  fidèles  commissani,  et  esecutores  soarum 
voluntalum,  verum^etiam  pro  factïs  terre  mittuntur  extrade  dictis  Procuraloribus  • , 

kflc.  Si  badi  —  e  per  ciù  solo  non  ho  omesso  nella  citazione  l'ullimo  incise  —  che 

Iqtiei  facta  ttnt  non  hanno  che  fare  coll'  ufficio  proprio  dei  Procuralori.  Essendo 

»Qesii  pcrsonc  ira  le  più  autorevoli,  accadeva  spesso  di  adoperarli  în  ambascerie, 

Igeneralati,  ecc.  V.  Sansoviso,  Op.  cit.,  108.  Alla  fine  dcl  1268,  0  forse  piut- 

Itmto  al  principio  del  1 269.  allro  non  si  fece  che  rcgolare  oicglio  quc5U  fac- 

loenda,  e  mctlere  in  forma  di  l^ge,  cio  che  prima  era  slato  scmplice  consuelu- 

'  60e.  Non  &o  se  csista  la  deliberazionc  che  sopra  di  cIli  dovettc  prendersi  dai 

due   coosi^li  ;    esiste    bensi,  ed    è  rlportato  dal    Corner,   un    plebiscito   del 

1^   febbrap    1369,    dovc   si    approva    che,    in  conformità    dt   ouanto  s'era 

delibcrato  dal  Ooge  coî   Consigli,    sia    inlrodotta  una  giunta  nel  Capitolare 

dcll'    utâao    del    Proprio    (1  în   Capitulari  Judicum   Propriî  »).   In  vcrità,  è 

IVolto  inlcmsantc  a  siudtarsi  l'evolu/iDne  di  quesla  magislratura.  Ecco  corne 

Ib»  pare  di  polerla  rapprcscnlarc.   Il   Procuralorc  di  S.   Marco  cominci6  dzW 

Ltssere  eseculore  testamentario,  quando  si  tratlava   di   patrimonii  taticiati   alla 

Ichiesa.  Indi,  per  l'autorllà  da  lui   acquistala  di  fatto,  i  cittadini  stîmarono  di 

knon  poter  meglio  guareniire  l'esatla  osservan?^  délie  loro  esireme  voionti,  che 

E'alfidandone  a  lui  la  cura.  S.  ^farco  ci  doveva  sempre  gu3d.ignare  qualcosa.  E 

dell*  opéra  sua  cbbe  presto  a  valersi  anche  lo  Stalo,  nei  cas!  trequcnli  di  per- 

ïone  cne  venissero  a  morte,  0  nella  citti,  o  pid  spesso  in  terre  lontane,  «nza 

>  desrgnare  un  esecutore.  Da  ragioni  simili  le  tutele^  sia  di  pupilli,  sia  di  pazzi. 
iLa  nforma  radicale,  gravida  di  tutto  l'avvenire,  fu,  senza  averne  l'aria,  l'aa- 
Igjunla  di  un  Procuratore  nel  i2ji.  Posta  la  Procuralia  di  S.  Marco  in  condi- 
ISone  di  potersi  assumerr  maggiori  brighe,  queste  aifluirono  da  ogni  parte  in 
ksiisura  sempre  creicente,  e  ben  preslo  sproporzionata  allefurzedi  cht  le  dove?a 
(lostenere.  Quindt  la  necessiti  di  accrescere  mano  mano  il  numéro  di  questi 

Ba^ttrati.   Le  deliberazioni  del    1269   regolarono  defmitiva mente  le  cose,  e 

mero  per  obbligo  i  Procuraton  esccutori  di  tuili  t^uei  tcstamenli,  tutori  di  lulti 

quel  pupilli  e  mentecatti,  che  loro  fossero  affidati  dal  Doge  0  dai  Giudicidel 

Prophor  Sicchè  anche  qui  abbiamo  un  incremento  graduale,   la  di  cui  origine 

Si  perde  nella  notte  dei  lempi.  Forse,  e  senza  forse,  non  c>  Stato,  che  al  pan 

yài  VVnezia  si   presti   allô  studio   della   lenta  formazione  e  trastormazione  degli 

tordinamenti  pubblici.  Riprendereadesso  il  soggetto  trattalo  dal  Sandi,  iter  chia- 

\tnk>  col  lume  della  nuova  crilica,  sarebbe  una  délie  imprese  piû  splenaide,  più 

'nuli,  che  possa  otTrire  il  campo  délie  ricerche  stoHche.  Insteme,  è  bcn  vero, 

aoche  délie  più  ardue.  Le  due  cose  iroppo  di  rado  si  scompagnano. 

3.  Per  es.,  di  quclla  soslenuU  conlro  il  Turco,  negli  anni  1  jyo  e  segg.  V. 
IUm'Rsdi»  Op.  cjt-,  7. 

Hom^ma,  Vit  } 


J4  P-    RAJNA 

si  diedero  a  votte,  corne  giàs'crano  dati  in  passato  pcr  cause  d'infermità  ' , 
nuovi  rinforzJ  a  questa  magistratura,  salvo  poi  sempre  il  lasciarla  grado 
grado  rientrare  di  per  se  stessa  nel  suo  letlo  naturale.  Giacchè,  i  Pro- 
curaiori  erano  sempre  a  vita  :  nessun  eietto  usciva  dal  cotlegio,  altro 
che  per  morte,  o  per  proinozione  a)  principato. 

Dal  Procuratore,  adunque,  la  Procutatia  :  un  astratto,  che  désigna 
prophamente  rufûcio  e  ta  giurisdizione.  E  le  Procuratie,  a  cominciare  dal 
I  j  1 9,  furono  tre,  essendosi  ripartiti  in  tre  gruppi  i  Procuratori  :  de  supra, 
de  citra,  de  ultra.  Il  primo  di  questi  gruppi  appare  corne  il  legittimo 
continuaiore  délia  vecchia  tradizione,  essendo  ad  esso  assegnaia  la  cura 
spéciale  délia  chiesa  di  S.  Marco  e  del  suo  patrimonio.  Gli  aliri  regge- 
vano  rlspettivamente  le  commissarie,  di  qua,  e  di  là  dal  Canal  Grande. 
Ma,  dal  sïgnificare  l'ufficio,  il  vocabolo  venne  anche  a  designare  redificio 
dove  il  magisirato  risiedeva.  Cosi  presso  di  noi  si  chiaraano  abitualmente 
pretura,  prefettura,  le  sedi  del  pretore  e  del  prefelto.  Sollanto  »  pu& 
domandare  :  anche  l'abitazione,  gîà  (m  dai  vecchi  tempiP  Credo  che  si, 
per  via  d'esiensione,  allorchè  costituiva  un  sol  corpo  colla  sedc  dell' 
uffido.  Ciô  che  è  ben  certo  si  è  quesio  :  i  Procuratori  erano  alloggîati  a 
pubbliche  spese  in  case  edificate  apposta  e  situate,  almeno  in  parte,  sulla 
piazu  di  S.  Marco,  molto,  ma  molto  tempo  avanti  la  costruzione  di 
quelle,  che  si  chiamano  adesso  le  procuratie  vecUtie  >;  e  che,  quando  furono  • 
costrutte,  cioè  nel  secolo  xv  i^  e  ancora  nel  1602,  si  chiamavano  invece 


1.  Ud  Procuratore,  oltre  il  norocro  allora  vigente  (sei)  fu  eietto  nel  131t. 
Ud  illro  nel    i}6i  ;  un  terzo  nel    141 }.   V.  Curner,  Op.  cit.,  187  e  lâs. 

3.  Anche  qui  affermo  cosa,  che  mal  s'accorda  con  quanto  dicono  il  Sandi  ed 
altri.  ma  che  i  documenti  mcttono  fuori  d'ognl  dubbio.  S'è  prcicso  che  rallog- 

f^io  pubblico  sulla  Piazza  fosse  date  ai  Procuratori  per  il  decreto  del  1442.  Si 
egÇa  quel  documento,  acccssibilc  ad  ognuno  oeil'  opéra  dcl  Corner  ipag.  J89), 
e  SI  veori  che  le  cose  stanno  m  ben  altro  modo.  La  deliberazione  presa  albra 
concerne  sulo  i  tre  Procuratori  di  nuova  istituzione.  E  che  cosa  sUbJlisce  il 
Consiglio?  Che  essi  siano  pareggiati  in  lulto,  stioendio,  ecc,  agli  antichi,  ed 
«  habe[a}nt  domum  in  pUlea  Sancii  Marci  sicut  al\i  >.  Il  fatio  si  è,  che,  anche 
precedentemente,  non  s'era  mai  deliberato  l'accresciniento  dei  Procuratori,  senu 
provvedere  in  pan  tempo  aile  relative  case.  E  in  vero^  gii  nel  i2]  1  :  ■  ...  Capta 
fuit  pars,  quod  in  ma|ori  Consilio  cligatur  unus  alius  Procurator,  qui  sit  socius 
s.  Pnilippo  Mémo  Procuratori  S.  Marci,  et  quod  fiai  sibi  tina  domus  in  platea 
S.  Marci,  pro  sua  habitalione  *.  Ora,  chi  puo  immaginare  che  si  pensasse  a 
ediâcare  una  casa  per  il  seconde  Procuratore,  se  il  primo,  l'antico,  non  ne  fosse 
gîi  stato  provvi:>to?  Ne  so  dubitare  che  anche  quel  primo  edifîcio  non  fosse 
sulla  piazz;i.  Diamine  I  si  tratlava  dcl  vero  e  proprio  labbrictere  di  S.  Marco  1 
Invece,  il  luogo  non  é  determinato  nei  decreti  del  i  a  }0j  1 26 1  e  1 }  1 9.  Nel  secondo 
si  dtce  anzi  che  la  casa  s'abbia  a  costruire  >  uoi  videbitur  Domino  Duci. 
Consiliarits  >,  etc.  Va  peraltro  awertito  che  ai  nuovi  Procuratori  del  i}i9  c 
fatto  obbligo  espresso,  6nchè  ■  sibi  pro  comane  de  domo  sufficientc  provisum 
fuerit  •,  di  non  abîtarc  «  extra  conlralas  confinantes  cum  insula  Sancti  Marci.  * 
}.  Che  queste  Procuratie  fossero  opéra  del  principio  dtt  secolo  XVI,  fu 
crcduio  erroneamente  dal  Cicognara  (m  CicuoNAit\,  Ditoo  e  Su-va  :  U  fabbnchc 


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UNA    VERSIONF.    RIMATA   DEI  Stttl  SaVl  ^J 

tiacH^  per  distinguerle  dalle  altre,  che  sorgevano  da)  lato  opposio  délia 
Piazza  '. 

Nella  loro  qualità  di  fabbricieri,  i  nostri  Procuratori  erano  custodi 
dcl  tesoro  di  S.  Marco  —  ori  sacH,  c  reliquie.  Ma  non  è  di  ciô  che  a 
ooi  Jebba  specialmente  imporlare.  Questi  oggeiti  stavano  anche  allora 
rincbiusi  in  una  doppta  cella  annessa  alla  chiesa,  molto  anttca  di  certo,  e 
che  ad  ognt  modo  già  serviva  a  octale  desiinazione  nel  i  z;o,  quando 
vediamo  esservjsi  una  nolie  appiccato  un  inccndio  '.  Non  so  dir  bene,  quai 
fosse  in  origine  il  nome  daio  alla  cella  nel  discorso  comune;  gli  scriliori 
la  chiamano  54/?rui3rio  ;  una  leitera  latina  de!  doge  Ranieri  Zeno,  portante 
la  data  del  1265,  adopcra  Tespressione  generica  volta^;  probabilmente 
il  popolo  designava  fin  da  quell'  età  anche  il  contenente  col  vocabolo 
taoro.  Dico  questo,  per  allomanare  il  pensiero  che  il  nome  di  percolatia 
nelU  Storia  di  Sufano  possa  irovare  qua  dentro  la  sua  ragion  d'essere. 

Ma  la  vera  Procuraiia  era  propriamente  ancor  essa  un  luogo  di  cu- 
stodia  per  cose  di  grande  rilievo.  La  Repubblica  vi  faceva  conservare, 
sono  la  guardia  dei  Procuratori^  «  i  privilegi  del  ducato,  e  lutte  le  scrtt- 
turc  d'importanza  »<.  Fra  qucste  scrîtiure  erano  anche  le  cronache.  Ce 
jo  attesta  una  lettera  dcl  doge  Nicolô  Grimani,  colla  data  del  u  novem- 
bre I  ]  I  r  :  it  ...  Habeiur  per  Chronicas  nosiras,  qux  fuerunt  diutissime 
et  sum  in  nostra  Procuratia  S.  Mard,  qui  est  locus  ita  solemnis  )>,  etc.  f. 
Di  qui,  diciamolo  per  incidenza,  l'origine  prima  dclla  biblioteca  Mar- 
ciana.  Fu  in  grazia  di  questo  antico  costume,  che  lo  Stato  affidô  poi  ai 
Procuratori  le  raccolte  di  libri,  di  cui  ebbe  più  tardi  a  diventar  pro- 
prietario. 


t  t  moaumaiti  nspicai  d'i  Vcatzta  ;  Ven.,  i8^8  ;  I,  8^),  c  da  alln.  Anleriori  — 
benchè  con  due  solî  ordini  —  te  dimostr6  inconfutabiltnentc  l'Ab.  Cadorin, 
P*rm  ii  X\'  ArchitiUi  t  notisU  stor'tchc  intorno  al  Palatzo  ducaU  di  Vwtzia  ;  Ven., 
iSjS;  p.  ip.  V.  anche  Tkiunz^,  Vite  dei  ptà  altbri  Archt.  e  Scalt.  Venez., 
tktéorir.  net  sec.  XVI-  Ven.,  1778;  p.  100  ;  Selvatico,  Sulla  ûichttOt.  t  suUa 
Jrt/ï,  in  Ventzij;  Ven.,  1847  ;  p.  172.  —  Ma  anterion  di  quanlo?  —  È  un 
pmoo  non  ancora.  ch*  to  sappia,  decifrato  da  nasuno. 

I.  Ma.vprrdi,  Op.  cit.,  30  :  *  AU'  ioconiro,  che  è  il  lato  destro  della  ptazza 

[ ^QSO  Oslro  Sirio,  si  vede  una  banda  di  casç  della   Procuratia,  addimandate 

I  nove  rispetto  ddie  vecchie,  che  sono  dxH'  aliro  Uio  t.  Si  badi  che  quando  il 

>  Manfrcdi  scriveva  (16021,  délie  Procuratie  Nuove,  nel  senso  nosiro,  sorgeva 

solo  la  parte  più  ricina  alla  Libreria,  sebbene  il  proseguirocnto    della  fabbrica 

losir  cosa  stabilita  :  <  Le  habilaiioni  loro  (dei  Proc.)  cominciano  dunque  dal 

cantone  vicino  al  Campanile,  che  doveranno  seguirc  fino  alla  chiesa  di  S.  Gemi- 

ÛDO,  i  dirimpetto  di  quella  di  San  Marco.  1  (Ib.,  p.  i;.} 

t.  CouMïti.  op.  cit.,  120.  * 

|,  Ib.,  3H  '  *  '>i  volta  quadam  Ecclesie  ». 

4.  Saswvixo,  Op.  cit.,  107.  A  scntire  questo  aulore,  ciô  si  sarcbbe  comin- 
datoa  fire  nel  r3i9.  il  pauo,  che  cilo  sotto  nel  Lesto,  acccrta  ben  più  antica 
ta  cosa 

(.  È  riportala  nella  sua  Cronaca  dal  Dandolo  ;  Muiut.,  Rer,  II.  Str.,  Xlt, 
497- 


j6  p.     RAJNA 

Qui  est  tocus  ita  sotemnis  :  ecco  tolto  ogni  dubbio  circa  il  significato 
locale  del  vocabolo  procuratia,  e  circa  t'importanza  del  vecchio  edificio, 
che  doveva  sorgcre  di  contro  al  palazzo  ducate,  dove  il  Sansovino  eresse 
net  secolo  xvi  la  meraviglîosa  fabbrïca  délia  Libreria.  Aveva  ad  essere 
una  cosiruzione  ben  solida,  e  conienere  locali  pienamente  al  sicuro 
dai  ladri.  Chè,  oltre  ai  diplomi,  i  Procuratori  dovevano  custodire  là 
dentro  somme  ingenti.  Fabbrideri  délia  chiesa,  csecutori  testamcntarii  c 
tulori,  quasi  dirai,  universali,  per  conseguenza,  amministraiori  u  di  un 
numéro  incredibile  di  possessioni  e  case  d  ,  —  son  parole  del  Sansovino  ' 
—  venivano  ad  aromassare  rcddiii  enormi  >.  Ora  possiam  dire  d'inten- 
dere  che  a  Venezia  una  tesoreria  potesse  esscr  chiamaia  procuraùa  ;  ne 
più  v'è  ombra  di  dubbio,  che  percolatia  e  procuraùa  non  siano  davvero. 
lo  siesso  vocabolo. 

Ebbene  :  ciô  che  era  possibile  qui,  lo  era  forse  alirove  ?  Certo  i  pro- 
curaiori  di  chiesa  sono^  come  ho  deiio,  tutt'  altro  che  una  specialitâ 
veneziana.  Ma  unicamenie  a  Venezia  divennero  d6  che  li  abbiam  visti. 
Altrove  riraasero  nei  loro  vecchi  panni  :  semplici  fabbricieri.  Di  più, 
fuorî  delta  città  dclle  lagune  non  m'è  accaduto  mai  d'incomrare  il  voca- 
bolo procuraf  m  i. 

Chiedo  scusa  d'essermi  dilungaio  a  discorrere  di  questa  materia;  ma 
certo>  se  non  mi  fossi  sforzato  di  vedere  un  po'  chiaro  tra  le  motie  ine- 
sattezzc  degti  scrittori,  non  avrei  potuto  arrogarmî  il  diritto  di  scorgere 
nelia  voce  pcrcolatia  una  prova,  secondo  me,  poco  men  che  sicura,  délia 
venezianitàâeWiStoriadiStefano.  SoggiungerÔ  un'  ultima  riprova.  Anche 
il  nome  di  gastatdi,  dato  dalP  autore,  nella  stessa  novella  del  Tesoro, 
ai  due  ufficiali  o  ministri  del  re,  sta  benissimo  pur  esso  a  Venezia.  Un 
gastaido  ciascuno  avevano  al  loro  servigio  le  Procuraiie  de  citra  e  de 
ultra;  due,  quella  de  supra*.  E  due  gastaldi  aveva  pure  il  doge,  detti 
ippunxo  plii  proprlaimenic  ^astaidi  del  dogeK  Da  questi  convien  distin- 
guere  bene  i  gastaldi.  che,  nelte  isole  dipendenti,  rappresentavano  un 
tempo  l'autorità  ducale,  ossia  tencvano  presso  a  pocol'ufficio,  che  ebbero 
poi  i  podestà  *'. 


I   Op.  cit.,  107. 

2.  Parte  Mrvivan  poi  per  sowenire  ai  poveri,  e  io  parlicoUre  ai  marinai. 
Giacchè  le  Procuraiie  di  Venezia  fungevano  anche  da  Congregazion:  di  Caritâ. 

j.  Un  eseiDpio  addotto  dal  Du  Cangc,  che  si  potrebbe  credcre  padovano, 
perché  si  nfensce  aile  reliqmc  di  S.  Antonio,  é  invece  venezJano  ancor  esso. 
bel  resto.  épresoda  una  semplice  traduzione.  «rseguila  dai  Bollandisti,  per  evitar 
di  riprodurre  il  teslo  votgare.  Si  traita  d'una  lettera  del  16^2.  V.  gli  AA.  SS., 
Giugno,  11^  747. 

4.  Ï7ANSOVIN0,  Op.  cit..  108.  Cfr.  Manfredi,  Op.  cit.,  1 1. 

\.  SANur,  Op.  cil,.  1,  809. 

6.  Per  ouest)  gastaldi  giova  vedere  il  Cecchetti.  Ls  Vita  dà  Vtruzuni  fiw  al 
w.  Xlll:  ndl'  Anhino  VenUo,  l\,  80. 


UN*    VERSIONE    RIMATA    DEl  Sttte  Sovi  J7 

Rimeniamoci  finalmente  in  via  sulla  strada  maestra,  per  giudicare  rias' 
nntivameme  la  forma.  Corne  s'è  notato  fin  dal  principio,  una  vera 
«eparazione  tra  gli  errori  dell'  autore  e  quelli  deir  amanuense,  o  degli 
amanuensi.  non  è  possibile  in  nessun  modo.  Ma  certo»  attribuir  tutto  al 
primo,  sarebbe  cosa  ingiusta.  Vorremmo,  per  esempio,  esser  lanio 
icnideli  da  non  supporre^  che  dove  ora  si  legge,  contre  la  grammaiica  e 
il  ritmo,  E  dd  molù  costui  erano  invidïaîo  (XX!,  io|,  Lo  re  ait  baroni 
eheno  pariato  (XXIll,  ;8).  il  rimaiore  non  iscrivesse  era,  ebe^  forme  che 
.occorrono  anche  nei  versi  che  immediatamenîe  precedono  ?  E  poi  s'ha  li 
t  fianco  VApollonio  dï  Tiro,  che,  a  guardar  solo  alla  superficie,  appare 
oramai  vestilo  dei  medesimî  cenci.  Ma  tutto  ciô  è  sempre  poco;  si  è  ben 
lontanî  dallo  scaricare  a  questo  modo  tuite  le  brutture.  La  bocca  dell' 
emissario  è  a  pelo  d'aqua  ;  se  ne  va  quindi  una  certa  dose  di  sudiciume, 
cbe  gallcggiava  ;  ma  le  acque  restano  sempre  sozze  e  melmose  ;  la  peggior 
lordura  è  nel  fondo.  La  lingua  di  quesie  706  stanze  era  mosiruosa  per 
colpa  deir  autore  ;  i  versi  uscirono  in  gran  parte  miserabilmente  stronchi 
e  KÎancati  dalle  mani  del  rimatore,  ne  v'ha  perizia  di  ortopedico  che 
valga  a  raddrizzarli  ;  gli  amanuensi  non  fecero  che  stritolare  di  pii^  un 
Imucchio  di  cocci. 

Eppure,  non  ostante  siffatta  mostruosità,  lo  storico  délia  lelteratura 
svrebbe  lono,  se,  passando  vicino  alla  Storia  di  Stefano^  torcesse  il 
maso,  e,  disgustato,  tirasse  di  lungo.  Ne  adesso  dico  ci5  per  riguardo  al 
conlenuto  :  gli  è  precisamente  délia  forma  che  intendo  parlare.  Il  teste 
ê  un  rap présentante  cospicuo  di  una  fase  letteraria,  a  cui  ben  pochi 
riflettono,  e  che  nondimeno  è  di  molto  interesse  per  le  vîcende  délia  no- 
dvihà  e  délia  nostra  lingua.  È.  una  fase  che  fa  esatto  riscontro  a 
'quell'  alira,  rivelataci  di  récente,  che  stam  soliti  designare  col  nome  di 
fiancO'italiana. 

Danno  molto  a  ripensare  le  antiche  condizioni  letterarie  detl'  Italîa  nor- 
dica.  Nel  secolo  xin.  e  in  panegià  nel  mi,  essa  ë  atiratta  dalla  Francia, 
e  si  sforza  di  esprimere  i  suoi  pensicri  e  sentimenti  in  lingua  d'oc  e  â*oït. 
Alcuni  eletti  riescono,  se  non  a  perfezione,  certo  più  che  mediocremente. 
Quanto  al  volgo  ed  a' suoi  nmaton,  l'esito  è  quale  poteva  csser  consen- 
tito  dalla  scarsissima  istruzione  di  chi  componeva,  e  dall'  ignoran/a  di 
^colore  che  dovevano  ascoltare.  Si  comincia,  a  quanto  pare,  da  un  francese 
proposiiaio,  e  si  finisce  coi  dialetti  locali,  infiorati  di  elementi  esotici. 
:  ona  stessa  composizione  si  trasforma  non  di  rado  gradatamenie,  e  passa 
f^er  Tarie  fasi-  S'inlende,  che  di  provenzale  non  è  qui  quesiione.  La  letie- 
ratura  ocitanica  è  cortigiana  ed  aristocratica  per  eccellenza;  se  mai  si 
cwpa  délia  génie  rozza,  gli  ô  solo  per  farsene  befîe.  Siano  pur  nati  in 
»  quanto  si  vuole  ceni  suoi  rappresentanii ,  sempre  mirano  in  alto  :  ai 
aori.  aile  dame.  Ma,  tomando  a  noi,  l'esempio  straniero  anima  a 


î8  p.    RAJNA 

spingersi  più  oltre.  Le  parlaie  indigène,  probabilmenie  non  estranec  del 
lutlo  neppur  prima  alla  rima  ed  al  verso,  smeitono  un  poco  délia  nativa 
timidezza,  ievanola  faccia,  e  tentano  prove,a  eu  da  soie  nonavrebbero 
chi  sa  fin  quando  osato  arrischiarsi. 

Fino  a  qui  le  provincie  del  seitenirione  si  tengono  in  gran  parte  — 
dire  di  più.  sarebbe  grave  sproposiio  —  estranee  al  lavorio  del  rimanente 
dell'  Italia.  E  ciô  per  ragioni  molteplici  ;  principali,  forse,  la  siiuazione 
geografica,  allô  sbocco  délia  fiumana  che  veniva  dai  confini  deiU  Francia  ; 
pot,  il  notevole  distacco  dclle  parlate  circumpadane  da  quelle  del  resio 
délia  penisola,  e  le  loro  peculiari  afîinità  coi  linguaggi  d'ottremonte  ; 
in  lerzo  luogo,  il  fervore  veramente  mirabite  di  vita  civile  e  poliiica, 
che,  desiando  e  manienendo  ogni  sorta  d*attività,  disponeva  qucsta 
regionc  ad  essere,  di  fronie  aile  alire,  piutiosto  rimorchiatrice,  chcrimor- 
chiata. 

Ma,  pur  troppo,  quest'  ultima  causa  venne  a  degradare  poco  oltre  la 
meta  del  secolo  xiii.  Ed  ecco,  quando  il  sole  francese  chinava  al  ira- 
raonto,  ne  l'indigeno  era  riuscito  ancora  a  liberarsi  dalla  nebbia  matlu- 
tina,  apparire  già  fulgido  di  luce  meridiana  il  sole  toscano.  Come  non 
semirsi  attrani  ?  Corne  non  gitlare  a  terra  le  rozze  armi  di  pieira,  per 
adoiiar  quelle,  che  una  popolazione  sorella  aveva  saputo  fabbricarsi  di 
ottimo  acciato  ?  E  presto  il  linguaggio  loscano  apparve  non  meno  atto 
alla  poesia  narrativa  e  didattica,  che  alla  lirica.  Esso,  periamo,  învitô  ad 
un  tempo  e  raccolse  dattorno  a  iè  plèbe,  popoio,  signori.  Tutti  al  modo 
siesso  guardarono  sbalordiii  alla  Divina  Commedia,  composta  in  molta  parte 
in  mezzo  a  loro,  da  un  uomo  che  avevana  visto  e  conosciuto.  Insomma, 
nella  tacita  lotta  della  lingua  di  Dante  con  quella  di  fra  Bonvicino  e  di 
fra  Giacomino,  la  prima  ebbe  facile  e  poco  conirastata  vittoria.  Cli  av- 
versarii  chinarono  essi  stessi  le  bandierc  e  rescro  spomaneo  omaggio.  Le 
letterature  locali  si  rincantucciarono.  timide  e  vergognose.  appagandosi 
di  una  vita  oscura  e  stentaia,  prima  ancora  di  aver  gustate  davvero  le 
soddisfazioni  del  dominio.  La  coscienza  di  se  non  aveva  avuto  agio  di 
farsi  in  essi  ben  chiara  ;  perà  troppo  non  costava  riconoscere  un  nuovo 
signore.  Si  passava  da  un  vassallaggio  ad  un  altro  :  la  sone  abituale 
délie  terre  iialiane  per  secoli  e  secoli  anche  nell"  ordine  politico.  Ma 
questa  volta  il  signore  non  dimorava  ottremomi.  non  era  d'altra  razza, 
e,  colla  sua  incontestabiie  superiorilà,  prima  riconosciuta  che  affermata, 
awerava.  quanto  al  pensiero  riflesso.  quell'  unità  dell'  Italia,  che,  dai 
tempi  di  Homa  in  qua,  era  più  o  meno  confusamcnie  infondoal  cuore  di 
tutti.  Per  nulla  al  mondo  si  sarebbe  rinunzialo  a  vivere  per  conto  pro- 
prie,  ad  avère  un  govemo  ed  una  grandezza  cittadina,  a  lacerarsi  a 
moae,  appena  gli  animi  si  accendessero.  colle  popolazioni  vicine;  ma  in 
pari  tempo  si  seniiva  l'esistenza  di  un  vincolo  tra  tutti  gli  abitanti  della 


UNA   VERSIONS   RIMATA   DEI  SttU  SaVt  39 

penisota.  Era  speciatmente  guardando  al  di  fuori,  e  vedendo,  di  là  datte 
Alpi  e  dai  mari.  Tedeschi,  Francesi,  Spagnuoli,  chesi  riirovavano  qui 
gt'  Italûni.  Si  araavacon  passione  la  propria  provtncia,  la  propria  terra, 
ta  propria  contrada  ;  si  odiavano  a  morte  le  citlâ  rivali;  eppure,  quando 
il  seniimento  si  esaltava,  si  seniiva  che  la  patria,  nel  senso  pîù  grande, 
più  elevato,  non  era  Venezia,  Napoli,  Firenze  :  era  l'Italia  Edeccoche 
per  tal  modo  si  lendeva  a  metiersi  d'accordo  e  a  servirsi  negli  usi  più 
Dobîli  d'uno  ste&so  linguaggio,  ossia,  ad  adoperare  la  favella  in  cui 
arevano  scritto  gl'  ingegni  più  eccelsi. 

L'aiirazione  ddla  Toscana,  o,  per  dire  pifi  esatto,dei  suoi  scriitori,  fu 
escrcitaU  prima  sulla  lirica,  e  poi,  soltanto.  sugli  altri  generi  di  poesia  : 
ultjma  in  ordine  di  tempo  venne  la  prosa,  Ed  è  giusto  ch,e  cosi  fosse.  Sia 
DcUa  natara  stessa  délia  Itrica  in  génère,  e  di  quella  nostra  dei  secoli  xiii 
eiiv  in  panîcolare,  il  lendere  prepotentemente  ail'  unità.  Rappresen- 
tando  il  fiore  delta  coltura,  la  forma  più  alta  del  pensiero,  essa  si  vol- 
gcva  ai  soli  spîHti  eletti.  Perd  un  pubblico  vero  non  trovava  già  in  questo 
0  quel  iuogo,  bensj  in  tutta  quanta  la  penisola  ;  pubblico  disperso,  diviso, 
tppur  rannodato  da  un  iniimo  legame.  Si  rammentino  Dante  da  Majano 

't  b  Nina;  si  ricordi  il  primo  sonetto  dantesco. 

A  produrre  una  taie  condizione  di  cose  contdbui  non  poco  anche  il 
Cino«  cbe,  6no  ad  un  ceno  tempo,  la  coltura,  di  cui  la  lirica  potevadirsi 

^U  portaio  e  Tespressione,  fu  una  coltura  fittizia.  artificiale.  e  in  pari 
utnpo  universaie  :  la  coltura  cavalleresca.  Naturalmente,  cosiituita 
una  volta,  questa  dispersa  società  durô  anche  attraverso  a  mutate 
vicende;  i  fili,  che  avevan  prima  servito  a  far  comunicare  grindividui  di 

rima  iDoltitudine  rawinnata  da  somiglianza  di  pensîeri  e  di  seniimenti,  si 
prejlarono  poi  anche  a  irasmettcre  un  nuovo  vcrbo.  1  poeti  s'eran  raccolti 
per  parlarsi  Vun  l'altro  un  linguaggio,  che,  più  o  meno,  ognuno  aveva 

.appreso.  Dopo  un  ceno  tempo,  taluno  si  levô  fra  loro,  a  far  udire  accenti 

'|iiù  efficaci  e  più  veri.  Tutti  prestarono  orecchio,  e  furono  presto  con- 
qaisi.  ri  confronto  eratroppo  éloquente,  per  nonvincerla  sulle  abitudini, 
quand'  anche  il  desiderio  del  nuovo  non  fosse  stato  anche  allora  una 
molb  di  somma  importanza  nei  congegni  dell'  intelteito  artistico. 

Perô,  s'io  non  m'inganno,  la  lirica,  che,  dal  suo  centre  principale,  di- 
rcmo  noi  pure  siciliana,  appianO  la  via  alla  bolognese,  ed  alla  fiorentina, 
0  toscana  in  génère.  £  la  lirica  toscana  fu  un  fattore  di  unità  ben  più  effi- 
cace che  in  générale  non  si  pensi,  e  rese  possibile  Topera  dclT  Alighieri. 
La  qaaie.  anche  per  questo  rispetto,  si  pu6  dire  esser  siata  oltrapoiente, 

-meravigliosa.  Sertzala  Dtvina  Commedia,  cui  poiremmo  forse  aggiungere 
be  il  Conviio,  il  predominio  toscano  non  sarebbe  stato  générale  per 

'moho  tempo  ancora,  ne  avrebbe  potuto  stabilirsi  senza  contrasti  palesi. 
Parlare  di  Dame  come  del  creaiore  délia  lingua  nel  senso  délia  veçchia 


40  p.    RAJNA 

erudîzione,  è  cosa  che  adesso  fa  ridere  gli  scolareiii;  ma  in  un  senso 
nuovo,  potremmo  quasi  adottare  Tespressione.  E  per  Dante  sopratiutio 
che  la  lingua  di  una  provincia,  di  una  regione  divenne  in  brcvc  talingua 
délia  nazione  intera,  e  di  tutte,  senza  eccezione,  le  forme  letierarie  : 
divent6,  insomma,  la  lingua  italiana.  Altri,  senza  numéro,  avevano 
preparata  Topera  c  la  raffermarono  poi;  al  Boccaccio,  al  Petrarca,  vuoisi 
bene  assegnare  una  parte  non  indifférente  ;  ma  la  pietra  angolare  dell' 
ediftcio,  quella  su  cui  esso  riposa,  è  incontestabilmente  la  D'tvina  Corn- 
midia. 

L'ossequio  délie  aitre  regioni,  délia  settentrionale  in  ispecie,  al  lin- 
guaggio  usato  dagli  scrittori  toscani,  non  implicava  tultavia  una  melicolosa 
esclusione  degli  elementi  provinciali.  £  i  fiorentini  raedesimi,  venuti  dopo 
allri  non  pochi,  avevano  conservato  un  numéro  ragguardevole  di  voci, 
0,  più  propriamente,  di  forme  e  profferenze,  estranee  al  loro  paese.  Che 
anzi,  nel  distaccarsi,  fmo  ad  un  certo  segno,  dal  volgare  cittadino,  avevan 
fatto  consistera  uno  dei  principii  capitali  per  la  scelta  délie  parole,  una 
délie  suprême  norme  dell'  arte.  Il  pensîero  insolitamente  elevato  e  raffi- 
nato  tende  anche  a  manifcstars»  in  veste  non  comune.  Perô,  l'essersi 
prîmamentc  formata  l'unilà  délia  lingua  letieraria  per  mezzo  délia  poesia, 
e  propriamente  délia  lirica.  ebbe  anche  un*  efficacia  non  indifférente  sulla 
sua  particolare  costituzione.  Chi  avesse  attribuiio  anche  ail'  infimo  dei 
poeii  toscani  l'intendimento  di  celebrare  la  sua  donna  nella  parlata,  non 
dir6  delle  ciane  dei  Camaldoli  o  dei  coniadini  pistoiesî,  ma  neppure  in 
quella  che  s'usava  conver&ando  ira  gentituomini  e  geniildonne,  gli  avrebbe 
fatto  un  affronte  sanguinoso.  Era  negli  eccellenù  dicitori  che  si  tenevan 
fisi  gli  occhi.  E  questi,  alla  lor  votta,  guardavano  ad  altri,  ed  insieme  al 
latino.  Che  ciô  nonostante  si  venisse  ad  usare  in  fondo  il  volgare  délia 
dtlàf  succedeva  spontanea mente,  necessariamente,  senza  una  spéciale 
volizione;  ma  in  quanio  la  volomà  intervenisse,  gli  era  per  eliminare 
molle  voci,  che  non  parevano  avère  sufficiente  raaesià  o  leggiadria,  per 
accoglierne  altre  piii  nobili.  insomma,  per modificare  lafavella  che  s'era 
appresa  fanciulli  e  che  s'adoperava  negli  usi  comuni  detia  vita.  Sian  pur 
lievi  quanto  si  vuole  in  molti  casi  le  modificazioni,  esse  hanno  sempre 
importanza  somma,  come  quelle  che  propriamente  ci  dannoleintenzioni 
deliberate  degli  scrittori.  Agli  occhi  dei  modcmi,  questi  elementi  etero- 
genei.  forestîeri  o  latineggianti,  sembran  cosa  da  nulla  e  pajono  scom- 
parire  nella  massa  dei  dialetto  locale.  Ma,  se  si  vuoi  iniender  qualcosa, 
bisognacollocarsiairaltmipunto  di  vista,  mettersî  al  posto  di  queinostri 
antichi.  E  non  è  poi  cosi  difficile  il  riuscirci.  Immaginiamoci^  per  es., 
uno  scritiore  pretensioso,  di  qualunque  nazione  si  voglia,  ed  un  lettore 
straniero.  L'uno  pone  Tessenziale  dei  suo  scrivere  in  certe  peculiarilà, 
di  cui  l'altro  neppure  si  accorge.  E  una  taie  difTerenza  di  percezioni  e 


UNA   VERSIONS    RtMATA    DEI  Sette  SaVt  41 

di  gjudîzi  si  rileva  dovunque,  Nelle  cose  proprie  ed  abituali  si  vede  l'inso- 
lito,  per  tniaimo  che  sia,  e  al  resto  ncppure  si  bada  ;  entrando  in  una 
camcra  nosira  avvcrtîamo  una  seggîola  fuori  di  posto,  e  non  riceviamo 
alcuna  imprcisione  da  luiio  il  rimancnic.  Proprio  il  rovescio  awiene 
nelie  cose  altrui. 

I  poeii  toscani  scrissero  dunque  la  favella  toro  nativa  ;  i  scnentrionati 
accettarono  il  linguaggio  toscano  —  lo  scritlo,  badiamo  bene  —  non 
nncolandosi  tuiiavia  nient'  atTatto  a  non  profferir  siilaba  discorde  dall' 
uso,  più  che  médiocre  mente  vario  ed  incostante  pur  esso,  deUa  gente 
solita  bere  acqua  d'Arno,  e  di  Fonte  Gaja,  Che  a  poco  a  poco  il  tosca- 
nesimo  pretto  venisse  a  prevalere,  almeno  nella  prosa,  e  di  qua  e  di  là 
dall'  Appennino,  era  naturale;  ma  Timporunie  sta  appunto  in  quell'  a 
poco  a  poco.  Se  alcuno,  nel  trecento  o  net  quattrocento,  avesse  detto  ad 
un  tombardo  o  ad  un  veneto  :  scriveie  corne  si  parla  a  Firenze,  avrebbe 
iDosso  a  riso.  Dialetto  per  dialeito,  il  proprio  valevabene  l'altrui.  E  poi, 
quale  forma  preferire  tra  le  moite  che  accadeva  d'incontrare?  La  lingua 
tetteraria  era  fissata,  quanto  ai  carattcri  gencrali  :  non  già  rispetio  attc 
speciali  determinazioni  lessicali,  morfologiche,  e  specialmente  poi  fone- 
ncbe,  S'aveva  la  legge  '.  mancava  il  regolamento.  Un  cerio  arbitrio 
resiava  luttavia  in  facolià  d'ognuno.  Pertanto  era  owio  che  neppure 
i  settentrionali  badasscro  a  scansareil  provincialisme,  soprattutto  quando 
conduceva  a  forme  piii  prossime  al  tîpo  latino  che  le  toscane  non  fossero. 
A  qucsta  causa  credo  doversi,  tra  Taltre  cose,  che  si  sian  mantenute  nei 
verbi,  le  seconde  di  plurale  in  ati,  eti,  iù  '.  Ciacchè  il  latino,  convien 
pur  ripelerlo,  rimase  ben  a  lungo,  insieme  coll'  esempio  degli  scrittori, 
uno  dei  cardini  su  cui  poggiava  il  criterio  délia  lingua  nobile,  aulica, 
cortigiana  :  un  criierio  assai  complesso,  vario,  indeierminato  nella  mente 
.  Blessa  di  coloro  che  lo  applicavano,  e  per6  difficile  ad  analizzarc  e 
ôrcoscrivere  anche  per  il  criiico  moderno;  ma  non  meno  reale  per 
questo. 

CoUe  rigioni  teoriche.  naiuralmente  valevoli  solo  per  gli  scrittori  ed  i 
generi  piîi  eletti,  veniva  a  cotlimarne  un'  altra,  d'ordine  ben  diverse,  la 
<}ttale  esiendeva  invece  molto  plili  ampiamente  la  sua  efficacia  :  un'efG- 
cacia  unto  maggiore,  quanto  fosse  minore  il  gradod'istruzione.  S'aveva 
un  bel  proporsidi  scrivere  la  lingua  di  Dante  e  dei  toscani  in  génère! 
Corne  fare?  Nonc'eran  grammaiiche,  non  dizionarii.  Bisognava  imparare 
a  memoria,  ad  orecchio.  E  s'aggiungeva  pur  questo  guaio,  che  gli  ama- 
nuensi  settentrionali, nclirascrivere,  alteravano  innocentemenie  il  dettato. 
e.  senza  volere,  lo  conformavano  in  pane  non  piccola  aile  proprie  pro- 
mmzje.   Perô,  lo  studio  assiduo,  accurato,  intelligente,  riusciva  bene 


I.  CoMe  è  ben  noto,  le  adopera  ancora  normalmente  il  Bo|ardo 


43  p.    RAJNA 

spesso  insufficiente  per  chi  volesse  imbeversi  délia  buona  lingua.  Figu- 
riamoci  le  condizioni  del  popoto,  t,  in  génère,  délie  persone  poco 
coite  ! 

Eppure  anche  il  popolo  e  gli  uomîni  di  scarsa  coltura  vedevano  adesso 
nella  lingua,  che  ora  possiamo  con  pieno  diritto  chiamare  italiana,  la 
vera  forma  délia  letteraiura  volgare.  La  ritmica  ebbe  la  sua  pane  di 
meriïo  nel  far  entrare  una  persuasione  siffaiia.  Appeilo  ail'  ottava  lo- 
scana,  la  série  ad  una  rima  appariva  anche  ail'  infimo  volgo  cosa  ben  me- 
schina.  Ë  il  ritmo  pareva  corne  connaturato  col  linguaggio.  Devra  passare 
del  bel  tempo,  dovrem  forse  venire  finoaî  cinquecento,  perché  s'abbiano 
ottave  schieitamente  bolognesi  o  vencz.iane.  F.  nemmeno  allora  non  le 
avremo  già  per  opéra  di  oscuri  popolani.  Ce  le  daranno  rimatori  più  o 
roeno  illustri,  vogliosi  di  sollazzare  e  di  soUazzarsi. 

Ail'  essersi  dunquc  propagata  e  radicata  anche  in  basso  l'idea  che 
convenisse  poetare  in  italiano»  dobbiamo  la  Storia  ai  Stefano  e  le  miriadi 
dei  suoi  spropositi.  I  quali,  quanti  più  sono,  e  meglio  dimostrano  il 
fatio  deir  unificazione  leiteraria.  Si  puà  oramai  prevedere  il  giorno,  in 
cui  il  popolo  non  intenda  più  la  possibilité  di  scrivere  il  suo  diatetto. 
Quai  sorta  di  risultati  dovesse  dare  il  fatto  di  schttori  aile  prese  con  una 
lingua,  da  loro,  nonchèpadroneggiata,  neppur  conosciuta,  sarebbe  facile 
immaginarlo  anche  a  priori.  Cosi  si  rinnovava  il  fenomeno  di  un  gergo 
misio,  quale  s'era  prodotto^,  e  durava  tuttavia  in  parte,  per  effetto  del 
prcdominio  francese.  E  poichè  uno  dei  faiiori,  t'ignoranza,  non  differiva 
se  non  di  grado,  e  l'aluo,  il  dialetto  locale,  era  il  medesimo,  bisognava 
pure  che  anche  tra  i  prodotti  venisse  ad  esserci  una  ceria  analogia.  E 
l'analogia  c'è  veramente.  i^li  spropositi  délia  Storia  dt  Stefano  sono  in 
parte  qucgli  stessi  che  occorrono,  per  esempîo,  nella  nota  compilazione 
del  xiii  codice  marciano.  Ivi  ancora  si  obbedisce  ad  ogni  mémento  alla 
fonciica  dialettale  ;  ivi  ancora  si  mescolano  a  case  c  a  capriccio  forme 
disparate,  legittime  ed  ÎUegittime  j  ivi  ancora  si  spostano  arbiirariamente 
gli  accenti  per  ragion  délie  rime  \  si  creano  vocaboli  non  più  uditi.  si 
adoperano  ugualmente  la  ;"  di  singolare  per  il  plurale,  c  la  )*  di  plurale 
per  il  singolare  >.  E  aggiungiam  pure  che  anche  riguardo  alla  ritmica  c'é 
piena  analogia.  1  versi  giusii  sono  oramai  altrettanto  rari  in  ambedue  i 
lesti. 

Non  è  senza  ragione  che  ho  preso  per  termine  di  confromo  la  compi- 
laaonc  marciana,  a  preferenza  del  Bovo,  del  Kainardo  e  Ustngrirjo,  e 
simili.  Le  analogie  sono  naturalmente  maggiori  coi  tcsti,  dove  l'clemento 
francese  è  ancora  discretamcnie  intenso.  Di  fronic  al  loscano  —  c'è  biso- 


I.  Contredibn^  vtàn  ncl  Macario^  v.  jtto,  879.  V.  l'tntrod.  delMussatia,  AUJr. 
C€d.^  II,  IX. 

a.  Sont,  KMf,  ib.,  v.  1-4.  Op.  cit.,  xv. 


UNA   VERSIONE    FIMATA    DE!  SctU  Sûvi  4? 

gno  dî  dirlo  f  —  il  popolo  deli'  Alta  Italia  non  si  irovù  già  nelle  stesse 
condtzioni  corne  dirirapeiio  alla  lingua  d'oïl.  Per  poco  che  sapesse  dell* 
ono,  ne  sapeva  sempre,  anche  senza  imparare,  assai  piCi  che  dell'  altra. 
La  somiglUnza  col  dialetto  proprio  basiava  già  per  intendere,  almeno 
gli'ingrosso.  Quindi,  neisuno  siimolo  per  que  lia  graduale  etiminazione 
dell'  elememo  esorico,  în  grazia  délia  quale  il  gergo  franco-italiano  fmisce 
per  mener  foce  nel  puro  diaieito.  L'evoluzione,  quanto  a!  toscane. 
arrenne  precisamente  nella  direzione  opposta.  La  conoscenza  délia 
lingua  diventô  vis  v*ia  meno  difettosa  anche  presso  il  popolo,  sicchè,  se 
nella  miscela  colle  parlate  tocali  uno  deî  due  elementi  andô  perdendo 
terreno,  non  fu  davvero  il  toscano.  In  aliri  lermini,  gli  spropositi  vcn- 
ncro  mano  mano  scemando  di  numéro.  Giacchè  qui,  a  differenza  di 
quinto  accadde  per  il  francese,  gli  scrittori  restarono  scrapre  allô  siadio 
iidtiale  di  génie  che  faceva  il  possibile  per  iscrivere  in  buona  lingua, 
c  che  solo  inciampava  per  difetio  di  sapere. 

Un  p6  di  riassunto  cronotogico  servira  a  render  più  perspicue  le  cose 
dette.  Bisogna,  ben  inteso,  che  mi  lenga  molto  sulle  generali.  Confini 
precdsi,  in  cose  di  questo  génère,  non  si  possono  segnar  mai,  perché 
non  esistono  in  naiura.  Qui  poi  ci  troviamo  per  di  piii  ancora  al  princi- 
pio  delk  ricerchc  e  délie  osservazioni.  Una  distinzione  prcliminare  i 
indîspensabile  :  convîene  considerare  a  pane  la  gente  colta,  e  il  popolo, 
o  du  al  popolo  si  dirigeva.  La  prima  usô  di  preferenza,  se  non  esclusiva- 
Bcnte.  i  linguaggi  di  Francia  fino  al  declinare  dcl  secolo  xiii  ;  indi.  fin 
oiire  la  meià  del  xiv^  scrisse  promiscuamente  in  lingua  d'oi/  e  in  lingua 
dl  si,  a  seconda  specialmenie  dei  generi  ;  per  ultime,  abbandonà  la 
prima  e  si  attenne  alla  seconda  soltanto.  Il  popolo  invece  cominciô  da 
un  francese  spropositaio,  dove  l'elemento  forestiero,  nonostante  la  forza 
conservatrice  délia  tradizione,  venne  grado  grado  ad  esser  sopraffatto  di 
gran  lunga  dair  ctemento  indigeno;  quindi  ebbe  una  leiieratura  dialet- 
tale;  poi  si  dette  a  spropositare  in  italiano.  Questo  Pordine  cronologîco 
délia  produzione,  cui  non  corrisponde  già  una  successione  di  esistenza. 
Hella  seconda  mecà  del  secolo  xiir  e  nella  prima  del  xiv  si  ebbero  a 
fianco  il  dialetto  c  il  gergo,  che,  per  abbracciare  ogni  specie,  chîamerô 
^ani^diaUtîaïe  ;  nella  seconda  meta  del  trecento,  o  poco  prima,  ai  due 
j'aggiunse  l'aliro  gergo,  che  dire  tosco-diaUtiate.  Tutti  e  tre  convissero 
OB  po'  di  lempo  in  non  so  quanto  buona  armonia,  fino  a  cbe  lo  sira- 
mero  non  ebbe  toialmente  )o  sfratto.  Cosi  restarono  soli  în  campo  gli 
'altri  due  campioni.  E  questi  vi  si  mantennero  ben  a  tungo,  con  soru 
dÎTcrse  e  con  taciii  accordi,  a  seconda  dei  luoghi.  A  Venezia,  protetto 
ed  elevato  dalla  grandezza  politica,  il  dialetto  ebbe  sorti  non  infelicis- 
sme.  Altrove.  quanto  agli  usi  letterariî ,  ser^i  pressocbè  uiùcamente  di 
trastnllo. 


44  P-   fUJNA 

Da  queste  vicende  si  vorrebbe,  se  fosse  possibile,  ncavare  un  daio 
cronologico  per  la  Storia  di  Stefano.  Pur  troppo  resiiam  molto  nell*  Inde- 
terminato.  S'arriva  solo  ad  escludere,  conuna  verosimiglianza  non  lontana 
dalla  cenezza,  lutio  il  secolo  xiv.  È  neccssario  supporregià  ampiamente 
diffus©  e  pressochè  universale  l'use  dell'  italiano  corne  lingua  délia  poesia, 
perché  un  auiore  cosî  ignorante  corne  il  nostro  osasse  intraprenderc  un' 
opéra  di  tanta  mole.  Almeno  almeno.  s'egli  fosse  de'  primi^  dovremmo 
aspettarci  da  lui  qualche  cenno,  in  uno  dei  luoghi  dove  ragiona  de!  suo 
lavoro.  Ma  no  :  egli  dice,  perché  siasi  messo  all'opera;  si  giustifica  del 
fare  i  canti  di  diversa  lunghezza  ;  chiede  scusa  degli  errori  che  potrebb' 
csscrgli  accaduto  di  commetiere,  e  si  scarica  di  quelli  che  non  raanche- 
ranno  di  affibbiargli  gli  amanuensi  :  ma  délia  lingua,  non  uns  sillaba. 
Perô  anche  dal  principio  del  quattrocento  incline  rem  mo  forse  a  scostarci 
alquanio,  ed  avuto  riguardo  ail*  eià  cui  parve  da  attribuire  la  nostra 
copia,  meueremmo  la  composizione  ira  il  r42o  e  il  1470. 

Un'  esposizione  compléta,  circostanziaia  degli  elemenii  dialettali  che 
occorrono  nel  nosiro  testo,  non  riuscirebbe  oramai  ad  altro  che  ad  una 
nuova  consiatazîone  di  proprietà  e  caratteri,  già  noti  e  studiati,  del  ve- 
neziano  antico  e  dei  suoi  più  stretti  consanguinei  '.  La  mezza  conferma 
che  s'ouerrebbe  da  una  scrittura  mista,  giovercbbe  poco.  L'intéresse 
linguistico  délia  Stona  di  StefiinOf  sta  appunto,  corne  ho  esposto  larga- 
mente,  in  quei  caratieri  che  riducono  a  un  minime  il  suo  valore,  sia 
corne  scrittura  italiana,  sia  corne  documente  dialeitale.  Perô,  ciù  che 
più  specialmentc  vorremmo  cercare  in  essa,  sarebbero  leleggi  di  cotesta 
curiosa  miscela.  Se  non  che.  perché  leggi  vi  fossero,  bîsognerebbe  si 
traitasse  di  un  vero  e  proprio  compromesso.  E  invece  tuHo  si  riduce 
agli  etfetti  combinat!  dell*  ignoranza  e  délie  abitudini  detl*  autore  edi 
uno  0  più  amanuensi.  Convien  dunque  contentarsi  d'indicare  certe  tcn- 
denzc,  certi  caratteri,  ira  i  quali  forse  il  più  considerevole  é  precisa- 
mente  la  mancanza  di  un  caraiiere  ben  deierminaio  e  determinabile. 

Sicuro  :  ad  ogni  passo  s'incontrano  qui,  le  une  accanto  aile  alire,  le 
forme  toscane  e  le  venete  :  nella  stessa  otiava,  nello  stesso  verso.  Per 
esempio,  leggeremo  nel  canto  II,  st.  22  :  La  malvagia  femina  son  mal- 
vaxia  rete  ;  0,  quanti  homent  la  femena  fa  perire!  Né  la  mescolanza  si 
ferma  qui  :  essa  ha  luogo  continuamenie  dentro  ad  una  stessa  parola. 
Una  voce  délia  lingua  leuerariarîceve  alla  superficie  una  manoô'i  dialetto, 
che  la  altéra  senza  ira&formarla,  in  guisa  da  renderla  qualcosa,  che  non 
appartiene  in  realtà,  rè  ail'  una  favella,  né  ail'  alira.  Questo  avviene  più 


I.  Bastrri  rinviareat  due  lavori  capilali,  già  ptù  volte  cilati,  i  Saget  laéim 
deir  Ascoli  ed  il  BtiUag  del  Mussafia.  Poi,  agli  allri  conlribulidiqix&l  ulUmo, 
e  in  particolare  aile  illustrazioni  che  accoropagnano  il  Fra  Paolino. 


UN*    VERSIONE    RtMATA    DEI  StUt  Savi  45 

che  altrove  neile  vocî  che  to&canamente  coniengono  palauli,  in  quelle 
cbe  coniinuano  la  formola  -ili  +  voc,  e  nelle  forme  dci  vcrbi.  Dieu  per 
dieju  (^diese),  zià  per  m,  non  sono  vocaboli,  ne  toscan»,  ne  veneti.  Il 
medesimo  si  dica  di  giazere,  accanio  al  legiitimo  zasen^  piaze  per  piaxe, 
ecc.  ccc.  —  Che  in  laluni  di  quesii  casi  il  z  rappresenù  la  sibilante 
sonora,  scritta  ordinariamentc  x,  pÎLi  di  rado  s,  non  mi  par  troppo  vero- 
«oule.  —  Foi  si  considerino  meraveliay  conselio^  famelidy  ecc,  coi  quali 
perle  più  s'alternano,  senza  norma  alcuna,  miraveid^  conscio,  ecc.  Fe- 
Domeni  di  questo  génère  accadono  dappertutto,  ogniquaivolta  due  lin- 

I  guaggî  affini  si  trovano  in  cospetto.  La  lingua  iialiana  non  ha  mai 
cessato  un  giomo  dal  produrre  un*  infinilà  di  codesti  esseri  amfibii.  É 
kpecialmente  quesio  l'elemento  che  in  tutia  la  Lombardia,  nel  Piemonie, 
neit'  EmiUa,  mette  una  disiinzione  cosi  ragguardevole  ira  il  dialetto  délie 
persone  coite,  e  quello  dei  volghi.  E  altrettanto  accade  dovunque  si 

'  diano  condizioni  poco  o  lanio  analoghe. 

Il  prindpio  fondamentale,  da  cui  discendono,  corne  effeiti  dalla  causa, 
le  moUeplici,  sebbene  incostanti  caratterisiiche  del  nosiro  gergo,  si  puô 
dir  questo  :  S'ïmpara  ci6cheé  più  facile  imparare.  Quindi,  in  génère,  gli 
è  dove  le  differenze  son  maggiori,  che  il  toscano  riesce  roegtio  a  farsi 
valere.  Il  fatto,  paradossale  in  apparenza,  è  tuttavia  il  prodotto  naturale 
e  necessario  di  un  doppio  ordine  di  ragioni  :  oggetlive  e  soggetiive.  Da 
un  lato,  le  diversité  gravi  si  rilevano  più  agevolmeme  assai  délie  sem- 
ptici  varietâ.  Dair  altro,  è  meno  difficile  lasciare  un*  abitudine,  per  quai- 
cosa  di  alfatto  nuovOj  anzichè  modihcarla  lievemente.  S'intende  poi  da 

,té  che,  tra  le  abitudini,  certune  sono  piiî,  altre  meno  radicate.  Le  pii^ 
laide  sono  quelle  dî  uso  più  fréquente.  Rammenti,  per  esempio,  chî 
ebbe  occasione  di  famé  esperienza,  quanto  costi  ad  un  lombardo  délie 
generazioni  già  sul  declivio  smettere  il  sao  u. 

Con  questi  principli,  consuonano  dunque  i  fatti.  Nella  fonologia  la 
patina  dialettale  è  più  considerevole  che  nella  morfotogia.  E  volendo  un 
poco  specificare,  le  vocali  toniche  ci  danno,  relaiivamenie,  poche  diver- 

'geoze;  moite  le  atone.  Quanto  aile  consonanii,  sono  due  sopraiiuito  gli 
abiti  di  cui  non  si  sa  spogtiarsi  :  Tuso  délie  scempie  al  posto  délie  doppie, 
e  —  cosa  già  awertita  da  un  altro  punio  di  vista  —  la  pronunzia  assi- 
bilata  in  luogo  délia  palatale.  Il  ceci  dei  Vespri,  e  le  corrispondenti 
pronunrie  toscane,  ci  ajuterebbero,  se  ce  ne  fosse  bisogno,  a  iniender  la 
cosa.  Del  rimaneme,  le  mute  sono  discretamente  rispettate. 

Rispetto  alla  morfologia,  régna  molto  disordine  negli  articoli  e  neî 
pronomi.  Nei  nomi  —  sostantivi  e  aggettivi  —  mal  si  riesce  a  reinie- 
grare  le  complicazioni  originarie,  riflesse  nel  toscano,  se  nel  dialetto,  per 
t'opéra  Hvellatrice  dell'  analogia,  era  prevalsa  una  mag^ore  semplidià. 
1  dae  generi,  maschîle  e  femminile,  tendono  ad  estrinsecarsî  al  singolare 


46  p.    RAJNA 

colle  sole  uscite  o  ed  4,  al  plurale  con  1  ed  e.  Riguardo  al  verbo^  tra  te 
varie  forme  che  la  lingua  letteraria  presentava,  prevalgono,  natural- 
même,  quelle  che  coincidevano  col  dialetto.  Certe  usciie,  assolutamentc 
peculiari  a  quest'  ultimo,  non  appajono,  0  ben  di  rado  :  nessun  esempio 
di  participio  in  -ts\o^  un  solo  condizionale  in  nive.  Ed  anche  al  gerundio, 
la  termina/Jone  -endo  ripiglia  in  molta  parte  l'esercizio  dei  diritli  usurpa- 
tile  dalla  sorella  -anào.  Invece,  corne  s'è  visto,  si  dura  senza  frutto 
una  fatica  énorme  per  rïstabîtire  la  distinzione  svanita  fra  la  ^'persona  di 
singolarc  e  la  y  di  plurale.  Naturam  expelbs  furca,  tamcn  usque  recurrit. 
E  qui,  non  solo  recurrtt,  ma  sconvolge  ogni  criterio  e  gênera  strani 
spropositi.  Del  resto  —  troppo  bene  s'iniende  —  gli  è  ai  verbi  ano- 
mal! che  più  spcsso  si  fa  torto.  Ma  non  se  ne  dolgano.  Cosi  avvenne^  ed 
avverrà  sempre,  per  pane  di  chiunquesi  sforzi  di  usare  una  favella,  senza 
conosccrU  a  fondo.  Si  iraiia  di  casi  che  conviene  imparare  e  ritenere 
ad  uno  ad  uno. 

E,  per  la  siessa  ragione,  sono  discretamente  copiose  nel  glossario  — 
ultima  parte  da  considerare  —  le  voci  che  invano  si  cercherebbero  nella 
Crusca.  E  più  assai  sarebbero,  se  la  grandissima  maggioranza  dei  voca- 
boli  che  s'a^eva  occasione  di  usare  non  fossero  staii  di  per  se  comuni 
al  toscano  ed  al  veneio. 

Queste  le  cose  che  a  me  pajono  di  maggior  rilievo.  Tuttavia,  a  guisa 
di  appendice^  non  trâlascierù  di  aggiungere  aile  osservazioni  generali 
anclie  una  sccita  dei  miei  spogli  fonetici  e  morfologici,  e  tutia  intera  la 
série  dei  vocaboli  meriievoli  in  qualche  modo  di  nota.  Se  non  é  conve- 
njenic  prcndere  il  nostro  documento  a  pretesto  di  un'  csposizione  minuta 
dei  vcneziano  antico,  non  c'è  poi  nemmeno  ragione  di  trascurare 
gli  esempi  ed  i  fatti,  che  si  possono  ricavare  di  qui.  Sar6  molto  laconico  ; 
le  distinzioni,  anziché  con  parole,  saranno  indicate  colP  ordine  e  colla 
punieggiatura  ■ . 

SUONl. 


VOCALl. 

I.  Toniche.  a  :  {-art  +  voc.)  peraro,  pomaro;  ma  cavaliero  ecc.  ; 
mantrût  mannaja  ;  un  ptr  di  cahe,  —  [<xl  ■¥  dent.)  gastoldo. 

G  :  sete  e  seti,  sieie;  met;  —  spedo^  schtna,  — pricgo  (vb.),  Vuva^  Ura; 
—  matitria  ;  —  spiera,  eriide^  miedio,  tiecho,  siecho  ;  —  aliegra. 

I  :  (in  pos.)  tenia^  Ungua^  matregna;  senestraj  urcha^  circa,  deto  da 
digitu-,  e  invece  dito  =  dictu^  anguela. 

I.  È  superflue  raccoinandare  di  tener  i  risconlro  le  opère  già  ricordate,  e  in 
particolare  il  Beilrag  dei  Mussafia,  che  dovrei  dtare  continua  m  ente  ^  se  non  mi 
trovassi  obbligato  alla  breviti. 


UNA   VERSIONE    RIMATA   DEl  SttU  SûVÎ  47 

û  :  (-^  nas.}  omo,  hn,  -a  ;  —  noifo  ;  wi^  vuoi.  — puoxe^  anche  in 
paàKath,  troora;  —  nuove  (nuin.);  paovoh  ;  tuou;  riscuose.  —  puti  (o 
fsUf]  poiei. 

a  :  (un  +  gutt.)  ^uanton^ue,  ponto^  difonto,  zonti,  Cfr.  longo. 

AU  :  isecwid.)  tola  ;  —  (+  dent.)  aldi. 

2.  Atone  '.  A  :  (in  siltaba  proton.)  alese^  asperto,  fantstra,  manazatOf 
êchsxato{f),  accusato;  cfr.  aptrtiene^  non attratto  dall'  anal,  di parte.  — 
(ail'  incita  di  awerbii)  oltra^  faora,  adonijaa,fina,  noma. 

e;  dideticka;  —  strinieva  ccc,  vtrîù;  menistri,  seUmana;  —  remore, 
—  (nella  penult  di  proparo&s.)  verzene^  amedoj  piazeveU,  noheU,  inposibele^ 
ecc.  i  —  astroUgo  ;  cfr.  aiboro  ;  fihsafo.  —  (ail'  uscita)  domane,  diexe  ; 
ftute  [di.  font). 

1  :  iigAO/^,  ecc.,  lignera^  vig/ierô,  ma  vegnire;  pizofy  UzUri,  antiztsor^ 
daUUrio^  dinari  ;  liviruro^  dtsinore  ;  molimertto^  parlirî. 

o  :  ongfunto,  nonzme  (cfr.  un  +  gutt.}  ;  ponita  ;  nodrigart;  —  doven- 
tast,  rovtrsava^  sopeliti,  solorada  ;  boxia,  robar^  topino  '  ;  —  staîoa. 

V  :  oui  ;  abligdto,  dtscuptrio^  insuniato,  apaiare,  plurare. 

aV  :  (+  dent.;  cfr.  du)  aldire,  aldendo  \t  oldendo]^  galdere;  atzider. 

Atferesi  :  stronomia^  scoltato,  rUmetrUha^  rexia,  redità,  maginamento» 
Iirrece,  omezidiaU. 

Siacope  di  atona  interna  :  vetrana,  mistra,  nonbrava,  disnare.  Sop- 
pressioae  di  una  sitlaba  accanto  ad  una  conforme  :  altimente. 

Prefisso  a,  propagaiosi  analogicamente  e  ridotto&i  alla  condizione  di 
&emplice  prostesi  fonetica  i  :  aspeUva,  spettava,  aconstUati^aforzar^atra- 
ditû^  aUtierne,  teneme,  s'actien,  si  tiene,  avanta,  avenire,  venire  ;  anomi- 
nartf  tcolieremo^  coglieremo,  atrovame,  -àva,  •^rcmo,  amurava,  -aïo, 
[t^ionù,  aruordare,  -ato.  —  Con  quesia  prosiesi  di  j,  ed  insieme  colla 
smcope  di  una  protonica  si  coltega  Tequazione  re  =  ar*  :  arcoUn 
-olxey  -o/«,  -cUo^  ;  arUgnia, -igneràne*'. 

Elisione  di  o  nella  procliiica  no^  non  :  n-avese,  tHivignerae,  n-nvofa, 
fHtbi,  B-^,  non  è.  e,  non  sei.  L*iato  persiste  in  reaiegare. 

CONSONANTI. 

L  :  plui^  rariss.  :  del  resto  più,  ptui,  put  ;  colegaro,  coricarono  ;  — 
orfBOfffo,  vituariA,  liberarf  ;  —  ninzuoU  ;  ponso,  ponub. 


1.  I  casi  soM  distribniti  tra  le  vocali  a  seconda  del  risnltato  italiano,  anzichè 
6tà  snono  ong^rurio. 

2.  Cfr.  DiLZ,  Et.  W..   IP,   4}f.  L'etimologia  greca  d^  vocabolo  italiaoo 
appir  fCBîpre  pi4  comcsubile. 

).  Credo  impossibile  ségnar  Itœiti  precîsi  tra  le  due  cose.  V.  Arch.  glottol., 
1,  pusim  .Indice  U,  Prosusi)  ;  II,  138,  1  (O.  BaU,,  11. 
4.Ank.,  I.  4is.4îj,464,  II,  18,  444  segg. 
t.  Oltrc  ail'  A/ck.,  si  vedj  Bciu.,  2$. 
6,Afih.^  I,  464  a. 


48  P.  rujNA 

R  :  tmer^  -o,  ptnder^  pr«ndere. 

s  :  conùy  -c.  —  medmo.  —  (Prosteiico  o  etimol.  ?  Cfr.  Tanaloga 
questione  cui  dâ  tuogo  Va  inizialej  strasinava,  -atOj  strasiulava^  corte 
sbandita,  scomenzà^  -ando. 

N  :  mohà  ;  belegnOy  benigno.  —  Ititano^  covien,  covinente.  —  insire, 
instoriaf  instesa,  instate  ',  zintàj  città. 

V  :  vianda  ;  darechao,  da  capo.  — frevavUy  fregava. 

]  :  maor^  -e,  —  ûUre. 

Dentali  :  dnzt^  treccie  ;  umiUtade^  umidità  (dissimil.).  Ma  il  fenomeno 
più  nolevolc  è  quello  che  si  présenta  nelle  voci  artcnto,  -i,  arsalto.  Par 
riceverne  nuova  conferma  la  propagginazionc,  notoriamenie  controversa, 
dell'  arcaico  e  volgare  ar-  per  ad-  in  certe  parlaie  rornanze  ^  Del  resto, 
arsollo  è  anche  in  Fra  Paolino.  Sirano  e  sospetio,  ma  pure  non  inespli- 
cabile  neppur  esso,  ci  riesce  horservava. 

Labiali  :  bczo^  peggio  ;  pecbaro,  poxia  ;  —  chavi. 

Meiaiesi  :  scorlava,  frevore,  screnitOf  scrmire,  intravalOy  brume  (un 
solo  es.,  di  fironie  a  varii  di  huTzrU\  ;  —  p«f  =  pro  :  prometerà^ 
'tnesscy  perm.;  —  perdwlaîia.  —  gionfo^  -àte,  gonfio,  -ate.  —  sasti- 
farsif  -ato  (parecchi  es.). 

FORME. 

Pronomi  :  nui,  yui.  —  /i>.  costie.  —  medemo.  —  mie,  mei,  mid  ;  jo, 
suo,  -a,  -e  ;  suo,  suoi,  sue  (suo  fdoxofi,  le  lacrime  sao). 
Aggen.  :  grando^  -a.  —  Plur.  f.  :  inperiale,  miore. 
Sost.  pianeto,  mantilo^  Zexaro,  comuno;  —  coltra,  erieda  (f.  ;  m.  eriede). 

—  Plur.  mano  ;  arte,  coltre^  parle,  raxone^  stride,  dede. 

Verbi.  Essere  :  i  si  cotti  ;  —  iera  ;  —  si  t  sei,  sii  ;  —  ffa,  staio  e 
siaia,  dinanzi  a  parole  fortemenie  accentate,  colle  quali  vi  sia  une 
stretto  leganie,  e  specialmente  davanii  ad  altri  participii  :  a  mi  l'c  sta 
naratOy  son  sta  (stata)  mi. 

Avère  :  ayerè  e  avereti  ;  —  ave,  ebbe  ;  —  cba,  abbia  ,  ?*  p.  »  ;  — 
abuto. 

Altri  verbi:  ind.  près.,  fon,  ston;  oferiso;  —  paol;  —  stamo, 
diitmo;  — fazetiy  voleù,  ecc.  —  Iraperf.,  feva,  staxia  e  steva;  andaxia; 
restera.  —  Fui.,  anderà,  ecc.  V.  pag.  ay;  mostrerazo;  —  2*  p.,  farà, 
amtrà;  —  conporterè  t  cvnportareù.  —  Pf.,  fiti,  vîti,  puîi  [0  putlf); 

—  ttsitef  moTtte,  dormite.  —  Cng.  s.  ]*  p.,  daga  ;  —  2*tfazij  stagi.dagi, 
dichi,  axonit  ;  —  j»  kadAy  ascoUa^  reîorna,  pitia;  —  pi.  a*,  sapeti,  veden^ 


1 .  Tra  i  romanisti,  ammettono  il  fatto  il  Diez  iEl.  VK.,  I,  sotto  argint)  e  il 
Mussafia  {Beilr.y  31  ;  Zur  KathanncnUgtnde,  77,  alla  voce  arguaito)  ;  non  lo 
accetta  invece,  salvo  per  argint,  il  Flechia  (Arch.y  II,  18-19). 

2.  VU,  34  :  zasiun  tairont,  d'ùisutc  e  d'imttno.  Qr.  Beitr.^  71. 
5-  Areh.  1,  464  d.  ;  cfr.  4)2. 


UHA   VBRSIONC   RIMATA    OEl  SeTfe  SdW  49 

dicate.  —  Impf.,  2*  a.,  faxesti,  scaldasîi,  —  Cond.  i*  s.,  achaseravc.  — 
Ifnpcrai.,  dRifdfj,  ponetij  alditi,  aduxè-me,  —  Ger.,  dagando^  ecc.  — 
Pan.,  inundato,  nasuiOt  nututo^  prometuto,  respondutOt  msuto,  persentuto. 

Derivaz.  :  fcmtn.  in  -fssuj  giotofussa  (cfr.  dogaressa;  compagnessa, 
nelh  Ugg.  diS^'  Cater.'). 

Voci  scmplicî,  în  luogo  di  composte  :  lunar,  digiun.  ;  logare,  coUocare  ; 
pdTcva,  appariva  ;  scuotere,  riscuotere. 

Composiz.  con  w-,  dove  l'it.  re-in-,  re-ad-  :  regraiiare,  recreUt 
rtfrescdVd  ;  —  k-  e  ricontoUj  ricomendato. 

Composti  in  luogo  di  semplici  0  di  meno  complessi  :  persentuto;  infi- 
dafe,inpensare,  inpiantàm  ;  inspaurire  ;  dislatatOt  desmenlicava. 

VOCABOLI  ». 

Acostai  (me)  —  mi  coricai,  IV,  16  :  lo  me  acostai  con  amor  perfeto 
Aiaio  a  colui  du  mejazea  morire.  Cfr.  prov.«  sp. 

anô  —  andà. 

aora  —  ora  ;  occorrc  spesso.  Cfr.  prov,,  sp,,  port. 

apalentare  —  palesare;  voce  di  molto  use. 

aprovo  —  vicino  a...,  di  tempo,  IV,  12  :  Adeso  semo  aprovo  lo  mete 
di  unaro  (f.  P.  ;  M.  a.,  soito  provo). 

arcnte  da...  —  vicino  a...,  di  luogo  (K.  ;  B.,  s.  rente). 

asentar-se  —  sedere.  (P.;  B.,  s.  senior). 

axioso  —  agiato,  comodo. 

avàltero  —  adulierino,  basiardo;  fr.  ant.  avoiOre-j  Disz,  Et.  W., 

m,  214. 

Baio  —  latrato. 

barba  —  zio. 

beleiisimo  —  bellissimo  (B.).  Con  questo  superlative  credo  doversi 
hcollegare  anche  il  compar.  beltczour  délia  S^-*  Ealaiia.  £  ne  viene  il 
fatro  curiosissimo,  che  il  positive,  betido,  occorra  solo  in  Ispagna  ;  il 
comp.,  in  Krancia  ;  il  sup.,  in  Italia. 

bronze—  brade  (B.). 

Cha  —  che,  dovunque  risponde  a  ifuam  [K.). 

calefi  (me)  —  rai  beffi  (B.U 

chavezi  — .  Lombar.,  cavezzj  rotolo  di  tela.  Quiinvece,  II,  19-30.  ta 
voce  ha  un  sensopiù  générale  :  sono  i  pezzî,  di  forma cilindrica,  in  oui  è 
SUta  ridoita  una  serpe  :  Guardando  per  la  sala  h  drago  vedato  àno  :  — 
Qudo  m  trt  chavezi  in  lera  zasere  mono.  Cfr.  st.  1 1  :  £^  poi  di  quelo  Ire 
ptzi  M  faiia. 


ï.  Ml-ssatia.  Z.  Kûihanncnltg.,  78. 

2,  Le  Toci  registrate  nel  Biittagt  oei  clossarii  di  cui  il  Mussafiabacorredalo 
i  Monwntnti  Anticht,  il  Fra  Paolino,  e  la  Santa  Cataina^  qui  sopra  citaU,  con- 
Irjuaegno  colle  Mgle  B.,  M.  a.,  f.  P.,  K, 

Ponuttia,  Vil  4 


50  p.    RAiNA 

chîzoleto  —  cagnolino  (B.  chizxa). 

co  —  corne. 

Dalmazo  —  danno.  Cfr.  fr.,  pr. 

da  po  —  dopo;  è  cosiante  (B.). 

darechao  —  da  capo  (V.  Arcb,^  I,  205,  521). 

Fin  pochi  zomi  —  dopo,  a  capo  di... 

fogero  e  fogaro  —  focoUre  (B.). 

freza  —  fretta  (M.  a)  ;  se  afreza.  si  afFretta  (f.  P.  ;  B.). 

Gabaxone  —  gabbo,  burla, 

grinfe  —  graffi,  ugne. 

guarentato  —  guarentito,  salvato. 

Innestanle  —  toslo. 

inpiare  —  accendere  ^B.). 

intisegare  —  iniisichire. 

intravegnire,  intravegnuto  —  accadere. 

Lavoriero  —  lavoro. 

Meneèlo  —  mignolo. 

meravilto  e  meravelio  —  meraviglia.  Cfr.  il  prov.  mtravUh, 

'nde  —  (f.  P.)  XVII,  49  :  no-ndt-n-ày  non  ne  ho. 

Noma  e  nOma,  cioè  nomma  —  sohanto. 

nomeva  (si)  —  si  chiamava,  IV,  1.  Ma  il  riflessivo  è  dovuto  umca- 
raente  a  ibridismo  toscane.  L'use  puro  occorre  nell'  indice  :  lo  segondo 
tUbro]  si  è  de  uno  inperador  di  Romat  che  avta  uno  fiol,  che  nomeva  Ste- 
fano  [B.]. 

Ognon,  ognomo  —  ognuno. 

Pastîgiare  —  banchettare. 

pi  uxo  r  ~  parecchie  (XXIH,  )}. 

Radegato  (avese;  —  fosse  andato  errando,  avesse  sbagliato  strada 
(f.  P.;B.). 

reditate  — ,figIio. 

regname  —  reame  (B.). 

renga  —  hnghiera,  bigoncia. 

resisienzia  —  residenza. 

Salvati,  sàlveiu  ?,  resalva  —  lener  in  serbo,  cusiodire. 

sangiozando  — dovrebbe  significarpi/fonure  {mï\.pergotà\^XWly  4: 
£/  spedo  si  voltava  molto  forte  Costei^  sangiozando  motto  speso.  Cbe 
s'abbia  a  intendere  singkiozzando,  è  possibile,  ma  punto  probabile. 

scapolarc  —  trans.  c  inirans.,  scampare.  [scapolOt  libero,  sccvro  : 
f.  P.l. 

scorlava,  ecc.  —  sciiotere. 

secreio  —  segretamente. 

sguxire  —  scoprîre.  É  deiio  di  persona  in  colpa  :  IV,  9,  Vtdtndost 


UNA  VKRSIONB  RIMATA   DBI  SetU  Savi  $  I 

ta  dama  estTe  sguxiia ;  IX,  2$,  Quel  giovene...  Elfato  bene  luk  sua  mente 
spira  Che  per  sgasire  lui  questo  iera  fato. 

signare  —  salassare  (f.  P.). 

strèmina  (se)  —  si  spaventa,  XIV,  11.  Rimane  vocesospetta,finchè 
non  si  trovino  altri  esempi,  perché  in  rima. 

studare  —  spegnere  (i4rcA.,  I,  j6). 

Tamanto  —  coâ  grande. 

tamixato  ~~  stacdato. 

trepando  —  giocando,  trastullandosî  (B.). 

Vaneza  —  fossa  f  XVII,  28. 

vergonza  —  vergogna  [t  P.  ;  M.  a).  Ecosl  il  verbo,  vergonzo, 
vergonzato,  anche  neï  senso  attivo  di  svergogaare. 

vetrana  —  di  età  avanzata  (B.  veterano ;  cfr.  K.,  vedre). 

Zavariado  (seti)  —  avete  perduto  il  senno,  XIX,  21  :  Disse  la 
donna  :  Vai  seti  zavariado,  0  vera  mente  ve  l'aveti  insuniado. 

zonfo  —  moncherino,  XVIII,  i  j.  Fra  Paolino  ha  çonckar,  mozzare, 
e  il  toscano  doncare.  V.  Disz,  Et.  W,,  II),  2 1 . 

Pio  Rajna. 

{A  sahre.) 


VIEILLES    CHANSONS 


RECUEILLIES  EN  VELAY  ET  EN  FOREZ. 


Le  petit  recueil  que  nous  présentons  au  lecteur  se  compose  de  pièces 
fort  diverses,  presque  toutes  dictées  par  l'amour,  et  qui  n'ont  guère 
entre  elles  d'autre  trait  d'union  que  la  communauté  du  sentiment  qui  les 
a  inspirées.  L'ensemble  de  ces  pièces  peut  se  diviser  en  deux  groupes  : 
les  premières  sont  l'expression  des  désirs  naissants  tantôt  repoussés» 
tantôt  accueillis-  faction  s'y  etfacc  sous  les  témoignages  de  la  passion^ 
elles  ont  par  échappées  le  caractère  d'effusions  lyriques  ;  les  secondes,  au 
contraire,  traduisent  la  passion  sous  la  forme  de  l'action;  elles  négUgent 
les  lentes  et  inutiles  paroles  de  la  tendresse  \  elles  courent  au  drame  avec 
une  rapidité  qui  les  rend  parfois  à  peine  saisissables,  â  peine  intelligi- 
bles. On  a  dit  de  ces  chansons  qu'elles  étaient  narratives,  mais  ce  terme 
ne  les  caractérise  pas  avec  précision.  Dans  les  récits,  d'ordinaire,  le 
narrateur  se  borne  à  développer  un  fait  devant  l'auditoire  qu'il  veut  ins» 
truire  ou  charmer  ;  ce  fait,  nos  chansons  le  montrent  vivant,  mettent  ses 
acteurs  en  jeu.  aux  prises  les  uns  avec  les  autres  ;  le  drame  s'agite,  le 
récit  disparait.  Chansons  où  se  révèlent  des  sentiments  purement  intimes 
et  où  s'introduisent  quelques  mouvements  lyriques,  chansons  de  faits, 
purement  dramatiques,  les  unes  et  les  autres  ont  recours  à  la  même 
forme  :  le  dialogue,  procédé  de  langage  qui  convient  le  mieux  aux 
poésies  collectives  et  impersonnelles  dans  lesquelles  l'œuvre  est  tout, 
l'auteur  rien. 

Pour  être  recueillies  en  Vclay  et  en  Forez,  nos  chansons  sont  loin 
d'être  la  propriété  de  ces  deux  petites  provinces.  Elles  appartiennent 
assez  souvent  â  la  France  entière,  quelquefois  seulement  au  midi  de  la 
France,  plus  rarement  au  nord  seul.  Lorsqu'une  chanson  est  à  la  fois 
chantée  au  nord  et  au  midi,  et  que,  suivant  ces  deux  régions,  eUe  adopte 


VIEILLES   CHANSONS    DU    VELAV    ET    DU    FOREZ  J? 

deux  formes  différenies,  c'est  ordinairemem  la  forme  du  midi  que  notre 
pajs  préfère.  Maintes  fois  nous  nous  bornons  à  revêtir  d'un  français 
aussi  littéral  que  possible  des  chants  provençaux  de  la  rive  droite  ou  de 
la  rive  gauche  du  Rhône.  Les  notes  indicatives  de  chants  semblables  ou 
analogues  monireront  L'étendue  de  nos  chants  en  France.  Mais  si,  pour 
la  France,  les  renseignements  que  nous  donnons  sont  assez  complets, 
nos  références  laissent  beaucoup  à  désirer  en  ce  qui  touche  la  diffusion 
de  nos  chants  à  Télranger.  Montrer  les  relations  de  nos  chants  avec 
ceux  du  Piémont,  du  Mont/errai  et  de  la  Catalogne  ne  suffit  pas;  il  e6t 
fallu  interroger  la  Suis&e  romande,  Tltalie  méridionale,  la  Sicile,  le  centre 
et  le  midi  de  l'Espagne,  le  Portugal,  et  ne  pas  s'en  tenir  aux  pays  latins, 
demander  à  l'Angleterre  et  à  l'Allemagne  des  analogies  dont  peut-être 
elles  n'eussent  pas  été  aussi  avares  que  l'imaginent  des  incrédules.  Ce 
n'est  qu'après  cette  multiple  étude  que  pourra  s'établir  le  territoire  où 
régnent  nos  chansons.  Le  spectacle  du  vaste  espace  où  on  chante  nombre 
d'entre  elles  leur  vaudra  peut-être  un  peu  plus  d'indulgence  de  la  part 
de  certains  lecteurs,  qui,  faisant  abstraction  de  ce  qu'elles  ont  de  vivant 
et  d'humain,  s'en  détournent,  blessés  par  la  brusquerie  de  leur  marche 
et  rincorrection  de  leur  grammaire. 

Les  chansons  de  ce  petit  recueil  vont  dérouler  sous  nos  yeux,  dans  la 
pirtmière  partie,  les  caprices  de  l'amour,  ses  revers  et  ses  succès,  la 
diversité  de  ses  incidents  et  de  ses  fortunes. 


L'AMANT  AU  LAURIER. 

1  De  bon  matin  \e  tnt  suis  levé,       plus  malin  qu'i  l'ordinaire. 
Dans  mon  jardin      je  me  suis  allé  promener, 

le  n'ai  rien  trouvé      qu'une  branche  de  laurier. 

2  Si  }e  l'ai  pris,  je  l'ai  porté      z-â  la  porte  de  ma  mie, 
En  lui  disant  :        i  Ouvrez,  si  vous  m'aimez, 

<  Je  vous  apporte      une  branche  de  laurier*. 


K  Le  laurier  était  considéré  comme  l'arbre  de  l'amour  Ed.  du  Méril  consacre 
{Êtadti  <r Archéologie,  p)  à  ses  multiples  symboles  une  curieuse  page.  Nous 
retrouvons  aisez  souvent,  dans  nos  chansons  populaires,  cet  arbre,  rare  pour- 
tant en  nos  climats. 

Nous  verrons  plus  loin  une  jeune  hlle,  à  qui  le  mal  d'amourfait  rechercher  la 
solttudc,  assise  près  d'une  fontaine,  tenant  à  sa  main  une  branche  de  lAurter. 

Ailleurs,  un  gaî  buveur  chante  ainsi  : 

Tout  le  tour  de  mon  jardin  je  fais  l'amour,  je  bois  le  vin: 
D'une  main  je  liens  mon  verre  et  de  l'autre  mes  lauriers  : 
J'ai  pa:ksé  ta  nuh  à  boîre,       ma  mîounne  i  mon  c6té. 


^^^^^^5^^^^^^^^^^^                       SMITH 

^ 

^^^^^^               }  —  Pour  uM  branche  de  laurier,      galant,  )*ouvre  pas  na  porte.           ^^| 

^^^^^B                    *  Revenez  demain,      tant  matin  que  vous  voudrez, 

^H 

^^^^^H                    «  Mais  dedans  la  nuit      je  tiens  ma  porte  fermé'. 

^^H 

^^^^^H               4  —  La  belle,  permettez-moi      que  je  couche  à  votre  porte; 

^^H 

^^^^^^1                  f  Qu^nd  je  saurais      mourir  gelé  de  froid. 

^^^H 

^^^^^^H                    «  A  votre  porte      je  veux  coucher  ce  soir.  » 

^^^H 

^^^^^^1               \  Le  lendemain,  de  grand  matin,      quand  la  belle  se  réveille, 

^^^1 

^^^^^^1                  Elle  s'est  assise      sur  le  bord  de  son  lit^ 

^^^H 

^^^^^^1                  Par  la  croisée      elle  aperçut  son  ami. 

^^^1 

^^^^^^H              6  <  Cher  ami,  mon  bel  ami,      n'as-tu  pas  vu  la  rosée  P 

^^^H 

^^^^^^1                   —  La  rosée      d'une  grande  gelé*, 

^^^H 

^^^^^^M                 ■  Pour  toi,  la  belle,      je  Tai  trop  enduré'. 

^^^1 

^^^^^^1               7  <  Si  j'avais  du  papier  blanc      et  de  L'encre  pour  écrire, 

^^^H 

^^^^^^H                   c  Oh!  j'écrirais      une  si  belle  chanson, 

^^^H 

^^^^^H                   fl  Comme  les  filles      se  moquent  des  garçons. 

^^H 

^^^^^^B                8  •  Si  je  savais  chanter,      comme  le  rossignol  chante, 

^^^H 

^^^^^^1                   «  Je  chanterais      une  chanson  d'amour. 

^^^^1 

^^^^^^H                   «  Adieu  ta  belle,      adieu,  c'est  pour  toujours!*  > 

^1 

^^^H                                         L'INDISCRET 

H 

^^^^^^^^H        1  S'ils  en  sont  trois  garçons,            vont  parmi  la  ville. 

^^1 

^^^^^^^^H          Mais                           le  soir  après  souper. 

^^^^^^Ê 

^^^^^^^^f           Vont  Toire  leur  maltresse      avant  que  se  coucher. 

^^^^^H 

^^^^^^F            a  Le  plus  jeune  des  trois      va  i  la  porte  de  la  belle  : 

^^^^^1 

^^^^^^1                  ■  Ouvrez,  ouvrez,      la  belle,  si  vous  m'aimez  ; 

^^^H 

^^^^^H                  «  Vous  M*  i  la  chaleur      et  rooi  z-i  U  rigueur. 

^^H 

^^^^^^H               j  —  Je  n'ouvre  pas  ma  porte:      il  n'est  pas  encore  l'heure; 

^^^1 

^^^^^^K                  i  Vous  reviendrez      à  l'heure  de  minuit, 

^^^^^ 

^^^^^^^^H             ■  Papa  sera  couché,      maman         endormi'.  » 

^^H 

^^^^^^B^             4  Si  le  galant  s'en  va      après  ses  camarades 

^^H 

^^^^^^V                   t  Chers  camarades,      que  j  ai  le  conir  joyeux  1 

^^^1 

^^^m                         •  Je  viens  de  voir  ma  mi'      ton  cœur  elle  m'a  promis.  * 

^^1 

^^^H              El  au  dernier  couplet,  il  vante  la  verdure  du  laurier  qui  n'a  rien  de 

réfrrgé-         ^| 

^^^B 

^H 

^^^H               Soit  dans  l'été,  soit  dans  l'hiver,      nos  beaux  lauriers  sont  toujours  verts.         ^H 

^^^V               Mais  s'ils  ont  de  la  verdure,      ce  n'est  pas  de  la  fraîcheur: 
^^^H                Mets  la  mam  sur  ma  coiffure,      moi  je  ferai  ton  bonheur. 

■ 

■ 

^^^H              1.  Chanté  Ji  Fratsses  par  J.  M.  Just.   —  Cf.  Francisque  Michel,                       ^^ 

It  pays        ^H 

^^^H          bas^utj  ^  t  ï  :  Caselli,  Chants  populatra  de  l'iutlie^  Piémont,  199  ;  Ferraro,  Canit         ^| 

J 

VIEILLES   CHANSONS    DU    VELAY    ET   DU    FOREZ  5{ 

(  La  bdle,  dernier  U  porte,      qui  entend  tous  ces  discoures  : 
c  Vierge  Marie,      emp^cfaez  moi  d'aimer 
■  Lesgarçoos  d'i  présent      qui  ctierch'  â  me  tromper!  ■ 

6  Minuit  étant  sonné,       le  beau  galant  retourne  : 
•  Ouvrez,  ouvrez,      la  belle,  si  vous  m'airaer, 

«  Vous  tt'  i  la  chaleur      et  moi-z-à  la  rigueur. 

7  —  Si  tu  m'avais  été  fidèle      comme  un  amant  doit  l'être, 
I  Entre  mes  bras      tu  aurais  passé  la  nuit. 

«  Retirc'toi  de  moi,      tu  t'en  repentiras. 

8  —  Qoe  me  donneras*tu,  la  belle,      pour  avoir  en  tant  de  peine  ? 
—  Je  le  donnerai      ma  main  pour  te  bénir 

«  Et  le  chemin  du  roi      pour  t'élorgner  de  moi  !  *  > 


IJI. 
LA  LEÇON  DU  ROSSIGNOL. 


comment  l'amour  se  fait. 

à  sa  chère  maîtresse  i' 
et  n'être  pas  'onteux, 
l'aimer  de  tout  son  cœur. 


I  Rossignolet  du  bois,      rossignolet  sauvage, 
Appreods-moi  ton  langage      apprends-moi  i-à  parler. 
Apprends-moi  U  manière 

a  <  Comment  se  faire  aimer 

•  Faut  avoir  bonne  grâce 

•  Faut  sa  chère  maîtresse 

j  <  On  dit  que  vous  avez      des  pommes  de  linette^, 
f  Des  pommes  de  linette      dedans  votre  jardin  : 
t  Permettez-moi,  la  belle,      <^ue  j'y  mette  ta  main. 

4  —  Galant,  je  permets  pas      que  vous  touchiez  mes  pommes  ; 
c  Apportez-moi  la  lune,      le  soler  à  la  main, 
<  Vous  toucherez  les  pommes      qui  sont  dans  mon  jardin. 

}  —  Je  ne  peux  pas  'porter      le  soler  ni  la  lune  : 
t  La  lune  ille  est  trop  haute,       le  soter  est  trop  loin. 

•  Permettez-moi  la  belle      que  j'y  mette  la  main*. 

6  —  Adieu,  amant  trompeur,      adieu,  amant  volage; 
I  Tu  liens  mon  cœur  pour  gage,      à  présent  tu  t'en  vas  : 
■  En  passant  la  rivière,      galant,  tu  périras*! 


I.  Communiqué  par  Toussaint  Chavanaz,  sonneur  i  Saint-Just-Malmonl. 

a.  Sans  doute  pour  des  pommes  de  reinette,  ou  mieux  des  pommes  rei- 
octtcs. 

}.  Var.  ;  «  Y  a  bien  d'autres  manières      ponr  y  mettre  la  main?  > 

4.  Celte  menace  que  la  belle  lance  comme  un  maléfice  pour  punîr  l'incons* 
Udcc  de  son  amant  se  rapporte  peut-être  à  une  croyance,  qui  existe  en  certains 
^1,  qoe  les  rivières  engloutissent  ceux  qui  osent  les  traverser  avec  une  cons- 
oence  chargée  de  péchés.  En  Provence,  un  meurtrier  chante  : 

Se  passe  dinslou  Rose      me  negaran  (Arbaud,  II,  io0. 

Il  o'èuii  pas  besoin  d'un  crime  si  lourd  qu'an  meurtre  pour  être  englouti  par 


^6  V.    SMITH 

7  —  Je  ne  périrai  pas,      en  passant  la  rivière, 

•  En  passant  ta  rivière,      je  ne  périrai  pas  : 
4  Je  suis  un  garçon  sage,      Dieu  me  conservera*.  > 

IV. 
LE  CHANT  DE  L'ALOUETTE. 

1  Beau  grenadier  de  bonne  mine      faisait  l'amour  â  lune  beauté. 

<  Pour  une  fois  que  j'ai  manqué      de  l'aller  voir, 

•  Ma  maltresse  me  l'a  reproché      plus  de  cent  fois. 

2  — Beau  grenadier  d'amour  sincère,      lu  reviendras  quand  tu  voudras,  ' 
1  Tu  reviendras  quand  tu  voudras,      mon  bel  ami, 

<  La  porte  ouverte  restera,      toute  la  nuit.  » 

3  Mais  le  galant  manque  pas  l'heure,      que  sa  miounne  11  avait  dit  : 
«  Marchez  si  doux,  parlez  si  bas',      mon  bel  ami, 

«  Car  si  mon  papa  nous  entend,      morte  je  suis.  > 

4  N'ont  pas  resté  quart  d'heure  ensemble,      le  coq  i  chante  la  minuit, 
c  Le  coq  chante  la  minuit,      mon  bel  ami, 

1  Je  le  voudrais  sopre  r6ti,      l'avoir  ici'.  » 

{  N'ont  pas  resté  le  quart  d'une  autre,      l'alovette  chante  le  jour  : 

•  Alovette,  lu  m'as  trompé',      lu  m'as  trahi*  ; 

•  Tu  as  chanté  le  point  du  jour,      il  est  que'  minuit. 

6  <  Si  mes  amours  prenaient  racine,      j'en  planterais  dans  mon  jardin, 
c  J'en  planterais  dans  mon  jardin,      aui  quatre  coins, 
«  J'en  ferais  part  auxamoureus*      qui  n'en  ont  point*.  » 


TEbre^  i)  suffisait  de  le  traverser  en  état  de  mensonge  fVictor  Le  Clerc,  dans 
VHistoire  UtUraire  de  la  France,  XXI,  article  sur  Aimeric  Picaudi  de  Parthenai). 

1.  Chanté  à  Fraisses  par  l'octc^énaire  Nannetle  Léresque,  de  Sainte- Eu  lai  ie 
d'Ardèche.  —  Voy.  Anacharsis  Combes,  Chants  pop.  du  pjyi  castrais^  78  ; 
comte  Jaubert,  Ghisaire  du  Centre.  Au  mot  amaseux  est  cité  notre  sixième  cou- 
plet, qui  commence  ainsi  en  Berry  :  ■  Adieu,  galanl  trompcuz,  amuseux  de 
fillettes.  ■ 

2.  Var.       4  Et  marchez  plan,  cl  parlez  bas.  > 

j.  Var.      ■  et  l'avoir  ici.  ■  Le  ff  se  prononce  à  peine. 

4.  La  chanteuse  glisse  sur  le  que. 

{.  Var.  •  k  ces  lourdauds.  1  —  La  chanteuse  qui  me  dit  amounus  fait 
sentir  Vs  dont  elle  Termine  le  moi. 

6.  Nanncttc  Lèvesque.  de  Sainte-Eulalie  d'Ardèche.  —  Relations  :  Bcrry, 
comte  Jaubert,  Glossaire  du  Ccnlrt^au  mot  ménuit .-  Forez, F.  Noeias.  BulUttn  dt 
la  Soaiti  des  sciences  et  lettres  de  Sainî-Ëtienni,  n"  d'oct.  i86j  ;  pays  mrusien, 
vallée  de  l'Argonne,  André  Theuriet,  La  Chanson  du  Jardinier,  dans  la  Rewucdes 
Deux-Mondes  du  j^  novembre  1876.  —  MUmme,  n' du  20  juin  (877.  Eug. 
Rolland,  La  Chansor\  du  rendez-vous  (Bretagne), 

Dans  son  article  de  la  Rcrue  des  Deux-Mondes  du  1  ^  mars  1862,  sur  la  poésie 

populaire  de  l'Italie,  M.  Ratherv  cite  un  couplet  sicilien  où  l'hirondelle  est, 

comme  notre  alouette,  accusée  d  annoncer  le  jour  avant  l'heure  : 

«  Ha!  rondinella  bella 


V1SJLLES   CHANSONS   DU    VBLAY   ET   OU    FOREZ  )7 

V. 

LE  MESSAGE  OU  ROSSIGNOL. 

«  Rossignoict  de  b  marine,       grand  voyageur  des  amoureux, 
«  Va-t-en  dire  à  ma  maltresse      que  je  serai  son  serviteur.  • 

3  Rosstgnotet  prend  la  volète.,      mais  s'il  s'en  va  se  reposer 
A  la  fcoitre  de  sa  mie,      chanter,  la  réveiller*. 

I  <  Réveillez'vous,  belle  endormie,      réveillez-vous,  si  vous  dormez  ; 
«  Y  a-t-un  amant  sous  la  fenêtre,      qui  désire  bien  vous  parler. 

4  —  Entrez,  entrez  dedans  ma  chambre,      asseyez-vous  près  de  mon  lit. 
€  Nous  parlerons  des  amourettes,      deviserons  toute  la  nuit.  • 

I  Si  la  belle  s'est  endormie      entre  les  bras  de  son  amant, 
De  son  amant  qui  la  regarde,      ses  yeux  brillants,  son  cœur  charroi. 

6  •  Que  les  étoiles  sont  grandes*      quand  illes  sont  au  firmament! 
•  Maulesbeauxyeuxde  ma  maîtresse     sont  bien  encore  plus  charmants'.* 

VARIANTE. 

1  ■  Rossignolet  de  la  marine,       voyageur  des  amoureux, 

c  Vat'Cn  dire  k  ma  maltresse,      serai  toujours  son  serviteur,  s 

2  Rossignolet  prend  la  volée,      tout  promptement  s'en  est  allé, 
Va  z-à  la  porte  de  la  belle  :      «  Éveillez-vous,  si  m'entendez. 

j  •  Réveitlei-vous,  belle  endormie,      réveillez-vous  pour  me  parler; 
■  C'est  votre  amant  qui  est  i  la  porte,      désire  bien  3  vous  parler.  * 


Tu  fai  da  gran  bugiarda, 
Hai  cominciato  a  cantar 
E  non  si  vcde  l'alba.  i 

Le  lecteur  a  déj  songé  au  dialogue  de  Roméo  et  de  Juliette;  ce  dialogue 
avait  un  précédent  dans  une  vieille  chanson  française  où  l'amant  nocturne  dit  à 
son  amie  que  vient  de  frapper  le  chant  de  l'alouette  : 

<  Il  n'est  mie  jours, 

Saverouzc  au  cors  gent  : 

Si  ment,  amours, 

L'alowette  nos  ment.  » 

(Chansonnier  Douce  ]o8,  à  la  Bodiéienne;  voir  Archirts  des  M'usions^  i8{6, 
V,  Rapport  de  M.  de  la  Villemarquéj 

I.  Var.      Chanter  un  réveillez. 

j.  Grandes  pour  belles;  l'idée  de  beauté  est  chez  nous  intimement  unie  ï  la 
Ikaaicur  et  au  volume.  Je  me  souviens  que  dans  une  légende  où  intervient  la 
Satate- Vierge,  escortée  de  saintes  filles,  la  narratrice,  pour  exprimer  la  supério- 
rité de  beauté  de  la  Vierge,  disait  qu'elle  était  plus  grande  et  plus  grosse  que 
KS  compagnes. 

j.  Retournaguet,  Philomène  Olivier.  —  Comte  Jaubcrt,  Chnairc  du  CatUe. 
An  mot  riàrc^  on  lit  cet  exemple  : 

*  Que  les  étoiles  sont  brillantes,      que  la  lune  rait  {,luU)  clairement! 
Mais  les  beaux  yeux  de  ma  maltresse      Us  le  sont  bien  cent  lois  autant.  > 


î8  V.    SMITH 

4  La  belle  n'a  mis  ses  pieds  à  terre,      et  descendant  par  les  degrés, 
Elle  s'en  va  z-ouvrir  la  porte  :      c  Entrez,  cher  amant,  si  m'aimez.  ■ 

5  En  regardant  sa  chère  miounne.      en  lui  voyant  ses  yeux  brillants. 
Il  lui  dit  :  «  0  chère  miuunne,       ton  visage,  il  est  charmant! 

6  I  Dïeu  bénisse  le  pérc  et  la  mère,      le  père  et  la  mère  qui  t'ont  nourri  I 
*  Ont  nourri  la  plus  belle  fille*      que  jamais  n'ai  vu  sous  les  cieux*.  * 

VI. 

LE  BOUQUET 

t  L'on  vient  de  m'annoncer      une  triste  nouvelle, 
L'on  vient  de  m'annoncer      que  ma  mie  avait  fiancé. 

2  Passant  devant  sa  porte,       je  me  suis  mis  à  pleurer  : 
■  Venez  me  consoler,      ta  belle,  sans  plus  attendre, 
*  Venez  me  consoler,      la  belle,  sans  plus  tarder. 

)  —  Cher  amant,  retireZ'Vbus,      ma  fille  n'est  plus  pour  vous  ; 
i  Cher  amant,  retirez'vous,      ses  amours  sont  promises, 
«  Cher  amant,  retirez-vous,      ma  allé  n'est  plus  pour  vous. 

4  —  Auparavant  que  |e  me  retire,      |e  veux  lui  faire  un  présent  : 
i  Je  veux  lui  faire  un  présent      de  la  Heur  la  plus  belle, 
c  Je  veux  lui  taire  un  présent      de  la  rose  du  printemps. 

(  ff  Les  ros'  et  les  violettes      ce  sont  des  jolis  bouquets  ; 
I  Ce  sont  des  plis  bouquets      que  vont  bien  aux  demoiselles, 
«  Ce  sont  des  jolis  bouquets      que  sont  bien  de  présenter. 

6  —  Cher  amant,  si*  tu  prends  la  peine      de  me  faire  si  beau  présent, 
f  Tu  seras  le  bien  aimé      de  mon  père  et  de  ma  mère, 
c  Et  de  tous  mes  parents,      de  moi  premièrement*.  » 

La  chanson  qui  précède  semble  appartenir  à  une  série  de  chants  de  ' 
mariage  dont  elle  serait  le  préliminaire;  la  donnée  est  de  tous  les  temps, 
d'hier  comme  d'aujourd'hui .  La  chanson  qui  suit  nous  reporte  à  une  époque 
déjà  bien  éloignée:  elle  nous  remet  en  mémoire  ces  belles  femmes  de 


I.  M.  Rathery  cite  ces  deux  vers  d'un  poète  sicilien  (Reiue  da  Deux-MonJcs, 
1)  mars  1862). 

Bcnedetta  sia  la  madré 
Che  ti  fece  cosl  bella. 

Il  ajoute  que  ce  souhait  adressé  par  l'amant  au  père  et  i  la  mère  de  sa  belle 
est  une  sorte  de  formule  que  ne  manque  pas  d'employer  tout  bon  amoureux 
italien.  Nous  retrouvons  en  effet  cette  même  bénédiction  dans  le  Latium,  en 
Toscane  et  i  Venise  (Caselli,  rjo,  26,  219). 

1.  Vorey.  Marie  Chahricr-Cnastel. 

j.  Var.  :  «  Ne  prends  pas.  • 

4.  Chamalièrcs.  Louis  Cartal. 


VIEILLES   CHANSONS   DU   VELAY    ET    DU    FOREZ 


59 


coq»  de  métier  du  xv*  siècle,  qui,  au  dire  d'un  historien  contemporain' , 
figuraient  au  nombre  des  nnerveilles  de  Paris.  Sans  vouloir  assigner  à 
notre  chanson  le  xv  siècle  comme  date  d'origine,  on  peut  croire  qu'elle 
est  du  siècle  suivant,  qui  dut  recevoir  en  héritage  une  pan  de  la  beauté 
des  femmes  qu'avait  admirées  Guillebert  de  Metz. 

VU 
LA  BARBIÈRE. 

1  Dans  Pans  j  at  une  barbière      qu'elle  est  si  belle  que  le  jour, 

2  Qu'elle  est  si  belle  que  le  joure  :       trois  chevaliers  lui  foni  la  cour, 

]  En  se  disant  les  uns  aux  autres  :       •  Que  ferons-nous  pour  lui  parlera 
^  Il  faut  aller  sous  sa  fenêtre      chanter  un  nouveau  réveillez.  • 
)  •  Riveillez-vous,  belle  endormie,       réveillez-vous,  car  il  est  jour, 


6  •  Mettez  votre  cœur*  en  fenêtre, 

7  La  belle  mit  son  coeur  en  fenêtre  : 

8  — L'on  dit  que  vous  êtes  barbière: 


vous  entendrez  parier  de  vous.  » 
•  Messieurs,  de  que  demandez-vous? 
la  birbe^  la  nous  feriez'vousp  [vous, 


9  —  Rentrez,  rentrez,  les  gentilshommes,      tous  mes  rasoirs  sont  prêts  pour 

10  4  La  nappe  blanche  est  sur  la  table,       un  beau  bassin  d'or  et  d'argent.  > 

1 1  Le  premier  coup  de  rasoir  qu'elle  donne,      le  galant  change  de  couleur. 
Il  «  Monsieur,  si  mes  rasoirs  vous  blessent,      pourquoi  ne  vous  plaignez" vous 

Ipas? 
tj  —  Ce  ne  sont  pas  vos  rasoirs,  la  belle,      sont  les  amours  que  j'ai  pour 

[vous. 
14  —  Mes  amours  et  mes  amourettes.  Monsieur^  ils  ne  sont  pas  pour  vous, 
t\  «  Us  sont  embarqués  sur  la  mer^      qui  voyagent  nuit  et  |0ur'.  t 

VARIANTE. 

I  Dans  Paris  y  a-t-une  barbière      qu'elle  est  si  belle  que  le  jour, 
a  Si  |e  savais  comment  m'y  prendre      pour  jouir  de  ses  amours! 

3  Pour  jouir  de  ses  amoures      faut  se  lever  au  point  du  jour. 

4  ■  Bien  le  bonjour,  ma  barbière;      la  barbe  me  feriez-vous? 

(  —  Je  l'ai  faite  au  roi  d'Espagne      qui  valait  autant  que  vous.  * 

6  Si  n'appelle  sa  servante  :      «  Marguerite,  levez-vous  ; 

7  ■  Apportez-moi  mon  grand  plat  d'or,       mes  rasoirs  qui  sont  autour, 

8  «  Ainsi  que  mes  joli's  serviettes,      sont  plié's  au  pli  d'amuur.  ■• 

9  Tout  en  lui  faisant  la  barbe      change  trois  fois  de  couleur.  [pas? 
10  •  Monsieur,  si  mes  rasoirs  vous  blessent,      pourquoi  vous  plaignez-vous 


1.  Guillebert  de  Metz,  cité  par  V.  Le  Clerc,  Discours  sur  Citât  éts  ïeUnt  au 
XlV'sàcle,  II,  ip 

3.  Des  chanteuses  disent  :  «  vôtre  tète.  »  L'expression  1  cœur  en  fenêtre  > 
est  d'ailttrurs  fréquente  dans  les  chansons. 

j    On  appuie  sur  l'r.  On  pourrait  écrire  mire. 

4.  Vorey,  Marie  Chabner-Chastel.  —  Cf.   Max  Buchoo,  Ch.   pop.  dt  ta 
Frâ»chc-ComU ,  So. 


60  V.    SMtTH 

I  r  —  Ce  ne  sont  pas  vos  rasoirs,  la  belle,      c'est  votre  cœur  et  vos  amours. 
|]  —  Mes  amours,  mon  cœur  volage,      Monsieur,  ne  sont  pas  pour  vous: 
Ij  <  Ils  sont  embarqués  sur  la  Saâne      qui  voyagent  nuit  et  jour'.» 

La  chanson  de  la  Hergère  et  le  fils  du  roi  nous  fait  voyager  à  cette 
époque  légendaire,  où,  peu  gênés  par  la  diplomatie,  les  rois  étaient  libres 
d*épauser  des  bergères.  Il  était  naturel  qu'une  chanson  s!  flatteuse  pour 
l'araour-propre  féminin  se  chantât  aux  noces,  et  c'est  ta  destination 
qu'on  lui  donne  en  Normandie,  dans  le  Vexin,  ta  Beauce  et  le  Perche  ; 
en  Vetaj  et  en  Forez,  on  ta  chante  à  tout  propos;  c'est  une  de  celles  à 
qui  les  chasseurs,  aux  heures  de  batte,  donnent  la  préférence. 


VIII, 
LA  BERGÈRE  ET  LE  FILS  DU  ROI. 


1  Dessous  Paris  y  a-t*un  grand  bols, 

Laolàl 
La  bergère  y  chante. 

2  Elle  y  chante  si  clairement, 
]  Jusqu'à  le  noble  fils  du  roi 

4  IDe  n'appelle  son  valet  :       < 

5  «  Mettez-lui  la  selle  d'argent 


la  bergère  y  chante, . 


tout  le  monde  l'entende, 
l'eniend-i!  de  sa  chambre. 
Va  brider  mon  cheval, 
et  la  bride  dorée  ; 

6  f  Quand  mon  cheval  devrait  crever      îl  faut  que  je  la  trouve.  > 

7  A  fait  trois  fois  l'enlour  du  Iwis,      le  dernier  l'a  trouvée. 

8  f  Bergère,  dltesta  chanson,      ta  chanson  fort  jolie. 

9  —  Monsieur,  je  ne  peux  pas  chanter,       mon  cceur  n'est  pas  en  joie; 

10  f  Mon  père  est  mort,  ma  mère  aussi,      et  moi  je  les  regrette. 

11  —  Belle,  veux-tu  te  marier?      te  donnerai  mon  page; 

13  ■  Et  si  mon  page  te'  veux  pas,      te  donnerai  mon  comte; 
I)  •  Et  si  mon  comte  te  veux  pas,      je  te  prendrai  moi>méine. 

14  M  Dedans  Paris  t'emmènerai  :       lu  seras  demoiselle, 
ij  «  Toutes  les  dames  de  Pans      diront  :  Voit  la  belle  I 

Lan  la! 
•  Et  viendront  voir  la  belle,      Lan  la!  et  viendront  voir  la  belle >! 

Quelques  personnes  ajoutent  cette  réponse  : 

t  Demoiselle  ne  serai  pas,      je  veux  rester  bergère.  * 


t.  Vorey.  La  variante  m'a  été  donnée  par  la  même  personne  :  Marie  Cha- 
brier-Chastel. 

2.  Pour  tu  ni. 

j.  Vorey.  Marie  ChabrierChastcl.  —  Rathery  la  donne  comme  une  chanson 
normande,  du  Vexin,  de  la  Beauce  et  du  Perche.  Moniteur  du  zi  avril  rS^j. 
Plus  tard,  il  l'a  mdiquée  comme  une  chanson  du  Nivernais  et  du  Bourbonnais. 
Ricvuc  Jes  Deax-Monda^  ij  mars  186a,  p.  J49. 

Elle  a  été  publiée,  en  186),  par  Max  Buchon,  dans  son  petit  livre  :  Chanli 


VIEILLES   CHANSONS   DU    VELAY    ET    OU    FOREZ  6l 

Elle  appartient  au  monde  idéal,  elle  exprime  un  sentiment  raffine,  elle 
semble  n'être  qu'une  conception  tiuéraire  à  l'usage  des  délicats,  cette 
chanson  de  U  BeiU  au  jardin  d'amour,  qu'on  dirait  détachée  d'un  livre  de 
précieuses,  et  cependant  elle  est,  dans  une  certaine  mesure,  populaire; 
quelques  hommes  la  savent,  quelques  bergères  la  redisent.  La  plupart 
s'arrêtent  au  souhait  platonique  du  cinquième  couplet,  d'autres  y  ajou- 
tent deux  couplets  d'une  morale  épicurienne  dont  la  forme  imagée  est 
encore  tout  anîficielte. 

ÎX- 
LA  BELLE  AU  JARDIN  D'AMOUR. 

La  belle  est  au  jardin  d'amour,      elle  y  a  paué  ta  semaine, 

Son  père  la  cherche  partout      et  son  amant  en  grande  peine. 

a  ■  Demande  la-z-à  ce  berger,      s'il  nous  l'a  vu*,  qu'il  nous  l'enseigne. 

—  Berger,  n'as-lu  pas  vu  passer      une  fille  la  beauté  même? 

)  —  Oh!  comment  est-elle  vêtue?      —  Elle  est  vêtue  en  soie  ou  en  laine, 
«  Elle  est  vêtu'  d'uo  blanc  satin.      et  son  mouchoir  couleur  de  rose. 

4  —  Elle  est  là  bas  dans  ces  vallons,      assise  au  bord  d'une  fontaine, 
I  Entre  ses  mains  tient  un  oiseau      à  qui  la  belle  conte  ses  peines*. 

j  -^  Petit  oiseau^  que  tu  es  heureux      d'être  entre  les  mains  de  ma  belle, 
«  Quand  moi  qui  suis  son  serviteur      je  n'ose  pas  m'approcher  d'elle!  ^  * 

6  ■  Que  sert  d'être  auprès  du  ruisseau,      dendurer  la  soif  que  j'endure? 

—  N'endure  pas,  mon  bel  ami,      buvez  puisque  le  bon  vin  dure. 

7  —  Que  sert  d'être  auprès  du  rosier,      sans  en  pouvoir  cueillir  la  rose? 

—  Cueiliissez,  amant,  cueiilissez,       car  c'est  pour  vous  qu'elles  sont 

lécloscs.  ■ 

X, 

LES   TRANSFORMATIONS. 

Avec  quelque  apparence  artificielle,  la  chanson  des  Transformations  a 
été  et  est  encore  extrêmement  populaire.  Quand  cette  chanson  fut  envoyée 


pcp.  dt  la  Francht-Comii. 

Elle  n'est  pas  oubliée  au  Canada.   Dans  le  recueil  :  Ck.  pop.  4a  Canada, 

3uébec,   iS6j,  Gagnon  en  donne  un  fragment,  v.  p.  ç>6.  Suivant  cet  éditeur, 
lé  se  chante  encore  aujourd'hui  en  Suisse,  au  pays  de  Vaud. 
CL  Marmier,  Ch.  pop.  du  Sotd.  Suède,  La  pcli'c  btrgere^  219. 
Voy.  Afi'/uîinf,  n»  du  20  février   1S77,  La  btrgiic  th'ignie^  chant  de  danse 
bretonne,  publié  par  M.  E.  R. 

1.  Var.  :  Elle  est  là  bas  dans  le  jardin^      auprès  d'une  claire  fontaine, 

Et  de  sa  tnain  tient  son  laurier,      et  de  sa  bouche  conte  ses  peines. 
a.  Saint-Jusl-Nlalraont,  Lagrevol  père,  r868.  —  Cf-  Champfleury,  Picardie, 
j  ,  Bujeaud,  côtes  du  Poitou,  Aunis;  Sainlonge,  I,  219. 


$3  V.    SMITH 

de  l'arrondissement  d'Aix  à  la  seaion  du  Comité  de  la  langue  chargée  de 
réunir  les  chansons  dignes  de  voir  le  jour  dans  un  recueil  national, 
certains  membres  du  Comité  ne  crurent  pas  à  la  popularité  de  ce  chant, 
ils  craignirent  même  une  supercherie;  M.  Guigniaui,  dansia  séance  géné- 
rale du  9  juillet  iSj^  \  fait  connaître  que  ces  craintes  s'étaient  dissipées 
par  la  réception  de  versions  nouvelles,  l'une  venant  d'un  département  du 
nord,  l'autre  du  Berry.  Plus  tard,  le  Comité  recevait  de  points  différents 
quatre  autres  versions.  C'est  que  cette  chanson  est  Pune  des  plus  popu- 
laires de  la  France,  Tune  de  celles  qui  plaisent  le  plus  à  l'esprit  par  la 
forme  de  la  lutte  qu'elle  revêt,  par  l'ingénieuse  invention  de  ressources 
que  chacun  des  deux  interlocuteurs  est  contraint  de  déployer.  Nos  dente- 
lières  ont  pbisir  à  la  chanter  aux  veillées,  et  en  juin,  quand  les  jeunes 
hommes  de  la  monugne  descendent  dans  nos  coltines  ou  dans  nos 
plaines  pour  prêter  leurs  bras  aux  fauchaisons  et  aux  moissons,  le  Jeu  des 
transformations  est,  aux  heures  de  repos,  l'une  de  ces  chansons  avec 
lesquelles  ils  aiment  à  mesurer  la  puissance  de  leur  voix. 

I  •  0  petite  brunette      que  j'aime  tant, 
i  Je  te  donnerai  le  livre      de  mon  argent*, 
«  Si  tu  voulais  me  readre      mon  cœur  content. 

z  —  Je  ne  veux  point  du  livre      de  ton  argent, 
»  Je  veux  me  mettre  en  dame      dans  un  couvent  : 

■  Jamais  tu  en  auras      le  cceur  content. 

]  —  Si  tu  te  mets  en  dame      dans  un  couvent, 

■  Je  me  mettrai  en  prêtre,      gaillard  chantant, 

•  Confesserai  tes  dames      de  ton  couvent. 

4  —  Si  tu  te  mets  en  prêtre,      gaillard  chantant, 
i  Je  me  mettrai  en  lièvre,      courant  les  champs, 

•  Et  jamais  tu  en  auras      te  cœur  content. 

j  —  Si  tu  te  mets  en  lièvre,      courant  les  champs, 
<  Je  me  mettrai  en  forme      d'un  chien  courant, 

■  J'attraperai  te  lièvre,      courant  les  champs. 

6  —  Si  tu  te  mets  en  forme      d'un  chien  courant, 
a  Je  me  mettrai  en  grive,      volant  en  l'aïr, 

•  Et  [anuis  tu  en  auras      mes  amitiés. 


1 .  Bulletin  lie  la  langui,  II,  701 . 

2.  Allusion  probable  aux  livres  de  raison  dont  l'usage  était  très-répandu  dans 
notre  pays,  non  seulement  chez  tes  familles  nobles  ou  bourgeoises^  mais  encore 
chez  les  paysans  aisés  qui  savaient  écrire.  Cn  livres,  on  le  Siit,  contenaient  avec 
les  comptes  de  la  maison,  les  pnncipaux  événements  de  la  vie  de  famille.  Notre 
amant,  en  offrant  1  sa  belle  le  livre  de  son  argent,  lui  donne,  pour  ainsi  dire,  la 
direction  domestiaue,  le  plein  pouvoir  sur  sa  fortune,  l'équivalent  des  clefs  du 
coffre  ou  des  cordons  de  la  bourse. 


VIEILLES   CHANSONS   DU    VELAY    ET    DU    rOREZ 

7  —  Si  tu  te  mets  en  grive,      volant  en  l'air, 

«  Je  ne  mettrai  en  forme      d'un  bon  chasseur, 
■  Je  tirerai  la  grive,      volant  en  l'air. 

8  —  Si  tu  te  mets  en  lorme      d'un  bon  chasseur, 
i  Je  me  mettrai  en  caille,       volant  au  blé, 

i  Et)amais  tu  en  auras      mes  amitiés. 

9  —  Si  tu  le  mets  en  caille,       volant  au  blé, 

•  Je  me  mettrai  en  forme      d'un  moissonnier, 
i  J'attraperai  la  caille      volant  au  blé 

10  —  Si  tu  te  mets  en  forme      d'un  moissonnier, 
t  Je  me  mettrai  en  truite       dans  la  rivter, 

f  Et  jamais  tu  en  auras      mes  amitiés. 

11  —  5i  tu  te  mets  en  truite      dans  la  rivier, 

•  Je  me  mettrai  en  forme      d'un  esparvier, 
«  J'attraperai  la  truite      dans  la  rivier.     . 


6) 


d'un  esparvier, 
sur  un  rosier, 
mes  amitiés. 


sur  un  rosier, 
d'un  jardinier, 


12  —  Si  ta  le  mets  en  forme 
t  Je  rac  mettrai  en  rose 

■  Et  jamais  tu  en  auras 

1 3  —  Si  tu  te  mets  en  rose 
t  Je  me  mettrai  en  forme 

<  Je  cueillerai  ia  rose      sur  te  rosier. 

14  —  Si  ta  te  mets  en  forme      d'un  jardinier, 

«  Je  me  mettrai  en  pomme      sur  le  pommier, 

■  Et  jamais  tu  en  auras      mes  amitiés. 

15  ~  Si  tu  te  meti  en  pomme  sur  le  pommier, 
i  Je  me  mettrai  eo  forme  d'un  grand  panier, 
«  Je  cueillerai  la  pomme      dans  te  panier. 

16  —  Si  tu  te  mets  en  forme      d'un  grand  panier, 
I  Je  me  mettrai  étoile      au  firmament, 

c  Et  jamais  tu  en  auras 

17  —  Si  tu  te  mets  étoile 
«  Je  me  mettrai  nuage, 

<  Je  rongerai*  l'étoile 

18  —  Si  tu  te  mets  nuage, 
t  Tu  m'as  suivi'  partout 


ton  cccur  content. 
au  firmament, 
nuage  blanc, 
du  firmament. 

nuage  blanc, 
jusqu'au  6rmamenl, 


€  Prends-moi  en  mariage,      brave  galant  ^1  t 


( .  Vir.  :       (  couvrirai-  » 

2.  Chamaliéres.  Communiqué  par  Avinain,  le  cordonnier.  —  Nous  retrou- 
TOBS  ce  chant  dans  la  partie  du  Forez  voisine  du  Bourbonnais,  en  Bourbonnais 
et  en  Berry.  Voy.  de  Laprade,  Perntttc,  note  p.  287;  Allier  et  Bâliu)er> 
AâàtA  Bûti/bonnau^  11,  partie  a,  22;  ChampSeory,  90;  Jaubert,  Gtossairt  du 
Cmtrt,  au  mol  Mnstta. 

Gagnon  en  aonae  deux  variantes  canadiennes.  Ch^  pop.  du  Canada,  Québec, 

On  le  chante  en  provençal  et  en  caUUn.  Arbaud,  II,  128;  Briz,  CânU  popu* 


64  V.    SMITH 

Nous  entrons  dans  une  seconde  série  de  chants  ;  ceux-là  ne  traduisent 
plus  de  tendres  propos,  d'ingénieux  devis  d'amour,  ils  racontent  ou  pour 
mieux  dire  ils  montrent  vivants  les  actes  de  dévouement,  de  violence  ei 
de  ruse  que  Pamour  inspire.  Ils  vont  au  but  d'un  pas  rapide  et  quelque- 
fois par  bonds  étranges.  Ces  sauts  surprenants  ne  sont  pas  seulement 
dus  au  dédain  des  transitions  qu'affecte  la  poésie  populaire,  mais  encore 
aux  lacunes  de  la  mémoire  des  chanteurs.  Nos  chants  dramatiques  étaient 
à  l'origine  vraisemblablement  plus  développés  et  mieux  suivis;  peu  à  peu 
ils  ont  rejeté  certains  vers  qui  n'ont  pas  paru  essentiels,  et  d'élimination 
en  élimination,  quelques-uns  sont  arrivés  à  ne  présenter  que  des  formules 
sommaires  d'un  fait,  quelques  autres  sont  devenus  inintelligibles  à  force 
de  brièveté  et  de  décousu.  La  comparaison  avec  les  chants  parallèles 
des  autres  régions  permet  quelquefois  de  mesurer  ce  qu'ils  ont  perdu,  et 
de  reconstituer  et  leur  sens  et  leur  mouvement. 

Le  chant  de  Florence,  assez  étendu  et  des  moins  incomplets,  n'a  pas, 
je  crois,  échappé  à  quelques  lacunes,  et  la  fin  en  est  singulièrement 
précipitée.  Nous  le  tenons  vraisemblablement  du  midi,  et  il  a  gardé 
en  Languedoc  et  en  Catalogne,  en  Provence  sauf  quelques  exceptions, 
la  fidélité  de  ses  assonances  en  i.  Dans  le  Velay  et  au  sud  du  Forez,  ce 
chant  est  mêlé  de  patois  et  de  français;  c'est  à  croire  qu'une  lutte  s'est 
établie  entre  les  deux  langues,  et  celle-ci  a  fini  par  triompher  de  celle- 
là  ;  mais,  en  la  remplaçant,  elle  en  a  le  moins  possible  changé  le  dessin  ; 
le  tissu  nouveau  voile  à  peine  la  forme  première. 

XI. 

FLORENCE. 

I  Petit  Jean  se  marie,      se  marie  à  Paris. 
Petit  Jean  se  marie,  (la  violette  '  !)      se  marie  à  Paris, 


tars  cjliiifinj,  l.  i2j.  On  le  chante  en  languedocien;  v.  Miïusinty  3o  juillet  1877. 

On  le  chante  en  ladin,  dans  l'Engadine,  Roman'ia^  III,  114.  Compte-rendu 
par  M.  J.  Cornu,  du  recueil  de  M.  de  Ftugi. 

Sous  le  titre,  u  Coucou  et  la  ToururelU,  M.  V.  Alexandri  a  publié  la  traduc- 
tion d'un  chani  roumain  qui  présente  la  plus  itroiie  analogie  avec  notre  chant 
des  Transformations.  Bailadu  ti  th.  pop.  de  la  Roumanie^  j  j. 

Est-il  besoin  de  rappeler  U  radieuse  interprétation  que  Mistral  a  donnée  de 
notre  chant,  dans  les  strophes  de  Magali  de  mr'eio? 

Les  références  indiquées  plus  haut  ne  comprennent  que  des  chants  où  s'éta- 
blît un  débat,  une  lutte  d'adresse  entre  l'amant  et  la  maîtresse.  Les  chants  dans 
lesquels  l'un  des  deux  seulement  expnme  te  désir  d'être  transformé  en  l'objet  qai 
louche  de  plus  près  l'être  aimé  appartiennent  i  toutes  les  poésies  ;  un  tel  désir 
est  le  von)  universel  de  la  passion,  et  sa  manifestation  n'est  point  ce  qui  carac- 
térise notre  êgloguf;  ce  qui  fait  son  originalité,  c'est  cette  série  de  problèmes 
que  l'un  des  interlocuteurs  pose  à  l'autre,  et  l'heureuse  promptitude  avec 
laquelle  cet  autre  les  résout  Les  chants  où  se  déroulent  de  tels  problèmes  de 
métamorphoses  sont  donc  les  seuls  qui  peuvent  être  considérés  comme  des  ver- 
sions parallèles  ou  parentes  â  notre  chant, 

I.  Refrain  que  certains  chanteurs  intercalent  entre  les  hémistiches. 


VIEILLES   CHANSONS   DU    VELAY    ET    DU    FOREZ 

2  A  pris  remme  si  jeune,      qui  se  sait  pas  vêtir. 

)  Il  reçoit  une  lettre      qu'en  guerre  il  faut  partir. 

4  «  Hélas!  de  ma  Florence,      que  va-t-die  devenir? 

5  —  Donnez-la  à  votre  mère:      elle  vous  la  gardera. 

6  —  Ma  mère  est  si  cruelle,      me  la  mautraitera. 

7  —  Mère,  voilà  ma  Florence,       me  la  maulraitez  pas; 

8  «  Ne  lui  faites  rien  faire,      que  boire  et  que  manger, 

9  •  Filer  sa  coulognetle,       quand  elle  voudra  filer, 
lo'i  Et  aller  â  la  messe,      quand  elle  voudra  y  aller.  • 

1 1  En  allant  z-i  la  messe,       les  Sarrasins  Kont  pris'. 

1 2  Au  bout  de  sept  années,       petit  Jean  nen  revint. 

I)  Trois  coups  frappe  à  ta  porte.      sa  mère  lui  vient  ouvrir. 
14  I  Où  donc  est  ma  Florence      qu'elle  vienne  pas  m'ouvrira 


«5 


n'en  reste  plus  ici  ; 
les  Sarrasins  l'ont  pris'  t 

quand  saurais  de  mourir, 
tout  d'or  ou  d'argent  6n, 


if  —  Hélas!  de  ta  Florence 

16  t  En  allaol-z-à  la  messe, 

17  —  Il  faut  que  |e  la  trouve 

18  Nea  fit  faire  une  barque, 

19  La  mit  sur  la  rivière,      rivière  de  Paris. 

20  Nen  fit  trois  cinq  cents  lieues      sass  personne  trouver. 

21  Trouva  trois  lavandières      qui  lavaient  des  draps  fins. 

22  «  Oh!  dites,  lavandières,      i  qui  sont  ces  draps  fins? 

2)  —  Sont  du  château  des  Maures,      des  Maures  Sarrasins. 

24  —  La  maître  que  gouverne,      comment  l 'appellent-ils  ? 

3f  —  L'appellent  la  Florence,      \a  fleur  de  son  pays. 

26  —  Comment  pourrai-je  faire      pour  lui  pouvoir  parler? 

27  —  Faut  s'habiller  en  pauvre,      en  pauvre  pèlerin, 

28  <  Et  demander  l'aumâne      au  nom  de  Jèsus-Christ.  a 

29  Florence  la  lui  donne,      sans  connaître  son  mari. 

50  •  Dame,  donnez-moi  z-à  boire,      dame  de  mon  pays! 

ji  —  Mais  il  n'est  pas  possible      que  soyez  de  moo  paysj 

}2  <  Mais  les  oiseaux  qui  volent      n'en  peuvent  pas  venir  : 

j)  «  N'y  a  que  les  hirondelles      qui  vont  par  tout  pays,  t 

)4  Elle  Lui  apporte  à  boire      en  tasse  d'argent  fia. 

)(  A  connu  à  son  boire      qu'il  était  son  mari. 

j6  «  Oh!  dis-moi  donc,  Florence,      veux>tu  pas  t'en  aller? 

)7  —  Zo  voudrio  pas  ouï^  dire, 

)8  L'a  pris'  par  sa  main  blanche, 

jg  Le  Maure  qui  est  en  fenêtre, 

40  •  Tu  emmènes  ta  Florence  : 

41  <  Sept  ans  l'avons  habillée, 

42  ■  Sept  ans  l'avons  chaussée 


voudrio  être  en  îsami.  » 
à  cheval  l'a  monté", 
regardant  tout  ceci  : 

sept  ans  l'avons  nourri', 

en  tafïetas  très-fin, 

en  souliers  maroquins!  ^,  ■ 


t.  Ces  dix  premiers  vers  rappellent  à  peu  de  chose  près  le  début  de  Lu  Por- 
ckcronnci  voy.  Romjn'ui^  l,  j^^. 

2.  Oui,  pour  l'infinitif  OuJ^r. 

}.  Marlhes,  i"  J.-B.  Riocreux.  —Cf.  Noëlas,  Baîlttin  précité,  n«  d'oct. 
[8é{;  E.  Muller,  iournal  le  Mémorial  de  la  Loire,  2^  septembre  1867;  Arbaud, 


Ronsniê,  Vil 


S 


66 


V.   SMITH 


XII. 

LA  DÉROBÉE. 

La  Dérobée  a  l'apparence  d'une  chanson  historique;  elle  est  rare,  je  ne 
l*ai  entendue  qu'une  fois. 

1  On  dit  que  dans  Lyon,      y  a-t-une  belle  fille, 

Chantoos  rossignolel  ! 
On  dit  qup  dans  Lyon      y  a-t-une  belle  fille. 

2  Mais  tant  belle  qu'elle  est,      son  père  tient  la  garde. 
}  Sont  quatre-vingts  soldats,      sont  tous  dessous  les  armes 
4  Le  plus  jeune  des  trois      la  prend,  l'a  dérobéie. 
(  Si  la  prend,  l'a  mené'       au  cliâteau  de  son  père. 

6  •  Bonjour,  bonjour,  père*,      ouvrez  à  ma  fiancèic. 

7  —  Tu  n'as  menti,  soldat',      que  lu  l'as  dérobéie. 

8  —  Dérobéie  ou  non,      sera  mon  espouséie.  » 

9  Si  la  prend,  l'a  monté*      dans  la  plus  haute  chambre. 

10  Sept  ans  y  a  bien  resté      sans  voir  soleil  ni  lune. 

1 1  Mais,  au  bout  de  sept  ans,      mit  son  cœur  en  fenêtre. 


n,  73  ;  Ferraro,  Canti  Monjtmtùj  44;  Alger,  Rcvat  du  langues  romanes,  VI, 
at4  ;  Milâ  y  Fontanats,  Romamtnilo catalan,  109;  Briz,Canïf  popuhrs  catalans^ 
ni,  61  ;  Damas-Hinard,  Romancero  tspaenol,  11,  a6j  ;  Morianaet  U  moreCalvan, 
—  Il,  276,  Julianaa;  Luzel,  Ck.  pop.  2e  U  8asse-Brilagne,  II,  21:  Us  Sarra- 
stns. 

Une  note  que  M.  Arband  a  reçue  de  M.  Germain  de  Montpellier  et  dont  il 
accompagne  son  chant  provençal  semble  indiquer  que,  sur  la  foi  du  nom  que 
porte  l'héroïne  de  notre  chant  dans  la  région  languedocienne,  une  famille,  L'Ès- 
crivay  de  Monistrol,  considère  le  drame  de  noire  complainte  comme  un  événe- 
ment dont  sei  ancêtres  furent  les  acteurs.  La  victime  au  rapt  mauresque  qui,  en 
Forez,  en  Provence,  en  Piémont,  s'appelle  Florence,  se  nomme,  il  est  vrai, 
L'Escrivatte  aux  environs  de  Montpellier  et  L'Escrivane  dans  une  partie  de  la 
Catalogne,  mais  il  faudrait  se  garder  de  voir  dans  les  noms  que  prennent  les 
chansons  la  preuve  d'un  rdic  historique  qu'aurait  joué  telle  ou  telle  famille.  Ce 
serait  compter  sans  le  travail  que  fait  partout  l'imagination  populaire  Les  chan- 
sons portent  divers  noms  selon  les  pays  où  on  les  chante.  Pour  ne  parler  que 
de  la  FoTchaonnt  que  Florence  rappelle  par  plus  d'un  trait,  le  héros  s'en  nomme 
Beauvoire  en  Provence,  en  Forez  et  en  Veïay,  Bcaufort  sur  certains  points  du 
Languedoc.  Jousseaumeen  Poitou.  Quelquefois  dans  une  même  région  les  chan- 
sons sont  baptisées  de  noms  divers.  En  Velay,  quelques  personnes  remplacent 
Beauvoire  par  de  Beaume;  en  Catalogne,  L'Escrivane  s'appelle  aussi  Arcise  la 
Maiorquine.  Tous  ces  noms  divers  sont  de  pures  créations  que  l'imaginattoo 
locale  applique  gratuitement  aux  faits  ou  aux  fictions  dont  les  chants  perpétuent 
le  souvenir. 

I .  Pour  le  besoin  de  l'équilibre  du  vers,  la  chanteuse  accentue  Vc  muet.  Cette 
accentuation  de  \'e  n'a  d'ailleurs  rien  qui  blesse  les  personnes  qui,  d'habitude, 
parient  un  palois  dont  I'j  ou  Vo  forme  fa  muette,  et  aont  \'e  est  toujours  accen- 
tué. Ces  personnes,  par  un  mouvement  naturel,  transportent  au  français,  qu'elles 
parlent  rarement,  la  façon  de  prononcer  de  leur  patois  quotidien. 

a.  Var.  :      «  sodat.  • 


VIEILLES   CHANSONS   DU    VELAT    BT   DU    FOREZ  67 

13  De  là  neo  voit  venir      la  reine  d'Angleterre. 

I)  ff  Bonjour,  bonjour,  la  reine!      —  Amais*  à  vous,  la  belle. 

14  —  Y  a  rien  de  nouveau      au  pays  d'Angleterre? 

I  (  —  Y  a  rien  de  nouveau,      mais  pour  vous  y  a  grand  guerre. 
16  —  Y  ait  guerre*  ou  non,      suis  611e  mariée^.  • 


Les  chansons  de  rapts  maritimes  dont  nous  allons  reproduire  les  frag- 
ments sont  purement  romanesques.  Si  on  veut  les  trouver  moins  défigu- 
rées, plus  complètes,  il  faui  les  demander  aux  provinces  qui  bordent  la 
mer;  en  Bretagne,  les  quelques  vers  que  nous  avons  rangés  sous  le  titre  : 
U  Bauau  de  blé^  se  transforment  en  une  chanson  à  qui  rien  ne  parait 
manquer,  et  la  Vendée  compte  parmi  ses  plus  belles  poésies  la  chanson 
trop  sommaire  que  nous  avons  intitulée  l'Epée  libératrice. 

XIII. 
LE  BATEAU  DE  BLÉ. 

1  «  Bon  marinier,      combien  vendez-vous  votre  blé? 

2  —  Entrez,  Mademoiselle,  entrez,      si  vous  convient  vous  l'achèterez.  ■ 

3  La  belle  ne  fut  pas  dans  le  bateau,       l'a  mis  vaguer  au  milieu  de  l'eau, 

4  En  s'ècriant  tout  haut  :       i  Voici  le  maître  du  vaisseau  ! 

5  —  Bon  marinier,  mets-moi  au  bord,      te  donnerai  mon  anneau  d'or. 
è  —  Ni  pour  de  l'or  ni  pour  de  l'argent,      \t  n'en  suis  pas  te  maître  du 
7  En  s'écriant  tout  haut  :       t  Voici  le  maître  du  vaisseau!*  i      [vent,  • 


1 .  Aussi. 

2.  <  guerre,  »  pour  la  mesure. 

}.  Chamalières.  Miriannctte  Vincent.  Cf.  Arbaud,  I,  1^9,  Loutsom.  Arbaud 
fait  remarquer,  dans  ioaisoun,  la  fréquence  de  la  terminaison  tio;  nous  pour- 
rioas  chez  nous  faire  une  remaraue  analogue;  sauf  pour  lemol  murûlt,  l'^s'inter* 
cale  entre  les  deux  e  dans  tous  les  mots  à  terminaison  féminine  dont  i'e  e.st  la 
dernière  voyelle  accentuée  :  dirobite,  funccic,  cspousiie.  Cette  forme  n'a  du  reste 
rien  de  particnlier  à  notre  chanson,  le  lecteur  l'a  déj  reucoutrée,  un  peu  moms 
répétée,  uo  peu  plus  clairsemée  en  divers  chants.  Elle  n'est  pas  non  plus  spé^ 
ciale  à  la  langue  poétique;  le  langage  usuel  des  vinlles  gens  fournirait  plus  d  un 
CXRDple  de  cette  interposition  de  l'i,  soit  en  patois,  entre  IV  caractérise  et  t'oou 
fa  maet,  soit  en  français,  à  la  rencontre  des  deux  r,  dont  le  premier  est  réson- 
■ant,  le  second  éteint.  Ce  n'est  pas  seulement  entre  deux  e  que  l'i  s'insère,  il 
internent  encore  entre  deux  voyelles  difTcrentes^  l'une  sur  laquelle  on  appuie, 
Pautrc  sur  laquelle  on  glisse,  on  même  entre  deux  voyelles  qu'on  accuse.  On 
dira  par  ex.,  ruu  pour  vue,  saluiant  pour  saluant,  etc. 

^.  Cette  chanson  m'a  été  dite  à  Vorey  par  Philomène  Quintin.  —  Cf.  Poy- 
migrc,  Ch.  pop.  de  la  valUt  d'Ossan,  dans  la  Roman'ia^  III,  99;  Tarbé,  II,  2}0, 
Lt  marinier  lu  Pont-iur^Yonrit ;  Ampcrc,  41.  Il  n'est  pas  dit  dans  les  Instructions 
d'où  vient  le  chant,  mais  comme  il  est  dû  i  M.  de  Corcclle,  qui  en  a  envoyé 
plusieurs  autres  de  Bretagne,  on  e^l  autorisa'  à  croire  que  cest  en  Bretagne 
qu'U  a  été  recueilli.  Gagnon,  en  tête  de  la  le^oo  canadienne  qu'il  publicité  donne 
comme  un  chant  encore  populaire  en  Bretagne.  V.  p.  24. 


68 


V.    SMITH 


XIV. 

LES  VAISSEAUX  COUVERTS  D'ARDOISE. 

1  La  bergère  gardant  ses  moutons,      U  haut  sur  rherbetle*, 

2  La  bergère  gardant  ses  moutons,      itie  s'est  endormie. 
}  Le  premier  qui  vient  à  passer,      le  Bis  d'un  capitaine  : 
^  •  RéveilleZ'VOus,  belle,  si  vous  donnez,      je  vous  serai  fidèle. 
\  —  Pour  fidèle  je  n'en  suis  pas^,      je  suis  fille  abandonnèie. 

6  —  Mon  père  a  trois  vaisseaux  sur  mer,      ils  sont  couverts  d'ardoise. 

7  f  Y  en  a  un  qui  est  plein  de  diamants^      et  l'autre  de  farine, 

8  I  Y  en  a  un  qui  n'a  rien  dedans,      c'est  pour  moi  (et;  ma  mie** 
<)  I  Mettez  le  pied  dans  mon  vaisseau,      vous  verrez  l'ardoise.  » 

10  La  belle  n'a  pas  mis  le  pied  dedans,      le  vaisseau  l'emmène, 

1 1  «  Matelot,  charmant  matelot,      ton  vaisseau  m'emmène. 

12  —  Ça  n'est  pas  moi  que  je  le  fais  marcher,      c'est  le  vent  qui  souffle*.  » 


XV. 

LA  nLLE  JETÉE  A  LA  MER. 

1  Marion  se  promène      tout  le  long  de  la  mer, 
Marion  se  promène,      hélas  î      tout  le  long  de  la  mer. 

2  Ncn  voit  venir  une  barque      de  trente  mariniers. 
)  Le  plus  jeune  des  trente      chantait  une  chanson. 
4  ■  La  chanson  que  vous  dîtes,      je  la  voudrais  savoir. 
(  —  Rentrez  dans  notre  barque,      belle,  nous  vous  l'apprendrons.  • 

6  Ne  fut  pas  dans  la  barque,      qu'elle  s'est  mise  à  pleurer. 

7  «  Quoi  pleurez-vous,  la  belle,      qu'avez-vous  à  pleureri" 

8  —  Je  pleure  mon  cceur  volage,      galant,  vous  me  l'avez. 

9  —  Pleurez  pas  Unt,  la  belle,      car  nous  vous  le  rendrons. 

10  —  Ça  ne  peut  pas  se  rendre      comme  de  l'argent  prêté.  ■ 

1 1  La  prend  par  sa  main  blanche,      dans  la  mer  l'a  jetéV 

12  •  Chantez,  chantez  grenouilles,      vous  avez  de  quoi  chanter, 
I]  <  Vous  avez  de  l'eau  â  boire      et  ma  mie  i  manger^!  » 


1.  Var.  :  •  sur  l'ardoise,  i 

2.  Cet  hémistiche  que  je  n'essaye  pas  d'expliquer  m'a  été  dit  sur  différents 
points. 

j.  Var.  :  c  plein  d'argent,  i 

4.  Var.  :  ■  sera  pour  vous  ma  mie.  * 

{.  Chamalières,  Manannetle  Vmcent,  f*»*  Alibert.  Bien  que  ce  chant  m'ait  été 
dit  en  divers  lieux  par  divers  personnes  oui  s'arrêtaient  au  même  point,  il  paraît 
inachevé.  Cf.  Puymaigre,  107,  1^  FilUaa  princt:  Durieux,  Ch.  pop.  au  Cam- 
hriiUi  II,  î9,  C'^Jil  i>ij}itt  à  un  princt.  On  peut  voirunecertaine  .inalogie  dans 
le  chant  provençal  de  Huru  hu  malado.  Arbaud.  M,  lai. 

6.  Chamalières,  Manannette  Vincent,  f">»  Alibert. 


VIEILLES  CHANSONS   DU    VELAY    ET    DU    FOREZ  69 

XVI. 

L'AMANT  ET  LA  BAGUE. 

1  C'est  la  fille  d'un  prince,  tant  matin  s'est  levé', 
Tant  matin  s'est  levé'  Sur  le  bord  de  l'isle, 
Tant  matin  s'est  levé'  Sur  le  bord  de  l'eau, 

Tout  auprès  du  vaisseau. 

2  Nen  voit  venir  une  barque,      trente  soldats  dedans. 
}  Le  plus  jeune  des  trente      chantait  une  chanson. 

4  fl  La  chanson  que  vous  dites,      je  la  voudrais  savoir, 

5  —  Eutrez  dans  notre  barque,      belle,  nous  vous  l'apprendrons.  » 

6  Nen  fut  dans  la  barque,      le  chant  l'at  endormi'. 

7  Quand  la  belle  se  réveille,      elle  s'est  mise  à  pleurer. 

8  I  Que  pleurez-vous,  la  belle,      que  tant  vous  chagrinez? 

9  —  Hélas!  ce  que  je  pleure,      y  a  bien  de  quoi  pleurer  : 

10  I  Je  nen  pleure  ma  bague,      dans  l'eau  je  l'ai  tombé'! 

1 1  —  Pleurez  pas  tant,  la  belle  i      j'irai  vous  la  chercher,  a 
[  2  Le  galant  se  dépouille,      dans  l'eau  il  s'est  plongé  : 

1 5  La  première  fois  qu'il  plonge,      la  bague  il  n'a  touché; 

14  Le  second  coup  qu'il  plonge,      le  galant  s'est  noyé. 

i\  f  Oh  !  maudit  soit  la  bague,      mon  amant  s'est  noyé  !  *  • 

XVII. 
L'ÉPÊE  LIBÉRATRICE. 

1  La  fille  d'un  prince      tant  matin  s'est  levé'. 
Tant  matin  s'est  levé'      sur  le^ord  de  France, 
Tant  matin  s'est  levé'      sur  le  bord  de  l'eau, 

Sur  le  bord  du  vaisseau. 
Charmant  matelot  ! 

2  N'a  vu  venir  une  barque^      trente  garçons  dedans. 

3  Le  plus  jeune  des  trente      ne  chante  une  chanson. 

4  ■  La  chanson  que  vous  dites,      la  voudrais  bien  savoir, 
t  —  Entrez  dedans  la  barque,      mie,  vous  l'apprendrez.  • 

6  Quand  ne  fut  dans  ta  barque,      le  chant  l'at  endormi*. 

7  Quand  la  belle  se  réveille,      elle  ne  fait  que  pleurer. 

8  «  Hé  !  qu'avez-vous  la  belle,      que  tant  vous  souspîrez  ? 

9  —  Je  pleure  mon  père,      et  ma  mère-z-aussi. 

10  —  Ne  pleurez  pas  votre  père,       ni  votre  mère  aussi. 

I.  Marihes,  f*»*  Peyron.  — Cf.  Bujeaud,  II,  160.  Us  cUh  d'or  ;  II,  16},  La 
filU  du  roi  iPEspaene;  Champfleury,  21^,  Champagne,  Sur  le  bord  de  l'Ile: 
Puymaigre,  62,  L amant  noyé;  Beaurepaire,  ^,  L'anneau  d'or;  Gagnon,  j6, 
haUau  ry  promine  ;  208,  Citait  une  frégate. 


V.    SMITH 

11  —  Je  pleure  mon  cœur  volage,      galant,  vous  me  l'avez. 

12  «  Donnez-moi  votre  ipée,      galant,  si  vous  l'avez,  i 
1}  N'a  tiré  son  épée,      dans  son  sang  Ta  plongé'. 

Les  rapts  qui  hantaient  l'imagination  de  nos  pères  et  se  traduisaient  en 
leurs  chansons  n'étaient  pas  tous  l'oeuvre  de  la  séduction  et  de  ta  vio- 
lence et  ne  se  terminaient  pas  invariablement  par  des  fins  tragiques  et 
héroïques.  Il  en  était  que  les  dérobées,  oublieuses  de  toute  noblesse  et 
de  toute  vertu,  avaient  elles-mêmes  inspirés.  De  ces  rapts  consentis,  les 
uns  sont  d'une  légèreté  gaie  ;  d'autres,  d'un  blessant  cpisme.  Voici  un 
chant  où  l'égolsme  du  plaisir  se  manifeste  en  sa  férocité  la  plus  révol- 
tante :  on  le  prendrait  pour  le  début  d'une  complainte  de  parricide. 

XVIÏI. 
LA  FILLE  DE  L'HOTESSE. 

1  L'hôtesse  de  Saint-Flour      a  une  tant  belle  fille, 
Une  tant  belle  fille,      belle  comme  le  jour. 
Trois  soldats  de  Toulouse      lui  vont  faire  l'amour. 

2  Le  dimanche  matin,      passant  devant  sa  porte, 
Passant  devant  sa  porte,       lui  dit  :  •  Mie,  bonjour, 

■  Voulez-vous  pas  anaz  à  la  guerra,      à  la  guerra  iavec  nous?  * 

)  —  Attends  un  petit  peu,      ramasser  mon  bagage, 
f  Ramasser  mon  bagage,      et  puis  nous  partïroos, 

■  Nous  monterons  en  chaire,      comme  des  amoureux.  > 

4  En  son  chemin  faisant,      rencontre  la  servante^ 
Rencontre  la  servante  :       «  Servante  de  chez  nous, 
I  Disia  rien  z-à  mon  payra,      ni'  dius  de  la  maison.    ■ 

i  La  servante  en  entrant      lui  dit  :  •  Bonjour,  mon  maître,  » 
Lui  dit  :  <  Bonjour,  mon  maître,      votre  fille  s'en  va, 
fl  Avecque  trois  capitaines,      rejoindre  le  combat.  > 

6  Le  père  en  despérant      s'en  va  brider  sa  mule, 
S'en  va  brider  sa  mule,      et  puis  ille  s'en  va, 
Va  rejoindre  sa  fille      sur  le  pont  de  Vignon. 

7  De  si  loin  qu'il  l'a  vu'  :      c  Arrête  capitaine  t 


1.  Fraisses.  i868.  Marie  Jacquet,  !■•  Moll,  octogénaire.  —  Cf.  Bujcaud.  II, 
177,  La  filU  tirs  Sables:  Beaurepaire,  Le  beau  marimir.  Dans  an  cadre  dilTérent, 
une  chanson  du  pays  messin  présente  un  même  dénoûment  :  Puymaigre,  95, 
La  plh  du  pJtissier 

voyez  aussi  les  leçons  pîémontaise  et  monferrine,  la  première,  donnée  par 
Nigra,  sous  le  litre  :  (/  Corsaro,  en  son  recueil  Canzoni  poyolari  Jd  Pumonte;\a 
seconde,  donnée  sous  le  même  titre,  par  Ferraro. 

2.  Pour  «  i  deiodîus,  »  à  personne. 


VIEILLES   CHANSONS   DU    VELAY    ET   DU    POREZ  J] 

4  Arrête  capitaine  t      je  veux  le  dire  ua  mot, 
(  Tu  me  rendras  ma  fille,       la  belle  Jeanneton.  i 

8  La  Jeanneton  n'a  dit  :      «  I  faut  tuer  mon  père; 

■  I  faut  tuer  mon  père,      le  jeter  sous  le  pont  : 
•  De  l'argent  de  la  mule      nous  en  divertirons*,  i 

Heureusement  quelques-uns  de  ces  rapts  consentis  ont  une  terminaison 
moins  barbare.  Trois  soldats  enlèvent  une  fille,  la  mère  pleure,  la  fille  la 
console  en  lui  disant  qu'il  n'y  a  pas  de  quoi  pleurer  ;  elle  ne  va  pas  plus 
loin  que  Lyon;  elle  sera  maîtresse  chez  elle,  elle  aura  tomes  les  clefs  et 
balaiera  sa  chambre  avec  un  joli  balai. 

XtX. 

Elii  vé  le  pont  de  la  Sainta  *, 

O  la  lan  de  riiaîne  ! 
Y  aia  tri  dzenta  m^sou. 

O  lan  la  de  riiou  ! 

1  Y  aia  trè  dzenta  fillouna,      tré  dzenta  couma  le  dzou, 
j  Una  perdessus  las  aulra,      la  noumave  Dzanetou 
4  Chi  H)un  paëra  la  peignava       o  'na  peigna  d'ardzentou, 
(  Chi  sa  maêra  la  cocffava      o  'na  coéffa  da  velou. 

6  «  Chi  lou  soudar  ce  passavan,      rottbaian  la  Dzanetou!  > 

7  N'aguèran  pas  gui^  paraula.      lou  soudar  per  la  mésou. 

8  fl  Ne  plourez  pas  tant,  ma  maèra,      me  vo  ma  dzusqu'i  Lyou, 

9  ■  Chéraî  maistre  gouvernants,     tirarai  ta  cla  de  tout, 
10  I  M4  balyerai  ma  tsambra 

«  0  la  lan  de  htaine! 

■  Obe  dzenti  balyou. 
«  O  lan  la  de  ritoo^  I  • 

Je  voudrais  pouvoir  ajouter  une  autre  chanson  de  rapt  sans  violence 
qui  se  chante  non-seulement  en  Velay  et  en  Forez,  mais  encore  en  Pro- 
vence *  et  en  Piémont*';  la  leçon  que  j'en  ai  est  trop  altérée  pour 
que  je  puisse  l'insérer  ici.  Cette  fois  nous  n'avons  plus  affaire  à  des  soldats 
que  rien  n'arrête,  mais  au  fils  d'un  grand  seigneur  plus  discret  et  plus 
délicat.  Ce  jeune  homme  fouille  un  buisson  de  la  pointe  de  son  épée,  un 


1.  Vorey.  Sophie  Foarigoule. 

2.  Pont  sur  le  Lignon  du  Velay,  entre  Yssingeaux  et  Montfaucon. 

f.  Pour  •  dit  ■  mih  «  dit  »  ne  rendrait  pas  le  son  pJïois  du  mot,  c'est  gai 
qui  eit  récriture  ta  plus  approximative  du  son  ;  on  ccule  sur  \'u  comme  dans  ijui. 
4.  Les  BeauY,  près  Yssmgeaux,  Madeleine  Saby. 
(,  Arbaud,  II,  97,  Lou  ru  a  soun  pagi. 
6.  Nigra,  178,  ù  Fof^a. 


72  V.    SMITH 

cri  s'en  échappe  :  *>  Pourquoi  toucher  à  mon  abri  ^  »  dit  la  douce  voix 
d'une  bergère.  Le  cavalier  regarde  et  voit  devant  lui  une  jeune  fille  dont 
l'âge  tendre  le  retient.  «  Si  tu  étais  moins  jeunette,  lui  dit-il,  je  t'emmè- 
nerais avec  moi.  n  «  Je  suis  comme  l'herbette,  réplique  la  bergère,  je 
crois  la  nuit  et  le  jour.  »  Enhardi  par  cette  réponse,  le  fils  du  seigneur 
ordonne  à  son  page  de  prendre  en  selle  la  bergère  derrière  lui.  Le  page 
obéit,  et  la  bergère  à  peine  en  selle,  il  n'a  rien  de  plus  pressé  que 
de  la  courtiser,  si  bien  que  la  chanson  doit  finir  par  un  rappel  à  Tordre  : 
"  Tout  beau  !  tout  beau,  le  page  !  cric  son  maître,  ce  n'est  point  pour 
vous  cela,  c'est  pour  quelqu'un  qui  porte  chausse  rouge  et  pourpoint  de 
velours!  « 

La  distance  n'est  pas  grande  de  ces  chants  de  rapts  volontaires  à  ceux 
qui  vont  nous  montrer  des  jeunes  filles,  de  concert  avec  un  amant  inopi- 
nément retrouvé,  désertant  le  couvent  où  les  avait  renfermées  la  volonté 
paternelle,  ou  que,  lasses  d'une  trop  longue  attente,  elles  avaient  elleâ- 
mémes  choisi  pour  asile 


XX. 

LE  JARDINIER  ET  LA  JEUNE  SŒUR. 

j  I  Oh  <  si  mon  père,  oh  st  ma  mère      savaient  que  je  parie  aux  amants, 
t  Ils  me  feraient  sans  plus  attendre      renfermer  dedans  un  couvent.  ■ 

2  Ce  qu'ille  n'a  dit  n'a  pas  manqué,      dans  le  couvent  fut  renfermé', 
A  quatre  cent  lieues  de  la  viile,      i  l'abbesse  l'ont  recommandé*  : 

•  Ayez  bien  soin  de  notre  fille,      qu'aucun  amant  vienne  lui  parler.  • 

)  Le  garçon  sjit  son  métier,      s'est  habillé  en  |cun'  jardinier, 
A  la  porte  du  couvent  il  s'adresse,      à  l'abbesse  demande  à  parler. 
Il  savait  bien  que  sa  maîtresse      était  dans  la  communauté. 

4  La  mère  abbesse  vient  lui  parier;       le  jeune  homme  demande  à  travailler. 

■  Entrez,  entrez,  garçon,  brave  homme,      entrez  dedans  notre  abbay': 

•  Vous  cueilttrez  tes  belles  roses,      que  notre  jardin  produit.  » 

{  La  mère  abbesse  va  se  promener,      la  jeune  fille  à  son  câté. 

■  Quel  accent*  oh!  il  travaille!       belle,  demandez-lui  une  fleur.  • 
La  belle  et  le  monsieur,       tous  deux  n'ont  changé  de  couleur. 

6  Tout  en  prenant  le  bouquet,      lui  dit  :  i  Vous  viendrez  me  trouver, 

•  A  minuit, dedans  ma  chambre,      prendrai  mes  habillements; 

I  Sans  dire  adieu  1  mes  compagnes,      nous  irons  abattre^  les  champs*,  i 


1.  Avec  Quel  courage. 

2.  Pour  battre;  voyez  au  sujet  de  l'apposition  de  \*a  devant  certains  mots, 
Romania,  IV,  ii  i,  note  i. 

).  Vorey.  Rosalie  Farigoule.  —Cf.  Paymaigrc,  jg,  L'cnlhcment. 


VIEILLES   CHANSONS   DU    VELAY    ET    DU    FOREZ 


73 


XXI. 
LE  SOLDAT  AU  COUVENT. 

f   t  h  suis  tillett«sans  amant,      seutette  depuis  quelque  temps; 

•  Mon  amant  est  allé  en  FLindre,       joindre  son  joli  régiment, 

■  Et  mui  6llette,  pour  l'attendre» 

2  ■  Si  mon  amant  reste  long-temps, 

■  Dans  on  couvent  de  religieuses, 

*  Et  j'en  serai  la  bien  heureuse, 

}  Mais  au  bout  de  six  ans  au  plus, 
S'en  va-z-au  logis  de  son  père, 


souffre  pour  lui  mille  tourmeots. 

je  m'en  irai  dans  un  couvent, 
sans  profiter  de  ses  amours, 
pendant  le  restant  de  mes  jours,  i 

son  cher  amant  est  revenu, 
lui  fait  présent  de  son  salut, 


En  disant  :  <  06  est -elle  ma  maîtresse.      celle  que  mon  ctrur  aime  tani^ 

4  —  Celle  que  votre  cœur  aime  tant,      s'est  en  allé'  dans  un  couvent, 

>  Dans  un  couvent  de  religieuses,      sans  profiter  de  vos  amours, 

N  Elle  en  sera  la  bien  heureuse,       pendant  le  restant  de  ses  )Ours.  • 

\  Mais  le  galant  se  prend,  s'en  va       tout  droit  i  la  porte  du  couvent, 
De  son  pied  droit  frappe  la  porte  :       ■  Qu'on  vienne  m'ouvrir  prompte- 

[ment, 
«  Et  qu'on  m'amène  ma  maltresse,      celle  que  mon  cœur  aime  tant!  ■ 

6  La  mère  abbesse  sort  du  couvent,      vient  lui  ouvrir  bien  promptement. 

<  Bien  le  bonjour,  mère  l'abbesse;      laisseriez -vous  pas  me  parler 
4  A  une  jeune  saur  novice,      qu'elle  est  entré'  le  mois  passée 

7  —  Retirez-vous,  séchez  vos  pleurs,      nous  recevons  point  des  scrvitetirs; 
t  Ah!  puisque  c'est  votre  maîtresse,       qu'elle  est  ici  dans  notr'  convent, 

<  H  faudra  bien  qu'elle  y  reste,      malgré  son  mécontentement. 

5  —  G  mère  abbesse,  prenez,  pitié,      je  viens  du  service  du  roi. 

■  Ah  I  je  sais  bien,  faut  qu'elle  y  reste,       puisqu'ellecst  soumise  à  vos  lois: 
«  Auparavant  que  je  m'en  aille,      je  veux  la  voire  une  autre  fois.  » 

9  La  mère  abbesse  n'a  pris  pitié,      la  jeune  sceur  n'at  appelé'. 

Le  voile  blanc  dessur  la  tète,      levant  les  yeux,  versant  des  pleurs  : 

•  Galant,  si  j'en  suis  religieuse,      c'est  vous  qui  en  êtes  l'auteur.  • 

10  Mais  je  lui  ai  dit  par  trois  fois:       <  Belle,  donnez-moi  votre  doigt: 

•  La  bague  d'or  que  je  vous  donne,      c'est  une  marque  de  ma  foi, 
c  Et  jamais  j'en  aimerai  d'autre;      la  belle,  souvenez  de  moi.  * 

1 1  En  lui  donnant  la  bague  d'or,      le  fpune  amant  n'est  tombé  mort. 

•  Ouvrez,  ouvrez  vite  la  porte.      )C  veux  le  couronner  de  fleurs.  » 
Aussitôt  le  galant  se  lève,      n'at  emmené  la  jeune  sceur. 

I  a  La  mère  abbesse  lui  court  après,       la  jeune  SŒur  n'at  appelé. 

>  Adieu,  adieu  la  mère  abbesse,      adieu,  adieu,  c'est  pour  toujours. 

•  Si  j'emmène  ma  maîtresse,      avec  elle  finirai  mes  jours.  *  ' 


I.  Les  Beaux  près  Yssingeaux^  Solier  fils.  Cf.  Puymaigre,  ju  i*amaiit  fi4Ue. 
-  Une  ch<iBson  sur  le  même  sujet  a  été  envoyée  au  Comité  de  la  langue  par 


74  V.    SMITH 

Les  évasions  de  prison  ont  inspiré  quelques  chansons  où  se  déploient 
les  ruses  et  les  dévouements  féminins. 

XXIl. 
LE  PAGE. 

1  Dessus  le  pont  de  Nantes,      tout  en  me  promenant, 
J'ai  rencontré  ma  mie  :      la  voulant  caresser, 

La  justice  de  Nantes      m'a  rendu  prisonnier. 

2  Quand  la  belle  entend  dire      que  son  amant  est  pris, 
Elle  s'habille  en  page,      en  page  fort  joli  ; 

Dans  la  prison  de  Nantes,      la  belle  s'y  rendit. 

3  Quand  elle  fut  à  la  porte,      trois  coups  de  pied  h'appa. 
I  Madame  la  geôlière,      aurais-je  permission 

<  Pour  aller  voir  mon  maître      qui  est  dans  la  prison  ? 

4  —  Par  votre  belle  grâce,      belle,  vous  y  entrerez. 
«  Faites  parole  courte      à  tous  ces  prisonniers  ; 

c  Dans  un  petit  quart  d'heure      on  viendra  les  juger.  • 

(  Quand  la  belle  bit  entrée      elle  s'est  mise  à  pleurer. 
I  Quitte  tes  habits  vite*,      prends  les  miens  promptement, 
c  Et  mon  cheval  de  poste      qui  va  comme  le  vent. 

6  —  Comment  ferai,  la  belle?      partout  jen  suis  connu. 

—  Tiens  ta  tête  baissée,      marche  modestement, 

c  En  passant  par  les  rues,      ne  reste  pas  long-temps.  • 

7  Et  à  bout  d'un  quart  d'heure,      la  belle  fut  jugé' 
D'être  pendue,  brûlée,      au  milieu  du  marché, 
Dans  la  place  de  Nantes  ;      la  belle  fut  jugé'. 

8  f  Messieurs  de  la  Justice,      avez'vous  permission 
I  De  juger  une  fille      habillé'-z-en  garçon? 

9  —  Si  vous  et'  une  fille,      nous  le  voulons  savoir. 

—  Oui,  fille,  j'en  suis  une,      d'une  riche  maison, 

f  Fille  d'un  gentilhomme,      Madelon  c'est  mon  nom.  > 

10  En  passant  par  les  rues,      elle  s'est  mise  à  chanter  : 

<  Je  m'en  fous  bien  des  juges,      de  ces  bonnets  quarrés; 

<  Par  l'amour  d'une  fille      j'ai  mon  amant  sauvé^.  » 


l'inspecteur  primaire  de  l'arrondissement  de  Rambouillet.  Voyez  les  procès- 
verbaux  du  Comité,  année  iSjt,  séance  du  1 1  décembre. 

Le  lecteur  a  été  déjà  frappe  des  rapports  de  notre  chanson  avec  la  com- 
plainte A* Henriette  et  Damon  qu'a  vulgarisée  l'imagerie  populaire. 

r.  Variante  :  Quitte  tes  habits  rouges. 

2.  Vorey,  Marie  Chabrier-Chastel.  —  Cf.  Puymaigre,  ji,  t'Ëvasion. — Nous 
trouvons  dans  notre  pavs  et  on  trouve  dans  l'ouest  de  la  France  (Buieaud,  II, 
204)  un  chant  qui  a  ae  l'analogie  avec  celui  ci-dessus.  Une  jeune  fille  obtient 
du  geôlier  qu'elle  entrera  i  la  prison  pour  voir  son  amant  condamné  à  mort. 


VIEILLES   CHANSONS   DU    VELAY    ET    DU    FORIZ  7$ 

XXIII. 
LA  FILLE  DU  GEOUER. 

1  CèU\t  la  6lle  du  geôlier,      qu'elle  éUit  si  belle, 
Elle  est  bette  comiac  le  jour,       un  prisonnier  i  fait  l'amottr. 

2  S)  ta  belle  se  prend,  s'en  va,       eltc  s'en  va  chez  son  père: 
Sur  le  traversin  de  son  lit*,       la  clef  de  la  prison  n'a  pris, 

I  La  clef  de  la  prison  n'a  pris,      s'en  va-z-ouvrir  la  porte  : 
4  Sortez,  cher  amant,  de  prison,      voilà  la  porte  en  abandon. 

4  —  D'ta  prison  j'en  sortirai  paSj      Françoise,  belle  Françoise, 
f  De  la  prison  j'en  sortirai,      si  mon  procès  était  jugé.  » 

5  Tout  en  parlant,  tout  en  devisant,      on  voit  venir  le  juge. 
Accompagné  d'un  grand  prévAt,      irol-t  cavaliers  et  les  bourreaux. 

6  A  leun  genoux  elle  s'est  jeté'  :       ■  Ayez  pilié  du  prisonnier  I  • 

7  Le  juge  la  prend  par  la  main  :       •  Rel*ve-loi,  Françoise, 
«  Il  eu  jugé,  il  en  mourra  :       un  autre  amant  tu  nen  feras. 

8  — Prenez  l'anneau  que  {'ai  au  doigt;       vous  n'aimerez  un  autre  que  moi. 

9  —  Pour  d'autre  amant,  je  n'en  veux  plus,       Pierre,  mon  tendre  Pierre, 
<  Pour  d'autre  amant^  |e  n'en  veux  plus,      je  n'en  veux  pas  un  autre 

Ique  vous.  » 

10  Tout  en  montant  sur  Téchaffaud,      Pierre  s'aperçoit  Françoise, 
Le  patient  dit  au  bourreau  :       c  Couvrez  ma  mie  de  mon  manteau.  ■ 

1 1  Le  |uge  n'en  fut  si  touché      de  voir  un  amour  si  tendre  : 
•  Hé!  qu'on  les  aille  marier,      que  s'en  entende  plus  parler!'  •• 

VARIANTE. 

I  Ohl  c'est  la  fille  d'un  geôlier,      oh  I  grand  Dieu,  qu'elle  est  bellel 
Elle  est  si  belle  que  le  jour,      que  prisonnier  lui  fait  la  cour. 

a  Si  la  fitte  s'en  va,      s'en  va  trouver  son  père, 

■  Pérc,  donnez-moi  ce  garçon      qu'il  est  là  bas  dans  la  prisoo.  t 

}  Son  père  lui  répond  :       ■  Françoise,  ma  doux  Françoise, 
«  Enfin  tu  le  demanderas      pour  la  tristesse  et  tu  l'auras.  » 

A  peine  entrée,  elle  change  avec  lui  de  vêtements  et  l'amani  quitte  la  prison.  Le 
lendemain,  quand  les  somats  vont  fouiller  le  condamné,  ils  s'aperçoivent  qu'ils 
ont  devant  eux  une  fillo,  et  le  capitaine  ordonne  sa  mise  en  liberté.  Ce  chant 
peut  présenter  une  donnée  d'une  certaine  ancienneté,  mais  il  est  revêtu  d'une 
forme  relativement  récente«et  l'air  langoureux  sur  lequel  il  se  chante  appartient 
aux  ronianccî  modernes. 

1.  Var.  ;  •  n'a  trouvé  son  père  endormi.  ■ 

a.  Vorejf,  Marie  Chabrîer-Chastel.  —  Cf.  Marmier,  version  franc-corototse 
insérée  dans  la  préface  des  CA.  fjop.  du  NorJ,  p-  Ji;  Puymaigre,  49,  Le  Pn- 
lonnicr  dt  ta  nlle  de  Nantes  .  Duneux.  II,  42,  Oam  les  prisons  de  NinUs  ;  GagDOn, 
26,  Oùtts  Us  priions  de  N<intes. 


76  V.    SMITH 

4  Si  la  fille  s'en  va,      s'en  va  trouver  le  juge, 
Mais  si  n'a  mis  genoux  enterre  :       c  Prenez  pitié  du  prisonnier'!  1 

)  Le  juge  lui  répond  :      «  Françoise,  ma  doux  Françoise, 
4  Mais  ce  garçon  à  nous  n'est  pas,      il  est  jugé,  il  n'en  mourra.  > 

6  Si  la  Bile  s'en  va,      s'en  va  trouver  son  père, 

Mais  s'ill'  t'a  trouvé  z-endormi,      les  clefs  de  la  prison  n'a  pris. 

7  Si  la  fille  s'en  va,      s'en  va  z-ouvrir  tes  portes, 

f  Ctier  amant,  sortez  de  prison,      les  port*  i  sont  en  abandon.  ■ 

8  Le  garçon  lui  répond  :      t  Françoise,  ma  doux  Françoise, 

*  Mourir  ici,  mourir  ailleurs,      il  faut  mourir,  c'est  pour  ton  cœur.  > 

9  N'eût  pas  fini  ces  mots      que  les  juges  arrivent. 
Mais  le  bourreau      avecque  son  grand  couteau 
Qui  n'a  salué  le  prisonnier. 

10  Quand  la  belle  n'a  vu  cela,      la  belle  n'a  tombé  morte. 

fl  Couvrissez-Ia  de  mun  manteau      et  mettez-ta  dans  mon  tombeau  !  > 

1 1  Le  juge  la  prend  par  ta  main  :       «  Relève-toi,  Françoise! 

fl  Puisque  ce  sont  des  amoureux,      les  faudra  marier  tous  deux  '.  d 

La  ruse  et  l'amour  de  la  femme  se  trahissent  encore  avec  plus  de  puis- 
sance dans  ces  chansons  où,  pour  se  réunir  à  son  amant,  elle  use  de  la 
plus  savante  des  métamorphoses,  en  feignant  la  mort. 

XXIV. 
LA  FILLE  DANS  LA  TOUR. 

1  Là  haut,  là  haut,  dedans  la  tour,      y  a  une  princesse  qui  a  mes  amours. 

2  Elle  se  voulait  marier,      son  père  la  veut  empêcher. 

3  Son  père  va  trouver  le  geôlier  :       ■  Mettez  ma  fille  dans  ta  tour, 

4  Dans  la  plus  basse  des  atours,      qu'elle  ne  voie  ni  soleil,  ni  jour.  » 
j  Sept  années  y  a  demeuré,      sans  personne  l'aller  visiter. 

6  Et  au  bout  de  sept  anspassés,      son  père  la  va  visiter.  [mal; 

7  f  Bonjour!  ma  fille,  comment  ça  va  ?      —  Hélas!  mon  père,  ça  va  très 

8  a  J'ai  un  c6té  mangé  des  vers,      mes  pieds  sont  pourris  par  les  fers. 

9  ■  Mais,  mon  père,  n'auriez-vous  pas      quatre  ou  cinq  sous  à  me  donner? 

1 0  ■  Nous  les  donnerons  au  geôlier,     qu'il  me  desserre  un  peu  mes  pieds. 

11  —  Oh  oui  !  ma  fille,  nous  en  avons      et  des  cinq  sous  et  des  millions, 

12  ■  Et  des  millions  à  te  donner,      si  tes  amours  veulent  changer. 

1 }  —  Avant  de  changer  mes  amours,  j'aime  mieux  mourir  dans  la  tour. 
14  —  Dedans  la  tour  tu  pourriras,  point  de  cinq  sous  tu  n'auras  pas.  > 
I }  Son  cher  amant  *  passant  par  là,      une  lettre  lui  jette  en  bas, 


1 .  Var.  :  ■  Bien  de  bonjour,  juge  enginié,      ayez  pitié  du  prisonnier  ! 

2.  Chamalières,  Mariannette  Vincent. 

J- 

sais 


2.  Cnamahères,  Mariannette  Vincent. 

j.  Une  variante  dit  :  comte  (TEstaing;  d'autres  disent,  sans  se  préoccuper  du 

ts  de  la  légende,  le  roi  Loais.  Comme  je  demandais  à  l'une  des  chanteuses 


VIEILLES   CHANSONS    DU    VELAY    ET    DU    FOREZ 

lé  Et  il  lui  a  mis  par  écrit  ■       ■  Faites  la  morte  enseveli'.  » 

17  La  belle  est  morte,  c'est  fini,      il  faut  l'aller  enseveli. 

18  1)  laut  l'aller  enseveli      dans  la  chapelle  de  Saint  Denis. 

19  QH^^^"^^  prêtres  et  trente  abbés      portent  la  belle  enterrer. 

20  <  Arrête,  prêtre'  arrête,  abbé  I       c'est  ma  mie  que  vous  portez.  • 

21  Avec  un  couteau  d'argent  6n       i  n'a  coupé  le  drap  de  lin. 

as  N'en  prend  sa  mie  par  le  bras;       1  Allons,  la  belle, lève-toi, 
2}  f  Nous  irons  dans  le  régimenl  *,       trouverons  des  habillements'. 


77 


pourquoi,  ao  lieu  de  son  ch<r  amanl^  elle  disait  :  le  roi  touu,  elle  me  répondit  : 
•  Nous  avons  l'habitude  de  mettre  des  rois  dans  les  chansons,  ça  les  rend  plus 
brillanles.  b 

I.  Var.  :  «  Et  nous  irons  au  logement.  •  La  plupart  des  chanteuses  s'arrêtent 
i  cette  brusque  fin  •  Et  nous  irons  au  logement,  trouverons  des  habille> 
ments.  *  Quelques-unes  cependant  closent  ainsi  la  chanson  . 

Son  père  s'est  mis  i  crier  :       «  Ho  !  qu'on  tes  aille  marier  1 
Ho!  qu'on  les  aille  marier!      que  j'en  n'entende  plus  parler.  • 

a  Vorey,  Marie  Chabrier-Chaslel.  —  Ci.  Ampère,  Inutuctionz,  j8,  Auver- 
ane;  Max  Buchon,  82.  Franche-Comté;  Puymaigre,  46.  pays  messin;  Gérard 
de  Nerval,  Bohême  galante,  70;  FiUcs  Jufiu,^%,  Ile-de-France. 

Dans  les  FtlUi  du  feu  (Paris,  18^6)  I  éditeur  a  a(outê  comme  appendice  à 
SWru,  —  la  charmante  nouvelle  publiée  par  la  Revut  Ja  Dtux-Monâes  du  1  \  août 
lo^î,  —  un  article  intitulé  :  Chantons  et  UgtnJci  du  Valoit.  Gérard  de  Nerval  jr 
parle  de  ta  chanson  du  roi  Lo)i  iuolrt  Ftlle  dans  la  Tout)  dont  il  avait  deux  fois 
déji  reproduit  des  fracmcnts.1l  dit  que  la  ballade  a  une  seconde  partie  où  l'on 
von,  par  le  olus  imprévu  des  retours,  la  femme  si  dévouée  à  son  amant  ne  plus 
l'aimer  une  lois  qu'elle  l'a  épousé,  et  s'en  délîVrer  en  le  foisant  choir  dans  leau 
on  ^ur  qu'il  péchail. 

Selon  toute  apparence,  l'article  de  Gérard  de  Nerval  est  postérieur  i  la  publi- 
Ulion  des  Instructions  d'Ampère  loclobre  iS^j).  et  cesl  sans  doulc  dans  ses 
instructions fCB  lisant  le  Beau  Dion,  légende  d'Auvergne  communiquée  au  Comité 
par  Mérimée,  que  Gérard  de  Nerval  aura  découvert  la  seconde  partie  du  roi 
LoTJ,  si  différente  de  la  première. 

Le  Beau  Dion  présente  en  effet  deux  parties.  Les  quatorze  premières  strophes 
ne  sont  qu'une  variante  du  rui  Loys  ou  de  la  Fille  dans  la  Toar,  les  dix  dernières 
forment  la  variante  d'une  chanson  spéciale  qu'on  trouve,  pour  ne  parler  que  de 
la  France,  en  Velay,  en  ForcE,  en  Lyonnais,  dans  le  Poitou,  l'Aunis  et  le  pays 
messin  iChampfleury,  171;  Bujeaud,  II',  252;  Puymaigre,  98). 

D'autre  part,  chez  tous  les  collecteurs  qui  donnent  la  Ftlle  dans  la  Tour^  la 
légende  finit,  comme  en  Velay  et  en  Forez,  par  un  mariage.  Celte  chanson  ne 
s'est  pas  transmise  seulement  dans  le  peuple  et  par  tradition  orale,  il  en  a  été  fait 
à  une  époque  que  je  ne  saurais  désigner,  car  je  ne  suis  pas  bien  sûr  que  ce  ne 
soit  une  imitation  artificielle  d'un  vieux  chant,  une  rédaction  littéraire  à  l'usage 
des  classes  supérieures,  et  cette  rédaction  se  termine  correctement,  lociqueraent, 
par  un  mariai^e,  ainsi  qu'après  les  épreuves  subies  par  ses  héros  se  dot  tout  bon 
conte  de  lée  (Ralhery,  (Ournal  le  Moniteur^  26  août  iSjj). 

Que  Mérimée,  voyageant  avec  la  rapidité  d'un  touriste  et  crayonnant  au 
vol  lei  couplets  d'un  laboureur,  ait  entendu  la  chanson  du  Beau  Dion  telle  ou'ïl 
la  donne.  c'e>t  possible.  Un  certain  nombre  de  nos  chanteurs  ne  se  guident 
nullement  sur  la  pensée,  ils  chantent  tant  qu'ils  ont  du  soutÛe.  Ils  ne  font  de 
pause  B) devant  le  rhylbme,  ni  devant  l'air  oui  change.  Ils  chantent,  cela  leur  suffit. 
Si  Mérimée  eût  eu  le  loisir  de  prendre  des  variantes,  il  se  :ût  ravisé,  et  ce 
ou'tt  a  doQLé  comme  un  chant  unique,  soumis  au  même  rhythme,  il  l'c&t  sans 
Joute  écrit  d'une  autre  façon  et   nous  eût  présenté  non  pas  un  chant  à  deux 


yS  V.    SMITH 

Une  variante  du  Roannais  est  moins  énergique  mais  un  peu  plus  déve- 
loppée que  la  leçon  vellavienne  qui  précède. 

t  Là  bas,  \k  bas,  dedans  la  tour,       une  princesse  a  mes  amours. 
Elle  a  bien  tant  voulu  m'aimcr,       que  son  père  la  tîi  renfermer. 

2  Ah  !  il  y  3  bien  cinq  à  six  ans,      que  la  belle  est  Fermé'  dedans. 
Au  bout  de  la  septième  année,      son  père  vînt  la  visiter. 

j  f  Bonjour,  ma  fille,  comment  ça  va  r      —  Oh  !  mon  papa,  ça  va  très-mal  ; 
c  J'ai  mes  côtés  remplis  de  vers      et  mes  pieds  pourri:';  dans  les  fers. 

4  c  Oh!  mon  papa,  si  vous  aviez      cinq  cents  louis  h  mî  prêter, 
•  Je  les  donnerais  au  geôlier,      qu'il  m'arrache  les  fers  des  pieds. 

)  —  Oh  )  ma  fille,  nous  en  avons      plus  de  cinq  cents,  plus  d'un  million  ; 
«  Si  vos  amours  veulent  changer,      bientôt  |e  vous  en  sortirai. 

6  —  Oh  !  mon  papa,  \e  ni  veux  pas.      j'aime  mieux  mourir  dans  la  tour, 

■  J'aime  mieux  mourir  dans  la  tour,      que  d'abandonner  mes  amours. 

7  —  Dedans  la  tour  tu  resteras,      dedans  la  tour  tu  mouriras, 

a  Dedans  la  tour  tu  resteras,      si  tes  amours  ne  changent  pas.  ■ 

8  Son  cher  amant  vient  à  passer,      une  lettre  lui  a  donné. 

(  Faites  la  morte  enseveli'.       que  l'on  vous  porte  i  Saint  Denis.  * 

9  A  lait  la  morte  enseveli',      on  l'a  porté'  à  Saint  Denis. 

Y  avait  cent  prêtres,  autant  d'abbés,      portant  la  princesse  enterrer. 

10  Son  cher  amant  vient  k  passer  :       «  Arrête,  prêtre!  arrête^  abbé! 
Puisque  ma  mie  est  trépassé',      permettez-moi  de  l'embrasser,  a 

11  11  en  a  pris  son  couteau  d'or      pour  coupier  ce  drap  de  mort. 
Le  drap  ne  lut  pas  décousu,      que  la  belle  s'est  reconnu'. 

12  11  prend  sa  mie  k  sa  brassé',      dans  son  carrosse  il  l'a  monté'. 
Et  les  abbés  bien  étonnés      de  voir  la  princesse  enlevé'. 

1 1  Voili  comment  dirent  les  abbés  :       «  Oh  I  la  grande  chose  que  d'aimer  I 

■  Nous  portions  la  belle  enterrer,      A  présent  il  faut  la  manerV  t 

XXV 

LA  MARIÉE  A   CONTRE-GRÉ 

1  Venez  pour  entendre  chanter,       petits,  femmes  et  filles: 

Une  fille  qui  avait  deux  amants,       l'un  est  pauvre  et  l'autre  opulent. 

2  Le  pauvre  c'est  un  joli  garçon,       bien  aimé  de  la  fille, 

Ll-  riche  c'est  un  vieux  grison,       qui  en  a  bien  l'air  si  vile. 
Son  père  lui  dit  :  i  Tu  l'épouseras      ou  renfermé'  tu  seras.  » 


&ces  qui  se  narguent  l'une  l'autre,  mais  deux  chants  distincts. 

Cette  division  du  chant  du  Buu  Dion  sur  laquelle  |e  viens  d'insister,  a  déjà 
été  indiquée  par  M.  Gaston  Paris  \Rcvae  critiau£,  i866,  t.  II,  p.  290);  je  n'ai 
fait  que  développer  ici  les  motifs  qui  doivent  la  faire  admettre. 

1.  Saint'Prtest-la-Roche,  femme  Dalmais. 


VIEILLES   CHANSONS  DU    VELAY    ET   OU    FOREZ  79 

;  A  bout  de  deux  mois  marié*,      elle  en  tomba  naïade, 
Elle  en  tomba  z-eo  lédanger      qu'on  la  croyait  bien  morte; 
C'estun  or^e  qu'on  a  fait  célébrer*,      le  même  jour  qu'elle  fut  enterré'. 

4  Le  môme  jour  qu'elle  fut  enterre',  son  cher  amant  arrive, 
Chargé  de  pirrr'  et  de  diamants  :  pour  lui  quelle  surprise 
De  oe  pas  voir  sa  charmante  beauté,      auquelle  son  cœur  avait  tant  désirél 

(  Le  garçon  s'en  va  chez  le  fosseur  :       •  Fos$eur,  vous  et'  en  place, 
<  Vous  avez  vingt  louis  à  gagner      pour  me  taire  une  grâce,     [désiré.  » 
€  Me  hure  voir  ma  charmante  beauté      auquelle  non  oceur  avait  tant 

6  Le  (ossear  pour  gagner  cet  argent,      pendant  la  nuit  obscure', 
Prit  sa  lanterne,  y  conduit  l'autre  amant,      ouvrir  la  sépléture. 

7  Mats  si  l'attire  entre  ses  deux  bras,      si  ratiirc  hors  déterre; 
On  la  conduit  chez  un  vigne,       qui  n'en  fut  bien  servie, 
A  bout  de  deux  mois  en>aprè$,       i  fut  guéri'  d'une  parfaite  santé. 

8  A  bout  de  deux  mois  en-aprcs,       se  promenant  sur  la  place, 
EP  rencontre  ce  vieux  gnson      qui  en  a  bien  l'air  si  vile.  [l'avez, 
fl  Si  ma  femme  n'était  pas  enterré',       je  vous  dirai,  Monsieur,  que  vous 

9  —  Oh  oui  '  je  l'ai-t-assurémenl,      )e  l'ai  tiré'  hors  d'terrc, 

«  Par  la  vertu  du  grand  Dieu  tout  puissant      de  qui  j'en  serai  maître.  * 
Cest  pour  apprendre  aux  pères  dénaturés      à  marier  les  enfants  qu'i 

fleur  gré*. 

Six  chansons  élégiaques  cloront  ce  petit  recueil.  Deux  d'entre  elles, 
Pernttte  et  U  Claire  Jontaine,  sont  très-connues.  Malgré  le  peu  de  diffé- 
rence qui  existe  entre  nos  leçons  et  celles  qui  ont  déjà  été  maintes  fois 
publiées,  nous  avons  pensé  que  ces  plaintifs  couplets  ne  seraient  pas  relus 
sans  intérêt,  A  côté  d'eux  ei  ouvrant  cette  courte  série,  nous  avons  placé 
les  débris  d'une  chanson  française  aujourd'hui  presque  oubliée  et  digne 
pourtant  de  survivre.  Son  dialogue  final  entre  une  jeune  fille  et  un  arbre 
â  fleurs,  où  se  peint  la  fi'agilité  des  plus  doux  sentiments  et  des  plus  belles 
choses,  nous  a  permis  de  classer  cette  chanson  au  nombre  des  élégies. 

XXVI. 
U  JEUNE  FILLE  ET  L'ARBRE  A   FLEURS. 

1  Sont  trots  jeun'  capitaines  :       à  la  chasse  ils  s'en  vont, 
A  la  chasse  ils  s'en  vont,       bergère,  ma  blonde, 
A  la  chasse  ils  s'en  vont^      bergère  Nannon. 

2  N*onl  rien  trouvé  '  la  chasse      ni  perdrix,  ni  pigeons. 


1.  C'est  un  bruit  ^u'on  a  fait  courir.  Traduction  de  la  chanteuse. 

2.  La  chanteuse  dit  tantôt  c  obscure,  ■  tanlàt  t  obîscure.  * 
j.  Pour  (/. 

4.  Vorey.  Sophie  Farigoule. 


8o 


V.    SMITH 

)  N'ont  trouvé  qu'une  fille      assise  sur  un  pont. 
4  Se  disant  tes  uns  '  autres  : 
\  Sa  mère  qui  est  en  fenêtre, 

6  f  Criez  pas  tant,  ma  mère, 

7  •  Je  me  mettrai  i  U  nage 

8  a  Je  me  metlrai  d  l'ombrage 
Sous  un  pommier  de  fleurs, 
Sous  un  pommier  de  fleurs, 

9  I  Tu  n'as  pas  tant  de  fleures 

10  —  I  faudrait  qu'une  arméie 

11  —  I  faudrait  qu'un  orage 


a  Pour  abattre  tes  fleurs, 
I  Pour  abattre  les  fleurs, 


•  Jetons-la  sous  le  pont.  • 
qui  criait  aux  larrons. 
je  n'irai  pas  au  fond. 
comme  un  vaillant  poisson. 

sous  un  pommier*  de  fleurs.  ■ 
bergère,  ma  blonde, 
bergère,  mon  cœur. 

que  moi  de  serviteurs. 
pour  tuer  tes  serviteurs, 
pour  abattre  tes  fleurs, 


bergère,  ma  blonde, 
bergère,  mon  cœur*,  a 


Une  chanson  patoise  semble  être  un  reflet  de  notre  chanson  française; 
l'une  et  l'autre  sont  peu  connues  et  rarement  redites  aujourd'hui 


I  La  Dzana  s'e  levada 
Oh  !  Ion  la  1 
La  Dzana  s'e  levada 


XXVII. 

très  houre  davant  le  dzour, 

Ion  ta  rira  ! 
très  boure  davant  le  dzour, 
très  houre  davant  te  dzour. 


3  Si  n'a  tait  la  buisada,      la  lavada  amai  tout. 

}  D'aqui  nen  vin,  ne  passa      to  fils  d'un  grand  seigneur. 

4  *  Dio  de  bondzour,  Dzanetta.  >       L'autra  souna  pas  roout. 
\  Si  la  prend  par  la  roba,       la  dzetta  dam  lin  gourd. 

6  La  Dzana  fut  lèdzèra,      nadzé  coume  un  péssou. 

I 

8  «  Diode  bondzour,  Dzanetta,       n'as  ton  coeur  plin  d'amour, 

9  <  Tsau  ma-z-una  trislessa,      adio,  Dzanetta,  amouri 

10  —  Dio  de  bondzour,  pouemerada,      isas  bien  isardza  de  ftour, 

1 1  I  Tsau  ma-z-una  dzialada,      adio,  pomiès,  ta  tlour!  *  * 


I.  Pommier,  terme  générique  donné  aux  diverses  espèces  d'arbres  qui  portent 
fleurs  et  fruits.  Ces  termes,  oue  la  langue  de  notre  région  conserve  comme  d^i- 
cations  de  genre,  alors  que  la  langue  usuelle  française  en  a  fait  des  dénomina- 
tions d'espèce,  se  remarquent  en  plusieurs  ordres.  Ainsi,  en  Velay,  on  appelle 
carpe  tout  poisson  appartenant  aux  multiples  familles  à  écailles  blanches,  et  ce 
nom  le  distingue  des  poissons  dont  les  écailles  sont  tachetées;  en  Forez,  dans 
la  plaine,  on  comprena  sous  le  nom  é'aigU  (prononcez  aile)  tous  tes  oiseaux  de 
proie  diurnes  i  grande  envergure. 

1.  Forez,  Marlhes.  J.-B.  Riocreux.  tourneur  en  bois  ;  — Velay,  Vorey,  Thé- 
rèse Jousserand,  Sophie  Fangoule.  —  Une  insignifiante  ronde  de  la  Marne  el 
des  Ardennes  reproauit,  hors  de  propos  et  en  le  défigurant,  le  dialogue  de  la 
Fille  et  de  l'Arbre.  Tarbf,  Romamtfo^  II,  170. 

).  Vraisemblablement  il  manque  ici  le  vers  ou  couplet  qui  nous  montrerait 
Jeanne  saisissant  la  branche  du  pommier  qui  va  lui  parler. 

4.  Velay,  Rosières,  Marie  Joubcrl. 


VIEILLES   CHANSONS    DU   VELAY   ET    DU    FOREZ  8l 

XXVIII. 

LA  CLAIRE  FONTAINE. 

1  Ed  revenant  de  Nantes,      j'étais  tant  fatigui', 

0  gai  gai      de  la  tra  la  la  la  ! 

2  Au  bord  d'une  fontaine,      je  me  suis  reposé', 

j  L'eau  en  était  si  claire,      que  je  me  suis  baigné*, 

4  A  la  feuille  d'un  chêne,      je  me  suis  essuyé', 

j  A  la  plus  haute  branche,      le  rossignol  chantait. 

6  ■  Chante,  rossignol,  chante,      toi  qui  as  le  cœur  gai  I 

7  (  Pour  moi  je  *■  ne  l'ai  guère,      mon  ami  m'a  quitté, 

8  c  Pour  un  bouquet  de  roses      que  je  lui  rehisai. 

9  c  Je  voudrais  que  la  rose      fôt  encore  au  rosier, 

10  <  Et  que  le  rosier  même      fût  encore  à  planter! 

1 1  c  Je  voudrais  que  la  terre      fût  encore  î  piocher, 

12  f  Et  que  la  pioche  même     fût  encore  i  forger  1'  » 

XXÏX 

PERNETTE. 

1  La  Penietle  se  lève      trois  heures  avant  le  jour. 

Réveillez-vous,  réveillez- vous! 
Les  jeunes  amourettes,      dormirez-vous  toujours! 

2  Filant  sa  quenouillette      dessus  son  petit  tour. 

)  Tous  les  tours  qu*elle  en  vire,      fait  un  soupir  d'amour. 

4  Sa  mère  lui  vient  dire  :       «  Pernette,  qu'avez-vous? 

5  c  Avez-vous  mal  '  la  tête,      ou  bien  te  mal  d'amour? 

6  —  Je  n'ai  pas  mal  '  la  tête,      mais  j'ai  le  mal  d'amour. 

7  —  Si  vous  et'  amoureuse,      nous  vous  marierons, 

8  c  Vous  donnerons  un  prince      ou  le  fils  d'un  baron. 

9  —  Je  ne  veux  pas  un  prince,      ni  le  fils  d'un  baron, 

1.  Var.  :  e  qui.  • 

2.  M'a  été  envoyé  de  MonistroUsur-Loire.  J'ai  du  reste  recueilli  directement 
sur  divers  points  bien  d^  variantes  de  cette  chanson.  J'ai  préféré  donner  la  leçon 
de  Monistrol  qui  m'a  paru  plus  énergique. 

Voyez  Jaubert,  Glossaire  du  Cenb-e,  au  mot  être;  Bujeaud,  I,  224,  226,  227, 
229;  Max  Buchon,  76;  Tarbé,  II,  204;  Puymaigre,  387;  Beaurepaire,  46; 
Champfleury,  3J,  Normandie;  Ampère,  Instructions^  42^  Bretagne;  Gagnon,  i. 
M.  X.  Marmier  avait  déjà,  dans  ses  Lettres  sur  rAmin^ue,  donné  une  version 
canadienne  de  ta  Claire-Fontaine,  chant  si  populaire  au  Canada,  que  M.  Gagnon 
a  tenu  à  le  mettre  en  tête  de  son  recueil. 

La  plupart  des  leçons  placent  cette  élégie  dans  la  bouche  d'une  femme;  en 
quelques  pays  cependant,  comme  en  Lorraine  et  en  Canada,  c'est  tantAt  une 
femme,  tantôt  un  nomme  qui  se  plaint  delà  perte  de  ce  qu'il  aimait;  d'après  les 
versions  de  Bujeaudj  en  Angoumois,  en  Bas-Poitou,  en  Saintonge,  ce  serait 
toujours  l'homme  qui  exprimerait  ses  regrets. 

Roauniaj  Vil  é 


8]  V.    SMITH 

10  t  Je  veux  mon  ami  Pierre,      qui  est  dans  la  prison. 
I  (  —  Mais  pour  ïon  ami  Pierre,      nous  le  pcndolerons. 
12  —  Si  vous  pendolez  Pierre,      pendolez-nous  tous  deux. 
I  j  •  Au  chemin  de  Saint  Jacques      enterrez-nous  tous  deux. 
14  «  Pardessus  notre  tosse      planlez-y  un  rosier*, 
1)  ■  Les  pèlerins  qui  passent      en  prendront  une  fleur. 

16  c  En  disant  -.  La  pauvre  âme      de  ces  deux  amoureuzl 

17  €  L'un  pour  l'amour  de  l'autre,        ils  sont  morls  tous  les  deux*!  • 


XXX. 

LE  FLAMBEAU. 


1  Qui  veut  entendre  une  chanson, 
Son  père  l'a  ois'  dans  la  tour, 

2  ■  Galant,  si  vous  venez  ce  soir, 
t  Tant  que  le  flambeau  durera, 

î  Donc  le  pauvre  galant  s'en  va, 


c'est  d'une  fille  tant  amoureuse, 
pour  lui  empêcher  de  faire  l'amour. 

l'aurayeun  flambeau  pour  enseigne, 
jamais  l'amour  ne  fénlra.  • 

s'en  va  le  long  de  la  rivière, 
Par  d'un  vaisseau  s'est  mis  sur  l'eau,      pour  voir  la  clarlédu  flambeau. 

4  La  mer  farouche  l'emporté*,      contre  les  flambs*,  parmi  les  ondes, 
La  mer  farouche  l'emporte,      devant  sa  mie  s'est  arrêté. 

5  La  belle  n'entend  quelque  bruit,      mit  son  joli  cœur  en  fenêtre, 
Regarde  en  haut,  regarde  en  bas,       n'a  vu  son  cher  amant  en  trépas. 

6  «  Grand  Dieu!  que  j'ai  eu  du  malheur,      je  suis  comme  la  tourterelle, 
•  Hier  au  soir  )'ai  eu  un  amant,      oh!  j'en  ai  point  présentement.  > 


XXXL 

LA  DÉLAISSÉE. 

t   I  Je  viens  vous  annoncer,       belle,  que  je  me  marie, 
i  Non  pas  avecque  vous,       avecque  une  autre  fille. 
Tambour  !  assez  causé,       rendez-moi  mes  amours! 


t.  Var.  :       Couvrez  Pierre  de  roses      et  moi  de  toutes  fleurs. 

2.  Marlhes,  J.-B.  Riocreux.  —  J'ai  de  celte  chanson  plusieurs  variantes,  dont 
les  nuances  sont  i  peine  sensibles.  Une  entre  autres,  recueillie  à  Pcrreux,  m'a 
été  transmise  par  mon  ami,  M.  Aug.  Chavcrondier.—  M.  JeLapradca  donnéde 
PtrntUt  une  li\'on  appartenant  au  nord  du  Forez.  Il  a  rencontré  cette  complainte 
dans  le  Lyonnais,  ta  Bresse,  le  Bugey,  le  Jura  et  en  Provence,  Perneiu,  note, 
p.  281  ei  suivantes.  —  Cf.  Ampère,  ^i,  Lyonn;iis  et  Auvergne;  Champfleury, 
Dauphînè,  149;  Arbaud,  I,  mi.  Fan/jrnelo ;  Lamarque  de  Plaisance,  Uidgu 
et  chansons  pop.  de  l'ancien  Bj:adais,  69.  PettUMargartàe.  classée  dans  le  groupe 
des  chants  de  moissons;  Bujeaud,  BasPoilou,  il,  188,  l'Amour  dt  mon  berger. 

M.  de  Beaurepaire  reproduit,  p.  61,  une  chanson  sur  la  même  donnée, 
d'après  le  livre  imprimé  i  Venise  en  1  ^36,  par  Anthoine  del  Abbate  :  La  Cou- 
ronne et  fieur  du  chansons. 

).  Pour  t  l'emporta,  t 

^.  Flammes  du  flambeau.  Explication  de  la  chanteuse. 


VIEILLES   CHANSONS   DU    VELAY   ET   OU    FOREZ  8^ 

2  —  La  fille  que  vous  prenez,      est-elle  donc  bien  belle  ; 

—  Pas  si  belle  que  vous,      mais  est  un  peu  plus  riche. 

3  —  Richesse  est  un  abus,      beauté,  c'est  une  rose, 
f  La  richesse  s'en  va      et  la  beauté  .demeure. 

4  —  La  belle,  en  vous  priant,      viendriez-vous  de  mes  noces? 

—  Des  noces,  j'irai  pas,      j'irai  le  soir  en  danse. 

5  —  Belle,  si  vous  y  venez,       montrez-vous  donc  bien  belle.  » 
La  belle  n'a  pas  manqué,      trois  rob*  elle  nen  fit  faire. 

6  Une-z-en  satin  blanc      et  l'autre  en  satin  rose, 

L'autre  en  or  et  en  argent      pour  marquer  qu'elle  est  noble. 

7  La  belle,  tout  en  entrant,      saluiant  tout  le  monde, 
Les  nouveaux  mariés      et  moi  qui  suis  des  noces. 

8  La  prit  par  sa  main  blanche,      à  la  danse  la  mène, 
Lui  fit  faire  trois  tours,      trois  petits  tours  de  danse, 

9  En  disant  ses  trois  tours,       la  belle  n'a  tombé  morte, 
Tombé  à  ses  genoux,      au  milieu  de  la  danse. 

lo  fl  Puisqu'elle  est  morte  pour  moi,      je  veux  mourir  pour  elle.  > 
N'a  pris  son  pistolet,      s'est  brûlé  la  cervelle. 
Tambour!  assez  causé,      rendez-moi  mesamours^i 

xxxn. 

PIERRE  DE  GRENOBLE. 

1  Pierre  s'en  va-t'-à  l'arméie,      pour  bien  demeurer. 
N'a  laissé  sa  mie  à  Grenoble,      qui  fait  que  pleurer. 

2  Pierre  n'at  envoyé  une  lettre      de  ses  amitiés, 

La  belle  n'at  envoyé  une  autre,      qui  est  toute  de  pleurs. 

3  Pierre  n'a  pas  vu  cette  lettre,      ne  fait  que  pleurer*. 
S'en  va  trouver  son  capitaine  :       ■  Donnez  mon  congé. 

4  —  Pour  ton  congé,  je  te  le  donne,      tu  retourneras. 

—  Oh  I  si  ma  mie  est  en  vie,      je  l'épouserai, 

1 .  Fraisses.  Nannette  Lévesque.  —  Cf.  Max  Buchon,  87,  La  Chanson  du  Val- 
d'AmouT;  Puymaigre,  41,  Les  Deux  amants;  Bujeaud,  II,  186,  La  Fille  prison- 
aâre. 

Voyez  aussi  Séb.  Albin,  Ballades  et  ch.  pop.  de  l*Allemagne  :  8,  Le  Nageur 
perda  ;  16^  Les  Enfants  du  roi. 

2.  Saiut-Just-Malmont,  Toussaint  Chavanaz.  —  Cf.  Arbaud,  II,  119,  Lou 
premier  joui  de  mû*;  Ferraro,  7,  i7  primo  amore;  Beaurepaire,  jo;  Ampère, 
chant  français  recueilli  en  Bretagne,  50. 

Divers  chants  bretons  appartiennent  à  la  même  famille.  La  Villemarqué,  Barzaz 
BreiZj  La  Ceinture  de  Noces,  Azinor  la  pdle^  Geneviève  Rustifan;  Luzel,  I,  les  deux 
versions  de  Renie  Le  Glaz^  les  deux  versions  de  Jeanne  Le  ludec^  Jeanne  U 
Maru. 

3.  Quelques  chanteurs,  au  lieu  du  f,  font  la  liaison  avec  un  z. 

4.  vâr.  :  N'en  peut  plus  parler. 


V.    SMITH 

«  Si  ma  mie  eo  est  morte,      j«  retournerai.  * 

j  II  ocn  fut  pas  sur  ces  montagnes,      dessus  ces  rochers, 
Entend  les  cloches  de  Grenoble      qui  font  que  sonner. 

6  Ficrre  n'a  mis  le  "genou  en  terre,      son  chai>cau  à  la  main, 
Priant  Dieu,  la  Vierge  Marie     de  sa  mie  voir. 

7  II  neti  fut  pas  dedans  Grenoble,      sa  mie  o'a  trouvé. 
Accompagné'  de  trente  dames,      de  vingt  cavaliers. 

8  •  Vous  autres  qui  portez  ma  mie*,      laissez-moi  la  voir. 
«  Découvrez-lui  son  blanc  visage,      car  je  veux  la  voir.  • 

9  Pierre  n'a  tiré  son  espéie,       le  drap  n'a  percé, 
Quand  il  a  vu  son  blanc  visage,      il  n'a  renversé. 
Quand  il  a  vu  son  blanc  visage,     il  n'a  trépassé. 

10  Que  diront  les  gens  de  Grenoble      de  ces  amoureux? 

Diront  :  «  L'un  pour  l'amour  de  l'autre,      ils  sont  morts  tous  deux.'a 

Nous  chantons,  avec  le  midi  et  l'ouest  de  la  France  et  le  nord  de 
l'Italie,  une  chanson  proche  parente  de  celle-ci,  mais  de  forme  moins 
ancienne;  probablement  elle  a  été  rafraîchie,  ou  comme  nous  avons 
l'habitude  de  dire,  renouvelée.  Un  soldat  apprend  que  sa  raie  est  malade, 
il  demande  un  congé  pour  l'aller  visiter.  A  peine  arrivé,  son  père  lui 
annonce  la  mort  de  Nannetie. 

«  Ta  Nannetie,  elle  est  morte, 

<  Son  corps  est  dans  la  terre,      son  âme  est  dans  tes  cieux.  > 

Le  soldat  va  droit  à  la  tombe  de  sa  bien  aimée  et  l'appelle  : 

a  Naonette,  levez-vous  I 

fl  ie  suis  venu  de  guerre,      de  guerre  pour  toujours.  » 

Nannette  se  lève,  elle  engage  son  amant  à  retourner  à  la  guerre, 
l'amour  du  temps  passé  ne  devant  plus  revenir.  Il  part,  et  le  capitaine 
salue  son  retour,  en  lui  disant  qu'une  maîtresse  nouvelle  viendra  aisément 
remplacer  l'absente,  propos  malencontreux,  note  raalsonnante  qui  enlève 
à  l'élégie  et  sa  grâce  et  son  charme. 

Victor  Smith. 


1.  Var.  :  Vous  qui  portez  ma  mie  en  terre. 

2.  Marihes.  J.-B.  Riocreux  et  Foumel-Baudier  ;  Saint-Just-Malmont,  Toussaint 
Cbavaoaz.  —  Cf.  A.  Combes,  CA.  pcp.  du  f>ays  autrj'u^  i  ^9,  Pierre;  Arbaud, 
I,  117,  Pitrrol ;  Milà,  La  Mutrte  Je  ta  JVorû,  i\\i  Bnz,  La  Mort  dt  ta  Nuvio^ 


L'£  BREF  LATIN   EN  ROUMAIN 


£   BREF   ACCENTUÉ,    DANS    UNE  SYLLABE   OUVERTE    AUSSI   BIEN  QUE  DANS 
UNE    SYLLABE    FEKMÊE   (EN    POSITION),    DEVIENT    EN    ROUMAIN  ÏC. 

En  roumain,  comme  dans  la  plupart  des  langues  romanes,  l>  bref 
accenlué  est  devenu  />'  ;  mais  ce  fait  a  été  longtemps  méconnu,  parce 
que  pour  le  mettre  en  évidence  il  faut  souvent  le  poursuivre  à  travers 
d'autres  phénomènes  linguistiques  propres  au  roumain,  qui  sont  venus 
robscurcir,  au  moins  dans  la  plupart  des  cas. 

Le  phénomène  le  plus  important  qui,  en  se  superposant  au  premier,  ait 
contribué  à  le  rendre  à  peu  près  méconnaissable,  ça  été  une  seconde 
diphthongaison  de  IV,  dîphthongaison  qui  agit  aussi  bien  sur  IV  fermé 
(provenant  d'un  e  long  ou  d'un  i  bref  latins  accentués)  que  sur  la  dipb- 
ihongoe  ie  ^provenant  d'un  e  bref  latin  accentué). 

La  loi  de  celte  seconde  diphthongaison,  que  M.  Mussafia'  a  mise  le 
premier  en  lumière,  est  la  suivante  :  IV  accentué,  toutes  les  fois  qu'il 
est  suivi  d'une  syllabe  contenant  un  S  atone  *  ou  un  e  atone,  prend 
un  son  si  largement  ouvert  qu'il  se  résout  en  ea  et  dans  certains  cas 

devient  a  ;  ainsi 

cridat  devient  creadâ 

lîgat  —       ieagâ 

Ifgem  —      teage  * 

sïtim  —      seati 

etc.  etc. 


I.  M.  Gaston  Paris  a  érois,  dans  ses  conférences  à  l'École  des  hautes  études, 
l'idée  que  celte  diphthongaison  de  Ve  bref  latin  accentué  devait  avoir  eu  lieu  dans 
tout  le  domaine  des  langues  romanes,  et  que  ce  n'est  que  postérieurement  que  ta 
diphthooguc  ie  s'est  rtduilc  i  e  en  provençal  et  en  ponugais.  C'est  iustement 
cette  opinion  de  M.  Paris  qui  m'a  suggéré  l'idée  de  rechercher  si,  en  roumain, 
û  diphthongaison  de  l'r  bref  latin  accentué  i  un  moment  donné  n'avait  pas 
été  générale. 

3.  \'o\T Sazangsbetidae  der  Wiener  Akadem'u^LVUl.  Band,  Heft  III,  Jahrgang 
1968. 

].  a  final  latin  atone  devient  en  rolim?ifl  régulièrement  a,  son  que  Diez 
marque  par  (  et  qui  est  pareil  â  t  muet  français. 

4.  Des  formes  comme  lui(,  mi/c,  etc.,  ne  se  trouvent  que  dans  l'ancten  rou- 


86  A.    UMBR10R 

Cet  fd  est  marqué  en  caractères  cyrilliques  par  le  signe  *,  qui  dans 
les  livres  roumains  du  xvi*  siècle  a  la  valeur  de  ea. 

Les  exemples  que  nous  venons  de  citer  présentent  seulement  soit  un 
€  long  laiin  accentué,  soit  un  i  bref  latin  accentué,  c'est-à-dire  un  €  qui 
est  terme  dans  toutes  les  langues  romanes  (excepté  le  français,  qui  dans 
ce  cas  nous  présente  anciennement  la  diphthongue  «  et  de  nos  jours  la 
diphthongue  oi).  Quant  à  \'i  bref  latin  accentué,  il  ne  se  trouve  repré- 
senté, dans  ce  cas,  que  par  ia  (dans  l'écriture  cyrillique  la  et  parfois  le 
signe  A  qui  avait  la  même  valeur  dans  tous  les  livres  imprimés  en  Tran- 
sylvanie dans  la  seconde  moitié  du  xvi*  siùcle'l  '•  Ainsi  : 

fera    donne  fUrâ,  en  caraaères  cyrilliques  <|>fap«Ti 


IlMHIpift 

etc. 


përiat     —    piarâ^  — 

pêtra      —    piatrS  — 

përdai    —    piardâ  — 

vërmem  —    viarme         — 
etc.  etc. 

Le  fait  que  Ve  bref  latin  accentué  a  donné  ia  dans  les  livres  du 
xvr  siècle,  tandis  que  Ve  long  et  1'/  bref  latins  accentués  ont  donné  ta 
(toujours  quand  ils  sont  suivis  d'une  syllabe  qui  contient  un  <ï  ou  un  ; 
atones)  ne  saurait  s'expliquer  qu'en  supposant  que  la  diphthongaison  de 
IV  accentué,  due  à  l'influence  mutuelle  des  voyelles  les  unes  sur  les 
autres,  est  postérieure  à  ta  diphthongaison  de  Ve  bref  latin  accentué,  qui 
a  eu  probablement  lieu  à  la  même  époque  que  dans  les  autres  langues 
romanes.  En  d'autres  termes,  lorsque  les  voyelles  atones  a  ei  e  ont 
commencé  à  agir  sur  IV  accentué*  quelle  que  fût  sa  provenance,  IV 
bref  latin  accentué  était  déjà  devenu  /;  en  roumain.  Nous  supposons 
donc  qu'avant  que  \'a  final  s'ébranlât  vers  J,  des  mots  comme  fi^rj, 


main,  le  roumain  de  nos  |Ours  dit  Itgt,  tête,  etc.,  c'est*i-dire  que  la  voyelle  a 
repris  son  ancien  eut.  Dans  un  prochain  article  nous  nous  occuperons  du  trai- 
tement des  voyelles  finales  en  roumain  et  alors  nous  tâcherons  d'expliquer  les 
causes  de  cette  réduction  de  ta  à  t.  Pour  le  moment  nous  nous  bornons  i  dire 
que  c'est  la  marche  de  Ve  final  vers  i  (oti  il  a  abouti  de  nos  jours  dans  te  dialecte 
moldave,  le  plus  avancé  et  le  plus  conséquent  de  tous  les  dialectes  roumains)  qui 
a  amené  la  réduction  de  la  diphthongue.  En  effet,  Vc  Final  atone  étant  cause  de 
la  diphthongaison  de  V^.  accentué  en  ea,  à  mesure  qu'il  perche  vers  l'ï,  la  diph- 
thongue se  rétrécit,  et  lorsque  Ve  final  aboutit  nettement  à  j,  la  diphthongue  ea 
se  réduit  à  c,  de  sorte  qu'on  entend  de  nos  )ours  en  Moldavie  lej^i,  sàtij  etc. 

r.  Du  moins  sur  les  8j  pjges  de  roumain  du  XVI'  siècle  données  par 
M.  Cipariu  dans  sa  Chrestomaiic  {Crcstomatin  saa  anaUeU  liurûrie,  clc.  de 
Cipariu,  i8tS),  je  n'ai  pas  trouvé  d'exceptions  â  cette  régie,  si  ce  n'est  que 
le  son  issu  ae  l>  ou  de  ï'i  accentués,  aussi  bien  que  celui  qui  est  sorti  de  Vf 
accentué,  sont  également  représentés  pari-ii  ou  parA  au  commencement  des  mots; 
et  cela  parce  que  le  ^igne  t  |ea)  ne  se  trouve  jamais  au  commencement  des  mots, 
au  moins  Jk  l'époque  qui  nous  occupe  (Seconde  moitié  du  XVI"  siècle). 


lV  bref  latin  en  roumain  87 

përiaty  «c,  se  prononçaient  fierû,  piera^  et  qu'a  mesure  que  la  voyelle 
finale  inclinait  vers  ây  IV  de  la  diphthongue  ic  penchait  vers  m,  si  bien 
que,  lorsque  cette  évolution  fut  faite,  on  eut  la  triphlhongue  ita^  qui 
s'est  réduite  à  ia.  Tandis  que  dans  les  mêmes  conditions  un  t  fermé 
roman  {t  long,  /  bref  latins  accentués)  n'a  abouti  qu'à  ta  (t  cyrillique). 
On  sent  mieux  cette  différence  si  on  compare  des  mots  qui,  sauf  la 
quantité  de  la  voyelle,  se  trouvent  dans  les  m&mes  conditions  ;  ainsi 
comparons  : 

fêra  qui  a  donné  ^ri,  à  foeia-féta  qui  a  donné /aM 
pèriat       —        piarà,  à  pîra-péra        —         para 
Si  le  roumain  n'avait  pas  fait  de  distinction  entre  1'^  bref  latin  accentué 
et  Ve  long  ou  l't  bref  latins  accentués,  nous  aurions  eu  le  même  résultai 
dans  les  deux  cas,  c'est-à-dire  soit  : 

/flW,  parâ^  faràf  para 
soit  :  fiatàj  piarà^  foxrây  piarS, 
car,  dans  les  deux  cas,  nous  avons  la  même  labiale  qui  précède  IV. 

La  conséquence  à  tirer  de  ces  faits  est  que  la  toi  de  M.  Mussafia, 
d'après  laquelle  les  consonnes  p,  m,  b,  Vj  f,  r,  s,  t  ont  la  propriété  de 
réduire  la  diphihongaison  ea  ou  ia  à  a,  toutes  les  fois  qu'elles  la  pré- 
cMem,  doit  être  modifiée  de  la  manière  suivante  : 

a.  Les  consonnes  b,  m,  p,  f,  /»  r,  i,  f,  précédant  la  diphthongue  ea 
provenant  d'^  ou  t  latins  accentués,  réduisent  cette  diphthongue 
ha  : 


vitia 

—    beatâ 

—    baiS  (( 

ceinture) 

^                        mensa 

—    measâ 

—    masâ 

H                       penna 

—    peanà 

—    pana 

K                        pïra 

—    pearS 

—   pari 

m                        vîrga 

—    veargS 

—    vargS 

W                        fo«t^ 

—    featâ 

—    fatâ 

etc. 

h.  Au  contraire,  les  mêmes  consonnes  n'exercent  aucune  influence  sur 

b  diphthongue  ta  provenant  d'un  e  bref  accentué  : 

média     — 

mtazd 

^                 périat     — 

piarâ 

H                 vermem  — 

viarme 

■                fera        — 

Jiarâ 

H                 sédet      ~ 

sieade    — 

siade    — 

iodt 

■                terra      — 

tiearà    — 

tiarâ    — 

[arâ 

■^                      etc. 

Dans  les  derniers  exemples  ce  sont  les  consonnes  mêmes  qui  subis- 
scm  nnHuence  de  t'i  contenu  dans  la  diphthongue  ia,  comme  nous  te 
verroiis  plus  loin  dans  notre  étude  (voir  111^. 


88  A.    LAMnRIOR 

Ce  qui  est  imponant,  c'est  que  les  consonnes  citées  ci-dessus  ne  sont 
jamais  modifiées  devant  la  diphthongue  ca  provenant  d'un  e  long  ou  d'un 
i  bref  latins  accentués. 

Jusqu'ici  nous  avons  vu  qu'un  e  bref  latin  accentué  frappé  d'une 
seconde  diphihongaison  donne  toujours  un  ta;  et  nous  avons  supposé 
que  cet  ia  a  pour  base  un  ie.  Trois  faits  viennent  à  l'appui  de  notre  sup- 
position : 

I.  Tout  e  bref  latin  accentué,  qui  ne  se  trouve  pas  dans  les  conditions 
de  la  diphthongaison  seconde,  donne  nettement  en  ancien  roumain  et 
dans  le  parler  populaire  la  diphthongue  te,  diphthongue  qui,  sous 
l'influence  du  latin  classique,  s'est  réduite  dans  la  langue  littéraire  de 
nos  jours  â  e. 

Exemples  : 

/  meus 
Syllabe  ouverte  J 


Syllabe  fermée. 


médius 
përeo 

perde 
férrum 

pectus 
fèrveo 
sèrvura 
vèrsum 


—  muu 

—  mUz 

—  pier 

—  pierd 

—  fier 

—  piept 

—  tierb 

—  \erb  pour  s'urb  (voir  111) 

—  ners 
Mércurii  —  miercurï 
verres     —  vier 

etc. 

Dans  tous  ces  exemples,  comme  dans  beaucoup  d'autres,  \'e  bref  latin 
accentué  n'est  pas  suivi  d'une  syllabe  qui  contienne  un  i  ou  un  f  atones; 
aussi  a-t-il  donné  nettement  ta  diphthongue  ie. 

Au  contraire  Ve  provenant  d'un  c  long  latin  accentué  ou  d'un  i  bref 
latin  accentué  ne  change  pas^  quoiqu'il  se  trouve  dans  tes  mêmes  condi- 
tions, ainsi  : 

credo  donne  cred  et  jamais  cried 


plico      —    pîec 
bîbo       —     heû 

^— 

pliec 
bieS 

tïmeo     —    tem 

— 

Uem 

raêrgo    —     merg 
ttgo       —     leg 
etc. 

— 

mierg 

lieg 

Souvent  le  même  mot  nous  montre  tour  à  tour  les  deux  diphthongai- 
sons  selon  qu'il  se  trouve  dans  les  conditions  de  la  diphthongaison 
seconde  ou  en  dehors  de  ces  conditions.  Ainsi  les  substantifs  qui  se  ter- 
minent au  singulier  en  J  ou  en  e  et  qui  ont  le  pluriel  en  i,  nous  pré- 


Ce  BREF    LATIN    EN    ROUMAIN  89 

sentent  au  singulier  la  diphthongaison  seconde  (proprement  pariant  une 
fusion  de  deux  diphthongaisons)  et  au  pluriel  la  diphthongaison  pre- 
mière : 

fêra,      sing.  fiarà     plur.  fierï 
pédica,    —    piadicâ   —    piedicï 
pétra,      —    piatTâ     —    pietri  (avec  l'article  pietri-U) 
vermem  —    viarme     —    viermi 
etc. 
De  même  dans  la  conjugaison  un  e  bref  accentué  donne  tantôt  ia^ 
tant6t  û,  selon  qu'il  se  trouve  dans  les  conditions  de  la  diphthongaison 
seconde  ou  en  dehors  de  ces  conditions  ;  ainsi  : 

përeat  (traité  comme  përat)  donne  piarà 
perdat  —  —    piardâ 

mais  përeo   [traité  comme  përo)      —    pier 
përdo  —  —    pierd 

etc. 

II.  Un   autre  fait   qui  prouve  la  diphthongaison  de  Ve  bref  latin 
accentué  en  ie,  ce  sont  tes  exceptions  que  souffre  la  loi  suivante  posée 
par  M.  MussaJia  dans  son  étude  sur  le  vocalisme  roumain.  En  effet, 
M.  Mussafia  dit  :  «  Le  voisinage  des  labiales  et  de  r  et  le  voisinage 
moins  actif  des  sifflantes  fevorisent  le  trouble  de  Ve  vers  Va,  à  condition 
que  ta  syllabe  suivante  ne  contienne  pas  un  e  ou  un  i,  ainsi  : 
inbi[bi]to  —  imbâî 
verso        —  vàrs 
foetus       —  fàt 
pilus         —  par 
më  —  mS. 

siccus       —  iàc 
etc.  » 
Mais  cette  loi  de  M.  Mussafia  souffre  toujours  exception  lorsque  c'est 
un  e  bref  qui  suit  ces  consonnes*  car  dans  ce  cas  l'ancien  roumain  con- 
tenait la  dîphthongue  ie,  diphthongue  que  le  roumain  littéraire  de  nos 
jours  a  réduite  à  e,  toujours  sous  l'influence  savante  du  latin  classique. 
Exemples  : 

ex-bëllo  —  sbier 
fërrum    —  ^er 
përdo     —  pierd 
pëctus    —  piept 
agnëllus  —  miel 
etc. 
Si  nous  ne  tenons  pas  compte  de  la  quantité  de  la  voyelle,  nous  ne 


90 


A.    LAMBRtOR 


pourrons  jamais  nous  expliquer  pourquoi  deux  mots  qui  se  trouvent 
absolument  dans  les  mêmes  condiuons,  tels  que  verso  et  perdOt  ont 
abouti  le  premier  à  vârs  ei  le  dernier  à  pierd. 


tu.  Un  autre  argument  à  faire  valoir  en  faveur  de  la  dtphthongaison 
de  IV  bref  larin  accentué,  c'est  la  façon  dont  se  comportent  en  roumain 
les  consonnes  ^,  p,  »*,  /,  d,  m,  s,  t  devant  un  i  devenu  iod  palatal. 

Pour  les  groupes  ti,  pi,  vi^  fi,  nous  avons  démontré  ailleurs'  qu'ils 
sont  devenus  dans  le  parier  populaire  glù^  ki,  ^i,  ht  et  que  maintes  fois 
te  iod  qui  suit  les  consonnes  b,  p,  v,  f  provient  de  la  diphthongaison  de 
IV  bref  latin  accentué  en  ie  (en  cas  de  fusion  de  deux  diphthongai- 
son s  ia). 

Ici  nous  ne  nous  occuperons  que  de  la  façon  dont  se  comportent  les 
consonnes  m,  d,  /,  j  devant  une  voyelle  accentuée. 

Les  consonnes  m,  d,  t,  s  devant  un  i  long  latin  accentué  se  compor- 
tent de  la  manière  suivante  : 

m  +  /  devient  gn'^=^  gn  français  dans  le  mol  vigne 
i  +  (    —      z     ==  j  douce  française  dans  chaise^  etc. 
J  +  /    —      (      ^  z  italien  dans  le  mot  zio 
f  +  /    —      j      =  cfï  françab  dans  les  mots  chef,  chaire,  etc. 
Exemples  : 

mi        donne  gnit 
mille        —    ^nie 
ni-mica   —    nignicà  (rien) 
dorraitus  —    dorgnit 


dïco  donne  zîc 
audirc    —  auzïre 
dIvTna    —  zinS 
ordlri(e)  —  anire 
dre»4     —  ri 


ce  phénomène 

a  lieu 

dans  tous  les  dialectes. 


subtTlis    donne  sup{ire 

impartire    —    lmpar{iTe 

unica         —    arlicd-anicd  (ortie) 


[dans  tous  les  dialectes. 


1.  Voir  notre  étude  dans  la  Romania,  VI,  4^}  S5. 

2.  Nous  avons  adopté  le  en  français  pour  exprimer  le  son  de  m-\-l  dans  le 
parler  populaire,  car  ce  son  n  est  représenté  par  aucun  signe  dans  l'alphabet  du 
roumain  littéraire. 

î.  Ce  phtnomènc  s'est  produit  d'une  façon  constante  dans  le  parler  populaire 
de  \a  Moldavie  et  sporadiquement  dans  les  autres  dialectes. 

4.  Toutes  les  langues  romanes  ont  conserve  cet  1  de  diu  :  ital.  rft,  anc.  fr.  dt, 
esp.,  port.,  catal.  et  prov.  dia. 


L'e   BREF   LATIN    EN    ROUMAIN  9I 

vesïca  donne  be^icâ  \ 

**w.      ~~    *'  .     .«  »      '/dans  tous  les  dialectes, 

dbilo    —     siaer  —  §tter  ()e  siffle}      ( 

scîre    —     $«>«'  ) 

Devant  un  e  long  ou  un  i  bref  latins  accentués  [e  fermé  des  langues 

romanes)  les  consonnes  m,  d,  /,  s  restent  intactes  : 

m    mllium  donne  mâu 

familia    —    fàmeaie  (dans  les  livres  du  xvi*  siècle) 

mergo     —    mârg^  selon    la  loi  de  M.  Mussafia  que 

nous  avons  citée  sous  II. 

medula'  —    màduvà 

d    digitus    —    degit 

vidëre     —    videre{i} 

sedëre    —    §idere(i\ 

t    tïlia       —    teiu 

tîmeo     —    tem 

tbëca      —    teacà 

s  sïdlis     —    sàcere 

sëbum    —    sâu 

sïtis       —    sàte{i) 

Si  le  roumain  n'avait  pas  fait  de  distinction  entre  un  e  fermé  roman 

(provenant  d'un  e  long,  ï  bref  latins  accentués)  et  entre  un  e  bref  latin 

accentué,    il  nous  aurait  présenté  le  même  traitement  dans  les  deux 

cas  : 

dëus,  dêcem  auraient  donné  deu,  deace,  et  non  pas  zeu  (zàu  moldave). 


1 .  Remarquons  que  toutes  les  fois  que  les  groupes  se  ou  ft  se  trouvent  devant 
un  I  (tonique  ou  atone)  nous  avons  en  roumain  la  résolution  fl;  c'est'i-dire 
qu'entre  deux  consonnes  susceptibles  d'itre  infectées  par  i  (s,  t)  c'est  s  qui  est 
la  plus  susceptible  : 

KÎre    —  itire 
tristi    —  triitï 
fascia  — /dj^ 
ostia    —  uja 
crescis  —  creftï 
nostri  —  nostri 
Quelquefois,  comme  dans  ostia  —  ii{i,  fascia  — fafâ^  le  t  (souvent  un  c  ity- 
mologioue)  disparaît  complètement;  c'est  aussi  le  cas  de  ta  2'  personne  du  sin- 
gulier du  parfait  de  l'indicatif  : 

laudavisti  —  lâuda§1 
audivisti   —  aazi$i 
etc. 

2.  En  cas  de  déplacement  d'accent  dans  des  mots  polysyllabiques,  le  roumain 
a  allongé  la  voyelle  sur  laquelle  tombait  l'accent  tonique  : 

mëduila  a  donné  par  déplacement  d'accent  mtdula  —  m&diaâ 
le  piur.  lamina  —  —  —  lumtna  —  lugiùni. 

etc.  etc. 


92  A.    tAMBRlOR 

icace  [zaa  mold.l,  comme  d'igiius,  videre,  ont  donné  degi^  viderc. 

médius,  meus,  Mèrcurii,  etc.,  auraient  donné  mâz,  mâu,  marcuri 
(selon  II)  et  non  pas  gnezy  gneu^  gnercun  dans  le  diateae  populaire 
moldave,  comme  mergo  a  donné  mârg. 

lêneo  aurait  donné  jusqu'au  xvii"  siècle  ten^  et  après  Un  et  non  pas  tin, 
comme  tlmeo  a  donné  lem. 

sédeo,  sëx  (êç),  sëpiem  (àrri)  auraient  donné  sàdj  sàsty  sipie^ 
comme  sicilis,  sébum  ont  donné  sâuTtt  sàu  et  non  pas  §àdj  fiiJ, 
$âpte 

Il  résulte  de  ces  faits  que  l'i,  qui  dans  ce  dernier  cas  a  infecté  les 
consonnes  m,  J,  t,  s  pour  les  transformer  en  gn,  z,  (,  j  ne  saurait  pro- 
venir que  de  la  diphthongaison  de  IV  bref  latin  accentué  en  te  ou  en  ta 
selon  les  conditions  que  nous  avons  examinées  dans  cette  étude. 

Celte  diphthongaison  a  eu  lieu  aussi  bien  dans  une  syllabe  ouverte 
que  dans  une  syllabe  fermée,  du  moment  que  \'c  était  bref  de  sa 
nature. 

Le  roumain  se  rencontre  ici  avec  l'espagnol  qui  a  constamment  diph- 
thongué  Ve  bref  latin  accentué  dans  une  syllabe  fermée. 

Guidé  par  les  lois  que  nous  venons  de  mettre  en  lumière  dans  cette 

étude,  nous  dressons  ici  une  liste,  très-incomplète,  des  mots  qui  con- 
tiennent un  e  bref  dans  une  syllabe  fermée  : 

servus  —  jcr/j  (jJrfr)',  espagnol  itVrva 

serpens  —  ^arpedSrpt),      —      sierpe 

misellus         —  mi^ei  [gni^àl] , 

sella  —  ifl  (î'ï) 

desertus        —  disert  (di^ârf),  esp,  desierto 

septem  —  fapie  {sâpté)      —    siite 

sex  —    iase  [^3^3] 

de-«xpergitus —  de^tept^  esp.  despierto 

terra  —    [ara        —  tierra 

testa  —  ttst  \t3st],  esp.  (i«fo,  Berceo  tiest'. 

termen  —  \erm  [iSrm] 

texo  —    les  [iâs_ 


1.  Les  forraes  que  nous  donnons  entre  parenthèses  se  trouvent  dans  le  dia- 
lecte  moldave,  touioun  plos  logique  que  tous  les  autres  dialectes  roumains. 
Prenons  par  exemple  itrvus  :  ce  mot  .1  donn^  d'abord  surba,  mais  \'t  étant 
absorbé  par  i  qui  prpnd  alors  le  son  ;  (comme  il  arrive  toupurs  lorsque  Vs  est 
suivie  par  je,  (a,  (ii|,  Vi  seul  se  trouva  en  face  de  la  sifflante  i.  e1  alors,  selon  II, 
il  a  dû  devenir  fi,  ce  qui  est  arrivé  sans  exception  dans  le  dialecte  moklave. 

2.  t  Lcemos  de  un  cleri^o  que  eral  ual  hcridoo,  vers  101.  Pottai  Câsuihnos 
anUriora  al  agio  XV,  collertion  Riradencyra.  De  même  dans  Haon  de  Bordeaux, 
p.  19),  OD  trouve  (us. 


lV  bref  latin  en  roumain 


9Î 


intélligo 

— 

înieUg  [întâleg]  ' 

femim 

— 

fier,  lin.  fer  [her) 

ferveo 

— 

fierb^  —  ferb  {herb) 

pellis 

— 

piele,  —  pelé  (keW),  esp.  piel 

pectus 

— 

pieptj  —  pept  [kept]^  —  pecho 

pectenem 

— 

pieptine^  liit.  peptine  (keptine) 

versus 

— 

vierSj      —  vers  [gers] 

vermis 

— 

viarme,   —  verme  {germe) 

vespis 

— 

viaspe^    —  vespe  [gespe] 

verres 

— 

vier^       —  ver  {ger) 

persicus 

— 

piersic    —  persic  [kersic] 

petra 

— 

piatrà  [kiatrâ) 

perdo 

pierd,  litt.  perd  {kerdj 
etc. 

A.  Lambrior. 

I .  Le  roumaio  a  changé  ici  l'accent  latin  ;  mais  la  consonne  t  a  dû  être 
infectée  avant  ce  déplacement  d'accent  :  intélligo  —  intUUg  —  in{eUg. 


MÉLANGES. 


TURRIS  ALITHIE. 

La  Confessio  Gotie  (ou  Primatis^  ou  Archipoete],  chef-d'œuvre  de  la 
poésie  latine  rhythmique  du  moyen-ftge.  a  été  publiée  à  ma  connaissance 
sept  fois'  : 

i)  par  Reiffenberg,  Buttains  de  l'Acad.  royale  de  Beigtifae,  IX,  i,  478, 
(d'après  lems.de  Bruxelles  2071). 

21  par  Jacob  Grimm  jvoy.  Kteine  Schriften^  III,  70),  d*après  l'édition  de 
Reiffenberg.  avec  des  corrections. 

5)  par  Thomas  Wright,  Poems  altrihuied  io  WalUr  Mapes,  p.  71 
[d'après  six  manuscrits  anglaû). 

4)  par  Schmeller,  dans  les  Carmina  Baranaj  n"  67  [d'après  le  ms.  de 
Benedictbeuern,  aujourd'hui  à  Munich^ 

5)  par  Wackemagel  dans  ta  Zeitschrift  de  Haupi,  V,  29;,  d'après 
un  manuscrit  de  Turin. 

6)  par  un  anonyme,  dans  la  chronique  de  Salimbene  (Parme,  1857, 

în-40.P-  42- 

7I  par  un  anonyme,  qui  prend  le  titre  badin  de  Domus  ifuaedam  vêtus 
(on  sait  ce  qu'est  dans  les  universités  allemandes  un  altes  Haus}j  dans  un 
petit  livre,  fort  mauvais,  intitulé  Carmina  cUricorum  (Heîlbronn,  1876), 
p.  64*. 

J'ai  collationné  deux  manuscrits  italiens  et  un  manuscrit  anglais  (non  vu 
par  M.  Wright)  de  cette  pièce,  et  je  l'imprimerai  un  jour  avec  un  appa- 
ratas  complet  j  mais  le  texte  en  est  généralement  assuré  dès  à  présent.  Je 
veux  indiquer  ici  une  restitution  qui  aurait  pu  être  faite  depuis  longtemps. 
Dans  la  str.  ix,  le  poète,  déclarant  quil  esi  impossible  de  rester  chaste 


1.  Je  sais  pour  celte  liste  les  indications  données  par  M.  Waltenbach  dans  la 
précieuse  table  des  Commtnaminls  des  poisits  latma  rkythmt^uei  profanes,  qu'il 
i  publiée  dans  ta  Ztilschnjt  de  Haupt,  n.  s.  t.  III. 

2.  Une  nouvelle  édition  de  ce  recueil  a  para  en  1877. 


TURRIS   aLITHIG  9{ 

dans  une  ville  aussi  pleine  de  tentations  que  Favie^  où  il  se  trouvait  alors, 

t'écrie'  : 

Si  ponas  Ypolitum  hodie  Papie 
Non  erit  Ypolitus  in  sequcnti  die  ; 
Veneris  in  thalamos  ducunt  omnes  vie  : 
Non  est  in  tôt  turribus  turns  alethie. 

Ce  dernier  vers,  —  si  pittoresque  dans  son  premier  hémistiche,  qui 
nous  met  sous  les  yeux  U  vieille  ville  de  Pavie,  hérissée  des  tours  de» 
familles  nobles  qui  lui  avaient  valu  le  nom  de  «  Ville  aux  cent  tours  »  », 
—  est  embarrassant  dans  son  dernier  mot.  La  leçon  que  j'ai  donnée  est 
celle  du  ms.  de  Bruxelles  et  de  l'un  de  mes  mss.  italiens  (l'autre  a  ahtkie}  ; 
celui  de  Munich  porte  galati^  lia  »  Vieille  maison  »  lit  aussi  Galatiae)  ;  tous 
les  mss.  angles  oni  alicU. 

La  seule  explication  qui  ait  été  proposée  est  celle  de  Docen,  qui, 
acceptant  la  le^on  Galatu.yvo'n  une  allusion  au  poème  de  Pamphiliu^  où 
l'béroine  s'appelle  Cixlaua  ;  mais  on  ne  comprend  pas  ce  que  cette  allusion 
signifierait.  Les  autres  éditeurs  ou  commentateurs  n'ont  pas  essayé  de 
comprendre.  —  Il  faut  lire  Alithia  (plutôt  que  Aie-),  et  reconnaître  là  une 
allusion  à  la  célèbre  églogue  de  Theodulus,  où  le  berger  PstustiXy  qui 
représente  le  paganisme,  dispute  contre  la  bergère  Alithia^,  qui  repré- 
sente la  retigion  chrétienne.  Le  poète  veut  dire  que  de  toutes  ces  tours  de 
Pavie.  qui  contiennent  tant  de  Ihalamoi  Veneris,  on  n'en  trouverait  pas 
une  qui  servit  de  demeure  à  la  chaste  et  pieuse  Alithia.  —  Remarquons 
que  ce  mol.  précisément  sous  la  forme  où  l'offrent  les  mss.  anglais  de  la 
CoRJtisw  (et  plusieurs  mss.  de  \^Eciogà\ ,  est  devenu  un  nom  propre  anglais, 
Aiicia,  qui  a  passé  en  français,  Alice,  et  qui  signifie  donc  «  Vérité  «.  a 

G.  P. 

II. 

CHANSON  ANONYME 
(Ms.  fr.  46  de  la  Bibl.  royale  de  Stockholm) 

Le  œs.  46  de  la  bibliothèque  royale  de  Stockholm  contient,  comme  on 
lésait  par  te  catalogue  de  M.  Siephens.le  roman  â'AthisetProphilias;  il 


1.  Je  ne  justifie  pzs  ici  la  lecoa  que  j'ai  adoptée  pour  le  v.  ). 

2.  Oa  en  voit  encore  i  Pavie  plusKurs  vestiges,  mais  aocune  n'est  restée 
detMut  comioe  À  Bologne. 

3.  L'accentuation  Aliiha  est  celle  du  moyen-âge;  voy.  Thurot,  la  Grammairt 
M  mo)m  âst,  p.  40C1.  L'auleur  de  VEcloga  scande /t/nnûi. 

^  Il  ne  faut  pas  confondre  ce  nom  avec  celui  d'Alis  (Alts  est  une  variante 
orthographique),  qui  remonte  à  l'ancien  français  Ailt:^  AJalii,  et  c»t  d'origine 
gernaaiqtie. 


I 


96  MËUNGES 

a  été  achevé  en  1 399.  Sur  le  dernier  feuillet,  resté  blanc,  une  main  un  peu 
plus  récente  a  écrit  une  chanson  qui,  à  ma  connaissance,  ne  se  retrouve 
dans  aucun  de  nos  chansonniers.  Cette  chanson  a  été  publiée  par  M.  P. 
A.  Geiier,  professeur  à  l'université  d'Upsal^  dans  te  t.  TU  (nouvelle 
série]  de  la  Nordisk  Tidskrifi  for  FMogi.  Ce  recueil  étant  peu  répandu 
en  France,  j'ai  pensé  qu'il  n'était  pas  inutile  de  la  reproduire.  Ayant  eu 
l'occasion  de  collationner,  avec  M.  Geijer  lui-roëme,  te  ms.  de  Stock- 
holm, j*ai  reconnu  que  sa  copie  était  parfaitement  exacte.  Mon  édition 
ne  diffère  donc  de  la  sienne  qu'en  ce  qu'il  a  reproduit  te  manuscrit  sans 
changement,  tandis  que  j'ai  corrigé  et  rejeté  en  note  plusieurs  leçons  ;  en 
outre  j'ai  modifié  en  quelques  points  la  distinction  des  mots  et  la  ponc- 
tuation. —  Bien  qu'elle  ne  sorte  pas  du  cadre  ordinaire  des  composi- 
tions du  même  genre,  cette  chanson  n'est  pas  sans  intérêt;  la  compa- 
raison de  l'Amour  à  un  cavalier,  auquel  celui  qu'il  a  dompté  demande  au 
moins  de  le  diriger  sagement,  rappelle  des  métaphores  familières  à  l'art 
et  à  la  poésie  antiques  '.  Le  style  un  peu  obscur  n'est  pas  commun  ;  on 
y  trouve  quelques  expressions  intéressantes  que  j'ai  signalées  en  note. 

M.  Geijer  a  déjà  remarqué  qu'il  y  avait  désaccord  entre  la  langue  de 
l'original  et  celle  du  copiste,  et  il  a  pensé  que  ce  dernier  avait  en  partie 
détruit  les  formes  bourguignonnes  de  l'original,  tout  en  les  maintenant  çà 
et  là  (moig,  cruir^  etc.).  Je  pense  plutôt  que  notre  chanson  a  été  affublée, 
comme  beaucoup  d'autres  monuments  de  notre  poésie  lyrique, de  formes 
bourguignonnes  (ou  au  moins  oricnialesj  qui  étaient  étrangères  à  l'au- 
teur, et  je  les  ai  fait  disparaître  de  mon  édition.  Le  copiste  ne  prétait  pas 
à  la  rime  une  attention  suffisante  :  il  écrit,  dans  la  rime  en  âiVi,  maig, 
ainz,  frein,  Gauuig,  pour  main,  ain,  frain,  Gauvain,  dans  la  rime  en  er, 
d'ailleurs  régulière,  crieir  et  gardeir.  Sauf  ces  retours  trop  fréquents  à  ses 
habitudes  graphiques,  il  a  asse^  bien  rempli  b  tâche  qu'il  s'était  donnée. 
Les  rimes,  étant  les  mêmes  dans  les  cinq  strophes  de  neuf  vers  et  l'envoi, 
—  oir  ain  ir  er,  —  ne  nous  fournissent  pas  grands  éclaircissements  sur  te 
dialecte  de  l'auteur.  La  rime  en  ain  donne  lieu  à  quelques  remarques. 
Frein  et  pldn  sont  admis  dans  celte  rime,  ce  qui  parait  indiquer, 
d'une  manière  générale,  la  région  orientale  de  !a  France.  Tain  pour 
teneo  ne  se  trouve  à  ma  connaissance  que  dans  des  textes  écrits  en  Picardie, 
de  même  que  tdigne,  —  et  les  formes  parallèles  vain^  vaignt.  Dans  ces 
formes,  le  changement  de  r  y|  en  consonne  ïfn/o,  venjo^  —  tenja^ 
venja],  a  empêché  b  diphthongaison  ;  le  changement  de  et  en  ak%l 
postérieur.  L'extension  des  formes  en  «,  ai^  à  d'autres  personnes  du 
présent  de  l'indicatif  [tant,  taint\  est  due  à  l'analogie  et  se  rencontre , 
d'ailleurs  rarement.  —  Enterain,  qu'on  pourrait  croire  déformé  à'tnterin^- 


I.  Elle  se  retrouve  d'ailleurs  dans  la  poésie  lyrique  italienne  et  provençale. 


CHANSON    ANONYME 


97 


pour  la  rime,  peut  s'expliquer  autrement  :  il  est  tiré  d*tniier  comme 
premerain  de  premier;  mais  je  ne  me  souviens  pas  d'en  avoir  rencontré 
d'exemples.  —  Gaain  pour  gaain g  est  à  noter,  et  marque  sans  doute  une 
époque  peu  ancienne  fxiir  siècle),  indiquée  d'ailleurs  par  l'ensemble  de  ta 
langue  et  l'allusion  à  Cauvain  ;  mais  je  ne  saurais  dire  si  la  disparition  du 
mouillement  dans  les  formes  semblables  s'est  produite  plus  tôt  dans  telle 
ou  telle  partie  de  la  France. 

M.  Geijer  a  vainement  cherché,  dans  les  collections  publiées  de  pièces 
lyriques  du  moyen-âge,  une  chanson  exactement  construite  comme  la 
nâtre.  Je  n'en  ai  pas  trouvé  davantage.  Les  trouveurs  français,  comme 
les  troubadours  provençaux  et  les  minntsingtr  allemands,  s'astreignaient 
à  jeter  chacune  de  leurs  compositions  dans  un  nouveau  moule.  Les  diffé- 
rences qui  séparent  une  formule  de  l'autre  sont  à  la  vérité  légères,  et  au 
premier  coup  d'œil  toutes  ces  pièces  paraissent  presque  pareilles  ;  mais 
quand  on  les  analyse,  on  voit  que  chacune  d'elles  présente  quelque  trait 
particulier.  Parmi  les  chansons  du  roi  de  Navarre,  pour  ne  citer  id  qu'un 
exemple,  il  n'y  en  a  pas  deux  qui  offrent  la  même  construction.  S'il  n'était 
pas  permis  à  un  poète  de  se  répéter,  â  plus  forte  raison  ne  pouvait-il 
s'approprier  le  rhythme  qu'avait  Uoavè  un  prédécesseur.  Il  y  a  cependant 
quelques  exemples  de  reproductions  de  ce  genre,  mais  alors  elles  sont 
expressément  désignées  comme  telles.  Ainsi,  une  pièce  de  Jaque  df 
ramerai  Mire,  douce  créature,  porte  ce  titre  dans  le  ms.  de  Berne  :  ou 
chant  de  ta  glaie  meure,  c'est-à-dire,  comme  l'a  remarqué  P.  Meyer,  que 
u  cette  pièce  est  imitée,  pour  la  forme,  de  celle  de  Raoul  de  Soissons  : 
Quant  voi  Id  glaie  meure  ^.  »  L'auteur  anonyme  d'une  chanson  publiée  à 
la  suite  de  celles  du  châtelain  de  roucj  débute  ainsi  »  : 

Lî  chastelains  de  Couci  ama  tant 

Qu'aine  por  amor  nus  nen  ot  dolor  graindre  ; 

Por  ce  ferai  ma  complainte  en  son  chant. 

El  la  pièce  est  effectivement  modelée  sur  la  plus  célèbre  des  chansons 

do  chiielain  : 

A  vous,  amant,  plus  qu'a  nuie  autre  gent 

M.  Geijer  a  cité  plusieurs  chansons  dont  la  forme  ressemble  à  ta  nAtre. 

Hè  t  dieus  d'amours,  qui  m'as  doné  voloir 
Asprc  et  hardi  d'amer  en  lieu  hautain. 
5  Por  quoi  m'as  tu  tollu  mon  franc  pouoir, 
Qu'a  ma  dame,  cui  je  serf  soir  et  main 
Et  servirai  de  fin  cuer  entcrain, 


I  du«.  dcnei  —  2  an  —  4  qui,  s.  a  maig  '-  j  Aseruirai,  anterain 

(  -  Dûcamtnts  roânatcnts,  etc.,  p-  2i\. 

2.  Chansons  du  cbdteUin  dcCoacy^  p.  p.  Fr.  Michel, p.  101. 

Komania,  Vtt  f 


^8  MÉLANGES 

6  Ne  puis  au  moins  mon  penser  regeir? 

Lairas  me  tu  de  tele  mort  morir!* 

Oste  me  tost  l'autain  voloir  d'amer, 
9  Ou  tu  me  ren  le  pouoir  de  parler. 

Se  je  de  toi  pousse  droit  avoir, 

Je  m'en  plainsisse  avant  hui  que  demain  ; 
12  Car  li  plusour  me  tesmoignent  pour  voir 

Que  la  belle  que  je  de  fin  cuer  ain 

A  si  de  bien  le  cuer  et  le  cors  plain 
I  )  Que  riens  n'en  pert  qui  ne  vaigne  a  plaisir. 

Las  !  a  moi  font  tout  si  fait  esbair. 

Se  ces  torz  faiz  ne  me  fais  amender, 
i8  Je  te  ferai  tes  oublées  crier. 

Hai  !  com  tu  me  faiz  souvent  doloir  I 

Comment  as  tu  le  cuer  si  très  villain 
2 1  Que  tu  me  poinz,  et  quant  je  cuit  movoir 

Si  me  refîers  en  la  gorge  dou  frain  ? 

Par  ton  ennui  feroies  tu  Gauvain, 
24  S'ilrevivoit,  de  lin  corroz  partir. 

Mène  moi  plain,  puis  me  fai  poursaillir 

Quant  besoinz  iert;  ainsi  pourrai  durer, 
27  Et  tout  adès  a  chemin  amender. 

Tu  penses  tant  as  autres  esmovoir 

A  toi  servir  que  moi,  qu'a  toi  me  tain, 
jo  As  mis,  ce  croi,  dou  tout  en  nonchaloir, 

Si  que  j'en  sent  mon  martire  prochain. 

Si  n'i  voi  je  t'onnour  ne  ton  gaain  : 
3j  Car  je  pris  plus  celui  qui  set  garnir 

6  a  moinz,  pancer  reiair  —  7  Lairais  —  9  ran  lou. 

10  pausse  —  1 1  le  man  —  1  j  ainz  —  14  Ai  —  16  sui  f.  esbaiir  —  17  fais 
1 8  crieir 

19  Haij  —  20  Commant  — 21  quit  —  22  refierz  an,  frein  —  23  Por,  gauuig 
—  2  j  Me  ne  me  pi.  —  26  asint  —  27  chamin. 

29  pances  —  }o  an  n.  —  ;  1  ian  sant  —  32  ne  u. 

V.  9.  Sur  cette  construction  de  l'impératif  avec  le  pron.  de  la  2«  pers.,voy. 
Alexis j  D.  189. 

V.  18.  «  Je  te  ferai  crier  tes  oublèes,  >  c'est-à-dire  je  te  maltraiterai  si  bien 
que  tu  en  jetteras  les  hauts  cris.  Les  crieurs  d'oublàs  (oublies)  qui  parcouraient 
sans  cesse  les  rues  de  Paris  sont  souvent  mentionnés  dans  les  anciens  textes.  Le 
I  mot  oublie  s'est  sans  doute  changé  en  oublie  par  étymologie  populaire.  —  On  a 
dit  de  même,  plus  tard,  1  crier  les  petits  pâtés  »  pour  ■  jeter  ae  grands  cris,  > 
et  spécialement  pour  ■  accoucher  ■  (voy.  Littrè,  au  mot  pdU).  —  Crier  oublie 
f  est  dit  dans  un  autre  sens,  par  jeu  de  mots,  pour  i  oublier.  1 

V.  25.  Le  copiste  n'ayant  pas  compris  le  début  de  ce  vers,  a  sans  doute 
changé  machinalement  moi  en  me  ;  cependant  me  ne  serait  pas  inadmissible.  — 
Poursaillir  se  dit  à  la  fois  du  cheval  qui  galope  (c'est  le  cas  ici),  et  de  celui  qui 
le  fait  galoper,  qui  le  poarsaat. 


.        CHANSON   ANONYME  99 

Ce  que  pris  a,  si  qu'il  le  puist  tenir, 
Que  celui  qui  vait  aitlors  conquester 
36  Et  pert  ice  que  il  devrait  garder. 

Je  pens  souvent  qui  je  porrai  faire  hoir 

De  mon  désir  ;  car  je  sai  de  certain 
}9  Que  je  n'ai  cuer  qui  puisse  recevoir 

Son  escondit  ;  et  d'autre  part  en  vain 

Ai  travaillié;  s'ai  droit  se  je  m'en  plain, 
42  Quar  je  ne  puis  l'un  ne  l'autre  soffrir. 

Si  faz  mon  lais,  et  doin  le  mien  désir 

A  celui  cui  ma  dame  vueut  amer  : 
4j  Car  nus  autres  nou  porroit  endurer. 

Paour  de  mort  me  fait  le  cuer  frémir, 
iion  .pai_po.ttr  taqt  que.  je  dout  a  mourir, 
Mais  pour  ice  qu'il  m'estouvra  cesser 
49  De  vos  amer,  et  un  autre  engresser. 


III. 
MOTETS. 

I. 

Le  Musie  britannique  a  acquis  le  6  octobre  1876,  de  M.  J.-P.  Berjeao, 
bibliographe  bien  connu,  un  fragment  d'un  recueil  de  motets  français  et  latins 
notés  en  musique,  qui  a  reçu  le  n"  addit.  30,091 .  C'est  un  cahier  de  six  feuiU 
lets,  ayant  143  millimètres  de  hauteur  sur  104  de  largeur.  L'écriture  est  de  la 
seconde  moitié  du  Xni«  siècle,  un  peu  plus  ancienne,  ce  me  semble,  que  celle  du 
gros  recueil  de  la  Bibliothèque  de  la  Faculté  de  médecine  de  Montpellier  (n"  196) 
dont  quelques  extraits  ont  été  publiés  ici-même,  t.  I,  p.  40)*6.  On  va  voir  que 
phtâcnrs  des  pièces  du  fragment  de  Londres  se  retrouvent  dans  le  ms.  de  Mont- 
pellier. 


.,Va 


34  pr.  ai  si  quis  le  puest  —  3)  uai  allours  —  36  A  p.,  gardeir 
Ï7  pans  souent,  porra  —  39  peusse  —  40  an  v.  —  41  trasuallle,  ie  man  — 
fais  mon  tas  — 44  qui,  uueit  —  4}  andurer. 
46  mor  —  47  que  doutoie  —  48  mestouurai  —  49  ai  un  autre  angresser. 


V.  39.  <  Je  n'ai  cœur  qui  puisse  souffrir  >,  pour  «  mon  cœur  n'est  pas 
capable  de  souffrir  >  ;  locution  fréquente. 

V.  42.  «  L'un  ne  l'autre  >  :  soit  t  son  escondit  >,  soit  t  le  grand  travail  <\\ie 
l'amoor  m'impose.  > 

V.  49.  Je  ne  comprends  pas  ce  vers,  que  je  suppose  altéré.  En  se  reportant 
i  la  strophe  précédente,  on  peut  croire  que  le  sens  est  :  c  II  me  faudra  vous 
laisser  et  vous  abandonner  à  un  autre,  en  enrichir  un  autre.  » 


100  MÉLANGES 

1 .  —  Fol.  1 ,  r*  et  V*,  motet  latin  ayant  pour  ténor  Nostrum  *. 

0  Maria,  decus  angelorum.... 

2.  —  Fol.  I  v<*,  motet  latin  ayant  pourténor  Flos  fiUas  ejas  : 

Candida  virginitas  utlilium.... 

].  —  Fol.  1  yOj  motet  français  qui  se  retrouve  dans  le  ms.  Noblet  de  la 
Clayette,  sans  l'indication  du  ténor  : 

En  mai,  quant  rose  est  florié  >, 
Que  j'oi  ces  oisiaus  chanter, 
Me  covient  par  druerie 

Joie  démener. 
C'est  la  fins  :  je  wel  amer; 
Et  si  ne  croi  mie 
Qu'ele  sace  ja 
Dont  vient  li  maus      d'amer  qui  m'ocira;         [foi  2). 
K'onques  en  ma  vie 
D'amor  n'oi  déport; 
Mais,  se  je  n'ai  vostre  aie 
Vostre  amor,  vostre  confort, 
Pucieleï  sans  ami,  vos  m'avez  mort. 

Flos  filias  ejus. 

4.  —  Fol.  2  r<>et  v<>.  Pièce  latine  qui  se  retrouve  dans  le  ms.  Egerton,  274^ 
du  Musée  britannique,  sous  la  rubrique  de  Advocatis,  et  que  j'ai  publiée  d'après 
ce  ms.  dans  l'appendice  de  mon  premier  rapporta  Comme  te  recueil  des  poésies 
latines  contenues  dans  le  ms.  Egerton  est  précédé  de  ces  mots  :  ïncipmnt  dicta 
magistri  Ph.  ^uondam  cancellarii  Paris'unsis,  la  pièce  en  question  est  probablement 

1 .  Ce  ténor,  comme  tous  ceux  qui  vont  être  cités,  est  d'un  fréquent  emploi  ; 
on  tes  trouvera  tous  dans  la  table  des  ténors  latms,  dressée  par  M.  de  Cousse- 
maker,  VAn  harmonique^  p.  266-8. 

2.  On  connaît,  par  la  table  du  ms.  de  Montpellier  qu'a  publiée  M.  de  Cous- 
semaker  {An  harmomqm^  p.  249  b)  une  pièce  dont  le  début  est  le  même,  mais 
la  suite  diffère.  La  voici  (toi.  204)  : 

En  mai,  quant  rose  est  florie. 

Par  matin  s'est  esveillie 

Marot,  s'a  Robin  trové  ; 
Si  li  reprneve  ta  bone  compaignie 

Que  adès  li  a  porté, 

Q^or  li  a  le  dos  tornéi* 

Il  li  a  dit  et  juré 
Par  la  foi  qu'il  doit  Diu  einsint  n'est  il  mie  : 

Se  j'ai  demouré 

Aveques  m'amie 

N'est  pas  a  mon  gré. 

3.  Ms.  La  Clayette  :  BrunttU. 

4.  Archives  des  Missions,  2'  série,  III,  288-9;  tiré  à  part,  p.  42-3. 


MOTETS  I 0 I 

l'ouvre  du  chancelier  Philippe  de  Grève,  que  l'on  sait  d'aillears  avoir  composé 
de  nombreuses  poésies  rhythmiqucs  '  . 

Venditores  labiorum 
Fleant  advocati.... 

\ ,  —  Fol.  j ,  motet  français  que  contient  aussi  le  ms.  de  Montpellier,  fol.  2 }  f , 
et  que  M.  de  Cousscmaker  a  publié  dans  l'An  harmoni(iut  aax  XII*  cl  XUl"  »«-  | 
Wri,  p-  314-  Le  ténor  qui  esl^  dans  le  ms.  de  Montpellier  Lalus^  est  ici  Jokannt. 
M.  de  Coussemalcer  a  commis,  selon  son  habitude,  plusieurs  fautes  de  copie; 
ainsi  au  v.  1,  sais^  lis.  sai;  v.  a,  yiiainie,  lis.  vilanu.  Quoique  le  texte  du  ms. 
add.  K0091  soit  Â  peu  prés  identique  à  celui  de  Montpellier,  je  le  transcrirai. 


Ne  sai  ke  je  die, 

Tant  voi  vilonnie 
Et  orguel  ei  felonnie 

Monter  en  haut  pris. 

Toute  conjricsie 

S'en  est  si  fuie 
K*cn  lout  cesi  siècle  n*a  raie 
De  bons  dis. 


Car  ypocresie 
Et  avarisce  s'amie 
Les  ont  sisoupris, 
12      Chans^qui  plus  ont  pris, 
Joie  et  compagnie 
Tienent  a  folie, 
i  î  Mais  en  derrière  font  pis. 
Johanne. 


6.  — Fol.  }  v,  pièce  latine  où  sont  blâmées  les  moeurs  du  clergé-  La  voici: 


5 


Tedet  intueri 

Me,  quod  vita  cleri 
Mulio  pejor  vult  haberi 

Hodiequam  heri. 

imendemes  eri, 

Singulares  feri, 
Viu,  verbo,  corde  meri 


Cupiunt  teneri. 
Querunt  omnes  promoveri, 
10      Nec  formidant  veri 
Régis  Assueri, 
iudicisseveri. 
De  libro  deleri. 

Te  decet. 


y,  —  Pol.  j  V'  et  4,  pièce  latine  en  l'honneur  de  la  Vierge.  Se  trouve  encore 
aux  folios  £4-6  du  ms.  de  Montpellier,  avec  le  même  ténor  qu'ici,  GauJcbit. 
0  quam  sancta,  quam  benigna 
Mater  Salvatoris 

8.  <—  Fol.  4  V*  et  t,  pièce  latine  qu'on  peut  lire  dans  VArt  harmom^uc  de 
M.  de  Coussemaker,  p.  219,  qui  l'a  publiée  d'après  le  ms.  de  Montpellier. 


I.  Aux  témoignages  que  j'ai  réunis  sur  ce  point  dans  mon   mémoire  sur 
Henri  d'Andeli  et  le  chancelier  Philippe  (voy.   Romania^  1,  196-9),  il  convient 
d'ajouter  celui-ci  que  je  tire  du  Carolmui  de  Gilles  de  Paris  : 
....  generis  consortis  el  oris 
Aitisoni  pctct  dictantem  jura  Philippum. 

(Bouquet,  XVII,  ^97  e.) 

Dans  ta  marge  du  ms.  un  scolia:>te  a  écrit,  en  regard  de  PhiUopam^  <  de 
Crevé  «,  sur  quoi  D.  Brîal  remarque  qu'il  s'agit  plus  vraisemblaMcment  du 
jurisconsulte  f^hiiippe  de  Novarrc,  mais  il  se  trompe  :  c'est  bien  Philippe  de 
Grève  que  l'auteur  a  voulu  désigner. 

a.  Ms.  de  Montpellier  ctui  (Cfoussemaker,  ctitx). 


102  MÉLANGES 

fol.  67.  Elle  se  rencontre  aussi  dans  le  vas.  Egerton,  274,  fol.  $4  v».  Ténor  : 
In  scculum  : 

In  omni  fratre  tuo 

Non  habeas  fiduciaro 

9.  —  Fol.  s  v«,  pièce  en  l'honneur  de  la  Vierge  que  contient  aussi  le  ms.  de 
Montpellier,  le  texte  dans  VArt  barmoniqut^  p.  218.  Ténor  :  alléluia  : 

Virgo  decus  castitatis, 
Virgoregia 

10.  —  Fol.  6,  autre  pièce  en  l'honneur  delà  Vierge.  Ténor  :  In  saalum  : 

0  felix  puerpera 
Flos  virginum 

1 1.  _  Fol.  6,  r'  et  V,  pièce  pour  l'Assomption.  Ténor  :  Cumqut  : 

Hacin  dulce  melos 
Assumpte  matris  angelos 

1 2.  —  Fol.  6  V*,  pièce  en  l'honneur  de  la  sainte  Croix.  Ténor  :  Sustincre  : 

Cruci  Domini 
Sit  cunctis  bons  laus  parata 

II. 

De  tous  les  genres  de  la  poésie  française  celui  peut*ètre  qui  a  eu  le  moins 
d'écho  dans  la  Grande-Bretagne,  c'est  le  genre  lyrique.  Non  que  la  poésie 
lyrique  soit  inconnue  à  la  littérature  a ngio- normande,  mais  elle  y  a  des  carac- 
tères, sinon  très-originaux,  du  moins  assez  différents  de  ceux  qui  distinguent  la 
poésie  lyrique  de  France'.  Il  n'est  pas  ordinaire  de  rencontrer  des  chansons  ou 
françaises,  ou  composées  dans  le  genre  français  dans  les  mss.  exécutés  en  Angle- 
terre. En  voici  une  pourtant  (ou  plutôt  trois}  qui  se  trouve  i  la  fois  dans  le 
recueil  de  Montpellier  (fol.  28}-4)  et  dans  le  ms.  Douce  139,  toi.  170  v".  Je 
la  donne  d'après  ce  dernier  ms.,  où  elle  a  été  inscrite  par  un  écrivain  anglais 
(on  le  verra  de  reste!)  au  commencement  du  XIV"  siècle. 

I. 
Au  queer  ay  un  maus      ke  my  destreynt  sovent  : 
Amurs  m'ount  naufré      de  un  dart  si  cruelment 
Ke  joe  ne  purroye      vivere  lungement, 
Si  de  ma  doiur      n'avoy  aleggement. 
Kar  ayet  de  moy      merci',  dame  au  cors  gent, 
6  Ke  ausi  ey  joe      de  vus  joye  »  cum  joe  vus  aym  de  quer  loyaument. 

II. 
Ja  ne  mi  4  repentirai  de  amer 

I.  Je  publierai  quelque  jour  une  collection  de  poésies  lyriques  anglo-nor- 
mandes que  j'ai  recueillies  en  divers  mss.  d'Angleterre. 

2  Montpellier  pitié.  —  j  Montp.  Si  aie  je  de  vos  joie.  —  4  Montp.  m'en 


SURGE  103 

Pur  maus  nuls  ke  joe  puse  '  endurer. 
Ey  !  dame  au  vis  cleer 
Moût  m'en  >  plest  vostre  gent  cor  a  remirer, 
Kar  en  vus  sunt  mis  i  tut  my  pensers, 
Ne  ja  ne*  quer  mun  quer  ousier. 
7  Si  vus  pri  ke  de  raoy  vus  voille  remembrer, 
Kar  joe  ne  vus  purroye  ubblier. 

III. 
Joliettement      my  teent  li  maus  d'amer, 

Joiiettement. 
Ma  très  douce  dame      a  ki  m'en  suy  doné, 
Joliettement     mi  teent  li  maus  d'amer 
Jo  vus  serviray      de  fin  quer,  sauns  fauser, 
Ben  e  loyaument. 
7  Joliettement      my  teent  li  maus  d'amer, 
Joliettement. 

C*est  comme  on  voit  un  motet  à  trois  parties.  Dans  le  ms.  de  Montpellier^ 
U  troisième  partie,  le  ténor,  qui  est  ici  un  rondeau,  n'est  indiquée  que  par  son 
premier  mot.  Pour  les  deux  autres,  la  leçon  du  même  manuscrit  l'emporte  nota- 
blement sur  ta  copie  anglo-normande,  j'ai  tenu  néanmoins  à  publier  cette 
dernière,  comme  curiosité. 

La  première  et  la  troisième  partie  offrent  des  vers  de  onze  syllabes,  avec  la  1 
pause  placée  après  la  cinquième  syllabe.  On  connaît  d'autres  exemples  de  ces 
deux  coupes  : 

D'una  leu  chanso      ai  cor  que  m'entremeta. 

(Guill.  PeiredeCazals.) 
Sia  diligens,      savis  e  coratjos 

{Leys  ^amors^  I,  1 16.} 

Bels  m'est  fans  en  mai      quant  voi  lou  tens  florir 

(Chansonnier  de  Berne,  n*  68.) 
Pour  moi  renvoixier      ferai  chanson  novelle. 

[Ihid.,  n«  384.) 
P.  M. 
IV. 

SURGE. 

Je  crois  pouvoir  ajouter  le  mot  surge  à  la  liste  de  ceux  où  un  d  latin, 
devant  un  i  consonne  précédant  une  voyelle,  s'est  changé  en  français 
en  r  (voy.  Rom.^  VI,  254).  La  laine  surge  est,  dit  M.  Littré,  «  la  laine 

I  Montp.  P.  mal  qat  me  conviegnc.  —  2  Montp.  Tant  mi.  —  )  Montp.  Ka  vous 
sont  torni.  —  4  Montp.  n'en. 


I04  MÉLANGES 

qui  se  vend  nns  avoir  été  lavée  ni  dégraissée.  »  Cette  laine  se  disait 
I  en  btin  UMâ  su^iéj,  et  suriit  est  le  même  mot  que  sucida.  Sâcida  s'est 
dun^  en  siJicé,  par  l'attraction  du  suffixe  si  répandu  -icus  let  peut- 
4tre  pure  qu'on  a  voulu  rapprocher  le  mot  de  sudare';,  comme  ficidum 
ipoorjÇMûuii.  ^V.ffum.  voy.  Rom,,  VI,  1521  s'est  changé  en  jidkam.  De 

IU  Utm  sùnt  puis  sarje  surge;  c'est  ainsi  que  miriCj  de  médicum,  a  donné 
mirfi^  mir^e,  d'où  le  dérivé  m/VgiV,  a  art  médical.  »  —  L'it.  sûcido, 
l'csp.  wfit?.  proviennes  directement  de  sùadus;  peut-être  le  port,  sujo 
se  raiiachc-Hl  A  sudtcus;  Tii.  stidicio  représente  un  dérivé  sudicius,  et  je 
crois  aussi  reconnaître  cette  forme  dans  l'esp.  soez,  L'étymologie  suis 
(dans  Prudence  pour  sas],  proposée  par  Diez,  ne  paraU  guère  plus 
vralMmblable  que  celle  de  sub  faece  qu'il  rejette.  La  terminaison  con- 
«oiuntique  du  mol  n'est  pas  plus  surprenante  que  celle  à'aprendîz  ou  de 
10/ji  ici.  Joret,  Homamas  1,  4^5-6};  IV  représente,  en  regard  de  l'ide 
4frtM,Us,  ctc.t  \'i  originairement  bref  de  sikidits,  sàdkusy  sudicius'. 

G.  P. 

V. 
UKS  OIX-SKPT  CENT  MILLE  CLOCHERS  DE  LA  FRANCE. 

D*Rpr^c  le  rtccRKment  de  1876  la  France  compte  i6.o$6  communes. 
C«  chWre  eût  paru  bien  mesquin  à  certain  réformateur  inconnu  sur  les 
IHvirU  duquel  le  hasard  de  mes  lectures  m'a  fait  rencontrer  quelques 
lémutti^nat;»  qui«  vraisemblablement,  ne  sont  pas  les  seuls  qu'on  pour- 
réx  recueillir. 

lUni  le  récit  de  la  procession  de  la  Ligue  par  lequel  s'ouvre  la  Satire 
M^nippée,  le  recteur  de  TUnivcrsité  tient  ce  discours  : 

t  Ch  FniHt  •  éiX'Sept  (tnt  milU  elochtts  dont  Parts  n'est  compté  que  pour  un  : 
4M'(«»  pr»nnr  dt  chacun  clocher  un  homme  catholique,  soldoyé  aux  despens  de 
I,»  pai^XMf,  t\  ijiic  les  deniers  soycnt  maniez  par  les  docteurs  tn  théologie,  ou 
pnuT  It  inoiiiv  ttraduc/  nommez,  nous  serons  douze  cents  mille  combatans,  et 
(tih)  <nit  mille  pionnirn  > .  Alors  tous  les  assistons  furent  veus  tressaillir  de  joye 
*l  l'ttcner  :  «  0  coup  du  àel  !*  ■ 

Sur  quoi  Le  Duchat  dit  en  noie  :  »  L'avis  des  dix-sept  cent  mille 
€  clochers  (ut  proposé  par  Jacques  Cceur  au  roy  Charles  VII,  ei  c*est 
H  de  cela  dont  il  se  moque.  ■> 


l 


.  Cm  Article  était  imprimé  quand  |c  me  suis  aperçu  que  M"  C.  M.  de  Vas- 
■  vjit  M\S  ratijchê  wt:  à  suciJus  (SUiditn  lur  fom    VVortnh.,  p.  2i6i. 
1  ttle  le  tire  d'une  lonnc  tuJuui,  qui  expliquerait  difficilement  le  :  cl 
|Ui  1  iiblittT  en  outre  i  admettre  un  chanjtetnent  d  accent  qui  est.  comme  elle  le 
II,  (vuri  mtt  en  eipagnol. 
t.  Kd>lh«  de  Kativbonne,  1716,!,  r^. 


LES    DIX-SEPT   CENT    MILLE    CLOCHERS    DE    LA    FRANCE  10^ 

J'ignore  sur  quel  fondement  Le  Ouchat  a  attribué  à  Jacques  Cœur, 
boinme  de  sens,  un  calcul  aussi  extraordinaire  :  ce  qui  est  certain, c'est 
que  le  plan  merveilleux  dont  se  moque  la  Satire  Ménippée  fut  proposé 
sous  CharlesVI,alors  que  le  célèbre  financier  de  Charles  Vil  était  encore 
dans  sa  plus  tendre  enfance.  Voici  en  effet  ce  qu'on  lit  dans  la  Chronique 
du  Religieux  de  Saint-Denis,  livre  XXVI,  ch.  xxui,  à  l'année  1405.  Je 
die  d'après  !a  traduction  de  M.  t3ellaguei  (111,  $$0)  : 

Pradjnt  que  le  duc  de  Bourgogne  avisait  dans  le  conseil  aux  moyens  de  réduire 
les  ImpAts,  quelques  gens  proposèrent,  pour  avoir  plus  d'argent,  de  taxer  â 
vingt  écus  d'or  par  an  toutes  les  villes  et  tous  les  villages  de  France,  dont  ils 
évaluaient  le  nombre  à  1,700,000.  Ils  n'en  exceptaient  que  700,000,  qui  avaient 
été  ruinés  par  les  malheurs  de  la  guerre  et  1rs  épidémies.  Ils  calculaient  que  cela 
produirait  une  somme  de  vingt  millions,  sur  laquelle  on  pourrait  payer  une  solde 
de  trente  écus  d'or  par  mois  à  chaque  chevalier,  et  de  vingt-quatre  à  chaque 
êcojfer  pour  continuer  la  guerre;  et  qu'en  prélevant  deux  millions  pour  l'entre- 
licn  du  roi  et  autant  pour  les  gages  des  collecteurs,  et  en  appliquant  te  quart 
d'oD  million  aux  fortifications  et  aux  réparations  des  places,  on  ferait  encore 
rentrer  chaque  année  trois  millions  dans  le  trésor  royal.  Comme  on  est  toujours 
disposé  à  se  laisser  séduire  p<ir  l'attrait  de  la  nouveauté,  ]cs  gens,  même  les  plus 
sensés  et  les  plus  sages,  applaudirent  à  cette  proposition.  Mats  quand  on  sut  que 
ces  donneurs  d'avis  n'étaient  avoués  m  par  le  roi  ni  par  les  seigneurs  de  France, 
on  ne  songea  plus  qu'à  s'en  amuser  et  à  les  tourner  en  ridicule. 

C'est  vraisemblablement  à  cette  occasion  que  fut  composée  la  pièce 
suivante,  qui  a  été  écrite  au  xV  siècle  dans  le  ms.  de  la  Bibl.  nat.  fr. 
1881,  fol.  iiSy*-  : 

Dix  et  sept  cens  mille,  ce  dit  l'on, 
A  de  villes  le  roi  Karlom  ; 
Ce  .iiii.  Frans  paioit  chasque  ville, 
4  Six  mitions  e  sept^  cens  mille 
Pourra  le  roy  meclre  au  lresor(t), 
Mas  ques  nus  ne  l'an  face  tort; 
Sans  gens  d'église  et  gentillesse 
8  Ce  peut  bien  lever  seste  trcse^, 
Se'  mectre  jus  toutes  gabelles. 
Iroposicions  et  quastremes*; 
C'on  dit  par  tout  que  nostre  roys 
1 2  N'a  pas  de  .xv.  deniers  trois, 
E  li  peuple  tant  priera  Dieu' 
Jhesu  Christ  qu'il  lui  aidera. 
Ansin  porra  mener  sa  guerre. 
16 t 


t.  Corr.  hait. —  2.  Cott.  cresse,ât  cresccref — j.Corr.E/^ — 4.  Quatrièmes, 
sorte  d'iaiDÔt.  —  f.  Corr.  Duu  tant  pnaa  (prononcez  prua).  —  6.  La  rime 
mODlre  qu  il  manque  un  vers. 


T06  MÉLANGES 

Par  les  receveurs  du  demoigoc 

Se  peut  bien  lever  la  besoigne; 

Ausi  porronî  les  gcneraulx 
2Q  Courre  par  lez  bas  cl  lez  haull; 

Contreroleurs  etgrenelicrs  * 

Et  plusieurs  autres  officiers 

Se  porront  bien  aller  ebatre 
34  La  senuine  .iii.  fois  ou  .iiii.^ 

Princes,  aicz  votis  bons  avis 
Pour  povres  gens  de  plain  paîs  : 
Qui  escourche  .ii.  foiz  oe  tont, 
28  El  qui  trop  tire  trestot  ront,  etc.  {sic). 

Cette  petite  pièce  n'a  point  un  caractère  satirique  :  elle  est  visible- 
ment Pœuvre  d'un  homme  persuadé  de  l'efficacité  du  plan  qu'il  expose. 

Au  XVI*  siècle  encore  la  fable  des  i  ,700^000  clochers  n'avait  pas  perdu 
toute  créance,  semble-t-il,  car  l'exposé  du  Religieux  de  Saint-Denis  est 
reproduit,  sans  réserve  aucune,  au  dernier  feuillet  d'un  petit  livret 
intitulé  La  division  du  monde,  contenant  ta  déclaration  des  provinces  et 
régions  d'Asie,  Europe  et  Aphricqae,  œuvre  d'un  certain  Signot,  dont  la 
première  édition  est  celle  d'Alain  Loirian,  en  1  j  19 1.  Or  voici  ce  qu'on 
lit  â  ta  suite  de  cet  opuscule  : 

Calculaiion  âts  dcn'un  qui  peuvent  cstrt  tacz  en  France  : 
Autres  chrestien  royaulmc  de  France  a  dix  sept  cens  mille  ctochiers  (plus  ou 
moinsK  et  pour  les  pays  dommagez  on  en  rabat  .vij.  c.  mille;  ainsi  ne  restent 
que  dix  cent  mille.  Posé  le  cas  que  soubz  chascun  clochier  soient  environ 
.iiij.  XX.  feaz  :  soient  assir  a  chascun  .v.  solz,  le  fort  portant  le  foible,  font 
.XX.  livres,  qui  vallent  .xx.  millions  de  livres  par  an.  Sur  lesdictz  vingt  millions 
on  en  peult  prendre  tes  .viij.  millions  pour  payer  les  lances  et  souldoyers  qui 
sont  ordinairement  audici  royaulme;  plus,  pour  Testât  du  roy,  deux  millions, 
avec  son  demaine,  item,  pour  les  gaiges  des  recepveurs,  deux  aullres  millions; 
et  pour  la  réparation  des  places  et  pour  entretenir  l'artillerie,  cinq  millions. 
Reste  encore  trois  millions  a  disposer  au  plaisir  du  roy. 

Ce  morceau  a  paru  assez  curieux  au  chroniqueur  du  Puy,  Etienne  de 
Médicis,  pour  qu'il  l'ait  inséré  dans  sa  chronique  [II,  î57)- 

Enfin  Le  Duchai,  en  son  commentaire  sur  la  Satire  Ménippéc  (II.  71)1 
cite  un  extrait  du  Cabinet  des  trois  perles,  \s^^^  p<  5i  où  le  calcul  des 
dix-sept  cent  mille  clochers  est  traité  d'  «  impudente  menierie  n. 

P.  M. 


t.  Agents  des  gabelles;  voy.  Du  Cange,  gianatarius  2,  et  Cctgrave.  great- 
tiers* 

2.  Ils  pourront  s'aller  promener;  on  n'aura  plus  besoin  de  leun  services. 

(.  Pour  le  tilrc  complet  voy.  le  Manud  du  ubfaire,  sous  Ti»t\li:  et  Vi»\lR 
Di:s<;Htprio>. 


/   FINAL    NON    l-tTYMOLOCIQUE    CN    PROVENÇAL 


107 


VI. 

D'UN  EMPLOI  NON  ÉTYMOLOGIQUE  DU  T  FINAL 
EN   PROVENÇAL. 

Au  vers  $  de  la  pièce  publiée  dans  rarticle  qui  précède,  trésor  esi  écrit 
treson.  L'addiiion  de  ce  r,  que  l'éiymologie  ne  iusiifie  pas,  n'est  point, 
comme  on  serait  tenté  de  le  croire,  un  caprice  orthographique  :  c'est  la 
notation  d'un  fait  de  prononciation  qui  a  été  assez  fréquent  dans  le  Midi 
et  qui  se  conserve  encore  en  certains  lieux,  comme  je  vais  le  montrer. 
La  pièce  elle-même  que  je  viens  de  ciîer  parait  avoir  été  écrite  par  un 
méridional  :  du  moins  c'est  ce  que  donne  à  supposer  mas  au  v.  6, 
et  peut-être  escourche  au  v.  27. 

Voici,  dans  des  textes  de  pure  langue  d'oc,  des  exemples  analogues  à 
notre  tresort  : 

Cari  carncm)  dans  un  document  de  1426  écrit  à  Tarascon-sur-Rh6ne, 
Htcuiii  â^cinc'uns  textes^  partie  provençale,  n"  ^9.  —  Carîz,  au  cas  sujet 
du  singulier,  dans  la  Vie  de  saint  Honorât,  édition  Sardou,  p.  121  aj 
tarUy  au  pluriel,  ibid.,  p.  ^4. 

CavalUetiz  dans  Jaufré,  Raynouard,  Lnc.  rom.  I,  62  a. 

Catfoiiz,  Vie  de  saint  Honorât,  p.  j. 

Ergaeillu  dans  Jaufré,  p.  107  d. 

Jomt  (jouri,  dans  une  pièce  écrite  en  Auvergne  et,  selon  les  appa- 
rences. versij68ou  1269,  Recueil  d'anciens  textes,  partie  prov.  n*  jj 
I.  7.  —  Jorntz  est  fréquent  dans  le  poème  de  la  guerre  de  Navarre  (qui 
est  un  texte  toulousain,,  vv.  262,  452,  etc.  —  On  trouve  jortz  dans  la 
traduction  de  la  coutume  de  Manosque  {xiv'  siècle),  Bulletin  du  comité  de 
la  langue.  IV,  2^0.  —  En  français  même  jort  se  rencontre,  dans  le  Bes-| 
tiaire  de  Gervaise  {Romania,  I,  428),  note  sur  le  v.  1  j6. 

Noeuï  et  bet  (nouveau,  beau)  dans  une  pièce  du  xiii*  siècle  écrite, 
sinon  composée,  en  Limousin,  et  que  je  publierai  quelque  jour. 

Trebaltz,  Vie  de  saint  Honorai,  p.  ?  1 . 

On  remarquera  que  dans  tous  ces  mots,  sauf  dans  cavallierlz,  le  / 
^'introduit  après  /  ou  après  m,  ce  qui  n'est  pas  le  cas  de  trésor.  Mais,  du 
petit  nombre  d'exemples  que  j'ai  notés  on  ne  peut  guère  tirer  de  conclu- 
sions sûres,  et  l'objet  de  cette  note  est  moins  d'expliquer  le  fait  que  de 
le  signaler  et  de  solliciter  de  nouveaux  témoignages. 

Dans  le  Lyonnais  le  (  s'ajoutait  aux  fmales  an,  en,  on  (ainsi  ont  de  ^ 
annuriif  enjoint,  etc.).  Ce  fait  est  constaté  d'après  des  documents  du  xin* 
et  du  xiv"  siècle  dans  une  thèse  sur  te  dialecte  du  Lyonnais  présentée! 
cette  année  à  l'École  des  chanes  par  M.  Ed.  Philipon.  ' 

M  est  bien  probable  que  la  même  addition  d'un  /  fmat  doit  se  rencon- 


I08  MÉLANGES 

trer  encore  maintenant  en  plusieurs  lieux  du  Midi.  Le  fait  est  certain 
pour  un  patois  qui  participe  à  la  Fois  de  la  langue  d'oc  ei  de  la  langue 
d'oui,  et  qui  se  parle  tout  près  de  Blaye.  IJI  MM .  de  Tourioulon  et  Brin- 
guier  ont  entendu  yo/i^ /ourf',  et  un  peu  plus  loin  vers  le  sud-est,  à 
Galgon,  i  Queynac,  djourt'.  A  l'extrémité  opposée  de  la  France,  dans 
le  Briançonnais,  on  dit  cliart  aussi  bien  que  char  K 
Dans  les  cas  où  le  mot  est  terminé  par  un  z  (Jorntz,  caw/fz'j  ,1a  présence 

Idu  t  s'explique  facilement  :  il  sert  à  marquer  plus  fortement  la  pronon- 
ciation de  la  double  consonne  z.  Faut-il  croire  que  par  suite  il  a  subsisté 
dans  les  cas  où  le  z  est  absent?  Il  serait  singulier,  si  telle  est  la  cause, 

Jquc  le  t  persistât  dans  certains  patois  si  longtemps  après  la  perte  du  cas 
sujet  originairement  caractérisé  par  le  z.  Je  ne  crois  pas  non  plus  que  le 
fait  que  je  signale  dans  cette  note  ait  aucun  rapport  avec  le  changement 
de  //  en  r  à  la  fin  des  mots,  qu'on  observe  en  gascon. 

P.  M. 

VU. 

GLAN  ET  AGLAN. 

A  c6lé  de  l'ancien  français  et  du  français  moderne  gland  m.,  de  l'an- 
cien provençal  g/d/i  ou  glant  m.  et  f.  ^féminin  par  exemple  dans  l'expres- 
sion proverbiale  valer  una  glan.  Croisade  contre  les  Albigeois  y  1041  et 
262J  et  Matfre  Ermengau,  Bartsch.  Chrest.  prov.f  ;"  éd.  Î22/1  j  *),  de 
l'ancien  espagnol  landeei  glande,  f .  fqu'on  trouve  dans  le  Fuerojuzgo  édition 
del'Acad.esp.,  p.  148),  chasséderusageparM/or^,  et  de  l'italien  £/iù/iid. 
que  la  désinence  féminine  a  préservé  d'un  changement  de  genre  et  auquel 
répond  l'ancien  français  glande  i ,  toutes  formes  qui  honnis  la  dernière  repro- 
duisent lettre  pour  lettre  le  latin  glandeh,  il  y  en  a  une  autre  avec  prosthèse 
de  Va  et  toujours  masculine,  qui  est  en  catalan  agUi  'nd  se  réduit  à  n  qui 
tombe  à  la  fm  des  motsj,  en  ancien  français  a^land^,  conservé  tel  quel 
dans  le  Berry  et  devenu  aiguiand  en  lorrain,  en  provençal  cl  dans  ta 
Tarentaise  aglan,  en  patois  des  Fourgs  (arrondissement  de  Poniarlier, 
département  du  Doubs)  et  de  Montbéliard  aillant  ou  ailland,  dans  la 
Suisse  romande  alydm^  et  azdn  à  Cuves  (Pays  d'Enhauti. 


I.  Archives  des  Misiions,  },  III,  (69. 

3.  ftù/.,  s-ji. 

}.  Chabrand  et  de  Rochas  d'Aiglun,  Pjtoisdes  Alpts  Cottunnes,  p.  47. 

J^,  Les  exemples dVf /an  chirs  par  Kaynouard,  Ux.  rom.y  III,  p.  47^,  col.  b, 
pourraient  jussi  bien  être  Jcminins;  car  il  est  permis  de  lire  de  la  g/an,  una 
glân.  Il  faudrait  consulter  les  manuscrits. 

i.  Roman  de  la  Rosc^  édition  Francisque  Michel,  1,  p.  377. 

6.  Du  Cange  et  Roquctort,  mais  sans  exemples. 

7.  Dans  un  des  patois  de  Ncuchitcl  aussi  ayàa,  Haifclin.  ManJarten  Jet  eênlons 


CUN,    ACLAN  ion 

Selon  Dicz,  Etym.  Wan,  Us  s.  v.  agUn^  Va  se  serait  attaché  à 
CLANDEM  SOUS  l'influcnce  du  grec  axuX:;  ou  du  got.  ak-ran;  je  ne  sais 
Trop  commem,  puisque  ni  l'un  ni  l'autre  de  ces  motsn'a  passé  en  roman. 
Je  n'y  vois  autre  chose  que  la  moitié  de  Tanicle  féminin,  qui,  quoique  le 
mot  ait  changé  de  genre,  garde  la  marque  du  genre  qu'il  avait  en  latin. 
Cependant  l'auteur  de  ta  Grammaire  des  langues  romanes  a  bien  su  voir 
la  raison  de  la  prosthèse  de  1'^  ou  de  sa  chute  dans  d'autres  cas  :  comp. 
alumelii  s.  v.  lama^  et  mie. 

Dans  la  Suisse  romande  nous  trouvons  une  confusion  pareille  dam 
alissôn  fr.  teçon  =  i7[/]am  lectionem  et  dans  amaràn  fr.  marron  cl  amarunt 
fr,  maronnier  d'origine  incertaine;  mais  ici  le  phénomène  est  plus  com- 
pliqué. On  a  dû  dire  d'abord  /u  ou  h  marôn,  devenu  omaràn.  —  Une  autre 
méprise,  par  suite  de  laquelle  on  croyait  voir  Tarticle  dans  lanè  (de 
LARiCEMi,  a  amené  la  forme  arzè^,  mélèze,  et  a  fait  tomber  Va  de  tseta 
\atsfta  Bridel,  p.  20,  196  et  394)  dérivé  de  atsè  grande  hache  de  char- 
pentier [voir  Diez,  Étym.  Wœrt.,  s.  v.  accia],  et  de  ryondeyna.  Gruyère, 
à  côté  de  Arond^t  et  arondalla,  hirondelle  (cf.  l'it.  rondintlU). 

i.  Cornu. 


vni. 


NOUS  ET  ON. 

La  Romunia  (1877,  p.  302)  a  signalé  après  M.  G.  Flechia  {Intorno  ad 
una  pecuiiarità  di  ficaione  verbale  in  alcunt  diaieUi  Lombardiy  Roma,  1876, 
dans  Àlti  dcUa  reale  Academia  dei  Lincei,  t.  MI,  1"  série)  l'emploi  de  on 
pour  nous  dans  certains  patois  italiens  et  français. 

La  substitution  inverse  a  lieu  dans  les  patois  normands,  où  nous  s'em- 
ploie exaaemeni  avec  la  valeur  de  on.  Louis  du  Bois,  dans  son  glossaire, 
dte  les  formes  no,  no-Sfnou.  M.  Joret  dans  sa  monographie  du  patois  du 
Bessin  {Mémoires  de  la  Société  de  linguisti^uej  t.  111,  p.  2411  donne  la 
prononciation  exacte,  no,  devant  une  voyelle  no-z  :  no  i'  di  pour  on  U 
dit^  nO'Zée  conian  pouro/i  est  content.  Une  autre  forme  non,  non  catalo- 
guée par  M.  Jorei,  s'emploie  devant  une  n  :  il  cite  lui-même  jibid.)  la 
phrase  non^  n'èe  content  pour  on  en  est  content  il*apostrophe  qui  suit  non 
doit  venir  d'une  faute  d'impression;. 

Dans  tes  lies  normandes  on  dit  aussi  nous  et  non.  Les  deux  formes  se 
rencontrent  dès  le  seizième  siècle  dans  le  recueil  des  Ordonnances  de  la 


Niutttburg.  Ztitschrtft  f.  rgi,  iprachf.,XXi,  ^o. 

1.  L'espagnol  aitrc<  m.  en  revanche  s'explique  très-bien  de  la  méioe  manière 
que  aglaa. 


no  MÉLANGES 

cour  royale  de  Qaficnfisey  Ctome  premier,  Guemesey,  i8j2)  :  nous  ne 
peulttn  1554,  repareront  Us  chemyns  pour  que  nous  y  puisse  passer  en 
I  j  3  5 ,  fuc  nous  copera  les  fosseys^  et  que  les  Conestables  en  ayront  la  surveue 
en  1535,  il  est  regardé  que  nous  aferera  les  grant  besies  en  i  S  5  7 1  "<"*  "'*'* 
chergera  en  1 5  ^8,  non  ne  pranâra  en  1  $4^  Aujourd'hui  on  dit  à  Q^er- 
jjesgy  nout  ientr  pour  on  y  entre ^  nou  joûra  pour  on  jouera  j  en  verrait-non 
pour  en  verrait-on  ([Métivier],  Rimes  guernesiaises  1  jo)  ;  à^gcscy^  nou 
vos  oit  pour  on  vous  omt  (Mourant,  Rimes  et  poésies  jersiaises^  2),  non 
n'  vé  goutte  pour  on  ne  voit  goutte  (ib.  4]. 

Il  est  à  remarquer  que  le  phénomène  italien  signalé  par  la  Romania  est 
ai&ire  de  grammaire  :  il  consiste  dans  la  substitution  de  la  personne  indé- 
finie à  la  I"  personne  plurielle  {homo  portât  au  lieu  de  nosportamus).  Le 
phénomène  inverse  du  normand  est  affaire  de  vocabulaire  et  consiste  dans 
la  substitution  du  mot  nous  au  mot  on^  avec  conservation  de  la  3*  p.  sg. 
verbale  [nos  portât  au  lieu  de  homo  portât*). 

L.  Havet. 


I .  La  nasale  de  la  forme  non  peut  faire  croire  (}u'au  phénomène  de  confusion 
logique  s'est  joint  un  phénomène  de  confusion  phonétiçiue  :  roreille  s'est  embrouillée 
dans  la  distinction  de  non  et  de  Con,  comme  l'esprit  dans  la  distinction  de  l'idée 
d'homme  et  de  l'idée  de  nous. 


COMPTES-RENDUS. 


Die  teltesten   ft-ansœsisclieD  Monditrien.   Einc  sprschgeichîchtlichc 

Unlcrsuchung  von  Gustav  Lli:kin«j.  Berlin,  Wcîdmann,  1877,  in-8',  iv-26(i  p. 
—  Prix  :  9  Tr. 

Le  livre  de  M.Lûcking  a  eu  pour  point  de  départ,  comme  l'auteur  le  dit  dans 
sa  préface,  le  désir  de  contrôler  une  opinion  que  j'ai  émise  dans  l'introduction 
de  VAUxis.  Comme  en  linguistique  tous  les  faits  se  tiennent  Jl  a  été  amené,  pour 
élucider  ce  point  spécial,  â  étudier  dans  leur  ensemble  les  plus  anciens  textes 
(ruçais  et  à  soumettre  i  la  critique  les  théories  ei  les  explications  auxquelJes  ils 
ont  jusqu'à  présent  servi  de  sujet.  C'est  i  mes  travaux  qu'il  s'est  le  plus  souvent 
attaché,  et  une  bonne  partie  de  son  livre  est  consacrée  â  réfuter  les  erreurs  et 
les  inexactitudes  qu'il  a  remarquées  dans  mes  études  sur  YAlexis,  le  Saini  Léger 
et  ta  PiSiton.  Cet  txamen  ngorosum,  mené  d'ailleurs  avec  une  parfaite  courtoisie, 
ne  me  parait  pasavoirfoumîpartout  à  l'auteurdestésuitats  incontestables;  mais  |e 
recoaaais  avec  plaisir  que  sur  un  assez  grand  nombre  de  points  il  a  prouvé  que 
favaîs  mal  vu  ou  mal  raisonné,  et  qu'il  a  substitué  i  mes  hypothèses  des  expli- 
cations meilleures.  Plusieurs  de  ces  explications,  il  est  vrai,  m'avaient  déjà  été 
suggérées  par  une  nouvelle  lecture  des  textes  ou  par  des  réflexions  plus  mfïries; 
mais  comme  M.  L.  les  a  trouvées  de  son  côté  et  qu'il  est  le  premier  i  les  pro- 
duire publiquement,  il  est  parfaitement  juste  qu'il  en  ait  l'honneur.  11  ne  manque 
pis  d'ailleurs  de  points  sur  lesquels  son  travail  m'a  instruit  et  a  modifié  ma 
manière  de  voir.  Il  est  écrit  avec  une  parfaite  clarté  et  même  avec  cette  élégance 
qu'on  peut  atiemdre  dans  les  ouvrages  purement  scientiâques.  11  aborde,  —  en 
dehors  des  parties  oCi  d  critique  les  travaux  antérieurs,—  plusieurs  points  nou- 
Tcaux  et  importants  de  l'histoire  de  notre  ancienne  langue,  et  il  marque  dans 
ces  études,  par  la  rigueur  de  la  méthode  et  la  délicatesse  des  observations,  un 
progrès  notable  sur  tout  ce  qui  l'a  précédé.  J'en  recommande  la  lecture 
aux  jeunes  gens  qui  veulent  se  consacrer  i  la  philologie  française  :  ils  verront  là 
comment  it  but  s'y  prendre  pour  dépouiller  fructueusement  un  texte  au  point  de 
rue  linguistique,  et  quelle  circonspection  dans  le  raisonnement  il  faut  joindre  i 
la  faculté  de  combinaison  qui  suggère  les  idées  neuves  et  fécondes.  On  ne  peut 
i  ces  divers  points  de  vue  que  faire  l'éloge  du  livre  de  M.  Lùclcing  : 
il  le  place  d'emblée  au  rang  des  meilleurs  romanistes.  11  y  a  cependant 
aoui  deux  critiques  générales  à  adresser  i  l'auteur  :  l'une  touche,  si  je  me 
permets  de  le  dire,  son  caractère,  car  il  est  impossible  qu'un  écrivain  ne  marque 
pas  un  peu  le  sien  mêiM  dans  l'ouvrage  le  ptus  objectif;  l'autre  concerne  sa 


112 


COMPTES-RENDUS 


préparation.  La  force  de  M.  L.  est  dans  le  raisonnement  :  il  est  porté  i  &*exa- 
gérer  la  valeur  des  résultats  de  ce  procédé;  il  croit  volontiers  qu'une  chose  est 
sûre  quand  il  a  démontré  qu'elle  peut  être  et  qu'il  a  vainement  cherché  pourquoi 
elle  De  serait  pas;  il  ne  tient  donc  pas  toujours  assez  compte  de  la  compleiité 
des  phénomènes,  et  par  suite  il  est  porté  i  trancher  avec  un  peu  trop  d'auu- 
rance  et  i  présenter  comme  résolues  des  questions  où  des  générations  de  cnliquci 
trouveront  encore  à  grabcler.  Cette  tendance  est  en  accord  avec  les  conditions 
dans  tesquelles  il  a  écrit  son  livre.  Il  n'a  pas  de  l'ensemble  des  monuments  el  des 
périodes  de  la  langue  française  une  connaissance  intime  et  familière;  il  en  a 
étudié  an  petit  nombre  plus  i  fond  que  personne  ne  l'av^iit  fait  avant  lui,  avec 
une  ténacité  et  une  conséquence  des  plus  remarquables;  mais  en  creusant  aussi 
profondément  il  s'est  par  là  même  rétréci  l'horizon,  et  il  a  parfois  donné  comme 
générales  des  conclusions  dont  la  portée  doit  élre  fort  restreinte.  Quant  aux 
points  de  détail  où  je  ne  suis  pas  de  son  avis,  on  les  verra  dans  cet  articte, 
ainsi  que  ceux  où  nous  nous  trouvons  d'accord,  soit  que  j'aie  modifié  de  moi- 
même  mes  idées  anciennes,  soit  que  M.  L.  m'ait  converti  i  celtes  qu'il  leur 
oppose.  Je  ne  dirai  naturellement  rien  des  parties  de  son  travail  oÙ  l'auteur 
admet  les  résultats  des  recherches  antérieures  et  notamment  des  miennes.  —  Au 
moment  de  publier,  ou  ptut6t  de  rédiger  mon  édition  annotée  des  cinq  plus 
anciens  textes  français^  j'ai  trouvé  dans  le  livre  de  M.  L.  comme  une  introduc- 
tion générale  i  mon  travail.  Ceruines  parties  ne  devront  être  utilisées  et  criti- 
quées que  dans  ce  travail  même;  au  contraire,  en  examinant  ici  la  plus  grande 
partie  du  livre  de  M.  L.,  je  pourrai  décharger  d'autant  le  commentaire  en 
question  et  le  dégager  surtout  de  longues  discussions  qui  ne  rentreraient  pas 
précisément  dans  te  cadre  où  je  veux  le  maintenir. 


Les  questions  agitées  par  M.  L.  se  réduisent  en  somme  â  ces  deux-ci  :  Dans 
quels  dialectes  sont  écrits  les  plus  anciens  monuments  de  la  langue  française 
{Strmatti,  EaUlie,  Fragment  Je  Valtncunnts^  Saint  Uger,  Passion,  Alexis)  ?  subst- 
diairemcnt,  l'un  de  ces  dialectes  peut-il  être  considéré  comme  étant  le  fran- 
çais pur,  le  représentant  aux  IX*<X1*  siècles  delà  langue  française  actuelle? 
Pour  résoudre  ces  questions,  —  que  le  titre  choisi  ne  fait  pas  très-bien  pres- 
sentir, —  l'auteur  s'est  tracé  un  plan  fort  simple  et  tout  à  fait  bien  conçu. 
L'Introd action,  après  quelques  pages  sur  Vétal  de  la  question  des  dialectes  français, 
s'occupe  de  la  solution  de  questions  préliminaires ^  c'est-à-dire  de  rétablissement 
critique  des  textes  dont  l'auteur  va  se  servir.  —  La  première  partie,  intitulée 
Dialtetes  da  anciens  monaments,  étudie  dans  ca  monuments,  pour  la  phonétique 
et  la  morphologie,  d'abord  tes  traiti  communs  (p.  66-1  ii|,  puis  les  traits  critiqau 
(p.ip-186).  après  quoi  l'auteur  forme  les  monuments  en  gfou/«J  d'après  ces 
traits  bien  établis,  et  enfin  il  essaie  de  localiser  les  groupes  acquis. —  La  seconde 
partie  fi99*iî2)  est  consacrée  à  rechercher  si  le  français  pur  est  représenté  par 
l'un  ou  l'autre  de  ces  groupes  et  à  examiner  quelques  textes  posiérieurs  écrits 
dans  ce  dialecte.  — Enfin  dans  deux  appendices  M.  L.  étudie  le  dialecte  du  petit 
poème  dévot  {fragmcnl)que  j'ai  publié  dans  le  t.  Vdu  Jahrbuch  (Bartsch,CAr.  fr. 
49)  et  donne  quelques  tableaux  d'assonances  et  de  rimes.  —  Je  suivrai  natu- 
rdlemeni  dans  mes  observations  le  même  ordre  que  l'auteur. 


LUCKINC,  Die  dituten  franzœsischen  Mandarten  1 1  ? 

J'ai  peu  df  chose  i  dire  sur  la  plus  grande  partie  de  V introduction.  M.  L.  a 
fiit  profiter  les  textes  qu'il  va  étudier  d'une  nouvelle  colliiion,  pnur  la  plupart 
avec  les  fac-similé  de  VAlhum  Je  la  SociàU  Jts  anciens  ttxla,  pour  VAitxis  avec 
le  manuscrit.  Pour  EulalU^  il  est  tombé  dans  une  assez  singulière  méprise  :  il  ne 
s'explique  pas  que  le  fac-simïlc  de  Chcvallct  donne  à  la  6n  des  vers  des  lettres 
et  des  mots  qui  manquent  à  notre  héliogravure;  c'est  tout  simplement  que  la 
photographie  n'a  pas  reproduit  les  parlies  du  texte  cachées  par  le  rebord  de  la 
page  et  que  nous  n'avons  pas  pu  faire  dérelicr  le  volume.  M.  L.  soumet  mon 
édition  dt  Saint  Ugtr  (Rom,  I,  27}-}  17)  â  un  exaraec  extrêmement  minutieux, 
soys  quatre  chefs  :  Corrtttioas  inconsitfuentts ,  Conations  faatms^  Corrtitiom 
amttUs,  CorruUons  omita.  Je  profiterai  dans  ma  nouvelle  édition  de  ces  vingt 
pages  d'observations  généralement  justes;  je  n'ai  pas  à  m'en  occuper  ici.  Je  ne 
toucherai  que  deux  points,  qui  ont  un  intérêt  plus  général.  Je  refuse  d'admettre 
deux  vers  ainsi  bâtis  :  Rcnâxtl  qui  lui  h  comandat  (^  b|  et  Por  al  tel  dual  rovjts 
cUrgur  (t  I  e],  parce  que  Vo  de  lo,  Vt  de  se  ne  peuvent  s'élider  devant  une  con- 
sonne après  le  f  final  de  rendit,  rovai.  M.  L.  m'oppose  tni  fou,  tK>\n)s  coist,  nû{n)s 
yUttt  dans  Eal.,  e{n)t  corps  dans  Ug.  même,  et  ajoute  :  •  Si  un  pronom  peut 
ainsi  s'agglutiner  à  des  mots  en  n,  pourquoi  pas  aussi  à  des  mots  en  I?  Et  si  n 
tOBibe  devant  le  pronom,  pourquoi  t  n'en  ferait-il  pas  autant  fp.  ]o)?  »  Pour- 
quoi? simplement  parce  qu'il  n'y  en  a  pas  d'exemples,  même  i  l'époque  posté- 
rietire  où  le  i  devait  avoir  plutôt  perdu  de  sa  force.  C'est  ici  an  cas  où  le  raison- 
nement a  priori  ne  suffit  point.  Que  dans  des  combinaisons  fréquentes  comme  en 
tû,  non  lo,  suivies  d'une  consonne,  l'/i  ait  disparu  devant  17,  avec  qui  elle  a  tant 
de  facilité  k  s'assimiler,  cela  n'entraîne  nullement  i  conclure  que  le  t  6nal  d'un 
verbe  ait  faibli  de  même  dans  une  reoconlre  accidentelle  avec  le  pronom  ;  même  le 
groupe  et  lo^  si  ordinaire  cependant,  n'a  donné  et  qu'en  provençal  (Pass.,  2 1  c, 
9t  b);  00  lit  également  dans  la  Pass.  (ii^  a)  roa-ls  iiJ/df,  mais  c'est  une  preuve 
de  plos  que  la  Pass.  n'est  pas  un  texte  français  pur.  —  P.  }2,  l'auteur,  remar- 
quant que  pour  l'art,  pi.  masc.  rég.  j'ai  restitué  partout  Us,  tandis  que  le 
ms.  porte  une  fuis  Us,  une  fois  /os,  deux  fois  lis  et  une  fois  /t,  ajoute  : 
•  Us  ne  peut  d'ailleurs  être  issu  que  de  illas  et  doit  ainsi  avoir  supplanté  un  los 
plus  ancien.  ■  Que  los  soit  la  forme  primitive,  commune  au  gallo-roman,  c'est 
mconteslable  ;  1)  s'est  maintenu  en  provençal,  tandis  que  te  français  en  a  fait  les  ,- 
ce  la  vient  de  los  par  affaiblissement  aussi  régulièrement  que  je,  et,  viennent  de 
/0i  fo,  et  ne  coïncide  que  fortuitement  avec  Us  tssu  de  las;  los  étant  provençal, 
le  copiste  de  Ug.  a  d(i  l'introduire  dans  son  texte;  il  n'a  pu  y  introduire  les^ 
qui  doit  donc  être  la  forme  originale  :  lis  (li  n'en  est  qu'une  variante  fautive) 
paraît  être  une  notation  particulière  de  Us.  —  L'introdaciion  se  termine  par  un 
Iravail  beaucoup  plus  personnel  que  ce  qui  précède,  et  aussi  plus  important  *  il 
s'agit  de  la  Passion;  M.  L.  refuse  d'admettre  avec  Diez  et  moi  que  c'est  un 
texte  hybride,  où  l'auteur  a  mêlé  des  formes  provençales  et  des  formes  fran- 
çaises. Il  prétend  qu'il  est  écrit  tout  entier  en  français,  et  il  en  donne  une  resti- 
tution complète,  semblableà  celle  que  j'ai  essayée  pour  le  Saint  Uger.  Ce  texte, 
exclu  jusqu'à  présent  des  recherches  sur  les  dialectes  français,  devrait  donc  y  occuper 
désormais  une  place  considérable,  et  M.  h.  la  lui  accorde  dans  la  suite  de  son 
livre,  considérant  sa  thèse  comme  démontrée.  Je  crois  qu'il  est  dans  l'erreur.  Ce 
ftomant*.  Vil  8 


114  COMPTES-RENDUS 

n'est  pas  que  celle  thèse  ne  soit  séduisante,  vraisemblable,  et  ne  contienne 
certainement  une  grande  part  de  vrai  :  l'élément  français  domine  visiblement 
dans  la  Pamon^  et  il  est  fort  possible  que  le  pocme  ait  été  originairement  com- 
posé dans  un  dialecte  septentrional  ;  mais  l'auteur  ou  le  remanieur  y  a  mêlé  un 
élément  méridional  dans  une  telle  proportion  qu'il  est  impossible  de  restituer 
partout  des  formes  françaises,  et  qu'on  ne  peut  se  servir  de  ce  texte  pour  la 
phonétique  et  la  morphologie.  Sur  les  3^6  paires  d'assonances  dont  il  se  com- 
pose, un  cinquième  environ  est  rebelle  à  la  phonétique  française.  Sur  ce  nooibrc, 
vingt-cinq  offrent  des  assonances  provençales  parfaitement  correctes  en  û 
{trasjaJad  aproismaJ  ;6,  Gol^ota  ciptat  67,  csfavaiut  t.  tipavcnlal  carn  1 10^  sah 
damiuH  I  i4j  fuiticarmal  \  i&flaudar secula  13%  jHnser]. ptmar praogdet\. prttogdat 
8t,  aruiancux  oblidez  \.  ohlidaz  lu j,  iauiiar  ucula  1 29),  en  t  [monslreJ  jadtas  19, 
mûntmcnsaJu  i  \,aptûtimtd iud<\u  j  ^,dtmandcduncfi  j^^sutlcdancls  j^fftswardtt 
fit  I,  fez  49,  craôfige  msems  ^7,  nsûmtns  vtr  68,  c}[i\  apanguu  \  10,  ctl  jadeu 
1 20f  mespras  pcrdona  \2$^  fidel  rcris^uct '^lyrei  u  j8,  veri  a  gj,  yf«n  ver  1 16}, 
en  6  i/o/i  prob  127).  Quinze  autres  son:  hybndes,  c'est-à-dire  n'assonent  que  si 
on  donne  â  un  des  deux  mots  la  forme  pruvençate,  â  l'autre  là  forme  française; 
et  dans  ce  cas  il  faut  remarquer  que  e  fr.  venant  de  a  est  assimilé  à  ^  prov.  et 
que  u  fr.  est  assimilé  à  «  Ir.  ;  ainsi  humiiitad  \.  humilttcd  monudj^pcrcmàat  I.  ptt' 
eaidet  inlnt  18,  lo'eà  anu  jo,  roxtt  antz  jo,  {s/rcd[(i]  rmtr  48,  tavtd  ncgtr  60^ 
mtrcct  tmblu  90,  Hkrussalem  pcchtt  14,  ptcût  \.  ptchcl  ki^j  ardem  vtstimui  99, 
tornal  1.  lornel pervcng  1 19,  lauar  I.  laisser  jadcu  )6,  pràûr  ].  preiet  doius  86,  jadm 
paiuz  60,  vûtmtai  \.  votuntcz  fideh  126.  Il  reste  an  certain  nombre  de  paires 
évidemment  fautives  et  qu'on  doit  corriger  pour  obtenir  une  assonance  dans  l'un 
ou  l'autre  dialecte  (rams  branchis  10,  mtmtenlz  pcz  11,  vin  commandez  24,  fied  tt 
4),  Pelrt  eiwardoutt  48,  tsciirmd  vesùment  ù^.,  fil:  es  66,  mortr  ver  84,  tet  dis 
iot)i  sans  parier  de  trois  fins  de  vers  tronquées.  M.  L.  a  entrepris  de  rameoer 
toutes  ces  assonances  au  français  pur  :  pour  qu'on  puisse  dire  qu'il  y  a  réussi, 
il  faut  t»  que  toutes  les  assonances  qu'il  admet  comme  françaises  le  soient  réel- 
lement; i*  que  tes  changements  qu'il  fait  au  texte  soient  tialurcls  ou  au  moins 
vraisemblables.  Or  je  pense  que  ces  deux  conditions  manquent.— Voyons  d'abord 
les  règles  qu'il  établit  pour  les  assonances.  A  assone  avec  an  et  ctn,  dune  an  et 
ain  assoncnt  ensemble,  ainsi  qu'avec  ai.  Partant  de  li,  on  corrige  morir  ver  84  en 
tnoranl raurdratjVin commandez  24  tnpaineomandat,  taudar secuta  t2')easaintsecutag 
rams  branches  \Q  tn  raimts  branches.  Mais  l'assonance  de  j  ou  m  avec  d/i  ne sclrouve 
qu'une  seule  lois  dans  notre  texte  :  forsfaii  oicisesant  44,  or  c'est  une  rime  qu'on 
peut  considérer  comme  influencée  par  le  provençal,  d'autant  plus  que  ces  imp.  du 
subj.  en  ant  sont  précisément  fréquents  dans  les  dialectes  intermédiaires;  on 
évite  ainsi  d'introduire  dans  la  langue  d'oïl  une  assonance  inconnue  au  S.  Léger 
et  i  tous  tes  anciens  textes  français  '  ;  ce  qui  en  rend  pour  moi  l'existence 
invraisemblable,  c'est  que  un  se  présente  i  la  fin  de  quarante  autres  ven  du 
poème  et  toujours  assonant  avec  lui-même:  si  a  et  an  pouvaient  assoner,  pour- 
quoi le  feraient-ils  si  rarement?  M.  L.  reconnaît  encore  cette  assonance  i  la 


I.  J*«i  dit,  il  est  «Tai,  dans  VAlais,  que  a  assone  avec  an  daos  les  poèmes  de  Cter- 
mont,  mais  te  m'appuyais  nir  ce  seul  passage. 


LÙCKiNc,  Die  dlusten  franxasischen  Mundarien  \  i  { 

'  70  {anz  taisei).  mais  pour  donner  à  an:  une  forme  française  il  laut  lire 
jini,  ei  on  a  ainsi  l'assonance  correcte  ainz  laissai.  Quant  à  l'assonance  de  an 
j«c  jm.  M.  L.  croit  déjA  b  trouver  dans  Ugn  isan:  abanz  1),  et  elle  figure 
certainement,  bien  que  rarement,  dans  quelques  autres  textes;  mais  elle  ne 
prouve  rien  du  tout  pour  l'assonance  de  a  avec  an  :  at  assonc  dans  plusieurs 
textes  avec  a  d'atu  part  et  avec  i  de  l'autre,  et  il  ne  s'en  suit  pas  que  4 
tasoae  avec  i;  ai  a  daas  ces  textes  deux  prononciations,  qui  lui  permettent 
d'assoner  taotdt  avec  j,  tantAt  avec  i:  il  en  est  de  m&me  de  am,  tantôt  nasal 
et  assenant  avec  an,  tantôt  exempt  de  nasalité  et  assonant  avec  a  ou  ai  pur. 
Or  si  j  oc  peut  assoner  avec  an,  plusieurs  des  corrections  de  M.  L.  sont 
i  neieter.  —  i  L'è  ir.,  dit-il  ensuite,  issu  d'à  latin,  assone  avec  iu  cl  avec  A, 
donc  eu  et  éi  peuvent  assoner  entre  eux.  En  outre  il  assone  avec  M,  et  comme 
il  assone  avec  eu  et  A,  on  peut  avoir  les  assonances  iu  :  in  et  ii  :  in.  i  II  y  a 
dans  ce  raisonnement  deux  points  dotiteux,  sur  lesquels  repose  tout  le  reste  : 
lût  a  latin  assone-t-il  réetlement  avec  ei  (de  è,  1)  et  avec  tn  jque  M.  L.  appelle 
h.  sans  nous  dire  pourquoi  il  assigne  cette  valeur  à  Vt  venu  de  en  latm  plus 
une  consonne)?  i  L'assonance  i  :  ii  résulte  de  volunta:  fiàtl:  liG,  1.  volantez 

fUitl:^  aussi  bien  que  de  Bethfagi  Oliver  j,  1.  Olirtit Elle  résulte  en  outre 

'de  la  correction  de  annunm:  obUàtz  loj,  car  annonciez  oblida  étant  impossible 
(en  français],  on  ne  peut  s'en  tirer  que  par  une  inversion, qui  met  i  l'assonance 
fiJetitctobiuiez.t  Naturellement  cette  dernière  preuve  n'a  aucune  valeur;  la  seconde 
plus,  car  Mont  Olnrtt,  mot  latin  transporté  en  français,  a  très-bien  pu  garder 
on  t  i]e  a'ai  iamais  rencontré  Mont  Ohvo)):  la  première  tombe  si  on  prend 
Yoluniaz  L  votanii:  fiJds  pour  une  assonance  hybride,  faite  d'une  forme  française 
et  d'une  forme  provençale.  Il  est  vrai  que  M.  L.  regarde  par  d'autres  raisons 
l'assonance  /  ;  it  comme  assurée  en  français;  mais  ces  raisons  sont  fort  mau- 
^Vaises  .  qatraz  attndàz  assonant  en  è  dans  Altxn  (voy.  Lûckrng,  p.  89)  ne 
rouTCQt  rien,  puisque  ces  lormes,  comme  je  l'ai  dit  \Almi^  p.  1 20),  peuvent  être 
une  graphie  archaïque  pour  les  formes  postérieures^ u<ff2  aUndu;  les  raisonnements 
de  M.L.  contre  cette  explication  (p.  100)  ne  sont  nullement  de  naturel  l'ébranler. 
Les  a**  pers.pl.  du  futur  qui  d^nsRoland  assooent  en  i  et  sont  écrites  ^r  doivent 
d'après  lui  être  écrites  âz  et  fournissent  ainsi  la  preuve  de  l'assonance  i  :  H; 
mais  s'il  en  était  ainsi,  pourquoi  donc  les  laisses  en  ^  ne  contiendraient-elles  pas 
un  seul  mot  en  ci  autre  que  ces  futurs?  M.  L.  encore  ici  ne  tient  pas  compte  de 
l'argument  négatif  qui  doit  cependant  toujours  balancer  les  mductions  positives. 
«  Je  M  vois  pas  bien, dit-il^  pourquoi  G.  Paris  se  scandalise  de  i  :  ii.  •  lea'aî 
pour  cela  aucun  motil  a  priori  :  je  n'ai  jamais  rencontré  cette  assonance;  dans 
Alexis  l'assonance  é  n'admet  pas  dVt,  sauf  tes  deux  futurs  en  question  ;  dans 
U^<r  i  et  cfsont  parfaitement  séparés,  dans  Roland  aussi,  sauf  pour  les  futurs 
en  -tiz,  -a^  qui,  ayant  les  deux  formes  lors  de  la  composition  du  poème,  Bgurent 
aui  deux  assonances.  C'est  en  m'appuyant  sur  ces  faits  que  je  conteste  l'exis- 
tence dt  i  :  il  dans  la  Passion  mime,  où  il  faut  remarquer  que,  dans  la  restitu- 
tion de  M.  L.,  il  y  a  plus  de  soixante  vers  qui  assonent  en  l  sans  mélange  d'«, 
et  dooie  qui  assonent  en  ti  sans  mélange  d'i.  Si  ei  n'assonc  pas  avec  è.  il  ne  doit 
pas  non  plus  assoner  istc  iUj  et  en  etfet  on  ne  trouve  a  :  iu  que  dans  deux 
passages  corrigés  par  M.  Lûcking.— Voyons  mamtenant  l'assonance  de  avenant 


I  l6  COMPTES-RENDUS 

de  a)  avec  en:  elle  serait  bien  surprenante;  aussi  n'exisle'i*el!e  pas.  Je  l'admeu 
fort  bien  dans  aloen  dcnit  87  et  encore  dans  JhtrusaUm  plora  66,  parce 
qu'd/oc/i  et  Jtrusalan  sont  des  mots  latins;  mais  la  correction  qui  à  la  str.  64 
fait  assoncr  ase:  avec  vaùmeni  est  inadmisstbiefau  reste, chose  singulière,  M.  L. 
ne  l'a  pas  pratiquée  dans  son  texte  rettuui\.  L'assonance  ei  :  en  résulterait  de 
ytstimenz  ver  68;  j'y  vois  naturellement  une  assonance  provençale;  enfin  Hierus- 
saUm  puhcz  14,  assonance  hybride,  me  paraît  préférable  i  JerasaUm  sed  que  lui 
substitue  M.  Lûclcing*.  Si  on  remarque  que  déjà  dans  Eulalk  les  assonances  en 
en  forment  deux  groupes  à  part^  que  le  Ll^tr  n'offre  pas  non  plus  d'exemples  de 
i  :  c/i,  bien  qu'il  ait  48  vers  assonès  en  ^  et  4  assonés  en  m,  qu'en6n  dans  la 
Passion^  ob  tant  de  vers  assonent  en  é  et  où  cinquante  environ  assonent  en  en, 
ces  deux  assonances  ne  sont  mélangées  nulle  part  (sauf  dans  les  cas  indiqués  plus 
haut),  on  se  convaincra  que  dès  les  plus  anciens  monuments  de  notre  langue 
\'e  de  ai  avait  pris  un  son  particulier  qui  ne  permettait  de  le  faire  assoner  ni 
avec  e  de  c  ou  i,  ni  à  plus  forte  raison  avec  t  de  a.  —  Pour  1,  0,  it,  il  y  a  peu 
de  choses  à  remarquer.  Cependant  je  ne  comprends  pas  les  assonances  vol  1.  voit  og 
I.  ot  40,  et  pot  ot  8s  (celte  dernière  due  à  une  inversion  de  M.  L.).  Si  M.  L. 
entend  ici  les  présents  volet  et  potet,  ils  ne  peuvent  donner  que  vuolt,  puot;  s'il 
entend  les  parfaits  voluit  et  potuil,  qui  font  en  effet  rùlt  pù\u]ty  comment  peut-il 
les  faire  rimer  avec  ot,  puisqu'il  admet  ailleurs  que  les  poèmes  de  Clermont  ne 
changeaient  pas  ait  en  ù?  11  est  vrai  qu'il  soutient  (p.  142)  que  la  Passion,  —  i 
la  différence  du  Uger^  —  conserve  Vau  latin  mais  change  en  à  l'au  roman  pro- 
venant de  d  +  a;  mais  on  conviendra  que  cette  théorie  est  au  moins  bizarre 
(cf.  p.  99).  —  On  voit  par  ce  qui  précède  que  la  restitution  de  M.  L.  repose 
sur  des  principes  erronés,  et  que  notamment  il  n'est  pas  exact  d'admettre  que 
a  assone  avec  «irt,  i  avec  eî  et  avec  en.  C'est  asse^  pour  ruiner  cette  restauration 
par  les  fondements;  mais  même  si  tes  bases  en  étaient  plus  solides,  l'exécution 
prêterait  à  la  critique.  Elle  contient  assurément  de  fort  bonnes  choses,  et  j'en 
ferai  souvent  mon  profit  dans  mon  édition;  M.  L.  a  par  exemple  heureusement 
corrigé  plusieurs  assonances  aussi  inadmissibles  en  provençal  qu'en  français  ; 
mais  elle  renferme  aussi  bcaucoupd'invraisemblances.  Le  procédé  le  plus  fréquem- 
ment employé  est  l'inversion  :  le  style  et  la  forme  des  vers  se  prêtent  admira- 
blement i  ce  traitement:  elles  s'y  prêtent  même  trop  bien,  car  on  pourrait,  en 
appliquant  la  même  méthode  en  sens  inverse,  restituer  au  provençal  uo  grand 
nombre  des  assonances  purement  françaises  du  poème.  J'en  donne  ci-dessous 
quelques  exemples,  c'est-i-dire  toutes  les  assonances  françaises  des  vingt>huit 
premières  strophes  (plus  du  cinquième  du  poème)  ;  cet  échantillon  sulfiri 
pour  faire  juger  du  reste  : 


a  Pcr  toi  obred  que  venu  dcus 
Per  tôt  sosteg  que  hom  camaU. 


RIITITUTION     F>llOVSHCALl'. 

Per  tôt  que  venu  deus  obred, 
Per  loi  que  hom  camab  sosteg. 


I .  Dans  tnarimtnz  adts  ;  1  en  assone  avec  i  et  non  »vtc  i  ;  dam  rutimtnz  ver  68,  reren 
vff  1 16  avec  è  pr.  et  ei  fr.  Dans  cruci/ige  ensemz  \^  nous  avons  la  rime  d'un  moi  Latin 
avec  un  mot  purement  provençal. 

1.  Je  ne  ni'a»ircins  pas  naturel lemeni,  dans  ce  ieu  qui  n'a  qu'une  valeur  polénûque, 
l  restituer  les  formes  provcoçiles  correctes. 


LùCKiNC.  Die  d^lmten  frartzcuischen  Mundarten 


117 


)  Peccxd  negun  uoque  non  fez, 
Pcr  eps  U»  nosTrn  fu  aucù. 

g  AUX  petiz  dU  que  cho  fut  fait 
Jhoos  lo  laxer  siucitcL 

16  u»  tos  enfiDZ  qui  in  te  lunl 
A  mjlei  penas  aucidrani. 

3)  Il  SUS  Irved  àt\  piu  nunger, 
As  10s  Tcdcls  lav«d  tu  ped. 

iS  A  cel  sopar  un  sermon  fez, 
Chi  cet  son  sab  tal  non  audid  : 
Conlrab  ahm  que  an  a  pader 
Tôt  SOS  Mth  ben  en  garnid. 


unque  non  fez  peccad  oegun, 
Per  epi  tos  noitret  audi  fu  1 . 

Anz  petiz  dis  que  cho  fait  fus 
|j>  iazer  loscitct  Jhesus. 

Qui  in  te  sont,  los  tos  enfanz* 
A  maies  penai  aucidrani. 

Dd  plu  manjar  il  sus  teved, 
As  SOS  fcdels  Ils  peds  laved. 

Un  sermon  f«  a  cet  sopar, 
Chi  ce!  non  sab  non  audid  tal 
Contrais  afanz  qu'an  a  padcr 
tien  en  gamid  to>  sos  fidels. 


Sur  huit  assonaacn  purement  françaises,  une  seule  1 16  cd)  a  résisté  à  la 
provençal isation  par  simple  inversion  ;  on  voit  donc  qu'il  n'est  pas  étonnant  que 
le  même  procédé  ait  permis  â  M.  L.  de  franciser  dans  tout  le  poème  une  cin- 
(juanuine  d'assonances  pui^ment  provençales.  Encore  n'a-t-il  pas  toujours  réussi; 
parfois  il  a  dû  recourir  à  des  moyens  plus  violents;  d'autres  fois  ses  îavenions 
ne  sont  guère  admissibles.  Je  vais  signaler  dans  sa  restitution  les  endroits  qui  me 
paraissent  contraires  i  la  vraisemblance.  14  b  Gai  te,  du  tl,  pcr  tos  petkicz  est 
une  construction  bien  plus  naturelle  que  Per  tos  fxehui,  dist  H,  wat  ta.—  19L0 
iiNi  tjlant  ta  fort  monstred  Qat  grant  pra  parors  ah  fudeus;  M.  L.  lit  aï  pour  M, 
mais  ta  ^tant  est  nécessaire  pour  le  Qm  du  vers  suivant. —  2\  d,  pour  obtenir 
i  Euariot  une  rime  en  d  et  non  en  uo,  M.  L.  veut  que  la  ■  soupe  >  que  mange 
Jodas  lui  enfle  le  corps  et  non  le  cœur;  il  trouve  cela  plus  vraisenibUble  et  même 
nécessaire  pour  le  sens  :  je  ne  suis  pas  de  son  avis. —  }  t  Lifcl  Judas  ja  s'aproit- 
fotd  Ab  gran  campannît  dtis  judeus^  I.  Ja  s'aproismat  Judas  li  fel,  ce  qui  soulève 
uie  question  que  je  n'ai  pas  abordée  ci-dessus  parce  que  M.  L.  ne  U  traite  pas 
id,  et  que  nous  y  reviendrons  plus  tard  :  suivant  lui  fudeus  peut  rimor  à  la  fois 
avec  momtrtt  ilat.  à)  et  avec  fel  (d'après  lui  lat.  t),  de  même  que  en  rime  à  la 
fois  avec  e  =  iat.  a  et  avec  e  =  lat.  1  (]i  marrmens  adcps).  —  jj  Ttrce  vc:  tor 
p  demandcdt  A  lolas  trtis  chedent  envers;  peut-on  voir  une  construction  plus  natu- 
relle et  plus  élégante.?  M.  L.  y  substitue  :  Lor  0  demandel  tierce  reiz,  Chitdent 
tmas  a  totes  treis,  je  demande  des  exemples  d'une  pareille  manière  de  ranger  les 
mois.  —  J9  Nosdeftndcd  nt  nos  suslcd^  A  U  mort  vai  cam  uns  anel  :  ne  sent-on 
pas  encore  ici  la  marche  naturelle  de  l'idée  mieux  que  si  on  )it  Cum  uns  aniels 
(sic)  a  ta  mort  vaît^  —  48  Al  fog  Vuseire  rcsu-ardouet,  construction  tout  Â  fait 
conforme  â  l'ancienne  syntaxe;  M.  L.  lit  :  Vtswardcret  al /on  l'aissUre  :  j'accor* 
derai  ma  créance  i  toute  ta  restitution  quand  on  me  montrera  une  seule  phrase 
ainsi  construite  au  raoyen-dgc.  —  ^6  Piiaz  que  anz  l'en  vol  laissât:  ici  M.  L. 
fait  plus  qu'intervertir  :  il  supprime  que  an:,  le  remplace  par  aler,  et  obtient  ce 
vers  i  tout  le  moins  peu  élégant  :  Pttaz  laissier  vuolt  l'tnt  aUr^  bien  inutilement 
i  mon  sens,  car  judcus^  qui  termine  le  vers  suivant,  a  pu  assoner  en  français 


I .  la  (orme  correcte  fn  proveniial  est  fo,  et  de  même  fus  pour/iv  i  rcxcmptc  suivant  ; 
nais/u,/iu  te  trouvent  dtalecialement. 

a.  Je  n'admettrais  (;Q^e,  pour  mon  compte,  cette  inversion  :  mais  If  restauration  de 
H    L    en  conlieni  d'aussi  extraordinaires. 


Ir8  C0¥PTES-RENDU5 

aussi  bien  en  U  qu'en  i.  —  {8  Cum  aucuirai  eu  vostre  rafL.  Ea  wstre  /xi  ctfffl 
auciàrài?  —  66  Plotcz  assez  qui  obs  vos  es^  L.  Plortz  ascz^  qa'uops  vos  til  il;  je 
doute  qu'on  trouve  il  sujet  impersonnel  rejeté  ainsi  à  la  6n  d'une  phrase.  — 
74  C\\m  lu  vcmiras,  Chnst.  en  ton  nn,  L.  Cum  tu  venras  m  ton  rang,  CkrîsL  — 
84  Jal  vfdrs  tta  si  morir;  El  fcsuràta,  cho  Sùb  per  ver;  M.  L.  lit  :  ia-/  veJist  elle 
si  morant,  Ço  stt  per  tiir,  U  resurJraty  ce  quj  est  plus  qu'une  inversion,  et  00 
avouera  que  morir  est  bien  préférable  i  morani.  —  86  Josepi  Pilât  moult  a  ptàtr 
(je  lirais  pitiat^  au  v.  suivant  donail  pour  do:\es^  ce  qui  forme  une  assonance 
hybride),  L.  Joscps  Pilât  moult  per  preial;  per  ne  s'emploie  pas  ainsi  devant  un 
verbe;  il  doit  toujours  être  suivi  (mais  jamais  immédiatement)  d'un  adjectif  ou  d'un 
adverbe. —  c^q  Gardes  i  met  non  sia  embîtz  ;  ici  l'inversion  ne  suffisant  pas,  M.  L. 
change  non  sia  embltz  en  jusqu'al  tiers  du  —  96  Usquc  renguts  qui  sens  ptcat  Pu 
toz  solses  conmuna  Itï,  L.  Usqut  qui  sens  ptehirct  nniit  Cornant  lu  por  lo:  sotsist; 
c'est  assurément  fort  ingénieux,  mais  il  me  semble  que  usque  doit  absolument 
être  suivi  de  venist.  —  99.  Et  cum  la  ruas  blatu  vulimcnz;  M.  L,  lit  E  cum  U 
nuofs  vatimenz  blancs,  ce  qui  m'est  inintelligible  :  qu'entcndHl  par  nuofsf  II  faut 
évidemment  cum  ta  mif  ;  mais  alors  blancs  doit  être  placé  prés  de  <  comme  la 
neige  •.  Au  reste  ce  changement  est  inutile,  même  dans  le  système  de  M.  L.  ; 
car  ardent^  tout  en  ayant  ailleurs  un  a  comme  participe,  peut  très-bien  avoir  ici 
un  c  comme  adjectif.  —  100  Si  s'espaurtren  de  pavor;  ce  vers  m'a  embarrassé; 
M.  L.  dit  qu"K;'<n'0rirf  a  donné  csparrir  et  non  espaarir^  et  lit  si  s'espavrirtnl; 
mais  il  y  a  de  nombreux  exemples  en  français  d'»;uanr, et  il  n'y  en  a  pasd'apa* 
rri/\  ce  qui  a  toujours  pour  moi  quelque  poids.  Le  v  de  patar  et  de  ses  dérivés 
était  tombé  en  lalin  vulgaire  (toy.  App.  Pfofr.),  et  n'a  laissé  de  traces  dans 
aucune  langue  romane;  payor  au  même  vers  et  plus  loin  est  un  latmismc.  — 
i  r  o  //  (/()  non  tredtnt  que  aia  cjrn,  L,  Qtud  aiet  charn^  no'l  creidm  il,  construction 
peu  naturelle.  —  t  ro  M.  L.  garde  la  rime  el[s]  apartgues  en  écrivant  aparertst, 
et  il  remarque  ^u'aparcvcst  ù  cdté  de  conovist  receyist  n'est  guère  plus  étonnant 
que,  dans  Eulalu,  pcrdesse  A  cAté  de  avuissct.  Mais  ce  n'est  pas  du  tout  la  même 
chose.  P^r)ii(/i,  devenu  en  latin  vulgaire  perdtdi  [Rom.  Il,  447  ;  IV,  122)  adonné 
perdié,  qui  a  influé  sur  l'imp.  du  subj.  et  a  produit  ta  forme  perdicsse,  qu'un 
trouve  dans  plusieun.  textes,  et  qu'on  s'attendrait  â  rencontrer  dans  Eut.  plutôt 
que  perdisse.  Au  contraire  eognovistt  et  appât uustt  ionl  exactement  dans  les 
mêmes  conditions;  il  n'y  a  jamais  eu  de  parf.  aparcvU,  et  on  ne  voit  pas»commenl 
le  même  dialecte  pourrait  dire  conovist  (ou  conoùsl]  et  aparevesi.  Mais  c'est  que 
(/  fl;«regUM  forment  une  dissonance  provençale.  —  r  14  E  per  es\t\  mund  rova-ls 
altr;  j'ai  dit  plus  haut  que  |e  ne  pouvais  admettre  cette  éluion  du  t  et  de  Vo 
{roirM  hs}  en  français  (non  plus  que  celle  du  /  de  et  dans  rf);  —  taS  Christas 
Jesas  qui  man  en  sas,  L.  Qui  mains  en  sus,  0  Jesu  Crisl  ;  M.  L.  a-t-il  des  exemples 
de  Qui  employé  ainsi  absolument  en  français?  —  L'explication  que  j'ai  donnée 
{Rom.  Il,  )  t  {)  de  ta  str.  128,  et  qui  me  parait  bonne,  ne  se  concilie  pas  avec  j 
l'inversiun  qu'y  pratique  M.  L. ,  et  je  ne  sais  quel  sens  il  donne  i  en  tels  raizons. 
—  Voili  une  longue  liste  d'objections  plus  ou  moins  fortes;  mats  ce  qu'il  faut 
surtout  dire,  c'est  qu'i  peu  près  nulle  part,  dans  les  nombreux  passages  modifiés 
par  M.  L,,  le  texte  du  manuscrit,  si  on  admet  les  assonances  ou  provençales 
ou  hybrides,  n'a  le  plus  léger  besoin  de  restïtation.  Ajoutons  qu'il  «t  impus- 


tûcKlKG.  Die  ttîtesten  franzœsischen  Mundarten  i  tg 

libk  de  voir,  si  un  remanieur  a  eu  sous  les  yeux  te  texte  que  nous  fournit 
M.  L.,  pourquoi  il  l'a  changé  comme  celui-ci  prétend  qu'il  l'a  fait.  Etait-ce 
pour  écarter  tes  assonances  purement  françaises?  mats  il  en  a  laissé  subsister  un 
gnnd  Donbre  d'autres,  qu'il  lui  aurait  été  bien  facile  d'éviter  par  de  simples 
interversions,  comme  nous  l'avons  vu  plus  haut.  D'ailleurs  ce  motif  n'aurait 
aillé  que  pour  un  petit  nombre,  car  la  plupart  des  assonances  •  restituées  * 
par  M.  L.  sont  aussi  bonnes  en  provençal  qu'en  français.  Si  on  considère  sur- 
tout le  nombre  considérable  des  assonances  06  figure  le  parfait  prov.  en  i  de  la 
première  conjut^aison,  associé  généralement  à  des  mots  en  i,  on  reconnaîtra  que 
ces  assonances  doivent  appartenir  i  l'original,  ou  que  le  remanteur  provençal  a 
tdlement  travaillé  qu'il  est  impossible  de  retrouver  l'original  sous  son  oeuvre. 
Je  persiste  donc,  après  cet  examen  de  la  restitution  de  M.  L.,  —  examen  qui 
n'est  pas  encore  aussi  minutieux  qu'il  pourrait  l'être,  —  à  regarder  la  Passion 
comme  une  œuvre  hybride,  où  les  formes  du  Nord  et  du  Midi  sont  mélangées 
dans  des  proportions  diverses^  et  qui,  tout  en  restant  fort  précieuse  à  beaucoup 
de  points  de  vue,  ne  peut  être  utilisée  qu'avec  de  grandes  précautions,  et  doit 
l'élrc  seulement  dans  le  texte  que  nous  offre  le  manuscrit,  —  bien  que  ce  texte 
loit  sensiblement  postérieur  à  l'œuvre  elle-même  et  nous  oiTre  i  chaque  vers 
des  traits  propres  i  l'un  ou  i  l'autre  des  copistes  par  les  mains  desquels  il  a 
passé. 

Nous  arrivons  maintenant  A  la  première  partie  du  livre  de  M.  Lûcking,  où  t| 
étudie  les  t  traits  communs  »  des  plus  anciens  textes  français.  Il  ne  s'agit  pas 
bien  entendu  de  les  énumérer  tous;  ce  serait  faire  une  phonétique  française 
complète;  l'auteur  ne  s'attache  qu'à  ceux  dont  l'existence  commune  dans  tous 
ces  telles  pourrait  être  révoquée  en  doute.  Il  traite  les  six  points  suivants  :  il  e 
et  tf  de  d  latin;  2)  ii  de  f  latin;  })  ta  diphthongue  et;  4)  les  valeurs  phonétiques 
de  la  lettre  c\  s^  '  devant  les  nasales;  (■>)  :  pour  s  latine  après  n  et  /.  — Je  vais 
les  passer  en  revue  après  lui. 

|.  £*  et  (£  de  a  latin  (p.  66-76}.  —  L'auteur,  réservant  la  question  de  la  valeur 
de  \'a  =  lat.  a  dans  les  Se/rntnis  (il  explique  avec  raison  Luàher  par  l'influence 
de  l'allemand),  montre  que  tous  les  textes  sont  d'accord  pour  changer  à  en  r, 
en  ir  dans  certaines  conditions,  en  ai  me  dans  Eul.)  devant  les  nasales.  Le  Fr. 
de  VjI.  offrirait  la  particularité  que  Ve  ne  devient  pas  t>  après  les  gutturales,  bien 
qu*il  le  devienne  dans  les  autres  conditions  communes  :  chtve,  séché,  cherté.  Mais 
Ces  trois  exemples  doivent  se  réduire  i  un,  ckeve.  Le  ms.  porte  ciig  adrc  ja  teche; 
M.L- lit  «fA^^ïKMïuj;  mais  si  !e  I  tombe  ailleurs  dans  leFrdgm.,  — comme 
dans  cherté  pour  chcriet,  —  il  me  parait  bien  difficile  d'admettre  la  chute  de  tt 
(il  faudrait  steheis).  Je  suis  donc  porté  à  croire  que  le  genre  de  aire  =  htJera 
était  flottant  pour  l'auteur,  et  que  par  une  anacoluthe  assez  explicable  pour  qui 
écrivait  'péle-méle  du  latin  et  du  français,  il  a  écrit  citg  udn  fu  itclu  =  fait 
'mcj.  Quant  à  cktrU,  l'a  n'est  pas  ici  accentué;  il  est  vrai  que  ciirj(di|c/n)  aurait 
dû  donner  charte  et  n'a  modifié  \'a  que  sous  l'influence  de  chter  =  teru'm)  ;  mais 
ccttt  influence  n'a  pas  été  nécessairement  jusqu'à  introduire  la  diphthongue  dans 
b  syllabe  atone;  la  forme  chertl  se  trouve  dans  d'autres  textes  qui  donnent 
ttua.  Reste  ^kctc  =  capuim).  et  ce  mot  isolé  ne  peut  rien  prouver;  car  nous  ne 


1 20  COWPTES-RENDUS 

voyons  nulle  part  que  Va  après  le  c  eût  un  son  différent  de  celai  qu'il  a  dans  les 
autres  cas  où  il  se  change  en  U.  —  Sur  u  pour  e  dans  Ug.  M  L.  donne  une 
explication  qui  csl  plus  simple  et  plus  conforme  à  d'autres  exemples  que  celle 
que  l'ai  proposa  (Rom.,  I,  28},  28f)  :  te  pour  e  i  cdté  de  e  pour»  indique  seu- 
lement^ d'après  lui,  l'embarras  du  copiste  provençal  en  face  de  Vtc  français;  il 
explique  de  même  quelques  cas  à'ic  pour  t  dans  le  ms.  L  de  {'Alexis.  —  Il  con- 
clut que,  —  sauf  U  prétendue  exception  du  Fragm.,  —  tous  les  anciens  textes 
sont  d'accord  dans  le  traitement  de  Va  latin  (les  Serrrunu  mis  à  part).  — 
P.  68-74,  M.  L.  explique  les  doubles  formes  mel  et  mal,  kull  et  cait,  par  l'exis- 
tence en  latin  vulgaire  de  doubles  formes  malus  et  mallas,  cala  et  calUt.  Je  ne 
crois  pas  qu'on  gagne  grand'chose  à  reporter  plus  haut  l'origine  de  ces  formes 
doubles,  qui  se  retrouvent  dans  les  mêmes  textes.  Il  me  parait  plus  naturel 
d'attribuer  A  \'l  quelque  chose  de  la  force  conservatrice  des  nasales,  qu'a  fort 
bien  reconnue  ailleurs  M.  Lùcking.  L.7  a  certainement  influé  sur  \'a  précédent, 
puisque  dans  certains  dialectes  mala  est  devenu  maLU]  je  regarde  celte  influence 
comme  ayant  tendu  partout  à  conserver  IV  intact,  en  face  de  la  loi  générale  qui 
le  changeait  en  ^;  de  là  l'hésitation  entre  mal  et  met,  kith  et  cali;  de  là  la  con- 
servation de  r^  dans  vaft,  —  que  M  L.  explique  aussi  par  valla  ;  de  l  les  formes 
oital,  Noai,  etc.,  à  côté  d'oi((/,  Norl,  formes  dont  M.  L.  donne  ailleurs  (p.  98) 
une  explication  à  mon  sens  peu  vraisemblable,  et  qu'il  ne  faut  pas  séparer  de 
mal  nKlfCalt  kiclt.  Nous  n'avons  pas  de  preuves  de  l'influence  de  !'/  simple  sur 
un  e  précédent;  aussi  aie  de  cclat  pourrait-il  s'expliquer  par  ccllat  (L.  p.  94), 
s'il  n'était  beaucoup  plus  naturel  d'y  voir  la  même  tendance  à  l'assimilation  qui 
.1  fait  dire  pise  au  lieu  de  pmJt;  elle  a  de  même  remplacé  çotle  (dont  M.  L.  ne 
parle  pas)  sous  l'influence  de  celer.  Queretle  an  contraire  vient  bien  de  ^aaerdta^ 
mais  on  a  des  exemples  de  cette  forme.  Enfin  M.  L.  explique  de  même  acoU 
par  ischolla,  vole  par  voilât  (p.  169),  rotstgnol  par  lusciniollus  (p.  222);  je  suis 
plus  porté  à  voir  dans  tous  ces  mots  des  traces  de  l'influence  de  )'/.  Le  procédé 
du  redoublement  ancien  plaît  â  M.  L.  :  il  ne  l'applique  pas  seulement  à  I'/.  mais 
au  f  dans  vochier  de  voecare  'p.  169),  à  l'r  dans /or;  de /ornr  iib,),  à  \'m  dans 
oram  de  orammus  (p.  68).  Pour  roehicr  je  suis  de  son  avis,  parce  qu'ici  la  con- 
sonne elle-même  atteste  le  fait;  pour  oram,  plus  tard  orom,  oromts^  la  question 
est  fort  obscure;  poux  fors  je  crois  plutftt  i  une  dérogation  anomale,  semblable 
à  celle  de  rose  au  lieu  de  ruose  riust  reast,  qu'on  ne  peut  expliquer  par  roisa  — 
P.  68,  |c  ne  vois  pas  bien  pourquoi ru/^tt/ifdff  ne  peut  pas  donner  covtiûet;  pour 
en  juger  il  faudrait  avoir  un  autre  mot  sembtableraent  construit^  et  je  n'en 
connais  pas;  M.  L.  s'appuyant  sur  mtdutate  —  mcitU,  explique  covettier,  coveitU 
par  aifftJutare  eupedietaU;  ceb  me  semble  inutile.  —  L'explication  de  fcerjt  dans 
le  Fiagm.  (facunt  pour  factutu)  est  bonne.  —  J'admets  aussi  volontiers  cruel  de 
crudalis  (p.  72);  —  fruisster  de  frustiare  a  déjà  été  donné  par  M.  Havet  {Hom. 
ni,  Î28).  —  Je  penche  en  effet  i  expliquer  deipeira  dans  Alexis  a8  b  par  disparat 
plutftt  que  par  Jesperat  ip.  74). 

II.  /rdeelat.fp.7î-8i».  — Dans  cet  excellent  morceau,  on  remarquera  surtout 
la  conjoncture  extrêmement  ingénieuse  qui  remplace,  k  la  fin  du  premier  Serment^ 
mn  H  n  tr  par  nun  lut  ler.  Graphiquement  Hic  ne  soulève  aucune  ob)ection  ;  f 
faut'il  l'accepter?  c'c»t  ce  qui  n'est  pas  auui  stt.  La  leçon  m  (et  non  iv)  de  iK 


LùcKiNC,  Die  sltesien  franzœsischcn  Maniiarten  1 2 1 

peut  i  mon  avis  se  défendre.  Je  renvoie  à  mon  édition,  ainsi  que  pour  l'autre 
con)ecture  de  M.  L.,  relallvemenl.  au  fameux  aon  lo  stamt,  qu'il  lit  i'en/raint.  — 
M.  L.  prouve  (orl  bien  que  tous  les  ie:tte&  (les  Sirmenti  mis  à  part)  diphthon- 
gaent  r^  accentoi,  sauf  quelques  cas  isolés  et  communs  {Deus,  trat).  Les  mois 
comme  matere  misne  ne  doivent  pas  être  assimilés  aux  autres  <p.  76);  ces  mots 
ont  eu  originairement  la  forme  materu^  etc.,  puis,  suivant  les  dialectes,  mature 
metuc  et  matere.  —  L'explication  de  uvre  pour  iio/rt  est  fort  bonne  |p.  82)  ; 
mais  li  ne  faut  plus  dire  que  sievn  provient  de  siètn;  je  crois  avec  M,  Havct 
{Hom.  VI,  }2i  ss.l  que  dans  it  de  t  l'accent  était  primitivement  sur  i.  Quant  k 
fhistotre  de  iocui.  elle  est  encore  i  faire. 

ni.  La  diphthongue  ti  ip.  8}-9it.  — Dans  les  Serments,  M.L.  accepte ^i/f^ 
</firt,  r^arde  itf  comme  français  et  non  latin,  et  rapprochant  mi  pourmci,  podir 
et  f4vir,  en  conclut  que  ce  texte  représente  par  i  1  la  fois  i'  et  t  latins,  rendus 
en  français  ordinaire  par  CI.  Jusque-M  je  suis  parfaitement  d'accord  avec  lui; 
maïs  je  cesse  d'être  de  son  avis  quand  il  ajoute  :  t  II  faut  voir  dans  cette  parti- 
ailanté  un  trait  dialectal,  w  Je  n'y  vois  qu'un  trait  orthographique,  ainsi  — 
soit  dit  par  avance  —  que  dans  tous  les  autres  traits  du  même  genre  que  M.  L. 
a  rdevés  dans  les  Serments.  Par  là  s'accuse  entre  nous  le  commencement  d'une 
différence  qui  ira  en  grandissant  au  fur  et  k  mesure  de  l'exposition  d<;  l'auteur. 
J'aurai  l'occasion  de  motiver  ce  dissentiment  :  j'en  dirai  tout  de  suite  le  prin- 
cipe. M.  L.  voit  des  divergences  dialectales  dans  des  traits  où  je  ne  puis  en 
reconnaître,  parce  qu'il  part,  pour  apprécier  les  Strmtnli,  de  l'orthographe  du 
Ulin  classique,  tandis  que  jetés  crois  écrits  avec  l'orthographe  habituelle  au  latin 
mérovingien.  Ainsi  pour  lut  podir  savn  Ji/t,  ollrant  un  i  à  la  place  de  Vc  latin  ou 
de  l'n  français,  ont  une  forme  dialectale;  pour  moi  ils  présentent,  comme  savi- 
Tura  ou  dihet  dans  des  textes  mérovingiens,  un  son  plus  ou  moins  déterminé  qui 
est  devenu  plus  tard  le  fr.  li,  commun,  autant  que  nous  le  sachions,  à  tous  les 
dialectes  de  la  langue  d'oil.  —  Pour  les  autres  textes,  l'exposition  complète  et 
lumineuse  de  M.  L.  ne  donne  lieu  qu'à  quelques  observations  de  détail.  Sur  le 
rapport  dVt  et  (  dans /jmcr  et /rri  (p.  89),  voy.  l'art,  de  M.  Thomsen  (Rom.  V,  64). 
je  ne  comprends  pas  les  raisons  opposées  à  ia  série  dece(m)duis  dits  dis  (p.  90). 
—  L'explication  de  ceindre  [joindre,  etc-l  par  ceingrc,  où  -gre  se  serait  changé  i 
-drt  par  assimilation,  ne  me  plaît  pas.  Si  toute  la  série  indiquée  par  M.  Darmc- 
stcter  (Rom.  II],  j96>  n'est  pas  assurée,  je  crois  qu'il  est  au  moins  dans  la  bonne 
voie  :  le  d  s'est  intercalé  après  n,  comme  dans  scmJrt  —  s:ndre  de  jm/V  de 
stmof.  Je  n'admets  guère,  i  propos  de  ce  mot,  l'explication  de  M.  L.  pour 
lirti  l'en  ai  donné  ailleurs  une  autre.  —  Je  lis.  dans  le  Frjgm^nl,  yi»/if  et 
p€Tme[st\ss£nt  au  lieu  écftsient  et  permisstent;  le  premier  est  [tcerunt,  le  second 
très-certainement  pirmjnsissent,  qui  convient  très-bien  i  la  syntaxe,  quoi  qu'en 
dise  M.  L.,  qui  admet  Tétrange  imparfait  perma{i]eic  =  ptrmanseham.  Ainsi  se 
trouvent  écartées  les  deux  anomalies  de  ce  texte.  Les  notes  tironiennes,  appli- 
quéei  auï  mots  français,  doivent  être  interprétées  avec  une  certaine  largeur, 
cooiOie  je  Je  munlrerat  dans  mon  édition.  —  Il  ne  faut  pas,  dans  la  Passion, 
compléter  esjrid  en  es/rtidat,  mais  en  esfredat.  En  eifet  la  véritable  étymologte 
du  mol  et/reder,  ufreer  est  tx-fridart  (cf.  dans  Du  Cange  a-fridiare]  :  c'est  pro- 
prement un  terme  de  droit;  le  sens  primitif  n'e»t  pas  '  effrayer  >,  mais  bien 


lit  COMPTES-RENDUS 

•  troubler,  mettre  en  désordre.  >  Es/reid^epot,  est  le  substantif  verbal  d'esfruia. 
Ce  verbe  »  donc  â  (de  H  allemand)  aux  formes  accentuées  seulement  ;  le  prov. 
n'a  qu'f  partout. —  Aduer  n'a  rien  à  faire  avec  adhacsare^  comme  je  l'ai  monlri 
ici  (IV,  jor).  —  M.  L.  explique  d'une  façon  ingénieuse  el  vraisemblable  les 
formes  de  lire  où  se  trouve  une  s  par  l'ioAuence  de  l'ail.  Usât. 

m.  Les  valeurs  phonétiques  de  Ye.  —  Vt  tonique  en  français  moderne  a 
deux  sons,  <  et  i.  Tous  les  i  provenant  de  r  el  <  latins  en  position  sont  des 
i;  lèse  provenant  de  a  ont  le  son  d'^  lorsqu'ils  sont  suivis  d'une  consonne  pro- 
noncée {mcr^  cha,  tel,  ncf^  chef,  pirt^  letU,  ûîminitt),  le  son  d'c  lorsqu'ils  ter- 
minent le  mot  ou  qu'ils  sont  suivis  d'une  consonne  non  prononcée  {aimé^  aimer, 
aima^  chc:^  tltf,  cocher,  joarnét).  On  sait  qu'en  ancien  français  une  partie  des 
mots  qui  ont  aujourd'hui  r  provenant  d'à  avaient  U  ;  nous  en  avons  parlé  tout 
i  l'heure.  Dans  les  autres,  comment  se  prononçait  \'(?  On  a  longtemps  admis, 
sans  autre  enquête,  qu'il  se  prononçait  comme  en  français  moderne.  J'ai  montré 
dans  VAlats  que  dans  les  telles  des  XI«,  Xl!=  et  XIII*  siècles  tous  les  t  prove- 
nant il'â  figurent  à  la  même  assonance,  et  ne  se  confondent  jamais  avec  les  ( 
provenant  A'e  ou  i  ;  des  témoignages  que  )e  n'ai  pas  cités  alors,  mais  que  j'avais 
rassemblés  et  dont  je  donnais  te  résultat,  prouvent  qu'au  XVI*  siècle  tous  les  e 
provenant  d'à  avaient  encore  le  même  son,  et  que  ce  son  était  é.  Fort  de  cette 
double  observation,  j'ai  conclu  que  IV  provenant  d'd  avait  au  moyen  âge  le  son 
/,  tandis  que  Vt  provenant  d'f,  i  avait  le  son  ouvert.  Cela  paraissait  évident, 
quand  une  découverte  faite  par  M.  Boehmcr  vint  tout  remettre  en  question. 
Il  constata  en  effet  que  les  assonances  du  Rotûnd  distinguent  trois  e  et  non 
deux;  l'un  répond  à  â  latin  (el  dans  deux  mots,  Deu,  tn^  ï  ^)  ;  l'autre,  d'après 
M.  B,,  à  e  en  position,  le  troisième  à  ■  en  position.  En  même  temps,  d'une 
manière  Indépendante,  et  appuyé  sur  d'autres  témoignages,  français  et  proven- 
çaux, M.  Darmesteter  formulait  la  même  loi,  mais  en  lui  donnant  bien  plus  de 
précision  et  de  portée  ^  Il  posait  en  effet  le  principe,  appelé  à  devenir  dans  la 
philologie  romane  aussi  évident  que  fécond,  que  les  voyelles  latines,  dans  les 
syllabes  longues  par  position,  conservent  leur  quantité  naturelle  et  sont  traitées 
par  les  langues  romanes  suivant  cette  quantité.  La  distinction  n'est  donc  pas  i 
faire  entre  c  en  position  et  i  en  position,  mais  bien  entre  (*en  position  el  ^,  i  en 
position  (1  étant  partout  assimilé  à  f).  Ainsi  s'explique,  dans  ta  laisse  du  RvUad 
qui  ne  contient  que  des  t  =  i,  la  présence  du  mot  rtgrttel,  dont  \'c  correspond 
à  un  (*  allemand.  La  position  a  cependant  eu  une  influence  sur  le  traitement  des 
voyelles;  elle  les  a  empêchées  de  se  diphlhonguer  :  r  dans  ce  cas  ne  devient  pas 
ie  (au  moins  en  français  propre  ;  il  le  devient  en  wallon  comme  en  espagnol)  ; 
^,  i  ne  deviennent  pas  ti  (sauf  dans  ccrtairs  di.ilectcs  ;  voyer.  ci-dessous)*. 
L'existence  des  trois  c  étant  admise,  au  moins  au  XI'  siècle,  il  s'agit  de  déter- 
miner leur  prononciation  respective.  Or  de  ces  trois  f,  un  seul  a  une  valeur 
certaine,  c'est  e  provenant  d'ë  en  position  :  Ve  de  padi/t  se  prononçait  ^,  IV  de 


I.  Voy.  fietat  critiijat,  1671,  II,  267.  Cet  important  païugc  a  échappé  Â  M  L. 
aimi  qu  mes  reourqucs  sur  la  découvcrlr  de  MM.  IKchner  ci  Ditmaictcr  {Komania, 
IV,  (01). 

1.  De  même  pour  la  série  labiale:  0  ne  dcvicoipift  uo  (sauf  les  mêmes  exceptions 
que  pour  \'e)  -,  n  long  en  poiition  drvïent  en  fran^aU  u,  —  u  oief  ut  au'tmîlê  h  ■>, 


LûCKiNG,  Die  aitesten  franzœsischen  Mundarten  i2\ 

ie  se  prononce  i,  \'e  au  mot  correspondant  se  prononce  è  en  italien,  il  est 
donc  sûr  que  celte  valeur  est  restée  immuable,  comme  en  général  celle  des 
voyelles  en  position.  Reste  à  déterminer  celle  de  e  :=  aeldee^^  i,  0.  M.  Bœh- 
mer,  tout  en  reconnaissant  que  e  =  a  $'est  prononcé  unifonnément  è  avant  de 
se  scinder  dans  le  français  moderne  en  ^  et  f,  a  pensé  qu'au  moyen  âge  (  ;=  u 
se  prononçait  i  ircs-ouvert  (je  note  ce  son  par  /)  ;  il  a  donné  ï  l'appui  de  cette 
opinion  un  certain  nombre  d'arguments.  Cette  manière  devoir  a  d'ailleurs  pour 
die  la  remarque,  faite  par  M.  Storm  {Rom.  Ili.  2S7),  que  j  a  dû  passer  par  l 
pour  arriver  i  i.  Il  faut  encore  remarquer  que  nous  pouvons  assez  facile- 
ment discerner  deux  nuances  distinctes  de  \'l^  i  propre  et  é  {bfttcei  béte),  et  que 
nous  ne  percevons  pas  aussi  facilement  deux  i  distincts  fbien  qu'à  mon  avis  en 
français  moderne  i'  montm  et  monté  aient  une  finale  sensiblement  différente). 
—  C'est  cette  opinion  que  M.  L.  soumet  à  la  critique  :  après  avoir  énuméré 
tous  les  arguments  de  M.  Boshmer,  il  les  déclare  tous  inacceptables,  et  en 
revient  à  la  ihéonc  d'après  laquelle  tous  les  c  =  a  se  prononçaient  i.  Même  en 
admettant,  dit*il,  que  a  ait  dû  passer  par  i  pour  devenir  é,  il  ne  s'ensuit  pas 
qu'il  ne  fût  pas  arrivé  à  i  des  l'é^ioque  des  plus  anciens  textes  :  c'est  l'objec- 
tion que  l'avais  faite  aussi  {Hom  IV,  ^00}  au  système  de  M.  Bœhmcr.  Mais. 
j|oute  M.  L.,  on  peut  se  représenter  autrement  le  développement  àta.  Admet- 
tons quM  est  d'abord  devenu  ai .  minare  mtnair  (cet  ai  se  conserverait  encore 
aujourd'hui  dans  le  patois  guernesiais,  et  il  a  persisté  devant  les  nasales,  — 
mam  phint,  —  qui  en  général  en  français  conservent  les  diphlhongues  précé- 
dentes!) ;  —  mwimr  est  devenu  plus  tard  mtiûiT.  et  c'est  la  forme  qui  a  pcrwsté 
dam  le  dialecte  bourguignon  ;  —  mtniiî  a  passé  à  mtniir  ' ,  mcniir  s'est  resserré 
en  mtnii,  et  c'est  la  forme  du  français  propre  dés  les  plus  anciens  textes.  Cette 
théorie,  comme  on  le  voit,  est  très-ingénieuse,  irés-coaforme  aux  conditions 
physiologiques,  et  i  le  grand  avantage  de  rendre  compte  d'un  trait  caractéris- 
tique du  dialecte  bourguignon,  —  ou  plutôt  du  groupe  onental.  Elle  a  cepen- 
dant des  lacunes  et  elle  soulève  des  objections;  elle  contient  même  une  contra- 
diction qui  paraît  avoir  échappé  à  l'auteur.  Il  semble  accorder  expressément 
(p.  96]  que  a  pour  arriver  i  ^  a  passé  par  ^,  et  cependant  l  ne  figure  pas  dans 
la  séfK  qu'il  construit  plus  tard.  Vi  du  normand  >inU  *  prouve  tout  au  plus 
<e  qui  est  certain  j  priori,  à  savoir  que  j  pour  arriver  i  i  z  passé  par  cette 
phase  dans  un  temps  et  dans  un  heu  quelconque;  mais  il  ne  prouve  pas  que 
(  ^  d  ait  été^  dans  la  langue  littéraire  du  moyen  âge.  On  aurait  aussi  bien  le 
dfoll  de  prouver,  par  les  infinitifs  en  air  de  Guernesey,  qu'<imfr  dans  RolanH  se 
prononçait  jm^ir  :  ces  deux  arguments  se  valent  et  par  conséquent  se  détruisent 
l'un  l'autre.  *  Mais  M.  L.  admet  plus  loin  que  te  m  de  Guemesey  a  conservé 
la  plus  ancienne  prononciation  de  l'a  latin  en  tangue  d'oil  (ce  qui  me  parait 
d'ailleurs  extrêmement  douteux  |  ;  il  doit  donc  conclure  également  que  le  i  nor- 
naod  a  conservé  la  plus  ancienne  prononciation  normande.  Il  substitue  là  fort 
mat  ik  pnipo:>  le  mol  «  langue  littéraire  du  muyen  Âge  *  au  mot  ■  dialecte  nor* 
masd  •.  Puisque  VAUui  et  le  Hohnd  sont  d'après  lui  des  poèmes  normands. 


4.  VU  q«l  Veu  ootuervé  lusqu'Ji  nos  iours  en  l^mioe  le  prononce  ivec  un  i  xxH- 
irtmt  »1  on  joA     bontéi,  mtnti 


124  COMPTES-RENDUS 

puisque  le  i  normand  actuel  représente  une  phase  iatcnnédiaire  entre  d  et  ^, 
IV  =:  a  dans  AUxm  et  Roland  au  moins  devait  se  prononcer  L  —  Les  préten- 
dues assonances  de  i  avec  a  dans  VÀitùs  et  le  Roland  %oaX  imaginaires,  comme 
je  l'ai  dit  plus  haut.  —  M.  L,  attache  une  importance  tout  à  fait  indue  à  la 
forme  Trolain  pour  TroUn,  qui  se  trouve  dans  Beneoit  de  Sainte-More.  Cette 
forme  propre,  dit-il,  au  dialecte  de  Sainte-More  (p.  1 12),  atteste  que  le  déve- 
loppement de  l'i  entre  une  palatale  et  un  a  est  postérieur  au  changement  d'à  en 
ji;  car  si  l'i  avait  existé  devant  d/i,  Va  ne  se  serait  pas  changé  en  ai.  Ce  raison- 
nement subtil  s'appuie  sur  une  erreur  :  Troiiim  csX  un  mol  forgé  par  Beneoit 
d'après  la  forme  irisyilabique  Troia  usitée  dans  le  latin  du  moyen  âge,  et  qui 
n'a  rien  de  populaire  (sans  discuter  la  question  du  dialecte  de  Sainlc-More  I)  ; 
Beneoit  a  simplement  traité  le  saftixe  -anui  dans  ce  mot  comme  il  le  voyait  traité 
dans  Romanus,  etc.;  ce  qui  prouverait  quelque  chose,  ce  seraient  des  formes 
comme  chain,  moiuin,  ttain.  Je  ne  veux  pas  dire  d'ailleurs  que  M.  L.  ait  turt  de 
regarder  ai  comme  sorti  de  a  avant  la  distinction  établie  entre  les  deux  séries 
d'à  par  la  présence  ou  l'absence  d'une  nasa)c  suivante  (tfi,  e)  ;  je  suis  au  con- 
traire depuis  longtemps  de  son  avis  sur  ce  point.  —  L'a  des  Serments  {jraira^ 
salrar)^  n'esi  certainement  ni  archaïque  avec  toute  sa  valeur,  ni  dialectal;  il 
faut  admettre,  avec  quelques  restrictions,  l'opinion  de  M.  Slorm  et  ne  voir  dans 
cet  .1  qu'une  expression  graphique  d'un  son  qui  n'était  plus  a.  —  Au  reste,  en 
croyant  possible,  comme  le  soutient  M.  L-,  que  \'ti  oriental  soit  une  dérivation 
d'un  a\  {ae)  primitif,  je  ne  crois  pas  nécessaire  d'admettre  que  \'e  occidental 
provienne  de  cet  ci  orienta).  J'admets  pour  les  transformations  de  a  latin  en 
frajiçais  le  point  de  départ  que  M.  Havcl  a  fixé  pour  l'origine  des  diphlhon- 
gaisons  romanes  :  a  (bref  ou  long)  a  donné  dj,  puis,  par  •  réfraction  ■,  de.  At 
s'est  maintenu  devant  les  nasales,  mais  en  y  devenant  ai  imaait  s'est  conservé 
daris  £u/.),  on  peut  croire  que  dans  certains  dialectes  il  est  également  devenu 
ai  devant  toutes  les  consonnes,  puis  iî  et  enfin  (î.  Dans  la  plupart  des  dialectes 
ae  est  devenu  i,  puis  è,  puis  é  :  ces  transformations  étaient  sans  doute  accom- 
plies au  X"  siècle  (c'est  aussi  l'avis  de  M.  L.  que  Ye  =  a  d'Euf.  est  é).  LV  = 
a  s'est  maintenu  pendant  tout  le  moyen  Âge  (cependant  au  XIV''  siècle  on  trouve 
des  traces  d'i  =  a  ,  cf.  aussi  Rom.  V,  494)  :  au  XV1I«  siècle  il  s'est  bifurqué 
en  français  comme  nous  l'avons  vu  ;  le  normand  a  changé,  i  la  même  époque 
environ,  tous  \k  è  =  a  en  i*  ;  de  là  la  prononciation  normande  actuelle,  é,  qui  a 
bien  pu  devenir  i  Guemesey  éj,  puis  àj.  —  Reste  1  parler  de  l'c  ?=  F  (j), 
découvert  par  MM.  Darmesteter  et  Bcchmer.  L'existence  de  cet  c  est  incon- 
testable :  elle  trouve  sa  confirmation  dans  l'étude  des  dialectes  et  des  autres 
langues  romanes.  En  italien  e  =  î  r?)  ne  se  prononce  pas  comme  e  =  H: 
il  a  le  son  Jfrmi  et  l'autre  le  son  ouvert;  en  espagnol  et  en  roumain  e  ^ 
r  en  position  se  diphthongue,  e  ^  I  (f)  en  position  reste  intact.  II  en  est  de 
méroe  dans  le  dialecte  wallon,  qui  dlphthongue  \'e  ->  t,  mais  non  Ve=  î  (i) 
[priestre  mais  a/tique^  purte  mais  tnftrm^  etc.  ;  ce  n'est  pas  ia  le  lieu  d'étudier 
l'application  de  cette  règle  et  ses  exceptions^.    Je  citerai  encore  certains  dia- 


I.  Remarquez  que  Bèie  atiribue  exptcsnÀmeat  aux  Gascons,  et  non  aux  Normands,  li 
prononciation  t  pour  ta:  on  peut  en  conclure  que  de  son  lemps  les  Normand-s  pronoo- 
CJicm  l  comme  les  Français. 


LUCKiNC,  Die  dusten  franzastschen  Mundarien  12^ 

lectes  français  où  on  rencontre  le  phénomène  inverse  :  Ve  =r  /reste  tntacl, 
Tr  =:  f  X  diphthongue  en  oi  ;  ainsi  dans  le  berrichon,  tel  qu'il  nous  est  repré- 
senté par  le  ms.  fr.  401,  écrit  en  1 54}  lit  contient  b  BibU  rimèt  de  Macé  de  la 
Charité,  caré  de  Sancoins),  on  trouve  constamment  htoisme^  ^oirge^  croicbe^ 
wfrf,  etc.,  en  face  de  preslrij  perdre,  plchc,  etc.  *.  Donc  la  distinction  de  r  ^^ 
;et<:=  I  est  ancienne  en  français.  D'autre  part  il  est  certain,  comme  l'a 
établi  M.  L.,  qu'elle  a  disparu  au  XH'  ^ècle,  au  moins  dans  le  français 
proprement  dit,  et  qu'A  partir  de  celte  époque  on  fait  assener  et  rimer  les 
deux  t  sans  scrupule.  Si,  aux  X«  et  XI"  siècles,  t  =  a  valait  i^  i  =  e  valait 
t,  que  valait  e=:  i}  On  serait  lenté  de  répondre  i,  puisque  ce  son  s'est  plus 
tard  mêlé  avec  i\  mais  c'est  peu  probable,  parce  que  pour  aller  de  i  i  ^,  le  son 
a  dû  passer  par  /-  J'admettrais  donc  qu'il  avait  ta  valeur  d'un  i  plus  fermé  que 
t'i  venant  d'd,  la  valeur  dV,  tandis  que  <  =  d  avait  la  valeur  d'f>.  J'avoue 
qu'il  nous  est  dif6cile  de  saisir  aujourd'hui  la  différence  de  ces  deux  sons,  diffé- 
rence qui  a  dû  être  assez  prononcée  pour  nos  ancêtres,  puisqu'ils  ne  faisaient 
pas  assoner  c  ^  i  avec  t  ^  a;  mais  il  faut  plut6t  se  fier  aux  inductions  logiques 
cl  historiques^  en  ces  matières,  qu'au  témoignage  de  Toreille,  sur  laquelle  les 
habitudes  acquises  sont  très- puissantes  (d'ailleurs,  comme  je  l'ai  dit  plus  haut,  les 
deux  i  de  je  montai  et  tt  tsl  monte  ont  en  français  moderne  un  son  assez  distinct 
pour  que  des  poètes  à  l'oreille  délicate  s'interdisent  de  les  faire  rimer).  H  est 
cependant  étonnant  que  1  marchant  à  ^  et  j  marchant  i  ^  ne  se  soient  pas  rco* 
contrés  en  roule,  comme  le  remarque  fort  bien  M.  L.  ;  il  faut  croire  que  la 
rencontre  a  eu  lieu,  mais  qu'elle  a  été  absolument  passagère  ^.  Les  rimes  de 
t  -^  i  avec  ^  =  d  que  M.  L.  a  relevées,  et  qu'il  regarde  comme  fa  preuve  de 
celle  rencontre  momentanée,  —  en  même  temps  qu'elles  démontrent  la  pronon- 
dation  /  def  =;  d,  —  me  paraissent,  je  l'avoue,  dénuées  de  valeur.  L'une  est 
Sebrc  dans  la  Ckiaion  de  Roland,  mot  étranger  d'origine  et  singulièrement 
altéré,  qui  doit  être  écarté  ;  l'autre  est  marchcls  =:  mercai'u  qui  rimerait  avec 
uelt  daos  Philippe  de  Than.  Mais  menalis  donne  régulièrement  mcrchteh;  il  y 
aurait  donc  deui  irrégularités  dans  cette  rime  :  c'est  assez  indiquer  qu'elle  est 
fautive,  et  en  etTet  l'une  des  deux  familles  de  mss.  (l'autre  est  visiblement  Irou- 
Mèe)  donne  les  rimes  mercU  et  tcil,  —  Malgré  quelques  divergences,  on  voit 
qn*en  somme  je  suis  porté  Â  accepter,  au  moins  provisoirement,  la  plus  grande 
partie  du  Sj^stème  de  M.  L,,  et  si  ces  rè&ultats  sont  conlîrniés,  un  chapitre 
très-obscur  de  la  phonétique  française  aura  été  élucidé. 

V.  £  devant  les  nasales  (p.  106-150).  —  Je  n'en  dirai  pas  autant  de  ce  long 
chapitre,  un  de  ceux  a!>surémenl  qui  ont  coûté  à  l'auteur  le  plus  d'efforts  et  où 
ils  ont  été  le  moins  heureux.  Je  n'entrerai  pas  après  lui  dans  la  discussion  aride 
et  embrouillée  de  l'histoire  des  voyelles  nasales,  —  et  spécialement  de  tn,  — 
en  français  :  je  serai  bien  obligé  quelque  jour  d'écrire  sur  ce  sujet  une  disserta- 
tion spéciale,  où  je  devrai  joindre  au  travail  de  M.  L.  ceux  de  MM.  Bœhmer 
et  Scholle.  Je  me  bornerai  présentement  à  dire  que  tous  les  faits  et  les  raisonne- 


I.  ftokki,  rûnaci  avec  cokht  (codie)  datu  le  Roman  de  la  Rost,  ta.  Michel,  1. 1^  p.  ), 
offire  peut-être  un  phénomène  du  ménie  genre. 

1.  AB  reste,  la  même  difficulté  s'oppose  i  ce  iju'on  prononce  i  V<  vcaaal  de  d;  car  eo 
marchant  à  ^  il  aurait  rencontré  t  =  ta,  devrait  assoner  avec  Ini- 


120  COMPTES-RENDUS 

ments  accumulés  par  M.  L.  pour  prouver  sa  thèse  n'ont  servi  qu'à  m'en 
démontrer  plus  forlemenl  l'inexaclilude.  Celle  thèse  est  brièvement  cetle-ci  : 
r  |usqu'au  Xli'  siècle  au  moins  Ve  dans  en  (et  subsidiaircment  \'a  à.\n$  an)  a  un 
son  oral  pur,  et  non  point  nasal  ;  2"  ce  son  est  i  et  non  point  i.  Ces  deux  pro- 
positions ont  surtout  pour  base  (ou  peut-être  pour  but)  ta  a  restitution  m  de  la 
Paision^  telle  que  nous  l'a  donnée  M.  L.  ;  dans  la  Passion  en  elTet  en  assone 
avec  if  et  pour  que  îa  Passion  soit  un  poème  français  il  faut  que  cette  asso- 
nance soit  française.  Malheureusement  la  Pasuon  est  le  seul  texte  où  on  trouve 
pareille  chose  ;  le  Ug.  sépare  soigneusement  en  A  an  dt  i  H  Ae  a  ordinaires,  et 
déji  Eul.,  comme  )e  TaJ  remarqué  plus  haut,  a  deux  strophes  en  en  ;  AlcxUy 
Roi.  et  tous  les  poèmes  postérieurs  ne  font  fomais  assoner  en,  où  d'après  M.  L. 
\'e  aurait  un  son  «  purement  oral  i>,  avec  e  ;  a.e  n'assonc  avec  an.edans  le  Rot. 
que  par  des  fautes  de  copiste  '  :  dans  les  autres  poèmes  où  M.  L.  en  a  cherché 
des  exemples,  il  n'a  trouvé,  comme  dans  Roi.,  i\iie  paient,  roîalme,  bhsmc^tA  stitm 
mots  semblables,  dont  la  prononciation  est  obscure,  mais  qui  ont  toui  une 
nasale  après  Va.  M.  L.  explique  le  groupement  habituel  des  voyelles  suivies  de 
nasales  en  assonances  séparées  par  une  théorie  sur  l'assonance  et  la  rime  qui  ne 
soutient  pas  l'examen.  Les  auteurs  de  poèmes  en  assonances,  dit>il,  ont  de 
bonne  heure  lavorisé  la  rime;  mais  pourquoi  ne  trouve-l-on  pas  dans  le  Rot. 
de  laisses  en  at,  en  a,  en  cz ,  comme  en  an  et  en  en}  Il  est  bien  vrai  qu'on  y 
remarque  une  tendance  k  grouper  les  mots  en  ^n,  Tendance  qui  s'accuse  plus 
dans  des  poèmes  postérieurs  ;  mais  c'est  que  Vo  devant  les  nasales  commençait 
i  se  nasaliser.  M.  L.  émet  aussi  sur  le  passage  de  Tassonance  à  la  rime  des 
idées  qui  ne  sont  pas  justes  :  les  rimes  imparfaites  qu'on  rencontre  dans  les 
poèmes  rimes  ne  sont  pas  d'ordinaire  aht  :  ab:  {abc  :  au  exprimant  l'assonance, 
abc  :  ak  la  rime),  mais  bien  abt  :  ait  ;  dans  les  rimes  féminines  de  même,  la 
rime  tolère  la  différence  ou  l'absence  de  la  première  consonne  d'an  groupe  de 
deux  (ainsi  amours  rimera  avec  nous  mais  non  avec  court,  sage  avec  îargt  mais 
non  avec  pahgrt,  ni  iargt  avec  larme).  —  Les  raisons  pour  lesquelles  t  dans  en 
aurait  eu  (avant  d'être  nasal)  le  son  f  ci  non  K  qui  lui  revient  naturellement 
comme  représentant  c  en  position  =*,  ne  sont  pas  meilleures.  L'analogie  de  on 
n'est  pas  exacte,  puisque  0  devant  les  nasales  n'a  pas  été  traité  comme  t  :  du 
moins  haont  est-il  propre  à  certains  dialectes,  tandis  que  tient  est  commun  :  vaia 
est  traité  autrement  que  Roma,  quelle  que  soit  .>u  juste  l'histoire  de  ce  dernier 
mot.  —  Dans  le  détail,  il  y  a  des  choses  excellentes  et  quelques  petites  erreurs. 
La  remarque  sur  le  ms.  L  A' Alexis  est  neuve  et  juste  :  ce  ms.  change  en  en  an 
dans  \f>  syllabes  atones  initiales,  et  on  peut  croire  par  conséquent  qu'en  géné- 
ral la  substitution  d'ii;i  k  en  n  commencé  par  ces  syllabes. —  L'étude  minutieuse 
des  assonances  en  a  et  dt,  bien  qu'elle  n'aboutisse  pas  à  des  conclusions  bien 
claires,  est  un  premier  travail  très-méritoire  sur  ce  sujet  difficile.  —  J'ai 


I.  A  ce  propos,  disons  qu'il  est  temps  de  supprimer  du  v.  171  {  la  correction /rjrfe,  qui 
formerait  une  assonance  en  a  dins  cette  tirade  en  en,  ài]\  étrangement  défigurée.  M.  Cornu 
a  démontré  (Kon.  IV,  4^7)  que  parte  n'est  pas  de  l'ancien  françab,  il  faudrait  ici  paroi. 
AU  reste,  je  ne  vois  pas  comment  restituer  ce  vers. 

1.  tt  i  en  position;  il  est  probable  qu'ici  cotiune  devam  les  autres  consonnes  1  se  sera 
de  bonne  heure  réuni  i  t. 


LûCKiMG,  Die  édiesten  franxasitchen  MundarUn  ii~ 

dé|i  eu  occasion  de  dire  [Rom.  IV,  282}  que  anu  =  comiUm  el  :=  computum 
ai  pour  ctutnîi  {ifitanu),  et  que  par  conséquent  il  ne  provient  pas  de  conle  mais 
de  cataU  *  (sans  cela  pourquoi  n'a-t-on  pas  manu,  hante,  etc.,  âcmonte,  honte  f]* 
~  P.  124.  M.  Dorhmer  ayant  remplacé  chatitc  dans  une  assonance  en  .1  du 
Roia«4  par  thatU,  M.  L.,  qui  paraît  avoir  mal  interpréta  la  pensée  de  M.  Bceh- 
mcr  (cf.  Rom..  Il,  107),  propose  cluiaite  pour  chacte,  commt  a:ismc  pour  aame  i 
mais  Va  à'aaitne  est  précisément  dû  i  la  nasale  {\'s  étant  de  très-bonne  heure 
devenue  muette  devant  les  spirantes)  ;  ihaaUc  est  impossible  dans  le  Roland.  — 
P.  1 20,  M.  L.  voit  des  rimes  de  a  =  «i  avec  a  =  c  dans  Jorsane  :  depanty  barba- 
9fu/u  :  asane  [Chev.  aa  Iton) ,  mais  on  peut  rétablir  partout  e.  ~~  Pour  conclure, 
fedinî  qu'i  mes  yeux  l'auteur  n'a  nullement  réussi  dans  ce  chapitre  i  prouver 
que  t*c  de  en  ne  fCtt  pas  nasalisé  ^  dès  le  X"  siècle,  et  par  conséquent  que  tes 
assonances  de  la  Hasuon  où  cet  e  assone  avec  d'autres  c'  puissent  être  fran- 
çaises. 

VI.  Z  pour  le  lat.  s  après  n  et/  (p.  tjo-ijal.  —  Dans  ce  court  paragraphe, 
l'aoteur  ne  discute  pas  les  opinions  émises  sur  ce  point  curieux  par  MM.  Schu- 
chardt  et  Chabaneau.  Mais  il  a  soigneusement  rassemblé  les  faits  orthogra- 
phiques en  question  dans  les  six  textes  qu'il  étudie,  et  il  a  pu  en  tirer  les  règles 
fines,  que  après  n  double  ou  mouillée  (gn),  et  après  VI  double  (au  moins  dans 
ta  Pamon)  ou  mouillée  (sauf  dans  Uj;.},  le  z  remplaçait  \'s  latine.  Il  n'attribue 
i  ce  :  d'autre  valeur  que  celle  qu'il  a  d'habitude  ;  ainsi  anz  se  prononçait 
oA-ts^  mauu  se  prononçait  mln-ts^  :  il  laisse  dans  le  vague  la  laçoD  dont  ce  : 
se  combinait  avec  /  et  n  mouillées. 

f  Les  recherches  conduites  jusqu'à  présent  ont  bien  révélé  pour  certains 
textes  quelques  indices  de  dialecte;  ainsi  dans  les  Serm^mj,  l'a  tonique  conservé, 
m,  inf,  f/mdrai,  dans  la  Passion  Iz  pour  Ils.  Mais  ils  sont  trop  isolés  pour  suf- 
fire i  démontrer  que  dans  les  plus  anciens  monuments  français  on  a  afT.iire  i 
des  dialectes.  Nous  trouvons  au  contraire  des  critères  généraux  dans  le  sort  du 
c  et  du  g  latin  devant  j,  dans  celui  de  Vau,  de  Vo  long  et  de  l'o  bref  tonique, 
de  l'imparfait  de  l'indicatif  en  -akam  et  de  l'imp.  du  subj.  en  -uisstm,  ainsi  que 
du  w  allemand  et  de  la  préposition  pei.  •  M.  L.  trace  ainsi  le  plan  du  livre  II 
de  sa  première  partie  :  ■  Les  Critères  ». 

1.  La  desunéc  de  c  et  g  devant  a  (p.  t  j2-i  }9).  —  Après  quelques  remarques 
prtiiminaires  sur  la  Taleur  qu'il  convient  d'attribuer  k  c,  k^  ch^  g,  dans  les 
anciens  mss.,  M.  L.  cherche  à  établir  que  pour  le  traitement  da  ^  ert  du  g  nos 
anciens  textes  se  divisent  en  deux  groupes  :  l'un,  composé  des  Sermaus.,  Eulalte^ 


1 .  C*tsx  un  exemple  de  U  diphihongaîsoD  de  Yo  en  poiîtion. 

X.  Bien  eoicodu  \e  ne  veux  pas  dire  qu'il  eût  prccùément  le  son  du  françab  anuel 
dau  Utn,  mau  limpkment  qu'il  jvsii  une  teinle  niule  luffisanie  i  le  distinguer  de  IV 
ordinaire. 

}.  Notez  qu'il  n'a^sooc  iamau  avec  é  ~  a,  sauf  dans  Hieiassaiaa  ptchet  que  M.  t.. 
MppiuDe. 

4,  M.  L.  compare  cette  différence  i  celte  qui,  malgré  l'onilé  d'orthographe,  eiisie  wi- 
Tini  lui  en  allemand  entre  gans,  pron.  ganati.  et  kahns.  pr.  Kanns;  de  mtmc  Hais  ne 
dMfcrcriit  de  Salz  qoe  par  l'initiale  {halïu,  salUs),  Cette  pronoociatioa  de  Canj  et  HaU 
n'étonne  :  est-elle  admise  ta  Allemagne  f 


128  COMPTES-RENDUS 

AlexUf  maintient  c  etg  durs  devante;  Tautre,  comprenant  ItFragm.yieUg.  et 
la  Pass.^  les  change  en  ch  el  /.  J'ai  dit  jadis  dans  YAlais  que  f  et  ^  dcveaaieDt 
ch  et  /  dans  tes  Sttmcnis^  Eul.,  Alexis  ;  j'ai  admis  au  contraire  cd,  ga  pour  le 
Uger  :  la  division  de  M.  L.  n'est  donc  conforme  à  la  mienne  que  pour  ïcFtagm. 
(je  ne  me  suis  pas  occupé  de  ta  Pûss.  à  ce  point  de  vue)  ;  au  reste  M.  Joret 
avait  déjà  revendiqué  pour  Alexis  le  c  et  le  g  durs  i  normands  «,  pour  Eul, 
les  mêmes  sons  picards;  M.  Jorel  et  M.  Darraestctcr  avaient  révoque  en  doute 
raoo  opmion  sur  le  S.  Léger.  Voici  où  j'en  >iuis  préscoteraent  ;  je  regarde  avec 
MM.  Jorel  et  Lùcking  cbielt  chitj  etc.,  pjgiens  ngids  dans  £u/.,  comme  signi- 
fiant kielt  itic/,  paguiens  reguicls;  je  n'ai  pas  de  raison  pour  tenir  à  mon  explica- 
tion des  Serments  ■  ;e  reconnais  que  mon  interprétation  delà  graphie  du  Ug,^  si 
elle  convient  plus  naturellement  en  elle-même,  offre  des  difficultés  pour  s'accorder 
avec  d'autres  particularités  du  texte;  mais  je  ne  suis  pas  converti  pour  VAlcxn. 
La  forme  goit  prouve  pour  M.  L.  que  le  g  est  dur,  car  sans  cela  on  aurait 
ioie^  comme  on  a  iosal  =.  jactnsses.   Mais  dans  l'un  el  l'autre  cas  on  a  simple- 
ment reproduit  l'orthographe  latine  :  g  pour  g  =  j   devant  a,  o.  u  est  très- 
fréquent  dans  des  manuscrits  bien  postérieurs,  parce  qu'on  n'a  pas  inventé  pour 
le  g  une  notation  correspondante  au  ch  pour  le  c.  Mais  le  g  de  longes,  rengt 
doit  se  prononcer  comme  celui  de  gc/i(,  etc.  ;  la  valeur,  dj,  de  cette  lettre,  est 
si  assurée  pour  le  copiste  de  L  (d'accord  avec  celui  de  Aj,  qu'il  l'emploie  en 
place  du  /  latin  devant  e,  i  ;  g\st  ^oa.  geleni  ^46,  geii  )  jd,  prci\gn  8d,  engruget 
56c,  tous  les    mots  en  -âge,    etc.;    en    outre,    ce   qui    est  plus   frappant, 
voulant  noter  un  g  dur  devant  e,   il  écrit  langutros  (iiic);  et  cependant, 
d'après  M.  L.,  longes,  rengt  doivent  $e  lire  longuet^  rtngM^\  Quant  aux  c<i,  ktj 
ce,  des  rass.  L  et  A,  je  persiste  à  les  regarder,  soit  comme  équivalents  à 
ehit,  çht^  soit  comme  introduits  par  les*  copistes  ;  el  je   ne  contredis  pas  ma 
classification   des    mss.,    quoi    qu'en    dise  M.    L.,    en    supposant   que   tes 
exemples  de  (ha  qui  se  trouvent  dans  A  proviennent  de  l'original  :  il  importe 
peu,  i  ce  point  de  vue,  qu'il  y  ait  entre  l'original  et  A  plus  d'intermédiaires 
qu'entre  l'original  el  L.  J'aurai  occasion  de  dire  plus  loin  comment  je  défends 
cette  manière  de  voir  contre  ta  théorie  de  M.  Jorel.  —  Notons  dans  ce  chapitre 
la  trèS'ingénieuse  explication  de  (koll  =  cj/itfu/n  dans  le  Fragm.,  1*  par  l'emploi 
du  jk  initial  emprunté  à  la  graphie  usuelle  Jhaus  ;  2«  par  le  fait  que  Técrivain 
distinguait  mal  les  douces  dcsfartcs(cf.  pretitr  pour  prtdier,  achuier  poMr  achtteri y 
ce  n'est  pas  sûr,  mais  c'est  bien  trouvé.  —  Le  raisonnement  de  M.  L.  sur 
evaquict  dans  le  Ug.  n'est  pas  bon  ;  t  eves^uietf  dit-il,  est  un  dérivé  de  èri^ue  >  ; 
mais  alors  d'où  vient  l'i  /  M.  L.  admet  lui-même  ailleurs  que  \'i  des  mots  comme 
colcatam  =  colckiet  s'est  produit  avant  le  changement  d'à  en  i  :  il  n'avait  aucune 
raison  de  se  produire  après.  •  Par  conséquent  eveschiet  n'est  qu'une  UrrihiUung  *  ; 
mab  sur  quelle  analogie  aurait-on  changé  c*es4juiet  en  eveschiti  quand  on  avait 
Miiut  ?  Il  but  regarder  a-uchiel  comme  provenant  d'une  (ormevtjgaire  epmatum 
(on  p. 4.  epispocalum)  pour  episcopatum. 


l\ 


I.  M.  L.  s'appuie  lui  ce  que,  dam  le  fragment  en  prose  copié  de  ta  même  main,  on 
trouve  gaaire  coït  géra.  C'est  là  une  singulière  mêpnse  :  geru,  c-i-d.  gterts,  triduii 
te  latin  ergo  {cl.  Rûm,  VI,  6j9j. 


LÛCKINC,  DU  Altesten  franicaUchen  Miutdarten  1 29 

H.  L»  destiaée  àe  au  latin  (p.  i}9-i4}).  —  M.  L.  veut  prouver  que  Vau 
btin,  changé  en  ô  dans  les  Sermtnts,  Eatalie,  Alexis^  s'est  mainteitu  dans  les 
pommes  dr  CIcrmont  el  en  partie  dans  le  Fragment.  Pour  ce  dernier  Icxle,  il  a  le 
leul  not  rtpaaser,  ttpauscmtnt^  en  opposition  à  Oiiii  :  m^ls  je  rrgarde  repaïua 
tomme  écrit  sons  l'influence  du  latin  ;  il  est  cljiir  que  l'écnvain  était  plus  habi- 
tué i  cette  langue  qu'au  français.  Quant  aux  poèmes  de  CIcrmont,  il  est  vrai 
qu'ils  présentent  partout  au,  et  M.  L.  lire  trés-habilement  parti  de  la  graphie 
«ir<  (toujours  dans  Zi^.,  une  (ois  dans  Pass.)  pour  se  refuser  à  attribuer  la 
inbstitution  de  du  i  l'o  qu'aurait  eu  l'original  au  copiste  provençal.  Toutefois 
il  oe  n'i  pu  convaincu.  J'ai  déjà  dit  qu'admettre  dans  Pass,  que  d  +  u  est 
deicoa  à  {og,  xo(),  tandis  que  au  serait  resté  au^  c'est  absolument  invraisem- 
bbble  :  M.  L.  refuse  avec  raison  (p.  99)  d'accepter  une  pareille  1  interversion 
lie  l'ordre  naturel  o  pour  d  +  i  et  ai).  Il  faut  noter  dans  les  deux  textes  (et 
aussi  dans  le  Fragment]  le  mot  ore  {hora,  or,  etc.),  qui,  soil  qu'il  provienne 
lie  *(*/)  hora{m),  comme  je  le  aois  avec  M.  Cornu,  soit  qu'il  provienne 
de  ha  hora^  comme  le  propose  M,  Suchier  (Hom.  VI,  629}.,  a  pour  source 
innnédute  un  lat.  vulg.  aora  =  aara^  devenu  en  pr.  ara.  Mais,  dit  M.  L., 
comment  croire  que  le  copiste  de  la  Pass.  aura  changé  tous  les  0  de  l'original 
en  ju,  sauf  une  fois  celui  à'oicïsesant,  le  seul  dont  l'existence  soit  assurée  en 
français/  Et  comment  se  fait-il  qu'il  ait  changé  en  e  tous  lesif  de  l'original,  sauf 
une  fois,  dans  paitrtnt  { ^  2  d),  où  il  est  sûr  que  le  français  l'avait  ?  Mais  le  copiste 
de  Ug.  respecte  0  dans  ocir<  non  pas  une  fois,  mais  deux,  c'est-à-dire  chaque 
fois  qne  le  mot  reparaît?  Et  qui  nous  prouve  que  le  dialecte  méridional  de  ce 
copiste  du  aanàn?  nous  n'avons  pas  à  faire  ici  à  une  loi,  mais  h  un  accident 
phonétique.  Dans  le  Ug.^  dit  M.  L.,  j  +  u  donne  constamment  au,  —  diil  de 
JUloit,  etc  ,  —  et  cet  aa  ne  vient  pas  du  provençal  (qui  dit  ag).  D'accord  :  j'ai 
saski  respecté  cet  aa  dans  ma  restitution,  et  je  crois  qu'il  était  général  en  France 
n  X*  siède  (U  Passwn  l'a  déjà  changé  en  à)  ;  mais  cela  ne  touche  pas  le  sort 
de  Vat  blin,  qni,  en  somme,  dans  tous  les  textes  que  nous  possédons,  est  déjà 
devenu  à.  —  Je  n'entends  point  dire  par  là  que  \'o  —  au  du  fr.  remonte  au  latin 
ratgaire  ;  j'enseigne  depuis  longtemps,  —  d'accord,  à  ce  qu'il  me  semble,  avec 
M.  L.,  —  que  le  changement  ancien  d'au  en  0  est  propre  au  latin  vulgaire  de 
l'Italie  ;  sans  parler  du  roumain  et  du  ladin,  le  gallo-roman  et  l'hispano-roman 
avaient  conservé  du;  le  changement  de  l'du  gallo-roman  en  à  dans  le  fr.,  de  \'aa 
hispano-roman  en  à  dans  l'espagnol,  en  ou  dans  le  portugais,  est  un  phéno- 
atee  postérieur  et  propre  à  l'histoire  de  chacune  de  ces  langues.  Il  serait  donc 
fcrt  pouible  qu'au  IX*  siècle  certains  dialectes  français  eussent  conservé  l'du 
quand  d'antres  l'avaient  déjà  changé  en  ô;  seulement  il  faudrait  le  prouver,  eC 
c'est  ce  que  M.  L.  o'a  pas  fait.  A  priori  le  fait  que  ce  changement  est  commun 
i  ions  les  dialectes  de  la  langue  d'oïl,  et  qu'il  est  consuté  au  IX*  siècle  pour 
kl  Sirmcmt,  Eulatu  et  le  Fragmaa,  rendent  vraisemblable  qu'il  était  accompli 
alors  dans  toute  la  France  du  Nord. 

Ut.  La  destinée  des  voyelles  bbiales.  —  1  :  û  latin.  Après  une  bonne  ezpositioa 
des  cas  0 il  ^  a  été  traité  comme  û,  et  quelques  remarques  spéciales  sur  u 

1  position,  M.  L.  te  dcuode  i  quelle  époque  remonte  la  prononciation  Iran- 
rpîtc  de  u,  à  savoir  a.  Je  Tai  fait  remonter  dans  VAiais  à  un  traps  très-ancien, 
komasia.  Vit  a 


130  COMPTES-RENDUS 

fort  antérieur  en  tout  cas  à  celui  ob  oat  été  écrits  nos  premiers  textes.  M.  L. 
trouve  cette  opinion  fort  peu  vraisemblable.  •  La  circonstance  que  □,  dans  le 
domaine  des  autres  langues  romanes,  n'a  passé  i  ù  que  dans  des  dialectes  iso- 
lés, comme  en  provençal  moderne,  dans  le  roununche  de  TEngadiae  et  dans  le 
lombard,  empêche  de  reculer  ce  changement  aussi  haut  que  le  fait  G,  Pans.  • 
Mais  il  est  fort  douteux  que  le  provençal  ancien  ait  prononcé  u  autrement  que 
le  prov.  moderne  et  le  français.  Les  rimes  du  provençal  ancien  sont  toutes  sur 
ce  point  d'accord  avec  celtes  du  français  j  tous  les  dialectes  modernes  du  midi 
sans  exception  (sauf  le  catalan/  prononcent  u,  et  la  raison  donnée  par  Dîez  pour 
la  prononciation  u  est  sans  valeur'.  Nous  sommes  donc  autorisés  à  conclure 
que  tout  au  moms  te  gallo-roman  avait  déjà  changé  u  en  li.  Si  maintenant  nous 
observons  que  non-seulement  le  lombard,  mais  tous  tes  dialectes  de  la  Haute- 
Italie,  jusqu'à  l'Emilie  et  la  Vénétie  exclusivement,  remplacent  u  par  û,  que  La 
plupart  des  dialectes  ladins  (voy.  Archivio  gloaologuo,  i)  en  font  autant,  nous 
serons  portés  â  voir  dans  le  changement  à'u  en  ù  une  influence  proprement  celtique, 
Cette  hypothèse  se  confirme  par  la  comparaison  du  gallois  qui^dês  ses  plus  anciens 
monuments,  nous  offre  i  (évidemment  provenant  d'il)  pour  û  indo-européen  et 
spécialement  pour  »  dans  tes  mots  empruntés  au  latin.  Cette  dernière  circons- 
tance indique  que  le  changement  à'u  en  û  s'est  opéré  en  gallois  dans  la  période 
qui  sépare  le  IX'  siècle  de  la  conquête  romaine.  Pour  qu'un  fait  de  phonétique 
celtique  ait  pu  influer  sur  la  prononciation  du  gallo-roman,  il  faut  d'autre  part 
que  ce  fait  remonte  à  l'époque  où  le  celtique  était  encore  vivant  en  Gaule,  bien 
que  le  latin  y  fCit  trés-répandu.  Ce  sont  ces  considérations  qui  m'ont  amené  à 
aoirc  que  le  changement  du  en  û  a  dû  s'accomplir  dans  la  prononciation  vers 
le  III*  siècle,  et  cette  opinion  me  paraît  toujours  vraisemblable;  elle  a  d'ailleurs 
le  mérite  d'expliquer  comment  la  prononciation  d'iî  en  û  est  le  seul  des  change- 
ments importants  du  vocalisme  que  l'orthographe  du  français  n'ait  pas  exprimé; 
d'ailleurs  la  prononciation  de  û  pour  u  dans  le  latin  est  attestée,  dès  les 
plus  anciens  monuments  de  la  langue  vulgaire,  par  des  rimes  comme  Jaus  : 
adan^  Jésus  :  jus  dans  ta  Pass.,  et  par  bien  d'autres  postérieures.  •  Mais,  dK 
M.  L.,  la  graphie  ancienne  a  pour  ô,  qu'on  trouve  dans  les  chartes  mérovin- 
giennes, témoigne  contre  cette  hypothèse.  A  une  époque  où  l'ancien  u  sonnait 
déjà  û,  on  ne  pouvait  guère  avoir  l'idée  d'employer  le  même  signe  à  la  place 
à'o  pour  un  son  qui  certainement  n'était  pas  lï  .*  la  graphie  u  pour  ù  doit  être 
plus  ancienne  que  la  prononciation  û  pour  u.  »  M.  L.  oublie  que  ta  prononcia- 
tion û  ne  s'applique  qu'à  u,  que  n  et  ô  avaient  pris  le  même  son^  et  que  par 
conséquent  les  scnbes  étaient  daos  un  embarras  perpétuel  pour  savoir  s'ils 
devaient  écrire  o  ou  u,  dans  des  mots  comme  amotcm,  gula^  etc.  —  Au  reste 
l'auteur  reconnaît  en  terminant  cet  article  que  le  son  d'à  pour  û  est  très- 
vraisetnblable  dans  les  plus  anciens  textes  français. 

Les  quatre  paragraphes  suivants  :  Us  soarus  àt  tù  d./r.,  /es  sources  de  l'a, 
ta  detûâit  de  t'a  lalin^Quaiui  des  sons  issus  dt  0  et  o  latins^  sont  peut-être  la 
partie  la  meilleure,  la   plus  neuve  et  la  plus  approfondie  du  livre.  Si  on  les 


I.  u  d'après  lui  ne  peu  êtrev,  parce  qu'il  devient  vdevam  une  voyelle:  Mau  biné,  eic,  ; 
OMis  00  troave  la  mène  cho$c  m  français  :  t/ca  btijFt,  toutm  foufàw,  eic. 


LùCKiNC.  Die  gUtsttn  franzaiischtn  Miuidûrtai  lu 

compare  1  tout  ce  qui  a  été  écrit  sur  le  même  sujet,  même  dans  en  dernières 
Mné«,  on  est  frappé  des  progrès  qu'ils  mjrqucnt.  L'origine  des  sons  français, 
trur  valeur,  leur  histoire,  sont  recherchées  par  une  méthode  i  la  fois  rigoureuse 
rt  fine  qui  ne  laisse  aucun  fait  eh  dehors  de  ses  prises  ;  ïi  tâche  ardue  de  dts- 
ccrver  entre  les  sons  et  les  caractéfcs  est  poursuivie  avec  uncatlention  toujours 
en  éveil  ;  enfin,  même  si  on  n'accepte  pas  toutes  les  conclusions  de  l'auteur,  ces 
chapitres  seront  la  base  indispensable  de  toute  étude  sur  le  m£me  sujet.  Je  ne 
puis  naturellement  analyser  ces  recherches  minutieuses,  présentées  avec  une 
clarté  parfaite  :  je  suis  obligé  d'indiquer  surtout  les  points  06  )e  me  trouve  en 
désaccord  avec  M.  Lûcking,  et  ceux  où  il  apporte  des  découvertes  ou  des 
Mplications  vraiment  nouvelles.  «  Les  sources  de  VA  sont  ju,  ô  en  position 
latine,  â  etôen  position  romane,  «i  lat.  -f  u  (plusTo  hébraiquede  quelques  noms 
propres).  ■  On  peut  comparer  cette  énuméraiion  Â  celle  de  Diez  ou  à  celle  de 
YAltxts,  et  on  verra  combien  elle  est  plus  précise  et  plus  complète'.  M.  L. 
débute  par  exclure  quelques  mots  où  l'o  latin  en  position,  sans  doute  long  p.tr 
nattire,  s'est  changé  en  ou  et  non  en  ô,  et  il  relève  dans  le  latin  vulgaire  déjà 
des  formes  en  u  (p.  ei.  tamare,  curtem,  turtos^  etc.)-  A  propos  du  mot  osltr^ 

—  écrit  à  tort  asted  dans  la  Pais,  y  —  il  montre  que  Vo  de  ce  verbe  est  bien  ô 
et  non  rf,  et  il  en  donne  à  ce  propos  l'élymologie  suivante  :  <  Oster  ou  hosttfj 
prov.  ostar  ou  hostar^  dérive  de  _b?ipita^t,  ■  garnir  d'un  hospes  n.  Ce  verbe  prit 
pour  les  Gallo-Romarns  le  sens  d'  •  enlever  ■  i  l'époque  des  invasions.  Les 
conquérants  germaniques,  spécialement  les  Burgondes,  s'attribuèrent  en  qualité 
à'hospiUs  {hospitalitatt)  deux  tiers  des  terres  :  hospitabjnt  terras  Romanis,  ib  gar- 
nissaient les  terres  des  Romains  d'hâtes  (bourguignons),  c'est -3-dire  qu'ils  les  leur 
Ataient.  Le  douloureux  souvenir  de  celte  perle  amérc  s'est  empreint  dans  le  verbe 
ffjlcr'.B  U  est  heureux  que  celte  spirituelle  étymologie  n'ait  pas  été  proposée  par  un 
Français  ;  quelles  malices  n'y  aurait-on  pas  découvertes,  et  quelles  calomnies  i 
l'égard  des  anciens  Germains  I  M.  Fusiel  de  Coulanges  ne  l'admeura  pas,  puis- 
qu'il ne  veut  pas  que  les  Bourgondions  aient  pris  les  terres  des  Romains  ;  tout 
en  oc  partageant  pas  son  avis  sur  ce  point,  je  ne  crois  pas  non  plus  i  hospitaie 
B-  0jrfr  .  il  faudrait  trouver  un  exemple  à  l'appui.  L'étymologie  de  DJez,  fiJus- 
itrt,  n'est  certaiocmeot  pas  très-brillante,  mais  elle  peut  aller  pour  le  sens  et 
pour  la  forme.  A  en  chercher  une  autre,  j'aimerais  assurément  mieux  hoitme^  de 
kMtts  au  sens  d'  «  armée  »  :  le  verbe  aurait  d'abord  voulu  dire  «  traiter  en 
e&nemi,  eo  pays  conquis  '.puis  «ravager,  piller,  enlever*;  cf.  l'ail,  vaharin^. 

—  Sur  0  en  position  donnant  oi  et  aboutissant  k  ui  (ainsi  que  sur  les  autres 
sources  de  ut),  M.  L.  penche  pour  l'explication  donnée  par  M.  Havet  (Rom., 
III,  ;ai),  sans  toutefois  te  mentionner,  non  plus  que  MM.  Schuchardt  et  Cha- 
fciflKau,  qui  oot  traité  cette  dilficile  question. 

Après  avoir  étudié  les  sources  de  Vé  (0  long,  u  bref,  0  bref  en  position  latine 


I.  C'est  ailleurs,  i  P^^Vf*  ^  ''"jl*'^''*  ^-  parle  des  quelqun  mots  où  à  prorient  de  s  en 
pgiitinn  ià!rz,'  n  19J ;  Q |(i  cxptique  cu  d'uam  que  a  a  dâ  de  boaoe  hesre  j  ptSKr  à 
•  (p.  r.  npprodK  lo  mou  où  o  en  poiinon  a  donné  so,  w,  m. 

a.  I .:aÊ»t  ce  œol   hospilan  (p.  i4i}d«oi  OrtedoM  =  ÀagBitodamim  de 

S.  Léi..  a:  iciait  ime  bjoûtopt  populain;  .  u  la  ville  oà  on  ôte.  ■ 

).  La  éiyanlopa  ehitn,  proposé  par  Du  Cange,  abittre,  suggéré  puis  abandomé 
par  M.  ïcbéler,  ne  mdi  pis  non  plus  déânitivement  ezdnet. 


tj2  COMPTES-RENDUS 

OU  romane  devant  les  nasales,  o  long  en  position  romane  devant  les  nasales,  0 
issu  d'à  devant  les  nasales,  plus  l'u  de  ta  finale  latine  'Um),  M.  L.  passée 
l'histoire  de  V'»  latin  accentué.  L'explication  qu'il  donne  des  mots /ru,  {tu,  lieu 
ne  diffère  que  légèrement  de  celle  que  je  crois  juste  ;  pour  l'exposer  il  me  fau- 
drait une  place  que  je  ne  puis  donner  ici  ;  j'y  reviendrai  dans  l'édition  des 
Antttm  Textes.  —  M.  L.  rétablit  dans  S.  Ug.  (^46)  rooroù  j'ai  lu  ruoJt:\\  n'est 
pas  te  seul  à  avoir  signalé  i  ce  propos  le  in  rotort  des  Formula  du  Vlh  siècle 
(voy.  Rev.  des  t.  r..  1876,  p.  23),  qui  d'ailleurs  vient  non  pas  de  roM,  mais  de 
rotare;  seulement  je  ne  puis  me  décider  Â  admettre  dans  le  Ug.  la  chute  d'an  t 
mèdial.  —  M.  L.  s'est  complètement  trompé  dans  son  appréciation  du  Roland 
au  point  de  vue  du  traitement  de  &  accentué.  J'ai  fait  remarquer  que  deux  laisses 
assonent  en  lu;  M.  L.  me  répond  :  i*  que  parmi  les  assonances  de  ces  laisses 
on  trouve  prozdoem^  cl  que  hom  assone  ailleurs  en  on  i  i»  qu'on  y  trouve  deux 
fois  oilz,  ■  qui  assone  en  i'*  et  non  en  0/  >  ;  j*  qu'au  v.  ]6a^  le  ms.  a  volt  et  non 
wtU;  4*  que)îi!tu  =  ftodoi  est  impossible  dans  une  assonance  en  oc,  et  que  le 
V.  3 1  {  û£t  il  figure  doit  être  corrigé  de  manière  â  assoner  en  ^  [honars).  t  Les 
tirades  22  et  2^9  assonaient  donc  originairement  en  une  voyelle  simple,  et  non 
en  une  diphthongue.  >  Il  faut  avouer  que  le  raisonnement  est  étrange.  M.  L. 
oublte-t-il  que  dans  tout  le  poème,  où  les  laisses  en  â  sont  si  fréquentes,  on  n'y 
trouve  pas  un  seul  mot  où  i'o  réponde  à  un  0  bref  latin,  —  sauf  le  mol  ftom  qui, 
se  trouvant  dans  une  condition  particulière,  a  les  deux  formes,  comme  mat  et 
mcl,  attndeiz  et  attndti,  et  plusieurs  autres  dans  le  Roland.  Oiiz^  dit*il,  assone 
en  ^;  c'est  une  assertion  absolument  contraire  i  la  vérité  :  il  n'y  en  a  pas 
un  exemple  dans  toutes  nos  chansons  de  geste.  Pourquoi  donc  les  mots 
en  Ôy  —  estoet,  poel,  avoa,  sotr^  cotr,  doil,  —  sont-ils  tous  ramassés  dans  deux 
laisses,  s'ils  n'ont  pas  une  voyelle  commune,  différente  de  6  aussi  bien  que  de 
ôf  Cela  ne  se  soutient  pas  un  instant.  Quant  i  fuus^  je  persiste  à  te  lire^Dfi, 
et  je  ne  vois  pas  ce  qu'il  y  a  d'impossible  dans  cette  forme  :  Montem  J6vi\s)  a 
donné  Mont  jue^  que  le  scribe  du  ms.  d'Oxford  aurait  écrit  Montjoc;  or  Wace 
fait  rimer  {Rou,  I.  292}  Monigiu  avec  ^eu  (ce  qui  ne  l'empêche  pas  de  rimer 
ailleurs  yîr'  en  iV,  I  498,  II  967)  ;  suivant  que  l'accent,  dans  le  mot  feod^  a  été 
mis  sur  Ye  ou  sur  I'o,  on  a  eu  filad  oufiuod,  et  les  deux  tonnes  ont  coexisté. 
Cette  question  particulière  en  amène  une  d'une  portée  plus  générale  :  uo,  sorti 
de  i^,  avait-il  l'accent  sur  u  ou  Mur  o?  M.  L.  se  prononce  pour  l'accentuation  a6  ; 
je  crois,  —  avec  M.  Havel,  —  que  l'accentuation  primitive  a  été  «o,  mais  elle 
n'a  sans  doute  pas  duré,  et  la  diphthongue /ortr  est  devenue /nii/t.  Dans  1/0, 
diphthongue  faible,  \'o  est-il  tf  ou  d  f*  M.  L,  admet  à  ;  je  crois  plutôt  â  à.  Com* 
ment  expliquer,  si  ao  était  aô^  que  les  textes  qui  écrivent  simplement  0,  comme 
le  ms.  L  de  l'/l/auj,  ne  notent  lamais  ce  son  par  u  (sauf  devant  les  nasales)  ?  Il 
est  vrai  que  j'ai  admis  dans  Alexis  l'assonance  en  ô  de  /j/ifo/,  et  M.  L.  en  cite  une 
iulndzD%Amiiet  Amile,  p((ol  ;  mais  aujourd'hui  je  les  récuse  Tune  et  l'autre.  Zw'/ico/ 
est  dans  un  seul  ms.  {A},  l'autre  ms.  (L)  de  ta  même  famille  [a)  donne  grabatun  ; 
l'autre  famille  {b)  a  /i(un(P}et  lican\S).  De  L  comparé  à  A  il  résulte  qu'il  s'agit 
d'un  lit  ;  de  a  comparé  à  h  que  le  mol  était  analogue  à  lincol  titan  tican.  Le 
poète  a  dit  lifon,  mot  qui  se  retrouve  dans  plusieurs  textes  postérieurs  avec  le 
sens  de  ■  banc,  couchette  ».  Quant  à  puol^  et  non  pefol^  ce  mol,  écrit  aussi 


LÛCKiNC,  DU  ditesten  franiasischen  Mnndarien  1 5? 

asione  (oufoun  en  o  ;  Tètymologie  en  esl  douteuse  *.  Si  0  de  </  assoiult 

^ritllemenl  en  d,  on  en  trouverait,  non  pu  un  exemple,  mus  des  centaines, 
dut  U  poésie  du  moyen  âge.  Je  retire  donc  ce  que  j'ai  écrit  i  ce  su|el  dan& 
YAUm  :  je  considère  toute  la  langue  d'oil  comme  ayant  diphthongué  ô  en  ùo, 
puis  sans  doute  uè  :  il  est  possible  que  dans  certains  dialectes  cet  aà  se  soit 
ensuite  resserré  en  d  ;  k  ms.  L.  de  {'Alexis,  en  ne  confondant  jamais  l'o  =  6  arec 

I  (F  qu'il  écrit  u,  montre  que  la  prononciation   n'était  pas  <J  '  ;  les  assonances  le 

'  dnttnguenl  aussi  bien  de  6  que  de  à.  Il  faut  toujours  faire  exception  pour  l'o 
devant  les  nasales,  qui  demande  à  être  étudié  i  part  {sonat  est  d'ordinaire 
traité  comme  s'il  était  s6nût)  :  la  manière  dont  Vô  a  été  traité  dans  cette  condi- 
lion  est  un  trait  caractéristique  dialectal,  que  M.  L.  a  oublié  de  relever.  — 
L'auteur  étudie  ensuite  les  deux  notations  de  Vô  en  ancien  français;  j'ai  dit 
dans  l'Alfxis  que  ces  deux  notations,  u  et  0,  n'avaient  qu'une  valeur  graphique 
tt  ne  répondaient  pas  à  des  sons  distincts  fsans  nier  d'ailleurs  que  le  son  à  eût 
suivant  les  dialectes  des  nuances  différentes^».  M.  L,  cherche  à  prouver  le 
contraire  par  une  élude  minutieuse  de  0  et  u  pour  6  dans  les  six  anciens  textes: 
il  montre  bien  que  ces  textes  ont  des  habitudes  orthographiques  distinctes,  et 
plus  régulières  peut-être  que  |c  ne  l'avais  cru  ;   prouvc-i-il  que  ces  habitudes 

iicprésentent  des  prononciations  différentes?  j'en  doute.  —  11  conteste  aussi  que 
'b  notation  u  se  trouve  également  à  rorigine  dans  les  textes  de  l'est  et  de 
l'oueit  ;  mais  il  ne  le  fait  qu'en  affirmant  que  les  Serments  sont  un  texte  occi- 
dental, c'est-i-dire  en  anticipant  sur  une  démonstration  dont  nous  examinerons 
plus  tard  la  solidité.  —  Enfin  il  suppose  que  btUuour,  soaue  dans  Eut.  (en 
de  aon,  tikoltcl,  colpts,  etc.),  corruious  dans  le  Fragm.y  contiennent  les 
races  de  l'ancienne  forme  de  \'à  français  (=  ô,  fi  latinsl  :  n,  ïi  auraient  donné 
Aa,  comme  è,  i  ont  donné  ii  ;  cet  i/u  se  serait  resserré  en  à,  mais  il  aurait  per- 
sisté dialectalemenl  devant  une  r,  une  s  ou  une  voyelle.  Cette  hypothèse,  qui 
établit  un  parallélisme  plus  exact  entre  Thistoire  des  voyellesgraves  (ou  labiales) 
et  celle  des  voyelles  aiguës  (ou  linguales)  est  assurément  fort  séduisante,  et  je 
fuis  porté  à  l'accepter,  malgré  le  petit  nombre  d'exemples  sur  lesquels  elle 
l'appuie. 

M.  L.  étudie  ensuite  (p.  183-188)  l'imparfait  de  l'indicatif,  notamment  de  la 
I**  con)Ugaison  *,  —  l'imparfait  du  subjonctif*, — le  w  allemand,  —  la  préposi- 
tion per  dans  les  différents  textes,  et  trouve  que  le  Fragm.  et  les  Poèmes  de 
Clernont  ont  pour  -aba(m)  -cve  (ce  qui  est  bien  douteux  pour  la  Pasiion),  que 
VAlnis  a  -ove  |Â  induire  de  àut)^  les  Serments  et  Eul.  n'ayant  pas  de  ces  formes; 
—  que  les  formes  en  -uisseim)  sont  dans  Alexis  en  -usse,  dans  les  autres  textes 
(les  S<rm.  et  le  Fragm.  n'en  ont  pas)  en  -visse;  —  que  le  iv  allemand  est  rendu 
dans  Alexis  par  gu,  dans  les  autres  textes  (les  Strm.  manquent)  par  uu  ou  u 


I,  Voy.  «usufia.  Rnlr^r,  au  mot  piœlto. 

a,  cf.  ce  que  vient  d'icnre  h  ce  sujet  M.  Musufia  dans  la  Zeitschrift,  t,  p.  407. 

J.  Je  dis  au  contraire  positivement  que  ces  nuance»  existaient  {yt/oti/,  p.64).  Pourquoi 
dMc  M.  L.  mr  pr^i^  t-il  ^p.  17SI  l'auertion  opposée? 

4.  Fittat,  permeiUfstnt,  que  M.  !..  lit  fiùtnty  permesiitnt,  oai  été  expliqué»  plus 
Kaou 

|.  C'at  par  eneur  que  cognoeaiit  receubist,  dans  la  pattion^  sont  meniionnés  kl  :  ce 
I  Ici  a**  pen.  i^.  du  parf  ind. 


t^4  COMPTeS-ftEHMIS 

(âiShmcx  qO)  est  bien  probablenent,  coome  U  le  contectarr  en  second  lieo, 
phonétique  autaot  qu'orthographiqoe.  mats  qui  pent  s'expliquer  p^r  une  simple 
sucoession  chronologique  aassi  bten  que  par  une  dircrgence  daIect«Je)  ;  — 
eofio  que  per  a  pour  équÎTalent  fraoçais  pur  dans  Attxis^  p<r<np  dass  tes  autres 
teites  (ce  qui  i  mon  &ens  oe  signifie  pas  graod'chose).  —  Il  r^ntne  dans  on 
tableau  final  toutes  Tn  divergences  qu'il  a  rderées  entre  les  six  textes  ètodîês  ; 
on  3  vu  que  |e  oe  les  admets  pas  toutes  ;  je  montrerai  i  une  autre  occasion  qu'il 
^  «D  a  qui  lui  oot  échappé.  Ea6n  {e  ne  trouve  pas  son  €  groupement  •  lustifié. 
Outre  que  je  n'y  comprendrais  pas  du  tout  la  Passion^  je  oe  vois  aucune  affinilè 
réelle  entre  les  Serments  et  V Alexis^  —  puisque  i  pour  cfjl  se  retrouve  dans 
Eut.  La  parenté  entre  le  Fraçm.  cl  les  poèmes  de  Clcnnonl  s'appuie,  —  outre 
ch  pour  <<3,  qui  est  trop  g^éral  pour  constituer  un  groupe,  —  sur  t'impf.  en 
abaim)  deveno  m  fce  qui  est  douteux  pour  la  Pass.);  nais  U  langue  â*Eul,  a  dâ 
posséder  la  même  forme  ;  c'est  vraiment  bien  peu  pour  dire  i  plusieurs  reprises, 
comme  le  fait  M.  L^  que  ces  trois  textes  constituent  un  groupe  (car  au  pour 
40  est,  comme  on  l'a  vu,  tris-suspect  dans  les  poèmes  et  surtout  dans  le  Frd^m.; 
uà  (-  ou)  pour  Ô  se  retrouve  au  moins  dans  Eu!.;  l'orthographe  à  pour  u  éga- 
lement, i  supposer  qu'elle  signifie  quelque  chose  -  v  ou  p-  pour  f  allenund  ne 
peut  former  un  trait  distînctif,  puisque  les  points  de  comparaison  manquent  dans 
Eal.  et  Serm.). 


Après  avoir  constitué  ses  groupes,  M  L.,  dans  le  dernier  chapitre  de  cette  , 
partie^  essaie  de  les  localiser.  Prenant  pour  point  de  repère  l'origine  normande 
de  VAtaii,  il  décide  que  les  Strmtnts,  appartenant  au  même  groupe,  doivent 
être  de  la  mimi  région  ;  seulement  •  pobfo  et  Va  conservé  dans /w^rc,  reJamar 
indiquent  des  contrées  situées  plus  au  sud  •  ;  et  pour  le  prouver  il  s'appaîe 
sur  le  fameux  troiain  de  Beneoit  de  Sainte*More,  qui  indiquerait  la  consertation 
de  l'ai  --^  lat.  a  en  Touraine  i  une  époque  très-avancée,  comme  si  ce  mot  était  ' 
autre  chose  qu'un  cas  particulier  de  Vain  conservé  partout  devant  les  nasales  ! 
Amené  ainsi  vers  le  sud  de  la  Loire,  M.  L.  étudie  Nïthard,  et  cherche  à  prou- 
ver que  l'armée  de  Charles  le  Chauve,  dont  Louis  l'Allemand  dut  emprunter 
la  langue,  se  composait  surtout  de  gens  de  cette  région.  Il  arrive  bien  i  nous 
montrer  qu'elle  comprenait  des  Gascons  et  des  Bretons,  —  gens  qui  ne  par- 
laient pas  franchis.  —  mais  nullement  Â  nous  éclairer  sur  la  nationalité  spéciale 
des  Francs  occidentaux  qui  y  figuraient.  Aussi  ne  semblera-t-il  sans  doute  i 
personne  autorisé  à  conclure  par  raffinTiation  suivante  :  ■  La  patrie  de  la  ' 
tangue  des  Strmenis  de  Strasbourg  est  le  sud  de  ta  zone  occidentale  du  domaine 
Irançais,  le  pays  qu'arrose  la  Loire,  et  notamment  la  rive  méridionale.  >  Ce 
serait  donc  du  cAté  de  ta  Touraine  ou  de  l'Angoumois  qu'il  faudrait  chercher 
le  pays  dont  le  dialecte  est  représenté  dans  les  Serments.  Mais  M.  L.  a  oublié 
que  pour  localiser  un  texte  ancien  il  faut  tenir  compte  des  dialectes  modernes. 
Dans  ta  région  oit  il  place  les  Serments,  il  n'y  a  pas  un  seul  dialecte  qui  con- 
serve dur  le  c  de  ca  :  tous  le  changent  en  ch  :  or  l'auteur  établit  lui-même  que 
la  langue  des  Serments^  possédant  kose  où  I'ju  est  changé  en  o.  n'a  jamais  pu 
produire  choie,  qui  remonte  i  uiusa  ;  donc  la  langue  des  Strrtîeats^  comme  cette 
d'Euf. ,  appartient  i  la  région  du  nord,  la  seule  où  le  c{a)iix  conservé  sa  dureté; 


LùcKiNC,  Du dltesten franzœsîschen  Mundarlen  \i\ 

^ftih  appartint  i  la  mtine  région,  comme  je  le  montrerai  dans  mon  édition  des 

RU. 

M.  L.  démontre  ensuite  qu'Eu/,  est  écrit  en  picard.  Ce  qu'il  dit  sur  U 
diphtbongaison  de  c  en  position  {bitt  etc.)  n'est  pas  tout  à  fait  exact  :  ce  trait 
B*cit  pas  gèniral  en  picard  (voy.  Alexis,  p.  268).  Quant  à  dire  qu'il  est  posté- 
rieur, c'est  ce  qui  me  paraît  peu  admissible,  quand  on  compare  le  wallon, 
l'espa^not  et  le  roumain.  —  Sur  Tart.  picard  /t\  le  au  fém.,  M.  L.  donne  une 
upiication  qui  n'est  pas  tout  â  fait  ta  mienne  :  voy.  Rom.  VI,  617.  —  Enfin, 
il  croit  que  dans  Eut.  les  tnols  celUy  pulcella,  mercit,  manalct,  doivent  être  fus 
ikfUt^  paUhtIla,  etc.,  i  l'image  du  dialecte  picard  postérieur.  Je  ne  le  crois  pas. 
H.  L.  remarque  lui-même  que  t:o  (\.  izo)  ne  se  prête  pas  à  cette  prononciation  : 
ao  atteste  la  prononciation  tso.  Deux  explications  sont  possibles:  ou  uh  pour 
Cl  en  picard  est  an  épaississe  ment  postérieur,  —  ce  qu'admettait  Diez,  et  que 
M.  L,  nie,  d'accord  avec  M.  Joret,  —  00  il  y  a  eu  des  dialectes  qui  traitaient 
\ti{t)  comme  le  français  et  le  c{a)  comme  le  picard,  qui  disaient  p.  ex.  Franu 
it  Frjintut  t\  franh  de /rtfncd  ;  j'ai  dit  ailleurs,  Rom.  VI,  617,  que  d'autres 
disaient  sans  doute  Franche  de  Francia  et  franciu  de  franca.  On  aurait  donc  les 
i|Qatre  combinaisons  suivantes  : 

Fr.  X  Pic.  X 

Francia  France  France  Franche  Franche 

Iranca  franche  franke  fratike  franche. 

Ces!  là  une  question  fort  difficile,  et  sur  laquelle  il  est  utile  d'appeler  l'attention 
lies  chercheurs. 

•  G.  Paris  regarde  aussi  le  Fragmtnt  Je  Vatenaenna  comme  picard.  »  Si 
M.  L.  m'avait  lu  avec  plus  d'attention,  il  aurait  vu  que  je  n'ai  pas  dit  cela 
tAltxîs,  p.  41-42)-  ^*'*  di*  9"^  '^  Fragm.  avait  été  écrit  «  dans  le  même  payst 
que  Efû.  ;  mais  ce  pays  est  précisément  celui  où  se  rencontrent  les  parlers 
picard  et  wallon,  et  comme  je  dis  trois  lignes  plus  bas  que  le  Fragm.  3  des 
formes  t  wallonnes  >.  il  était  facile  de  voir  que  je  l'assignais  au  wallon.  C'est 
d'attleufs,  te  suppose,  ce  que  veut  dire  aussi  M.  L.,  en  l'attribuant  ■  à  la  fron- 
tière nord-est  de  la  langue.  «  Sur  diverses  particularités  de  ce  texte  il  émet  des 
appréciations  que  [e  ne  partage  pas  complètement  :  j'y  reviendrai  dans  mon 
édition. 

M.  L.  admet  ensuite  avec  moi  que  le  5.  Uger  est  bourguignon  ;  et  il  conclut 
de  la  conformité  de  la  tangue  que  le  poème  sur  la  Passion  l'est  aussi.  Comme 
je  ne  reconoan  pas  cette  conformité,  je  n'admets  nalurell entent  pa.sla  conciuston, 
L'élément  français  de  la  Passion  est  tellement  altéré  qu'il  me  paraît  bien  dif6- 
dfte  de  Tassigaer  i  on  dialecte  quelconque  ;  cependant  |e  serais  porté,  pour  des 
ou  que  je  ne  puis  exposer  ici,  à  le  reporter  i  l'ouest  plutAt  qu'à  l'est,  je 
ij  seulement  que  l'élêmenl  provençal  me  semble  conBnner  celle  hypo- 
~iiièie. 


Lj  Dtuxikme  partit  du  livre  de  M.  L-  a  pour  litre  :  L'onginc  du  dialecte  fran- 
t0u  Cintrai.  L'auteur  commence  par  caractériser  ce  dialecte,  tel  qu'il  a  dû  être 
au  XII*  iiècle,  d'après  le  Chevalier  au  lion  ;  il  rapproche  ensuite  le  résultat 
I  de  ceux  qu'il  a  trouvés  pour  les  plus  anciens  textes  de  la  langue  d'oil. 


t}6  COMPTES-REXOUS 

et  il  en  conclut  qu'aucun  d'eux  n'est  écrit  en  dialecte  français.  Suîvonvie  dans 
chacune  de  ces  recherches. 

Que  Crcsiien  de  Troyes  écritU  en  «  bel  françois  *,  c'est  ce  que  nous  atteste 
le  témoignage  de  ses  coniemporains  :  en  résulte*t'>i  que  sa  langue  soii  précisé- 
ment le  dialecte  de  rUc-de-Francc ?  C'est  ce  que  M.  L.  néglige  d'examiner.  Ici 
encore  il  ne  tient  pas  assez  compte  des  dialectes  postérieurs  ;  en  efïrt  le  français 
général  moderne  —  qu'on  doit  jusqu'à  preuve  du  contraire  regarder  comme  le 
développement  du  dialecte  de  l'Ile-de-France  —  offre  plusieurs  traits  qui  oe 
peuvent  dériver  de  traits  carres pondanL^;  de  la  langue  de  Creslien.  Je  citerai^ 
parmi  ceux  que  relève  M.  L.,  ue  pour  o  devant  les  nasales  (biuns),  oi  pour  ti 
devant  i  {soleil),  iaiu  pour  ils  {biaus),  aus  pour  eUs  {vermaus).  Ce  ne  sont,  il  est 
vrai,  que  des  nuances  légères,  —  et  plusieurs  mêmes  peuvent  fort  bien  appar- 
tenir au  copiste  du  ms.  publié  par  M.  Holland,  et  suivi  aveuglément  par 
M.  Lûclcing.  Toutefois  ces  nuances  autorisent  à  révoquer  en  doute  l'antiquité  de 
certains  autres  traits,  qui  se  trouvent,  il  est  vrai,  dans  le  français  moderne, 
mais  qui  peuvent  fort  bien  ne  pas  y  avoir  existé  dès  le  XII*  siècle,  comme  l'assi- 
milation de  ei  à  o(,  et  spécialement  les  imparf.  en  aie  pour  la  première  conju- 
gaison. L'étalon  choisi  par  M.  L.  est  ainsi  suspect  linguistiquement  ;  il  l'est 
encore  historiquement,  puisque  rien  ne  nous  indique  que  le  champenois  Crestien 
ait  employé  le  dialecte  de  l'Ile-de-France  :  nous  le  voyons  travailler  pour  les 
comtes  ou  comtesses  de  Flandre  ou  de  Champagne,  mais  nous  ne  trouvons  nulle 
part  dans  ses  oeuvres  une  allusion  i  la  cour  du  roi  de  France.  Ce  n'est  donc  pas 
â  lui  qu'il  faut  s'adresser  pour  avoir  ta  connaissance  du  fTançais  de  France  au 
XII*  siècle.  —  Dans  la  caractéristique  du  dialecte  de  Crestien,  en  général  utile 
et  bien  faite.,  M.  L.,  outre  la  confusion  entre  l'orthographe  d'un  ms.  et  la  langue 
du  poète,  a  commis  quelques  erreurs  de  détail.  —  L'assertion  (p.  201  et  déji 
plus  haut)  que  ix  pour  ut  a  commencé  à  l'initiale  repose  sur  une  méprise  :  il 
s'agit  ici  d'un  fait  paléographique  et  non  phonétique;  on  a  écrit  oes,  oel,  oatre 
au  lieu  de  ufs,  ucl,  aturc  pour  ne  pas  exposer  à  lire  vtSf  vtl,  vevre  ;  c'est  par  la 
même  raison  qu'on  a  écrit  aussi  hues,  hacurc,  hutl^  où  on  a  vu,  par  une  erretir 
semblable,  la  préposition  d'une  h  (de  même  dans  hais,  huit,  huître  ;  cf.  l'esp. 
huibos,  futevo,  etc.).  —  L'explication  de  rctlois  par  redoisms  (p.  loi)  est  ingé- 
nieuse  et  très-probable;  le  sens  convient  bien  (outre  les  passages  cités  par 
M.  Ffipstcr  sur  le  v.  5474  de  Rtckart^  voy.  Ottnel,  v.  47  ;  Kio^vf// dans  Robot, 
If  22  ;  Maina,  III,  8).  —  Excepté  les  imparfaits  en  -ah  et  -eba,  il  n'y  a  réelle- 
ment dans  le  Chcv.  au  lion  qu'une  rime  de  oi  =  à  avec  oi  ^  0  (au)  -f-  1,  cdic 
de  joie  et  coie  au  v.  468)  |M.  L.  cite  encore  cenoise  et  anvoise  au  v.  191,  mais 
aiMuier  est  *myitiare,  et  non  ^irvroaâre,  comme  il  paraît  l'avoir  cru);  il  faudrait 
donc  s'assurer  que  les  autres  mss.  confirment  la  leçon  de  l'édition.  —  M.  L. 
explique  le  changement  de  eî  en  ot  par  un  degré  intermédiaire  Ji.  Les  preuves 
qu'il  en  donne  sont  les  suivantes  :  i**  »  a  passé  i  ai  devant  les  nasales  {fflain 
pour  plein),  et  les  nasales  ici  comme  ailleurs  ont  conservé  l'état  plus  ancien  ; 
2'  vcrmau:,  solaas,  etc.,  s'expliquent  par  vermait:,  ioiailz,  tandis  que  rermoil, 
soloil  ont  poussé  un  degré  plus  avant .  j"  ait  lui>mème  est  devenu  oil  dans  Xooil: 
ytfmoil,  tooillt  :  nrmoilU\  4*  e  de  1  devant  /  a  quelquefois  passé  â  d,  comme 
dans  jauUe  :  autre  et  aas  :  (aui;  j"  le  passage  de  /  à  a  par  i  se  retrouve  dans  ia 


LùCKiNC,  Die  ditesten  jranzœsischen  Mimdarten  1 17 

isfD  d'U  et  û  tssu  û'ai.  La  3'  de  ces  preuves  est  i  retrancher  :  fooiV,  en  fr. 
UHil,  en  Dorm.  tiuil  (d'où  le  v.  touadier^  fr.  touiller  ;  »oy.  Cachet,  s.  v.  toaelhr, 
etc.),  n'a  rien  i  voir  avec  le  suffixe  ail  :  ft  ne  sais  quelle  éiymologie  M.  L. 
attribue  i  ce  mot.  —  L14*  est  nulle  :  il  est  vrai  t{}ïe  fattre  d'où  faaire  semble 
èirt  pont  feltrc:  fc  changement  d't  en  a  devant  i  se  retrouve  ailleurs,  mais  c'est 
un  tout  autre  phénomène.  Enfin  les  rapprochements  farts  en  première,  deuxième 
ei  cinquième  lieu  ne  prouvent  rien,  parce  que  les  changements  indiqués*  sont 
étrangers  i  plusieurs  dialectes  (et  notamment  au  français  propre]  où  cependant 
u  derient  «.  —  Une  manière  plus  vraisemblable  d'expliquer  le  chan|{ement  d'ei 
ea  01  se  trouve,  si  |e  ne  me  trompe,  dans  une  forme  du  Fragment  dt  VaUnciennti, 
oi  il  est  bien  surprenant  que  M.  L.  ne  l'ait  pas  remarquée,  bien  qu'elle  ait  éti 
signalée  par  Diez  et  Burguy  :  c'est  noiuis  de  ntcaios.  Ce  mot,  à  cAti  de  havàrf 
doctut,  etc.,  semble  indiquer  que  le  changement  a  commencé  par  tes  atones  {ii 
ta  Wf  cf.  r(H/u  de  rânc,  etc.),  et  qu'il  les  avait  déji  atteintes,  au  moins  dans  le 
wallon,  au  X«  siècle  :  de  !à  il  s'est  propagé  aux  Ioniques.  Quant  k  la  date  de 
son  introduction  dans  le  français  propre,  ce  n'est  point  au  hasard,  comme  le 
croit  M.  L.,  que  je  l'ai  placée  environ  au  XIII*  siècle  ;  maïs  Télucidation  de  ce 
point  demanderait  des  développements  que  je  ne  puis  lui  donner  ici. 

J'^ai  dit  dans  l'Alexis  que  ce  poème  a  d6  être  composé  en  Normandie,  mais 
que  le  dialecte  qui  y  est  employé  ne  différait  pas,  vers  1040,  du  dialecte  de 
llle* de- France.  C'est  pour  contrôler  cette  opinion  que  M.  L.  jpréf.  p.  D  a 
commencé  les  études  qui  ont  abouti  à  ce  volume.  II  la  repousse  pour  six  raisons, 
eu  en  d'autres  termes  il  relève  dans  \'Alais  in  traits  caractéristique;  qui  ne 
peuvent  avoir  appartenu  au  français  central.  —  1)  VAlcxis  a  k  pour  ca,  le  fr. 
a  ch,  qui  doit  être  plus  ancien  que  1040.  J'ai  essayé  plus  haut  de  montrer  que 
l'Altxu  avait  ch.  Mats  ici  |e  me  heurte  à  la  théorie  exposée  par  M.  Joret  dans 
son  livre  sur  U  C  dam  Us  langues  romanes^  et  généralement  admise*,  d'après 
laquelle  le  dialecte  normand  avait  k.  Il  faut  s'entendre.  On  devra  prochaine- 
ment renoncer  i  ces  noms  de  dialecte  picard,  normand,  bourguignon,  etc., 
qui  à  l'origine  ont  été  commodes  pour  s'orienter,  nuis  qui  aujourd'hui  ne 
peuvent  qu'induire  en  erreur.  M.  Joret  a  prouve  que  certaines  parties  de  la 
Normandie  traitaient  le  da)  comme  les  dialectes  du  nord;  mais  a-t-il  montré 
que  toute  la  Normandie  lit  de  même?  La  Normandie  touche  i  la  Picardie,  i 
nic'de-France,  au  Maine  et  à  la  Bretagne.  Dans  une  seule  de  ces  provinces 
limitrophes  le  cia)  sonnait  k;  dans  les  trois  autres  il  sonnait  ch.  Croit-on  que  la 
limite  linguistique  —  A  ce  point  de  vue  —  coïncidât  avec  la  limite  politique? 
En  théorie  c'est  peu  probable  ;  en  fait  il  n'en  est  rien.  Tous  les  textes  cités  par 
M  Joret,  ainsi  que  tous  les  mots  empruntés  aux  patois  modernes,  appartiennent 
i  une  bande  de  terrain  qui  suit  la  mer  depuis  le  Pontîeu  jusques  et  y  compris 
le  Bessin.  L'Avranchin  n'y  est  déjà  pour  rien  (cf.  Abrincas  =  Avrjnches)^  non 
plus  que  la  partie  de  la  Normandie  qui  forme  aujourd'hui  le  département  de 


1.  L'eaptiotion  de  ia  pour  i  (p.  207)  esl  ués-fauiive ;  cf.  Darmestrfer,  Haut  en- 
tité. i87t,  f.  ir,  p,  267. 

I.  M.  Mail  (Ziiischr.t  ),  ^^9)  lemble  rejetei  k  peu  près  complètement  cette  (hèoite. 
C'en  UM  doute  altet  vo^  loin;  mais  U  fut  anendrc  qu'il  s'uphquc. 


I  j8  COMPTES-RENDUS 

l'Ear*'  et  oà  se  irottve  Vernon,  la  patrie  de  l'auteur  présumé  A'Alnis.  Le 
poètne  peut  donc  fort  bien  être  normand  en  ce  sens  qu'il  a  été  composé  en 
Normandie,  et  ne  pas  offrir  un  trait  qui  n'est  normand  que  partiellement,  — 
2)  VAlexis  a  pour  9  latin  â,  le  fr.  uo,  d'où  nt.  J'ai  contesté  ce  fait  plus  haut  ; 
cependant  il  est  remarquable  que  les  deux  plus  anciens  mss.  de  VAlexu  écrivent 
par  0  plutôt  que  par  ae  le  son  qui  répond  à  «ï.  —  ;*  Le  français  écrit  0  par  0, 
00^  eUy  VAInis  par  u.  J'ai  révoqué  en  doute  la  valeur  de  cette  assertion  :  le  nor- 
mand actuel  traite  ô,  ti  latin  ahoïamtnl  comme  le  français;  M.  L.  il  est  vrai 
attribue  cet  état  i  une  influence  française  ;  même  â  Guernesey?  —  4'  Alaii  a 
u  pour  ^,  1,  le  fr.  oj;  voy.  ci-dessus.  —  s'  Le  dialecte  A'Akm  a  l'imparfait  de 
la  1**  conj.  en  eat^  qui  doit  être  lu  0¥t^  le  fr.  en  ou.  Ici  M.  L.  me  semble  avoir 
donné  de  la  formation  de  cet  imparfait  une  explication  meilleure  que  la  mienne 
et  celle  de  M,  Darmesteter  {Rom.  II,  m) ,  elle  a  surtout  ic  mérite  d'expliquer 
In  1*  pers  en  àat^  dont  nous  ne  parvenions  pas  i  rendre  compte.  D'après  lui 
iM,  qui  â  donné  régulièrement  he  dans  les  dialectes  orientaux,  a  donné  en  nor- 
m«nd  ^,  par  un  chan(;cmcnt  A*  a  en  0  qui  se  retrouve  devant  Y  m  des  1'"  pers. 
plur.  {yoriovHi  ou  fmrtoms  de  porlamus).  Ove^  écrit  aussi  owe  {ouat],  s'est  par- 
fou  resserré  en  w .  Aw(  est  devenu  ôai  (l'o  est  attesté  par  les  rimes)  '.  Je  surs 
porté  i  admettre  celte  explication,  en  substituant  seulement,  comme  point  de 
départ,  «dm  i  cm  .  te  v  de  ava  (=  lat.  abû]  a  dégagé  derrière  lui  une  voyelle 
labiale  qui  s'est  interposée  devant  Va.  La  conjugaison  Irançaise  actuelle 
ré^ultr  de  l'assimilation  des  rormes  issues  à'abam  aux  formes  issues  àUbam  : 
les  dialectes  qui  avaient  ive  ont  pratiqué  la  même  assimilation,  et  le  normand  I 
lossi,  car  depuis  Iqngtemps  il  dit  eit  à  toutes  les  conjugaisons  (toutefois 
daok  Roi,  v  3861  il  feut  lire  vaniertnt  et  non  vanteient).  Au  reste,  M.  L. 
reconnaît  lui-même  que  cela  ne  prouve  nullement  que  le  français  n'eAt  pas 
•wt  au  XI'  siècle,  et  |e  crois  qu'on  est  en  droit  de  le  lui  attribuer.  —  Ainsi  le 
rétultJit  bnal  est  que  mon  opinion  sur  l'identité  de  la  langue  d'Alexis  avec  le 
■  frffiiçaii  peut,  malgré  tes  vives  attaques  de  M.  L.,  irés'bien  se  maintenir.  Je  suis 
'|[f|*rndant  —  et  l'ai  toujours  été  —  disposé  à  reconnaître  qu'il  devait  y  avoir 
tle%  nuances  rntre  le  parler  de  Paris  et  celui  d'Evreux,  par  exemple,  dés  le 
XI*  ttécle,  plus  lAt  même;  ce  sont  ces  nuances  qui,  en  se  développant,  ont 
i^piré  de  plus  en  plus  les  dialectes.  J'accorde  en  outre  â  M.  Joret  que  le  it  = 
.(it  marque,  au  moins  pour  une  partie  de  la  Normandie,  une  différence  grave  et 
4111  iriiiif  avec  la  Friincc  centrale  et  occidentale.  £n6n  je  suis  très-frappé  de 
r«rntMnrnliilton  de  M.  L.  sur  langlo-normand  :  son  rapide  éloignemcnt  du 
|t«fivat«  indique  que  le  dialecte  transporté  en  Angleterre  devait  déjà  différer  du 
ancaU  propre  plus  que  jt  ne  l'ai  dit  ;  je  crois  notamment  que  la  déclinaison 
êUll  plui  ébranlée.  Mais  en  somnte  en  regardant  VAtais  comme  le  plus  ancien 


t,  )l  fil  rwTiirqu*Mc  nw  dam  la  U«e  des  nomi  de  lieux  quil  cite  i  l'appât  de  sa 
ktf  M  Kiffi)  (i„ti,)iiAn(  l«^  il^partf ments  où  tLt  m  trouvenl,  prévient  qu'il  désignera  t'Eure 
I  ,  Ac  n'eix  pa»  employé  une  seule  fou. 

■  Il    cl  PntifTi   ni  incitacte.    Peiicu   et  Anjoa  vi^nenl  de 

I  i\ititus  rt  Angiêus  ic  Pictmtis,  Andt^avù.   Dans  le  groupe 

'  ;iiitc   rn   «,  cet  u   a  Tonné  une  dipliitiDnguc  avec  l'j,  et  plus 

i  '  l'i^  *lene  s'esi  maioienu  en  se  diphihonguant  1  Mia  tûur  avec 

ktl  .1     il.  4^ttf-.li!4i,  /4unh/i1v  [Wf.  AUs„  p.  78]. 


LÛCKING,  Du  dlttsten  franzœsischen  Mundarten  i  ^9 

poème  en  français  propre,  —  si  j'aî  raison  pour  le  k,  ïus,  l'a  et  les  imparfaits, 
—  je  ne  vois  pas  bien  quel  risque  on  peut  courir,  quelles  conséquences  fautives 
on  peut  être  amené  ii  tirer. 

M  L.  montre  ensuite  avec  moins  de  peine  et  plus  d'évidence  qu'il  ne  faut 
chercher  du  français  pur  dans  la  langue  d'aucun  des  autres  anciens  textes.  — 
Il  conclut  ou  bien  que  le  dialecte  français  est  le  résultat  d'une  <  fusion  •  de 
tous  les  autres  (ce  qu'on  a  beaucoup  répété  depuis  Fallot),  —  ou  plutAt  que 
placé  entre  les  autres  il  a  des  traits  qui  sont  propres  i  chacun  d'eux,  mais  dont 
b  réunion  forme  son  originalité.  Cest  ta  vraie  solution,  mais  elle  est  aussi  vraie 
pour  n'importe  quel  autre  dialecte  que  pour  le  Irançais.  Les  faits,  il  faut  souvent 
le  redire,  se  comportent  entre  eux  comme  les  mailles  d'un  réseau  et  non  comme 
tes  branches  d'un  arbre.  Les  dialectes  —  et  les  langues  — ne  nous  apparaissent 
isoles  dans  le  temps  et  dans  l'espace  que  par  l'ignorance  où  nous  sommes  de 
leur  ancien  état  ou  de  périodes  de  leur  existence.  Il  est  cependant  permis  et  utile 
de  grouper  certaines  régions  d'après  les  traits  linguistiques  qu'elles  présentent  ; 
ceU  est  surtout  commode  quand  on  étudie  des  textes  littéraires  ;  mais  il  faut 
loujou^  avoir  présentes  à  l'esprit  les  dégradations  insensibles  par  lesquelles  les 
teintes  dialectales  se  perdent  les  unes  dans  tes  autres. 


Les  dernières  pages  du  livre  de  M.  Lùcking  (p.  2i6*2]3]  ne  sont  pas  à  beau- 
coup pris  les  meilleures.  Sous  le  titre  général  de  *  Originaux  normands  fran- 
cisés »,  M.  L.  examine  les  poèmes  d'Amis  et  AmiU,  Jourdain  de  Blarvei,  le 
CoTotumcnt  Loots  et  AUscans.  Ses  arguments  sont  aussi  faibles  pour  établir  l'ori- 
gioe  normande  de  ces  poèmes  que  leur  remaniement  français.  Ce  qui  est  le  plus 
étonnant,  c'est  qu'il  ne  parait  pas  avoir  songé,  lui  qui  ailleurs  recommande 
nec  Unt  d'urgence  la  critique  des  sources,  d  examiner  le  rapport  des  manus- 
crits qu'il  a  suivis  à  l'original  mmUiat.  On  ne  comprend  pas  surtout  comment 
il  a  pu  raisonner  %mt  ^isccms,  —  ce  poème  aussi  évidemment  picard  que  pas 
un,  —  en  s'appuyant  nniqucment  sur  l'édition  de  M.  Jonckbioet,  quand 
M.  Cuessard  en  a  publié  un  manuscrit  certainement  plus  ancien  et  meilleur  : 
p.  fx.  les  (ormes  ovra  et  trove^  qui  paraissent  i  M.  L.  de  précieux  restes  de 
t'origmal  normand,  sont  remplacées  dans  le  ms.  de  l'Arsenal  par  trnen  (v.  4]) 
et  wmn  f? .  74^).  —  La  remarque  que  fait  M.  L.  sur  le  nom  de  Charlemagne, 
écrit  KotU  dans  des  textes  qui  d'ailleurs  changent  c{a)  en  cA,  est  ingénieuse  au 
premier  abord  :  *  La  forme  KatUs,  qili  est  celle  des  Serments  de  Strasbourg, 
des  dialectes  de  l'AUxis^  du  Hoiand  et  d'Eulaiie,  ne  peut  avoir  été  traditionnel- 
lement transmise  que  dans  l'ouest  (!l  i  cause  des  Serments  !)  ou  dans  le  nord. 
Son  existence  dans  des  poèmes  français  atteste  donc  tout  au  moins  l'origine 
étrangcre  du  sujet  de  ces  poèmes.  •  Karle,  dans  les  éditions  oij  M.  L.  t'a  relevé, 
a'est  que  la  résolution  de  l'abréviation  kl.  (ou  kim.  qu'on  résout  en  Karltmaine). 
Cette  abréviation  vient  du  latin.,  mais  doit  être  lue  en  français,  —  ChaTle, 
CharUma\gney  —  de  même  que  les  abréviations  latines  pour  mu/r,  pro^  etc., 
doivent  être  lues  en  français  moat^  pour  ou  ^r,  etc.  On  a  trop  servilement 
forvi,  dans  le  déchiffrement  des  textes  français,  tes  règles  de  la  paléographie 
biJne.  Les  premiers  textes  français  ool  été  écrits  par  des  clercs  habitués  i  écrire 
le  latin  seulement,  et  qui  ont  transporté  â  la  langue  vulgaire,  par  approximation. 


14"  COMPTES-RENDUS 

les  abréviations  auxquelles  ils  étaient  habitués.  Ces  abréviations  deviennent  alors 
de  véritables  symboles;  il  faut  les  interpréter  et  non  les  compléter  simplement 
(c'est  ainsi  qu'en  latin  C.  se  lisait  Ceius  et  Kal,  se  résolvait  en  caltnJas).  Il  y 
aurait  sur  ce  sujet  un  utile  et  intéressant  supplément  à  donner  anx  traités  de 

paléographie. 

Le  livre  de  M.  Lùcking,  malgré  les  erreurs  qu'il  contient,  marque,  comme  je 
l'ai  dit  en  commençant,  un  progrès  réel  dans  la  méthode  et  les  conquêtes  de  la 
philologie  française.  Je  m'y  suis  beaucoup  instruit^  même  ou  peut-être  surtout 
quand  j'ai  dû  combattre  les  raisonnements  du  jeune  auteur  ;  j'espère  qu'il  ne 
s'en  tiendra  pas  à  ce  remarquable  début  et  que  rhîstoire  de  la  langue  française 
lui  devra  encore  plus  d'un  enrichissetnent. 

G.  P. 


De  Un^na  aqnitanica,  apud  facultatem  litterarum  parisiensem  dlsputâbat... 

A.  Lu'jiiAiRK.  —  Paris,  Hachette,  in-S*,  65  p. 

Cette  thèse  est  divisée  en  quatre  chapitres  dont  deux  seulement  peuvent  être 
Tobjel  d'un  compte-rendu  dans  cette  revue.  Les  titres  de  ces  deux  chapitres 
sont  ainsi  conçus  :  ■  H.  De  linguis  hodic  in  Aquitanica  regione  usurpatis,  sive 
«  de  Bascorum  sermone  cum  vasconîca  dialecto  comparato. —  III.  Dcglossario. 
I  An  exsient  apud  Vascones  verba  bascuensi  stirpe  oriunda?  » 

M.  Vinson,  dont  les  travaux  sur  le  basque  sont  justement  appréciés,  a  pré- 
senté, dans  la  Revue  critititu  (1877,  art.  18}),  quelques  objections  d  cerUinesdes 
vues  de  M.  Luchaire,  mais^  des  chapitres  II  et  III,  il  s'est  borné  à  dire  qu'ils 
sont  excellents.  Pour  moi,  tout  à  fait  étranger  aux  études  basques,  je  penserai 
tout  le  bien  que  l'on  voudra  des  chapitres  I  et  IV  de  la  thèse  de  M.  L.,  les- 
quels  échappent  à  ma  compétence;  mais  je  suis  obligé  de  dire  que  les  rap- 
ports que  M.  L.  tente  d'établir  dans  les  chapitres  II  et  III  entre  le  basque  et  le 
gascon  ne  peuvent  être  admis  sans  beaucoup  de  réserve.  Je  ne  crois  pas  d 
l'influence  que  l'auteur  attribue  au  basque  sur  la  phonétique  gasconne  ou  béar- 
naise. Je  suis  porté  à  admettre  avec  M.  Broca*,  jusqu'à  preuve  du  contraire, 
que  les  Basques  de  France  sont  les  descendants  des  V'ascons  venus  d'Espagne  i 
la  fin  du  VI'  siècle-,  refoulant  devant  eux  une  population  déjà  romanisée;  que 
le  territoire  qu'ils  occupent  actuellement  au  sud  de  l'Adour  est  le  même,  ou 
bien  peu  s'en  faut,  qu'iU  ont  occupé  dès  le  temps  de  leur  établissement  au  nord 
des  Pyrénées,  d  l'époque  sus-indiquée.  Ld  où  ils  se  sont  établis  ils  ont  supplanté 
le  roman,  mais  U  où  ils  ne  se  sont  pas  établis  ils  n'ont  pu  exercer,  même  sur 
leurs  voisins,  une  influence  appréciable,  pas  plus  que  la  phonétique  du  roman 
de  rextrêroe  nord  de  la  France  n'a  subi  l'influence  du  flamand. 

M.  L.  au  contraire,  sans  s'expliquer  sur  ce  point  dont  l'importance  est  con- 
sidérable, ne  parait  pas  tenir  compte  de  l'invasion  des  Vascons  A  la  tin  du 


I.  Sur  Corigint  et  la  riparUUon  de  ta  tjague  bas^ue^  dans  la  kevue  d'anthropologit, 
1871  ;  voy.  noiammeni  p.  {4  et  >u\v.  du  rire  i  part. 
t.  Voy.  Vaiuèle,  Hist,  da  Languedoc^id.  irHol,  I.  jai;  Bladé,  Eludes  sur  Foriglat 

dtS  BMiJUU,  p.  43-i. 


tjXBJiBtE,  De  ImgÊM  sfmuakM  141 

y|4  siéde.  Ci  aemhk  i.tMkMtfr  tes  Ba^Ms  jctteii  ammt  a  itsie  m*  mu- 
stsi  de  raadeaae  poprfatW»  de  TAifàaim,  Ce  frï  itamfe,  c'est  b  trace 
de  Haiveiioe  exercer  par  ITiàémr  des  tii^wliliuM  iqMUnfMS  ssr  le  roaoa  ^ 
Iti  s  SKcédé.  n  crtre  par  umt^itf,  beneeep  pks  ^  se  le  dÂ,  dns  le 
donase  de  la  co«recXBreL  11  SKffOse  lldeMilè  de  riAttmt  ds  sans  A^Maâst 
avec  te  fcusqve,  ce  q«i  «t  d^  wk  co^cclBre;  «■tcaMn  trb-pratable  i  est 
vni,  en  prmcrpe,  mmà  ifé  Ttst  ana  diBs  la  Besiie  oè  r«éHl  ■yfnHiMt 
M.  L.,  tor»qa'»l  wpp«»  qne  ta  fias  de  pfeoKliqK  liaqK  ^  csnie  de 
reinwvcr  es  bémab  ostaist  dé$l  cfaez  les  Aqetei.  Qn*ca  uiim  m»? 
N't  avait-^  pas  ao  «oins  oe  diiireace  dtiiffCTilf  etfre  b  bagae  des  ascieu 
AqaiUdis  et  ceflr  des  Vwoos  ra»  d^agie?  Pu  ce  iTesl  atar  pas  b 
bfigtie  de  ces  Vascou  d'ovieBK  tnm^jtéaitamt,  c^ert  le  bai^  de  aos  ions, 
qui  n'a  pas  d'iaoeas  uiuiw  Btr,  9%  M.  L.  ooapare  avec  k  bèarsiB,  et 
sortoot  avec  le  bêanab  de  aos  loon.  Eï  qai  aoas  asMe  qac  de  port  cl  ^atOx 
Id  bits  repalis  sesbbbles  «  se  soot  pas  produb  iadff  ■imiit  p ridait  le 
noyen  igc?  Si  ce»  taU étaient trêsHaracimsti^aes, je a'éièmws pas  tfobjectooo, 
mats  |e  ae  pois  n'evpCcber  de  tnwrer  qoc les  caraclêres  qae  M.  L.Boasdoaae 
conne  eovnaBa  aa  tttsqae  el  Jnt  âdmaes  nmam  mistas  soal  mimaMfs  o« 
de  MBe  iMportaace.  J*ca  m  itf iiii  1  à  xricHiâ  ydqaet-uas.  M.  L.  coacute 
qaclesoader/estipeaprts  iaoDaaa  aa  basqae  (p.  i\-6).  D  essaiera  de 
prouver  qu'il  o*a  pas  exinê  daratfage  ea  apo^ol  ai  ea  btaraât.  Oa  sait  que 
dans  U  preaièrc  de  ces  deax  bagnes  TJ  est  dereaae  à.  Diet  ttradnciioa, 
I,  ;48)  acoabatta  roptnioa d'après laqaele celle/ de l'aadea  espa^o'auait 
pas  ca  aa  toQ  diflèrcit  de  TA  de  rcspowaol  Bodcnc.  Diez  a  raisoa  i  ce  point 
qoe  BUDtesant  ropisioo  oootre  bqaeDe  9  s'flève  ae  mbHaak  ntee  pas  d'aire 
dÏKBtêe.  Cesl  pouruot  ccQe  opinioa  que  M.  L.  icpread  pour  s»  ooMpte, 
ooachiaot  (p   28)  uk  (rès-ii^e  discassioD  par  ces  oiots  :  1  Nftil  ighor  otictat 
•  qaia,   io   pnsca   Hispaaonua  tbgaa,  /  soîptni  tanqoam  k  fere  coDSonoisse 
f  repotcanis.  •  Nikii  oksUi  f  nea  ea  effet  siaoa  ^on  n'a  jaBiab  m  en  aucune 
bogue  fooiane  I'/  désigner  le  soa  de  Tk,  Htae  ooadasiao  1  Tégard  du  gascon, 
où  l'A  a  succédé,  depuis  plauears  siècJeS|  i  Vf.  Ea  r^lité  le  passage  dc/i  A,  eu 
espagnol  connne  en  gascon,  est  un  fait  de  phonétique  romaoe  dans  lequel  le 
basque  n'a  rien  en  i  faire.  —  £n  basque,  dît  M.  L.,  il  n'y  a  pas  de  mot  com- 
mençut  par  r.  Cest  par  suite,  selon  lui,  que  le  gascon  place  un  a  au^erant  des 
ooisqoi  en  latin  comneocent  parr.comroe  at^,  Utia  /m*. Cela  prouve  simple- 
ment que  les  Gascons  araieot  de  U  petne  i  prononcer  \'r  initiale,  et  bien  des  gens, 
qoi  ne  sont  pas  Gascons,  sont  dans  le  même  cas.  Je  ne  nie  pas  a  priort,  et  je  ne 
suis  pas  en  mesure  de  nier  l'hypothèse  de  M.  L.,  )e  dis  seulement  que  c'est  une 
hypothèse  non  nécessaire.  —  M.  L.  remarque  qu'eu  basque,  dans  les  mots  venus 
du  bun^  VI  se  change  en  f  :  hoioniau  (M/anUf<in|,  atngtn  (angclum'i,  et  il  rap- 
proche de  ce  bit  des  exemples  béarnais  tels  que  aptra  {apptHan)^capaaa  {cepci- 
fonttffl),  hoan  {kalUrtï.  Le  rapprochement  n'est  pas  fondé,  puisque  les  eiemples 
basques  nous  présentent  /  simple  du  blin  devenant  r,  tandis  qu'en  béarnais 
c'est  //  qui  devient  r  * 


r  42  C0MPTES-RBK0U5 

Quant  aux  mois  gascons  que  M.  L.  nous  donne  comme  basques  d'origine,  en 
son  cb.  Ill,  ils  sont  en  trop  petit  nombre  pour  apporter  i  la  thèse  un  appui 
solide;  d*;]ulant  que  plusieurs  des  étymulogi es  proposées  par  l'auteur  me  semblent 
fort  contestables,  encore  que  je  ne  sois  pas  en  état  d'en  proposer  de  meilleures, 
Les  mots  basques  ne  sont  point  établis  par  la  comparaison  des  divers  dialectes, 
ce  qui  permettrait,  au  moins  en  certains  cas,  de  restituer  les  formes  les  plus 
anciennes;  les  mots  gascons  sont  en  général  empruntés  au  patois  gascon  ou 
béarnais  de  nos  jours;  ils  ne  sont  accompagnés  d'aucun  historique,  et  par  suite 
la  recherche  étymologique  manque  d'une  base  solide.  On  n'est  pas  convaincu 
même  alors  qu'on  n'a  pas  d'objection  précise  à  faire  valoir.  Voici  par  exemple 
une  élymologie  qui  me  semble  particulièrement  suspecte.  M.  L.  rapproche  du 
his<\»e  garkantzu,  qui  est  le  gdr^>in;o  espagnol  (pots  chiche),  \t  mox  garbagge 
dans  cette  phrase  d'unecharte(n*LXXI|  du  cartulairedcSordc-.tAnerCentullus... 
-  débet  dare  .vj.  concas  frumenti,  mendicantiam  et  seplimam  garbagges.  ►  — 
Le  même  mot  reparait  dans  la  ch.  LXXII  du  même  cartulaire  :  «  Sorar  Aner 
«  Centulli...  débet  ceasum  dare  .vj.  concas  fnjmenli,  mendicantiam  septimamquc 
*  garbai^e  (siCy  lis.  garbatgei^)  et  très  modios  mihi...  »  Je  sais  bien  que 
M.  P.  Raymond,  l'éditeur  du  cariulaire,  traduit  le  <  garbagge  i  de  la  pièce 
LXXI  par  i  sorte  de  haricots*,  mais  cette  explication  me  laisse  des  doutes.  S'il 
s'agit  de  haricots  ou  de  pois  chiches,  pourquoi  n'indique-t-on  pas  le  nombre  de 
mesures  dont  se  compose  la  redevance  comme  on  le  fait  dans  les  mêmes  actes 
pour  le  blé  et  pour  le  mil?  C'est  que  garbaggi  est  |e  crois  le  garhagium  de  Ou 
Cange  (sous  oarba),  c'est-i-dire  une  redevance  en  gerbes.  Reste  à  expliquer 
mindtcantuim.,  qui  m'est  obscur,  mais  qui  ne  change  rien  au  sens  de  garbaggt. 

En  résumé,  je  crois  que  la  thèse  soutenue  par  M.  Luchaire,  en  ses  chapitres 
II  et  m,  est  lom  d'être  démontrée. 

P.  M. 

P.  S.  Depuis  que  cet  article  est  imprimé,  j'ai  reçu  de  M.  Luchaire  un  opus- 
cule intitulé  :  Ui  Origines  linguistiques  de  FAtimtaine,  Pau,  1877,  qui  peut  être 
considéré  comme  une  édition  française  revue  et  très-augmentée  de  la  disserta- 
lion  latine  dont  je  viens  de  rendre  compte.  Les  modifications  que  M.  L.  a 
apportées  à  son  premier  travail  laissent  subsister  mes  critiques.  Je  remarque, 
p.  33,,  quelques  lignes  sur  les  travaux  relatifs  i  la  phonétique  gasconne,  d'où 
il  résulte  que  M.  Luchaire  ne  connaît  pas  les  recherches  que  la  Romania  a 
consacrées  i  ce  sujet,  lII,  453-43,  et  V,  367-73. 

P.  M. 

ŒoTrefl  de  Uarguerite  d'Oyngt,  prieure  de  Poleteina,  publiées 
d'après  le  ms.  unique  de  la  Bibliothèque  de  Grenoble,  par  E.  Piiilipon,  avec 
une  introduction  par  M.  C.  GuiouB.  Lyon,  Scheuring,  1877,  xxxnt- 
9î  pages. 

Marguerite  d'Oingt  appartenait  à  une  ancienne  et  puissante  famille  du  Lyon- 
nais*. Dès  1386,  et  peut-être  plus  tôt,  die  avait  embrassé  la  règle  de  saint 


I .  Oingt  {Iconium)  ai  une  commiinc  du  KhAnc,  art.  de  Villrfranche.  Otngt  est  l'ortho- 
graphe dn  Dictionnaire  ia  posta.  M.  Cuigue  écnt  OyAjf,  ce  qui  ne  peut  être  approuvé. 


Œuvres  de  Marguerite  d'Oyn£t,  p.  p.  philipoh  14) 

Bruno,  et  en  1 288,  on  ta  voit  paraître  dans  un  acte  comme  prieure  de  Poletetns. 
pré&  Mioanay*.  Elle  mourut  le  11  février  i)ii  (n.  st.).  Cette  date,  qui  est 
fournie  par  l'explicit  aiouté  à  l'un  des  écrits  de  la  prieure,  ne  peut  guère,  jusqu'i 
preuve  du  contraire.  6lre  révoquée  en  doute  ;  it  faut  donc  abandonner  la  date 
de  129J  ou  1294  proposée  par  divers  énidils,  entre  autres  par  Victor  Le  Clerc. 
Les  ècnls  de  Marguerite  d'Oingt  se  composent  de  courtes  méditations  en  latin, 
d'une  vision  en  langue  vulgaire  précédée  d'un  préambule  et  d'un  expticit  l'un 
et  l'autre  en  lalm;  de  la  vie,  en  langue  vulgaire,  de  Béatriic  d'Ornacieu,  reli- 
gieuse morte  en  1  joj  ou  1 309  ;  enfin  de  cinq  lettres,  ou  extraits  de  lettres,  en 
langue  vulgaire.  Le  tout  est  contenu  dans  un  m&.  du  XIV**  siècle  appartenant  i 
la  Bibliothèque  de  Grenoble'.  Il  y  a  des  raisons  suffisantes  de  croire  que  tous 
ces  écriu  sont  bien  réellemenirceuvre  de  Marguerite.  Ainsi  on  lit  dans  le  préam- 
bule latin  de  la  vision  -  <  A.  D.,  ■394i   Hugo,  prier  Vallis  bone,  attulil  ad 

<  capitulum  gcncraic  donno  Bosoni,  priori  Cartusie,  hanc  visioncm  sibi  missam 

<  ab  analla  Dei  domina  Margarela,  priorissa  condam^  de  Poleteins.  Et  crtdhur 
•  ipiam  priorissam  fuisse  persanam  que  scripsil  hune  vtsion<m...  n  D'ailleurs,  quand 
aèine  ces  divers  opuscules  auraient  été  rédigés,  non  par  la  prieure,  mats  sous 
ton  inspiration,  rintérèt  que  présentent  ceux  qui  sont  rédigés  en  langue  vulgaire 
n'en  serait  pas  diminué,  et  cet  intérêt  est  grand,  car  ils  constituent  le  seul  docu- 
ment étendu  que  l'on  ait  publié  jusqu'à  présent  du  dialecte  lyonnais.  Ce  docu- 
ment est  d'un  grand  prix  pour  l'étude  de  ces  4  dialectes  franco- provençaux  > 
dont  M.  Ascoli  forme  un  groupe  i  part,  distinct  du  groupe  français  et  du 
groupe  provençal.  Il  est  incontestable  que  le  dialecte  lyonnais  offre  plusieurs 
caractères  importants  qui  sont  étrangers  à  la  langue  d'oui  aussi  bien  qu'i  la 
langue  d'oc.  Ces  caractères  ont  été  en  partie  constatés  par  M.  Ascoli  d'après  les 
pJTots  actuels  du  Lyonnais  et  des  pays  voisins,  en  y  comprenant  ta  Suisse 
romande,  mais  on  s'en  rend  un  bien  meilleur  compte  en  les  étudiant  dans  un 
texte  des  environs  de  l'an  1  joo. 

L£s  écrits  de  Marguerite  d'Oingt  n'étaient  pas  restés  inconnus  jusqu'i  ce  |our. 
En  1842,  V.  Le  Clerc  en  avait  cité  quelques  extraits,  accompagnés  d'une 
notice  intéressante,  bien  qu'inexacte  en  certains  points,  dans  VHistoire  tinirairt 
(t.  XX)  ;  et  plus  anciennement  Champollion  l'aîné  avait  publié,  non  sans  de  graves 
fautes  de  lecture,  le  premier  chapitre  de  U  Vision  dans  ses  Nouvelles  rakercfus 
tut  Us  patois  ou  idiomes  vulgaires  dt  h  France,  a  en  particulier  sur  ceuxdadipaf' 
trneta  dt  l'IiirtiPiTiSi  1809,  p,  161-4)*.  Maïs  c'était  là  dequoi  exciterlacurio- 
siié  des  philologues  sans  la  satisfaire.  On  doit  donc  savoir  gré  i  M.  Philipon 
d'avoir  édité  les  écrits  de  Marguerite  d'Oingt  dans  un  petit  volume  qui  ne  se 
recommande  pas  seulement  par  l'élégance  de  l'impression,  mais  aussi,  ce  me 
semble,  par  le  soin  apporté  i  la  reproduction  du  ms.  Les  endroits  qui  me  tais- 


1 .  Canton  de  Trévoux,  Ain. 

2.  C'a  y  trouve  auiù  trois  couru  morceaux  en  langue  vulgaire,  reUtiâ  i   Marguerile 
dXlingi.  M.  Phinpon  les  a  cooipris  dans  son  édition. 

a.  Le  f  noiuCtf R)  veut  due  que  la  prieure  ètah  morte  au  monum  où  on  écrivait  ce  prèam* 
,  ouu  non  pas  au  momeai  où  on  apportait  au  chapitre  le  rédt  de  la  visioD.  car 
c'est  1  U  &n  de  cette  mime  vision  que  te  trouve  la  mention  de  sa  moit  en  1  j  1 1 . 

4.  Le  coaunenccflienf  de  ce  chapitre  1  ètè  de  nouveau  imprunè  plus  correciejneai,  par 
M.  Gariel  en  1869,  dan  a  Petite  rtrae  ia  bibUophiliJ  dauphtnou,  p.  66. 


1 44  COMPTES-RENDUS 

senl  des  doutes  sont  peu  DOtnbreux.  En  voici  quelques-uns  :  p.  jb,  I.  \, 
trovaret  est  uns  doute  une  faute  d'impression  pour  troMtel.  M£me  page, 
5"  avant-dernière  ligne,  ¥iuUnianax,  dont  lesetis  doit  itre  «  avanies,  indignités  >, 
ne  doit-il  pas  se  lire  niulinancts ^  Cf.  le  prov,  nUtnensa.  P.  40,  I.  ),  manques 
(siflon)  n'étonne  un  peu  :  il  y  a  ma^ui  p.  41,  1.  S,  et  ailleurs.  P.  41,  avant- 
dern.  1.,  ttms  cnoa  m'est  obscur  :  icin{i\  se  notr?  P.  44,  I.  7,  mais  h  Juirra- 
vont  artgarJaij  il  faut,  selon  un  usjge  bien  souvent  constaté  en  ancien  français^ 
a  regardar.  P.  47,  dern.  I.,  H  ne  dt  cuor,  simple  faute  d'impression  pour  ntJe 
{cf.  MArru.,  V,  8).  P.  48,  1.  j,  •  Jhesu  Criz  nos  dunt  vimre  si  netament...  >, 
lisez  vivirt. 

Je  possède  de  la  vie  de  Béatn'x  d'Ornacicu  de  longs  extraits  que  M.  Gariel  a 
bien  voulu  ae  communiquer,  il  y  a  quelques  années,  pour  mon  Recueil  d'ancuns 
textes.  Ayant  comparé  ces  extraits,  que  j'ai  lieu  de  croire  fort  exacts^  avec  l'édi- 
tion de  M.  Philipon,  je  ne  trouve  aucune  différence  digne  d'être  notée,  sinon  que 
p.  ^6,  I.  16,  M.  Ph.  a  commis  ce  qu'on  appelle  en  typographie  un  bourdon^ 
omettant,  dans  la  phrase  que  je  vais  transcrire,  les  mots  soulignés  :  1  Ja  requicr 
4  a  la  très  prevonda  misericordi  de  vostra  Jata  j  a  la  Ires  piJoasa  ckenta  de 
«  wsUa  poyssent  humanita.  *  Y  a-t-il  bien,  p.  90,  I.  10,  Ojtngt  et  Polettins  f 
Cette  façon  d'écrire  tst  bien  peu  vraisemblable,  et  dans  la  copie  de  ce  passage 
que  |e  tiens  de  M.  Gariel,  il  y  a  Ojn  cl  Pehum. 

Il  y  a  dans  l'édition  des  méditations  latines  (qui  du  reste  sont  sans  Intérêt) 
quelques  traces  d'inexpérience.  II  est  inutile  de  mettre  des  sic  devant  des  formes 
aussi  usuelles  que  percucielicnt,  divicie^  ou  jocundus,  mais  il  en  faudrait  devant 
quam  s'il  y  a  réellement  funm  dans  une  phrase  comme  celk'ci  :  ■  et  nesciunt 
malum  per  ^aam  vadunt  »  ip.  2\).  Je  suis  plutât  porté  1  croire  qu'ici,  et  en 
maint  autre  endroit,  l'éditeur  a  confondu  l'abréviation  de  quod  avec  celle  de 
quant. 

Aucun  travail  philologique  n'accompagne  l'édition  de  Marguerite  d'Oiogt  ; 
mais  il  faut  ajouter  que  M.  Philipon  va  soutenir  (en  janvier  187SJ  à  l'Ecole  des 
chartes  une  thèse  sur  le  dialecte  lyonnais  au  moyen-âge,  d'après  des  documents 
au  nombre  desquels  figurent  les  textes  qu'il  vient  de  mettre  au  jour. 

L'intérêt  de  la  publication  est  singulièrement  rehaussé  par  une  préface  dans 
laquelle  M.  Cuigue,  archiviste  du  Rhâne,  a  écrit,  d'après  des  documents  en 
grande  partie  inédits,  l'histoire  de  la  chartreuse  de  Poleteins,  et  celle  de  Mar- 
guerite et  de  sa  Emilie.  M.  Guigue,  reprenant  une  opinion  émise  par  M.  Peri- 
caud,  établit  péremptoirement  que  Marguerite  appartient  i  la  famille  d'Oingt,  et 
n'a  rien  de  commun  avec  Duingt,  en  Savoie,  recliSant  ainsi  une  erreur  que 

V.  Le  Clerc  avait  adoptée. 

P.  M. 


D«r  MOncheaer  Brut.  Gottfned  von  Monmouth  in  franzœsischen  Versen 
des  XII.  Jahrhundcrts,  aus  dcr  etnzigen  Mûnchener  Handscririft  zum  ersten 
Mal  herausgegeben  von  Konrad  Hopma.>in  und  Karl  Volluuclli^b.  Halle, 
Niemeyer,  1877,  in-8*,  lij-iai  p. 

On  connaissait  depuis  longtemps  l'existence,  dans  un  manuscrit  de  Munich, 
d'unr  traduction  de  Gallrei  {Cal/rUus  et  non  Coifridus)  de  Monmouth  en  vers 


Dtr  Mûnchtaer  Brvs,  p.  p.  HoF«*NN  «t  Volwsukr  Mf 

frstçtts  astre  qve  ceHe  de  Wace,  et  Leroux  de  Lincy  en  arsh  publia  de  lonKI 
InpMOls  dans  nntroduction  de  son  Mition  du  Bruj,  M.  Konratl  Hofnuno 
mil  pris  Bue  copie  du  texte  entier,  et  nous  lui  avions  offert»  pour  imprimer  ce 
qor  n'irtft  pas  donné  Lincy,  l'hospitalité  de  la  Homania.  Ayant  trouvé  l'occi- 
mode  publier  le  texte  entier,  ce  qui  était  naturenement  pr^f^rable.  M,  Hof- 
Ta  d'autant  plus  volontiers  saisie  qu'un  ieune  philologue,   récemment 
professeur  à  Erlangen,  M.  Vollmceller,  lui  offrait  sa  collaboration.  Le 
>  a  été  sonmis  i  l'examen  de  M.  Tobler,  et  en  outre  l'impression  ayant  tiré 
I  kwgDeor,  <  beaucoup  de  contributions  ont  été  dues  à  MM.  les  professeurs 
'  îd.  Bœhmcr,  W.  Fœrsler  et  Ad.  Mussafia.  »  L'introduction  de  M.  Vollmtrller 
comprend  trois  parties  :  la  première  (â  laquelle  M.  Hofmann  a  pris  largement 
part)  comprend  la  description  et  l'histoire  du  ms.  (Un  du  XIl'  ou  commence- 
mmtdu  XIU*  sj;  la  seconde  examine  te  rapport  du  texte  de  Munich  i  sa  source 
et  an  poème  de  Wace  ;  la  troisième  étudie  la  versification  et  la  langue  de  ce  texte, 
Sarocttederniêre  partie,  qui  contient  d'ailleurs  des  choses  utiles, il  y  aurait  beau* 
coup  d'observations  à  faire;  re  m'en  abstiendrai,  parce  que  M.  Musiafia  Ta  sou- 
mise (Zàtichr,,  I,  402)  à  une  critique  détaillée.  Je  ferai  deux  remarques  sur  ce 
qui  concerne  la  versification,  f  On  trouve  deux  fois  trois  vers  qui  se  suivent  sur 
U  même  rime,  sans  qu'il  y  ait  de  lacunes  dans  le  sens;  on  ne  peut  donc  admettre 
qu'un  vers  soit  tombé.  »  II  a  pu  tomber  un  vers  de  remplissage,  d'autant  que  le 
poète  aime  à  donner  la  même  rime  à  deux  patres  de  vers  consécutives.  —  •  V> 
i;6i  ne  =  inJe  élide  son  t^  remplacé  par  une  apostrophe,  •  Nt  =  inât  n'exiUe 
pas  en  français  (cf.   Rom.,  VI,    ^04);  la  dame  n'est  augiirûe  signifie:  t  |j 
dame  oc  reste  pas  en  repos,  ne  se  dérobe  pas  à  la  lutte;  ■  cf.  v.  21  îa  —  Le 
»s.  de  Munich  ne  contient  qu'une  très-faible  partie  de  la  traduction  de  Galfrei; 
ore  les  derniers  vers  conservés  (}69i-4i78)  appartiennent-ils  à  une  dlgm- 
'ïioo,  sur  les  rois  de  Rome,  qui  ne  se  trouve  pas  dans  l'original.  M.  \'.  » 
recherché  avec  soin  les  sources  du  rimeur  français  pour  cette  interca!ation  et 
pour  une  autre  addition  de  même  nature  (v.  91-J40),  et,  en  tif;nalant  les  lec- 
tures étendues  que  ces  additions  attestent  chez  ce  rimeur  fou  chez  l'interpola- 
teur  qui  lui  avait  servi  peut-être  de  modèle),  îl  a  lui>même  bit  preuve  d'érudition. 
Il  a  en  outre  indiqué  exactement  toutes  les  petites  divergences  du  traducteur  et 
de  sa  source  ;  et  il  a  montré  que  son  poème  et  celui  de  Wace  étaient  tout  à 
(ah  indépendants  Tua  de  l'autre. 
Le  mamiscHt  étant  remarquablement  correct^  les  éditeurs  ayant  cru  deroir* 
loote  raison,  le  suivre  fidèlement,  le  texte  ayant  d'ailleurs  passé  sous  tant 
Tyeu,  on  comprend  qu'il  y  a  rarement  lieu  de  l'améliorer.  Sur  l'interprétation 
jjt  dtfère  parfois  d'avis  avec  M.  V.  et  ses  collaborateurs.  I  j  ponctuation  lai»e 
XMTcat  i  désirer,  mais  je  ne  la  corrige  pas.  V.  ai,  la  Bretagne  eit  fertile  Et 
fêrte  Mueiz  stu  bia  U  pûint^  Frumtnt  et  ntgU,  orge  et  awaine;  tun  ^i<n  la  pâme 
l'a  fS  de  teos;  te  lirais  s'an  ^ca  U  paute  {U  =  ttlac ,  car  je  se  pose  pai 
^'OB  fmîaat  pmdre  peaer  activement  au  sens  de  <  labourer.  •  —  V.  70,  Sormanj 
Ctf  ctrtaiaeiDcot  vae  bsie,  nu»  il  faudrait  corriger  Romains  et  non  Ramant.  — 
D  faai  aoCer,  «n  t.  196  et  218,  l'emploi  d'Infor  au  sens  de  *  poète  •  ;  le  Ulm 
èê  MOfCB  Jfe  oifloTwt  «uftfr  de  mène.  —  Silviiis  régne  29  ans  as  v.  141, 
1 1)1.  —  S^OÊinuiu  an  v.  )o8,  ràuM  avec  oinctMt^  parati  aai  Ui- 
MWW.  fti  to 


1 46  COMPTES-RENDUS 

leurs  devoir  être  corrigé  en  ^embuscent,  parce  que  s' embranchent ^  qui  est  la  forme 
correcte,  ne  rimerait  pas.  Mais  anbruc'ur  se  retrouve  ailleurs  (p.  ex.  B.  Desc.  ) 
4S7Î,  FI.  tt  Bl.  B  287)  et  convient  fort  bien  ici.  —  Au  y.  760  je  lirais  adam"  1 
magier^  à  cause  du  vers  précédent  (cf.  v.  1698).  —  V.  803,  De  toUs  parz  /« 
antescbs:  je  ne  comprends  pas;  1.  enclos.  —  Aux  v.  ij49-i3joon  lit:  Dei'ûrc 
li  tramet  une  engaine  Par  orguel  et  par  grant  migraine,  et  M.  V.  remarque  ;  «  Lil- 
tré  n'a  d'exemples  de  migraine  qu'A  partir  du  XV*  siècle.  >  Cela  rend  déji  le 
mot  un  peu  suspect  au  XII';  maïs  en  outre  le  sens  ne  convient  pas  du  tout.  Je 
lis  engaine^  <  colère  »;  mot  souvent  employé  par  l'auteur.  La  rime  avec  l'homo- 
nyme engainej  i  trait,  >  est  loin  d'être  contraire  à  cette  conjecture.  —  V. 
1 390  :  U  jursfu  algues  declirteiz  Et  li  soloiles  avaleiz  ;  j'ai  peine  â  accepter  la  forme 
ioloilts;  je  lirais  Et  li  soloils  jus  av.;  ou  près  avaleiz.  — V.  1982  deportra  est  s. 
d.  une  simple  faute  d'impression  pour  déporta,  —  V.  2063-4  -  Dedeaz  a  mis 
provoz  majors,  selunc  les  causes  jugeurs,  I.  provoz,  maiors  (:=  maires).  —  V. 
2390  sa  paternele  rage,  I.  la.  —  V.  2785  «ï,  je  lirais  ert.  —  V.  317$,  guerre, 
je  lirais  querra.  —  Si  Làecestre  3)26  est  regardé  comme  la  bonne  leçon  (voy. 
la  note),  il  fallait  l'enregistrer  à  l'index  ii  côté  de  Leircestre.  I 

Les  notes  sont  un  peu  trop  rares  ;  bien  des  passages  intéressants  sont  laissés     1 
sans  explication  ;  bien  des  mots  notamment,  qui  ne  sont  pas  relevés,  auraient  pu 
l'être;  mais  ce  qui  est  donnéadela  valeur. — L'index  des  noms  propres  est  com-  I 
modément  disposé. 

G.  P. 


PÉRIODIQUES. 


K  RxTUE  HiSTonanB  db  i/anciknnb  lanoub  paançaisk,  octobre- 
déccnbre.  —  Ces  trois  livraisons  ne  contiennent  rien  que  nous  puissions 
signaler  i  dos  lecteurs,  à  l'exception  d'une  disseruiion  de  M.  Gidel,  en  deux 
articles,  qui  porte  ce  litre  qu'on  n'accusera  p:is  d'être  paradoxal  :  Us  chansons  de 
geste  sofii  ta  pàntare  du  maars  et  du  caraclirc  des  temps  qui  tes  ont  produites. 

n,  AicFiv  rûii  DAH  SrtTDrvM  de»  necbbici  Sphache!*,  t.  LVIl  (1877).  — 
P.  1-16,  Kressner,  Ueber  de»  tpischen  Charakttr  àtr  Sprache  VilU-Hiirdoamt  (rap- 
prochements assez  intéressants  entre  des  tournures  habituelles  â  Villehardooin 
et  d'autres  qui  se  trouvent  dans  les  chansons  de  gesic.  Beaucoup  de  ces  simili- 
todes  tiennenl  surtout  à  ce  que  l'ouvrage  de  Villehardouin  était  destiné  â  des 
aditeurs  et  non  à  des  lecteurs).  —  P.  ^9-84,  Cregorius  auf  dem  Stem,  poème 
Jaglais  p.  p.  Horstmann,  avec  des  notes  additionnelles  sur  l'Rvangile  de  Nico- 
dènie.  —  P.  189-210,  Kraùtcr,  Oie  t  Verkommenhut  »  der  Volksmundarten 
(bonnes  remarques  sur  les  prè)ugé$  encore  si  répandus  à  ce  sujet).  —  P.  241- 
J17,  Horstmann,  Dte  Evangelun-Ceschuhte  der  Homiliatsammlang des  Ms.  Vtmon 
(extraits  de  textes  anglais). 

III.  MÈHTsma,  octobre-décembre.  —  Les  six  demien numéros  delà  Mlh- 
ïw  contiennent  comme  les  précédents  des  contes,  des  chansons,  des  supersti- 
tions populaires;  nous  signalerons  particulièrement  un  extrait^  fait  par  M.  Bau- 
qoicr,  d'un  livre  en  patois  du  XVII*  siècle,  qui  nous  donne  des  renseignements 
cBriecx  sur  beaucoup  de  superstitions  alors  courantes  i  Toulouse. 

IV.  BlBLIOTBftOt^    DB    L'ÉcOI^    DIS    CHAATSe,    XXXVIII    (1877),     4.     — 

p.  î97'44î,  Sepef,  les  Prophites  du  Christ  (fin  d'un  travail  bien  connu,  com- 
mencé il  y  a  longtemps,  et  dont  les  dilTérentes  parties  vont  paraître  réunies). 
—  P.  444-477,  L.  Delisle,  Notice  sur  un  livre  â  ptïniares  exkali  en  \2\o  à 
rtfMj)e  de  Saint-Denis  (ce  ms.,  donné  récemment  à  la  Bibl.  nationale,  n'est 
pas  sans  intérêt  pour  la  tangue). 

V.  Zimcmurr  pfiB  deuiwbbs  At-xnunniM»  N.  F.,  IX 11877}.  —  P.  6i- 
6S,  Waitt,  2u  dem  Lihuconeil,  supplément  à  une  curieuse  pièce  latine  publiée 
par  H.  W.  dans  un  des  volumes  précédents  :  il  s'agit  d'un  conale  tenu  par  les 


148  PÉRIODK^ES 

chuoines5<s  <et  non  pas  nonna)  de  Reniirenioat  poor  décider  sar  la  sapéfiotitÉ 
en  aiBoor  des  clercs  ou  des  chevalien*  c'est,  comioe  00  ftàt,  le  dSMt  de  Pkyl- 
lis  et  de  Flon  agrindi.  —  P.  68-87,  Po^^  (TAlcum  a  pobnu  à  rât^  Pn- 
JeMiiUf  p.  p.  Dûminler.  —  P.  i^j-iéo,  Fragment  et  Wigatùis  {=  Oglm»),  p. 
p.  Hciaze].  —  P.  192-207.  Frâgmtnts  da  Willehalm  Je  RuJorf,  Jm  WflJdula 
iTUlruh  de  Tàrlin^  du  poime  sar  Troie  de  Hubert,  p.  p.  Cr«eliu$,  H&Der  et 
Strauch.  —  P.  J07-412,  Fragment  trouvé  i  Trius  d'an  Flore  a  d'an  S.  Gîle,  p. 
p.  Stcinmeycr  el  Rœdigcr;  le  Flore  est  du  Xil'  siècle,  et  paraît  imité  do  pre- 
mier des  poèmes  français  publiés  par  E.  du  Méril  ;  le  Saint  CUe  est  i  peu  près 
du  même  temps  el  fait  sur  le  latin.  —  P.  414-416,  Scherer,  les  Qu^re  jUla  de 
DUti^  complémeot  d'un  article  antérieur  de  M.  Hemzel;  M.  Sch.  mocttre  que  le 
fameux  débat  entre  Paix,  Miséricorde,  Justice  et  Vérité,  sur  la  rédemption  de 
l'homme,  est  primitivement  uàe  légeode  juive  relative  i  sa  crtaiioa;  la  Ugeode 
était  connue,  outre  les  passages  qu'il  cite,  par  la  traduction  de  Levi,  Pvabolt, 
etc.,  p.  10-12.  G.  P. 

VI.  Bkitr^qb  zl*»  Cbschichts  der  deutschen  Spkacue  ckd  Liraunm, 
III.  —  P.  ^24-^f  ^,  Wùlcker,  Vtber  du  QutUtn  Layamons  ;  cherche  â  montrer 
que  Layaraon,  malgré  ses  assertions,  n'a  eu  d'autre  source  écrite  que  Wace, 
mais  qu'il  â  utilisé  des  légeoda  galloises  et  qu'il  présente  en  outre  des  rémiais- 
cences  de  la  poésie  épique  angto-saxonoe. 

VII.  Revue  celtique,  III.  —  P.  223-229,  D'Arbois  de  Jubainville,  Chaden 
<  ehaine  »;  i  propos  de  l'introduction  de  ce  mot  en  breton,  l'auteur  distingue 
les  diverses  périodes  où  le  breton  a  emprunté  au  latin  ou  au  roman  des  mots 
ayant  un  t  médial  et  défend  /contrairement  i  deux  conjectures  de  MM.  Lîttréet 
Havei)  l'origine  française  des  mots  bretons  choam  (chàraer)  et  chifern  (cnchi- 
trener). 

VIII.  BCLLETW    DE   hk    SoCIÈTè    ARCBÉOLOOIQDK,    SClEirriFlQCE  ET  LITT^ 

■AiBE  DE  BËziEits,  2*  série,  t.  IX,  1"  livraison  (1877).  —  Les  46  premières 
pages  de  cette  livraison  contiennent,  sous  ce  titre  assez  peu  exact  •  Chartes 
romanes*,  la  publication  in  txtento  d'un  inventaire  rédigé  en  1442  des  c  libertais 
e  franquesas  que  son  donadas  et  auctriadas  a  la  vila  e  civitat*  de  Sanct  Pous 
per  los  senhors  abbats  et  evesques  de  Sanct  Pous.  »  Cet  inventaire  est  fort  dé- 
taillé el  contient  souvent  un  résumé  étendu  des  chartes.  Le  ms.  en  a  été  récem- 
ment trouvé  dans  des  papiers  de  famille  et  déposé  dans  les  archives  de  la  So- 
ciété archéologique  de  Beziers.  L'éditeur,  M.  L.  Noguier,  ne  parait  pas  avoir 
recherché  si  tout  ou  partie  des  pièces  analysées  dans  cet  inventaire  existe 
encore.  Il  y  aurait  eu  là  une  facile  et  utile  vérification  i  faire  dans  les  archives 
de  Saint>Pons.  Si  elles  sont  aussi  riches  que  celles  de  Béziers,  d'Agde,  de  Lunel 
(sans  parler  de  Montpellier),  l'affirmative  est  probable.  Tout  en  accordant  à  la 
Société  de  Béziers  l'éloge  qui  lui  est  dà  pour  avoir  donné  place  dans  ses  mé- 
moires^ un  document  réellement  précieux,  on  doit  faire  beaucoup  de  réserves  quant 


1.  Forme  iosoUte;  n'y  auraii'il  pas  dans  le  mi.  datât  i 


PÉRIODiqyES  149 

i  11  vileur  de  Tédilion.  Tout  y  laisse  à  désirer  :  le  texte,  la  ponctuation,  le  com- 
oenuire,  le  glossaire.  Le  texte  se  divise  naturellement  en  paragraphes  qu'il  eût 

nécessaire  de  numéroter.  C'est  là  un  soin  qu'on  devrait  toujours  prendre 
irsqu'on  publie  un  document,  tel  qu'une  coutume  ou  un  inventaire,  qui  se  corn- 
d'une  série  d'alinéas  bien  distincts.  De  la  sorte  les  renvois  peuvent  être 
iffectaéi  avec  précision,  el  la  comparaison  des  passages  similaires  dans  de.-; 
docomeots  différents  se  peut  taire  commodément.  Si  M.  Noguier  arait  numéroté 
les  alinéas  de  son  inventaire,  il  aurait  pu  joindre  i  chacun  des  mots  relevés  au 
gkttsaire  on  renvoi  exact,  ce  qui  eût  doublé  l'utilité  de  ce  glossaire.  L'éditeur 
nous  informe  que  l'écritnre  du  ms.  est  très-belle  et  très-nette.  Néanmoins  la 
copte  est  fautive  en  maint  endroit.  Ainsi  p.  17.  lignes  1  et  ^,  il  faut  Seuda  et 
non  UnJd.  P.  19,  I.  9,  €  jazer  e  pernoctar  de  dia  tn  de  micths  ■  est  inintelli- 
^ble;  lisez  e  Je  nutchf  P.  20,  I.  7  du  bas,  «  h  mayor  branca,  ■  lis.  la.  P.  21 , 
I,  tj.  donas  doit  être  lu  ou  corrigé  donadat.  P.  32,  I.  10  du  bas,  Sannida  n'a 
pas  de  sens;  est-ce  saumada^  P.  2^,  I.  9,  halmtn  est-il  une  faute  d'impression? 
fis.  lialmtn.  Même  page,  I.  6  du  bas,  il  ne  faudrait  pas  imprimer  <  un  »pour  iiij. 
P.  iS,  la  fin  du  §  I  de  justitia  de  sanc  simple,  •  lequel  est  fort  incorrectement 
ponctué,  est  ainsi  conçue  ;  >  Empero  de  sanc  simple,  si  es  lach  en  la  forma  que 
I  dessus  focha  complauut  a  la  cort,  et  pada  adonc,  es  tengut  de  vu  sols.  •  H 

est  clair  que  l'éditeur  n'y  a  rien  compris,  lisez  :  >  dessus,  fâcha  comptan- 

ckd  a  la  cort  e  proada,  adonc »  P.  29,  I.    12,  <  exceptis  mitttibus  et  lîliis 

mililum  et  servientibus  potataUm  »,  lis.  polatatum.  P.  j2,  I.  6,  je  ne  connais 
pas  le  mol  aiun<prar^  qui  est  expliqué  au  glossaire  par  •  attendre  »;  n'est-ce 
1  pas  asumprar*  P.  37,  que  veut  dire  ceci  :  <  requérir  a  Moss'  le  senescal  de 
Carcassoone  que  lai  amena  ties  justitia  d'aquel  vicari?  >  Ne  faut-il  pas  lire  tar 
amausua^  La  ponctuation,  comme  je  l'ai  lait  voir  par  un  exemple  (il  y  en  a  de 
tels  i  chaque  alinéa),  est  plus  que  négligée.  Les  lettres  capitales  sont  mises  i 
tort  el  i  travers.  Il  faut  une  certaine  réflexion  pour  deviner  que  non  Rtmens 
(p.  i(,  I.  to  du  bas)  est  non  re  mens  (néantmoins).  Les  mots  sont  souvent  mal 
coup^,  ainsi,  p.  2},  I.  7.  adoptio  doit  se  lire  ad  oplio.  Inutile  de  critiquer  le 
glossaire.  L'annotation  est  nulle.  Elle  consiste  principalement  A  mettre  en  ren- 
voi i  chaque  nom  de  lieu  ou  de  personne,  ces  mots  ■  nom  de  lieu  »  ou  •  nom 
l'I  de  bmille.  ■  Mieux  vaudrait  ne  rien  dire.  L'éditeur  exprime,  à  la  fin  de  sa 
DOtice  préliminaire,  l'espoir  que  son  travail  vaudra  i  la  Société  de  Béziers  des 
encouragements  «  ou  même  des  allocations  pécuniaires  de  la  part  de  M.  le 
Ministre  de  rinslruction  publique,  t  Assurément  une  telle  publication  est  bien 
ut^t  faite  pour  amener  le  résultat  tout  contraire.  Il  est  heureux  qu'elle  soit 

letncot  une  exception  dans  la  longue  série  des  travaux  très-méritoires  de  la 
Société  de  Béziers. 

P.  M. 


IX  ZEiTftcaitiFT  rua  Kjiicherrecht,  XIV  (1877),  2. —  Mûller,  Uehir  dot 
SomnJum  Vïrîdarii.  Ein  Boitag  zur  CuthithU  dtr  Uteratar  ùbcr  Kircke  und  Suat 
14  JérhunJtn.  Voici  le  résumé  de  cet  intéressant  travail.  Dans  le  premier 
agraphCj  l'auteur  démontre  par  une  analyse  comparative,  faite  chapitre  par 
diapttre,  que  le  Somniam   Viridani  n'est  qu'iune  mosaïque  dépourvue  de  toute 


ifo  rfnoeaqoB 

«ipMitf,  cDBpife  i  Tàét  ^  ABnB  kris  caaporis  va  le  snfet  depuis 
Ttoaos  i'AqvB  jn^nl  rAyeqac  de  TaMov  m.  pMc  dk  rcdactar.  t  O 
r««Klarairx3kBrT  pncidé  sm  mcmb  tabSetf  :  i  set  dw  U  boochc  de 
tm  lUBlwJiun  —  «  sait  ^k  c'a!  as  iJhmjfa  cl  M  dire  ^m  dspotctt 
HrktSHiarapectifwdB  poiwirMfrfgdiyonw  iytriixi— desargo- 
■otoprii  detosleBÙ,  sb  k  inirir»  ifc  h  iWrrtfr  rtri  rm'iti  de  tnc;  U 
Kpiudiiil  Machaalfet  de  to«p  laoriajo  ds  awtni  y'^  copie  sai  e»  ittem-^B 
dMrcc^«rtélna0cr  i  sn  nief ;  il  w  jps^wl  répéter  i  JgrprtT  owlreits  lg™ 
■lacpMngeaBi^a  jpereff«Bir;(M  k  pan  esincr  ca  hi  fM  rifiadiie  deas 
bCtaRft.tLllîiififMplaidedo«xaBmnte9aMiiptMlccuqrï  Bcntiome 
daa  fAfpmékt\  éum.  è  2  maàsk  de  loags  fragpatt  ém  sn  osvre,  ef  fait 
iMiMilMfr  91^  CD  dteeapasnM  nbies  plu  gntd  Boabre.  —  Dm  le  par»-  l 
gnpben.M.  N.^adaeautnecH.  P.  PamqvebrédaclioafrocaisedDSMfc 
eu  Ytrgxr  et  d»  afae  aattarqnc  b  rfdlKrinn  taoae,  —g  poiléiiewy,  h  piact  na 
pn  pivtard  ^  cet  érvdil,  c^est-4-4ac  a  1 J79  ;  h  difèrcaoe  tieat  aortout  1 
rii rjirf I  iT'r  i ■  ifti  piTigr  nr  Ir  irar  dnififf  \m  peatcacafvUsitcr;  cepesdjnt 
les  âigMWtt  sabnfinrts  de  M.  MôBer  paraisses  asKz  forts.  —  te  $  01  est 
eoanoé  1  redbercfaer  Faitear  da  Sbiifr.  Rcgv^aat  ropèHMi  de  M.  Paris,  qui 
l'atlnbM,  oottae  o«  sait,  i  Phifrppc  de  Maixiins,  conaie  sdeotiftcfseineot 
déaoBtrée,  M.  M.  s'allacbe  i  réfnter  les  ob)ectio«s  qoe  loi  a  réceminest  adres- 
aia  M.  Karod  et  i  rappoyer  de  qoetqoes  ooavenes  Tratsenibhnces.  Ce  qu'il 
appoftc  de  pitts  totiressaot  est  Tindicatioa  d'ooe  lettre  de  Pbili{^  de  Mjtziêres 
i  Ridurd  U  <i}94K  aoalTiéc  par  M.  Kerrr»  de  LeCtabon  (Froissan,  1.  XV, 
p.  )76(,  q«î  le  montre,  coaune  dans  le  Songt  da  ndl  PeUrin  el  le  Soagt  da 
Vttffir^  présentant  ses  idées  politiques  dans  le  cadre  d'un  songe  (et  daas  ce 
SMge  il  f^agit  Béme  de  daix  lergurs).  —  Dans  le  j{  IV,  M.  M.  cherche  i  déter- 
naerceqtii,  dans  le  Somnmm  Vind*ru,  appsrtient  en  propre  i  Philippe  de 
MaiEJim;  il  est  ^m  ceruin,  comme  li  le  dit,  que  si  beaacoup  de  morceaux  du 
Somnmm  n'ont  p<t  èlre  retrouvés  dans  d'jutres  ouvrages,  cela  prouve  moins  leur 
originaJKé  que  notrecoonaissance  imparfaite  des  sources  où  puisait  l'auteur;  cepen- 
dant  il  signale  Int-néme  on  assez  grand  nombre  de  chapitres  qui,  pour  une  raison 
00  powrunc  autre,  doivent  avoir  été  réellement  composés  par  Philippe;  ces  cha- 
pitres, qui  ne  sont  pas  d'ordinaire  iniimement  liés  au  sujet  du  livre,  n'en  comptent 
pu  moins  parmi  les  plus  intéressants  :  te  jugement  que  porte  M.  Mùller,  aprës  comme 
avant  cette  étodeaitique,  sur  l'ouvrage  de  Philippe  de  Maiziéres,  est  visiblement 
trop  sévire.  11  faudrait  encore  bien  plus  rabattre  du  reproche  qui  lui  est  fait 
de  n'être  qu'un  simple  compilateur  si  on  tenait  compte  de  l'édilioB  française, 
où  il  a  a)outê  beaucoup  de  choses  marquées  de  l'empreinte  de  sa  persomiatité, 
soit  dans  le  lond  soit  dans  la  forme.  —  En  somme,  le  travail  de  M.  Mùller  ' 
est  une  importante  contribution  d  l'histoire  littéraire  du  XIV<  siècle. 

G.  P.  M 


X.  MirrBBauHOEîi  aiwï  J.  Pwthbs*  Gboohamuschot  Anstai.t,..  von  D^ 
A.  PmciiMAiv?!.  1877,  X  (octobre  1877).  —  P.  îô^-S^,  Chr.  SchncHcr, 
Dtutsche  und  Romanm  m  Sâd  Tiret  and  Vcnûien  (avec  carte  par  Schneller  et  Peter- 
mann).   M.  Schneller,  autenr  d'un  travail  non  sans  valeur  sur  les  dialectes 


PÉRIODIQUES  151 

roman  du  Tyrol  aièridional*.  a  voulu  f;]irc  connaître  dans  l'article  dont  nous 
rendons  compte,  non-seulement  la  géographie  actuelle  des  langues  dansIcFrîoul, 
le  nord  de  fîtalie,  le  Tyrol,  mais  encore  indiquer  les  modifications  qu'a  suIhcs 
dans  les  derniers  siècles  la  situation  relative  des  divers  idiomes  parlés  dans  cette 
contrée.  La  carte  présente  aux  yeux  la  position  géographique  actuelle  de  ces 
idiomes,  Cette  carte  est  certainement  dressée  avec  tout  le  soin  et  toute  l'habileté 
qu'on  peut  attendre  d'un  géographe  aussi  expérimente  que  M.  Pelermann,  mais 
die  nous  apprend  bien  peu  de  chose  que  nous  ne  sachions  déjA.  L'ayant  compa- 
'  rée  avec  cdie  que  M.  Ascoli  a  jointe  à  ses  Saggi  hdini  je  n'y  trouve  pas  de 
dtSércDces  sensibles.  Si  la  carte  de  MM.  Schnetler  et  Pelermann  a  été  dressée 
lodépendaramcnt  de  celle  de  M.  Ascoli,  elle  confirme  celle-ci  sur  tous  les 
points.  Les  divergences  —  et  il  faut  y  regarder  de  bien  près  pour  les  aperce- 
roir  —  oc  portent  jamais  sur  plus  de  quelques  kilomètres  de  terrain.  En  pareil 

fds,  peut-être  eÛt-il  été  désirable  que  M.  Schncllcr  comparât  ses  résultats  avec 
I  orac  de  ses  devanciers.  Ainsi  entendu  son  travail  aurait  été  le  contrôle  perpé- 
tael  de  la  carte  des  Saggi  iadim.  Les  deux  cartes  diffèrent  principalement  en  ce 
que  celle  de  M.  Ascoli  est  à  une  plus  grande  échelle  quoique  contenant  moins 
de  noms  de  lieux  ^  et  qu'elle  s'étend  un  peu  moins  i  l'Est  et  un  peu  plus  i 
rOuest  et  au  Nord.  Celle  de  M.  Schneller  ne  dépasse  pas  la  vallée  de  l'Inn, 
mais  elle  donne  du  côté  de  l'Est  des  indications  sur  la  situation  respective  des 
idiomes  slave  et  germanique,  qui  naturellement  ne  se  trouvent  pas  dans  la  carte 
des  Saggi-  La  frontière  romane  est,  d'après  les  deux  cartes,  celle  qui  suit.  La 
ligne  à  partir  de  l'Adriatique  ^  commence  un  peu  à  Test  de  Tlzonso,  vers  Mon- 
ttCilcone  (domaine  roman),  et,  rejoignant  le  cours  de  ce  fleuve,  atteint  Goritr. 
Là  elle  s'infléchit  vers  l'ouest  et  franchit  la  frontière  italienne  vers  le  village  de 
Brazzano^  d'où  elle  s'éJéve,  à  peu  près  en  droite  ligne  vers  le  nord  jusqu'à 
Cividale,  l'ancien  Forum  Julit.  Elle  décrit  ensuite  un  demi-cercle  irrégulier  dont 
b  convexité  est  tournée  vers  l'ouest,  et  rejoint  la  frontière  du  royaume  d'Italie 
à  environ  ^^  kilomètres  au  nord  de  l'Adriatique.  De  ce  côté  par  conséquent  I.1 
frontière  de  langue  et  la  frontière  politique  ne  coïncident  nullement,  puisque  l'em- 
pire autrichien  possède  vers  l'Adriatique  une  portion  de  territoire  roman,  tandis 
que  le  royaume  d'Italie  contient  vers  Cividale,  et  au  nord  de  cette  ville,  une  bande 
de  temioire  slave  qui,  par  places,  n'a  pas  moins  de  2)  kilomètres  de  l'est  à 
ronesi.  A  partir  du  point  où  la  frontière  de  langue  rejoint  la  frontière  poli- 
tique, près  du  mont  Canin  (lat.  460,  22')  les  deux  frontières  coïncident  jusqu'i 
l'endroit  où  le  Tyrol  commence  à  faire  sa  pointe  dans  le  territoire  italien.  La 
limite  des  langues  traverse  le  Tyrol  méridional,  non  en  ligne  droite,  mais  en 
s'infléchissant  vers  le  sud  dans  ta  vallée  de  TAdige,  passant  à  une  vingtaine  de 


1.  Oie  Romaniichat  Volkimutuiarttn  in  Sud  Tiroi,   1670,  8*.  U  première  partie  seule 
a  para. 

3   cette  artf  a  suis  doute  été  dessinée  pour  l'ouvrage  auquel  elle  est  ioinie;  celle 
de  M.  &chaelW  est  njturcllcnicni  (et  elle  n'en  vaut  pa$  moiu  pour  cela)  tirée  »ur  aae 
>|iideanc  pUnchc  retouchée. 

V  TTOte,  Capo  d'iïtria  t\  1«  environs,  sur  la  côte  opposée,  loni  aussi  romans:  k 
'    '   I  y  a  remplacé  daiu  les  temps  modenus  le  dialecte  Udin  du  Frioul  :  voy.  Ascoli, 
p.  474. 


M» 

tMwnrtrM  M «ord  Ac TiMlr.  c( ati^^^ai  1> parte  rtiiiiVBtilf  àê Tysel, fv 
4«^  ï/  IM.  f  Je  a  poat  dit  mmi  U  faortbén  jvtq^i  fa  Smk  «fc  dk  «Me, 

dr  M  SdtoHW.  L»  dcicnptioi  iatiffîairv  ds  Icfricovc  amû  bmàU  ■'«§»  |at 
diVtfKj^  4r  4ilir«oC0  scasiblcs  »v«e  la  HnàUH»  prisotb  pv  M.  Ascofi.. 
Nous  ivo«  t/w^rf,  eoBflie  d<M  U  carir  dtt  S«|X'>  lo  trait  gnads  msab 
ladfiii  :  •*  dint  U  promet  d'UdÎM;  2*  étn  U  Tfrol,  ce  ownf  toitt  coifé 
M  d«if«  par  l«  v>llé«  de  f'Adtge  o4  «^  iAÏfritM  «ur  ow  baodr  Icroîte  HuBa 
M  sud  ri  l'âlLMitind  «u  uord,  tandl:  ' ,  pea  i  peu  oiUmé  par  fitafieD, 

ftfl  ptfU  1  IVm  rt  i  ('ouest;  j*  mh'  .-^  la  Suisse  f vallées df  lins  et  da 

nhin).  Ce  quM  y  I  de  plus  sur  11  carte  de  M.  Sehn.  c'est  TiDdicatioa  des  ea- 
(Uyn  Û»  langue  allraïaade,  connon  d'iillettrs,  qui  existent  i  quelque  distance 
d«  la  r»vf  giuche  de  l'Adr^e,  i  *'eit  de  Trente  «t  de  Roveredo.  Le  travail  qae 
M.  Sch.  j  |uinl  i  crtlr  carie  donne,  wui  une  (orme  peut-être  un  peu  décousue, 
dr  nombreux  rt  tnlèrrtMiil»  reiiiwriRnemetiti  tant  sur  l'importance  et  la  situation 
arluetle  des  populitions  fi;ermanjqurt  et  dn  romanes,  —  ces  dernières  se  subdi- 
vtkanl  rfite/  neiirmenl  en  ladinn  rt  italiennes,  —  que  sur  l'état  antérieur  de 
ces  rn^mc)  populutioni.  Fluiieurs  des  notions  réunies  dans  ce  travail  paraissent 
recueilliei  de  première  mjin,  d'autres  uint  empruntées  i  des  ouvrages  ou  i  des 
irliclrt  de  revues  qui  sont  eiacIerK-nt  cites,  et  dont  il  «t  commode  de  trouver 
U  liste  imprim/v  II  nt  probable  que  la  plus  i^randr  partie  des  questions  abor- 
ûèrn  pitr  M  Sctin  seront  Iroitéet  h  fond  par  M.  Ascoti  dans  la  suite  de  ses 
^W  '<"'">'•  Ma»,  m  attendant  l'achèvement  de  ce  [p-and  ouvrage,  on  pourra 
lirrr  quelque  profit  do  l'écrit  de  M.  Schneller,  Il  wt  seulement  regrettable  que 
Tiutcur  n'jit  pas  su  se  dé^iiger  de  toute  préoccupation  politique.  Sans  doute 
In  eipliïsiuni  de  mauvaise  huinrur  auxquelles  il  sr  Uisse  aller  lorsqu'il  lui  faut 
consuter  les  «m)iiéleni«nti  pnigressili  de  l'italien  sur  le  domaine  de  l'allemand, 
l,t  «.ilisfnctiiinavcc  laqufllr  il  aligne  In  témoignages  d'où  il  résulte  qu'au  XVI*  s. 
(Il)  parlait  à  Tiente  un  peu  plus  allemand  qu'Aujourd'hui,  n'ont  rien  que  de  bien 
innocent  ;  parfois  même  la  conviction  avec  laquelle  M.  Schn.  exprime  son  appro* 
Wlion  lorsqu'il  rencontre  un  petit  fait  qui  lui  eit  agréable,  répand,  à  son  insu, 
un  air  de  ^^Hf  uir  un  rvposé  d'ailleurs  quelque  peu  terne,  comme  lonqu'if  a 
I0  pUt»tr  df  couklatrr  qu'un  certain  «bW,  originaire  des  «  treize  communes  ■ 
(enclave  germanique  au  nord  de  Vérone)  connais^^ait  l'allemand  et  la  littérature 
«llrmande,  t  Ji  son  grand  honneur,  •  a)0Ute*t-il.  AfUis  le  lecteur,  qui  n'a  qœ 
df*  préoccupations  Kicmi6ques,  ri  ik  qui  les  revendications  mutuelles  des  AUe- 
MMfldk  ri  des  llalienv  «ont  bien  indifférentes,  se  trouvant  en  présence  d'un  écrit 
A»\\\  «  tendrtilirl  •  commr  on  dirait  i'Utr*-Rhiu»  ne  peut  s'empêcher  de  craindre 
que  de&  lails  aient  i%(  laisses  d«  cAtf,  que  cetlains  autres  aient  été  eiagércs.  Et 
fo  réublé,  il  est  impimible  de  ne  pas  reconuttre  que,  p.  174,  par  exemple.  iJ 
•M  bit  un  véritable  abus  d'un  texte  du  <it  ytgtn  lio^mo  de  Dante;  et  que 
dAM  U  partie  du  n^oire  où  soirt  rassemblés  les  témoignages  sur  la  prépoodé^ 
ruca  de  rètè«fM  geffm»»qiK  dau  le  Tyrot  pesdani  les  derniers  siècles^  on 
paur  cociplètcflMAt  sou  stleace  hr  Uit>  MiialMm  hors  de  contesuiion,  que 
pbk  MCMMMNHI,  c'cttSi-^br»  m  ««y«a  lffe,«V  ta  remontant  jusqu'à  Tépo^ae 
rMuiw,  W  doMkiae  roaai  tltaidail  daaa  W  Tyrol  et  dans  U  Saissc  ptea j 


pAriodiques  15? 

wrd  que  maintenant  \  de  sorte  que  si  le  ronun  gagne  maintenant  du  terrain 
iu  nord  de  l'Italie,  tl  ne  fait  que  reconquérir  pacifiquement  et  par  les  voies 
les  plos  légitimes  un  domaine  qui  autrefois  avait  été  sien. 

P.  M. 

XI.  RsvuB  cRiTiQL-E,  OC tobfe -décembre*  —  2)8.  Devic,  Dictionnauc  itjmo' 
hgi^ut  dti  mots  /ranfais  d'origute  orientale  (article  de  M.  Lucien  Gautier,  qui 
coRliml  d'importantes  additions  et  corrections  à  cet  utile  ouvrage). 

XII.  GoCTTiNitisniB  GRLSHitTE!  Anzeioen,  1877.  — N*  (t.  U  BûsUrs  àe 
BiuilMy  p.  p.  Schelcr  ;  long  article  de  M.  Tobter;  nous  y  signalerons  les 
remarques  sur  l'accentuation  moitU  et  autres  analogues  (p.  i6o0,  —  sur  la 
possibilité  de  l'élision  d'un  t  suivi  d'^  (p.  1606),  —  sur  0  pour  or  {p.  1607), — 
sur  les  2"'  pcrs.  sing.  en  -tsis  de  certains  parfaits  (p.  1608),  —  et  un  grand 
nombre  d'observations  de  détail.  Je  doute  fort  qu'on  ail  jamais  pu  dire  rcw^r  d 
U  Mi<kt  tp.  1610)  pour  «  se  diriger  vers  la  Mecque  t-  U  comparaison  avec 
yotoir,pooirf  tausier  est  loin  d'£tre  probante. 

XUI.  LnreitARiMHE!*  Centhauilait,  octobre-décembre.  —  44, /lioif/ Afîra- 
ilt,  Elu  de  Samt-GitUSf  li  Ckcfalitn  as  âeas  esptes,  p.  p.  Fœrster  fSg.).  —  46, 
Braunfets.  Kriûscktr  Versuch  ùkr  den  Roman  Amaâis  von  Gailicn  (W.  F.;  le  cri- 
tique, très -favorable,  montre  que  l'épisode  célèbre  des  amours  d'Aroadis  avec 
Briolaoîa  est  emprunté  au  roman  français  à*Agravam^  analysé  dans  le  t.  V  des 
Komûm  dt  U  Table  ronde  de  M.  P.  Paris).  —  48,  Michaelis,  Studun  :ur  roma- 
niuhcti  Worlschapjang. 

XIV.  Jb-iarr  LiTEBATtiRZEiTfNn,  octobre-décembre.  —  40,  Nisard,  Defi»/- 
fiuj  ptrutantsmes  populaires  {E.  Stengel).  —  4^,  Schmitz,  Encychpad'u  des  phi- 
lalogiscfunStudiums  der  neuerenSprachtn,  2*  éô.,  1-4  (£.  Stengel:  très^mauvais); 
Rolland,  Faune  populaire  de  ta  France  (R.  Kœhlcr;  art.  intéressant  et  très-favo- 
rable). —  46,  Suchier,  Uekr  die  Vie  de  seinl  Auban  (E.  Stengel).  —  48,  Rtme 
di  Peuûrca,  éd.  Carducci  (W.  Bernhardi;  ne  rend  pas  suffisamment  justice  au 
mérite  et  à  futilité  de  ce  travail).  —  49,  Der  Mùnchcner  Brat,  bgg.  von  HofmaDD 
uad  Vollmœiler  (G.  Grceber). 


I.  Voyei  Romaaia,  1,  7-9. 


CHRONIQUE. 


A  la  somme  reçue  par  M.  G.  Paris  pour  la  fondation  Diez  (87s   fr.;  wf,' 
Rom.,  VI,  )i4),  il  faui  ajouter  j  fr..  envoyés  par  M.  le  D'  Bos,  de  Marseille. 
—  La  souscription,  qui  devait  être  close  au  p  décembre  1877,  restera  encore 
quelque  temps  ouverte. 

—  LiSocUti  des  a/uiens  textes  met  en  distribiition,  pour  l'exercice  1877,' 
Atol  et  le  tome  II  des  MirâcUs  dt  la  Viergt.  Pour  compléter  cet  exercice,  dÏP' 
donnera  le  Dlbat  dts  hérauts  de  France  et  d'Angleterre^  publiés  par  MM.  Pannîer 
et  Meyer,  ou  le  Voyage  du  seigneur  d'Anglun  en  Ttrrc-SainU,  publié  par 
MM.  Bonnardot  et  Longnon. 

—  Dans  la  séance  publique  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres, 
tenue  le  vendredi  7  décembre  1877,  M.  G.  Pans  a  lu  une  notice  sur  la  chan- 
son du  P'eUrinage  de  CharUmagne.  Cette  notice,  plus  complète  et  accompagnée 
de  notes  étendues,  paraîtra  prochainement  dans  la  Romania. 

—  La  Ztitsckrift  fur  romanische  Philobgu  annonce  l'excellent  dessein  de  réser- 
ver dorénavant  sur  chacune  de  ses  couvertures  une  place  pour  l'indication  des 
manuscrits  qu'étudie  tel  ou  tel  philologue,  et  qu'il  se  propose  de  publier;  oa 
évitera  ainsi  des  concurrences  toujours  désagréables,  comme  il  s'en  est  produit 
plusieurs  dans  ces  derniers  temps.  Cependant  il  faudrait  prendre  garde  de  laisser 
se  glisser  certains  abus  par  cette  porte  :  il  serait  inadmissible  qu'on  marquât 
pour  ainsi  dire  d'avance  à  son  nom  un  certain  nombre  de  textes  inédits,  et  qu'on 
prétendit  interdire  aux  autres  de  s'en  occuper.  La  Zeiischrtft  elle*méme  ne  s'est 
pas  fait  scrupule  d'imprimer  la  traduction  saintongeaise  de  Turpin,  bien  que 
l'éditeur  n'ignorât  pas  que  M.  Boucherie  en  préparait  depuis  longtemps  h 
publication.  —  Nous  fournirons  ki  une  double  indication  du  genre  de  celles  que 
demande  la  Zeilschrijl  en  disant  que  G.  Paris  a  réuni  toutes  les  copies  des 
divers  manuscrits  du  roman  de  Roncevaux,  rédaction  renouvelée  de  Roland^  et 
qu'il  se  propose  d'en  donner  une  édition  critique.  M  compte  également  publier 
quelque  jour  une  nouvelle  édition  de  Furabras,  d'après  tous  les  manuscrits, 
mais  il  n'a  pas  encore  rassemblé  tous  les  matériaux  nécessaires. 

—  Le  aj  décembre  dernier  est  décédé  à  Londres  M.  Thomas  Wright,  cor- 
respondant de  l'Institut  de  France  et  l'un  des  antiquaires  les  plus  distingués  de 
ta  Grande-BreUgne.  Né  en  1810,  M.  Wright  commença,  étant  encore  élève  de 
l'Université  de  Cambridge,  à  publier  sur  des  sujets  très-variés  d'érudition  des 
travaux  qui  lui  assurèrent  de  bonne  heure  une  place  considérable  parmi  les 
savants  de  son  pays.  N'ayant  jamais  obtenu,  soit  de  l'Université,  soit  de  l'Ëtat, 
aucun  emploi  rétribué,  M.  Wright  a  dû,  tant  que  ses  forces  le  lui  ont  permis, 
se  livrer  à  une  production  incessante  qui  ne  lui  avait  point  assuré  la  fortune  et 


CHRONIQUE  15  s 

dont  la  rapidité  se  conciliait  mal  avec  le  soin  et  ta  réflexion  qu'exigent  les  tra- 
vaux de  rcrudilion.  Aujsi  a-t-on  pu  relever,  dans  ses  éditions  de  textes  notam- 
ment, nombre  de  petites  inexactitudes,  qu'il  aurait  assurément  évitées  s'il  avait 
ett  plus  de  loisir  pour  les  préparer.  Mais  on  ne  doit  pas  oublier  qu'il  a  été 
Pun  des  premiers  à  s'occuper  avec  méthode  de  l'histoire  littéraire  du  moyen 
Ige  anglais  pris  dans  sa  plus  grande  extension,  et  i  mettre  au  jour  des  textes 
précieux  dont,  sans  lui,  bon  nombre  seraient  encore  inédits;  que  si  ses  publica- 
tions relatives  à  la  littérature  anglo-normande^  par  exemple,  ne  sont  pas  exemptes 
de  fautes^  il  ne  s'est  trouvé  jusqu'à  ces  derniers  temps  personne  en  Angleterre 
qui  fôt  capable  d'exploiter  avec  plus  de  succès  le  même  domaine.  Th.  Wnght 
était  naturellement  doué  de  critique.  Tandis  qu'en  France  on  faisait  remonter 
les  poésies  des  bardes  gallois  jusqu'au  VI'  siècle,  il  montrait,  par  l'examen  de 
la  forme  de  ces  poésies,  qu'elles  ne  pouvaient  guère  être  placées  au-delà  du 
XIII*  siècle'.  Tandis  qu'en  1860  M.  d'Héricault,  reproduisant  une  vieille  et 
très-grosse  erreur  de  Fauriel^  en  était  encore  à  considérer  le  Waltharitu  comme 
an  poème  d'origine  française,  M.  Wright  avait,  en  quelques  pages  vivement 
écrites,  réduit  i  sa  juste  valeur,  c'est-i-dire  h  rien,  l'idée  de  Fauriel  3.  Entre 
les  publications  dont  nos  études  sent  redevables  i  M.  Wright,  nous  citerons 
tes  RtiujuLc  anti^ua,  recueil  en  deux  volumes  publié  par  livraisons  de  1841  i 
r84J  en  collaboration  avec  J.-O.  Hatliuretl,  et  dans  lequel  Th.  Wright  a  inséré 
plusieurs  pièces  françaises  ;  —  le  second  volume  de  sa  Biogrûphia  ^rUannua  lUle- 
raria,  consacrée  ii  la  période  anglo-normande,  où  sont  corrigées  tant  d'erreurs 
de  Tabbé  de  la  Rue,  et  mentionnés  pour  la  première  fois  de  nombreux  mss. 
français  conservés  dans  les  bibliothèques  de  l'Angleterre;  —  le  premier  volume 
du  recueil  d'anciens  vocabulaires  {A  Volume  of  vocabularies,  privately  prmled, 
r8j7)  publié  aux  frais  de  M.  J.  Mayer  de  Liverpool,  et  contenant  la  première 
édition  (la  seule  jusqu'à  présent)  du  traité  en  vers  de  Gautier  de  Biblesworlh, 
pour  apprendre  te  français  aux  enfants,  une  édition  da  Dictionnaire  de  Jean  de 
Garlande  meilleure  que  celle  de  Géraud,  et  le  Tfoctatas  de  usUnsUihus  d'Alex. 
Neckam.  réédité  depuis  par  M.  Scheler  ;  —  Us  cent  nounllcs  noaHÏla,  publiées 
d'après  le  seul  ms.  connu  (celui  de  Glasgow)  dans  la  B\bliothiq\u  thb/iriennt^ 
18^8  ;  —  The  chronicU  of  Pitrn  de  Langtoft  in  fttncht  wr«,  avec  traduction 
anglaise,  dans  la  collection  du  Maître  des  Rôles,  a  vol.,  18G6-8.  —  Th. 
Wright  est  aussi  l'un  des  hommes  qui  ont  le  plus  contribué  ï  mettre  en 
Inmiére  l'intérêt  de  la  poésie  dite  ^ot'mtdtqae,  et  son  recueil  des  poèmes  attri- 
bués â  Gautier  Map,  publié  par  la  Camden  Society  en  1841,  est  encore  main- 
tenant un  livre  indispensable  i  quiconque  étudie  soit  la  poésie  latme,  soîl  le 
mouvement  des  idées  an  moyen  âge.  En  somme,  quelles  que  soient  les  critiques 
qi'on  puisse  adresser  à  telle  ou  telle  de  ses  publications  en  particulier,  on  ne 
peut  nier  que  l'ensemble  de  ses  travaux  représente  un  labeur  considérable  et 
porte  l'empreinte  d'un  esprit  ouvert  et  d'un  jugement  sûr. 

1.  Erseys  on  .trctuotogical  subjetts  and  on  vdriotu  questianj  cdnnuud  whh  Iht  Mstory 
o/tfrï,  srunce  and  liUrniun  m  Iht  middte  uga.  London,  l86i,  2  vol.;  voir  IVsiji  inti- 
Ittlé  :  a  On  origin  of  rhvmes  in  Medixval  poetrv.  and  ib  bcaring  tn  ihe  Jutheoticity  of 
early  WeUh  poems  »,  i('i-68. 

2.  Voir  dani  les  £fji3»,  11,  194-219.  l'anide  sur  les  troubadours,  qui  fui  publié  i 
l'occasion  de  Vnistoire  de  la  poisie  protetiçalt  de  nurlel. 


IS6  CHRONIQUE 

—  M.  Mord-Fatio  nous  communique  la  rectiticalion  suivante  à  son  mémoire 
sur  te  Roman  di  BUqucrna,  publié  ici,  t.  VI,  p.  ^04  et  suiv.:  ■  Le  ma- 
nuscrit de  M.  Plot  n'est  pas  le  seul  qui  nous  ait  été  conservé  de  Tancienne  ver- 
sion catahne  du  roman  moral  de  Luit.  Il  en  existe  un  autre  à  la  bibliothèque 
royale  de  Munich  (Cod.  hisp.  67,  fonds  de  la  Palatine],  qui  a  été  décrit  dans  le 
Cataloguscodicam  manuscriptortim  bibiiothtcat  regiae  monacensts,  t.  VII,  Monachii, 
i8{8,  p.  9).  Cet  exemplaire,  sur  papier,  du  XIV«  siècle,  est  également  incom- 
plet du  commencement,  de  16  S.  environ.  M.  Konrad  Hofmann,  qui  a  bien 
voulu  uir  notre  demande  l'examiner  i  nouveau,  nous  écrit  que  la  date  est  exac- 
tement donnée  dans  le  catalogue  et  que  le  nom  du  héros  y  est  toujours  écrit 
biarufrndt  avec  un  signe  d'abréviation  sur  le  f .  Le  ms.  de  Munich  appartient  donc 
à  une  autre  famille  que  celui  de  M.  Piot,  auquel  se  rattache  non-seulement  le 
texte  latin  du  Libre  Je  amich  et  de  amatj  mais  encore  l'ancienne  traduction  fran- 
çaise, dont  la  Bibliothèque  nationale  possède  deux  mss.  du  XIV*  siècle  (fr.  763 
et  24402),  mss.  qui  s'accordent  à  écrire  toujours  BlaqutrneK  > 

—  MM.  G.  Raynaud  et  J.  Normand  nous  prient  de  rectiBer  un  Upstu  de 
l'introduction  à  leur  édition  d"-4io/.  Parmi  tes  traces  certaines  de  picard  qu'offre 
ta  seconde  partie  de  ce  po^me,  l'introduction  mentionne  (p.  iic)  caus  assonanl 
en  d  \¥.  \(:12)\  mais  c'est  par  une  distraction  évidente,  dont  on  s'est  aperçu 
trop  tard,  qu'on  a  vu  dans  caus  le  nominatif  du  fr.  coup;  »uj,  comme  l'indique 
bien  clairement  le  sens,  ne  peut  répondre  qu'au  nominatif  du  fr.  chaad  ;  il  faut 
donc  supprimer  la  preuve  alléguée.  —  Il  but  ajouter  aux  citations  A'Aiot  réunies 
dans  cette  introduction  (p.  xxxiij  sq.l  ces  vers  de  Philippe  Mousket  fiïyiî  ss.), 
qui  ont  été  omis  par  mêgardc.  C'est  à  propos  de  Louis  le  Bègue,  après  avoir 
rapporté  la  mort  de  Charles  le  Chauve,  que  le  chroniqueur  ajoute  : 

Ayous,  li  preui  et  U  hardii. 
Si  ti  couzins  cesi  Loe^'s 
De  sa  SCTOui  la  feme  Elie, 
Kl  bide  fu,  gente  et  délie. 

—  M.  Arsène  Darmesteter  a  ouvert  son  cours  i  la  Factilté  des  lettres  par 

un  aperçu  général  sur  l'histoire  de  la  langue  cl  de  U  littérature  française  au 
moyen  âge.  Celte  leçon  d'ouverture,  qui  a  été  fort  bien  accueillie,  va  être  impri- 
mée dans  la  Raue  politique  a  Itttérairt. 

—  Nous  venons  d'appren.dre  ta  mort  de  M.  Chartes  Grandgagnagc,  l'aulcur 
du  Dutionnaire  H)molog\qui  de  la  langue  waUonnt^  resté  mat  heureusement  ina- 
chevé. Nous  donnerons  prochainement  une  notice  sur  ses  travaux. 

—  Nous  avons  reçu  le  prospectus  du  Dictionnaire  provençal-français  (Trésor 
dm  Fehbrige)  que  Fr.  Mistral  va  mettre  sous  presse.  Ce  grand  ouvrage,  fruit 
de  plus  de  vingt  ans  de  recherches  assidues,  devra  une  valeur  toute  particulière 
à  la  connaissance  intime  qu'a  de  la  langue  provençale,  dans  toutes  ses  variétés 
et  ses  tournures,  le  grand  poète  qui  Ta  composé.  Le  nom  de  l'auteur  dispense 
de  toute  recommandation;  le  spécimen  joint  au  prospectus  permet  de  juger  de 
l'étonnante  richesse  et  de  la  bonne  disposition  du  recueil*  Ce  n'est  pas  que  nous 


1.  P.  (07,  I.  9,  Itseï  repirt  pour  repëire. 


CHRONIQUE  157 

orassions  quelques  objections  i  Uitt  au  plan  qu'a  cm  devoir  adopier  rauienr 
du  Traor  don  FtUhrtgt  ;  mais  nos  critiques  porteraient  surtout  sur  ce  qu'il  a 
p«it-Mre  admis  ea  trop  dans  son  livre:  or  ce  qui  abonde  ï  coup  sûr  ne  vicie  pas. 
Noos  engageons  tî* eneni  tous  ceuï  qu'intéresse  cette  grande  cravre  i  souscrire 
sans  retard,  parce  qu'on  attend  pour  commencer  l'impressioa  d'avoir  des 
souscripteurs  en  nombre  suffiunl,  et  qu'il  ne  sera  tiré  qu'on  petit  nombre 
d'dCOipUires  en  dehors  de  celui  des  souscriptions,  l-'ouvrage  formera  detu 
gmds  voluines  in-^"  qui  paraîtront  par  livraisons  de  )  feuilles.  Chaque  livrai- 
son, coOtaal  a  frano,  sera  payable  i  réceptioa  II  suffit,  pour  souscrire,  de 
rimioacer  par  carte  postale  1  M.  Fréd^c  Mistral,  i  Maillaoe,  par  Gravesoo 
(Bovches-dQ-RbAne). 

—  M.  Lêopold  Detisle  a  pobhé  dans  ta  Bibtiûthi^at  dt  Vtcolt  dts  chartes  son 
rapport  sur  la  Bibliothèque  nationale  en  1876.  Parmi  les  manuscrits  français 
qui  ont  été  acquis  cette  année-li,  nous  signalerons  le  ms.  contenant  la  Vu  it  S. 
Altxii  du  X1V<  siècle,  qui  appartenait  à  L.  Pannier  et  qu'il  a  décrit  dans  son 
UitioD,  —  un  fragment  d'un  roman  de  Merlin,  donné  par  M.  Ptol,  —  un  M^s- 
tèft  ai  Satnt-S^basiitn^  ta  vers,  de  ta  seconde  moitié  du  XV'  siècle.  —  Les  ma- 
tériaia  jadis  réunis  par  le  ComUi  dt  la  tangue  pour  ta  publication  d'un  recueil  de 
chansons  populaires  ont  été,  après  la  mort  de  M.  Rathery,  déposés  i  la  Biblio- 
ihèqDe.  C'est  un  immense  fatras,  dans  lequel  il  y  aurait  beaucoup  i  prendre; 
mais  d  y  faut  de  la  critique  et  surtout  de  la  patience.  —  Nous  avons  parlé  déji 
{Rom.  V.  1271  de  l'acquisition  faite  par  la  Bibliothèque  nationale  du  chanson- 
nier Clairembaot. 

—  Nous  sommes  heureux  d  annoncer  à  nos  lecteurs  que  le  manuscrit  Seyssd- 
SoChoQod,  dont  a  été  extrait  le  Lai  de  l'Eptnur,  publié  en  tète  de  ce  numéro, 
vient  d'être  acquis  par  la  Bibliothèque  nationale.  I^s  laJs  médits  qu'il  contient 
seront  incessamment  publiés  ici. 

—  M  s'est  fondé  i  Rennes  une  Soct^^  de  hbliophilts  bretons,  qui  promet  de 
s'occuper  de  t'ancienoe  littérature  française.  M.  A.  de  La  Borderie  vient  de 
publier  pour  elle  les  Œwrrcs  françaisa  d'Olivier  Maillard  ;  on  annonce  une  édi- 
tion de  ta  chanson  de  geste  d'^uiA.  Celte  chanson  devait  aussi  être  publiée  par 
M.  LongnoQ  pour  ta  Soàti  des , anciens  tajes  français:  mais  l'éditeur  de  la 
Sotsiii  des  bibiiopiula  bretons,  qui,  paratt-il,  avait  préparé  son  travail  depuis 
kwglcmps,  a  pris  l'avance.  Son  édition  paraîtra,  si  nous  sommes  bien  informés, 
an  nois  de  mars  de  cette  année.  La  Soctété  des  anciens  textes  renoncera  naturel' 
lement  i  donner  la  sienne. 

—  M.  Henry  Nicol.  dont  nous  avons  plus  d'une  fois  signalé  les  excellents 
travaux,  va  prochainement  publier  un  volume  intitulé:  Frcnch  Soands  m  English. 
Oa  y  trouvera  l'histoire  phonétique  des  mots  anglais  modernes  qui  dérivent 
du  français,  l'eipositioo  des  lois  de  la  transformation,  et  des  listes  complètes 
de  mots.  Naturellement  la  phonétique  du  vieux  français  trouvera  i  faire  son 
pro&t  dans  ces  recherches. 

—  Parmi  les  thèses  qui  doivent  être  soutenues  à  l'Ecole  des  chartes  le  2 1 
janvier  1878,  l'une,  dont  l'auteur  est  M.  E.  Philipoa,  a  pour  titre  Etude  sur  le 
diûiecU  du  Lyonnau  au  XHl'  et  au  XIV'  sûtle. 


1^8*  CHRONIQUE 

—  On  annonce  la  prochaiae  publIcalioQ,  par  souscription,  d'une  édition  con- 
pléte  des  Rimt  di  M.  Cino  4a  Pntofa,  rùiotii  s  più  schietta  Uxtont  td  illuarate  éa 
EnncQ  Binai  t  da  Pittto  Fanfâtti.  Cette  édition  formera  un  volume  io-i6,  d'env»- 
ron  ^)0  pages,  et  coûtera  4  fr.  50.  Elle  sera  imprimée  i  ta  typographie  Nicolai. 
à  Pisloja^  où  sont  reçues  les  souscriptions. 

—  L'école  des  langues  orientales  vivantes  a  récemment  entrepris  la  publica- 
tion d'une  série  d'onvrages  géographiques  et  historiques,  qui  sont  Imprimés 
dans  les  tangues  originales  avec  traduction  et  notes  en  français.  Parmi  les 
volumes  annoncés,  il  en  est  un  qui  intéresse  les  études  romanes,  la  Ckront^uc 
dis  Princes  dt.  MolddW,  depuis  leur  origine  jus^uUn  i  {9J,  par  Gr^oire  Urechi, 
avec  traduction,  commentaire,  table  et  glossaire^  par  M.  Emile  Picot.  La 
première  partie  de  ce  volume  doit  être  terminée  au  mois  d'avril. 

—  A  cfité  de  VArmana  prouvaifau,  il  se  publie  depuis  [877  un  almaaach 
intitulé  la  iausita,  c  armanac  dau  patriota  lati,  t  dont  l'éditeur,  M.  X.  de 
Ricard,  joint  i  d'énergiques  revendications  languedociennes,  même  i  Tencontre 
des  fèlihres  suivant  lui  trop  provençaux,  des  aspirations  trés-génèrales  ;i  une  sorte 
de  •  panlatinisme.  a  II  y  a  bien  d'autres  tendances  dans  cet  almanach,  qui 
échappe  en  général  à  notre  appréciation.  L'élément  populaire  et  l'élément  philo- 
logique j  tiennent  trés-peu  de  place.  • 

—  Nous  avons  le  regret  d'annoncer  que  Mitusine  cesse  de  paraître.  Le  succès 
matériel  n'a  pas  répondu  i  l'attente  des  éditeurs.  Il  n'est  pas  étonnant  qu'il  en 
ait  été  ainsi,  vu  ta  nouveauté  de  l'entreprise  et  le  peu  de  culture  qu'ont  reçu 
jusqu'à  présent  en  France  les  études  de  ce  genre;  mais  il  est  d'autant  plus  fâ- 
cheux qu'une  tentative  aussi  intéressante  ait  échoué.  Nous  espérons  qu'die  se 
renouvellera  sous  une  autre  forme.  En  attendant,  nous  sommes  heureux  d'offrir, 
comme  par  le  passé,  dans  la  Remania,  une  place  assez  large  à  U  philologie  et  i 
la  mythologie  populaires. 

—  Livres  nouveaux  : 

E.  Stenobl.  Du  provcnzùlischt  Blamenltse  dtr  Biblioteca  Clugiàna  (programme 
de  recloratl.  Marburg,  in-4'',  82  p. 

Dit  btidtn  ttltcsttn  provtnzalisekai  Grammatikeit .  Lo  Donatz  proensals  usd 
tas  Razos  de  trobar,  nebst  einem  provenzalisch-itairenischen  Glossar,  von 
neuem  getreu  nach  den  Hss.  herausgegeben  von  Edmund  Stenuei..  Mit 
Abweichungen,  Vcrbesserungen  und  Eriaiiterangen,  sowie  einem  vollstaendi- 
gen  Namen-  und  Wonverzeîchniss.  Marburg,  Elwert  (Paris,  Vieweg;  Turin, 
Loescheri,  in-8»,  204  p. 

Les  Épopées  Jra/t(aiscs.  Etudes  sur  Us  origi/ics  et  l'histoire  de  la  littérature 
nationale,  par  Lkon  CxirrmH.  1.  Nouvelle  édition,  entièrement  refondue.  Paris, 
Palmé,  gr.  in-8»,  xii-jôi  p.  —  Nous  espérons  revenir  en  détail  sur  le  grand 
ouvrage  de  M.  Gautier;  bornons-nous  i  dire  que  la  nouvelle  èditKin  du  pre> 
mier  volume  est  bien  réellement  <  entièrement  refondue.  ■  L'auteur  s'est 
efforcé  de  mettre  à  profit  tout  ce  qui  a  été  publié  depuis  douze  ans  sur  la 
maifére,  et  il  a  fait  en  outre  de  nombreuses  recherches  personnelles. 

La  Chanson  de  Roland.  Nach  der  Oxforder  Handschrift  herausgegeben,  eriaô- 
tert  und  mît  einem  Gtossar  versehen  von  Theoilor  MùLUEn.  Erster  Theil. 


CHRONIQUE  1)9 

Zweite  vodlig  umgearbcitete  AuiUgc.  Goettingeo,  Diaerich,  u-4^1  p.  — 
Comme  les  Epopéet  Jrarnatsa  de  M.  Gautier,  la  nouvelle  édition  de  M.  Mûl- 
ler  mérite  pleinement  l'èpithète  de  4  vœllig  umgearbeitet  *  ;  les  deux  ouvrages 
ont  en  outre  cela  de  commun  qu'on  en  réimprime  le  commen cernent  avant  que 
ta  lia  ait  paru.  La  première  partie  du  Roland  de  M.  Th.  Mijller  avait  paru  il 
y  a  quinze  aos^  l'auteur  y  annonçait,  comme  dan^  celle-ci,  que  la  seconde 
partie,  contenant  les  notes  explicatives  et  le  glossaire,  serait  publiée  «  irès-pro- 
chainemenl.  •  Nous  espérons  que  celte  fois  le  savant  éditeur  ne  laissera  pas 
s'écouter  assez  de  temps  entre  l'impressloD  du  texte  et  celte  du  commentaire 
pour  ne  plus  être  satisfait  du  premier  et  sentir  le  besoin  de  Je  retire.  Nous 
examinerons  à  loisir  la  nouvelle  édition,  qui  marque  une  phase  nouvelle  dans 
l'histoire  de  la  Chanson  Je  Roland,  comme  avait  déjà  fait  l'édition  de  i86j. 

Utbtr  du  aU  tchl  nachn-àibaren  Aisonanun  da  Chanson  de  Roland.  Ein  Bei- 
trag  zur  Kenntniss  des  altfranzœsiscbea  Vocalismus,  von  Adolf  Rakbbau 
(Dissertation  du  docteur  de  Marbourg),  in*S%  ;8  p.  —  L'auteur  ne  nous 
donne  ici  que  l'iotroduclton  et  les  résultats  de  son  travail,  qui  parait  fort 
intéressant  ;  nous  en  parlerons  quand  il  aura  paru  plus  complet. 

Etadc  philologique  de  la  langue  jrançaise,  ou  grammaire  comparée  et  basée  sur 
le  latin,  par  J.  Babtih.  Première  partie.  Saint-Pétersbourg]  in*8%  jja  p. 

Veniom  aordiques  da  fahliau  français  le  Mantel  maulailU.  Textes  et  notes  par 
C.  Cbi>brschiielu  et  F.-A.  Wulpp,  Lund  et  Paris,  Nilsson,  10-4*,  loj  p. 
—  M.  Wuiff,  qui  a  fait  ta  partie  française  de  cette  publication,  annonce  une 
prochaine  édition  critique  du  hUniel  mautailU^  <\\i\  nous  donnera  l'occasion 
d'y  revenir. 

Lt  Passe-temps  Michaaltf  fransk  dïkt  fran  det  femtonde  arhundradet,  efter  tvenne 
handslcrifter  i  kongl.  bibliotbeket  i  Stockholm  fœr  fœrsta  gangen  uigifven  ... 
af  Teodor  MALunEHn.  Upsala,  in-8»,  128  p. 

Ch\  di(c  ifuel  che  vuolc  uJirà  quel  che  non  vaoUy  Risposte  di  G.  Pitre  e  S.  Sai/)- 
kuhe-Mauno  ad  un  opuscolo  che  porta  îl  nome  délia  signora  Giuseppina 
Vigo-Pennisi,  Palermo,  in-8'*,4i  p.  —  Réponse  véhémente  i  la  brochure  dont 
nous  avons  dit  deux  mots  (VI,  6^6).  Les  deux  écrivains  de  Palerme  repous- 
sent, les  textes  en  main,  les  accusations  portées  contre  eux  et  en  intentent  à 
leur  tour  contre  M.  Vigo,  qu'ils  regardent  comme  le  seul  auteur  de  l'opus- 
cule publié  sous  le  nom  de  sa  belle-6lle. 

Prima  cntiia  ai  Critici  G.  Pitri  c  S.  Sa hmonc' Marina,  pcr  C.  Chochbiti.  Acireale, 
irnSo,  18  p.  —  Suite  d'une  polémique  qui  prend  un  caractère  de  plus  en  plus 
personnel . 

Stotii  popolari  ut  potsia  siciltana,  riprodotte  sulle  stampe  de'  sccoli  XVI, 
XVII  e  XVIII,  con  note  e  raffronti,  da  S.  Salohone-Marino.  Bologna, 
Garagnani,  in-8*,  186  p.  —  Cette  collection,  intéressante  k  plusieurs  points 
de  vue,  est  un  tirage  i  part  du  Propagna(ore. 

Lu  Enfaniuus  du  bon  pays  de  France...  recueillies  par  Ph.  Kuhpp.  Paris,  San- 
doz,  in-12,  J92  p.  —  Recueil  dont  l'idée  est  excellente,  dont  l'exécution 
laisse  i  désirer. 

Vom  Verwànschtn.  Von  Adolf  Tudler  (Extrait  du  Recueil  de  mémoires  philo- 


l6o  CHRONIQUE 

logiques  présenti  A  M.  Th.  Momtnsen  à  l'occasion  de  son  julrifê  doctoral).  — 
Recueil  fort  piquant  de  divers  genres  de  malédictions,  imprécations,  etc^ 
rassemblées  dans  l'ancienne  poésie  française,  et  éclaircies  avec  la  pénéuation 
habituelle  de  l'auteur.  Il  pense  que  cette  collection  «  peut  servir  à  montrer 
qu'il  n'est  pas  prudent  d'agacer  les  Français  sans  nécessité,  —  surtout  peut- 
être  quand  on  a  au  fond  les  meilleures  intentions  à  leur  égard.  * 

Les  Prophhis  du  Christ,  Étude  sur  les  origines  du  théâtre  au  moyen  âge,  par 
M.  Sepet.  Paris,  Didier,  in-8*,  rga  p.  —  C'est,  —  bien  que  le  volume  n'en 
fasse  nulle  mention,  —  le  tirage  à  part  de  divers  articles  publiés  dans  la 
Bihiiotlù^ue  Je  t'EcoUdes  chants,  cf.  ci-dessus,  p.  147. 

Le  drame  ckrititn  au  moyen  dge^  par  M.  Sepet.  Paris,  Didier.,  in-12,  xij-a96 
p.  —  Beproduction,  avec  quelques  notes  ajoutées,  d'articles  publiés  dans 
VUnion,  le  Polybibhan  et  la  Revue  du  Monde  catholique. 

Canti  popolan  tstnam,  raccolti  a  Kovigno  ed  annolati  da  Antonio  Ivb.  Turin, 
Loescher,  in-12,  xxxii)-jSj  p.  (plus  trois  p.  de  musique).  —  Ce  très-mtéres- 
sant  volume  est  le  cinquième  de  la  collection  des  Cantt  c  Racconti  Jet  popoh 
italiano  publiés  sous  la  direction  de  MM.  Comparetti  et  d*Ancona.  Le  pre- 
mier, dont  nous  avons  rendu  compte  ici  (I,  2^^),  comprend  les  chants  i>opu- 
laires  de  Moniferrat  ;  les  t.  II  et  111  sont  consacrés  aux  Canti  délit  pronncu 
merxdionalt,  recueillis  par  MM.  Casetli  et  Imbriani,  le  t.  IV,  dû  â  M.  Gianan- 
drea,  renferme  les  chants  populaires  de  la  Marche;  enfin  le  sixième,  paru 
avant  le  cinquième,  est  la  première  partie  du  recueil  des  NovelUne  popolari 
ilatiane;  M,  Comparetti,  qui  l'a  publié,  nous  promet  un  commentaire  qu'on 
attend  naturellement  avec  impatience. 

La  Potsia  popotart  tialia/hi.  Studj  di  Alessandro  d'Ancona.  Livorno,  Vigo,  in- 
12,  XII-476  p.  —  Nous  reviendrons  en  détail  sur  ce  livre  important. 

La  Prise  de  DamulU  en  1219,  relation  inédite  en  provençal*  publiée  et  commentée 
par  Paul  Meybb.  Paris,  libr.  Franck.  —  Extrait  tiré  i  cent  exemplaires,  dont 
cinquante  mb  dans  te  commerce,  de  la  Bibtiotkhjue  de  l'Ecole  des  charla^ 
l.  XXXVm,  p.  497S7»-         

ERRATA. 

Lai  de  l'Êpervier,  v.  89  (ci-dessus,  p.  ()  :  lors,  lisez  ior. 

P.  9,  I.  26  :  iû^  lisez  te. 

P.  ij»  1.  7,  suppr.  l'appel  de  note  *. 

P.  1%  I.  6  des  notes,  ajoutez  une  parenthèse  après  1742. 

Tai  encore  un  mot  â  dire  au  sujet  des  1,700,000  dochers,  ci-dessus 
p.  104.  —  C'est  Jean  Bouchel,  dans  son  Panegjric  du  chevallier  sans  reproche 
(Poitiers  1^27,(01.  c&),  qui  attribue  i  Jacques  Cœur  le  calcul  de  1,700,000 
clochers;  voy.  Vallel  de  Viriville,  Hitt.  de  Charles  VU,  III,  joi,  qui  cite  un 
autre  texte  encore,  dans  Camusal,  Meslangcs  histonquts^  Troycs,  1644,  fol. 
6î-j.  —  P.  M. 

Le  propriétairi^girant  :  F.  VIEWEG. 


(mprimrrie  Gouverneur,  G.  Daupeley  i  Nogcat-le-Rotrou, 


LA    LÉGENDE 


DE  GIRART  DE  ROUSSILLON, 


!.  —  Lk  diverses  (ormes  de  la  légende  de  Girart  de  Rousulton.  —  La  Vie 
latine  ,  manuscrits;  ancienne  traduction. 


La  légende  de  Girart  de  Roussillon  nous  est  parvenue  sous  quatre 
formes  distinctes  : 

r  Une  Vie  latine  écrite  à  la  fin  du  xi'  siècle  ou  au  commencement  du 

XJK. 

a"*  Une  chanson  de  geste  récrite  en  vers  rimes  dans  la  seconde  moitié 
du  jcii'  siècle,  d'après  un  poème  bourguignon  de  ta  fin  du  W  siècle,  par 
un  rimeur  qui  était  originaire  du  sud  de  la  Bourgogne.  Cette  chanson  est 
généralement  considérée  comme  provençale  par  suite  de  cette  circons- 
tance toute  fortuite  que  te  ms.  d'après  lequel  elle  a  été  publiée  a  été 
exécuté  dans  un  pays  de  langue  d'oc,  en  Périgord. 

jo  Un  poëme  français  composé  entre  i  jîo  et  1 348  pour  Eudes  IV, 
comte  de  Bourgogne,  et  Jeanne  de  Bourgogne,  femme  de  Philippe  de 
Valois. 

4**  Un  roman  en  prose  composé  en  1447  par  Jean  Vauquelin  pour  le 
duc  de  Bourgogne,  Philippe  le  Bon. 

^*  Un  abrégé  de  ce  roman,  imprimé  deux  fois:  à  Lyon  après  i(oo,et 
à  Paris  en  1520. 

Personne  n*a  jusqu'à  présent  embrassé  ces  différents  monuments  de 
la  légende  de  Girart  dans  une  élude  comparative.  Ceux  qui,  avec  plus 
ou  moins  de  critique,  ont  étudié  cette  légende,  n*ont  pris  en  considéra- 
tion que  les  trois  documents  les  plus  récents,  et  ne  se  sont  nullement 
souciés  d'en  examiner  la  composition.  Ils  ne  se  sont  pas  aperçus  que  ces 
trois  documents  n'ont  presque  aucune  originalité,  ayant  été  formés  par 
une  compilation  arbitraire  d'éléments  empruntés  aux  deux  premiers 
AofflMid,  vu  1 1 


|62  p.  MSYBR 

textes.  Le  poème  du  xi>r  siècle  a  pour  sources  principales  la  Vie  latine 
et  la  chanson  du  xii*  siècle.  Le  roman  en  prose  de  1447  a  pour  sources 
la  même  vie  latine  et  le  poëme  du  xiV  siècle.  Quant  à  l'abrégé  imprimé 
de  ce  roman,  il  est  bien  clair  qu'il  ne  saurait  avoir  aucune  valeur  origi- 
nale. Par  conséquent,  tout  ce  qui  a  été  écrit  sur  la  légende  de  Girart  de 
Koussillon  jusqu'à  ce  jour  manque  entièrement  de  base. 

Les  bases  de  toutes  recherches  sur  cette  légende  doivent  être  cher- 
chées dans  la  Vie  latine,  dans  la  chanson  du  xir  siècle  et  dans  quelques 
mentions  éparses  en  diverses  compositions  du  moyen  âge. 

On  conçoit  que  la  chanson,  malgré  son  évidente  importance,  ait  été 
quelque  peu  négligée.  Les  deux  éditions  qu'on  en  possède,  celle  de 
M.  C.  Hoffmann  et  celle  de  M.  Fr.  Michel  reproduisent  avec  plus  ou 
moins  de  6déUté  un  ms.  incomplet  du  début  et  qui  fourmille  d'incorrec- 
tions de  tout  genre.  L'usage  en  est  donc  fort  difficile.  Mais  la  vie  latine, 
que  recommande  son  ancienneté,  était  d'un  abord  plus  aisé.  A  défaut  du 
texte  latin,  signalé  pour  la  première  fois  en  1867,  on  pouvait  du  moins 
faire  usage  d'une  ancienne  traduction  française  connue  depuis  bien  plus 
longtemps  ■,  et  qui  aurait  pu  rendre  les  mêmes  services  que  l'original. 

Reprenant  aujourd'hui  des  études  commencées  il  y  a  vingt  ans  avec 
plus  de  zèle  que  d'expérience  ',  je  vais  publier  le  texte  latin  et  l'ancienne 
traduction  française  de  ta  Vie  de  Girart  de  Roussillon,  et  tout  d'abord 
j'analyserai  ce  document  et  )*en  étudierai  la  composition. 

La  Vita  nobilissimi  comitis  Girardi  de  Rossellon  est  le  second  article 
d'un  recueil  factice  enregistré  â  la  Bibliothèque  nationale  sous  le 
n"  I  ^090  du  fonds  latin,  etayant  fait  partiejusque  vers  1S6;  decequ'on 
appelait  le  résidu  du  fonds  de  Saint-Germain-des-Prés  ».  Les  morceaux 
dont  il  se  compose  sont  des  fragments  de  mss.  recueillis  par  les  béné- 
dictins en  divers  lieux.  Celui  qui  contient  la  Vie  de  Girart  est  un  cahier 
arraché  d'un  livre  de  vies  de  Saints.  Il  se  compose  de  six  feuillets  ayant 
376  mill.  sur  310.  L'écriture  appartient  aux  premières  années  du 
XIII"  siècle.  A  la  fin,  on  Lit  ces  mots  écrits  au  xvi'  siècle  :  Ex  Cistcrciensi 
monasterio. 

Je  ne  connais  pas  d'autre  ms.  du  texte  latin.  Il  en  existe  peut-être  un, 
d'une  date  plus  récente,  en  quelque  bibtiotlièque  de  Belgique.  En  effet,  les 
bénédictins  signalent  dans  leur  Voyage  littéraire  (II,  206)  parmi  les  mss.  de 


I.  M.  P.  Paris  \i  cite  dans  ses  Manajcuts  françois,  Vï,  104-7. 

3.  Etttdeî  sur  la  chanson  dt  Girart  Je  Rojsitlon,  dans  la  Bibltothiaue  de  l'EccU 
du  tharus^  \,  W,  ji.6K.  Cet  e&sai,  qoi  fut  publié  à  la  fin  de  l'année  1860, 
avait  éié  composé  en  18^8  et  18(9. 

j.  Ce  recueil  a  été  décrit  en  1867  par  M.  Detisie  dans  son  hircntairedes  mss. 
lattns  di  Sûiia-Gtrmain-dts-Pris  [BibUolh.  di  CEcoU  des  chartcSy  6^  III,  ii4. 
Tirage  1  part,  Paris  1S68). 


LA    LÉGENDE    DE   GIRART    DE    ROUSStLLON  \6^ 

l'abbaye  de  Rouge-Cloltre,  non  loin  de  Bruxelles,  un  recueil  de  légendes 
qu'ils  appellent  NovaU  sanctorum,  et  qui,  d'après  son  contenu,  doit  avoir 
été  exécuté  au  xv*  siècle.  Il  s'y  trouvait  une  Vila  Ceiardi  de  Rossilon, 
dont  ils  rapportent  l'extrait  suivant,  qui  est  conforme,  sauf  que  le  texte 
en  est  fort  incorrect,  aux  S^  21 3-221  de  la  Vie  latine  ci-après  publiée  : 

Ravardus  prcsal  quondam  Liogonicus^  de  stirpe  comitum  Corolensium  et 
sopercilio  honoris  eUtus,  ent  xcduIus  Pultariensis  ]ibertatis,quonram  in  eodem 
nonasterio  sicut  in  aJiis  sus  diœceseos  efficere  nequibat.  Undeaggregatis  comi- 
tibos  suis,  dolose  ingrcdnur  villam,  ac  ilta  repente  crudeliter  spoliata,  cœno- 
btum  omne  voraci  flamma  concremat.  Quapropter  Romam  evocatas,  pro  pia- 
culo  tanti  facinoris  baculi  honore  viduatur  ;  sed  tandem,  mîseratione  ipsius 
abbatis  et  precibus  impetrata  venia,  prislino  honori  restituitar,  et  illi  pro  res- 
tauratione  ecclesiae  multa  largitur  munera,  et  annuos  reditus  condonat. 

J'ai  dit  plus  haut  que  l'auteur  du  poème  du  xiv"  siècle,  et  Jean  Vau- 
quelin,  cent  ans  plus  plus  tard,  avaient  l'un  et  l'autre  fait  usage  de  la 
Vie  latine.  Mais  antérieurement,  vers  le  milieu  ou  la  fm  du  xui"  siècle, 
elle  avait  été  mise  en  français.  Le  seul  ms.  où  j'aie  rencontré  cette 
traduction  est  le  ms.  i  J496  (anc.  suppl.  fr.  652s)  du  fonds  français  de 
la  Bibliothèque  nationale,  exécuté  en  Bourgogne  vers  la  fin  du  xiii*  siècle 
et  composé  de  30$  fieuîllcts,  de  256  miU.  sur  170.  C'est  un  recueil  de 
vies  de  saints  traduites  en  prose,  dont  voici  la  liste  : 


Saint  Paul  et  Saint  Denis,  fol.  179; 

Saint  Ladre,  fol.  197; 

Girart  de  Kouuillon,  fol.  217; 

Saint  Grégoire,  fol.  259  ; 

Saint  Gérôme,  fol.  24s  v' ; 

Saint  Brandan,  foi.  248  ; 

Saint  Forsin,  fol.  259; 

Saint  Benoît,  fol.  264; 

Saint  Silvestre,  fol.  283. 

LepurgatoiredeSaintHatrice,fol.  298. 


Saint  Jolien,  fol.  1  ; 

Satm  Cucufat,  fol.  tj: 

Sainte  Catherine,  fol.  18; 

Siinle  Eufrasie,  fol.  26  v*  ; 

Sainte  Julienne,  fol.  36  v*  ; 

Sainte  Luce,  fol.  39  v*  ; 

Saint  Bernard,  fol.  42  ; 

Sainte  Marie  Madeleine,  fol.  131  ; 

Sainte  Ntarthe,  fol.  146; 

Sainte  Marie  l'Egyptienne,  fol.  118; 

Sainte  Elisabeth,  fol.  1  j)  ; 

Plusieurs  feuillets  ont  été  laissés  en  blanc;  sur  l'un  d'entre  eux  (212 
Y*)  a  été  peint  au  xv*  siècle  l'écu  bandé  d'or  et  d'azur  à  la  bordure  de 
gueules,  de  Bourgogne  ancien,  au-dessous  duquel  est  appendu  l'écu 
d'azur  Â  la  croix  patriarchale  ancrée,  d'argent,  de  l'hâpiul  du  Saint- 
Esprit  de  Dijon.  Sur  la  page  opposée  ifol.  213  r^'t  est  écrite  une  note 
relative  à  la  fondation  de  cet  hôpital.  Le  verso  du  fol.  213  est  de  même 
occupé  par  l'écu  de  Philippe  le  Bon,  duc  de  Bourgogne,  au-dessous 
duquel  sont  encore  une  fois  appendues  les  armes  de  l'hôpital  du  Saint- 
Esprit.  Sur  la  page  en  face  on  a  inscrit  le  début  d'une  fondation  faite 
par  Philippe  le  Bon  dans  ledit  hôpital. 


I 

I 


A  U  smte  de  la  Vie  de  Ginrt  vieoi  wnnuSliaffTDcnt,  sans  rubrique,  le 
récit  doublement  apocryphe  de  renièremen!  sabreptice  du  corps  de 
sainte  Marie  MaddeiDe  et  de  sa  trambaon  à  Vexelai  par  le  moine  &a- 
diloT),  envoyé  à  cet  efiet  en  ProrcBce  par  Gitan  de  RoossiUon.  C'est  un 
récit  qui  a  été  copié  ei  iradok  mmaogi  fais  aa  moyen  âge,  et  sur  lequel 
ie  présenterai  quelques  observacions  dans  «a  appoidice  placé  à  la  suite 
de  ce  mémoire. 

Dans  la  traduction  de  la  Vie  de  Girart  que  nous  présente  ce  ms.,  les 
rubriques  ont  dû  être  placées  originairesacat  aux  mêmes  endroits  que 
dans  le  texte  latin,  nuis  les  premières  seulement,  jusqu'au  fol.  22 1  by  ont 
été  écrites  par  le  rubricaieur.  Puis,  à  partir  du  fol.  22  j  c,  elles  sont 
placées,  d'une  écriture  très-6ne,  tout  en  bas  des  pages,  comme  indica- 
tion au  nibricateur,  et  ont  été  plus  d*une  fois  entamées  par  le  couteau 
du  relieur.  Je  les  ai,  autant  que  j'ai  pu  les  lire,  replacées  dans  le  texte. 

Cetu  traduction  est  extrêmement  littérale,  et  partout  le  style  en  est 
lourd  et  pénible  autant  que  celui  de  l'ancienne  traduction  wallonne  de 
Saint  Grégoire.  Elle  n'est  pas  non  plus  exempte  de  contre-sens  dont 
plusieurs  viennent  d'une  mauvaise  lecture  du  texte  latin'.  En  somme 
ce  n'est  pas  un  travail  fait  avec  beaucoup  d'intelligence.  Mais  par  cela 
même  que  la  version  est  une  sorte  de  mot  à  mot.  elle  nous  aide  en  plus 
d'un  cas  à  restituer  le  texte  latin  dont  l'unique  ms.  connu  n'est  pas 
toujours  correct. 

Le  iraduaeur  et  le  copiste  étaient  indubitablement  bourguignons.  Par 
suite  le  texte  que  je  lire  du  ms.  1  )496  n'est  pas  sans  intérêt  pour  l'étude 
du  dialecte  de  U  Bourgogne.  Je  voudras  grouper  ici  les  caractères 
linguistiques  de  ce  texte,  ainsi  que  je  l'ai  fait  récemment  dans  ce 
même  recueil  pour  un  ms.  bourguignon  du  Musée  britannique,  mais  je 
ne  puis  m'anêter  en  ce  moment  à  des  détails  aussi  accessoires,  et  je 
passe  outre. 

11.  —  Analyse  de  la  Vie  latine. 

Ces  préliminaires  expédiés,  nous  allons  maintenant  entrer  dans  l'étude 
du  document,<t  d'abord  en  faire  connaître  le  contenu. 

i.  Bien  que  les  faits  du  trto-ooble  comte  Girarl  de  Rosselloo  soient  répandus 
en  tous  lieux  par  U  renommée,  l'auteur  ne  croit  pas  inutile  de  faire  un  précis 
de  ce  qu'il  tient  de  la  tradition,  en  laissant  de  côté  le  récit  des  guerres  par  les- 
quelles Girart  s'est  illusué.  Girart,  au  rapport  des  Chroniques,  vécut  sousquatrc 
rois  :  Charlemagne,  Louis  son  fils  (f  840),  Charles  le  Chauve  (+  876),  Louis, 
fils  de  celui-ci  (Louis  le  Bègue,  t  879).  4-  H  ^^^^  ""^^  d'Avignon,  son  père 


I 


LA    LËGENDE    OE   GIRART    DE    R0USS1LL0N  165 

était  le  comte  Drogon.  Eloge  de  sa  piété;  ses  qualités  physiques;  étendue  de 
^es  possessions.  7.  ]t  épouse  Berte,  fille  de  Hugues,  comte  de  Sens;  Charles 
le  Chauve  épouse  Eloyse,  sa*ur  cadette  de  Berte.  A  la  mort  des  parents  de  ces 
deux  femmes,  ane  guerre  2  lieu  entre  Charles  et  Girart,  chacun  prétendant 
avoir  droit  à  l'héritage.  Le  roi  chasse  du  royaume  Girart,  qui.  réduit  à  se 
cacher,  exerce  pendant  sept  ans,  par  esprit  de  pénitence,  le  métier  de 
cbarfaonnier.  tandis  que  sa  femme  s'est  faite  couturière.  19.  Au  bout  de  ce 
temps,  une  veille  de  Pentecôte,  Girart  et  sa  femme  se  présentent  en  habit  de 
pèlerin  A  la  reine,  qui  les  reconnaît,  et  bientôt  réussit  k  rétablir  la  paix  et 
l'amitié  entre  le  roi  et  Girart.  j  1 .  Girart  et  sa  femme  se  livrent  Â  la  pratique 
des  bonnes  œuvres,  ;4.  Mais  bientôt  le  roi,  excité  par  de  mauvais  conseillers, 
cherche  une  querelle  i  Girart.  44.  Girart,  suivant  le  conseil  d'un  sage  vieillard 
de  53  cour,  envoie  au  roi  un  messager  chargé  de  paroles  de  paix.  Ce  messager 
est  repoussé  injurieusement.  Girart  en  envoie  un  second  sans  plus  de  succès. 
J4.  La  bataille  a  lieu  à-jour  convenu,  et  le  rot  ta  perd.  Girart,  toujours  magna- 
oime,  défend  de  le  poursuivre.  6r.  Le  roi  tente  de  réparer  sa  perte  par  une 
noovelle  bataille.  Avant  d'en  venir  aux  mains,  Girart  offre,  comme  précédem- 
ment, de  faire  droit,  mais  ses  propositions  ne  sont  pas  agréées.  La  guerre 
recommença  terrible,  et  selon  la  rumeur  populaire  il  n'y  eut  pas  moins  de 
douze  ou  treize  batailles  entre  eux,  le  roi  étant  finalement  obligé  de  se  réiugier 
daiu  Paris.  68.  Là,  tandis  qu'il  cherchait  les  moyens  de  continuer  ta  lutte,  un 
ange  lui  apparaît  qui  lui  enjoint  de  faire  la  paix  avec  Girart.  Le  roi  adresse 
alors  à  son  adversaire  des  propositions  que  celui-ci  s'empresse  d'accepter. 
Depuis  lorsla  paix  ne  fut  plus  troublée  entre  eux. 

7j.  Girart  eut  de  Berte,  son  épouse,  deux  enfants,  qui  moururent  avant 
leurs  parents.  Après  cette  perte,  Girart  et  sa  femme  se  livrèrent  avec  plus  d'ar- 
deur que  jamais  i  l'accomplissement  des  œuvres  pies.  Ils  firent  construire  en 
l'honneur  des  douze  apôtres  douze  monastères,  dont  chacun  contenait  douze 
moines  Les  deux  plus  illustres  furent  celui  de  Vezelai  et  celui  de  Polhières, 
ne  relevant  que  de  Rome.  8).  Miracles  qui  s'accomplissent  pendant  laçons- 
tnictton  de  chacune  de  ces  abbayes,  loa.  Description  du  lieu  où  est  située 
l'abbaye  de  Pothières  et  du  mont  Laçois  qui  est  \oisin.  Sur  ce  mont  était 
autrefois  une  ville^  comme  l'attestent  des  ruines  importantes.  Les  Vandales  la 
tinrent  sept  ans  assiégée.  Au  bout  de  ce  temps,  les  habitants,  manquant  de  vivres, 
songeaient  à  se  rendre,  lorsqu'ils  réusslssentà  tromper  leurs  ennemis  par  l'emploî 
d'un  stratagème  qui  consiste  i  laisser  tomber  aux  mains  de  l'ennemi  un  |eune 
taureau  nourri  abondamment  du  peu  de  froment  qui  restait  dans  la  ville.  Les 
Vandales  prennent  te  taureau,  l'ouvrent,  et  le  voyant  plein  de  froment,  s'iraa- 
eot  que  les  assiégés  ont  encore  des  vivres  en  at>ondance,  et  lèvent  le  siège. 

riais  les  habitants  se  mettent  imprudemment  à  leur  poursuite  ;  les  Vandales 
leur  résistent,  les  mettent  en  déroute,  et  rentrent  avec  eux  dans  la  ville  qu'ils 
rament  de  fond  en  comble.  Ensuite  la  division  se  mit  parmi  les  Vandales,  et 
ils  *e  détruisirent  les  uns  les  autres.  121.  La  ville  fut  rebâtie  plus  lard,  mais 
sans  atteindre  à  l'importance  qu'elle  avait  eue  jadis.  Elle  reçut  le  nom  de 
Roussilton.  Etymologies  diverses  de  ce  nom.  C'est  près  de  li  qu'est  situé  le 

monastère  de  Pothières  (<  Palttrias^  quasi  pulverem  terens  ■!. 


i66 

reHe  s'àuuc  éievée  ^»  e  -9  s  I^înr, 

la  Rufé  (f  3a  9rti«  m  m  3  aesK  ;k  s -Bus  b.  i  ^einx  m  s 
!«*  *opéBt  #  isUix  ^— ^ tr  1.       -    ?^  ^  iŒ.  X  «rancai 

i  a  3«int  ne  s  am-e  sn  aur  ar  as*  -=■£=  "^-acaBj  xnik  3^ 

sunc  Iv  uiEf  .«a:.   ^  'Kk.  kvbbsx:  a.  x  iza^ftaK'ieji^vteD 
.'^  ie  XB  vrade  3ar  xsKtr  ts  soKSBiEHx:  x  "Krc 

>    Kiaos  J — uuiÎL  a  a^r  k  lîfs^    cr:   ^^^pf  

THMCxa  lar  £  se  sder^  2  ?Ubêis.  lïar  -Mimr  1  1iiij,ihm.  fti^ 

se  âs^  TrmBBva-Tsr  jsm  zars.  i  r  uljss.  Â  ;z  i  •'  :tt  saBw  mpas  ie 
:Sn  2)e  sn  rMOK.  .in  "â*-»*-  si  r  '^»"^«-  jggs.  iz  nst .  e  omnie  —if 
azaereiBeic  ^btbt  e  sotie.  Zn  e  |sn&.  ^  ^g  ^tsx  l^iea  ir  aaraitre  a» 
K  2  me  a.  nffrrrrmff  si  2bze  Tisaar  ss  ^  in  iMiiii** 

'  TZl   SHx  3SC  ^— **    '  -lim    ^  'E.'t  ^B  3EÎI1II£^  2  ,C9  miÉDIB 
TISIC    Al   VDBÏ  '   ^K    ^^UICC    .«S   Sl&nnC  3S    f^Tp  ]£  ttQff 

e  ansB^t  x  nr  r^szesx;.  s  .n  3ff  "^"n«iifTT 
Z«  z  sQOe  aor^  à  rtdiBuaiar  le  3snr  i  ^k 
^  silmsi^^EL  .  3*  1  ^s  .muLJS  y^  'iwiititF*it|' 

;  JtSr  m  IMOC   SBS   C  rCEX  9  1  ^^5T   ISS  .  'Hf  '  Mit  JB.  "Ilin 


IL  —  1^  .  ■■■■m.miB  ie  X  V:e 

ai  çBiitn.  stçd  asBpi. 

a  Vîe  ie  Gint. 

t>arT<uc  SanrtfHSŒK  »«■  ^^■■*'**"  -i  ^nrt  ic  :suhu  de  sanaa6.  et 
jTTcr  -  '^ï«»u*  -."î  •^cjBTïs»  .sa  ac  sarôatL  ie  ponéderan  tn»- 
-trcw  J^  tm^fr-uT.  .ïm.îMr?  -»  jdems.  le  bat  eff  si  évkfait  <çk  ce 
sp>^  tar  nuir  '««iw:^-:^  «eht  OŒ  prâendre  le  Ini iÉi«fler. 
.-«.:*  >t  "«irt-  »M»  3«nae9t  jue  -rest  i  Pothiires,  pv  h 
^r  .'»»  «,nî*  -«  -DufKfws  ^4  «  scTtc  cstï  légcndc.  L'analy» 
,,  »^>«'  >*"K  ^*  i^érttw»-  f  «-'  -ai  jroiKst  Noos  avons  doac 
^■^  - ..  j;.».  w.-*ï-  »*iiié»a»tio»  Jii  je»  Itaes  iouées  de  sensibffité 
>..,.^  --  ^.^  ^    w^^«%.    vM-4  çflW^îB^JBiapêtênKTeetdeh 

^ ■^■^■.    ^  .^*,   5,**s    »•  .**.'s**  *  ïwraâ  iiMonsdent  de  llmagi- 

^^        ^^.„    ^^^  ,*.v   X  -^«N!•r  »  PeoMnait  me  cmpdatk» 
,w--v     'Wt N    -v*-***  ^  ^**'««  xnwrBKtwfw,  cbaôà  et 


LA    LÉGENDE    DE   CIRART    DE    ROUSSILLON  167 

En  ijad  temps  ?  Il  n'est  pas  difficile  non  plus  de  déterminer  approxi- 
mativement l'époque  où  la  Vie  a  été  écrite.  On  y  trouve  aux  §§  2J4  et 
suivants  le  récit  d'un  miracle  qui  aurait  été  accompli  <  modernis  tempo- 
ribus  j*.  1  Ce  que  nous  avons  vu  de  nos  yeux,  r>  dit  l'auteur,  «  nous  ne 
voulons  pas  le  taire.  »  Ce  miracle  se  serait  accompli  sous  le  pontificat 
d'Alexandre  II,  sous  le  règne  de  Philippe,  roi  de  France,  Humbert  étant 
abbé  de  Pothières.  Alexandre  II  occupa  le  Saint  Siège  de  1061  à  I07;{, 
Philippe  fut  roi  de  1060  à  1 108,  et  l'existence  de  Humbert  est  constatée 
en  107$,  mais  il  était  sans  doute  en  fonctions  avant  cette  époque,  car 
son  prédécesseur  Amoldus  ou  Amaldus  n'est  mentionné  qu'en  1049  et 
10^9*.  La  date  du  miracle  est  donc  107)  au  plus  tard,  et  par  suite  on 
peut  affirmer  que  l'écrit  où  ce  miracle  est  raconté  par  un  témoin  oculaire, 
ou  se  prétendant  tel,  ne  peut  être  plus  récent  que  les  dernières  années 
du  XI*  siècle  ou  les  premières  du  xii*. 

A  l*aidi  dt  ijut'U  éléments?  Ici  la  recherche  devient  plus  délicate  et 
nous  ne  pouvons  pas  espérer  découvrir  tous  les  éléments  dont  notre 
hagiographe  a  fait  usage.  Néanmoins  j'ai  lieu  de  croire  qu'on  en  peut 
déterminer  les  principaux.  On  verra  que  les  résultats  qu'on  peut  obtenir 
sont,  bien  qu'incomplets,  d'une  grande  importance  pour  l'histoire  de  la 
légende  de  Girart  de  Roussillon  en  général,  et,  plus  particulièrement, 
pour  celle  de  la  chanson  bourguignonne  du  xii'  siècle. 

Il  faut  prendre  pour  point  de  départ  de  notre  recherche  les  résultats 
déjà  acquis,  à  savoir  que  l'auteur  était  un  moine  de  Pothières  écrivant 
à  la  fin  du  xi*  siècle  ou,  au  plus  tard,  dans  les  premières  années  du  xit", 
et  désireux  de  donner  le  renom  de  sainteté  à  Giran,  le  fondateur  de  l'ab- 
baye. Il  y  avait  donc  à  ce  renom  de  sainteté  un  commencement  de  tradi- 
tion. On  savait,  ou  on  croyait  savoir  à  Pothières,  que  Girart  était  mort 
i  Avignon  (§  1 70)  ;  que  son  corps  n'avait  été  transporté  à  Pothières 
qu'après  plusieurs  années,  que  cette  translation,  conforme  au  désir  du 
mourant,  n'avait  eu  lieu  qu'après  que  Dieu  eut  manifesté,  par  des  signes 
merveilleux,  son  irritation  contre  ceux  qui  gardaient  induement  le  corps 
du  défunt  (§5  185  et  suiv.).  Déplus,  la  croyance  populaire  attribuait 
aux  mérites  de  Girart  plusieurs  cures  miraculeuses,  non  pas  très-nom- 
breuses peut-être  :  l'auteur  a  soin  de  s'excuser  (§  19^)  du  peu  qu'il 
raconte  sur  ce  que  le  récit  d'autres  miracles  aurait  été  détruit  dans  un 
incendie;  peu  ou  beaucoup,  notre  auteur  avait  à  sa  disposition  un  cer- 
tain nombre  de  miracles.  Tel  a  été,  ici  comme  pour  beaucoup  d'autres 
vies  de  saints,  son  premier  élément.  Mais  il  n'y  avait  pas  là  les  données 
d'une  biographie.  Ces  données  ont  été  fournies  :  r  par  la  charte  de 
fondation  des  monastères  de  Pothières  et  de  Vézelai  ;  2"  par  une  chan- 


t.Cali  christ-,  IV,  72c. 


I lacune  ée^mimm  ds  aenasiem  de  Poâîerei  a  de  Vëzc^û 
BK  le  dOot  de  h  CkMqK  de  Véidâ.  CBe  1  AépabSée,  avec  «ne 
pvd'AcheiyqB  fi  aon  impcisée  das  les  ooiesdeson 
ideCiribeRdeNaseM'.  M.  Qaaâa  1^  coaprâe  dm  son  Car- 
tgfwiftJétPTmat,  1,  r  ma, 
Genecfane  ■'tttpasdiiée,  ■aiBiciBiedD«BéfDeCiran(oaGcnrt, 
car  les  cfancs  portea  Goanfa)  ne  kn^K  lenre  an  paipe  Niooln  I, 
rcbtncBMatataaeBeftMdMÎDB^ef  coBnvée  ans  ptr  b  C]tfinii|ue 
deVéa^i.  Elleendiiéede86;  : 

Dou  m  mÊammmùa^mm  imiimii  tertio,  rq^nle gkrmissiBo  et  sen- 

■SSÎBB  V^C  Cl  dOMMO  BUSlTU  CinMi. 

Nom  hagni^pbe  a  coona  b  ^atiuièift  au  noios  de  ces  deux  pièces, 
ilesdcaz.  Il  en  a  lire  noo-ieideiDeia  k  noa  de  aes  béros.  Girart  et 
Bertt,  mais  eacore  ks  nom  éa  pfire  de  ccBc-d  et  ia  nouon 
da  teMps  où  vînit  Giran.  Seloo  kà  Giran  ainaâ  reçu  soos  qiutre  rois  : 
La«b  le  Pieax,  Chartes  le  Chauve,  Lous  le  Bègue  ig  }). 
Or,  Ginct  s'eximne  aàaaà  dam  Tacte  de  inndatinn  : 

Neo  JBMfnrf!  eleini  smos  eoraa  dra  nos  bcwiulfto  ipsorva,  id  est 
daaài  scMorê  Ladevid  Aagnb,  ladiUi  doaiaz  et  regiu,  CaroU  filii  ipsonim, 
sifldrtcr  doaisi  et  seniom,  qvi  aime  sopercst  regiuas. 

Charlemagne  et  Loùs  le  Biguc  ne  sont  pas  nommés  :  il  est  probable 

Kque  le  biographe  les  aura  ajoutés  de  son  auioriié  privée.  La  Vie  nous 
présente  Bene  comme  fiUc  de  Hugues,  comte  de  Sens  (§  7).  Hugues 
vàcM  de  la  cbane  de  fondation,  qui  mentionne  les  parents  des  deux 
époox  ;  d^lné  part  Leuihardus  et  Grimildis^  d'autre  part  Hugo  et  Bava. 
M^^ff  je  ne  saurais  dire  sur  quel  fondement  il  a  donné  à  ce  Hugues  la 
Milité  de  comte  de  Sens. 

(C*«si  pfobjWcmcnt  encore  à  des  chanes,  connues  directement  ou  indi- 
..5>K^f«««.M.in-W.,  11,498-500. 
a  P  6u\  ;  ""Ç»*'  PâÈfhgit  («riM,  i.  CVï.  col.  1 187-92. 
1.  D'Ach«ry.5iMnA<MW.  W.  ia-W.,  II.  501-1.  —  Elk  se  trouve  aussi,  copiée 
MX\lb  »**«*«»****•  *"■  ™^'*  lui.f.U.  12693.(0!.  îoj.ltveaadccouru 
•\Miita  MibW*  MU  indicatK»  des  orausioas,  dans  la  Gktlu  1 


CHriitûinM^  IV, 


LA    LÉGENDE    DE   GIRART    DE    HOUSSILLON  1 69 

rectement,  que  notre  auteur  a  emprunté  la  mention  des  fondations 
pieuses  qu'il  rapporte,  en  outre  de  Poihières  et  de  Vé^elai  :  voy.  ^  76 
ei  suiv.,  et  notamment  au  §  78,  «  sicut  privilégia  eoriim  produnt  s. 

V.  —  Source  2  :  la  ChaosoD  de  geste. 


Mais  les  chartes,  non  plus  que  la  tradition  du  monastère,  ne  fournis- 
saient pas  un  corps  de  narration.  On  avait  quelques  jalons  pour  la  bio- 
graphie du  personnage,  il  fallait  des  événements  pour  remplir  cette  bio- 
graphie. Ces  événements,  noire  auteur  prétend  les  avoir  trouvés  dans  la 
relation  simple  et  véridique  transmise  parles  anciens,  «  ea  duntaxat  que 
■  ab  aniiquioribus  nostris  veraci  ac  simplici  relatione  didicimus,. .  »  1^  1 1  ■ 
En  réalité,  cette  relation  simple  et  véridique  n'a  pas  été  autre  chose 
qu'une  chanson  de  geste,  celle  même  à  laquelle  notre  moine  fait  allusion 
lorsqu'il  commence  son  pieux  récit  en  rappelant  que  l'histoire  du  comte 
Girart  de  Roussîllon  est  répandue  en  tous  lieux  et  jouit  de  la  faveur 
populaire.  Bien  qu'au  début  il  ait  l'air  de  dédaigner  ce  récit  vulgaire,  il 
avoue  plus  loin  («  vulgo  concinente  »  §  64)  qu'il  en  fait  usage. 

Qu'il  l'avoue  ou  non,  c'est  de  là  qu'il  a  tiré  tout  le  corps  de  son  récit, 
comme  il  est  facile  de  le  démontrer. 

Nous  avons  en  effet  dans  la  chanson  de  Girart  de  koussillon,  sinon  le 
texte  même  dont  il  s'est  servi,  du  moins  une  forme  rajeunie  de  ce 
texte. 

Il  est  impossible  que  l'auteur  de  la  Vie  latine  ait  connu  la  chanson 
même  qui  nous  est  parvenue.  Celle-ci  est  riméc  et  ne  peut  guère  être 
antérieure  au  milieu  du  mi"  siècle.  Mais  il  en  a  connu  une  rédaction  plus 
ancienne,  composée  sans  doute  en  vers  assonants,  et  dont  l'existence 
est  assurée  : 

\o  Par  la  chanson  du  xii'  siècle,  qui  suppose  nécessairement  une 
forme  antérieure,  comme  je  le  montrerai  en  temps  et  lieu,  et  qui  fait, 
dans  ses  deux  premières  laisses,  une  allusion  précise  à  cette  première 
forme  de  la  chanson  de  Girart  de  Roussillon. 

1°  Par  des  allusions  réitérées  de  Garin  U  Lorrain  aux  guerres  de 
Charles  Martel  et  de  Girart.  Ainsi,  le  traître  Hardré  dit  à  Pépin,  pour 
le  détourner  de  secourir  Hervis  attaqué  par  les  Hongres  : 

<  Hervis  est  riches  et  eaforcJés  d'amis, 
«  Très  bien  se  puct  salver  et  garantir. 

*  Tes  règnes  est  soufreteus  et  chelis, 

<  Il  o'i  a  homme  qui  s'i  puisse  esbaudir, 

•  Tant  a  Gerars,  qui  te  Rossillon  linl, 
f  Gaslé  la  terre  et  treslout  te  païs. 

(Carin  le  Lohirain,  I,  ^j.) 


lyO  p.  MCYBR 

Dans  une  autre  occasion,  il  renouvelle  la  même  objeaion  : 

I  Drois  emperereSf  enteodis  ci  a  mi  :  ' 

c  Charles  Martiaus,  qui  maint  estor  vainqui 

I  (Jhesus  de  gloire  ait  de  s'ame  merci  !) 

«  Envers  le  duc  Girart  gueroia  il  ; 

■  Maint  orfe  firent  et  maint  homme  morir, 

•  Dont  mainte  dame  remesrent  sans  mari. 

<  Mortsunt  ti  père,  si  sutit  petit  li  61, 
«  Tes  règne  est  povres  et  d'argent  escheris. 

(/W.,  I,  76.7.) 
Et  plus  loin  : 

•  La  tnre  est  povre  et  li  pais  gastès 

<  Par  dant  Gerart  qu'est  de  Roucillon  nés, 
c  Et  par  paiens,  les  cuivers  defaés. 

(/W.,  I,  81.) 

Ces  témoignages  sont  trop  anciens  pour  qu'il  soit  possible  de  les  rap- 
porter à  la  rédaction  de  Girart  de  Roussillon  qui  nous  est  parvenue.  Voici 
d'ailleurs  une  allusion,  également  fournie  par  Carm,  qui  ne  s'applique 
aucunement  à  cette  rédaction.  Henri  de  Montaigu,  cousin  de  Garin, 
s'adresse  en  ces  termes  à  Pépin  : 

•  Drois  emperéres>  »  ce  dist  li  dux  Hem'is, 
I  Montagu  tieng  de  tous  et  mon  pais, 
t  Et  sui  cosins  germains  au  duc  Garin, 
«  Et  sa  seror  hi  ma  mère  Helois  : 

•  Onques  mes  aives  ti  Loherens  Hervis 
fl  Le  vostre  père,  par  mon  chief  I  ne  trait, 
fl  Si  comme  fist  Hardrés  li  viis  fïoris 
I  Ennrs  Girart  qui  RoacUlon  maintint,  1 

(/M.,  I,  140.) 

Le  traître  Hardré  ne  figure  pas  dans  le  Girart  de  Roussillon  qui  nous 
est  parvenu,  et  les  querelles  entre  Charles  Martel  et  Girart  y  sont  déter- 
minées par  de  tout  autres  motifs.  Cette  allusion  s'applique-i-elle  mieux 
à  la  rédaction  que  connaissait  l'auteur  de  la  Vie  latine?  Peut-être.  Je 
présenterai  tout  à  l'heure  une  conjcaure  sur  ce  point. 

Nous  avons  présentement  à  examiner  ce  que  l'auteur  de  la  Vie  latine 
a  emprunté  à  la  rédaction  perdue  de  Girart  de  Roussillon. 

Il  lui  a  emprunté  sûrement  le  récit  des  guerres  contre  Charles  Martel, 
faisant  subir  à  ce  récit  des  modifications  que  nous  ne  pouvons  pas  appré- 
cier exactement,  parce  que  le  terme  de  comparaison  —  c'esï-à-dire 
l'ancienne  rédaction  de  Girart  de  Roussillon  —  nous  fait  défaut,  que 
cependant  nous  pouvons  déterminer  jusqu'à  un  certain  point. 

La  plus  notable  de  ces  modifications  consiste  à  avoir  substitué  Charles 


LA    LÉGENDE    DE   GIRART    DE    ROIISSILLON  lyr 

le  Chauve  à  Charles  Marte),  modification  imposée  par  ta  charte  de  fon- 
dation qui  fait  vivre  Girart  sous  Charles  le  Chauve  et  non  sous  Charles 
Manel.  Mais  d^auxres  modifications  ont  été  faites,  parmi  lesquelles  il  en 
est  qu'il  est  plus  malaisé  de  déterminer. 

Dans  la  Vie  latine.  Charles  le  Chauve  et  Girart  ont  épousé  deux  sœurs, 
filles  du  comte  de  Sens  Hugues.  Girart  a  épousé  l'aînée,  Berte;  le  roi  a 
épousé  Eloise,  la  cadette  (§7).  Il  y  a  là  un  mélange,  absurde  au  point 
de  vue  de  la  critique,  des  données  fournies  par  la  charte  de  fondation 
et  de  celles  du  poème.  Dans  l'exposition  du  poème,  exposition  grandiose 
et  véritablement  épique,  nous  voyons  aussi  Charles  Martel  et  Girart 
épouser  les  deux  sœurs,  mais  leur  père  n'est  pas  un  simple  comte  bour- 
guignon ;  il  n'est  rien  de  moins  que  l'empereur  de  Conslantinople.  L'aî- 
née, Berte,  avait  été  engagée  pour  Charles  ;  la  seconde,  Elissent,  avait 
été  engagée  pour  Girart.  Mais  le  roi  étant  devenu  subitement  amoureux 
d'Elissent,  Girart  consent  à  la  lui  abandonner  et  à  prendre  Berte,  non 
sans  difficulté,  non  sans  spécifier,  comme  on  le  verra  tout  à  l'heure,  une 
sorte  de  compensation.  On  voit  comment  l'hagiographe  a  procédé  : 
désireux  de  ne  rien  perdre  des  renseignements  fournis  par  la  charte  de 
fondation,  ù  laquelle  il  accordait  assez  naturellement  plus  d'autorité  qu'A 
une  chanson  de  geste,  il  a  rejeté  l'empereur  de  Constantinople  pour 
conserver  Hugues  ;  mais  en  même  temps,  il  a  pris  à  la  chanson  l'idée  de 
faire  épouser  deux  sœurs  à  Charles  et  à  Girart,  et  d'anribuer  au  premier 
la  cadette  et  au  second  IVmée.  Dans  le  nom  même  d'Etoise,  femme  de 
Charles,  il  y  a  un  souvenir  de  l'Elissent  du  poème.  C'est  un  curieux 
exemple  de  l'aisance  avec  laquelle  les  hagiographes  accouplaient  les 
renseignements  les  plus  disparates. 

Bientôt,  dans  la  Vie  latine  comme  dans  le  poëme,  la  guerre  éclate 
entre  Charles  et  Girart.  Le  motif  de  cette  guerre  n'est  pas  le  môme  dans 
les  deux  récits,  et  cette  divergence  n'a  rien  qui  doive  surprendre»  puis- 
que l'antagonisme  des  deux  adversaires  se  rattache  à  des  antécédents 
qui,  comme  on  vient  de  le  voir,  diffèrent  notablement  d'un  texte  à 
l'autre.  La  cause  de  la  guerre  est,  dans  la  Vie  latine,  la  prétention  expri- 
mée par  le  roi  de  s'emparer  de  la  terre  par  droit  d'héritage,  tandis  que 
Girart  la  revendiquait  en  vertu  du  droit  d'aînesse  de  sa  femme  :  «  Rex  . . . 
li  terram  jure  heredis  sibi  usurpare  gestiebat,  Girardus  vero  ob  primo- 
»  genitam  similiter  candero  sibi  vendicare  conabatur  »  (§  9).  Cela 
est  un  peu  concis  :  on  voit  pourtant  que  le  droit  d'aînesse  de  Girart 
résultait  de  ce  qu'il  avait  épousé  la  fille  aînée  du  comte  de  Sens  Hugues, 
undis  que  le  roi  avait  pris  la  cadette.  La  terre,  objet  du  litige,  ne  peut 
être  que  l'héritage  du  comte  de  Sens.  Dans  le  poëme  le  motif  de  la  guerre, 
peut-être  par  la  faute  du  remanieur.  n'apparaît  pas  bien  clairement.  On 
voit  toutefois  que  Girarti  en  consentant  à  céder  Elissent  au  roi,  avait 


I7Î  P-  MEYBR 

Stipulé  qu'il  tiendrait  dorénavant  son  fief  en  alleu  '.  Si  bien  que  lorsque, 
peu  de  temps  après,  te  roi,  envieux  de  ia  puissance  de  Girart,  regrettant 
la  concession  qu'il  a  faite,  réclame  l'hommage,  Girart  rehi&e,  d'où  la 
guerre. 

Cette  guerre  se  termine  d'une  façon  tout  autre  dans  la  Vie  latine  que 
dans  la  chanson,  ou  pour  mieux  dire,  le  premier  de  ces  textes  présente 
par  rapport  au  second  une  remarquable  intervcreion  des  événements. 
Reste  à  savoir  si  cette  interversion  est  due  au  moine  de  Pothières,  ou  à 
c'est  le  remanieur  qui  a  altéré  l'ordre  de  l'ancienne  chanson.  Le  fait  est 
que  dans  la  Vie  latine  <§  1 1  et  suiv.)  la  première  guerre  entre  le  roi  et 
Girart  se  termine  par  la  défaite  de  celui-ci  et  par  Texil  pendant  lequel 
il  exerce  le  métier  de  charbonnier.  Or  dans  le  poëme  c'est  la  seconde 
guerre  qui  se  termine  ainsi  ;  la  première  finit  à  la  suite  de  signes  miracu- 
leux, comme  nous  le  verrons  dans  un  instant. 

Dans  la  Vie  latine,  Girart,  rentré  en  grâce  auprès  du  roi,  et  tout 
entier  aux  œuvres  de  la  piété,  ne  tarde  pas  à  avoir  une  nouvelle  que- 
relle. La  Vie  met  tous  les  tons  du  côté  du  roi  qui  est  accusé  d'avoir 
prêté  t'oreille  aux  paroles  des  médisants  >.  Le  roi  est  battu  à  plusieurs 
reprises,  et  finalement  refoulé  jusque  dans  Paris.  Alors  apparaît  un  ange 
qui,  de  la  part  de  Dieu,  lui  apporte  l'ordre  de  faire  la  paix  avec  GirarL 

Il  n'y  a  rien  dans  le  poème  tel  que  nous  l'avons  qui  rappelle  ces  évé- 
nements. Mais  il  est  possible,  cela  est  m^me  probable,  que  dans  la  rédac- 
tion plus  ancienne  se  soit  trouvé  le  récit  que  l'auteur  de  la  Vie  latine  a 
résumé.  J'ai  cité  plus  haut  [p.  170)  un  passage  de  Garin  U  Lorrain  d'où 
il  résulte  que  Girart  avait  été  desservi  auprès  de  Charles  par  le  traître 
Hardré.  U  se  pourrait  qu^il  y  eût  là  une  allusion  aux  pernicieux  conseils 
qui,  d'après  la  Vie»  amenèrent  le  roi  à  recommencer  la  guerre  contre 
Girart. 

La  paix  étant  rétablie  entre  Charles  et  Girart,  il  semble,  d'après  les 
termes  mêmes  de  la  Vie  {§  72),  qu'elle  ne  doive  plus  être  jamais  trou- 
blée. Cependant,  après  que  le  biographe  s'est  étendu  assez  longuement 
sur  les  fondations  pieuses  de  son  héros,  après  un  récit  épisodique  fort 
curieux  se  rattachante  Thistoire  du  mont  Laçois  (^§  102-126I,  il  nous 
raconte,  sans  la  moindre  entrée  en  matière,  une  nouvelle  guerre  entre 
Charles  et  Girart.  Cette  guerre,  qui  est  ici  la  troisième,  et  dont  le  fait 
principal  est  la  bataille  de  Valbeton  {^  i  ^7],  correspond  exaaement  à  la 
première  guerre  du  pocme,  et  se  termine  de  la  même  façon  dans  les 
deux  textes  par  des  signes  célestes  (feu  tombant  du  ciel,  tremblement  de 


1.  Vv.  47)4,  497-8  du  OIS.  d'Oxford.  Les  j6j  premiers  vers  du  poème  ne 
se  trouvent  que  dans  ce  ms,,  les  autres  mss.  étant  plus  ou  moins  incomplets. 

2.  t  Dcrogantium  tementati  nimis  credens  i,  ^  ]7  ;  voy.  Du  Cange,  i)£ho- 

UAMt. 


U    LÉGENDE    DE   CIRART    DE    ROUSSILLON  t?} 

terre)  qui  arrêtent  les  combattants.  Ce  récit  est  si  mal  amené  dans  la  Vie 
btine  qu'on  pourrut  croire  qu'il  a  été  retiré  de  sa  vraie  place  par  suite 
de  quelque  erreur  de  copiste,  qu'il  devrait  être  reporté  plus  haut  dans  la 
Vie  de  Gîrart.  Toutefois,  l'ancienne  traduction  française  confirme  la  dis- 
position du  texte  latin,  de  sorte  que,  s'il  y  a  transposition,  il  faut  ad- 
mettre que  la  même  erreur  se  trouvait  aussi  dans  l'exemplaire  suivi  par 
le  traducteur  '.  Mais  on  peut  aussi  supposer  que  l'auteur,  après  avoir 
négligé  la  guerre  dont  la  bataille  de  Valbeton  est  l'événement  capital,  se 
sera  ravisé,  et  aura  intercalé  aupremier  endroit  venu  cet  épisode. 

TeU  sont,  si  je  ne  me  trompe,  les  emprunts  que  la  Vie  latine  a  faits  à 
l'ancienne  chanson.  Certaines  remarques  de  détail  qui  ne  se  peuvent 
faire  commodément  ici  trouveront  place  dans  les  notes  placées  à  la  suite 
du  texte. 

VI.  —  Sources  diverses. 

Il  y  a  dans  la  Vie  latine  un  morceau  dont  on  ne  peut  rendre  compte 
ni  par  les  chartes,  ni  par  la  chanson  tdu  moins  telle  qu'elle  nous  est 
parvenue).  C'est  le  chapitre  qui  a  poui  rubrique  De  monte  Latisco  yel 
Castro  ejusdem  ^§g  loi-iajt.  Le  mont  Lassois  ou  Laçois  est  un  plateau 
assez  élevé  qui  s'élève  sur  la  rive  gauche  de  la  Seine  à  deux  kilomètres 
environ  de  Pothières,  dans  la  direction  de  Châtillon.  Le  nom  de  Lassois^ 
restitué  à  ce  plateau  par  la  carte  de  l'état-major,  est  depuis  longtemps 
tombé  de  Pusagc  ;  aucune  carte  ancienne  ne  le  mentionne,  et  dans  le 
pays  on  dit  «  la  montagne  de  Vix  »,  du  nom  d'un  village  voisin.  Là 
était  située  à  l'époque  romaine,  et  antérieurement  peut-être,  la  ville  de 
Latiscum,  détruite  à  Pépoque  des  invasions  barbares  sans  qu'on  puisse 
préciser  l'époque,  mais  dont  le  nom  a  été  conservé  par  le  pagits  Latis- 
censis^  ou  Laçois  ^.  L'auteur  de  la  Vie  latine  nous  apprend  comment 
cène  ville  fut  assiégée  par  les  Vandales,  et  par  quel  stratagème  les  habi- 
tants réussirent  à  éloigner  leurs  adversaires,  par  suite  de  quelle  impru- 
dence ils  finirent  par  succomber.  J'ignore  d'oii  il  a  tiré  le  curieux  récit 
qu'il  rapporte  à  ce  propos.  Il  dit  bien  l'avoir  recueilli  de  la  bouche  des 


1.  Ce  qui  donne  un  certain  appui  à  l'hypothèse  qu'il  y  aurait  ici  une  trans- 
position, c'est  que  le  potme  du  XIV*  siècle  place  la  bataille  de  Valbeton  ou  de 
Picrre'Perluis  (éd.  Mignard,  p.  r^ô  et  suiv.)  avant  la  guerre  dans  bouelle 
Cirarl  poursuit  le  roi  jusqu'i  Paris  et  Â  laquelle  met  fia  1  apparition  de  I  ange 
(Mignard^  p.  i8q  et  suivi.  Mais  l'auteur  je  ce  poëme  a  fait  une  combinaison 
si  arbitraire  de  fa  Vie  latine  et  de  la  Chanson  (qu'il  connaissait  sans  doute 
sous  la  forme  aui  nous  e$I  parvenue)  qu'on  ne  peut  tirer  une  conclusion  bien 
assurée  de  l'orare  qu'il  assigne  aux  événements. 

2,  Sur  tes  limites  de  ce  p^igusy  voir  d'Arbois  de  Jubaioville,  Bi^Mh,  Â* 
fEcoU  des  charUSt  4,  IV,  349-54. 


174  P-  MEYER 

vieillards  dupais  |§  105),  maïs  une  tradition  purement  orale  remon- 
tant à  l'époque  de  l'invasion  vandale  me  paraît  chose  suspecte.  Peut-être 
notre  auteur  a-t-il  puisé  dans  une  chanson  de  geste  perdue.  Que  sa 
source  ait  été  l'ancienne  chanson  de  Girart  de  Roussillon,  j'en  doute  fort. 
La  rédaction  que  nous  avons  de  ce  poème  ne  contient  rien  de  semblablCiiJ 
et  je  ne  vois  pas  pour  quel  molif  le  remanieur  aurait  supprimé  un  épisode^ 
en  soi  intéressant,  s'il  l'avait  trouvé  dans  le  texte  qu'il  entreprenait  de 
remettre  au  goût  de  ses  contemporains.  Mais  on  est  d'ailleurs  autorisé  à 
croire  que  le  souvenir  des  Vandales  avait  été  conservé  par  notre  an- 
cienne poésie  épique.  On  se  rappelle  te  début  de  Garin  U  Lorrain  : 

Vieille  chanson  voire  volez  oir 

Si  coro  li  Vandre  vinrent  en  cest  pats? 

début  qui  promet  plus  que  ce  qu'il  tient,  car  en  réalité  ce  que  Garin  nous 
dit  des  Vandales  se  borne  à  peu  de  chose. 

Selon  notre  biographe,  la  ville  détruite  par  les  Vandales  aurait  été 
reconstruite  plus  tard,  mais  sans  recouvrer  l'importance  qu'elle  avait  eue 
jadis  (§  r2i).  U  en  parle  comme  si  elle  existait  encore  de  son  temps,  ce 
qui  est  en  effet  infiniment  vraisemblable,  et  présente  à  ce  propos  diverses 
étymologies  du  nom  de  u  Rossillon  s  qui  dénotent  un  état  encore  peu 
avancé  de  la  science  linguistique,  et  ne  seraient  pas  déplacées  à  c6té  de 
cadavtr  dérivé  de  caro  data  yermibus.  Ce  qui  est  plus  intéressant,  c'est 
ta  tradition  vivante  sur  Girart  de  Roussillon  que  constate  notre  auteur 
(S  >04)-  0"  n'était  alors  séparé  du  temps  où  avait  vécu  le  fondateur  de 
Pothières  que  par  un  intervalle  d'un  peu  plus  de  deux  siècles,  et  d'ail- 
leurs la  tradition  venait  d'être  rajeunie  par  la  chanson. 

Noire  auteur  suppose  que  dès  le  temps  même  où  aurait  eu  lieu  l'in- 
vasion des  Vandales,  la  ville  bâtie  sur  le  mont  Laçois  se  serait  appelée 
Roussillon  (§  loj).  A  vrai  dire  ce  nom,  qui  tient  une  si  grande  place 
dans  l'épopée,  n'en  tient  qu'une  bien  petite  dans  l'histoire.  M.  d'Arboîs 
de  Jubainville  a  cité,  dans  sa  notice  sur  le  Laçois,  un  assez  grand 
nombre  de  lieux  faisant  partie  de  ce  pays,  et  Roussillon  n'y  figure  pas. 
Il  n'en  est  pas  question  davantage  dans  les  anciennes  chartes  de 
Bourgogne  publiées  et  étudiées  au  point  de  vue  topographique  par 
M.  J.  Garnier',  et  le  seul  texte  où  j'aie  trouvé  ce  nom  mentionné,  en 
dehors  des  récits  légendaires,  est  l'itinéraire  de  Londres  â  Jérusalem  inscrit 
dans  un  manuscrit  de  Mathieu  Paris  ^.  On  y  voit  marqué  Russelltm  mon- 


1.  Mirtwirts  prèsinUi  à  PAcûJ.  des  Inscr.  par  divers   savanISy  2'  série,  I,  168. 

2.  Musée  britannique,  Old  Roy.  14  C.  vn.  Un  médiocre  fac-similé  de  U 
partie  du  ms.  qui  contient  cet  itinéraire  a  été  donné  dans  Les  Monuments  de  la 
géographie  de  Jomard,  planche  colée  39  provisoire.  Voy.  encore  dans  la  coHec- 
tion  du  Maître  des  Râles  U  préface  ae  Sir  Fr.  Madden  â  ï'Histona  Aagtorum 
de  Mathieu  Paris,  p.  xlvj-vij. 


LA    LêCEKDE    DE   GIFURT   DE    ROUSSILLON  I7S 

ticttium  à  i'endroii  où  il  doit  être,  c'est-à-dire  entre  Putem  abbaha  et 
Chdstellan  surSàae. 

Notre  hagiographe  peut  encore  avoir  fait  usage  d'un  ancien  marty- 
rologe que  D.  Vaissète  mentionne  sans  indication  précise  comme  conte- 
nant le  nom  de  Girart  accompagné  de  son  surnom  «  de  Roussillon  ■>  *. 
C'esi  de  U  ou  de  quelque  autre  document  ecclésiastique  d'un  caractère 
local  qu'il  aura  tiré  les  circonstances  de  la  mort  de  Girart  et  de  sa  trans- 
lation à  Poihières  (§§  170  et  suivO> 

Vil.  —  Girart  de  Roussillon  dans  l'histoire. 

Jusqu'ici  nous  avons  considéré  Girart  de  Roussillon  comme  un  person- 
nage plus  légendaire  qu'historique  ne  tenant  à  l'histoire  que  par  ses  fon- 
dations pieuses.  Y  tient-il  encore  par  d'autre  liens?  Oui,  si  on  accepte 
l'opinion  unanime  de  ceux  qui  ont  écrit  sur  ce  personnage.  Voyons  un 
peu  sur  quoi  se  fonde  cette  opinion. 

«  Gerardus,  n  fondateur  de  Poihières  et  de  Vézelai,  d'après  des 
chartes  dont  l'authenticité  n'est  pas  suspectée,  est  certainement  identique 
à  Girart  de  Roussillon,  héros  épique  ayant,  d'après  la  chanson  dont  il 
est  le  héroSi  fondé  ces  deux  mêmes  monastères  de  Vézelai  et  de  Pothières. 
Or  les  chartes  prouvent  que  Girart  vivait  sous  Charles  le  Chauve  :  c'est 
donc  au  temps  de  cet  empereur  qu'on  a  dû  chercher  un  homme  impor- 
tant du  même  nom  pour  l'identifier  avec  notre  Girart  de  Roussillon.  Par 
suite  il  a  fallu  ne  tenir  aucun  compte  du  témoignage  de  la  chanson  qui 
fait  de  Giran  l'adversaire  de  Charles  Martel  ^ 


1.  Nist.  àe  Languedoc,  1    jG^. 

2.  On  i  eu  d'autant  plus  raison  de  n'en  pas  tenir  compte  qu'il  n'est  pas 
très>s&r  que  l'auteur  de  la  chanson  n'ait  pas  voulu  désigner  Charles  le  Chauve 
par  le  nom  de  Charles  Martel.  A  tout  le  moins  on  peut  afËrmer  qu'il  avait  au 
sujet  de  ces  deux  personnages  des  notions  fort  confuses.  Tout  à  ^it  i  la  fin, 
daiis  UB  passage  que  te  ms.  de  Paris  contient  seul,  on  lit  : 

Sel  .c.  ans  en  avia  que  Dieus  fo  nalz 
Qu'esta  suerra  fo  fâcha  ni  l'ambaissatz... 
Ë  doret  De  .Ix.  e  plus  assatz. 
C'est  bien,  ou  i  peu  près,  le  temps  de  Charl«  Martel,   En  divers  endroits 
(par  ex.  éd.  Hofinan,  8;j7;  Michel,  p.  2621  eslmenïionné  Pépin,  fiU  de  Charles  j 
et  on  pourrait  citer  quelq^ues  autres  passages  conduisant  à  la  même  conclusion. 
Mais  aux  vers  8430  et  suiv.   (Michel,  p.   265),  le  pape,  s'adressant  i  Charles 
derenu  vieux,  loi  dit  :  «  Charles  Martel  ton  aieul  6t  ae  grands  maux,  et  toi, 
«  pendant  ta  jeunesse,  tu  as  été  tel  que  lui.  C'est  pourquoi  tu  as  re^u  le  nom 
i  de  Martel;  ce  nom  fut  faux.  Maintenant  tu  dois  plutôt  avoir  le  nom  de  Charles 
•  le  Chauve.  > 

Caries  Martels  tes  aives  fest  moll  granz  maus, 
E  tu  de  tun  juvent  fus  altretaus, 
Perou'ogis  nom  Martels,  cis  nuns  fu  faus, 
Er  deiz  mais  nom  aver  Caries  li  caus. 
Je  donne  ces  vers  d'après  le  ms.  d'Oxford,  fol.  164,  le  dernier  est  omis  dan< 


176  p.  MEYER 

Le  personnage  auquel  on  s'est  adressé  en  premier  lieu  est  le  duc  et 
comte  Girart  qui  gouvernait  la  Provence  au  nom  de  Charles,  roi  de 
Provence  (f  86  ji,  fils  de  Loihaire  1  et  petit-fils  de  Louis  le  Pieux.  Son 
nom  apparaît  souvent  dans  l'histoire.  En  860  il  chasse  du  pays  les  Sar- 
razîns*.  En  862,  c'est  à  la  requête  de  Girart,  qualifié  dans  l'aae 
d'  0  itlustris  comes  ac  magisier  noster  a ,  que  le  roi  Charles  donne  à 
l'église  de  Viviers  une  lie  du  Rhône  ^.  Peu  de  mois  après  c'est  encore  i 
sa  requête  que  le  roi  fait  un  don  important  à  l'église  cathédrale  de  Car- 
pentras  '.  Vers  le  même  temps  il  est  mentionné  le  premier  entre  douze 
comtes  qui  assistèrent  à  une  assemblée  tenue  en  Provence^.  Lorsque 
Charles  mourut  sans  postérité  en  86},  son  héritage  fut  partagé  entre  ses 
frères  Loihaire,  roi  de  Lorraine,  et  Louis,  empereur  d'Occident  et  roi 
d'Italie.  Lothaire  prit  le  Lyonnais,  le  Viennais,  le  Vivarais,  Louis  la  rive 
gauche  du  Rhône  qui  avoisinait  ses  états.  Lorsque  Lothure  mourut  en 
869,  Louis  son  frère  pensa  recueillir  son  héritage,  mais  ses  deux  oncles, 
Charles  le  Chauve  et  Louis  le  Germanique  s'unirent  pour  le  dépouiller. 
Louis  le  Germanique  prit  les  provinces  voisines  du  Rhin  et  Charies  le 
Chauve  s'attribua  le  Midi.  Là  il  rencontra  Girart  qui  lui  tint  tête.  L'épi- 
sode le  plus  saillant  de  cette  guerre  est  la  capitulation  de  Vienne  défen- 
due par  Berte,  la  femme  de  Girart,  celui-ci  étant  ailleurs  K  Depuis  l'his- 
toire est  muette  sur  ce  Girart. 

Tel  est  le  personnage  qu'on  a  voulu  identifier  avec  le  Girart  fondateur 
de  Vézelai  et  de  Pothières,  et  par  suite  avec  le  Girart  de  Roussillon 
épique.  D.  Vaissète,  D.  Plancher*,  iMrr  de  vérifier  les  datesT,  pour  ne 
riter  que  les  anciens  auteurs,  considèrent  l'identité  comme  n'ayant  même 
pas  besoin  d'être  prouvée.  Ainsi  D.  Vaissète  s'exprime  ainsi  à  propos 
du  comte  Girart,  lieutenant  en  Provence  du  roi  Charles  :  «  Ce  seig;neur 
«  n'eut  qu'une  fille  de  Berte,  son  épouse,  dame  aussi  distinguée  par  sa 
■  piété  que  par  sa  naissance.  Ils  consacrèrent  l'un  et  l'autre  une  partie 
»  des  biens  très-considérables  qu'ils  possédaient  à  la  construction  de 
V  deux  monastères  qu'ils  fondèrent  dans  les  états  de  Charles,  roi  de 
«  Provence  i»  (I,  s60-  Et  plus  loin,  après  avoir  rapporté  la  capiiula- 


le  ms.  de  Paris.  Mais  lors  niêm«  qu'on  ne  tiendrait  pas  compte  de  ce  dernier 
vers,  que  je  recarde  comme  parfaitement  authentique,  Il  n'en  serait  pas  moins 
clair  que  aans  Ta  pensée  du  poète  le  Charles  Martel,  adversaire  de  Girart,  avait 
un  aïeul  appelé  aussi  Charles  Martel. 

I.  Vaissète^  Hist.  de  Languedoc,  I,  jCt.  —  2.  Vaissète,  1,  ^6^. 

j.De  Wailly,  Eléments  Je  paUographu^  I,  272;  Andreoli  et  Lambert, 
Monographie  dt  Saint-Siffuin  dtCarpailras^  p.  22. 

4.  Baloze,  Capit.^  \,  1468  ;  Vaissète,  1,  s(3\. 

\.  Annales  de  Saint  Berlin,  à  Tannée  Û70  ;  édii.  de  ta  Société  de  l'histoire 
de  France,  p.  219-20.  Cf.  Vaissète,  1, 577  ;  Dûmmier,  Geschieku  rf.  Oslfrankis- 
ihcn  Rdchiy  I,  748-9. 

6.  Hist.  dt  Boargogae,  I,  1  }y-6.  —  7.  ll,43J-4. 


LA    LÉGENDE    DE   CIRART    DE    ROUSSILLON  I77 

■  bon  de  Vienne  :  «  Gérard  et  Berthe  se  retirèrent  en  Bourgogne  où  ils 
«  avaient  des  biens  considérables  et  où  ils  fixèrent  leur  demeure  »  (1, 577). 

(krard  et  Bmhese  TtliTercnt  en  Bourgogne t  Mais  nous  n'en  savons  abso- 
lument rien,  aucun  texte  ne  nous  le  dit  ;  c'est  Vaissète  qui  imagine  ce  trait 
d'union  entre  Girart,  comte  de  Provence,  et  Girart,  fondateur  de  Po- 
thières.  En  résumé,  le  rapport  entre  les  deux  personnages  se  réduit  à 
ces  trois  faits  :  tous  deux  s^appellent  Girart;  tous  deux  ont  vécu  sous 
Charles  le  Chauve;  tous  deux  ont  une  femme  appelée  Berte.  C'est  à 
peine  suffisant  pour  constituer  une  présomption  en  faveur  de  l'identiié. 

Si  le  Girart  épique  vient  du  Girart  comte  et  duc  de  Provence,  il  a 
bien  changé  sur  la  route.  Car  il  n'y  a  point  de  comparaison  entre  les 
guerres  longues  et  acharnées  que  raconte  la  chanson  et  la  lutte  d'un 
instjnt  qui  s'établit  en  S70  entre  Charles  le  Chauve  et  le  comte  et  duc 
Girart,  pour  finir,  peu  brillamment  pour  le  second,  par  la  capitulation 
de  Vienne. 

Aussi,  pour  donner  au  rapprochement  une  base  un  peu  plus  large, 
a-t-on  eu  l'idée  de  faire  intervenir  un  comte  Girart  à  qui  Charles  le 
Chauve,  en  867,  enleva  le  comté  de  Bourges  pour  le  donner  à  un  cer- 
tain Egfiid.  Girart  résista,  Charles  vint  au  secours  d'Egfrid  et  mit  à 
feu  et  à  sang  le  Berry,  sans  réussir  à  en  chasser  Girart.  «  On  prétend  », 
dit  D.  Vaissèie  (I,  574},  que  ce  dernier  ^Girart  comte  de  Bourges)  est 
le  même  que  Gérard  alors  duc  de  Provence  •>.  Voilà  au  moins  de  la  pru- 
dence. M.  de  Terrebasse  en  a  montré  bien  peu  lorsque,  identifiant  le 
comte  de  Bourges  avec  le  comte  de  Provence  (et  par  suite  avec  le  Girart 
épàquei,  il  a  écrit  :  u  Nous  avons  supposé  avec  les  meilleurs  critiques 
•  que  Gérard,  comte  de  Provence,  était  le  même  personnage  que  Gérard^ 

■  comte  de  Bourges...  Quoi  qu'il  en  soit,  l'identité  du  comte  de  Pro- 
<  vence  et  de  [celui  de]  Bourges  nous  a  paru  suffisamment  démontrée  par 

■  la  haine  de  Charles  le  Chauve  envers  l'un  et  l'autre  »  '.  Cela  n'est  pas 
sérieux,  et  M.  Dùmmler^  a  eu  raison  de  s'élever  contre  cette  confusion 
de  deux  Girarts,  qui  n'ont  en  réalité  rien  de  commun. 

On  a  été  plus  loin  encore  :  comme  il  y  a  un  comte  de  Paris  du  nom 
de  Girart.,  qui  paraU  dans  l'histoire  en  8j7  et  840,  on  a  voulu  l'identifier 
avec  Girart  comte  de  Bourges,  Girart  comte  et  duc  de  Provence,  et 
Girart  fondateur  de  Poïhières  et  de  Vézelay  î.  Ce  Girart  en  quatre  per- 
lonnes  est  de  pure  fantaisie. 

En  résumé,  il  n'y  a  d'assuré  que  l'identification  du  Girart  fondateur 
de  Potbières  et  de  Vézelai  avec  le  Girart  épique. 


1.  Girard  de  Roamllon.  Lyon.  18^6,  p.  xxii)-xxiv. 

2.  (k$chi(htt  à.  Oitfrankisckin  Btichs,  I,  p.  797. 
|.  A.  de  Terrebasse,  Gcrard  de  RoussHton^  p.  xiij. 

AMUflM,  VII 


12 


178 


P.  MEYER 


INCIPIT   PROLOGUS 

1:1  VITA  TtOBlLISSIMI   CQUITIS   GIRARJUI    DE   ROSSBLLON. 


I.  [Gjesia'  nobilissimi  comiiis  Cirardi  de  Rossellon,  quanquam  jubi- 
liilorio  favore  in  populis  ubique  multipliciterdivulgentur,  eaque  nimirum 
admirando  lum  triumphalibus  ingentium  bellorura  preconiis,  lum  specta- 
bilis  nobiliutts  magnificeniia,  fama  celebri  ubique  volitante,  admodum 
aitollantur,  nos  tamen«  hïs  omissis,  ea  dumiaxat  que  ab  antiquioribus 
nosiri[sj  veraci  ac  simplici  relaiione  didiciinus,  brevi  compendlo,  memorie 
profulura  postcriorum,  scripio  iradcrc,  Deo  coopcranic,  dccemirau$. 
3.  UiilLimum  esi  enim  ac  jocundl&simum,  ut  ait  quidam,  litterarum  monu- 
mcniis  personarura  pretereuntium  actus  nescientium  oculis  offerre,  ut,  si 
fîdes  adsit  scriptis,  id^em]  sit  légère  quod  videre.  ^  Claruil  autem  idem 
preclarissimus  vir,  sicui  hystoria'  annalium  cronicanim  séries  liquide  de- 
palat,  sub  .iiii'^.  rcgibus  Francie,  Karolo  videlicetprecelleniissimo,  Ludo- 
vicû  6Hq  ejus  atque  Karolo  Calvo,  ac  filio  ipsius  Karoli  Lodovico. 

Incipit  viu  cjusdem. 

4.  Nobilissimus  igitur  cornes  Girardus  civitate  Gallie  Avinion  nuncu- 
paia,  super  Rodanum  siia,  oriundus  fuit,  Drogonis  illusirissimi  consuUs 
filius,  nobilitaiem  sue  stirpis  nobilitate  iilustravit  excellentissimi  operis. 
5.  Insignis  equidem  in  humanis,  sed  insignior  efTulsit  in  divinis.  6.  Jus- 
ticie  reciissimus  cultor,  injusticie  sevissimus  expugnator,  predonum  et 
furuin  efficax  utior,  pauperorunique  Chrisii  piissimus  tutor  ;  in  bello  vicio- 
riosus,  quoniam  in  cuku  erat  studiosus;  cenobiorum  devotissimus 
struaor,  inopie  indigentium  hylaris  largitor;  procerus  corporis  sutura, 
elegans  toiius  ejusdem  corporis  figura  -  valitudine  animi  et  corporis 
robustus,  armis  miiiiaribus  prestans  ac  sirenuus;  in  curia  regali  eminen- 
tissimus,  consiliis  et  prudeniia  admodum  [f.  2  b,  subiilissimus,  patrimoniis 
magne  heredilatis  aftiuentissimus  >  ;  denique  maximam  partem  Gallie 
jure  hereditatio  possidens,  earaque  mirabili  jusiicie  regens  jure,  feli- 
cibus  ac  prosperis  actibus  usquequaque  proficiebat.  7.  Cui  feiici  connubio 
nobilis  eque  puella  nomine  Berta  conjungitur,  Hugonis  Senonuro  comitis 
filia,  non  disparibus  natalibus  procreata,  specie  admodum  clarissima,  et, 
sicui  génère,  iia  morum  nobilitate  egregia.  Rex  quoquc  P'rancorum 
tCarolus  Calvus  alteram  sororem  ea  juniorem,  nomine  Eloysam,  regali 
pompa,  sublimi  conubio  in  regno  sibiconjunxerat. 

I .  Ici  comme  dans  tout  le  reste  àt  t'auvre,  U  lettre  initiale  n'a  pas  été  cUcalie, 
—  2.  Il  faudrait  hyslorw,  d'après  Utriiduction.  —  j.  //  manque  p.-i.  ici  ^q.  motSf 
wir  ta  traduction. 


U   LÉGENDE   DE  OIRART   DE   ROUSSILLON 


179 


\Fol.  aya,]  Ct  commance  U  vie  deCirarl  de  Rossillon^  translatée  de  latin 

m  ft'ançois. 

I.  Ce  sont  )i  fait  dou  très  noble  comte  Girart  de  Rosillon.  Je  saî  *  ce 
qu'il  soient  publié  par  louz  leus  es  pueples  en  maintes  manières,  par 
ouiroy  de  ses  enemis ,  et  soient  eslevé  men'oilleusement  ensemble 
les  loanges  des  granz  victoires,  la  celebrable  famé  ponant  par  touz 
leus,  toute  voie,  ces  choses  laissies,  je  sai  ce  que  sa  très  granz 
noblesce  soit  mont  a  loer,  nous  avons  proposé  bailtier  briement  en  escrit, 
Bi  l'aide  de  Deu,  ses  faiz,  por  racontera  la  mémoire  desensiganz,  entele 
manière  seulement  comme  nous  l'avons  apris  des  anciens  par  lor  simple  et 
verai  raponemem.  2.  Quar,  auxi  comme  uns  prodons  dit,  très  profitable 
tchose  et  très  esjoissable  est  baillier  as  eulz  des  non-saichanz  les  faiz  des 
enciens  trespassez  en  escrit  de  lettres,  pour  ce  que,  se  li  foiz  est  es 
cscrîz,  celé  melsmes  chouse  est  lire  que  est  veoir.  }.  Cîz  très  nobles 
'  bers  resplendit,  auxi  comme  ti  ordenance  de  l'estoire  des  croniques  de 
'cbascun  an  lou  deraosire  certainement  et  cléremeni,  dessouz  .un.  rois 
de  France,  c'est  a  savoir  Charle  le  très  vaillant,  if.  2iyb)  Looys  son 
61 » 

^.  U  diz  Girarz  fu  nobles  es  humaines  choses,  mas  il  fu  plus  nobles  es 

cbouses  divines.  6,  Il  fu  très  droituriers  garderres  de  justice  et  très 

cnjcx  vaingcrresî  des  desloiautez.  U  fu  très  bons  vaingcrres  de  larrons 

|Ct  de  preors  et  très  piteux  deffenderres  des  povres  Jhesucrit.  Il  fu  vain- 

querres  en  bataille,  quar  il  s'estudioit  adès  en  honorer  Deu.  Il  fu  très 

devoz  apparoillerres  de  abbaies  et  liez  donerres  a  la  chetiveté  des  povres. 

Il  estoit  Ions  en  Testiint  de  son  cors,  et  la  forme  ansivoit  tout  son  cors. 

It  e«ioii  fors  par  valor  de  coraige  et  de  cors,  et  miez  vaillanz  et  nobles 

en  armes  de  chevaliers.  Il  estoit  très  aparissanz  devant  louz  en  court 

Lioial  CI  très  sutieux  mervoilleusement  de  consoil  et  de  sapience.  Il  estoit 

tirés  habondanz  de  grant  heritaige  en  patrimoine  et  ploins  et  refaiz  de 

[pant  masse  de  rîcheces.  A  la  fin  il  ponenoit  par  droit  heritaige  très 

Igrant  partie  de  France,  et  govemoit  iceli  par  mervoillable  justice,  et  pro- 

^feaoit  partout  en  faiz  beneûroux  et  propres.  7.  Une  noble  pucele  ygauxa 

lui  li  fu  donée  par  loial  mariaige,  qui  avoit  a  non  Berthe,  fille  Hugon  conte 

de  Sanz»  qui  estoit  née  de  nobles  genz,  plaine  mervoilleusement  de  granl 

biauié.  Et  auxi  comme  elle  estoit  noble  de  lignalgne.  ele  (/.  217c}  estoit 

noble  de  bones  meurs.  Li  rois  de  France  Challes  li  Chauves^  l'autre  seror 


i.  kt  et  aiiUuts  je  sai  at  pour  ja  soit.  —  z.  LataiK;  nir  le  latm.  —  J.  Coff. 
ninqunrn  (expugnator)? 


a» 


■HOBi  farrrfia  ^  Hjb  rex,  &tti 


fOu 


,  aai 


M.  AI  Or, 


et  wcaâée 


li- 


,  a«l  vie 

ttbat.  14.  Umt  fcro  3h»  JBorteiwH  «c 

■MM  jcqiîrebst. 


M  Mifiri  opent 
pnipnB  niMens  con- 

CtOB  ([Wliflll    TÏCÔ- 

ane  ectocti,  dB^gcft- 
1$.  O  iefix  nmiBm  et 


pMciotSy  vcfC  bwiiSlMM  vfilas  ^oa  pruBCrctur  re^n  cdcjte  desdcnts 
joUMm!  16.  Istt  nanqoe  Ycnenbâes  oobâitate  ppnàem  pnâçm 
pmm^  ted  «mon  devoboae  conSs  h—ilBiî  fla^db  tdnjiw  kNig^ 
nMcr  citigjwDt  eos  Dd,  îgnc  iwirgrt'wit  et 
dfgai  HOR  imrcnti  D«o. 


17.  Trantaciu  auicm  .vii^**.  annorum  curriculis,  Spuitus  Sancii  sepd- 
fonnis  kjrismatibus  jam  afîadm  imbuti,  insignes  beremite  Deo  dignam 
pcniientiiirn  perhibemur  exercuisse.  18.  Siquidem.  illo  disponenie  ac 
coopérante  in  cujus  ditione  unîversa  consistunt  régna,  et  sine  cujus  nutu 
nec  fûlium  arboris  nec  unus  passerum  solo  proruunt,  talî  lenore  celitus 
ffleruerunt,  rcgina  mediante,  ad  propria  revocari,  juxta  illud  Daviiîcum  : 
Dominas  erigil  elisoSt  Dominus  solvit  comptditos*.  19.  Adveniente  igitur 
ccleberriraa  soUeoipnitaie  sancti  Spiritus  Pentecostest  (/.  2  c]  qua  rex, 


r.  Mi.  coniinnata,  —  2.  Ms.  in  quantum;  £/.  Up 
Mt.  uadcque.  —  4.  Ps.  CXLV.  8.  —  j.  Corr.  Pi 


français  neant*pourveu.   •— 
■•enlecostcm.  " 


LA    LÉGENDE   DE   GIRART   DE    ROUSSILLON  l8l 

maindre  de  celi,  qui  havoit  Tion  Aloys,  avoit  prise  a  feme  par  leal  ma- 
rïaige.  eT  havoit  mis  en  son  reaume  a  grant  compaignie  real. 

8.  Entre  ces  choses  li  pères  et  la  mère  d'iceles  furent  mort.  Très 
cruex  tançons,  ploinnes  de  pleurs  et  de  larmes,  muit  entre  le  roy  et 
Girart,  de  quoi  sont  meii  tante  péril,  tant  millier  d'ommes  detrainchié 
et  occts(t),  tante  mur  trabuchié  et  tanie  maisons  arses,  que  nulc 
langue  d'omme  nou  porroit  raconter.  9.  Quar  li  rois,  orguilleux  por  ta 
bautesce  de  la  seignorie  real,  faisoit  folement  panre  la  terre  a  lui  par 
droit  de  heritaigc,  mas  Cirart  s'esforçoit  auxi  acquerrc  la  diteterre  a  lui  por 
raison  de  l'ainznée  fille.  1 0.  Après  ce,  par  aucune  mauvaise  fainte  ploinne 
de  barat  d'aucuns  mauvais  faite  contre  Girart.  li  rois  iceli  neant-porveù 
gita  en  chaccnt  fuer  de  son  reame,  et  le  giia  fuer  de  sa  terre  nalivel,  et 
mit  fuer  de  sa  propre  possession.  1 1 .  Mas  li  dis  Girarz  mit  s'esperance 
en  Deu  et  il  fu  couver?,  de  l'ombre  d^icelui,  et  ala  en  exil  sanr  paour, 
ensemble  sa  femme  ;  et,  auxi  comme  il  est  escrit  de  saint  Pol  te  premier 
bennite,  il  converti  la  nécessité  de  fuîr  en  bonne  volante  de  peniunce. 
12.  El  certes  li  diz  Girarz  ne  fu  onques  cogneùz  (f.  2i'jd\  de  .vu.  anr, 
mas  mena  vie  povre  et  aspre,  alanz  humblement  et  très  dévotement  par 
les  diz  .VII.  anz,  par  le  quel  nombre  perfections  est  signifiée,  iî.  A  la  fin, 
ou  jugement  de  mervoillable  humilité,  il  commença  faire  dévotement  ce 
vil  mcsiier  de  charbon  par  quoi  les  huevres  de  févre  sont  faites,  cl  de- 
iraihoit  en  apert  et  portoit  granz  charges  a  ses  propres  espaules,  et 
acqueroît  son  vivre  en  tel  manière  et  en  vivoit  povrement.  14.  Rt 
certes  sa  femme  aprit  diligemment  a  taitlîer  et  a  coudre,  et  acqueroît 
aaxi  sa  viande  d'un  chascun  jour.  "if.  Ha  Dex!  veraiement  trop  ben- 
,  eûreuse  ci  précieuse  est  la  viltez  de  humilité  par  laquele  la  désirée  hau- 
'  tesce  dou  reaume  des  ceaus  est  acquise.  1 6.  Certes,  cist  estoient  honorable 
par  noblece  de  très  haut  lignai^  ;  mas  il  sont  trové  digne  a  Deu  por  la 
très  haute  devocion  de  cuer  très  humble  en  soffrant  longuement  de  bon 
coraige  les  tormenz  de  Deu  qui  tes  chastioit,  et  sont  examiné  par  le 
feu  de  purgacion  et  d'esprovement. 

17.  Lou  temps  des  .vu.  anz  trespassé,  li  noble  hermiie  sont  reampli 
errament  de  la  grâce  et  des  dons  dou  saint  Esperit,  quar  il  orent  faite 
digne  penitance  a  Deu.  18.  Et  certes  icelui  ordenant  et  facent  en  la  quel 
seignorie  tuit  li  reaume  sont,  et  sanz  la  quelc  volante  une  fuellc  d'arbre 
ne  une  (/.  218  a)  passerote  ne  cheent  a  la  terre,  il  desservirent  en 
tel  manière  estre  rapelé  a  lour  propres  chouses  a  l'aide  de  Deu  par  la 
reyiie,  selonc  ce  que  David  dit  :  Nostres  sires  adresce  les  malmis,  nos- 
trtx  sires  desloie  Us  amprisonez.  19.  Dont,  quant  celé  très  celebrable 
feste  de  Penthecoste  vint  de  la  sollempnité  dou  saint  Esperit  en  U  quele 
li  rois  havoit  apelez  touz  ses  princes  por  faire  grant  soilempnitl  a  jour  de 
court  real,  Girarz,  ensemble  sa  femme,  en  habit  de  povre  mendiant,  se 


iSl  p.  MEYEB 

convocaiisuniversisprimoribussuis,  regalis  curie  magnificentiasoUempni- 
zabat  diem,  Girardus,  una  cum  conjuge  sua,  sub  habitu  peregrino.  assumpia 
specie  mendici,  v-igilia  ejusdem  diei,  Parisius,  regine  se  ipsum  clam  mani- 
festai. 20.  Acilla,eocognito.  pietatisatfectucommoia,  lacrimabili  voccin 
ipsum  imiens  atque  inter  ipsa  mutue  complexionis  oscula,  de  serons  sue 
cominuo  sctscitatur  sospitate.  3i.  Qua  adduaa  et  cognita,  invicem  diu 
multumque  collacrimanies,  fit  inenarrabile  însperate  agnîtionis  gaudium. 
22.  Porro  regina,  illos  apud  se  clanculo  habundantissime  rccrcans,  cadem 
nocte  conquerendo,  suggerii  régi  de  injusta  Girardi  persecutione  ac  de 
sororis  sue  miserîa  et  proscriprione,  se  nimis  inde  grave  sub  peciore 
vulnus  habcre'.  2;.  Rex  autem  divinitus  compuncius  ait  illi  :  a  Faleor, 
■  inquiens,  continuus  dolor  et  ingens  tristicia  animo  meo  insident  tam 
V  fidelem  michi  nosireque  reipublice  utillimum  ac  probatissimiminugaci- 
«  tate  deroganiium  tamdiu  amisisse.  Sed,  si  alicubi  fonuilu  invenirentur, 
«  el  gracie  nostre  sueque  possessioni  redderentur.  n 


24.  His  regina  auditis  eisque préparais  ac  preciosîs  vesiibus  indu(c)tis, 
mane  ipsius  sacraiissime  diei  conspectibus  régis  jam  ad  ecclesiam  pro- 
gressuri  subito  eos  représentât.  2$.  At  illi  cominuo  vesiigiis  régis  humi- 
liter  advolvuntur.  26.  Quos  ille  agnoscens,  statim  divino  nutu  compuncius 
lacrimisque  pietaiis  infusus,  e  vestigio  illos  a  solo  élevât,  ac  bénigne 
complectens  dulcibus  eos  aloquiis  mirabiliterdemulcel,  cunctîs  pnmatibus 
Francorum  illo  aslantibus  atque  stupentibus.  27.  Deinde,  Spiritu  sanclo 
septiformi  inspirante,  rex  commîssa,  licet  colloquentium  dolo  concînnata, 
eis  clememcr  indulget,  universisque  congaudentibus  gratiam  suam  et 
honores pristinos  iili  magnifiée restituit.  38.  Igiiurheroesnobilissimi,  rega- 
libus  magnificcntiis  optimatumque  exeniis  admodum  honorando  ditati  ac 
multitudine  obsequentium  stipati,  ab  urbe  digrediuntur  regia,  cunctisque 
faventibus,  cum  muha  gloria,  remeant  hylares  ad  proprîa.  29.  Quibus 
advenieniibus  universi  caiervattm  obviam  ruunt,  singulis  eos  amorc 
flagranti  complecti  sibi  gestientibus,  quoniam  proprios  patemos  tanquam 
carissimos  quos  tandiu  lugubri  desolatione  olim  adesse  defleverant,  nunc 
[Dec]  propiciante  desideranter  respicicbant  '. 


?o.  Predarissimus  iiaque  cornes,  rccepta  terra  propria,  cepit  hane- 
lanii  studio  piis  operibus  efficaciter  insistere,  que  uiique  illum  heremas 


t.  Haamùre. 

J.  On  pourrait  corriger  recipiebani  ;  e'ttt  u  fB'tf  /a  U  traducltur. 


LA    LÉGENDE    DE    CIRART    DE    ROUSStLLON  l8j 

manifesta  a  U  reyne  celéemenc  a  Paris,  la  voille  dou  dit  jour.  20.  Mas  la 
reyne,  qoant  ele  le  conuii  fu  roeûe  par  la  perfection  de  pitié,  et  ala  a  lui 
plonnt  pt  gémissant;  et  entre  les  baisiers  de  l'entrechanjable  embracement 
entre  lour,  ele  demande  errament  de  la  santé  de  sa  scur.  21.  La  qucle, 
qoant  Girarz  U  amena  ci  ete  la  conut,  il  plorérent  ensemble  a  la  foiée  et 
mont  longuement  ;  et  fu  anqui  faiz  mervoilloux  joies  de  ce  que  il  se 
veoicnt  et  il  ne  se  cuidoient  jamais  vcoir.  22.  El  certes  la  repe  les 
eniuena  celéement  avec  li.  et  les  fisi  tenir  a  aise  habondamment.  En  celé 
meîsmcs  nuit  ele  dit  au  roy  en  plorant  et  en  complaingnant  de  la  des- 
lotal  perfection  '  Girart  et  dou  chaitif  exil  de  sa  suer,  et  dist  qu'ele  en 
esioit  formant  a  mesaisc  de  cuer,  et  mont  sovani  li  pansersli  grevoit.  2j. 
Mas  li  rois,  painz  ^  par  la  grâce  de  Deu,  ii  dist  :  1  Je  reconoîs  que 
«  dolors  et  granz  irisiesce  est  ( /.  218  M  en  mon  cuer  et  jour  et  nuit 
«  coQtinués,  pour  ce  que  nous  avons  perdu  tant  longuement  si  féal  home 
«  a  moi  très  preudomes  et  très  profitable  a  nostre  chouse  commune  par 
•  U  gengle  des  traltors  ;  mas  se  il  pooient  estre  trové  en  aucun  leu  par 
«  aventure,  il  seroient  restabli  a  nostre  grâce  et  a  lour  possessions.  » 

34.  Quant  la  reyne  ot  ote  ces  choses,  ele  fist  apparoillier  ices  etveslîr 

de  précieuses  robes.  Au  matin  de  ce  très  saintisme  jour,  ele  présenta 

ices  soudainnement  ou  resgart  dou  roy  qui  ja  voloit  alcr  a  l'église.  2  i . 

Mas  cil  se  geiéreni  errament  mont  humblement  as  pies  le  roy.  26.  Quant 

li  roys  les  conuit,  errament  il  fii  meuz  et  poinz  de  la  volante  divine,  et 

ift)  plains  et  habondanz  de  larmes  de  pitié.  Il  les  leva  de  devant  lui  de 

'tnre  i  it  les  embraça  benignement  et  les  essoaija  mer\'oiIleusement  par 

douces  paroles  devant  touz  les  princes  de  France  qui  enqui  estoient,  qui 

mont  s'en  mervoillérent.  27.  D'anqui  en  après,  le  saint  Esperit  qui  ha 

.VII.  dons  inspiranz,  li  rois  lor  pardona  debonairement  lor  mesfaiz,  je 

sai  ce  que  il  i  fussent  continué  par  la  boidie  des  traiiors,  et  lor  restabli 

sa  grâce  et  lor  premiers  honors  ;  et  cil  qui  le  virent  en  oreni  tuit  grant 

joie.  28.  Donques  li  très  noble  compaîngnon,  honoré  par  les  granz 

îfeangesdou  roy  et  par  très  granz  esiroines  ;  il  se  partirent  de  la  cité 

lieal  et  rcpairent  (/.  218  c)  par  l'outroi  et  par  le  gré  de  touz,  sain  ei 

laligreT  a  Jour  paiis  et  a  lor  propres  choses,  a  grant  joie.  29.  Quant  il 

firindrcnt  en  lor  paiis,  il  lour  corrurent  tuit  a  rencontre  en  conpaingnies, 

rd  les  ambraçoient  uns  chascuns  par  bone  amor.  quar  il  recevoient  par 

Caidede  Deu  lor  propres  seignors  très  chiers,  les  quex  il  havoient  plorez 

moût  longuement  desconforté,  quar  il  ne  savoient  ou  il  estoient. 

}0.  Puis  que  li  très  nobles  cuens  ot  receue  en  lele  manière  sa  propre 
terre,  il  commanca  par  grant  estude  entendre  diligemment  a  piteuses 
oevres  les  quex  li  hermiiaiges  li  havoit  enseigniè,  c'est  a  savoir  lui  giter 


I.  Cerr  persécution.  —  2.  Corr.  poinz. 


iloB  deoiibai  freadere  ec  anu  sac  pqïaiimiit  excrccre, 
!  ne  tojpvcfn&diH  cotMCBpsn  aenoMo  ■OwV.  )4.  De- 
!  qttOBdam  impioc  sot  ngKSJtts  oooqMKXS  wwigiiw^  virosi  utique 
lirons  y»caU>  saaôos.  qui  rctenuD  dtscordiaran  nigas  et  rcdmn  miaii- 
1  aaninaria  'pnàaàam  sepoha  iteroi  iMcr  Rgem  et  Cinrdum  ore 
mtttdtafe  itfmcar.  j).  Sîqnîdea,  luipmr»  testante,  stcui 
sobrieus  bonorum  ron^ntm]  viaonim  eâaa  tn  se  et  in  aliîs  insequitur 
>  et  odh.  ita  et  nonnunquam  torpens  contumacia  *  malignantium  virtotum 
^«xerdtia  exosa  habet  et  ejceaabilia.  ;6.  Inde  est  quod  ab  imtio  quoque 
impii  pios  insectantur  et  adversaniur,  quoniam  diverso  tramite  gradî- 
umar,  juxta  iUud  psalmiste  :  ConsiderM  pictàtor  justum  ei  qusriî  monip- 
cart  tiim^.  ;?■  Rex  autem,  deroganiiuro  temeritati  nîmie  credens^ 
Girardum  deinceps  non  letù  oculis  intuebatur.  )8.  Quod  héros  pruden- 
lissimus  animadvertens,  pacifice  secessil  m  sua.  ^9.  Igitur,  causis 
utrorumquc  ventîlando  dtscussis  atque  tandem  turbatis,  precipue  ob 
b|>atrimonîa  conjugum,  rex  atque  Girardus  infederaii  ab  invicem  disceduni. 
40.  Rex»  auteiii  aniino  etTeratus  felleque  amaritudinis  indignando 
succensus,  exerdtu  in  unum  coacto,  Girardum  omnimodo  pertinacher 
persequi  parât.  41.  At  ille  prenoscens,  ascîtis  fidelibus  suis  et  precipue 
regibus  Hyspanie  consanguiniiate  sibi  propinquis,  oppida  sua  firmiter 
munit  atque  regem  sccure  operitur.  42.  Rex  ergo,  invidia^  niaxirae 
ducatum  gerente,  moto  oiagno  et  forti  exercitu,  lerram  ipsiuâ  drcum- 


I.  hU.  conlumita  —  x.  Ps.  XXXVI,  ja.  —  3.  Ms,  Res.  —  4.  Corr.  iaTÎ- 
diam  m.  d.  fhabendi]? 


LA    LÉGENDE   DE   GIRART    DE    ROUSSILLON  |8Ç 

sovani  en  oroitoni ,  sovante  foiz  geuner,  securre  piteusement  au  besoing 
les  povres,  resplendir  par  équité  de  droiture,  entendre  diligemment  a  fiairc 
abbates,  et  as  autres  vertuz  dou  saint  Esperit  entendre  pardurablement 
sanz  cesser.  3 1 .  Et  certes  Berthe  sa  femme  honorable,  resplendissanz 
par  dignité  de  prode  femme,  ne  laissoit  pas  por  ce  qu'ele  ne  se  travaillast 
acostuméemeni  et  par  grani  désir  as  oevres  de  pitié.  Ele  s'csforçoit 
aucune  fois  avec  Marthe  d'amour  le  commun  ministère,  c'est  a  savoir  ou 
servise  des  voves.  des  orfelins.  des  povres  et  de  ces  qui  Deu  servoicni 
cntendiblemeni.  et  minisiroit  a  Deu  en  tel  manière  par  grani  cure;  et 
aucune  foiz  seoti  avec  Marie  as  ptez  Jhesucrit  el  (f.  218  d\  ooit  la  parole 
d'icetui  et  arousoit  ses  piez  par  habondanccdcses  larmes,  ei  lour  donoil 
bai&iers  de  pitié  et  les  terjoit  par  les  chevox  de  veraie  devocion.  ^z.  Et 
por  ce  que  cist  faisoient  noblement  ces  choses  et  autres  semblables,  li 
très  granz  ilaireurs  et  li  famés  de  lor  bone  opinion  fu  espendue  large- 
ment par  le  monde. 

)3.  Quant  U  anciens  anemis^  H  deables,  esgarda  ces  choses  par  ses 
cniex  eulz,  enflammez  contre  ices  por  la  boidie  de  sa  malignité  auxi 
comme  il  est  contre  touz  les  autres  preudomes,  il  appareilla  forsenner  et 
frémir  contre  lor  par  ses  pesmes  denz,  et  se  travailla  panrc  ices  par  les 
armes  de  sa  perversité,  et  enlacier  par  les  darz  de  sa  grant  decevance.  $4, 
A  la  fin  il  esmuit  aucuns  mauvais  parceniers  de  sa  desloiaulé  qui  estoient 
navré  d'envie  envenimé,  li  quel  s'esforcérent  par  lor  parole  esquemenie 
resviver  les  fronces  dercchief  entre  le  roy  et  Girart  des  ancîenes  dis- 
cordes, d  les  seroances  revivables  qui  estoient  ja  pieça  obliées.  >5.  Et 
certes,  si  corn  li  escripture  tesmoingne,  auxi  comme  li  atemprance  des 
bons  guerroie  et  hatst  en  li  et  as  autres  le  devorement  des  vices,  en  tel 
manière  aucune  foiz  U  tiedes  despiz  des  mauvais  hatst  habondance  de 
vertuz  el  tient  a  mauvais.  16.  De  ce  avîem  que  li  mauvais,  dès  le  com- 
mancement,  guerroient  les  bons  et  lor  sont  contraire,  quar  il  vont  par 
divers  santiers,  selonc  ce  que  David  (/-  219  d)  dit  :  £i  ptcherra  tsgdrtU 
U  droitamt  tt  tfuifrt  commanl  U  U  paisu  souimetre  a  ptchii.  17.  En  tclc 
manière  li  rois  crut  trop  a  la  mauvaise  volante  des  traltors  et  ne  retgar- 
doit  pas  d'anqui  en  avant  Girart  tiement.  38.  Quant  Girarz,  qui  estoit 
tréi  sages.  I*aparçut,  il  se  départi  paisiblement  et  s^en  ala  en  son  patts.  $9. 
Donques  les  causes  de  l'un  et  de  l'autre  encerchies  en  apaiunt  et  a  la  fin 
troblteft,  masmes  pour  les  patrimoines  de  lour  femmes,  li  rois  et  Girarz 
le  dcpanireni  a  b  foiée  unz  trives.  40.  Mas  li  rois  crues  en  son  coraige 
et  embrasez  en  desdaîagnant  de  feu  de  amertume,  amassa  son  oet 
'  emnnhir  et  apporailb  guerroier  fenncment  dou  tout  en  tout  tt>  dit 
Gsrirt  41.  Haï  qaant  az  lou  sout.  il  appela  toux  ses  féaux  ci  meesœ- 
nent  les  rois  d*£spaDigne  qui  estoient  si  cosin  pruchien,  et  garni  fcnne- 
nem  ses  rtimraiii  et  atendi  segurement  te  roj.  43.  Donques  h  rois. 


p.  MEYER 

B,  beluina  feritate  pessundat,  atque  eum  in  novisstmo 
Wpoaessîoms,  circumfusis  undique  agminibus  obsidet  s  miniuns 
tts;  ace  eum  ulla  dedicione  salvandum.  sed,  veluii  impium  pro- 
i,  MB  «fan  lerra,  sed  etiam  viu  privandum  ;  illo  semper  cum  rege 
i  reMcnte. 


v4).  Ginrdus  autem.  convocatïs  fidelibus  suis,  consulit  quid  in  tam 
ttrod  âniculo  resici  agendum.  44.  Al  illis  cum  rege  congredi  deccr- 
n«ibb«$,  precipueque  Fulcone  nepote  suo,  viro  ulique  sapiente  et  forii, 
insistente,  quidam  sapieniissimus  senior,  divinitus,  ut  creditur,  inspiratus, 
tàl  illi  :  45-  «  Non  est,  inquiens,  congruunij  0  Girarde,  ut  homo  contra 
«  dominum  suum  pugnare  présumât,  nisi  causa  inevitabili  et  eo  prius 
w  convenio.  46.  Dirige  ergo  aliquem  fidelium  tuorum  ad  regem  domi- 
t>  num  luura,  et  verbis  humilibus  ei  offer  iusticiam,  et  de  objeciis  tibi 
t  secunduro  jur?  leguro  sciât  te  esse  paratum  in  curia  sua  defendendo 
■  1/.  ;1  pugnaturum,  salvo  nimirum  honore  tuo  et  vita,  atque  injuste  te 
V  înscqui,  ac  jure  tuo  te  velle  uti  cognoscat.  47.  Si  autem  ex  bis  adqui- 
«  etcere  noiuerit,  tune  omnes  tibi  6deliter  jam  auxiiiabuntur.  »  48.  Misso 
it»que  nuntio,  ac  salutaio  rege  legaiioneque  luculenter  perorata,  rex  mox 
ira  effcrbuil,  atque  ipsura  nuncium  crudelioribus  verbis  vehemenier  irri- 
Uktum  continuo  jussit  expelli,  nimis  minas  Girardo  incumulans,  nec  se 
omnino  quiescere  affirmât,  donec  atrociori  examinatione>  illum  interimat. 
49.  Quibus  renunciaiis,  prefatus  senex  sapieniissimus  ait  :  aO.inquiens, 
ti  Girarde,  este  et  crede  satubri  consilto  tibi  in  posterum  profuturo. 
*  )0.  Mitte,  inquam,  iteralo  ad  regem,  humiliora  ac  subjectiora,  atque 
n  jusiiciam  in  curia  sui  ipsius  offerens,  salvo  utique  jure  tuo  et  vita. 
u  il.  Quibus  si  abnuerii,  continuo  de  adjutorio  surami  régis  confisus, 
«  bcUum  pro  tua  defensione secure  illi  denuncia.  j2.  Omnipotens  autem 
«  Deus  pro  tua  justicia  pugnabit.  atque  triumphalibus  preconiis  ubique 
0  magnificubcris.  »  {j.  Rex^,  his  auditis,  vehementî  carpitur  ira  inge- 
minansvcrba  verbis  pejoraprioribus.  54.  Igiturbellodenominato,  utrinque 
bcllicus  apparat  us  copiosissime  preparatur.  jj.  Itaque,  luctuosa  die  illa 
advenicnte,  utrorumque  acies  ordinatim  instnicte,  agminibus  junctis 
lerribilitcr  conserendoi  invicem  invehuntur.  (6.  0  dies  funebris  et  lacri- 
mosa,  dies  horribilis  et  formidolosa  in  qua  lanta  exacta  suni  exicia,  toi 
defecta  sunt  capita,  tôt  ampuiata  membra,  lotexanimata  corpora,  tellus 


i.  Mt.  onidet.  —  a.  Corr.  exaDÎmaiione?  —  }■  Il  parait  manquer  ici  un 
mot;  (f.  U  Iràduttio».  —  4.  Malgré  f accord  da  uxti  a  de  U  iradunloa,  U 
pdtjU  rtiJnqutr  tnltt  tttU  phtau  et  la  prUidcntc  qutlquii  lignes  ou  au  moins  ^aelquu 
moli,  pour  faut  savoir  aut  Gtrart^  suivant  U  conseil  du  vieillard,  envoya  pour  la 
ittwài  /»«  m  mtuaga  à  Charlis.  —  j.  Afi.  conferendo. 


LA   LÉGENDE    DB   GIRART   DE    ROUSSILLOK  187 

ieqael  envie  de  bavoir  le  duchesme  menoit,  mit  dessoz  lui  la  terre  dou 
dit  Gtran  en  degastant  cnieimeni  par  son  grant  osi  qui  forz  esloit,  et 
sssieja  iceiui  a  granz  compaingnies  de  toutes  pare  ou  darrenier  chastel 
de  sa  possession,  et  le  menaçoit  de  mon;  et  ne  le  voloit  laissier  par 
nul  habandonement,  mas  ii  voloit  tolir  la  vie  auxi  comme  a  desloial  trai- 
teur, non  pas  seulement  tolir  sa  terre,  je  sai  ce  que  li  diz  Cirart  vousisi 
louzjourz  acorder  au  roy. 

4).  Mas  Girarz  assembla  touz  ses  féaux  et  lour  (J.  2 19  ^)  requist  entre 
CM  choses  qu'il  devoit  faire  en  cest  cruel  article.  44.  Cil  li  dicnt  qu*il 
looient  que  il  se  combalissent  au  roy,  et  uns  siens  niés,  qui  havoit  non 
Foarques,  devant  louz.  A  ce  coniredît  uns  soux  homs  saiges  et  for/,  qui 
estoit  velarz  et  très  saiges  ;  et  croit  l'on  que  ce  fu  par  l'inspiracion  de 
Deu.  Iciz  disi  :  45.  «  O  tu  Girart,  il  n'est  pas  covenable  chose  que  li 
«  homs  se  com[bate  conître  son  seigneur,  se  n'est  par  cause  qu'il  ne 
«  puisse  eschiver,  et  que  il  l'ait  avant  semost  de  paiz.  46.  Anvoie  don- 
«  ques  aucuns  de  tes  féaux  au  roy  ton  seignor  et  li  offre  droiture  par 
«  humbles  paroles,  et  saiche;s^  que  tu  es  apparoiliez  de  loi  purgier  en 
«  deftendam  en  sa  court  selonc  le  droit  des  lois  de  ce  que  l'on  te  met 
«  sus,  en  tel  manière  que  ta  honors  soit  sauve  et  ta  vie,  et  ce  qu'il  t'a 
«  guerroie  a  tort  ;  et  qu'il  saiche  et  conoisse  que  tu  vues  user  de  ton 
a  droit.  47.  Et  se  li  rois  ne  vuet  faire  ces  choses,  toutes  tes  genz  t'aide- 
a  ront  adonc  fealment.  m  48.  Il  anvoia  en  tel  manière  .j.  messaige  au 
roy  et  lou  salua,  et  quant  li  messaiges  ot  dite  sa  parole,  li  rois  fu  crra^ 
non  forment  courrouciez  ;  et  quant  il  ot  blasmé  forment  le  messaigier 
par  cniex  paroles,  il  commanda  errament  qu'il  fust  gitez  fors  bonteuse- 
BCM,  et  ajosta  menaces  a  menaces  encontre  Girart,  et  aferme  qu'il  ne 
œnera  jusqu'an  tant  qu'il  ait  occis  lou  dit  Gtrart  dou  tout  en  tout  par 
and  eiaminacion  (/.  219  c\.  49.  Quant  ces  choses  furent  racornies  a 
Gtnrt.  rij]  devant  dit  rieillarz  très  saiges  dit  :  «  O  to  Girart.  entan  moy 
«  eC  croi  bon  consoil  en  quoi  tu  barras  profit  a  touz  joart.  ^o.  Anvoie 
«  enoores  derechief  au  roy,  et  li  offre  plus  humbles  choses  et  plus  sub- 
1  jccies,  ei  &tre  droit  en  sa  propre  con.  sauf  toute  voie  ta  vie  et  ton  droit. 
■  f  I .  La  qoel  cfaose  le  il  ne  la  vaet  Caire,  fie  loi  en  Paide  de  Deu  toreratog 

•  ivy,  et  S  Brade  losi  parnasmenam  lo«a  ■rgurcitw  b  bataflle  po«r 

•  uààeAsàn.  52.  EtcaktaqscfitooipamauttStfcs  le  coarimn  poor 

•  ta  draiOffc.  et  lovealevezpiartoazteaspOBr  les lottgea des  victoires*. 
)^  <^MB1  E  rail  d  ce  que  Ginrz  fi  niaadoît,  il  fa  pÛv  de  trét^Mt 
jfc  d  Mwn  Mt  paroles  pires  des  prewercs.  {4.  Aood^ms  b  dsumc 

roy.  ei  fn  btz  iparaileBeaz  dWe  pan  et  d'xitre  de 
f  5.  En  td  iwirrr^if— t  dx  îoarz  pleins  de 
S  a«z  iRM  ^ipirniK^  màewêtmrm  d'tee  p«t  ci  d^Htte, 
A  s'dmcaHrtrai  iei  GoanoÎKiBes  a  bfciée,  <«  fiem 


befi^genn- 
ymSbm 


;  RX  <|Mqae  IgPOwinicMo 
■fge  pRs£o  K  ooflDBdth. 

TÎctiidbus 
Kjnla  n^  Aid  Oanlid 
Nonsthétur 
Dâ  Ginrdo  iBad  qood  sequsnir 


6i .  Rex  itaqne  podoroa  et  àtàean  aou  ferens  ami  infomimi.  mulô- 
p6c3to  neram  exeratn  GinnloD  domo  peraeqoi  ac  uldsd  se  d«  itlo 
prntare  fesônat.  61.  <^oà  iBe  audicns.  régi  prias  humiliier  justicia 
obbla,  Boa  obtenu,  defendere  se,  Deo  protegoite,  lorte  beUica  magnï- 
6ce  parat.  6;.  Ergo  ntroruniqae  ranei  nidûkxmnus  Tementes  ac  acmer 
axigressu  duro  gravique  Mavone  aliqaandhj  irtrinque  conflixere;  sed 
divinitus  Cirardo  iriumphus  tnbaiiar,  regaiibus  terga  dantibus,  robus- 
losque  iaus  cedentium  lolerare  )am  non  ^-alendbus,  et  sic  predpiii  fuga 
diffughim.  64.  Quid  multa?  sed  ut  mutta  et  magna  pauds  conctudam. 
produnt  non  solum  antiquiores  sed  N-ylgo  concinnente  publicarur  quod 
divereis  urique  locis  et  leraporibus  ingentibus  preliis  invicem  fere  duode- 
cies  seu,  ut  quidam  affirmant,  trededes  terribiliier  conflixenint,  acsi  duo 
maximi  *  ac  feroci&simi  leones,  (^f.  $  ^)  a  quorum  rugitu  hombili  finitima 
undique  régna  terriu»  suni  et  commota.  65.  Nam  rex  semper  Girardum 
pertinacherimpetebat.iUe  autem  robustissimesedefendebat,  Deoqueauxi- 
liante  jugiteririumphabat.  66.  Novisstme  quoque  eundem  regera  fiigando, 
cecidit  usque  Parisius  urbem,  ac  intra  menia  cjus  îpsum  cum  suis  manu 
pervalîda  virilitcr  detnisit.  67.  Rex  vcro  in  sua  pervicaci  obstinatione^ 


i.  Wj.  pudure.  —  2.  Ps.  XXXII,   16.  —).  Ps.   XXXII.  18.  —  4.  Ms. 
inmaximi.  —  {.  Mt.  territi.  —  6.  Ms.  obstimjtioDc. 


LA   LÉGENDE   DE  CIRART   DE   ROUSSILLON  189 

méat.  $6.  Ha  Dex  1  ce  fu  jourz  pleins  de  pleurs  mortex,  joun  orhble 
et  pleinz  de  paor,  en  laquete  tante  tormant  sont  fait,  tantes  testes  train- 
chies,  tant  membre  copé,  uni  cors  mené  a  hn  ■  en  laquele  \j  terre  fu 
arosée  habondanment  dou  sanc  des  hommes  et  fu  coverte  par  dessus 
(/.  3 19  fi)  des  charevostes  des  morz  !  57.  Certes  il  se  combatircnt  en  tel 
manière  moui  cruelment.  A  la  fin  les  compaingnies  le  roy  commancé- 
rent  a  flainchîr  en  cheani  et  enmoindrir  pou  a  pou  ;  mas  les  compain» 
,  gnîes  Girart  prirent  a  anforcier  mont  formant,  auxi  comme  par  U  force 
de  Ûeu,  et  envahirent  cruelment  lor  anemis  en  guise  de  lyon.  58.  Don- 
qnes  en  la  fin  les  compaingnies  lou  roy,  qui  ja  estoieni  iravailties  par  lor 
anemis  qui  cruelment  les  anchauçoienl,  lour  toméreni  communément 
les  dos  et  s'anfuoient  par  divers  leus  ;  et  li  rois,  pleins  de  irfis  grani 
honte  despiteuse,  s'en  torna  en  fue  confus  et  pleins  de  pleurs.  $9.  Mas 
li  cuens,  qui  fu  de  grant  coraige,  Ast  soner  ses  busines  et  fisi  retrairc  ses 
genz,  qu'il  ne  vuet  pas  qu'il  chaçoicnt  lou  roy;  mas  11  fist  panr;r]c  les 
richesces  et  lou  gueaing,  et  s'entoma,  ensemble  grant  joie  de  viaoirc,  en 
ion  chasiel.  60.  En  tel  manière  Dex  apropria  convenablement  en  aucune 
manière  au  roy  Challe  ce  que  David  dit  au  psalme  qui  dit  :  U  rois  n'est 
pas  sauvez  par  sa  grant  vertu,  et  cetera^  et  a  Girart  le  sergent  Deu  avient  a 
bon  droit  ce  qui  ci  ensuit  :  Esgardat  U  oil  nostre  Seignor  sont  sus  cets  qm 
/ou  doutent^  €\  cetera. 

6 1 .  Li  rois  ne  soffri  pas  en  tel  manière  la  honte  et  la  desloiauté  de  si 
grant  roescheancc  (/.  220  a),  mas  assembla  derechief  sesgranj  07.  por 
guerroier  Girart  et  se  haste  vaîngier  cruelment  d'icelui.  62.  Quant 
Cirarz  1*01,  iloffri  premiers  humblement  au  roy  faire  droit  par  lui,  ma» 
il  ne  pout  bavoir  Totroi.  Adonc  il  s'aparoilla  desfendre  couraigeuscmeni 
a  l'aide  de  Deu  par  bataille.  6  3 .  Après  ce,  les  compaingnies  vindrent  d'une 
part  et  d'autre  habandonnées,  et  assemblèrent  cruelment  et  t'entrefe- 
rirent  longuement  par  dure  et  par  grief  bauille;  mas  la  victoire  fu  donée 
a  Ciran  par  l'aide  de  Deu,  et  les  genz  le  roy  tomérent  les  dos,  quar  il  ne 
pooient  ja  sotlrir  les  forz  cops  de  ces  qui  les  detrainchoicnt,  mas  s'en 
fooiem  coitousement.  64.  Por  quoi  vous  diroie  je  plusors  chows  i  mas, 
por  ce  que  je  mete  granz  choses  et  plusors  en  petites,  li  veillart  nou 
dîeni  pas  seulement,  mas  est  ja  publié  par  tout  le  monde,  qu'il  se  coroba- 
tirent  espeontablemeni  a  b  foiée  en  divers  lexu  et  en  divers  tans,  en 
granz  bataille,  a  bien  près  .xu.  foiz  ou  .xiu.  foiz,  auxî  comme  aucun 
Paffamcnt,  ciaini  comnie  .11.  très  grani  lyon  et  très  cruel,  dou  bruit 
bonifale  des  qoez  S  prodaen  reanne  um  esjMooié  et  escoaineu  de  loote» 
,fsnt.6$.  QaarSroHrcqoensitadèsGîrartcniefaBeatyetcâKdafcadort 
[fcnemnem  et  vanqaoîi  adte  a  l'aide  de  Deo.  66.  Att  derresier  il  dbaça 
[lou  roy  nnqoeaenûdtédc  Paris  par  grant  proeaoe.  67.  Kai  li  roii  q« 
pcascfcriM  (/.  220  ^)  es  s  gra»  aafice  apda  tei  laewjîgiwi  a  \im 


190  P.  MEYER 

perseverans.  accim  cursoribus  suis  atque  breribus  schpiis  eos  bonerans, 
mand:ii  usquequaquc,  dans  tnulia  donaiiva  et  infimta  promittii'  sti|>endia, 
quaiinus  de  Girardo  tam  coniumaci  sevenssime  se  queat  ulciscï.  68.  Cui 
taJii  aiutic  exequenii,  angélus  Ooroini  magna  cam  luce  noctu  apparens, 
compellat  eum  bis  verbîs  :  69.  «  Noli,  inquiens.  0  rex,  contra  Girardum 
n  dcinceps  aliquid  sinistiî  machinari,  nec  eum  uttehus  deiiberes  insequi, 
o  quonîam  proteciione  tuetur  Altissimi.  sed  quantocius  siudeas  eum  eo 
«  pacisci,  quoniam  opéra  illJ  sunt  placîta  divine  majestaii.  70.  Sin  auiem 
«  contra  hcc  aliquatenus  reniii  conaberis^  supemi  Ultoris  manum  atro- 
"  dus  experieris  tuendo.  »  7 1 .  Evigilans  vero  rex  suis  dïvinum  oraculum 
depalai,  atque  cepta  inconsuhe  decassans,  Girardum  ad  pacem  invitai. 
7a.  Quam  ille  libeniisstnie  amplectcns,  siatutoque  die  mullis  dignîtatibus 
hominum  utnnque  illic  confluentibus,  invicem  rex  et  Girardus,  commis- 
sis  induitis  et  veteribus  querelis  sedaiis,  lirnio  perpétue  et  sincère  diiec- 
tionis  glutino  invicem  confederant,  Girardo  nimirum  suo  jure  libère  ac 
quiète  podente»  et  sic  finis  tam  diutume  comrovenie  fuit. 


De  monasteriîs  Girardi. 

7;.  Igitur  Girardus,  pace  quîeteque  tandem  adepta  turbineque  bello- 
mm,  Deo  opiiulante,  adempio,  quod  olim  pio  versabai  in  pectore  nunc 
pergit  exequi  efticaciter  opère  74.  Siquidem  duos  libères  genuerant, 
Theodericum  scilicct  puerum  qui  infra  spatium  unius  anni  vica  excedens 
Innocentium  turmis  ipse  innocens  glomcratur  in  astris,  pueltam  etiam 
nomine  Evam  que  et  ipsa  parentum  funera  inmaturo  obitu  prevenit. 
7;.  Quibus  defunctis  ceperunt  vehementius  atque  ardentius  quod  dudum 
gesiierant  mentis  atfectu  alacriter  adimplere  operis  effectu.  76.  Denique» 
in  honore  .xii.  apostolorum  Christi,  seuinsignumi.  xii.  triurophalium  pal- 
roarum  quibus  eos  magnificavitchrisii  clementia>  .xii.  decemunt  construi 
monasieria,  quod  et  feceruni  fulii  Dei  opère  et  gratia,  tam  uiique  viro- 
rum  quam  muHerum  et  diversonim  ordinum  ;  in  quibus  videticet  monas- 
leriis  duodenos  dumtaxat  servienles  Deo  constituuni,  per  singula  dele- 
gantes  eis  patrimoniorum  ac  rediiuum  larga  continia.  ad^  temporaiis  vite 
futdcnda  subsidia.  77.  Siquidem  inter  alia  cenobia  duo  condideruni 
egregia,  videlicet  Vercelliacum  et  Pulteriacum,  tum  pignoribus  sancto-. 
rum  inibi  delaiis.  tum  privilegiis  Romane  iibenalis,  circumquaque  nobilia' 
ac  celebria.  78.  In  suburbio  quoque  Auiisiodorensi^  urbis  construxerunt 
unumf,  sicut  privilégia  eorum  produnt,  quod  modo  quidem  canonicorum 


I.  Corr.  promittens.  —  2,  Ms.  conad'is.  —  3.  Ms.  insigne.  —  4.  Mr.  ac.  — 
}.  SuppUtî  cenobium  oa  monasterium. 


Là   iJCEKDK   DE  GIRART   DE   ROUSSILLON  I9I 

faaUla  lettres  et  escriz,  et  mada  par  umz  leos,  et  donoit  phiaon  Mvdécf 
A  fnMMloit  très  grau  laaka,  pour  ce  que  il  ac  peôftvaa^er  croei- 
■lent  de  Ginrt  qaî  ù  wutnn  fi  sembkit.  68.  Qnam  il  pomoît  cet  dioics 
en  grant  angoine,  G  anges  aottre  Seignonr  hd  apanit  de  mit  a  graat 
lao^erCy  et  Pesaigoa  en  ces  sg»z  porolei,  et  ti  difl  :  c  69.  O  ts,  rois, 
«  w  panner  pios  deaoRBavaat  auoin  mal  encontre  Ciran,  ne  ^'*— ^'tf 
«  m  loa  goerraies  plas,  qaar  Dex  loa  gvde  et  défient,  ont  panse  ce»- 
«  mam.  tn  panes  loa  aoorder  a  Im.  qnar  ses  oencs  pbÎKnt  a  Den,  70. 
«  Se  Oi  t'crfjfffi  oanm  ce  cb  ancone  manière,  tn  le  coDpsvraf  crwl- 
«  aeat,  ethnan  OeneapanrabTaÎBgenoe.  Bji.LiFOÎss'esvoSacB 
tel  onniere,  et  devovri  a  ses  genz  le  dcBonoresem  de  Des,  et  «e 
falanna  de  ce  qn^  haroii  CBOoacnaadé  sasz  comoâ.  et  scMomt  le  dit 
(^nitdepnz.72.(^aaicizroL  îen  fo  moût  fiez .flpnraBU  ^ordepao, 
aoqnd  3  ot  manaes  âpes  penooes  qaà  -nodrest  taqai  &vBt  fan  et 
d'antre.  Lî  ns  et  Gnrz  Êrec  paâ  a  b  faîée  de  lor  aadeaes  qaerdcs 
et  se  pardooéfcat  toBZ  me^mz^  ci  Kntanboééab  fciée  fsrien  apte 
Ben  de  paduiaUe  amoor:  e  oœC  Gxrz  jaâ&!gmsa^  àeàarrtmat  ti 
qiiW^tjnd  son  droit,  et  ex  vl  manert  ^rm.  ia.  £  coKass  /.  22:.  r^  xfà 
hamit  dorés] 


7).  Adoac,  qaat  Ckmz  cm  yoDâiie  fon  e  nctz  nt  Mpvenen  a 
Paide  de  Den,  i  tdci  aoer  a  «eirï  ce  airl  îavfâ:  ça  «x  arnen  pwié 
I  aoE  putsa.  aa,  'x  1  iavat  eaçEaûrvz  :_  «sànz  c'etf 
.L  fi  ^  âvnc  a  sac  Tossaotï.  x  naes  SsaK  »  ré  àsdanr 
Peapaoe  d^  ac;  i  tant  iiiinrnu  eii  aiMBez  aa  «au  <x  a  tani^ 
pfâg^des  l^Bcm:e  mieiile  mt  la^c  i  asK  E«£,  Açuse  fleva»- 
dtt  la BOft  de  bm  yéae  s  fe  k  aers  ssr  snanue  mur.  '^  'Viaff 
Isr  c^im  iaetn.  aect  i  emu'X'^Jt  soc  iiraeac  «ejum  arflEonenr» 
fat  ùk  ât  tevrt  2  sl'î.  xannc  «x  c  »  VJ/sr^  vtré  *x  jmt 
r.  TEL  £x  Â  âx.  ex  i  mor  ua  xi  »iii«r*s  xmkï  Vsçiwar 
on  pov  rcDHBgac  sa  ju.  i'jzuifïï  fi«  «eauLt  ac  nuiz  â  ûSMin»' 
laez  de  Des  jes  àvac  naçnnic  ir*3r  iaoK  t.i  jonâusi  <  itt  ît:»ar. 
jilifa-.  par  rjBÔE  ne  Itsx  c  lar  »  çîïi»  t*t  jr^uft»  wmaua  t  us 
jacnda  icnoes  s  ûi  xbwsir^es  u:as>k.  as  auct  iunaust  1 19.  a  »»iir  isr 
'^**'— *.  i  rcarihpmr  ^aor  aeausneir  &i  )«*mik;.  jmt  '.PSi,  ygr^t 
et  loviaDBKres  SE  «nr  »mnaw»  ç.  1^  une  '-m^A.  ae-iffx  mauvtma 
poar  BBEianc  £  pat  acasonr  rs,  ueban  ut  a  'gt  nsmvvsfi  '"  tanK 
les  attres  maua  i  «x  tnsir  .1  mia  «pstas  c***  »  jacvur  i^raedi. 
[/.  aaa  i:^  e  rvassat.  sneanoe  |pan  '.Haptst  ut  imat  «hol  joitma 
e  pDiîicges  ce  î  awuir  finie,  fie  lar  ><mmk  ,  <  smx  frs  wnes 
paiz  nocae  £  imwnny  Tt  I  'tnvtr  aoa  me  at>Mi«  fi«aa<i:  «  -^hê 
tTAjcaerre,  «nt  ganoe.tfr  y&«iey  jg  fii«iiaw>ii.y  yi."iriiir,  fie  ^9»- 


192  P-   MEYER 

est,  et  dicitur  ad  sanctum  Petrum.  79.  Item,  atiud  in  diocesi  Suesso- 
nica',  itidem  canonicorum  nunc  vero  secularium,  et  dicitur  ad  sanciam 
Mariam>  de  Monte.  80.  Item  alîud  in  Flandria,  canonici  (/.  }c}  utique 
ordinis,  cujus  quidem  nomcn  e:i  mcmoria  excidit^sed  canonicos  iliiui  olim 
conspeximus  affirmantes  esse  Gîrardi  alumpnos;  de  quo  utique  rnona^ 
terio  quondam  delate  sunt  Pulierîîs  effigies  angelorum  pcrpulchre  due 
que  inibi  reverenter  servantur.  81.  Cetera  vero  monasteha  nobii 
quidem  sunt  specie  incognita,  utpote  longe  a  nobis  vel  in  superiori  Bur- 
gundîa  sita,  quedam  vero,  antiquitate  ipsorum  diruendo,  deleta,  vel 
transpositis  ordinibus  commuiata.  Si.  Insuper  eiiam  adhuc  quedam 
feruntur  in  pago  Lingonico  ex  monasteriis  Girardi,  sed  quoniam  inde  niJ 
certum  nobis  eiucet,  maluimus  potius  coniicere  quaro  atiquid  frivolum 
inde  prcsuracndo  affirmare. 


De  miraculo  Vercelliacensi 


8j.  Miracula  vero  que  in  constructione  prefatorum  primorum  ceno- 
biorum  supema  pîetas  pandere  voluit,  nefas  arbitramur  reticendo 
celare,  quibus  utique  evidentissime  claruit  ipsa  eadem  opéra  conspeau 
divinitatis  admodum  esse  placita.  84.  Naoi,  cum  Verzelliacense  monaste- 
rium  in  summo  collis  vertiœ  mirifico  apparalu  edificaretur,  ac  numcrosa 
aniticum  multiiudo  efficaciter  operi  insudaret,  venerabilis  comitissa  fer- 
vore  pietatis  et  devotionis  medullitus  succensa,  intempesia  noais  hora 
de  accubitu  thori  sui  clandestine  consurgens,  cum  ancillis  suis,  in  valle 
que  monti  subjacet  silenier  descendens,  arenam  ad  opus  monasterii  usque 
ad  cacumen  montis,  ipsa  honusta  cum  pedîssequis  suis  sepius  deferebai. 
8f.  Siquidem  vulgi  favorem  respuens  solius  superni  inspecioris  oculis 
placere  desidcrabat,  qui  nonnunquam  bona  occulia  potius  quam  pubïicata 
approbat.  86.  Ista  iiaque  fréquenter  ea  exequente,  vir  ejus,  buraane 
in6nniiatis  zelolipia  ductus,  suspicari  cepit  ne  aliquo  sinistri  operis  nevo 
irretiretur.  H7.  Ergo,  illa  exurgente  sicutsoliloconsueverat,  cornes  paulo 
post  et  ille  assurgens  explorare  niiiiur  quo  illa  tam  sedulo  secedebat.  88. 
Jtla  jam  per  declivis  collis  ascensum  honusta  sabulo  cum  ancillis  suis  regre- 
diente,  prospicit  eam  cornes  eminus  et  agnoscit,  intueturque  îngentem  dari- 
latis  celice  splendorem  super  eam  et  in  circuitu  undique  mirifice  fulgentem, 
atque  a  lergo  illius  virum  clarissimum,  qui  utriusque  manicascjus  harena 
utique  refertas  utrisque  suis  manîbus  hinc  et  Inde  sustentabat,  et  cum 
eunte  ibat.  S9.  Quo  viso.  Deo  amabilis  intellexii  clara  divini  misterii  id 
esse  prodigia,  et  itlam  beatam  îllustrari  deifica  gratia^  attoniiusque  quant- 


I 
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U    LfiGtNDE    DE   GIRART    DE    ROUSSILLON  19$ 

Doînes,  que  !*on  dit  a  saint  Pcre.  79.  Derechief  il  en  6reni  une  autre  en 
la  dyocise  de  Saissons,  qui  est  de  chanoines,  et  sont  orendroït  seculer  ; 
et  i  dii  l'on  a  sainte  Marie  Magdelene  dou  Mont.  80.  Derechief  une 
autre  en  Flandres  qui  sont  ja  auxi  de  Tordre  dechanoines«  et  ne  sovient 
orendroït  de  lonr  non,  mas  nous  les  veïsmes  jadis  que  l'on  les  aferrooit 
chanoines  et  norriz  dou  dit  Cirart  ;  de  lâquele  abbaie  de  voir  furent  apor- 
técs  jadis  a  Pouteres  doues  mont  bêles  figures  d'anges,  et  isont  gardées 
a  grant  révérence.  81.  Les  autres  abbaîes  nos  ne  conoissons  pas,  quar 
des  sont  assises  loing  de  nous  ou  en  la  soveraine  Borgolngne,  et 
aucunes  en  sont  cheûes  et  esfacies  par  l'ancieneté  dou  tans,  ou  sont 
rauées  par  lou  changement  des  ordres.  82.  Anseurquetout  aucunes  des 
abbajes  Giran  sont  afermées  estre  anquor  en  la  vile  de  Laingres.  Mas, 
por  ce  que  nous  n'an  savons  pas  bien  la  certeneié,  nous  amons  miez 
taire  que  affermer  folement  aucunes  choses  frivoles. 

Des  raîraclcs  de  Verelay. 

8).  Il  seroit  desloial  chose  celer  en  taisant  les  miracles  (/.  221a)  que 
Dexvout  démontrer  quant  l'on  faisoit  les  premières  devant  dites  abbaies, 
par  les  quex  il  aparut  apertement  que  ces  oevres  plaisolent  mont  devant 
Deu-  84.  Quar  quant  l'on  faisoit  l'abbaïe  de  Vezelai  par  grant  apparoîl- 
leroentou  plus  haut  de  la  montaigne,  et  il  i  heùst  grant  multitude  de 
mcsires  et  de  ovriers  qui  se  iravailloiem  en  l'uevre,  li  honorable  con- 
tesse,  qui  estoit  anflamée  en  son  cuer  de  favor  de  pitié  et  de  devocion, 
se  Icvoii  de  son  lit  celéement,  en  la  plus  secrète  hore  de  la  nuit, 
et  descendoit  celéement.  ensemble  ses  chamberieres ,  en  la  valée 
qui  est  dessoz  la  montaingne,  et  portoit  mont  sovant  granz  charges 
d'arainne  pour  faire  la  dite  abbaie  avec  ses  dites  chamberieres,  jusques 
ou  plus  haut  de  ladite  montaingne.  85.  Ele  ne  voloit  pas  la  favor  dou 
pueple  havoir,  mas  desirroit  solement  plaire  devant  Deu  qui  aucune  foiz 
ïoc  plus  les  bienfaiz  celéement  que  en  commun.  86.  Quar  ele  fasoit  sou- 
veniefoiz  celés  oevres  en  tel  manière  comme  il  est  dit  Ses  mariz,  déme- 
nez par  jalousie  de  humaine  enfermeté,  commança  douter  qu'ele  ne  fiist 
enlacie  d'aucune  taiche  de  mauvaise  oevre.  87.  Donques,  quant  ele  se 
leva  auxi  comme  ele  havoit  acostumé,  li  cuens  se  leva  auxi  petit  après,  qui 
voloit  encerchier  en  quel  leu  ele  aloil  si  eni[ent]iblement.  83.  Quant  celé 
repairoit  ja  chargie  de  sablon  et  montoit  en  la  montaingne  (/.  221  b),  U 
cuens  la  regarda  avec  ses  chamberieres  et  la  conut  de  loing.  et  regarda 
grant  splendor  de  clarté  celestiel  dessus  iceli,  et  vit  clanc  mer\'oiltouse 
qui  l'anvironoit  de  toutes  parz,  et  vitdarriers  li  .1.  homme  très  cler  qui 
li  sostenoit  a  ses  mains  d'une  pan  et  d'autre  ses  manches,  qui  estoient 
pleines  de  araine.  et  aloit  quant  celé  aloit.  89.  Quant  li  homs  amez  de 
RomMia,  VII  1  j 


'Î94  P-  MEYER 

ocius'  redit  ad  propria.  90.  Qua  po$t  paululum  ventente,  mox  ad  ejus 
corruit  vestigia  proprUque  sinistre  suspicionis  contiens  peccamiiu  atque 
certa  béate  visionis  profen  indicia.  91 .  At  illa,  ocuiis  cum  manibus  pro- 
tensis,  ad  sidéra  Salvatoris  certaiim  collaudat  magnalia,  qui  sibi  pccc«- 
trici  lam  pia  voluit  conferre  suflragia. 


De  miraculo  Pultericmi. 


92.  Vencrabiles  igitur  conjugcs  Girardus  et  Berta,  amorc  rcligîonis 
admodum  Hagrantes,  erga  divinum  cuiium  magno  pie  devotionis  alTectu 
ferventes,  preceptis  Christi  avide,  tote  mentis  adni&u,  parère  satagentes^ 
ad  delenda  utique  prions  vite  errata,  necnon  ad  capessenda  future  vite 
premia,  inhianieraspirabant.  95.  Denique,  sicut  affluebam  [f,  j  d}  opibus  ^ 
t[err]enis,  ita  intima  cordis  eorum  referta  erant  thesauro  bone  voluntatis;  ^Ê 
nam.ui  sacra  scripîura  sonat:  Argumentnm  vere  dikciionis  est  exftibitio  operis^; 
eîDominusipseprotestatur:(^o<iuntJnquiî,«mi>iimif /nf«/(*di/«,  michi 
fechtis^.  94.  Constat  proculdubio  eos  valde  Dec  placuisse.pro cujusamore 
lot  domicilia^  famulantibus  ej  condidisse.  9^.  Et  quantum  ilios  dilexit 
rerum  exitus  evidemer  indicavit.  96.  Dum  itaque  monasterium  Pulte- 
ricnse.  nobilius  utique  atque  copîosus  aliis,  utpoie  in  eo  post  mortem 
ambo  turaulandi,  edificaretur,  atque  jam  a  solo  Celsius  venustissime  ^ 
emergeret,  et  non  solum  ocuiis  inspLcientium,verunietiam,utreor,  Divi-  ^| 
niiati  placeret,  supema  clementia  inibi  ostendit  prodigia  quibus  dantur 
indicia  supeme  pietatis  ibidem  adesse  suffragia.  97.  Heroes  etenïm  pres- 
tantissimi,  ob  magne  devotionis  et  humilitatis  insigne  precipum  i ,  propriis 
humeris  aquam  ad  opus  cementi  scpius  convehebant.  98.  Amiquus 
autem  hostis  tante  humiliiaii  suatim  invidens^  frendebat  deniîbus  in  eîs, 
acaliquidprestigium  sue  malicie  concinnare  machinans  nititur.  99.  Oeni- 
que,  cum  die  quadam  ambo  ipsi  vcnerabiles  limpham  in  unovecte  affer- 
rent,  comitissa  que  preibat,  offenso  pede,  zabulo  insidiante,  corruit,  sed 
illico  divina  opis  afTuït,  nam,  ipsa  labente,  contus  quo  aqua  ferebatur 
repente  in  aère  cum  ipso  vase  inanis  stetit,  nec  aqua  que  inerai  omnino 
eftluxit.  100.  Tune  cornes  iltuminatis  ocuiis  videt  angelum  veaem 
superne  reiinentem,  et  comitisse  surgentis  humero  illum  împonentem; 
qui  statim  ocuiis  roirantium  evanuit.  loi .  At  illi,  alacrcs  de  visioneange- 
lica  oppido  elfecii,  certatim  Salvatoris  coilaudant  boniiatem,  cujus  um 
evidenti  indicio  erga  se  experiuntur  pïetatem. 

I.  Mi.  Quam  tolîus.  —  2.  Il  y  a  dans  la  Bibie  plusieurs  passagts  oà  cette  iiU 
est  exprima,  mais  la  citation  nest  pas  textutJU.  —  ).  Matt.  XXV,  ^o.  — 
4.  Suppl.  (visi  fueruati?  —  j-  Corr.  preceptum? 


LA    LÉGENDE    DE    GIRART    DE    ROUSSILLON  T95 

Deu  entfndi  que  ce  estotiverais  dcraonsireinenz  de  divin  mistere,  et  que 
ccIe  cstoit  beneùreuse  et  environée  de  la  grâce  Deu^  H  fu  esbahiz  ei  s'en 
repaira  plus  tosi  qu^il  pout  a  son  bostel.  90.  Quant  celé  vint  petit  après, 
il  li  conit  errameni  au  devant,  et  li  reconuit  ses  propres  péchiez  de  la 
mauvaise  soupeçon,  et  ii  dit  certains  demonstremenz  de  la  beneùreuse 
i.tnsîon.  91.  Mas  cele  leva  les  eulz  et  les  mains  as  ceaus,  et  looit  mont 
fomam  nostre  Seignour  qui  havoit  velu  doner  a  li  pecberresse  si  piteuses 
aides. 

Dou  miracle  de  Pouleres. 

9i.  Li  noble  compaingnon  Girarz  et  Benhe  esioient  mont  bon  flairant 
par  Tamor  de  religion,  cl  estoient  mont  fervanl  ou  servise  Deu  par  grani 
atfenion  de  piteuse  devocion,  et  s'esforçoient  obéir  as  commandemenz  de 
Deu  par  Taforcement  de  toute  Jour  panssée,  et  se  travailloîeni  esfacier  les 
mesfaiz  de  lour  première  vie  et  commant  il  peussent  \j.  11 1  c)  bavoir  les 
louiers  de  ta  vie  perdurable.  9}.  A  la  fin,  auii  comme  il  habondoicni  des 
richescs  icrrienes,  en  tel  manière  li  arche  de  lour  cuers  estoit  ploine  dou 
iresor  de  bone  votante  ;  quar,  auxi  comme  la  sainte  cscripiure  te  dit,  li  fait 
ai  Vuevre  est  bons  argumenz  de  veraU  dUection  ;  et  nostres  Sires  melsmes 
le  tcsmoingne  qui  dit  :  Ce  <jue  vos  hanz  fait  a  .1.  de  mes  très  petiz,  vous 
l'Ayez  fait  a  moi.  94.  Et  est  certaine  chose  sanz  doute  que  cil  pleurent 
moni  a  Deu,  quaril  firent  pour  l'amour  de  lui  maisons  et  i  mistrcnt  cels 
qui  le  dévoient  servir.  9s  ■  Et  que  Dex  les  ama  li  fins  des  choses  le  mostra 
apertemenL  96.  Quar  il  édifièrent  en  tel  manière  l'abbaïe  de  Pouteres  et 
plus  noblement  et  plus  richement  des  autres,  comme  cele  en  que  il  dévoient 
estre  enterré  après  lor  mon;  et  ele  aparissoit  ja  très  noblement  et  très 
haut  de  la  terre,  et  ptaisoit  non  pas  solement  a  cels  qui  la  veoient,  mas 
auxif  comme  je  le  croi,  plaisoii  a  Deu  ;  la  debonairetez  de  Deu  monstre 
enqui  ptusors  signes  par  les  quex  l'on  juge  les  aides  de  ta  divine  pitié 
estre  enqui  as  requeranz.  97.  Et  certes  li  très  vaillant  compaingnon,  par 
lor  très  grant  devocion  et  lor  noble  humilité,  portoiem  mont  sovani  a 
lour  propres  espautes  t'aigue  por  faire  le  mortier.  98.  Masli  anciens  ane- 
mij  (/.  22 1  rf)  01  envie  de  lor  très  grant  humilité  ;  il  frémit  par  ses  denz 
encontre  lour  et  s'esforce  aucune  mescheance  continuer  a  sa  malice.  99. 
A  la  fin,  un  jour  que  li  dui  honorable  compaignon  ponoient  l'aiguë  en 
.j.  pal,  liconiesse  qui  aloit  devant  s'escepa  et  cheï,  quar  li  deables  l'a- 
Lgaitoit  por  li  grever,  mas  li  aide  de  Deu  la  secorrut  errament,  quar  quant 
tle  chei,  la  perche  en  quoi  il  portoient  l'aiguë  se  resTut  soudainement  en 
l'air  ensemble  lou  vaissel,  et  li  aiguë  qui  estoit  dedanz  n'espandi  pas. 
100.  Adonc  li  oil  dou  conte  furent  enluminé,  et  vît  l'ange  Deu  qui  retint 
la  dite  perche  et  la  mist  sus  Tespaule  la  contesse  quant  cte  fu  relevée,  et 
s'esvanoî  errament  des  eulz  a  cels  qui  s'en  mervoilloiem.   loi.  Mas  cil 


igî 


p.  HEYBR 


De  monte  Latisco  vel  cistro  ejusdnn. 

102.  Pulteriense autem  cenobium  situm  est  super  flumen  Sequanicum 
secus  montem  Laliscum  quem  vulgus  corrupte  monUm  Lascum  nuncupat, 
in  cujus  summo  vertice  oppidum  nobilissimum  Rosselton  quondam  *  fuit, 
quod  quidem  a  Wandalis  olim  destructum'  exiitit.  loj.  Dicitur  namque 
idem  mons  vel  a  laticibus  fontîum  qui  sub  ipso  coite  exoriuntur,  vet  a 
latendo,  quoniam  nonnulli  simplicium  quedam  archana  dîcunt  in  eodem 
monic  laicre,  affirmantque  aiiquociens  quedaui  prodigia  apparere  et 
multos  thesauros  ibidem  repertos  fuisse,  sed  et  mutios  inibi  latere, 
aliaque  pêne  incredibilia  feruni  ;  que  omnia  utrum  vera  an  ficia  sint  ipsi 
viderint,  indeque»  judicare  supersedeo.  104.  Similiter  eiiam  vulgus 
nostronim  autumat  nemus  quod  eidem  monti  subjacet  a  Girardo  comité 
glande  satum  fuisse  4,  sed  omnino  frivolum  est,  quoniam  inveniiur 
scriptum  beatum  Lupum,  Trecensem  episcopum,  antiquiorem  valde 
Girardo  in  eodem  luco  soliiariam  vltam  aliquandiu  duxisse.  105.  Qua- 
liter  vero  idem  Latiscense  oppidum  a  barbaris  otim  captum  fuerit,  uipote 
tam  arduo  jugo  situm,  sicut  seniores  nostri  uno  ore  proferunt^  huicopus- 
culo  subneciere  non  pigebit.  106.  Mons  namque  idem,  uti  oculis  conspi- 
citur,  mirabili  situ  quandoquet  eminet,  partim  naiura,  partim  quoque 
humana  factura  constructus.  107.  Sïquidem  et  vestigia  murorum  et 
parieiine  maceriarum  testaniur  patenter  magnam  et  fortem  hominum 
(/.  4)  habiiationem  inibi  fuisse.  108.  Exercitus  itaque  Wandalorum,  inter 
cèlera  malicie  sue  facinora  quibus  pêne  orbem  Gallicum  graviter  depo- 
pulando  pessundedit,  venit  ad  Latiscence  oppidum,  quo  muiti,  eorum 
metu,  confluxerant,  sed  illud  muniiissimum  inveniens  tum  altitudine  toc- 
tum  ambitu  murorum,  tum  roultitudine  bellantium,  ab  eo  pervalida 
manu  repuisus  est.  109.  Rex  autem  eorum  perpendens  quod  nec  arie- 
tibus,  nec  machinis  aliquibus  neque  ulla  vi  cogi  valerei,  reticia  ibi  magna 
pane  sui  exercitus,  ut  pervlcacïter  obsideretur,  ipse  ad  alia  sevicie  sue 
scelera  exptenda,  festinat.  110.  Cumque  Latiscenses  continua  septem 
annorum  afflictione  a  barbaris  vallati  perlinaciter  obsidereniur,  jamque 
tara  diutina  inclusione  perthesi  et  inedîe  necessitate  afflicii  de  deditionc 
tractarent,  jamque  sua  seque  barbaris  dedere  cogitarent,  unus  eorum 
sapientissimus  tandem  taie  consilium  intulit  :  111  «  Tollatur  n  inquiens, 
u  laurellus  et  domi  indusus  triduo  jejunet  ;  tercia  vero  die  triiico  habun- 


I.  Ms.  quoddatn  ;  cf.  la  traJacûon.  —  2.  Ms.  dcstniclus.  —  }.  Le  tradactear 
parait  aroir  iti  an  t.  s.  aut  i.  v.  necnc.  — ^.  il  manque  peut-itre  kijaelquet  moti^ 
iqunaim  du  Irançms  qui  amoindrit  les  choses  devant  dites.  —  ï-  Corr.  quadra- 
toque?  roy.  la  trad. 


LA   LÉGENDE    DE   G1RART    DE    ROUSSILLON  1 97 

forent  moui  lié  de  la  vision  d'ange,  et  s'esforçoieni  louer  la  borné 
nostre  [Sauveor],  la  pitié  dou  quel  il  cspruevent  si  sovant  vers  lour  par 
apen  jugement. 

102.  L'abbaie  de  Pouteres  est  assise  sur  le  flanc  de  Saingne,  selonc 
lou  mont  Lascous  [sic)  y  lou  quel  li  pueples  apele  corrompuement  mont  Las- 
coas,  en  \a  soverainne  hautesce  dou  quel  li  très  nobles  chasteaux  Rossil- 
lons  i\i  jadis,  et  fu  desuuiz  des  Wandres.  ioî.  El  est  îciz  monz  àh  ou 
de  l'aiguë  des  fontaines  qui  essordent  dessoz,  ou  deatapir;  quar  aucunes 
amples  genz  dieni  secrètes  choses  aiapir  an  celé  (/.  222  a]  moniaigne  et 
afferment  aucuns  signes  aparoir  enqui,  et  dient  que  maint  trésor  i  hont 
esté  trové  et  qu'il  en  i  a  anquor  plusors ,  et  dient  autres  choses  qui  ne 
sont  pas  de  croire  ;  les  quex  choses,  se  eles  sont  faintes  ou  veraies,  et  se 
il  les  hont  veues  ou  non,  ne  vuil  pas  jugier.  104.  Auxi  li  pueples  dit  que 
li  bois  qui  est  dessoz  la  dite  monlaingne  fu  semez  jadis  de  glanz  par  te  dît 
Girart,  qui  amoindrit  les  choses  devant  dîtes,  que  ce  est  faux  dou  tout, 
quar  l'on  irueve  escrit  que  sainz  tous,  qui  fu  evesques  de  Troieseï  plus 
anciens  de  Girart,  demora  longuement  en  cel  bois  et  mena  vie  solitaire. 
10 j.  Gommant  iciz  chasieaux  fu  pris  des  Wandres,  comme  ciz  qui 
estoit  en  si  haute  montaigne  assis,  je  lou  verrai  mètre  en  ceste  oevre 
ansint  comme  nostre  devantier  le  dient  tuit  par  une  meismes  parole. 

106.  Quar  iciz  monz  est  hauz  de  regart,  et  est  quarrez  par  mervoil- 
louse  assise,  en  partie  par  nature  et  en  partie  faiz  par  oevre  humaine. 

107.  Les  aparissances  des  murs  et  des  iranchies  demonstrent  anquor 
apcrtemeni  le  grant  et  le  fort  habilement  des  hommes  qui  fu  enqui.  108. 
Li  oz  des  Wandres,  entre  les  autres  desloiautez  de  sa  malice  par  les  quex 
il  havoit  sozmis  a  bien  près  toute  France,  en  li  grieraeni  degastani  1/.  2  22  b) , 
vint  au  dit  chaste!  ou  quel  maint  Frainçois  estoient  fol  par  paour,  mas  il  le 
trova  mont  très  bien  garni,  a  la  foiée  pour  l'autesce  dou  leu,  a  la  foiéepour 
U  force  des  murs,  a  la  foiée  par  la  multitude  des  habitanz  qui  se  comba- 
loient  viguereusement.  109.  Mas  lour  rois  se  porpansa  que  il  par  aucuns 
angins,  ne  par  perrieres  ne  par  aucune  force,  |il|  ne  porroit  estre  pris; 
il  laissa  anqui  grant  partie  de  son  ost  por  ce  que  il  fust  adès  asigiez,  et  il 
s'en  ala  pour  acomplir  autres  desloiautez  qui  apartenoient  a  sa  cruauté. 
110.  Et  comme  cil  dou  cbastel  fussent  assigié  cruclmcni  et  fussent 
ancloux  et  lormanté  coniinuelment  desestranges  par  .vu.  anz,  et  fussent 
rebuchié  par  si  lonc  ancloement  et  tormanté  par  la  nécessité  de  mesaise, 
et  tractassent  ja  et  porpanssassent  commant  il  habandonassent  tour  et  lor 

■choses  as  estranges,  uns  de  lor  qui  estoit  très  saigeslour  dona  a  la  fin  tel 
conseil  et  lour  dh  :  1 1 1 .  <f  PrenezM.  ihorel  et  l'ancloez  en  une  maison  et 
geùnoit  in.  jourz  ;  au  quart  jour  li  doint  l'on  a  maingier  largement  dou 
fromant  ;  après  ce  li  ovroit  l'on  les  portes  pour  ce  qu'il  aille  aval  a  l'aiguë, 
auxi  comme  se  il  i  estoit  anvoiez  pour  boivre.  »  t  tz.  Laquel  chose  il 


|()8  p.   MEYER 

<i  damius  sacietur;  denique,  adapenis  portis,  ut  ad  aquam  inferiustendat, 
tf  utpote  sitiens  emiitatur  ».  ii3.  Quod  ita  factum  est.  Emisso  itaque 
juvenco  et  a  barbaris  impetuose  siatim  in  frùstfria  discisso,  reperiuni 
alvum  istius  tritico  refertum^  admirsiitesque  adinvicem  dicunt  :  113. 
«  Frusti^  se  diucius  vexari  ;  opidanos  situ  [oci  esse  inexpugnabiles  ; 
«I  alimeniis  sacius  habundantes,  quippe  cum  aninialia  eorum  utantur 
t(  frumenti  pabulo.  d  114.  CoIIectis  itaque  papilionibus  sonantibusque 
tubis'  inde  recedere  festinam.  im.  Tune  supradicius  sapiens  conci- 
vibus  suis  dixit  :  «  Si  modo  eos  caute  et  prudenter  inseculi  fueritis,  for- 
u  silan  superare  valebilis.  a  1 16.  At  illi,  sumptis  armis,  non  caute  sed 
précipites  irruunt,  ac  secus  Gemellos  non  [longe]  ab  oppido  eos  conse- 
cuntur,  strenuissime  aggrediuntur,  bellumque  ingens  et  horribileutrinque 
committitur.  117.  Laticenses  autem,  et  diutina'  inedia  imbecilles  et 
numéro  impares,  paulatim  ad  oppidum  reverii  pugnando  cepere.  r  1 8.  Ita- 
que barbaris  inmaniterinsisteniibus,  portis  oppidi  apertis,  simul  pernuxtr 
et  cesi  et  cesores  ca(u)strum  ingrediumur.  119.  Tune  barbarea  rabies 
cruentis  gladiis  orones  trucidât,  voraci  flamma  omnia  conflsgrat,  menia 
undique  evertendo  omnia  pessundat.  120.  Wandali  autem  inde  digressi 
in  Galliam  Lugdunensem,  non  multo  post  omnes  fere  mutuis  gladiis  se 
invicem  occiderunt,  rexque  eorum  ab  hostibus  suis  captus,  ut  hystorie 
tradunt,  crudelem  vitam  cnideli  morte  fmivit.  121.  Oppidum  autem 
Latiscense  postea  reedificatum  [est],  sed  non  ea  valitudine  qua  prius, 
et  a  Girardo  comité  suis  temporibus  patemo  jure  possessum  et  propria 
mansioneinhabitatum.  122.  Vocatur  autem  idem  oppidum,  ut  premisimus. 
et  alio  nomine  Rosillon,  a  quo  Girardus  corgjnominabatur,  quamquami 
alia  oppida  in  superiori  Burgundia  sita  eodem  nomine  sint  nuncupata. 
12$.  Dicitur  vero  RoiiUon  vel  quia  Ro  dîcitur  magister,  Siïla  autem  fuit 
olim  quidam  magister  et  consul  Romanorum  ante  monarchiam  impera- 
lorum^  et  ab  eo  RosUlon  putant  conditum  et  nuncupatum;  seu  ab  ilia 
avicula  que  eodem  pêne  nomine  vulgo  nuncupatur,  que  utique  in 
nemore  subjacenti  crepitando  cantiiare  fréquenter  audiiur;  sive  quia 
ro[s]  illum  montem  frequentiori  infusione  irrigare  solet,  unde  collis  ac 
jugi  ipsius  (/.  4  i)  montis  pinguior  et  fertilior  aiiis  nonnullis  moniibus 
comprobatur.  124.  Secus  istum  montem  vel  oppidum  cenobium  situm  est 
Ptdttrias,  quod  dicitur  quasi  pulvtretn  terens,  quoniam  luiosus^  est  locus 
ille,  et  cito  hyematibus  pluviis  in  paiudem  convertitur.  i2j.  Est  autem 
locus  (  amenus,  aeri  quidem  pingui  et  salubri  subjectus,  aquis  vero, 
praiis.  arvis.  vineis,  silvis,  satis  habundans. 


I,  Ms.  turbis.  —  2.  Ms.  diuiiu  —  j.  Ms,  quandam.  —  4.  Ms.  luctuotus. 
—  \.  Ms.  cocus 


LA    LÉGENDE    DE   GIRART    DE    ROUSSILLON  1^ 

firent  en  tet  manière.  Quant  il  anvoierent  lou  (/.  222  c]  thorel  en  tel  ma- 
nière li  estrainge  i  cornirent  et  lou  detraincberent  errament  en  pièces  ;  il 
ifovérent  son  ventre  plein  de  froment,  et  se  mervoillérent  mont  et  dirent  : 
u  1 1  j.  Nous  nous  fumes  ici  travaillié  longuement  en  vain,  quar  li  chas- 
«  teaux  ne  pouhoit  estre  pris  par  la  iorce  qu'il  avoit  de  l'essise  dou 
u  leu,  et  il  havoient  grant  foison  de  viandes  quant  lour  testes  ne  main- 
«  joieni  que  froment.  »  1 14.  U  reculèrent  en  tel  manière  lour  pavoillons 
et  sonent  lour  busines  et  se  hastent  de  partir  d'anqui.  iij.  Adonc  li 
saigcs  dessus  diz  dit  a  cels  dou  chastel  :  *.  Se  vous  les  ansivez  orcndroit 
«  soutilment  et  saigement,  vous  les  porrei:  par  aventure  sorroonter.  » 
116.  Ci  prirent  Lour  armes  et  s'en  aloient,  non  pas  saigement  mas  coi- 
tosemeni,  et  tes  aiindrent  selonc  les  Gémeaux  qui  ne  sont  pas  loing  dou 
chjistel,  et  les  asaillent  noblement,  et  hout  enqui  grant  bataille  et  horrible 
d'une  pan  et  d'autre,  i  ly,  Mas  cil  dou  chastel,  qui  estoient  foible  pour 
la  longue  mesaise  et  moindre  de  nombre,  commancérent  repairier  petit  a 
petit  au  chastel  en  lor  combatant.  1 1  S.  En  tel  manière  les  portes  dou 
chastel  furent  overtes  et  li  estrange  les  anchauçoient  cruelment,  et  entrè- 
rent tuit  mellé  ensemble  ou  chastel  et  cil  eut  Ton  detraincboit  et  cil 
qui  les  detrainchoient.  1 1 9.  Adonc  li  forsennerie  des  estranges  les  detraîn- 
cha  touz  (/.  222  d)  par  glaives  ensanglantez,  et  abati  les  mureaux  de 
toutes  parz  et  mit  tout  au  dessoz  et  degasia  toutes  choses  par  feu.  120. 
Li  Wandre  se  partirent  après  ce  d'anqui.  et  alérent  en  la  partie  de 
France  vers  Lyon.  Après  ce  petit  de  temps  il  se  tuèrent  a  bien  près  tuit 
entre  lour  par  glaives,  et  fu  iour  rois  pris  de  ses  anemis,  ansint  corn  les 
estoires  lou  dient,  et  feni  sa  cruel  vie  par  cruel  mort.  121.  Après  ce  li 
diz  cbasreaux  fu  reedifiez»  mas  il  ne  fu  pas  si  forz  comme  devant  ;  et  lou 
tint  li  cuens  Girarz  toute  sa  vie  de  son  patrimoine,  et  i  demora  comme 
en  sa  propre  maison.  1 22.  Et  est  appelez  li  diz  chasteaux  parautre  non, 
auxi  comme  nous  l'avons  devant  dit,  Rossillons,  dou  quel  Girarz  fu  nom- 
mez, je  sai  ce  qu'il  hait  autre  chasteaux  en  la  soveraine  Borgoingne 
qui  sont  nommé  parce  meismes  non.  i2j.  Et  est  diz  Rossillons  auù 
comme  maistres  de  Romme.  Quar  Silla  fu  jadis .).  maistres  consoilliers  de 
Romme  devant  la  seignorie  des  empereors,  et  cuident  les  genz  qu'il  féist 
Rossillon  et  qu'il  li  meïsi  cet  non  \  ou  il  est  diz  d*un  petit  oiselot  que 
Ton  nomme  vulgaument  a  bien  près  par  cel  meismes  nom,  lou  quel  on 
ot  moût  sovant  chanter  en  la  silvc  qui  est  dessoz  ;  ou  pour  ce  que  la 
rosée  Tarose  mont  sovant,  par  quoi  l'on  dit  que  la  terre  est  plus  crasse 
et  plus  planteureuse  (J.  12  i  à)  as  costes  et  en  l'aut  de  celé  montaingne 
qu'ele  n*esi  en  aucunes  autres  moniaingnes.  124.  Selonc  ceste  mon- 
taingne ou  ciz  chasteaux  siet  est  assise  i'abbale  de  Pouteres  qui  est  dite 
auxi  comme  atraissant  la  poudre,  quar  li  leus  est  pleins  deboe  et  est  tost 
converti(e)  en  palu  par  les  pluies  d'yver.  12$   Li  leus  est  deliciables,  et  i 


300 


P.  MEYBR 


De  pugna  secus  Rossellon  peracia. 

1x6.  fO]rta  itaque  dissensione  inter  regem  ei  Girardum,  rcx  Kossillon 
eu  m  gravi  niultitudîne  obsidendo  oppugnare  aggreditur.  127.  Conside- 
rans  ergo  locum  usquequaque  inexpugnabilem  dolo  machinationis  callide 
eum  tnagis  appelere  molitur.  12S.  Denique,  cubicularium  Girardi  clam 
ingentibus  donis  et  promissis  pervertens,  imempesiacujusdara  noctishora 
claves  oppidi  ab  eo  fraude  $ubdola  extorsil;  qui  statim  eadem  hora, 
sumptis  arniiSj  cum  suis  omnibus,  magno  cum  strepitu,  castrum  ingredilur. 
129.  At  Girardus  in  turre  excelsiori  cum  paucis  quiescens.  audilo 
tumuhu,  correptis  ocius  armis,  multitudini  ingredienùum  se  audacter 
infert,  ac  per  médium  armatorum  viam  gladio  aperit,  multisque  detrun- 
caris  foras  libère  exiliit.  ijo.  Equités  itaque  eum  recedeniem  insccuti, 
sed  ab  eo  confestim  consiricii  diffugerunt.  aliquibus  eorum  peremptis, 
ipse  tamen  ab  eis  vulneratus  esse  perhibetur.  1  ?  i .  Qui  recedens,  congre- 
gata  non  modica  militum  turba,  Rosillon  calumpniari  magnifiée  parât. 
i;2.  Denique,  decem  armatorum  mililum  cuneum  premittil  ad  portara, 
ut  hostes  ad  bellum  contrahendo  incitent,  relique  exercitu  sub  nemore 
quod  menti  subjacet  preparato.  i;i.  Rex  vero,  visis  equitibus,  manu 
valida  eos  usque  [ad] loca  insidiarum  persequitur;  Girardus  autem  cum  suis 
hostes  incautos'  subito  cxcipit,  ac  moreleonum  in  oves  irruemium  eos 
concidere  cepit.  1  ^4.  Tanta  ergo,  tamque  vehemens  pugna  extitit,  tan- 
[ta]que  muliitudo  cesorum  ibi  uirinque  decidit,  ut  in  valle  que  non  longe 
ab  oppido  ab  Occidente  distat,  cruor  pere[m]ptorum  ad  instar  torrcntis 
effluxerit,  que  utique  vallis  ex  lune  voce  omnium  accolarum  adhuc  vallis 
sanguinotenta  nuncupatur.  1^5.  Considerans  igitur  rex  tandem  intolera- 
bile  sue  gémis  discrimcn,  abhorrens  quoque  jam  tante  multitudinis  necem, 
pudore  et  ignominia  confusus  tcrga  vcrtere  hostibus  non  conctatur. 
136.  Videmes  autem  specutatores  qui  oppidum  custodiebant  regem  hos- 
tibus cederc>,  timoré  perterriti,  Girardum  nimium  meiuenies,  oppido 
relicto  et  ipsi  illico  effugerunt. 


De  pugna  secus  Verzeltiacum  fada. 
I  )7.  [R]ex  itaque  pre  ira  ignominiosi  pudoris  fervens  superbaque  dedi- 


•  1.  Ms.  incaptos.  —  2.  Ms.  cccl'e,  «  ^lu  donnerait  ecclesie;  m/w  douu  il  y 
avâù  dans  h  ms.  original  ced'e. 


LA    LÉGENDE   Dfi   GIRART    DE    KOUSSILLON  201 

ha  bon  air  et  sain,  et  est  assez  habondanz  d'aiguës  et  de  prei,  de  champs 
de  vignes  et  de  bois. 

ij6.  Quant  descorz  fu  meùz  entre  lou  roy  et  Giran,  ti  rois  assailli 
Rossillon  et  l'asseja  a  grant  multitude  de  gent,  127.  Li  rois  esgarda 
lou  leu  qui  ne  pouhoit  estre  pris  en  aucune  manière  ;  il  aparoille 
cavillacions  par  barat,  commant  il  peùst  plus  saigemeni  grever  le  dit 
Girart.  1 28.  A  la  fin  il  perverti  le  vallet  doudit  Girart  ccléement  par 
dons  et  par  promesses,  et  toli  a  icelui  par  desloial  fraude  les  clers  dou 
chastel.  Un  petit  devant  ta  mie  nuit  il  prist  les  armes  erramem,  en  celé 
meîsmes  hore  ensemble  toutes  ses  genz,  et  entra  ou  chastel  a  grant 
brut.  129.  Mas  Girarz,  qui  dormoit  avec  pou  de  ses  genz  en  la 
plus  haute  tour,  quant  il  ol  la  noise  il  prist  mont  lost  ses  armes,  et 
se  6ert  hardiemeni  en  la  multitude  de  cels  qui  entroient  dedanz, 
et  fist  voie  au  glaive  parmi  les  armez.  Il  en  detraincha  plusors  et  si  s'en 
(J.  22}  fr)  issi  fors  delivrement.  1 50.  Quant  il  s'en  aloil  en  tel  manière, 
aucun  chevalier  lou  suiguérent,  mas  il  torna  errament  a  tour  et  en  occist 
aucuns.  Li  autre  furent  navré  ei  s'en  foirent,  et  toute  voie  il  fu  navrez 
d'ices.  Ml.  Il  s'en  ala  et  assambla  grant  compaingnie  de  ses  chevaliers, 
et  s'aparoille  coraigeusement  chalongier  Rossillon.  1  ;2.  A  tafm  il  envoie 
devant  une  compaingnie  de  .%.  chevaliers  armez  a  la  porte  dou  chastel 
pour  ce  qu'il  esmucvent  lour  anemiz  a  bataille  par  defuer,  et  li  remananz 
de  l'ost  demora  aparoillié  ou  bois  qui  est  dessoz  la  montaingne. 
13).  Quant  H  rois  vit  ces  chevaliers  il  les  chaça  a  grant  compaingnie 
jusques  au  leu  ou  li  agaiz  estoit.  Mas  Girarz  ensemble  ses  gens  re^ut 
soudainement  ses  anemis  qui  pas  n'esioient  porveu,  et  les  commance  a 
deirainchier  auxi  comme  li  lyon  qui  se  fièrent  aus  berbiz.  134.  Adonc  i 
ot  si  grant  bataille  et  si  cruel,  et  si  grant  multitude  de  celschaerent  mort 
enqui  d'une  part  et  d'autre  que  en  la  valée  qui  n'est  pas  moût  loing  dou 
chastel  et  qui  est  devers  occidant.  ti  sans  des  morz  corroit  en  scmblance 
de  .1.  missel,  la  quex  vaiée  est  dite  anquores  dès  celui  tans  de  touz  les 
gaaingneors  valie  de  sanc.  13t.  Quant  li  rois  esgarda  adonques  lou  grant 
péril  de  sa  gent  qui  ne  pouhoient  soffrtr,  a  la  (/.  22;  ci  fin  il  ot  grant 
borrour  pour  la  mort  de  si  grant  multitude^  et  fu  confus  et  pleins  de 
honte  et  de  despit  ;  il  torna  maintenant  lou  dos  a  ses  anemis.  1  )6. 
Quant  les  gardes  qui  gardoient  le  chastel  virent  lou  roy  fuir  ses  anc- 
rais, il  furent  espaonté  par  grant  paour,  quar  il  douioient  trop  Girart  ; 
ii  laissèrent  lou  chastel  et  s'en  foirent  errament. 

De  la  bataille 

1 57-  En  tel  manière  li  rois  fu  eschaufez  par  grant  yre  de  honte  et  de 
despit  et  forsennoit  par  orguil  de  desdaing  por  ce  que  Girarz  l'avoit 
vaincu; il  l'ist  anoncier  bataille  a  toute  sa  force,  c'est  a  savoir  en  Val 


20i  p.  MEYER 

gnatione  insaniens  quod  Giranlus  contra  eum  prevatuisset,  denundat  ei 
betium  cum  omni.sua  virtute,  in  valle  videlîcet  Betun  que  sha  est  inter 
moniem  Verzeiliacum  ei  castrum  quod  Petra  penosa  nuncupaiur.  1 38.  Al 
vero  Cirardus  hec  audiens,  velut  aper  de  silva  feritatem,  animum  attol- 
lendo,  condpiens,  exullai,  ac  libentissime  huic  allegattoni  <  annuit.  1  ^9. 
Misit  ergo  ad  patrem  suum  Drogonem  qui  tunc  in  Hyspania  paganos  euro 
magna  roulmudinearmatorum  irapugnabat',  ut  illa  expéditions  dimissa,ad 
eum  omni  apparatu  rcverli  festinaret  ;  1/.  4  c\  qui  videlîcet  filïus  Gondo 
baldi  nobilissimiacpoteniissimi  régis  Burgundiorum  [fuh],  de  quoutique 
multaîn  hystoriis  scripta  inveniuntur.  140.  Misit  et  in  universos  fines  sue 
ditionis  que  a  Reno  flumine  usque  ad  Baonîam  civitatem  Hyspanie  jure 
proprio  continebatur,  cenium  \'idelicet  oppida  munilissima  ac  fortissima 
habens,  necnon  decem  civiiates  magnas  et  opulentas,  que  utique  omnia 
vel  ipse  vel  alii  ab  ipso  tenebant  ;  siquidera  Flandriam  ei  ulia  tnuita  a 
rege  in  hominium  possidebat.  141.  Inde  ergo  conirahens  muUiiudinem 
armatorum,  necnon  eliam  reges  Hyspanie  affinitate  sibi  propinquos  cum 
magnis  exercitibus  secura  habens,  quorum  uiique  omnium  summa  cen- 
tum  fcre  milium  militum  eleaorum  perhibetur  esse  numerus.  142.  Rex 
vero  contra  Girardum  frendens  insania  nimia,  non  dissimiliter  et  ipse  ab 
universis  ditionis  sue  fmibus  infmitam  contrahens  armatorum  muttitudi- 
nem,  non  rainonarli  eque  numéro  electorum  militum  fultus,  malle  se 
potius  imerimi  affirmât  quam  Girardum  tam  contumacem  vivere  sinat. 
14;.  Igitur,  die  determinato  adveniente,  conveniunt  utique  cum  mulii- 
ludine  innumerabiii  equitum  ac  peditum  in  predictum  locum.  144, 
Replentur  montes  et  colles  agminibus  armatorum^  micat  aer  fiilgure  t 
splendcntium  armorum,  pavet  tellus  hynnitu-t  horribili  equorum  fre- 
memium,  stupet  celum  tanta  acie,  tôt  gladiorum  tôt  preiiosa  chs- 
pando  vexilla  ventilant,  quibus  nimirum  omnibus  terrentur  nimium 
humana  corda.  14^.  Igitur  rex  ira  superbe  indigfnajtionis  fervens,  Girar- 
dum impetcre  non  cunaaiur.  146.  Itaque,  clangentibus  utrinque  bucinis, 
sensum  i  prime  acies  terrifico  impciu  consercndo"  commitium.  147.  Si- 
quide[m]  humano  furore  invicem  debaccante  prelium  pertinadier  ingra- 
vatur,  terribiliter  invehendo  legioncs  congrediuniur ,  acie  ferre  cor- 
pora  hamana  atrociter  dissipantur,  cruore  cesorum  tellus  supra  modum 
irrigatur,  ita  videlîcet  ut  fluvîus  qui  per  eandem  vallcro  nando  méat, 
qui  utique  eatenus  Ants  nuncupabatur,  morientium  cruore  incre- 
verii,  et  a  dolore  cordis  eonim  videlîcet  quorum  amici  ibi  îniericrant 
Core  ex  tunc  dicitur.  148.  Etenim  eïs  pervicaciter  7  dimicantibus  et  se 
invicem  immaniter  occidentibus,  supema  pietas  conduluit  unte  multitu- 


i.  Ms.  allegaotiol.  —  2.  Ms.  imgugnabal.  —  j.  JlCr.  fulguro.  — 4.  Ms. 
hymoitu.  —  ^  It  y  a  ict  ^ue/^w  fdutc,  cf.  te  Uadaam.  — 6.  Mi.  confcrendo. — 
7.  Mi.  pemicaciter. 


LA   LÉCENDC    DE   GIHART    DE   ROUSSILI.ON  20) 

Béton,  qtii  est  entre  le  mont  de  Verzelai  et  te  cfaasiel  que  Ton  nomme 
Pierre-penusie.  i  ^8.  Quant  Girarz  oi  ce,  il  s'esjoîsi  forment  et  fu  fiers 
ea  son  coraige  en  manière  de  sangler  de  bois,  et  si  s'outroîa  mont 
Tolantiers  a  ce  mandement,  i  ^9.  Adonc  anvoia  Girarz  a  Drogon  son 
père  qui  se  combatoit  adonc  as  Sarrazins  en  Espaingne  a  grant  compain- 
gnie  de  genz  a  armes,  et  li  manda  que  taissast  toute  celé  besoigne  et 
i'cn  venist  coiteusement  vers  lui  a  tout  ce  qu'il  porroît  bavoir  de  bones 
gens  ;  et  fu  iciz  Drogons  filz  dan  Gobcn  qui  fu  très  nobles  rois  des 
Bourgoingnons  et  très  puissanz,  dou  quel  l'on  trueve  maintes  choses 
eschptes  as  hystoires.  140.  Il  anvoia  par  toutes  (/.  22\d)  les  parties  de 
la  seignorie,  la  quel  duroit  dois  lou  fluve  dou  Rim  et  partenoit  en  son 
propre  droit  jusques  a  Boemie,  une  cité  d'Espaingne,  et  havoit  cent 
cbasteaux  mont  très  forz  et  mont  très  bien  gamiz,  et  .x.  granz  chez 
mont  riches  ;  toutes  ces  choses  il  lenoit  ou  autres  les  tenoit  de  lui,  et 
lenoit  auxi  Flandres,  et  maintes  autres  choses  dou  roy.  1 4 1 .  Il  trest  d'an- 
qui  grant  multitude  de  genz  a  armes,  et  havoit  avec  lui  les  rois  d'Es- 
paingne  qui  li  estoient  prucbain  par  afiniié,  ensemble  ses  granz  oz  qu'il 
bavoit  ;  et  estoit  ta  somme  de  touz  par  nombre  a  bien  près  de  cent  mile 
chevaliers  esleuz.  142.  Li  rois  fremissoit  auxi  par  grant  yre  encontre 
Girart.  Il  manda  en  touz  leus  ou  il  ot  seignorie  et  en  trest  grant  multi- 
tude de  genz  a  armes,  et  fu  gamiz  igaument  a  Girart  en  nombre  de  ctie- 
vatiers  esleûz,  et  afferme  qu'il  aimme  mieux  estre  morz  dou  tout  que  ce 
qu'il  laissoit  vivre  Girart  qui  si  est  mauvais  contre  lui.  14;.  Adonques, 
quant  li  jourz  nommez  vint,  il  s'asemblent  au  dit  leu  d*unc  part  et  d'autre 
a  grant  multitude  sanz  nombre  de  genz  a  che\'al  et  de  genz  a  pié.  1 44. 
Les  montaingnes  et  les  valées  sont  pleines  de  compaingnies  années  de 
fer,  li  airs  resplendist  por  la  clané  des  armeûres  retuisanz,  la  terre  out 
paour  pour  l'espaontable  if  224  di  hynniement  des  chevaux,  li  ceaus 
s'esbaïst  par  si  grant  ost  ;  unt  précieux  confenons  de  tante  glaives  veo- 
letent  et  brueni  en  l'air  ;  por  les  quex  choses  toutes  dessus  dites  li  cuer 
des  hommes  sont  formant  espaonté.  et  n'est  pas  mervoille.  145.  Oonques 
li  rois,  embrasez  par  yre  d'orguilloux  desdaing.  ne  demore  pas  qu'il  n'as- 
tailk  Girart.  i46.  kn  tel  manière  il  sonèrent  tour  busines  d'une  part  et 
d'astre,  et  li  premiers  oz  s'abandone  très  cruelmeni,  et  s'enirefierent  par 
mervoiliom  arabniissemem.  i47.  La  bauitle  est  agravée  cruetment  por 
la  fbrsennerie  des  boauDet  qui  lorseRDoient  li  un  contre  les  autres  ;  tes 
légions  s'asembloiem  e«pttow»Mawtm  en  a[n  icontrant  -  li  cors  des  boin- 
mes  sont  cnielmcnt  dfipgrié  par  fcr  trainchant;  ta  terre  est  mervoillett- 
aflowm  coverte  dou  toc  do  mon  ;  c'est  a  nvoir  en  tel  manière  que  fi 
$vrt$  qui  court  par  eele  valèe,  «pi  otoit  nommez  jusques  a  cel  tempt 
d*adooc  ^rm^crusi  par  tou  «anc  des  aorz,  et  pour  la  doulor  de  cuer  de 
eds  qui  perdirent  Una  aan  ^  farcni  enqui  mort  il  est  nommez  dès 


a04  P-    MEYER 

dinis  imeritui,  ostenditque  eis  sutfragiuni  sue  miseratioms^  ut  ternti  dis- 
cederent  ab  imentio[n]is  sue  perversitate  ' .  149.  Nam  terra,  nuiu 
divine,  sub  pedibus  eorurn,  ut  veraciter  feront,  horrendo  soniiu  titubando 
contrerouii  et  vexilla  utrorumque  supemo  igné  accensa  et  incensa  sunt^ 
quibus  nimirum  lerriti  ab  invicem  recesserunt. 


De  lapsu  et  compunctione  comitis. 

ijo.  [Sjicut  opère  preciura  est  et  honorificura  virlulcs  commemorare 
fideliuRi  quibus  eos  in  presenti  divîna  manus  illustrando  miriftcavit,  ita 
nimirum  utile  est  et  salutare  casus  infirmitatis  eorum  aliquando  non 
tacere,  quatinus  sublcvantis  gratia  amplius  commendctur,  ejusque  amor 
mentibus  fidelium  dulcîus  inprimendo  1^.  4  d)  radicitus  infigatur,  audîen- 
tiumque  spcs  securius  animando  ad  veniam  erigatur.  iji.  Igitur,  sicut 
per  veredicos  relatores  emanavit  usque  ad  nos  relaiio,  hic  noster  patronus 
hoste  verconoso  [?)  instigante  in  quadam  noxia  camalis  noxe  coniagione 
corruit,  sed  confestim  illum  divina  dextera  relevando  erexit.  1 52.  Nam, 
sicut  sacra  eloquîa  edocent.  nonnunquam  quo  tempus  institerit  sanctius. 
eo  nequitia  zabulî  versucia  seviendo  impugnare  solet  fidèles  acrius. 
15).  Cirardus  itaque,  priusquam  superius  laxatam  >  septennem  peniten- 
liam  percgisset.  in  quadam  sacrosancta  Oorainice  nativitatis  nocte,  noc- 
lurni  incentoris  jaculis  impeiitus,  stimulisque  vénerie  voluptaiis  irretitus, 
juxta  jura  conjugum  cum  uxore  sua  dormire  appetîii.  i  ^4.  Quod  illa,  ut 
decebat.  vehementcr  execrans,  illeque  pondus  importunissime  titillaiionis 
ferre  pêne  non  prevaleret,  ipsa  concedente  cum  ancilia  dormire  non 
erubuit,  veluti  Abraham  et  Jacob  cum  ancillisdormiere,  licet  altéra  alte- 
rius  rei  necessitate.  155.  Interea,  venerabilis  comiiissa  ad  sacras  vigilias 
surgit,  accensisque  cereorum  luminibus.  stipata  obsequemium  muitiiu- 
dine,  devotissime  ecclesiam  ingreditur.  1^6.  Cornes  vero  post  paululum 
ec  ipse  assurgens,  ad  se  tandem  reversus,  tlloeum  respicientequi  Petnim 
respexit,  cepit  amare  flere  atque  nimto  merore  confundendo  conieri, 
quoniam  inimicus  prxvaluisseï  contra  eum  157.  Perrexit  lamen  ad 
ecclesiam  contrito  corde,  sed  inirogredi  non  presumens,  ad  januas 
tamdiu  anxius  stetit,  donec  sollempnia  vigiliarum  percomplerentur.  1 58. 
0  !  quis  exarrare  sufficeret  gemituum  illius suspiria  et  singuliuum  crucîa- 
menta,  lacrimarum  inundaniium  flumina  frequentia,  pecioris  verbera, 
assidua  genuflexionum  cur\'amina  !  1  $9.  Comitissa  vero  toia  nocte  pro 
eo  lacrimas  cum  devotissimis  fundens  precibus.  intimo  cordis  affectu 
supeme  démentie  implorabai  pieiatem.   i6o.  Siquidem  his  ita  sincère 


I    Ms.  pervcrwtalis.  —  2.  Cf.  §  \2. 


LA   LÉGENDE    DE   CIRAAT    D€   M)USSlLLO>r  Mf 

adon  Cort.  14S.  Et  por  ce  qu'il  se  coobaitoiem  si  pereevcreiBSMtt  ei 
s'entrodoient  si  cnidniem,  Dex  01  pitié  de  la  mon  de  s  gram  raiMsde 
de  gem,  et  tour  monstra  (/.  224  h'  l'aide  de  sa  mscncordc  :  il  les 
espjonta  pour  ce  qu'il  se  pnisicm  de  leur  perverse  antencioo.  149.  Quar, 
auij  comme  les  genz  diem  veraienjeni,  la  terre  trembla  desoz  lor  piei 
par  la  volante  de  [>cu  et  sona  faornbtement  en  chancelant,  et  Uconfienoa 
lou  roy  et  li  Girart  furent  embrasé  dou  feu  dou  ciel  ;  por  quoi  il  furent 
espaonté  mervoilleuseroent  et  se  départirent  d'une  part  et  d'autre. 


1 50.  Auxi  comme  il  est  granz  pris  et  honorable  renommée  remembrer 
par  oevre  la  venu  des  sainz  hommes  es  qucx  li  aide  de  Deu  les  esleva 
en  enluminant  en  ceste  présente  vie.  auxi  il  est  profitable  chose  raconter 
aucune  foiz  les  mescheances  de  loor  enfermetez,  pour  ce  que  la  grâce  de 
Deu  en  soit  plus  loée,  et  que  s'amour  soil  anfichie  et  enracinée  plus 
doucement  dou  tout  en  tout  es  cuers  des  feaux^  et  que  li  espérance  de 
ces  qui  l'oent  soit  adrecie  plus  seûrement  a  venir  a  pardon.  1  p.  Don- 
ques,  auxi  comme  li  raporz  de  aucuns  voir  disanz  a  aponé  jusques  a 
nous,  iciz  qui  est  nostres  patrons  cheï  en  une  nuisable  pansée  de  courpe 
de  char  par  Tesconmovement  de  l'ancien  anemi  ;  mas  la  puissance  Deu 
lou  releva  et  adreça  par  sa  miséricorde,  i  jz.  Quar  auxi  comme  la  divine 
escripture  (/.  224  c;  l'anseingne,  de  tant  comme  li  temps  est  plus  sainz, 
de  tant  la  desloiaux  boidie  dou  deable  suit  et  $>sforce  plus  submectre 
cruelment  les  preudomes  a  pechié.  i^^.  En  tel  manière,  ainçois  que 
Cirarz  heùst  parfaite  sa  pénitence  qu'il  avoit  taxée  a  .vu.  anz,  il  fu 
feruz  des  darz  dou  mauvais  lempteor  de  nuit  en  une  sainte  nuit  de  la 
Nativité  nostre  Seîgnor,  et  fu  enlaciez  des  agullenemenz  dou  dclii  de 
luxure,  et  vout  dormir  avec  sa  femme  selonc  les  droiz  demariaige.  r  $4. 
Laquel  chose  celé,  ausi  comme  il  esioit  avenant,  li  devea  cruelment; 
et  ciz  qui  ne  povoit  soffrir  a  bien  près  la  charge  de  la  très  raalvaise  et 
neant-covenable  teroptacion,  n'out  pas  honte  de  dormir  avec  une  petite 
chamberiere  par  l'outroi  de  sa  femme,  auxi  comme  Abrahanz  et  Jacob 
dormirent  avec  lour  chamberieres,  je  sai  ce  que  ce  fiist  par  autre  besoing 
d'autre  chose,  tjj.  Endementiers  la  honorable  comtesse  se  leva  et  fist 
alumer  cierges  et  tortis  ;  ele  estoit  anvironée  de  grant  compaingnie  qui  la 
siguoieni  auxi  comme  il  covenoit,  et  entra  très  dévotement  en  Teglyse. 
1)6.  Et  li  cuens  se  leva  auxi  un  petit  après;  et  ciz  le  regarda  qui 
regarda  saint  Père,  et  il  commença  a  plorer  mont  amèrement,  et  fu 
expresscz  par  très  grani  plor  en  lui  reprenant  por  ce  (J.  224  d)  que  li 
anemis  Tavoit  vaincu.  1  ^7.  Toute  voie  il  aU  a  l'eglyse  par  cuer  contreim, 
mas  il  n'osa  pas  entrer  dedanz  :  il  estut  angoiseux  as  portes  du  mosticr 
jusqu'à  tant  que  la  sollempnitez  des  voilles  par  furent  complètement 
chantées.  1  f  8.  O  Dex  1  qui  so5roit  a  raconter  les  sopirs  de  ses  gémisse- 


206  p.  MEnîR 

orantibus  hora  imminebat,  qua'  misse  prime  sollemnia  celebrari  oponebai. 
i6i.  Intereavenerabilis  Rerta  in  loco  quoenixius  orabat  paulom  dormi- 
tare  cepîl,  utpote  corporis  et  animi  labore  faligaia,  soporeque  levi  corri- 
pitur.  162.  Tune  illico  apparuit  ei  juvenis  quidam  speciosissimus  nitilo 
splendore  prefulgidus,  dicens  ad  eam  :  1  Surge.  inquit,  et  vade  ;  die 
«  comiti  pro  foribus  procumbendo  pemoctanti  ut  fiducialiier  ecclesîam 
«  îngrediatur,  obsequia  solemnitaiis  auditurus,  quoniam  Domînus  rex- 
V  pexit  lacrimas  et  contricionem  cordis  illius,  peniteniiamque  ejus  gra- 
«  tanter  suscipiet  j  te  quoque  pro  eo  flagitantem  gratia  divina  exaudivit.  » 
165.  Angélus,  his  diclis,  confestim  fertur  in  astris',  venerabilis  vero 
Bcrta  illico  evigilans,  inetîabili  gaudio  lacrimlsque  ielicie  perfusa  ac  irepu- 
dians,  gratulabunda  gratificas  odas  refert  Deitaiis  gratie,  lam  de  prectara 
angeli  visione  quam  de  optata  viri  sut  salutatione,  juxta  illud  apostolicum  : 
Salvabitur  vir  injiJdis  per  mulieT^m  jideUm  ».  164.  Surgens  autem,  festi- 
na[^ns]  Girardum  addit ,  angelicumque  ei  divini  oraculi  responsum  *  pandit. 
16;.  Quo  audilOy  uti  humilîmus  supplex  adorai  pietatem  Dominï  qui 
sanat  contritos  cordtj  ut  psalmographus  concinit),  ci  alligat  conmtiones 
(f.  5)  eorum*^  et  cîevat  cadcnUm  Je  lacu  miscrie  et  de  lutofecis^  y  sicuicnim 
divina  eloquîa  perhibent,  non  longiiudo  temporis  sed  sincera  cordis 
comrieio  conciliât?  penitentem  Domino.  166.  Itaquc  heroes  devotis- 
simi,  cognoscentes  erga  se  clcmentiam  Dei  qui  tam  cite  eis  penitentibus 
dignatus  est  propiciari,  juxia  illud  Daviticum  :  Vohintatem  timentium  se 
facict  et  deprecaùonem  eomm  exaudiet.  et  cet.  •*  indesinenter  Domini  magni> 
ficant  pietatem  ac  illius  satagunl  in  dies  adimplere  voluntatem,illique  faniu- 
lantibus  conferre  helemosinarum  largitatem. 


De  obilu  eomm,  et  quomodo  cornes  Pulteriis  translatas  est. 
167.  Reverendissimi  itaque  adeoconjuges  Girardus  et  Bcrta  in  stadio 


1,  Mi.  que.  —  2.  Hexûmitre.  —  j.  I  Cor,  VU,  14.  Il  y  a  dam  le  texte  non 
salvabitur,  mais  sanctificatus  est.  — 4.  Ms.  responsit.  —  4.  Ps.  CXLVI.  3.  — 
6.  Ps.  XXXIX,  î.  —  7   Afï.  consiliât.  —  8.  Pt.  CXUV,  19. 


U    LÉCEKDE   DB  GIRART    DE    ROUSSItLON  J07 

oeor,  les  tormmz  de  ses  sangloteraenz,  les  fluves  de  ses  lannes  habon- 
danz,  ks  continaex  batemuiz  de  son  ptz,  les  acostumec  flainchissemenz 
de  ses  genolz.  1^9.  Mas  U  comtesse  par  toute  !a  nuit  espandi  larmes 
pour  celui,  ensemble  ir^s  dévotes  prières,  ei  deprioit  la  pitié  de  U  sove- 
rainne  debonaireté  par  très  paKonde  affection  de  cuer.  1 60.  A  ce  que  cil 
orotent  ensaint  dévotement,  li  bore  aproicholt  en  la  quête  il  covenoii  que 
les  soilempnitez  de  U  première  messe  fussent  celebr6es.  161 .  Entre  ce» 
cboKs  Berthe  li  honorable  commença  un  petit  a  somoillier  ou  leu  en 
quoi  eie  oroit  mont  efTorciement,  si  comme  celé  qui  estoit  lassée  pour  le 
traval  dou  cors  et  dou  cuer,  et  fu  souiprise  de  dormir.  162.  Adonc  U 
apparut  errament  uns  très  biaux  jovanceaux  mont  retuisanz  par  resplen- 
dùsant  clarté,  qui  dit  a  iceli  :  «  Lieve  sus,  et  va  au  conte  qui  a  esté  toute 
<•  nuit  devant  les  portes  dou  mosiier  en  orant,  et  U  di  qu'il  entroit  a 
«  grant  foy  en  l'eglyse  pour  oir  le  servise  \j.  325  al  de  la  sollempnité, 
u  quar  nostres  sires  a  regardé  ses  larmes  et  recevra  agréablement  sa 
<  pénitence.  Et  certes  la  grâce  de  Deu  t'a  oie  debonairemem  qui  prioies 
«  (ealment  por  lui.  n  16;.  Quant  li  anges  ot  ce  dit,  il  fu  errament  as 
ceaus;  mas  Berthe  li  honorable  s'esvoilla  errament  pleine  de  joie  néant- 
recontable  et  de  larmes  de  liesce^  et  menant  très  grant  joie  rendi  agréa- 
blement loanges  a  la  grâce  divine,  auxi  de  la  très  clére  vision  comme 
de  la  salut  de  son  baron  qu'ele  havoit  desirrée,  selonc  la  parole  de  IV 
postre  qui  dit  :  U  mauvais  mariz  sera  sauvez  par  sa  féal  femme.  164.  Ele 
se  lieve  et  se  haste  aler  a  Girart  et  li  dit  et  declaira  la  vision  de  l'ange 
et  le  respons  dou  divin  demonstrement.  i6f .  Quant  li  ber  très  humbles 
Toi.  il  aora  supplément  la  pitié  de  nostre  Seignor  qui  sane  les  contrainz 
ou  cuer,  auxi  comme  David  dit,  et  !oe  les  coniriciions  d'ices  et  eslieve 
celui  qui  chiet  dou  laj  de  chetiveté  et  de  boe  de  pom'ture  ;  quar,  auxi 
comme  la  divine  escHpture  tesmoingne,  la  longuescedou  tans  ne  récon- 
cilie pas  le  repentant  a  Oeu,  mas  la  pure  contrictions.  166 vers  lor 

qui  si  lost  lour  a  volu  astre  debonaires.  comme  il  se  repentirent,  selonc 
ce  que  David  dit  :  //  fera  la  volonté  de  ces  <jm  lou  doutent,  et  orra 
dûuament  lor  prières^  et  cetera,  (f.  22^  b)  il  loent  sanz  cesser  la  pitié 
de  nostre  seignor  et  s'esforcent  en  lor  vie  a  emplir  la  volante  d'icelui  et 
doner  granz  aumonnes  a  cels  qui  font  son  service. 

De  lor  mort,  commant  li  cuens  fu  traas... 

167.  En  tel  manière  li  très  noble  compaingnon  digne  de  Deu,  c'est  a 
savoir  Girarz  et  Berthe»  alérent  parfeaement  ou  cours  deceste  présente 
vie  par  l'oirre  de  bone[sl  oevres,  pour  ce  qu'il  puissent  panre  lou  guer- 
redon  dou  soverain  louier,  et  se  travailloient  en  efforcent  diligemment 
U  vigne  Deu  qui  est  sainte  eglyse  par  les  ceps  portanz  fruit  des  abbaîes 


208  p.    MEYER 

prcsentis  vite  gressibus  bonorum  opcrum  cfficacitcr  currcntesuibravium 
supcrne  mercedis  capessere[nl],  ac  in  vinea  Dei,  que  est  sancta  Ecclesia, 
propaginibus  Iruciiferis  cenobiorura  condïtorum  insitis  studiose  desu- 
dando  laborames,  quaunus  denarium  béate  visionis  Dei  adipisci  mere- 
rcniur,  deroum  communi  et  inevitabili  sorte  moriendi  ad  extrema  perdu^ 
cumur.  i68-  Venerabilisautera  Berta,  pleiu  operibus bonis  et  helemosinis* 
apud  cenobium  suum  Pulterias  defungiiur,  septîmo  ferme  ante  obitum 
comîiis,  ibique  ab  eodem  viro  suo  lugubribus  exequîîs  et  nimiis  omnium 
planciibus  venerabiiiter  in  marmoreo  poliandro  ac  officiosissime  tumula- 
lur,  ubi  etiam  divina  pietas  multa  beneficiorum  commoda  sincère  peten- 
libusejusdem  matrone  meritis  largiri  dignatur.  169.  Porro  obitum  illius 
cepii  vir  Deo  dicatus  celibem  vitam  efficacius  ac  liberius  ducere,  ginna- 
siumque  celestis  milîcie,  acsi  athleta  recentissimus ,  devotissime  aggredi, 
frigore  vîdelicet  jejuniorum  ac  vigiliarum  insolentiam  carnis  subiciendo 
edomare,  larga  manu  betemosinarum  preterita  comraissa  diluendo  redi- 
mère,  ac  sic  commune  debitum  monis  nemîni  parcentis  summa  vigilantia 
prestolari.  170.  Qui  videlicct  tandem  '  profccie  elatis  veneranda  caniiie 
cigneo  candore  niveus,  diuturnoque  senio  jam  fe&sus,  plenus  dierum, 
veluti  quondam  Abraham  î,  tanquam  etiam  miles  emeritus,  in  civitatc 
Avignon  iu[n]c  mansitans,  incommode  gravis  egritudinis  corripiiur.  171. 
Proinde,  presentiens  haut  dubium  se  migraturum,  raandando  imperat 
primoribus  et  opiimatibus  suis,  quos  uliquc  omncs  munifica  manu  paterno 
more  educaverat.  quatinus  certo  die  omnes  convenirenonomiitant.  175. 
Cumque,  universis  circunstantibus  blanda  consolaiionum  ac  exhortatio- 
num  afamina,  illorumque  utilitati  congruentia,  ac  de  suo  exitu  jamjam 
imminenti  aliqua  intimando  dulciter  perorasset,  novissime  subinfert  : 
17J.  1  Karissimi,  inquiens.  mei,  non  latet  vestre  dileaîonis  prudehtiam 
t(  quo  affectu  amoris  omnes  vos  incoluerim,  necnon  consitio,  sufTragio, 
V  dono,  vos,  inquam,  aitollendo  exaltaverim.  174.  Horum  itaque 
«  omni[um]  gratia  unum  queso  beneficium  in  uliimis  patri  vesiro,  filioli, 
«  rcpcnditc,  ut  corpus  meum  jam  cxanime  *  Pulteriaco  cenobio  ad 
«  id  presertimt  patrato  referre  non  differatis,  ac  juxia  comparem  meam 
«  Bertam  illo  jam  sepultam  componere  studeatis  ».  175.  Quibus 
auditis,  nimio  merore  universi  conlacrimando  conturbabaniur^,  atque, 
licet  inviti,  parère  (/.  5  i»)  ediciis  ejus  se  profecto  profitemur.  176. 
Quibus  ille  :  n  Si,  inquit,  obtemperando  exequi  istud  efficaciter  decer- 
«  nilis,  inde  nunc  a[n]i[m]equiorem  me  ac  certiorem  me  cfficcrc  non 
«  obmitatis,  et  id  ipsum  sacramento  jurisjurando  queso  confirmeiis  », 
177.  Atilli  nolentes  eum  perperam  contristari,  jusjurandum  coacti  qui- 


I.  Ps.  CXLrV»  19.  -  i.  Corr.  Uaquara?5/.  ia  Uâd.  —  j.  Cm.,  XXV,  8. 
—  4.  Mi.  examine.  —  \    Afj.  presentim.  —  6.  Mt.  conturbabuntur. 


U    LEGENDE    DE   GIRART    DE    ROUSSILLON  209 

faites  qu'il  havoient  hantez  qu'il  peùssent  acquerre  par  lour  desserte  ei 
havoir  lou  denier  de  la  beneùreuse  viiion.  A  la  fin  il  sont  mené  a  lor 
darrenier  jour  par  lou  commun  sort  et  neant-eschuissable  de  morir.  i68. 
Mas  Berthe  li  honorable,  pleine  de  bones  œvres  eld'aumonnes,  morut  a 
Pouteres  s'abbale.  a  bien  près  par  .vu.  anz  devant  la  mort  dou  conte,  et 
fu  etiqui  enterrée  de  son  me^smes  baron  par  obsèques  pleins  de  plors,  et  a 
très  granz  plainz  detouz,  mont  honoréement  et  a  grant  office  en  j.  lom- 
blel  de  marbre,  en  quel  leu  la  piùezde  Deu  done  largement  mainz  profi(l)z 
de  bénéfices  a  cels  qui  lou  requièrent  de  bon  cuer  par  les  dessertes  de 
celé  bone  (/.  22  s  c)  preude  femme.  168.  Après  la  mon  d'iceli,  li  bers 
vocz  a  Deu  commença  mener  plus  formant  et  plus  delivrement  vie  chaste, 
et  envahir  très  dévotement  Tesiude  de  la  chevalerie  celestiel,  auxi  comme 
s'il  fust  très  noveaux  champion,  ei  commença  submeire  et  donter  lou 
mauvais  movemenî  de  sa  char,  c'est  a  savoir  la  froidour  de  geûner  et 
de  voniier,  et  reambre  et  esfacier  ses  mesfaiz  irespassez  par  larges  dons 
d'aumonnes,  et  atendre  en  le!  manière  par  commun  ententiblemeni  le 
commun  dot  de  la  mort  qui  a  nul  n'espame,  170.  C'est  a  savoir,  comme 
ciz  qui  estoit  en  ancienne  honorableté  de  perfait  aaige,  il  estoit  blans  an 
manière  de  cingne  et  estoit  ja  lassez  par  longue  viellesce  et  pleins  de 
jûurz,  auxi  comme  Abrahanz  fu  jadis.  Il  demoroit  adonc  en  sa  cité  d'Avi- 
gnon, auxi  comme  chevaliers  mis  fuer  de  traval,  et  fu  expressé  de  l'anfer- 
meté  de  grief  melaidie.  171.  Pour  ceste  chose  il  n'est  pas  doute  qu'il 
ne  seùst  devant  qu'il  devoit  morir.  Il  mande  en  commandant  as  plus 
granz  et  as  plus  riches  de  sa  terre,  les  quex  il  havoit  norriz  auxi  comme 
pères  par  larges  dons,  qu'il  ne  lais&oîent  pas  qu'il  ne  veingneni  tuit  a  .1. 
cerlajng  jour.  172.  Quant  il  furent  tuit  assemblé  et  anlor  lui,  et  il  lour 
heust  dit  (/.  2  2jii}  dévotement  debonaires  paroles  de  confort  et  de  amo- 
nesicmenz  qui  estoient  covenable  a  lor  profit,  et  lour  heust  dit  aucunes 
choses  de  sa  mort  qui  aproichoit,  il  lour  dit  a  la  fin  ;  17^.  «  0  vous,  mi 
«  très  chier  féal,  vostre  amiable  sapience  set  bien  par  quel  affection 
«  d'amour  je  vous  hai  honorez,  par  quele  esiude  de  piffé  je  vous  ai 
V  norriz,  par  quanz  benifîces  d'estroines  je  vous  ai  multepliez  en  acroîs- 
u  sant,  et  ensurquetout  je  vous  ai  essauciez  et  eslevez  par  consoil,  par 
*i  aide  et  par  dons.  174,  0  vous  mi  chier  ami,  mi  chier  enfant,  je  vous 
t  pri  et  requier  que  vous,  pour  la  grâce  de  toutes  ces  choses,  donez  a 
«  moi  vostre  père  .1.  sol  benifice  a  ma  mort,  c'est  a  savoir  que  vous 
«  ponez  errament  mon  corps,  qui  est  ja  demi  morz,  en  l'abbaiede  Pou- 
«  teres  que  je  ai  faite  espccialment  pour  ce,  et  vous  travailliez  que  vous 
«  me  metez  selonc  Benhe  ma  compaigne  qui  est  ja  enqui  ensevelie,  a 
17  c.  Quant  il  oïrent  ces  choses  il  furent  iroblé  et  ploroieni  par  très 
grant  doulour  et  li  outroiérent  lour  obéir  a  ses  commandemenz,  je  sai  ce 
qu'il  nou  feïssent  pas  volantiers  ;  as  quex  il  dit  :  176.  «  Se  vos  volez 
Romaitia,  VU  I4 


210 


P.  MEYER 


dera  execumur,  ei  inde'  mesti  admodum  digrediuniur.  178.  Vir  auiem 
Deo  dignus  diutumo  Incommodo  confeaus,  fatisceniibus  jam  iliius  artu- 
bus,  ex  hac  lucc  subtrahiiur,  cujus  anima  fclix  ei  beaia  transfertur  ad 
celesùa  régna  cum  sanclis  perpétue  viaura,  sicut  protestantur  divina 
mirabilia  signorum  frcqucmium  sequeniia.  179.  Denique  ad  ejus  funus 
ingens  confluxerat  pontificum,  abbatutn  celerorumquc  ordinum  examen, 
sed  et  copio&a  rr.ultiiudo  ptebium  qui  omnes  merebant  planctu  ama- 
rissimo  se  pairem  piissimum,  se  patronum  [perdidisse].  180.  Quo 
defuncto,  grandis  altercaiio  surrexit  in  populo  inter  primores  sciiicet  et 
populares  ;  nam  priraores  dicebant  corpus  iliius  Pulterias  deferri  opor- 
lere,  sicut  ipse  vivens  preceperat,  quin  et  ipsi  id  ipsum  juravere»; 
populares  vero  veheraenier  obsisiebant,  tumulluando  affirmantes  se 
potius  anlmo  malle  intérim)  quam  lali  patrono  patriam  vîduari.  181. 
Tandem,  ccssere  primates  tum  maxime  desiderio  retinendi  corpus  cjus, 
tum  ciamoribus  vulgi,  acceptumque  predosioribus  ungentis  condiendo 
aromati/jverunt ',  ac  in  preciosissimo  monumenio  ofticiosissime  deco- 
rato  prccepta  ejus  parvipendentes  composuerunt  <.  182.  Sed  ut  opti- 
mus  Deus  omnibus  declararet  quanti  meriti  essent  apud  eum  cujus  sta- 
tuia  lam  audaci  presumptione  violabaniur,  ipsos  iransgressores  temere 
uiique  pejoratos  ceiitus  acerbissima  ultro  atrociter  deseviendo  perculit. 
18).  Continuo  etenim  sepiennio  celum  non  dcdii  pluviarn,  ncc  terra 
fruaumsuum,  sed  aère  corruplo  tellureque  steriii  permanente,  tanta 
tamque  exicialis  lues,  tamque  dira  ac  miserandainedia  populum  populando 
assumebat,  ut  in  dies  multi  acervatira  exanimaremur  t,  nulto  remedio 
subveniente.  184.  Ecclesiastici  siquidem  primates  tandem  in  unum  coeun- 
tes,  communi  decreto  promulgandosanciunt  omnibus  iriduanum  jejunium 
peragendura,  cum  letaniarum  exclamationibus,  pauperumque  recreaiio- 
nibus,  necnon  pignoribus  sanctonim  quicumque  transferendis,  quaiinus 
Dominus  populo  propiciareiur,  ac  tam  atrox  flageltum  ab  co  afferre  digna- 
retur.  185.  lllis  itaque  summa  cum  dcvotione  ista  exequentibus,  ecce 
angélus  Domîni  tertia  nocte  ipsius  jejunii  apparuit  cuidam  incluso  religio- 
sissimo,  magna  euro  claritate,  dicens  ad  cum  :  «  Vade  »,  ait,  <  die  populo 
«  huic  et  annuncia  illi  cèlera  eorum  que  contra  Gîrardum,  precepta  ejus 
•  temere  transgrediendo,  lamen  jam  nonimpunecommiserunt,  quoniam 
Il  nisi  corpus  iliius  Pulteriaco  cenobio,  sicut  ipse  eos  adjuraverat  trans- 
it ferre  curaverii,  univers!  eadem  sibi  irrogata  clade  usque  ad  intemitio- 
«  nem,  penitus  deperiei.  »  186.  Vir  autem  Dei,  a  tugurio  domicilii  sui 
disgrediens,  omnibus  divinum  pandit  oraculum,  commonens  omnes  ne 
dissimulent,  sed  corpus  Girardi  quantocius  quo  idenn  censuerat  ferant. 


I.  Ms.  io  die.  —  2.  Ms.  juvavere.  —  3.  Jtfj.  aramatizaverunt.  — 4.  //  ma/i- 
fii£  ICI  un  mtmbn  dt  phrasiy  tf  It  ftanfott.  —  j.  Mi.  examitiarcntur. 


LA    LÉGENDE    DE   GIMRT    DE    ROUSSILLON  iU 

fiure  ceste  chose  et  obéir  parfecietnent  a  mes  commandemenz,  je 
«  vous  pri  que  vos  ne  laissiez  pas  que  vos  ne  me  faciez  errameni  segur 
«  (/.  236  a)  et  plus  ccrtajnget  que  vous  confermez  ceste  meisme^s]  chose 
«  par  le  sacrement  de  sairement  ».  Mas  cil  qui  ne  le  voloient  pas  mau- 
Taiscment  courroucicr  firent  lou  sairement  comme  contraint,  et  se  par- 
tirent d'anqui  mont  courroucié.  178.  Mas  li  bers  dignes  de  Deu  fu 
expressez  de  longue  enfermeté  et  fu  ja  mont  foibles  en  ses  membres.  Il 
fu  trai/  de  cesie  vie;  la  beneùreuse  ame  d'icelui  est  portée  si  as  ceaus  por 
vivre  perdurablement  as  celesiiaux  joies  avec  les  sainz,  auxi  comme  li 
miracle  divin  de  plusors  signes  qui  apparurent  a  la  fin  lou  tesmoingneni. 
179.  A  la  mort  d'icelui  assembla  mont  gram  compaingnie  d'avesques, 
d'abbez  et  genz  de  autres  ordres,  et  grant  habondance  de  menue  gent 
dou  pucple,  qui  tuit  ploroient  par  très  amer  plor,  pour  ce  qu'il  havoient 
perdu  lor  très  piteux  père  et  lor  très  chier  patron.  1 80.  Adonc^  quant  il  fu 
morz,  gran/  altercacions  muit  ou  pueple,  c'est  a  savoir  entre  cels  qui 
estoient  grant  seignour  et  la  menue  gent;  quar  les  granz  genz  disaient 
qu'il  covenoit  porter  son  corsa  Pouieres.  auxi  comme  il  l'avoit com- 
mandé quant  il  vivoît,  et  pour  ce  qu'il  meismes  l'avoient  juré.  Mas  li 
menuz  pueples  aloit  encontre  cruelment.  en  menant  grant  noise  et  en 
affermant  qu'il  ameroient  (/.  226  b]  miebt  que  l'on  les  oceïst  que  ce  que 
l'on  portas[t]  fors  dou  paiis  tel  patron.  181 .  A  ta  fin  lî  grant  seignour  lor 
outroicrcnt,  quar  il  raeïsmcs  havoient  grani  desîr  de  retenir  le  cors  d'ice- 
lui, aveques  la  clamor  dou  pueple.  Il  pristreni  le  cors  et  l'ambausmérent 
et  eraplireni  de  très  précieux  oingnement  et  lou  mistrent  en  très  précieux 
lomblel,  en  despiriisani  ses  commandemenz,  et  fu  honorez  de  très  noble 
office  ensint  comme  il  covenoit.  182.  Mas  pour  ce  que  Dex  qui  est  touz 
poissanz  lour  demonstrast  de  corn  grant  desserte  dz  fu  avec  lui,  les 
estabtissemenz  dou  quel  il  havoient  corrompuz  par  si  grant  hardiesce 
de  presumpcion ,  quar  cels  meismes  qui  havoient  folement  juré  et  qui 
havoient  aie  contre  ses  esiablissemcnz,  la  divine  vainjance  très  cruex 
les  bâti  cruelment,  en  lui  vaingeni.  18).  Quar  ti  ceaux  ne  lour  dona 
pluie  par  .vu.  anz  continuex,  ne  li  terre  fruit,  mas  por  l'air  corrompu 
et  pour  la  terre  qui  estoit  brezine,  si  granz  et  si  maudisable  porriture  et 
si  cruex  desaise  pleine  de  pitié  prenoït  lou  pueple  en  destruant,  quar 
plusor  moroient  en  monceaux  chascun  jour,  sanz  meire  nul  remède. 
1 84.  A  la  fin  li  mestre  des  églises  s'aunerent  (/.  226  c)  ensemble  et  confer- 
mèrent  ensemble  par  commun  décret  a  faire  geùnnes  a  touz  ou  pueple 
par  .111.  jours,  et  dire  a  haute  voiz  letenies  et  oroisons,  et  saouler  les 
povres  et  aponcr  les  reliques  de  toutes  parz,  por  ce  que  nostres  Sires 
fust  dcbonaires  au  pueple,  et  que  il  vuille  oster  si  cruel  tormant  d'icelui. 
18).  Quant  dl  fasoient  en  tel  manière  ces  choses  dessus  dites  a  grant 
devocion,  li  anges  nostre  Seignor  apparut  au  tierz  jour  de  cel  geûgne  a 


212  P     MEYER 

187.  At  celesti  archano  divinhas  stbt  patefacto  gavisi,  unanimes  corpus 
adcunt,a  mausoleo  extrahuni^in  locello  precioso  illud  (/.  f  c]  int^gerrïmuro 
iniiciuni  ac  in  coriis  cervinîs  accuratissime  consuunt,  et  sic  Pulteriis 
officies issi me  dirigunt.  188.  Incole  autem  locorum,  omissis  negoiiis, 
catervatim  irruunî,  audientes  et  videntes  Dei  predicanda  miracula.  189, 
Premissis  itaque  nunciis^  Pulterienses  isia  audientes  atque  confines  cïr- 
cumquaque  tam  desiderata  gaudia,  fama  volante,  agnoscentes,  gavisi 
sunt  gaudio  magno  valde,  et  progredientes  irruunt  obviam,  ac  cum  uni- 
verso  ecclesiastici  splendoris  ornatu,  flagranti  amore,  proprium  pairo- 
num  acsi  viventem  ineffabiliter  tripudiantes  '  excipiuni.  190.  Vcrzellia- 
censes  quoque  nichilominus  et  ipsi  occurrentes,  palrem  ac  nuiritorem 
suum  eo  venisse  applaudendo  Pulteriensibus  congratuiabantur.  191. 
Itaque,  congaudentibus  cunciis  aique  magnalia  Oei  labiis  exultationis' 
collaudaniibus,  gloriosis  patris  Girardi  corpus  trîumphali  sublimitaie  ; 
Puiteriaco  cenobio,  donante  Dec,  reductum  invehilur.  192.  At  Pulte-' 
rienses,  recepto  proprio  ac  spécial!  patrono,  sibi  nimîrum  cariore 
Omni  auro.  omnîque  sexu  et  etate  loci  convolante,  odas  exultationis  et 
leticie  jubilo  cordis  et  cris  concrepantes  lollunt  ad  sidéra;  Christi  medul- 
litus  collaudatur  clementia^  cujus  nutu  et  gratia  tanti  patris  tamque  celé* 
bris  prcsentia  propria  illustraïur  ecclesia.  igj.  Nec  iramerito  equidem, 
quoniam  et  cotidiana  substdii  corporalis  ab  eo  stipe  alilur,  et  continuîs 
feliciura  meriiorum  ejus  suffragiis  peccatorum  levamen  et  piarum  precum 
illius  remediis  animarum  sperai  solamen.  194.  Preparaia  itaque  raagno- 
pere  illius  tumba,  ex  tabulis  marmoreis  diligenier  ad  unguem  polilis, 
quibus  utique  ipse  vivens  affatim  dccoraverat  candem  ecclesiam  sicut 
etiam  reJiquie  columpnarum  et  pavimentorum  adhuc  attestantur,  cum 
celeberrima  exequiarum  sollempniiate,  illo  multis  confluentibus,  in  eadem 
ecclesia  officiosissime  lumubtur.  195.  Miracula  vero  sanitatum  que  lune 
et  deinceps  aliquandiu  patrau  sunt  scripta  quidem  fuere,  sed  ïn  contla- 
graiione  ejusdem  cenobii,  sicut  utique  et  nonnulla  talia,  periere.  196. 
Nec  dubttandum  omnimodo  quin  multa  facta  sint,  cum  sepius  videamus 
quam  plurimos  ardore  febrium  tabidos,  seu  alio  corporis  incommodo 
invalidos,  ad  sepulcrum  illius  venienies  dormiiare,  et  inde,  sospitaie 
reddiia,  incolumes  repedare.  197.  Siquidem  ea  que  roodernis  lam  tem- 
poribus  et  que  relatu  veracium  de  eo  comperimus,  breviter  pandere 
satagirous»  quibus  utique  evidentissime  patei  eumdem  virum  omni  pre- 
conio  sanctitatis  dignum  et  a  cunctis  fidelibus  non  immerito  attollendo 
honorandum. 


I.  Ms.  tnpudiantem.  —  2.  Cf.  Àct.  II,  11;  Ps.  LXII,  6. 


LA    LÏÎCENDE    DE   GIRART    DE   ROUSSILLON  llj 

.1.  très  religioux  reclux,  a  grant  clarté,  quï'dist  a  icelui  :  u  Va,  di  a  ce 
(I  pueple  ei  lour  anunce  lour  desloiauté  qu'il  honi  fait  contre  Girart  en 
«  trespassani  folemeni  ses  conmandemenz  :  et  toute  voie  il  n'iert  pas 
«  sanz  grani  paine,  quar  se  il  ne  portent  hastivement  son  cors  en  l'ab- 
tf  baîe  de  Pouteres,  ensint  comme  il  iour  havoii  fait  jurer,  il  périront 
«  tuii  de  celé  meismes  pestilance  dou  tout  en  tout  jusques  au  derrenier,  w 
(86.  Masii  homs  Deu  se  parti  dou  petit  habitacle  de  sa  maison  et  mani- 
festa a  touz  lou  devin  demostrement,  et  les  amonesia  qu'il  nou  tenissent 
pas  a  gas,  mas  emportoient  tost  le  cors  Girart,  lai  ou  il  meismes  t'avoit 
jugié.  187.  Cil  furent  lié  dou  secret  celestial  qui  lour  fii  declairiez  dou 
don  de  Deu  :  il  s'en  vont  tuit  d'un  coraige  au  cors ,  il  lou  traihent  dou 
sepulchre,  il  loient  icelui  très  (/.  226  d)  aniier  d'un  précieux  drap  et  le 
cousent  par  grant  anianie  en  kuirs  de  cerf,  et  l'anvoient  en  tel  manière  a 
très  grant  service.  188.  Quant  li  laboreur  des  leus  ooient  et  veoient  les 
apertes  miracles  de  Deu,  il  laisoieni  lour  besoingnes  et  i  aloieni  a  granz 
compaingnies.  189.  En  tel  manière  limessajgc  furent  anvoié  devant.  Quant 
dl  de  Pouteres  oirent  ces  joies  tant  desirrez  et  H  pruchien  de  toutes 
parz  iou  soreni  par  la  renommée  qui  corrut  par  tout,  il  s'esjoîrent  mont 
plein  de  grant  joie  ;  il  corrurent  luit  et  alérent  encontre,  et  reçoivent, 
mervoilloscment  facent  ioie,  lor  patron  par  très  bone  amour,  auxi  com  se 
il  fust  vivanz.  ensemble  tout  l'aornement  dou  resplendissement  d'église. 
190  El  cil  me'ismes  de  Vezelay  vinrent  a  l'encontre  et  s'esioîssoient 
avec  cels  de  Pouteres  en  menant  grant  feste,  por  ce  que  lor  pères  qui 
les  avoii  norriz  i  venoit,  t9i.  Quant  il  s'esjoissoient  luit  en  lel  manière 
et  chantoient  les  loanges  de  Deu  par  lèvres  de  exultation,  li  cors  Girart 
ior  gloirieux  patron  qui  est  ramenez  par  le  don  de  Deu,  est  miz  dcdanz 
l'abbaie  de  Pouteres  par  la  hautesce  de  victoire.  192.  Mas  quant  cil  dé 
Pouteres  orent  receù  lour  especial  patron,  il  lou  tindreni  plus  chîer  de 
nul  or,  et  ne  fu  pas  mervoille.  Toute  manière  de  genz,  homes,  femmes, 
enfant  (/-  227  d)  et  veillan  i  vin d rem  de  touz  leus.  Il  eslievent  lour 
bauz  chanz  de  exuliacion  jusques  as  ceaus  en  chantant  loanges  de  liesce 
et  de  cuer  et  de  boiche  ;  la  debonairetez  de  Jhesucrist  est  loée  de 
louz  lor  cuers.  par  la  volante  et  par  la  grâce  dou  quel  cele  propre  esglise 
est  honorée  de  la  présence  de  si  grant  père  et  de  si  honorable.  I9^  Et 
ce  n'est  pas  sans  desserte,  quar  ele  est  norrie  chascun  jour  par  celui  de 
aide  de  cors,  et  espère  havoir  pardon  de  lor  péchiez  par  les  coniinuex 
prières  de  ses  mérites,  et  confort  de  ame  par  le  remède  des  piteuses 
prières  d'icelui.  194.  Quant  la  tombe  d'icetui  fu  appareillie  en  tel  ma- 
nière par  grant  oevre  de  tables  de  marbre  pollies  diligenment.  les  quex 
il  meismes  havoit  mises  en  la  dite  église  quant  il  vivoit,  comme  lesrema- 
nances  des  colombes  et  des  pavemenz  le  lesmoingneni  enquor,  il  est 
enqui  enterrez  a  1res  grant  office  et  a  très  granz  sollempniiez  de  obse- 


p.  MEYER 


De  paralitico  curato. 


198.  Erat  quidam  indigena  Pulteriensis  ita  raiseranda  specie  paraliti- 
eus  ui  crura  illius  nervis  anractis  curvata  pêne  natibus  inherereni.  199. 
Incedere  namque  non  poterat,  quippe  qui  nec  pedibus  terram  attingere 
nisi  summis  articulis  via  prevalebat,  sed  diiobus  baculis  innitens  rep- 
tando  potius  cum  gravi  cruciatu  se  ipsum  quodani  modo  jaculabat.  300. 
Tania  igîtur  tamque  miserabilia  flagella  equanimiter  ferens,  ecclesiam 
simplici  devoûone  frequentabat,  dominique  misericordiam  supplex  jugi- 
ter  implorabai.  201.  Ad  tumbam  quoque  Gtrardi  comîtis  sedulesecedens 
excubabat,  intimoque  afîectu  illum  flagitans  quatinus  plis  merîtorum  suo- 
rum  suffragiis  salutis  gaudla  impetrare  sihi  a  Domino  seu  orationum  sua- 
rum  opientu  saniiaiis  remédia  conferre  dignaretur.  202.  Cumque  indesi- 
nenicr  (/.  5  d)  sincero  affectu  istud  actitaret,  jamque  divina  pieias  et  eum 
pristine  sospitati  redderc  et  fidelis  sui  Girard»  meritum  hominibus  dispo- 
neret  declarare,  quadam  dîe  idem  debilis  ad  tumbam  comitis,  ut  consue- 
verat,  oratione  devodus  solito  peracia,  surgit  et  cordas  signorum  arri- 
piens,  cepil  trahere  et  ab  ejs  trahi,  eadem  signa  pulsilando.  205.  Cum 
veto  toto  adnisu  extraherei  ac  traheretur,  Girardumque  fidc  devota  cum 
frequenti  iterationeinclamaret,  dicendo  :  «  Sancie  Girarde  auxiliare  ». 
sentit  paulatim  nervos  poplitum  humore  salubri  in  eis  infuso  contra  soli- 
tum  laxando  extendere,  ac  tandem,  consotidatis  basibus  et  plantis^  cepit 
rectissime  stare.  304.  Qui  sentiens  in  se  divinam  operationera  factam, 
abjectis  baculis.  cursu  haut  pigro  notam  tumbam  comilis  aggrediatur  et 
eam  cum  clamoris  magnitudine  amplectendo  raedullitus  exoscutatur 
referons  multimodas  odas  creatori  gratesque  condi^nas  repcndens  suo 
curaiori  cujus  precibus  et  meriiis  evaserat  jugum  tamdurissimi  langoris. 
20  f.  Monachi  autem  tanta  mirabilia  audientes  eo  ocius  advolant^  attoni- 
tique  admirantur  rei  novitatem,  iticoque  immolant  hostiam  Deo  vodié- 


LA    LÉGENDE    DE   CIRART    DE    ROUSSILLON  21  J 

ques^  a  grant  multitude  qui  assembloit  en  celle  melsmes  église.  19;.  Les 
miracles  des  sainieez  qui  adonc  et  après  ce  i  furent  faites  aucune  foiz 
furent  escriptes,  mas  êtes  furent  peries  et  plusors  autres  choses,  auxî 
quant  celé  meîsmes  abbaie  fu  arse.  196.  Et  n'est  pas  a  douter  dou  tout 
que  plusor  miracle  n'i  soient  heu  fait,  comme  nous  veicns  mont  de  foiz 
plusors  malaides  de  l'ardour  (/.  227 i?i  de  fièvres,  ou  autres  malaides  par 
autre  enfermeié  de  cors,  venir  au  sépulcre  dou  dit  Girart  et  dormir,  et 
repairier  sain  et  aligre  d'anqui,  lour  santé  rendue.  197.  Et  certes  nos 
nos  estorçons  dedairier  briement  ce  que  nous  avons  ja  veu  de  celui  en 
ce  temps  d'orendroit  et  ce  que  nous  avons  trové  par  lou  raport  de  voir- 
disanz,  par  les  quez  choses  il  aperl  cléremeni  lou  dit  baron  digne  de 
toute  loange  de  sainteé  et  a  honorer  en  eslevant  de  touz  féaux  par  son 
mérite. 

Dou  paralettque  sané. 

198.  [l]!bavoii  a  Pouieres  un  paratetique  d'anqui  meismes  ney  qui 
estoil  en  tele  manière  chaitis  que  ses  cuisses  estoient  courbes,  pour  les 
ners  qui  li  estoient  retrait,  que  clés  loichoient  a  bien  près  a  son  dos.  199. 
Il  ne  pooit  aler  ;  et  n'est  pas  merveille,  quar  il  ne  pooit  atoichier  la 
terre  de  ses  piez,  ne  mes  que  a  grant  paine  dou  chief  de  ses  artoz,  mas 
s'esforçoii  a  .11.  basions  et  se  getoit  en  ravissant  en  aucune  manière,  a 
grant  torraeni,  de  leu  en  autre.  200,  Donques  il  soffri  ces  torraanz  si 
granz  et  si  repidablcs  debonairement,  et  frequentoit  t'eglisc  par  simple 
devocion  et  requeroit  humblement  et  pardurablement  la  miséricorde 
nostre  Seignour.  201.  Il  se  trahoit  auxi  par  grant  entame  a  la  tombe 
Girart  le  comte,  et  se  couchoit  ei  le  deprioit  par  grant  afTection  de  cuer 
(/.  227  c]  que  il,  par  les  piteuses  aides  de  ses  mérites,  li  deîngnoit  empê- 
trer de  nostre  Seignor  les  joies  de  .sa  salu  pardurable,  ou  doner  remède 
de  santé  par  l'empetrement  de  ses  croisons.  202.  Com  il  depriast  cesic 
chose  sanz  cesser  par  pur  désir,  et  la  pitiez  de  Deu  ordenasi  ja  icelui 
rendre  sa  première  santé,  et  ordenast  auxi  dedairier  as  hommes  te  mérite 
de  Girart  son  féal,  .1.  jour  que  cil  meismes  foiblesot  perfaitcs'oroîsonde 
devocion  a  la  tombe  Girart  auxi  comme  il  havoit  acostumé,  il  se  lieve 
et  prist  les  cordes  des  doiches  et  les  commença  a  tirer  et  estre  deiraiz 
d'iceles  an  cloichetant  ces  meîsmes  cloches.  20^.  Quant  it  les  tiroit 
ensim  de  tout  son  esforcement  et  il  fust  auxi  deiraiz,  et  crioit  sovant 
Girart.  par  dévote  foy,  et  sovant  recommançoit  en  disant  :  •  0  tu  sainz 
n  Cirarz,  aide  moy  i>,  il  senti  les  ners  de  ses  genoz  estandre  petit  et  petit 
en  laschant  par  la  humor  de  sainteé  qui  i  fu  espendue  contre  l'enfcrmcté, 
et  a  la  6n  les  jointes  furent  fermes,  et  commença  ester  mont  droiz  sus  ses 
piez.  204.  Quant  il  senti  i'uevre  divine  faite  en  lui,  il  geu  jus  ses  bas- 
ions et  s'en  ala  lou  grant  cours  a  la  tombe  lou  comte,  et  embraçoit  icele 


2l6  H-   MEYER 

rationis  ■  atque  concrepant  psalmum  laudis  ac  jubilalionis.  206.  Ac  ubi 
istud  volucri  fama  circumquaque  divulgatum  percrebruit,  ceperunt  undi- 
que  paraliiici  ei  claudi  apud  Pulierias,  vehiculis  defcreniibus,  confluere, 
donaque  devotionis  ac  vola  orationis  omnipoienti  Deo  ei  lîdeli  ejus 
Girardo  supplices  exhibere,  quatinus  divina  pietas,  obtenta  famuli  sui, 
iitis  propiciando  subvenirc  dignarctur.  207.  Horum  igitur  multi,  Deo 
donante  et  Girardo  impétrante,  simili  modo,  ut  de  primo  pretaxatum 
est,  restes  signorum  trahendo  et  retrahendo  curabamur,  sicui  utique 
multitudo  videntium  perhibet,  sedet  ab  aliis  corporis  incommodis  quibus 
plurimi  ad  tumbam  illius  curabantur. 


De  duobus  a  demonio  possessis. 

208.  [C]omes  Rodulfus  Barrensis  casiri  super  Albam  siti,  adunata 
gravi  multitudine  predonum  equestrium  ac  pcdestrJum  Pulteriense  ceno- 
bium  atrociier  aggrediens.  depopulart  nitebatur.  209.  Denique  illis 
villam  beluina  rabie  spolianiibus  homines  loci  in  turrium  luîcione  confu- 
giunt,  ac  suam  supericctilem  in  monastcrii  abditis.  ut  faculias  admisit, 
conferunt.  210.  Quod  predones  animadvcrtenteSjin  unum  cuneum  com- 
globati  monasterium  invadere  ac  portas  ejus  manu  pervallda  ausu  tcme-. 
rario  conabatur  effringere,  atque  refugium  introrsus  positum  diripere. 
211.  Tune  illis  talia  pertinaciter  exequentibus,  mulieres  cum  clamoris 
magnitudine,  iteraits  vociferalionibus,  ceperunt  Girardum  conclamarc  ut 
suis  viiam  horribili  articulo  subveniendo  auxiliari  dignaretur.  212.  Qui- 
bus conclamantibus  continue  duos  ex  illis  arripiens  coram  omnibus 
vexare  horribiliter  ac  terribiliter  cepit  lorquerc.  Quibus  pcrierritis  non 
solum  monasterium,  sed  et  villam  quantocius  fugiendo  relinquuni. 


De  quodam  inergumino, 
3  M  -  Rainardus  presul  quondam  Lingonicus  non  solum  supercilio  hono- 
t.Ps.  XXVI.  6. 


LA    LËGENDE    DE   GIRART    DE    ROtlSSlLLON  217 

a  grant  cUir.or  et  la  baisoti  de  bon  cuer,  ei  looii  en  mom  de  manières 
son  Creator  [].  227  d)  et  rendon  grâces  mont  dignes  a  celui  qui  sané 
l'avûii,  par  les  prières  et  par  les  mérites  dou  quel  il  havoit  eschapé  iou 
jou  de  si  dure  ei  si  cruel  langour.  205.  Mas  quant  H  moines  cirent  si 
grani  mervoillcs,  il  corrurent  lai  coiieuscment.  Il  furent  esbahi  et  se 
mervoillent  de  la  noveleté  de  teste  chose.  Il  sacrelicnt  errameni  a  Oeu 
sacrefices  de  hautes  voiz  et  chantent  psalmes  de  loangesetdejubilacions. 
206,  Mas  quant  ceste  chose  fu  seûc  par  renommée  îsnele  publiant  de 
toutes  parz,  li  clop  et  li  paralitique  commencèrent  venir  a  Pouieres  de 
toutes  parz,  et  s'i  fasoient  aporter  en  charroz,  et  donoieni  supplément  a 
Deu  tout  puissant  dons  de  devocion  et  voiz  de  oroison  et  a  Girart  son 
féal,  auxi  que  la  piliez  de  Oeu  lour  deingnasi  secorre  en  aidant  par  la 
prière  de  son  sergent.  207.  Plusor  de  cets  estoient  sané  par  Iou  don  de 
Deu  et  par  ta  prière  Girart  qui  l'empeiroit,  ensint  comme  il  est  dessus 
dit,  en  tirant  les  cordes  des  signes,  et  retirant  auxi,  comme  plusors  de 
cels  qui  le  virent  te  tesmoignent,  et  auxi  plusor  estoient  sané  à  la  tombe 
d'icelui  de  autres  enfermetez  de  cors. 

De  .ij.  que  li  deables  menoit. 

208  Raoux.  qui  estoit  cuens  de  Bar  te  Chaste!  assis  sur  Aube,  assem- 
bla grant  multitude  de  preors  a  cheval  [/.  228  a)  et  a  pié,  etanvaist 
cruelmem  l'abbaie  de  Pouteres,  et  s'esforçoit  qu*cle  fusi  destruiie.  209. 
A  la  fin,  quant  cil  desroboient  la  vile  en  manière  de  bcsies  forsennées, 
li  home  dou  leu  s'en  foirent  as  lourz  por  lor  cors  deffendre.  ei  quaicbé- 
rem  et  portèrent  lor  aaisemenz  en  l'abbaie,  selonc  ce  qu'il  en  orent  temps. 
210.  Quant  li  robeour  '  Taperçurent,  il  s'assemblèrent  en  une  compaignie 
ei  anvahireni  l'abbaie,  et  s'esforçoient  par  foie  hardiesce  brisier  les  portes 
d'iceli  par  lor  grant  force,  et  panre  ce  qui  i  estoit  refoi  et  mis  dedanz. 
311.  Adonc,  quant  dl  fesoient  ces  choses  ensint  cruelment,  les  femmes, 
par  grant  clamor  et  par  hautes  voiz  sovant  recomencies,  commencierent 
ensemble  a  crier  et  apcler  Girart!  Girart  !  en  gémissant  et  plorant,  qu'il 
deingnast  aidicr  a  ses  gcnz  en  secorrant  en  si  horrible  article.  212. 
Quant  êtes  crioiem  ensini  li  mauvais  esperiz  prit  crramcm  .11.  de  cels 
devant  touz  et  tes  commença  très  horriblement  et  très  cruelment  a 
tormenter.  Quant  li  autre  le  virent  il  furent  espoanté  formant  et  ne 
laissèrent  pas  solement  l'abbaie,  mas  ta  vile,  et  s'en  foirent  plus  tost  que 
il  porem. 

De  .j   an  continuel  traval  de  deable. 

il  ).  Renarz,  uns  evesques  de  Laîngres,  qui  estoit  orguilleux  non  pas 
I.  Ms.  rebeour. 


2l8  p.  MEYER 

tis  sed  et  peritia  literamoi  ac  nobilitate  generis  datas,  nam  de  stirpe 
Barrentium  super  Sequanam  comitum  fuit  oriundus,  Pulteriensis  autem 
libertatis  emulus  nequissimus,  îdeo  quoniam  in  eodem  monasterio  libitus 
suos  sicut  in  aliis  sue  dioceseos  efficere  nequibai.  214.  Unde,  aggregaiis 
coramunionibus  suis,  cum  universo  apparatu  ecclesiastice  professionis» 
dolose,  villam  ingrediiur,  que  lunc  vailis  in  circuiiu  muniebatur.  (J.  6)  ac 
repente  villa  crudeliter  spoliata,  cenobium  omne  voraci  flamma  concre- 
mat.  21).  Quocirca  Romani  evocatus,  pro  piaculo  lanti  facinoris  bacuH 
honore  viduatur,  sed  tandem,  miseratione  et  precibus  ipsius  cenobii  abba- 
lis  impetrata  venia,  pristino  honori  restituitur.  216.  At  ille>  pro  restau- 
ralione  ecclesie  munera  largitur  ac  annuos  redditus  crucium  eidem 
cenobio  perpétue  habendos  contirmando  condonat. 


217.  Claustrum  enim  monachorum  eatenus  marmoreum  erat.  218. 
Siquidem,  monasierio  conflagrato,  lumulus  comitis  Girardî  saxis  ruentî- 
bus  parumper  conquassatur,  ac  foramine  inibi  aperto  quo  interiora  cons- 
piciebantur,  ibidem  a  fidelibus  multe  sanitaics  impetrabantur.  219.  Qui- 
dam vero  vir,  arte  levitaiis  inimice  ïmbutus,  temerariis  et  superfluis  loqua- 
citatibus  lasciviens,  ut  illud  genus  hominum  assolei,  comitem  dominum 
suum  importune  conspicere  appetcbat.  220.  Sed,  credo  illum,  ut  non- 
nunquam  contingit,  alicujus  mortalis  criminis  nevo  irretitum  ;  statim  enim 
ut  inieriora  tumuli  contueiur,  immundo  spirilui  iradiiur.  22 1-  Qui.iriduo 
atrociter  vexatus,  Deo  propiciante  et  Girardo  suffragante,  pristine  inco- 
lumitati,  inergia  fugata,  restituitur. 

Ratio  apologetica  pro  Girârdo. 

222.  [S]i  vero  alîquis  derogantium  obloquendo  obicere  maluit,  hune 
virum  reatu  cedïum  infamaium,  respondemus.  quoniam  nec  nos  abnui- 
mus  quin  etiam  id  forsilan  verum  sil.  22]-  Sed  considerata  divinarum 
scripturarum  latitudine.  reperimus  quamplurimos  Dei  elecios  primo 
quidem  huroane  infirmitatis  casa  fuisse  [SjCelestos,  deinde,  gratia  Dei 
eos  prevenienie,  ea  fide  que  per  dilecïionem  operatur  effectos  esse  dilec- 
tos.  224.  Sed  ut  cxcmpli  causa  propter  simpUciores  aliquidinde  breviter 
conferendo  proferamus,  videamus  primo  sanclissimum  patriarcham  David, 
in  scriptura  sacra^  ob  multitudinem  cedium,  virum  sanguinum  evidenier 


I.  Pour  processionis,  cf.  h  iradtiction;  mais  eetu  subsiitulion  paratt  fuqutntc- 
il  j  en  a  plaiieun  aemplts  en  provençal  liam  le  potme  de  U  croisade  albigtoist 
(voir  le  vocahulairc  de  mon  édition  aa  mot  proccssio),  et  aillttus  encore:  àtieaucaire, 
Romania,  V,  4^91  **  Arles,  chronique  de  Bertrand  Bopset,  année  1412,  <ï  Dragui' 
gnan.  Revue  des  Soc.  stv.  6,  lil,  46). 


U    LÉGENDE    DE   CIRART    DE    ROUSSILLON  iro 

seulement  pour  la  hautesce  de  honor  mas  pcoJr  la  science  de  leires 
[/.  238  b)  et  pour  la  noblece  de  lignaige,  quar  il  fu  nez  de  la  lignie  des 
comies  de  Bar  scur  Seigne,  mas  il  fu  très  desloiauroeni  anvioux  de  la 
fraînchise  de  Pouteres,  pour  ce  qu'il  ne  pooit  faire  en  celé  meismes 
abbaie  sesvolamez  auxi  comme  il  façoit  as  autres  de  sa  dïocise.  3)4. 
Pour  quoi  il  assembla  toutes  ses  commugnes  et  entra  fausement  en  la 
vile  a  tout  apparoillement  de  procession  de  église  garnie  ;  et  estoii  adonc 
toute  la  valée  '  pleine  de  vile  {sic].  Quant  la  vile  fu  soudainement  et  cruel- 
ment  desrobée,  il  fist  ardoir  toute  l'abbale  par  cruel  flamme.  21$.  Il  fu 
appelez  pour  ceste  chose  a  Romme^  et  fu  prive?,  de  l'onor  dou  baston 
pour  le  purgement  de  si  grant  desloiauté  ;  mas  a  la  fin,  pour  la  pitié  et 
por  les  prières  de  t'abbé  de  ccle  abbaie,  sa  paiz  li  fu  empêtrée,  et  fil 
restabliz  a  sa  première  honor.  216.  Et  ciz,  por  le  raparoillement  de 
Pe^ise,  i  dona  plusors  dons  et  dona  rentes. 

2 1 7.  Li  doistres  as  moines  esioit  de  marbre  jusques  au  xans  d'adonc. 
218.  Et  certes,  quant  li  abbaie  fu  brullée.  H  tomblès  dou  comte  Girartfu 
un  petit  quassez  des  roiches  qui  chairent  sus,  et  out  .1.  pertuîs  aovert 
enqui  par  le  quel  on  csgardoit  dedanzj  maintes  santez  cstoient  enqui 
empêtrées  (/.  228  c)  des  féaux.  219.  Uns  homs  anbeûz  de  l'art  de  per- 
verse légèreté,  par  foies  et  superflues  gengles,  auxi  comme  celé  manière 
de  genz  seul  faire,  vout  esgarder  son  seignour  le  comte  neant-covena- 
btement.  320.  Mas  je  croi  qu'il  estoit enlaciez  delà taiche d'aucun  mortel 
pechié,  auxi  comme  il  avient  aucune  foiz,  quar  maintenant  qu'il  esgarda 
la  chose  dedanz  lou  tomblel,  il  fu  bailliez  au  mauvais  esperit.  221 .  Il  fu 
lorraentez  cruelment  par  .ni.  jourz,  et  par  la  prière  Girart.a  l'outroy  de 
de  Deu,  la  continuel  malaidie  en  fu  chacie,  et  fu  restabliz  a  la  première 
santé. 

332.  Se  aucuns  des  mesdisanz  vuet  obicicr  encontre  ce  baron  et  dire 
quiri]  est  diffamez  de  la  culpe  de  tant  de  murtres,  nous  respondrons  que 
nous  ne  nions  pas  qu'il  soit  heuz  voir  par  aventure.  22;.  Mas  qui  vuet 
esgarder  la  largesce  des  divines  escriptures,  l'on  tnieve  plusors  esleùz 
de  Oeu  qui  furent  premiers  mauvais  ou  commun  temps  de  humaine  en- 
fermeté,  et  après  ce,  par  ta  grâce  de  Deu  aidant,  icels  estrc  faiz  amis 
de  Deu  en  celé  foy  qui  huevre  par  dilection.  224.  Mas,  por  ce  que  nous 
disiens  de  ce  briement  aucune  chose  en  comparant  pour  cause  de  exemple 
par  les  plus  simples,  veons  premièrement  lou  très  saint  patriarche  David 
(/.  228</iqui  est  appelez  évidemment  an  la  sainte  esc  rit  ure  homsdesanc 
pour  la  multitude  de  murtres,  et  qui  fu  notez  de  l'omicide  de  Urie  et  de 
Tescocerie  de  sa  femme,  et  Dex  apele  icelui  meismes  sanz  doute 
père  de  Crist.  22(.  Et  dou  quel  auxi  nostres  Sires  done  très  haut 


I .  Stagulier  umtre'Stns. 


120 


P.  MBYER 


âppetlatuin  <,  homicidio  Urie  et  uxoris  ejus  adulteho  notandum,  eumdem 
ipsum  patrem  Chrîsii  '  procul  dubio  nuncupaium.  22 {  De  quo  eiiom 
idem  dominus  tam  sublime  testimonium  protulit,  dïcens  :  Invent,  ait, 
David  virum  secmdum  cor  mtum  ».  226.  Nam  et  ipsc  toi  est  lania  neces- 
saria  ad  opus  templi  cdi^icandi  mente  devoîa  oITerendo  preparavit,  ctiam 
ex  manubiis  exterarum  gcniium  rapiis,  que  utique  Salomon  postea  magno- 
pere  cffectui  mancipavit.  227.  Dcmum  de  Petro  quid  diccndum  trina 
negatione  notatum  ?  sed  misericordie  oculïs  respectum.  atque  postea 
super  universam  ecclesiam  promolum  ac  regni  ceiestis  clavibus  mirabi- 
titer  ditatum.  228.  Paulus  vero  sevissimus  persecutor  spirans  minanim 
et  cedis  ac  multa  mala  sanctis  Jnferens.  etiani  consentiens  neci  Stephani. 
demum.  gralia  Dei  prevenius,  ad  tantam  sublimitatis  prerogaiivam  sub- 
vehitur,  ut  ea  comempiatione  qua  vident  Deum  Chérubin  et  Séraphin, 
ineffabilem  divinitatis  naturam  mirabiliter  sublevatus  mente  contemplatus 
sit  229.  Maria  e  lia  m  Magdalena,  totcontagionummaculis  fuscata,  domi- 
natui  septem  demoniorum  subjecta,  idem  septem  principalium  criminum 
jugo  pressa,  sed  a  Domino,  his  ejectis,  mundata.  deniquecaritatisardore 
succensa  Dei  meruit  fieri  dilecta.  2^0.  Quamplurimi  etiam  similiter  in 
série  Icgis  vetcris  ac  novc  inveniuntur,  prias  quidem  per  abrupta  vicio- 
rum  aliquandiu  errando  exorbiiasse,  sed  Dei  gratia  resipicentes,  vera 
fide,  bona  opérande  culmen  sanctitatis  promeruisse.  2;i.  Simili  modo 
cquidem  iste  patronus  noster,  licet  secularium  illecebrarum  proceUis 
diviciarumque  spinosis  [sjcopulis  in  mari  tumuliuoso  hujus  seculi  nau- 
fragando  Ruciuatus  aut  periclitatus  sit,  tamen,  gratia  Dei  preveniente 
illuminatus,  de  tetra  viciorum  voragine  ad  tranquillum  et  solidum  portum 
virtuium  meruit  (/.  6  6)diviniius  commeare.  2^2.  Denique.uttaceamus 
nunc  que  ei  quanta  pietatis  opéra  ipse  vivens  efficaciter  exercuerit,  que 
utique  superius  summatim  prelibando  taxavimus,  quis  perpendere  sufficit, 
qualia  et  quanta  bénéficia  in  monasieriis  îpsius  pro  salute  anime  ejus 
sint  impensa,  mm  sacrosanciis  vivificorum  misterîorum  oblaiionibus, 
tum  cotidianarum  elemosinarum  erogaiionibus ?  23;.  Quocirca  nemini 
hesilandum  quin  idem  culmen  sanctitatis  conscenderit  et  merituro,  pre- 
sertim  cum  intueamur  eum  tanta  gloria  illustrari  signorum. 


Istud  Berte  miraculum  inveni  hoc  modo  scriptum. 
2)4.  Miraculum  nosiris  roodernis  teraporibus  apud  Pulieriense  ceno- 


I.  I  R*g.  XVI,  8.  -  2.  C/.  Mmh   I.  I.  —  î.  Pi.  LXXXVm,  2\. 


LA    LÉGENDE   DE   GIRART    DE    R0US5ILL0H  221 

tesmoingnaige,  qui  dit  ;  Se  ai  trové  David  baron  selonc  mon  cuer. 
326.  Quar  il  me'ismes  apparoilla  en  ofTrani  par  dévoie  panssée  tantes 
choses  et  si  nécessaires  a  Tuevre  por  editier  le  temple,  qui  estoieni  tolues 
des  mains  des  genz  occises,  le  quel  Salemonz  mena  a  fm  après  ce  par 
grant  oevre.  227.  Après  ce»  quoi  est  a  dire  de  Pierre  que  l'on  set  qui 
renoia  par  .m.  foiz  nostre  Seignor  P  mas  il  fii  regardez  des  eulz  de  misé- 
ricorde et  fu  mis  après  ce  dessus  toute  l'église  et  fu  faiz  riches  raervoil- 
leuscment  des  clersdou  rcaumc  celestial.  228.  Et  certes  Paules  fu  très 
cruex  guerroierres  de  l'église,  tandanz  a  menaces  et  a  ocision,  et  façoit 
mainz  maux  as  sain?.,  et  fu  consentant  de  la  mort  saint  Estienne  ;  après 
ce  il  fu  appelez  par  ta  grâce  de  Deu  et  fu  eslevez  a  si  grant  excellance 
de  hautesce  que  en  celé  coniemplacion  que  li  cherubim  et  li  seraphim 
voient  Deu  il  fu  eslevez  par  panssée,  etesgarda  (/.  229  a)  mervoilleuse- 
ment  ta  nature  de  la  Divinité,  que  nuns  ne  porroil  dire.  229.  Et  Marie  Mag- 
delaine  qui  fu  pleine  de  tantes  taiches  de  aïoichemenz,  qui  (m  sozmise  a 
la  seignorie  des.vti.  deables^  c'est  a  dire  espressée  dou  jou  des  .vu. 
principaux  péchiez,  mas  nostres  Sires  tes  en  geta  et  la  monda,  et  a  )a 
fin  ele  fu  ambrasée  de  l'ardour  de  charité,  et  desservi  que  ele  fu  amie 
Deu.  230.  Auxi  plusor  sont  trové  en  Tordenance  de  la  viez  loy  et  de  la 
novele  qui  hont  erré  premièrement  en  aucun  tans  por  les  forvoiabletez  de 
péchiez  ;  mas  quant  il  se  regardoient,  par  la  grâce  de  Deu  il  fesoîent 
bones  oevres  par  veraie  foi  et  desservoient  la  hautesce  de  sainteé.  231. 
Auxi  iciz  nostres  patrons,  par  semblable  manière,  je  sai  ce  qu'il  soit 
démenez  par  les  fluves  de  perilz  et  perilliez  en  la  tumultouse  mer  de  cest 
monde  aus  roiches  pleines  d'espînes  de  richesces,  toute  voie  il  fu  enlu- 
minez par  la  grâce  de  Deu  qui  le  secorrul,  et  desservi  par  l'aide  de  Deu 
de  l'oscur  devoreraent  des  vices  eslre  menez  a  port  paisible  et  fort  de 
vertuz.  3;2.  A  la  fin,  pour  ce  que  nous  ne  disiens  pas  orendroit  quex 
oevres  de  pitié  et  com  granz  il  fit  parfeciemeni  quant  il  vivoit,  les  quex 
sont  toichies  desus  auxi  comme  nous  l'avons  devant  dit  en  somme,  qui 
porroit  soffire  a  parfectemeni  esgarder  (/.  229  b)  quex  bénéfices  et  com 
grant  soient  doné  as  abbaies  d*icelui  pour  le  salut  de  s'ame,  avec  les 
saintes  oblacions  de  divins  misteres,  les  pardurables  supplicacions  de 
prières  plaisanz  et  les  granz  dons  de  chascun  jour  d'aumonnesP  2)). 
Pour  quoi  nuns  ne  doit  doter  que  dz  ne  hait  ta  hautesce  et  le  mérite  de 
saimeé,  meesmement  comme  nous  veons  icelui  resplendir  par  si  grant 
gloire  de  signes.  Iciz  meï&mes  miracles  ci  après  escriz  l'enseingne  par  la 
manière  que  vous  orrez. 

Li  miracle  de  la  comtesse. 

2^4.  Lou  miracle  fait  en  t'abbaie  de  Pouteres  par  t'aide  de  Deu  et  par 
les  mérites  et  les  prières  de  Berthe,  l'onorable  mère  de  ccl  meisraes  leu, 


222  P.   MEYEB 

bium  actum,  opérante  Deo  meritis  întercessionibusve  vcnerande  Bene, 
loci  ipsius  Matrone,  crcdimus  fore  manifestandum  quatinus  laude  Cbristi 
fidelium  fides  instituatur  credeniium.  2;ç  Etenim  quod  ipsi  nostris 
oculis  vidimus,  tacere  nulio  modo  volumus.  2)6.  Sane  eo  lempore  que 
Alcxander  papa  npostoticam  gerebat  sedem  ',  Philippusque,  Henrici  regU 
incliti  filius,  Francie  lenebat  habenas,  gubemante  quoque  bone  memorie 
Hurobeno  jam  dicti  cenobii  culinen,  erai  mulier  quedam  IngeUindis 
nomine,  ipsius  cenobii  incola.  valiiudine  suorum  membrorum  vacua,  ica 
ui^  pre  debiliiate  non  modica.  vlx  ire  sine  sustentaiione  duorum  bacu- 
lonun  poserai.  2;7-  Hec  vero  in  talis  infirmitaiis  posita  pena,  oraiione 
assidua  iugiter  anie  urnam  venerabills  Berte  solita  jacere  fuerat.  curva 
deprecans  ipsam  Dominam  quatinus  iniercessionc  sua  ante  seculorum 
regem.  Dominum  videlicet  Christum,  preces  dignaretur  fundere  pro  ea. 
2)8.  Hanc  igitur  consueiudinem  dum  même  impleret  devota,  videba- 
tur  sibi  dormiendo  nonnullis  vïcibus  aures  Redempioris  pulsare  pro  ea. 
2]9.  Sed,  cum  jam  pius  Dominus,  omnis  pietatis  caput,  sacratissime 
virginum  gemme,  genitricis  sue  scilicet  Marie,  precibus  que  jugibus  mota 
orationibus  prefate  fuerat  domine,  vellet  et  hanc  de  qua  loquimur  mulie- 
rem  a  tania  debilîtate  liberare,  et  reverentissimam  dominam  hujuscemodi 
taudis  gIori6care,  eidem  mulieri  per  somnii  visum  est  soporem  vehemen- 
tissime  flagitare  lucifluam  Dei  genitricem  dominam  Bertam  pro  ejus 
sanitalis  dono^  ipsamque  gloriosara  matrem  ante  pedes  Domini  fitiique 
sui  stare  corpore  pro  divo.  240.  Hanc  igitur  visionem  dum  aure  respi- 
ceret  intenta,  vidii  Dominum  manu  annuere  matri  sue,  que  ante  genua 
sua,  ut  supradicium  est,  jaccbat  inctinis,  sibi  sanitatem.  241.  Mox  enim 
gloriosa  virgo,  elevans  se,  venit  ad  eam,  <<  vade  i>,  inquiens,  c  ad  vene- 
K  rabilis  Berte  sepulcnim,  et  ei  hujus  sanitalis  referas  gratissimas  graies, 
«  utque  scias  absque  aliqua  dubitatione  meritis  ipsius  sanitatem  reco- 
«  pisse,  quantocius  a  lecto  quo  jaces  sana  ex[s]urge  *.  242.  0  magnum 
et  longa  memoria  predicandum  miraculum  !  eaque  per  lungum  temporis 
spacium  languerat,  uno  momento  quo  jacebat  surgens  a  lecto,  sustenta- 
men  suorura  oblita  baculorum,  cursu  haut  pigro  ecctesiam  petit.  34;. 
Quo  cum  pervenit,  ejusdem  ecclcsie  fores  undique  repperii  obseratas, 
quas  extimplo  crebris  dum  ictibus  puisât,  quidam  fratrum,  audito  sonitu, 
concite  currit  ad  fores.  244.  Tande[m],  cognito  rei  eventu  expergefac- 
tus,  ei  reserat  portas.  24^.  Ipsam  vero  ecclesiaro  intrat  et  cursu  non 
parvo  notam  repetit  umam,  proiciensque  |/.  6  c}  ante  ipsius  pavimentum 
laudisonas  referens  odas,  omnibus  receptam  pandit  sospitatem.  246. 
Praires  enim  pre  gaudio  flentes.  Te  Deum  lauJamus  concrepani  hymnum, 
referenies  inde  Deo  clarissimas  laudes.  247.  Tua  s-h  (?)  }hesu,  pietatis 


Ms.  fidem. 


U    LÉGENDE   DE   GtRART    DE    ftOUSSlLLON  JJ) 

8  croioBS  qu'il  doive  estre  bien  decUiriez  pour  ce  que  U  foiz  des 
'fcMS  creanz  Jbesucriu  soii  enformée  en  la  loange  d'icelui.  2^^.  Et 
certes  ce  que  nous  metsmcs  bavons  veû  par  noz  eulz,  nous  ne  volons 
pubiisier.  1^6.  Quar  en  cel  temps  que  l'apostoles  Mixandres  govemott 
la  foy  d'aposlole,  et  Philippes  fîlz  dou  roy  Henri  lenoit  la  seignorie  de 
France,  et  Humberz,  jadis  de  bone  mémoire,  govemoit  la  dignité  de  U 
dite  abhàse,  une  femme  qui  avoit  non  Ingelsanz,  qui  bonoroit  mont 
icefe  abbaiée.  perdit  la  force  de  ses  membres  en  tel  manière  que  por 
a  gnat  (/•  129  <)  foiblece  ele  povoit  a  paines  aler  s'en  li  sostenani  de 
.0.  bastoRS.  i^-j.  Masquant  ele  fu  a  tel  poine  d'enfermeté,  ele  estoit 
iLOiHUUée  gésir  longuement  en  oroison  continuel  devant   la  tombe 
Berthc  l'oaorable,  et  deprioit  bumblement   celé  mcisaies  dame  qu'ele 
daglttst  ùàn  prières  pour  li  devant  le  roy  seignor  des  siecics.  c'est  a 
•  ofoir  Jhesucrist.  2  ;8.  Adonc,  quant  ete  bavoit  acompU  td  aoottBBaoce 
fÊt  dévoie  panssée,  il  li  sembloit  en  dormant  mont  de  Ibiéct  qye  b  dite 
du»e  csooHDOToit  por  li  les  oreilles  dou  Sauveor.  2)9.  Mas  coane  li 
pitBis  Ares  qui  est  dûef  de  toute  pitié,  voiUast  ya  par  les  prières  de  la 
Irts  saïme  pierre  predense  des  vierges,  c'est  a  saToir  Marie  sa  nére, 
quiesuÀBeûcparkspardarablesoroisiODsdela  deraatdiiediBe^îcele 
lenuK  deqooi  noatrc  parole  est  délivrer  de  si  gra«  fnUeié,  ci  voAat 
gfoirifier  h  très  booorable  dame  de  celé  raamere  de  box,  3  senbb  a  ioele 
If  iwipi  ftamt  par  domir  de  songe  qœ  h  cfite  dame  Bqihe  prioit  trts 
isnaat  la  très  bdc  nte  Dca  por  le  don  de  sa  saat£,  et  veoci  icde  aâaBs 
g)oirîe«se  nére  ester  par  con  engiB  devant  les  piez  nostre  Scigoor  aoa 
fil,  240.  t^aot  de  rcçvdoit  emeotibleaieni  celé  visioa,  ele  vil  uatut 
^■T'gpnT  q|ai  oitfieaii  par  dbxd  a  sa  ntn  (/.  229  d\  qn  9S0ÎI  f^K^iw 
drram  ses  genob,  cMÎai  coaMae  il  est  dessâs  A,  qMt  serai  s»6e. 
141.  ta  g^irieBse  vierge  se  leva  errameiM  Cl  viat  a  cdi  et  fi  dist  :  «  Va 
sa  sepolac  de  roaarafak  Bcrtbe  et  li  rcn  grâces  très  apcables  de  cesie 
smé-M  et  par  ce  qae  la  saicfce»  aam  apoïc  HiiWiiii  1  qoe  toas  leceac 
umé  por  ses  oeritts,  Beve  lost  sas  saée  doa  fit  en  qaoi  ta  pc  Z4X. 
0  Oex!  ooa  pwm  ■iiik  ipa  est  a  precsdicr  es  loiqgDe  aeaaire! 
qav  cde  tfd  kavaà  tai^  par  hn^ae  espace  de  taps,  tm.umd 
atatacBi  elcleadaa  il  ai  «pioi  de  psoii,  ciabKa  loa  nnflrai  ■!  ai  ili 
sesbatfoas,  eiabare^be  par  iaid  coars.  241.  QBBtdcfaalV^K; 
de  mva  les  panes  farséCejs  de  io«es  pan,  les  9»ks,  qaas  de  kl  bâc- 
lait crraBcat.  et  fcrac  savaMe  faiz,  IBS  des  irénetoi  loaaOB,  cfoamM 
caiiraBff  as  pênes.  144-  Aa  daiieaier,  qaaa  i  coadi  la  fia  de  ta 
doK,  i  b  frfwnii  et  &  dafaras  lespanes.  34$.  Efe  oBa  ca  tt^mt  cl 
ab  pnK  cma  a  b  tsaèe  qa'efe  oaMÔna,  de  se  pet»  a  htsic 
denM  ba  pnoat  Ac£,  de  dât  t^av  pbân  de  ba^s  e( 
msaifcita  a  tav  caaHSK  de  hawîi  reoeâe  aMé.  246-  li  Hn  plo- 


324  ^'  MBVSR 

capud,  qui  quondam  earum  morte  pestifera  pressum  vite  redonasti  Wven- 
tem,  nunc  equidem  îstani  tuam  servam  debilitate  non  modica  pressam. 
orationlbus  illustris  domine  Berte  salutis  reddidisti  munus.  248.  Te  igiiur 
omnibus  mudis  benedicamus  gioriose  Chhste,  quisempercum  Pâtre  et 
Spiritu  sancio  trinus  et  unus  Deus  régnas  et  vivis  in  secula  seculorum. 
Amen. 


La  traduction  contient  encore  les  lignes  suivantes^  dont  Vorigiml  latin 
manque  : 

249.  Li  noble  compaignon  donoient  ja  lor  choses  largement,  et  ce 
qu'il  havoicnt,  pour  Jhucnst  en  defolant  les  boidies  dou  deable.  Les 
eglyscs  édifiées  assez  noblement,  lour  panssée  desirroit  ja  lou  reaume 
des  ceaus. 

2^0.  Uns  sainz  homs  estoit  reclus  par  lonc  temps.  Il  rit  divins  voie- 
manz  par  nobles  signes.  Il  fu  en  très  haute  panssée  et  vit  les  delecta- 
bletez  dou  ciel.  2p.  Li  anges  le  menoit  qui  resplendissoit  par  très  cl6re 
lumière.  252.  A  la  fm  il  esgardoit  que  la  porte  dou  ciel  estoit  overle.  W 
fu  reampliz  de  mervoillouse  clarté  et  de  mervoillouse  odor.  2j  ;.  Il  envi- 
rona  apertemem  les  sièges  dou  ciel  que  li  esleù  desirrent  et  qui  seront 
doné  à  cels  qui  vivent  adès  honesicmeni;  et  vit  iciz  féaux  vcraiemeni 
(/.  2  jo  b)  as  ceaus  plusors  choses  a  mervoillier  et  qui  sont  a  amer  par  esfor- 
cernent  de  cucr.  254.  Avec  ce  il  vit  .11.  liz  couverz  de  noble  coverturc 
qui  estoient  bel  mervoillousement  et  resplendissoient  de  mervoillouse 
biauté.  2)  j.  Adonc  li  devant  diz  homs  fu  errament  mont  liez;  il  deprie 
l'ange  qu'il  li  die  as  quex  sont  cil  .11.  lit.  2j6.  Ciz  li  respondi  errameni 
et  li  dit  tex  paroles  :  «  Saiches  que  li  lit  que  tu  esgardes  resplendir  de 
«.  si  grant  biauté  sont  apparoillié  et  a  bon  droit  as  dignes  compaingnons, 
«  c'est  a  savoir  Cirart  le  conte  et  Berthe  la  contesse;  li  quel  il  est  cer- 
«  taine  chose  et  manifeste  qu'il  hont  doné  toutes  lour  choses  pour  nostre 
«  seignor,  pour  quoi  il  sont  digne  de  estre  beneùré  sanz  fm  dou  repoux 
a  dou  ciel  et  estre  compaingnie  perdurablement  as  compaingnies  des 
u  sainz.  » 


LA    LÉGENDE    DE    GIRART    DE    ROUSSILLON  23  5 

roieni  por  b  grant  joie  «  chantoient  cesie  hyne  ((.  i?o)  Te  Deum  /au- 
(tamas^  et  rendoient  de  ce  a  Deu  très  hautes  loanges. 

J47.  O  tu.  Jhesucrlsi  qui  es  chief  de  pitié,  tes  oevres  sont  tex  qui 
goerredonas  jadis  de  vie  ton  chier  ami  espressé  de  cruel  mort  quant  il 
vivoii,  Cl  orcndroit  a  iceste  toie  serve  qui  estoit  espressée  de  grant  foi- 
bleté  as  rendu  lou  don  de  santé  par  les  croisons  de  la  noble  dame 
Berthe!  248.  Donques  nous  te  beneîssons  en  toutes  manières,  o  tu  glo- 
rieux Jhesucrist  qui  règnes  adès  ensemble  Deu  trines  et  uns  sanz  fin. 


VOCABULAIRE. 


aaiflcmeoB  209,  sappetUctiUm. 

tk  ce  que  160,  tandis  que. 

asnllenemens  1^;,  tûmalis. 

migne  97.  loj,  isj,  aqaa. 

atabrnlsaement  146,  impetu. 

aparlssances  107,  Hsùgta. 

&pparoUlerrea  6,  stractor. 

artoz  19$,  articalu. 

fttapip  103,  lattre. 

atoichemeiiB  219,  cantûgionam. 

blaszné  48,  trntatam. 

boldie  })»  1^3,  Ttrsatia. 

breclne  18),  statU. 

chareToetes  ^6,  cadareribus.  Il  y  a 
dansColgravecharevastre,  «  aih 
cloaih  ».  le  charrier,  l'ctoffe  forte 
qu'on  étend  sur  le  linge  ï  lessiver 
et  par-dessus  laquelle  on  place  les 
cendres,  la  clurrée  ;  ce  mot,  qui  se 
£t  aosst  d'une  larve  d'insecte  qui 
I  sert  d'appât  >  <Littré,  cf.  Cot- 
grave),  n'a  pas  une  étytnologie  assu- 
rée (cf.  Romanut,  VI,  ^9^),  et  il 
serait  possible  qu'il  y  eflt  originai- 
rement conneiion  entre  les  deux 
sens  qu'on  tut  connaît  et  le  sens 
donné  par  notre  texte  bourguignon 
i  cbarevoste. 

ebarros  206,  ixluaîis. 

elem  327,  claréiu. 

elolchetaat,  en  —  202,  puisitando. 


coitoose  74,  immaluro  [obita], 
coltousement  6j,   pncipiii  faga  ; 

1 16,  prtà piles  ;  24)^  toncitt, 
commaenes  214,  commumotûhui. 
devanclst  74,  prévenu. 
devorement  2  ]  1 ,  voragtne. 
dot  169,  dtbdam. 
duchesme  42,  ducatum. 
eatentiblement ,       entendlble- 

ment,  adv.    ji,  87,   icàuU      340 

[aiire]  inltnta.  — Sobst.  par  coin* 

mnn  —  1 69,  samma  ngiUntia ,-  cf. 

par  grant  entante  20 1,  stdale. 
ectrecbaojable  2 1 ,  mutae. 
errament  17,  a^atim  .-  20,  48^  con- 

mao  ;  48,  91 ,  mox  ;  99.  (7/ico. 
eaeepat  a'  —  99,  offensa  pede. 
ecoooerle  224,  adaheno. 
eafkcies  8 1 ,  deleta. 
eapaontable  144,  korr'^ti. 
espaonté  64,  ternla  -,  1  j6,  perUrriti. 
espeontablement   }^,64,  Urribi' 

lUer. 
esqnemenie,  parole  —   H  *  "'* 

ntfarxo 
esralgna  68,  compellat 
eesUe  11;,  situ  [ha]. 
essoalja  18,  demaîca. 
esaordent  lO},  aonontur. 
estranges    110,  112,   118,    119. 

barbon. 

M 


^^H                                                                  MErSR                                                     ^^^1 

^^^H         «strolDes  28,  atniis. 

nxeeamement  41,   pKàpm\  2]},        ^^| 

^^^1         estât  1^7,  sittit. 

pTtstrtm.                                                   ^^1 

^^^H          faaaement  314,  dohie. 

meTsmes,  invariable»  22,  39  (prcci-        ^^| 

^^^M         flalachlr  $7,  fiecti. 

pue),    toj,    122,  12},    128,   168,         ^H 

^^^M         llalnolUssemeiut  1^8,  cunamina. 

^^^H 

^^^H          foièe,  a  la  —  39,  j),  72,  umctm. 

nenoe  gent  180,  popularti,           ^^^^^H 

^^^H         forflonaerte   119,  rablts;    147,/u- 

mureaax  119,  menia.                     ^^^^^M 

^^^H 

natlvel  10,  natali.                                   ^^^ 

^^^H         forseniioit  137^  insaniens. 

neant-coveoable  1  ^,  importants"         ^^M 

^^^H         forvoïabletez  2}o,  abrapta. 

^^M 

^^^H         fï>ainchlse  nj^  Ubcrtatu. 

neant-coveoablement  220,  im-        ^^Ê 

^^^H         France  108,  orbcm  Galliam  ;   rao 

portane.                                                 ^^| 

^^^^1 

neant^eschalftsable    167,    ùim-        ^^| 

^^^1         nrottcea  34,  ragas. 

^H 

^^m         Tae  }8,  fagt. 

neant'pourveû  10,  incautum.                 ^^H 

^^^H         sa&ingneors    1)4,    accohrum   \\u 

neant-recon table  16} ,  uielfabili.      ^^^^H 

^^^H             agricolarum) . 

oblcier          obicere.                         ^^^^^Ê 

^^^B         ^ngle   2],  nugacitate  mot  qui  est 

olrre  167,  gressibus.                         ^^^^^M 

^^^1            rendu  par  deslolaaté  au  ^  34; 

oiselet  12  j,  nvicu/j.                         ^^^^^| 

^^^^V              2 1 9  hifaacitiitibus . 

^^^^^1 

^^^M         hantes  lentes)  167,  insUts. 

passerote  18,  [unui]  passerum.        ^^^^H 

^^^f          heuz,   qu'il  soit  —  pour  ■  qu'il 

preors  208,  prtJonam.                       ^^^^| 

^^H^              ait  été  9f  222,   cf.   Mussafia,  Bei- 

qnaichérent  209,  abjitis  {âbéldt*  ^^^^Ê 

^^^fe             tfitgc  ZUT  Ctichii.hu  dtr  Romaniscktn 

^^^^H 

^^^1            Sprachen^  dans  les  comptes-rendus 

rapors  1  j  1 ,                                    ^^^^H 

^^M            de   l'Acad.   de   Vienne,    XXXIX, 

rebnehiè  1 10,  periktsi  :  cf.  rebon'~^^^^| 

^^^B             H6'8,  et  Jakrb./,  rom.  Ut.  V,  347. 

quler,  dans  Du  Cange,  afiousABB.  ^^^^| 

^^^1          Iganment  142,  non  dissimihur. 

repidables  200,  miitrahïïxa.                    ^^| 

^^H         Joiea  2  r ,  gauJiam. 

restât,  se  —  99,  steih,                            ^^| 

^^^M          lay  i6f,  lacu. 

[alvrej,  anslves   ii^,  anslTolt         ^H 

^^^        11  art.  fém.  sujet,  2,  js,  j$,  84,  9^, 

6,  slf^olent   i^j,  sniernérent          ^H 

^^^^Ê           119,  1^0,  160,  etc. 

1  }0,  ensigans  1 ,  slganz  68.        ^^^| 

^^^F        lor,  contre  —   J  ]  •  ûi  illçs  ;  en- 

supplément  206,  sappticts,             ^^^^^Ê 

^^^V             contre  lour  98,  m  eis. 

tante,  pluriel  neutre,  8,  (6.             ^^^^^| 

^M              maimU  18,  ttisos. 

vulganment  12;,  ru/go.                  ^^^^H 

^^^^ft                                                         ^^H 

^^^P             1.  —  La  traduction  de  la  première  phrase  est  particulièrement  embarrassée.  |       ^^Ê 

^m               Le  traducteur  a  détaché  les  premiers  mots.  Cesta  ...  Rossellon,   les  considérant          ^| 

^^^^        comme  un  litre.  Il  a  lu  immicotum  à  la 

place  de  nimiram,  peut-être  annuendo         ^^Ê 

^^^H        (cf.  1  )8)  pour  aJmirantio,  et  est  arrivé 

:  tant  bien  que  mal  â  l'interprétation    |     ^^M 

^^^^         bi»rre  *  par  ouiroy  de  ses  ennemis 

».  II  a  lu  cum  au -lieu  de  tum.,  d'où         ^^M 

^M                1  cnsanblt  les  louanges  •  ;  il  a  déplacé  lum  spcclabilii  nobiîitaln  magnificcnîia.  —         ^^| 

^1               Je  vais  indiquer  sommairement  un  assez 

grand  nombre  de  fautes  du  même  genre     i  ^^H 

^^^         que  je  n'aurais  pu  signaler  au  bas  des  pages  du  texte  sans  détruire  l'équilibre        ^^H 

LA   UCCNDE    DE   CtRA^T   DE    R0USS1LL0N  137 

entre  le  latin  et  le  fraDçaii:  -~6.    f  et  la  forme  ansivoii  »  ;  le  irad.  paraît- 
avoir  lu  a  set]utns  au  lieu  à'elegans.  —  i  j.  c  ou  jugement  >,   iadUio  au  lien  de' . 
iadieio  ;  mftme  faute  A  07   et  toi.  —  27.   c  continué  *,  contmaaxs  au  lîeu  de'  ' 
tonànaaîa ;  même  faute  à  98.  —  48.   «  menaces  a  menaces  «,  mmi  au  lieu  de'  I 
tttmu.  —  84.  c  iavor  1,  fûwri  au  lieu  de  fervore  (on  pourrait  aussi  bien  cornger'  | 
t  fervoT  •).  —  124.  €  atraissant  »,  Uahats  au  lieu  de  Urcns.  —  1  $4.  t  gaain- 
gneors   »,  agricolarum  au  lieu  de  accolarum.  Ce  n'est  pas  trè$*sûr,   car,  au 
l  188,  incoU  est  rendu   par  «  laboreurs  ».  —  140.    •  Boemie  •,  Botmiam  au 
lieu  de  Baoniam  ou  Baiorum,  —  1  ^0.  •  par  oevre  »,  contre-sens  sur  opcre  pu- 
thm  tst.  —  t  J2.  «  suit  »,  st^auiÀo  au  lieu  de  serieaJo.  —  i  { j.  Contre-sens  sur 
superiui  laxatûm.  —  167.  c  digne  de  Dieu  »,  a  Dto  au  lieu  de  adto.  —  181. 
•  avenues  *,  cum  au  lieu  de  limt.   —  19s.  —  "  saimeez  ■,  sanctiutum  au  lieu 
de  santtatum.  —  199.   >  en  ravissant  ■,  tap'undû  au   lieu  de  npiando.  —  336. 
«  occises  »,  il   est  difficile  d'admettre   que  le  traducteur  ait  lu  nieraram.  — 
2}o.  <  quant  il   se  regardoient  »,  respicie/iUi  au  lieu  de  resipisanUs. 

4.  —  O'apr^  la  chanson,  Girart  était  en  effet  le  fils  du  comte  Drogon  \eon* 
rn/ir),  puissant  seigneur  dont  les  possessions  s'étendaient  sur  une  partie  de  U 
France  et  de  l'Espagne  |ms.  de  Paris,  Hofm.  v.  945-9  ,  Michel,  p.  )0-i)ct 
de  qui  il  tenait  la  Bourgogne  et  Avignon  iHofm.  v.  6497;  Mich.  p.  loj). 
C'est  à  Avignon  que  Girart  se  réfugie  et  tient  conseil  avec  les  siens  après  que  le 
roi  s'est  emparé  de  Roussillon  par  trahison  {Hofm.  v.  {06,  (p,  Mich.  p.  ty^ 
18}.  Mats  je  ne  vois  nulle  part  que  Girart  fût  natif  de  celte  ville. 

9,  —  Ce  motif  est  très -vaguement  emprunté  i  la  chanson.  Le  prétexte  de  la 
qieitlle  est  proprement  que  Charles,  ploux  de  la  puissance  de  Girart.  demande 
que  celui-ci  lui  fasse  horomage  pour  Boussilloa.  Refus  de  Girart  qui  prétend 
tenir  ce  chÂteau  en  alleu.  Voir  les  premières  pages  du  ms.  de  Paris. 

12.  —  D'après  la  chanson,  Girart  aurait  exercé  non  pas  sept  ans,  nuis 
vingt-deux,  le  métier  de  charbonnier  {Oxf.  fol.  40  ;  Paris,  Hofm.  v.  674}, 
68a  I  ;  Mich.  p.  21  ),  21  ^  ;  cf.  mon  Recueil  d'anciens  textes,  p.  66).  —  Il  est  i 
remarquer  que  l'exil  de  Girart  est  placé  par  l'auteur  de  la  Vie  latine  à  la  suite 
de  la  première  guerre  entre  Girart  et  le  roi,  tandis  que  dans  la  chanson  cet  exil 
prend  place  bien  plus  tard,  i  la  suite  de  la  seconde  guerre. 

13.  —  t  Honera  ingentia  propriis  humeris  convectans.  »  Cf.  ces  vers  de  U 
chanson  (mon  Recueil,  p.  67)  : 

Il  ac  bone  vcrtut,  forte  e  plenere, 
E  portet  major  fais  d'une  saumere. 

14.  —  Cf.  la  chanson  (ibid.)  : 
Es  loc  fu  la  contesse  pois  taillendere, 
Cane  no  vistes  de  mans  tal  fazendere. 

19.  —  Selon  le  poème  cette  entrevue  de  Girart  et  de  la  reine  sa  belle-sceur 
eut  lieu,  non  pas  i  la  PentecAte,  mais  le  vendredi  saint  (Hofm.  v.  686^,  Mich. 

P-  2'7I- 

23-7.  —  Tout  cela  est  fort  arrangé.  Dans  le  poème  Charles  pardonne  à 
Girart  parce  qu'il  le  croît  mort,  mais  lorsqu'il  l'aperçoit  devant  ses  yeux,  il 
M  peut  réprimer  un  mouvement  de  colère  (Hofm.   v.  702  r  et  sniv.,  Michel 

p.   22i-3}. 


aaS  p.  MEreR 

^0.  —  Cf.  le  poémf,  Hofm.  v.  7185  et  suW.,  Mich.  p.  226-7. 

4Î.  —  L'auleur  doit  avoir   mal  compris  son  texte;   nous  voyons  dans  la 
chanson  que  Polcon,  le  cousin  et  le  plus  fidèle  allié  dcGiran,  joue  constamment 
le  rôle  d'un  sage  conseiller  qoi  cherche  i  calmer  son  bouillant  cousin  et  à  lui 
inspirer  la  modération.  Il  n'y  a  pas  de  raison  pour  qu'il  ait  été  représenté  sous     1 
nn  autre  aspect  dans  la  rédaction  qu'avait  sous  les  yeux  l'auteur  de  la  Vita. 

jî-72.  —  Ce  récit  d'une  guerre  entre  Girarl  et  Charles  n'a  pas  son  corres-   j 
pondant  dans  la  chanson  telle  qu'elle  nous  est  parvenue.  Nulle  part  on  ne  voit 
dans  celle-ci  qu'il  y  ait  eu  entre  les  deux   rivaux  douze  ou  treize  batailles  (6;), 
i  la  suite  desquelles  le  roi  aurait  été  obligé  de  se  réfugier  à   Paris  (66)  ;  nulle 
part  il  n*y  est  question  de  l'apparition  miraculeuse  qui  met  fin  i  la  guerre  (68). 

59.  —  I  Qu'il  ne  vuet  pas  qu'il  chafoUnt  lou  roi.  ■  Il  y  a  dans  cette  même 
traduction  d'autres  imparfaits  de  l'indicatif  employés  au  sens  du  subjonctif  pré-  I 
sent  ou  imparfait,  ou  du  conditionnel.  111  c  li  ovrott  l'on  les  portes  ■  (sens  du 
subj.  présent)  ;  1 1  ;  1  li  chasieau  ne  poahoti  estre  pns  p  (sens  du  condi- 
tionnel) ;  142  «  que  ce  qu'il  Uissoii  »  |sens  du  subj.  présent);  162  «  et  li  di 
qu'il  uitroit  »  (même  sens)  ;  172  <  qu'il  ne  laissaient  pas  >  (mime  sens)  ;  i$6 
«  qu'il  nou  tenissent  pas  a  gas,  mas  importoitm  •  (subj.  imparfait)  ;  aoi  c  et  le 
depriott  ...  que  il  ...  li  dûngnoit  »  (même  sens).  Déjà  en  bas-latin,  dans  la  vie 
de  sainte  Euphrosyne,  M.  Boucherie  a  signalé  l'emploi  de  l'imparfait  de  l'indi- 
catif au  lieu  du  présent  ou  de  l'imparfait  du  subjonctif  (Revue  dts  tanguts 
romanes^  II,  j?). 

74.  —  Les  mots  <  qui  infra  spatium  unius  anni  vita  excedens  >  rappellent 

ce  pentamètre  de  l'épiiaphe  du  jeune  Thierri,  51s  de  Girart,  épitaphe  autrefois 

placée  dans  l'église  de  Pothiires,  et  que  l'auteur  de  la  Vie  avait  sans  doute 

toc: 

Vix  anni  unius  transierat  spatium. 

[drard  de  Roussillon^  éd.  Terrebasse,  p.  xjncv.) 

D'après  la  chanson  Girart  aurait  eu  de  Berte  deux  garçons,  qui  moururent 

tous  deux  très-jeunes,  l'un  de  mort  naturelle,  l'autre  tué  par  un  des  hommes 

de  Girart  (Hofm.  v.  7948-9,  81 17  et  suiv.,  Michel  p.  2^0  et  2^6). 

;6  et  suiv.  —  La  seule  fondation  religieuse  dont  il   soit  parlé  avec  détail 

dans  ta  chanson  est  celle  de  Verelai  (Hofm.  v.  8007-8,  84879;  Mich.  p.  2^2, 

267).  Il  est  singulier  qu'on  n'y  trouve  aucune  mention  de  Pothières.  En  outre 

il  est  deux  fois  question  dans  la  chanson  des  monastères  fondés  par  Girart,  mais 

toujours  avec  peu  de  précision.  D'abord  à  la  suite  de  la  première  guerre  : 

Girarz  en  fes  mostiers  ne  sai  canz  faire 

En  qu*el  mes  assaz  monges  e  santuaire 

(P.  Meyer,  Recoal,  prov.  6,  7-8). 

La  seconde  fbis^  tout  i  fait  à  la  fin  du   poème,  dans  une  sorte  de  conclusion 

qui  ne  se  trouve  que  dans  le  ms.  de  Paris  : 

E  fo  molt  om  bénignes,  rcltgios, 

.  E  basti  ne  mostiers,  sapchat/.,  pturos  : 

VersaUi  l'abadia  es  us  deli  bos. 

8960  Plus  de  .cccc.  gliesas  ab  orazos 

Fetz  far  G.  e  Berta  la  dona  pros, 


U    LËGENÛ^    DE    GIRART   DE    ROUSSILLON  Z2Ç) 

E  dotero  las  totas  de  forlz  rixs  dos, 
De  chastds  e  de  viUs,  de  rins  maios  ; 
Pcr  loU  meiro  personas,  abatz,  priors. 
Tant  quant  te  U  B«rgonha  on  es  Dijos, 
I  a  be  pauchas  gteias  mas  de  lor  dos... 

78.  —  Il  parait  que  les  actes  auquel  l'auteur  fait  allusion  n'existent  plus, 
car  les  auteurs  de  la  nouvelle  Gallia  christiana  ont  révoqué  en  doute  la  Tonda- 
lion  ou  restauration  du  monastère  de  Saini-Pierre  d'Auxcrrc  par  Girart  de 
Roussillon.  Ils  s'expriment  ainsi  {Call.  chr.  XII,  4;4-t)  ■ 

Kesuaiatum  quidem  rcf^runt  Sammirthani  hoc  roooisterium  a  Ccrardo  de  Rossilione 
et  Benhj  ejus  coningc,  constrnaa  de  novo  bisillca  apostolorum  Pétri  «  Pauli  in  lubur- 
btis  Aullssiodori,  et  erecto  collegio  duodecim  canoniconim  qui  regutarem  degerent  vitam 
sub  Angelctmo  decano,  anno  749  *  ;  venim  ipsis  lue  la  re  fides  habenda  non  est,  quos 
fotun  deccpil  vcl  j'abaU  liii^dam  aliijuot  abhinc  sitculit  tcn'pta,  vel  nccrologium  domus 
cujui  eo  levîor  es  autoiiias  quod  hxc  traditio  quam  refert  ad  dicm  t  oaobrb  in  ipso 
hterit  tncena,  Ccrardiunque  mortuum  exhibeai  aiuos  amplius  cemum  quinquagioia  ante 
Carolunt  Calvum,  que  lamen  régnante  Cerardus,  circa  annum  867  Vîieliacum  Augusii- 
dimenseiT)  ci  Pultariam  Lingoncnscm  ante  annmn  868  condidlt  ui  duimtu  1.  IV,  et  mnr* 
tout  eiicuin  Bcnha  conjugc  anno  duotaxat  874. 

79.  —  Je  ne  trouve  aucune  trace  d'une  abbaye  de  Sainte  Marie  Madeleine 
(selon  la  traduction)  qui  aurait  existé  dans  te  diocèse  de  Soissons. 

gj-toi  —  Les  deux  miracles  ici  racontés,  celui  de  Vézelai  et  celui  de 
Pothiéres.  se  retrouvenl  tondus  en  un  dans  la  chanson  (Hofm.  v.  8)60-74^  ; 
Mich.  p.  269-270.  La  comtesse  se  levait  chaque  nuit  pour  aller,  avec  un  pèle- 
rin, travailler  aux  fondations  de  l'abbaye  de  Vézclai.  A  eux  deux  ils  portaient 
péniblement  du  sable  rn  un  sac.  Le  chambellan  de  Girart,  pour  se  venger  de  la 
dame,  sur  la  vertu  de  laquelle  il  avait  F^iit  une  vaine  tentative,  fit  croire  à  son 
maître  que  ces  promenades  nocturnes  n'avaient  rien  d'innocent.  Girart  épia  sa 
femme  :  il  la  vit  emplir  le  sac  avec  l'aide  du  pèlerin,  et  i  ce  moment  une  grande 
clarté  descendit  du  ciel  sur  eux  —  comme  ici  dans  le  miracle  de  Pothtères  {%  88), 
—  Un  peu  après  la  comtesse  se  mit  en  marche  portant  l'un  des  bouts  de  la 
perche  à  laquelle  était  suspendu  le  sâc:  k  pèlerin  portait  l'autre  bout.  En  mar* 
chant,  elle  se  prit  le  pied  dans  sa  robe  et  tomba;  mais,  par  un  miracle,  la 
perche  se  tint  droite  en  l'air,  —  comme  dans  le  miracle  de  VézeUi  (§  99). 

L'auteur  de  ta  Vie  latine  peut  aussi  bien  avoir  recueilli  ses  deux  miracles 
dans  une  tradition  monastique  que  dans  la  chanson  qui  est  sa  principale  source 
d'information  ;  mats,  quelle  que  soit  celle  de  ces  deux  hypothèses  que  l'on  pré- 
fère, il  me  paraît  vraisemblable  que  ta  version  du  poème  est  la  plus  ancienne; 
qu'il  n'y  avait  originairement  qu'un  seul  récit,  se  rattachant  à  Vézelai,  et  que 
c'est  l'auteur  de  la  Vie  qui  a  imaginé  de  couper  ce  récit  en  deux,  afin  que 
Pothières  eût,  tout  comme  Vézelai.  un  miracle  i  son  origine. 

ro4.  —  Voir  la  vie  de  saint  Loup,  évèque  de  Troyes,  Aclû  Sanctorum,  juil- 
let, V,  80,  §  46,  et  cf.    la  discussion  des  BolUndisles  dans   le  Commcntaiius 


I.  Cette  date  est  celle  que  donne  le  récit  de  la  translation  de  sainte  Marie- 
Madeieine  (ci*aprés  p.  2j2,  §  2)  peur  la  découverte  du  corps  de  la  sainte. 


310 


P.  MEYER 
âfi  ^  7°)  71  :  voir  "Jisi  d'Arbois  de  Jobainvitte  en  son 


^rrfviuï,  ibid.,  p 

élude  sur  le  Laçois,  Bibl.  dtl'Ec.  dit  chants,  4,  IV,  jio. 

it6.  —  <  ...  sccus  Gemellos  ■.  Une  colline  située  sur  le  territoire  de  la 
comiBUne  de  Prusly-sur-Ource,  à  quatre  kil.  environ  au  N.'E,  de  ChAlitlon* 
sur-Seine,  à  l'est  de  l'ancien  inonl  Laçoii,  s'appelle  encore  Les  Jumeaux. 

127  et  suiv,  —  Dans  la  chanson  on  voit  Charles  s'emparer  â  deux  reprises 
différentes  de  Roussillon  par  tr.ihison  ;  la  première  fois,  vers  le  commencement 
du  poème  (Hofm.  v.  {^9  et  suiv.,  Mich.  p.  la-^),  la  seconde,  beaucoup  plus 
tard  (Hohn.  v.  548)  et  suiv.,  Mich.  p.  17;).  Dans  le  premier  cas,  le  traître 
est  le  sénéchal  de  Girart,  dans  le  second  cas  c'est  le  portier.  Il  est  visible  que 
l'hagiographe  a  eu  en  vue  la  première  de  ces  deux  affaires.  Comparez  le  §  1 29 
à  ces  vers  (Mahn,  GtAUhu,  I,  ajo;  Hofm.  407-425;  Mich.  p.  15-4)  : 

Li  cons  Girarz  |azi'  en  une  tor, 

E  ne  furent  o  lui  mais  irei  contor; 

Aicil  sunt  condurmit  a  la  freidor. 

E  li  cons  rasidet  de  ta  freor, 

E  entendet  la  neise  e  la  rutm)or 

Que  funl  la  fors  donzels  e  vavasor 

E  estranz  e  privât,  grant  e  menor, 

E  reclament  Girart  lor  dreit  seinor  ; 

E  vest  aubère  e  elme  qu'il  a  forcer 

E  près  escu  e  tance  qu'il  sat  meitlor  ; 

La  0  sat  son  cheval  celé  part  cort  : 

Ja  l'en  traïe(nt]  fors  irei  lecador, 

A  cascun  fait  votar  la  leste  por; 

Pois  e$  montai  li  cons  de  gran  vigor, 

Per  une  porte  pauce,  n'i  sai  menor  ; 

Per  la  s'en  ist  li  cons  a  grant  ïror, 

E  cubice  {mi.  dt  Paris  apela)  lo  rei  perjur  tracor. 
I  {4.  —  Il  n'est  rien  dit  dans  la  chanson  de  cette   *  vallis  sanguinolenta  >.  Il 
est  notable  aussi  que  la  Vie  ne  parle  pas  du  combat  singulier  de  Girart  et  du 
roi,  V.  74î,74S,  7^  S  (Michel,  p.  24)- 

\]\.  Selon  la  chanson  la  bataille  aurait  eu  lieu  sous  ■  Ftere*nause  >  (Oxford, 
fol.  24),  sous  •  Peira-nausa  »  |Hofm.  v.  772  ;  Mich.  p.  i\),  et  le  roi  vaincu 
aurait  fui  jusqu'i  Troies  (Hofm.  v.  847  ;  Mich.  p.  l'j), 

\}j.  Dans  la  chanson,  de  nombreuses  tirades  (v.  87$-)7a9;  Mich.  p.  28-^) 
sont  consacrées  aux  délibérations  de  Girart  et  de  ses  barons,  à  la  suite  desquelles 
est  décidé  l'envoi  h  Charles  d'un  messager  chargé  de  paroles  de  paix,  au  récit 
de  l'entrevue  de  ce  messager  avec  le  roi,  qui,  contre  l'avis  de  son  conseil, 
repousse  toutes  les  propositions  de  Girart,  et  au  rapport  fait  par  le  messager  i 
Girart.  —  Dans  ta  chanson,  c'est  le  messager  qui  assigne  i  Charles  le  lieu  de 
la  bataille  (v.  1477-8,  Mich.  p.  47),  qui  est  bien,  comme  dans  ta  Vie,  Vatbetun, 
mais  n'est  pas  déterminé  par  le  voisinage  de  Vézetai  et  de  Picrre-pertuisc. 

>  }9-  —  Il  est  aus^  spécifié  dans  fa  chanson  que  Drogon  avait  d'importantes 
possessions  en  Espagne  (v.  par  ex.  v.  16^4-7).  mais  non  qu'il  fût  en  ce  moment 
en  guerre  avec  les  Sarrazins;  au  contraire,  il  est  dit,  v.  960'j,  qu'il  était  en 


LA    LÉGENDE    DE   CIRART    DE    ROUSSILLOH  2^1' 

piix  et  que  ceux  de  Mayorque,  d'Afrique,  et  même  d'Asolone,  lui  payaient 
tribut.  —  On  oe  voit  nulle  part  dans  le  poème  que  Drogon  f&t  le  fils  de  Goo- 
delniit. 

141.  —  La  somme  des  troupes  de  Ctrart  n'est  pas  donoée  dans  la  chanson, 
mais  eo  additionnant  les  chiffres  des  divers  contingents  on  voit  qD'elle  dépasse 
de  beaucoup  le  nombre  ainsi  indiqué. 

146.  Cette  étymologie  peu  vraisemblable  de  la  Cure,  petite  rivi^e  qui  passe 
pris  de  Vézelai  et  se  jette  dans  l'Yonne  avant  Auxerre,  manque  naturellement 
dans  la  chanson,  qui  ne  connaît  que  l'Arcen,  v.  1478^  17^6. 

308.  —  Raoul  III,  comme  comte  de  Valois,  qui  par  suite  de  son  mariage 
arec  Adélaïde,  fille  de  Nocher  H.  comte  de  Bar  sur-Aube,  acquit  le  comté  de 
Bar-sur-Aube.  Il  fiit  l'un  des  principaux  alliés  d'Etienne  H,  comte  de  Cham- 
pagne, son  seigneur,  dans  la  guerre  que  soutint  celui-ci  contre  le  roi  de  France 
Henri  en  1038,  et  y  fut  fait  prisonnier.  Plus  lard  il  suivit  son  seigneur  à  l'ex- 
pédition que  le  roi  Henri  dirigea  contre  le  duc  de  Normandie  Guillaume  le 
Bâtard.  Il  mourut  en  1074.  Voy.  An  Je  vltifier  ta  datu^  II,  702  ;  d'Arbois  de 
Jubainville,  HUloin  de  Bar-sur-Auhtf  p.  xiv-xvj  ;  Histoiu  dis  comta  de  Cham- 
pagne, I,  }2\,  M7,  )62,  J89. 

aij-7.  —  Rainart  occupe  le  siège  de  Langres  de  io6(  i  108^.  Les  faits  que 
lui  impute  la  Vie  sont  connus  d'ailleurs.  Ils  se  rapportent  i  l'année  107};  voy. 
Cali.  ekrisl.  IV,  ^62.  C'est  donc  un  récit  fondé  sur  une  tradition  encore  très- 
récente^  comme  celui  du  miracle  rapporté  plus  loin  §  234  et  sarr. 


APPFNDICE. 

U    TRANSLATION     DU    CORPS    DE    SAINTE    MARIE-MADELBINE    A    VBZELAI. 

On  connaît  depuis  longtemps  un  récit  en  latin  d'après  lequel  le  corps 
de  sainte  Marie-Madeleine  aurait  été  découvert  en  Provence  et  amené 
à  Vézelai  par  un  moine  nommé  Badilon.  Ce  récit  se  rattache  d'assez 
près  ft  la  légende  de  Girart  de  Roussillon,  car  c'est  Girart  comte  de 
Bourgogne,  époux  de  Berte  et  fondateur  de  Vézelai,  qui  aurait  envoyé 
ce  Badilon  à  la  recherche  du  corps  saint.  Aussi  esi-ii  assez  naturel  que 
le  traducteur  bourguignon  de  la  Vie  de  Girart  ait  cru  devoir  compléter 
en  quelque  sorte  cette  biographie  avec  l'histoire  de  la  translation  des 
reliques  de  la  Madeleine  '. 

Cette  histoire  de  translation  se  rencontre  fréquemment  dans  les  mss, 
à  la  suite  de  la  légende  de  sainte  Marie-Madeleine  et  s'y  rattache  étroi- 
tement par  une  phrase  de  transition.  En  voici  le  commencement,  d'après 
le  DIS.  12601,  fol.  267  v°f  du  fonds  latin  de  la  Bibliothèque  nationale  : 

I .  Nuoc  ergo,  largiente  Domino,  aggrcdiemur  eiponcre  qualiter  gleba  cor- 


f .  Voir  ci-dessus,  p.  164. 


2)3  P.  MEYER 

poris  ejusdem  beatissimx  Marix  Magdalenx  ad  locum  in  quo  hodie  vcneritur 
translata  i\l. 

2.  Anno  igitur  passionîs  vel  resurrectionis  Dominica:*  plus  minus  septingen- 
tesimo  quadragesimo  nono,  régnante  Ludovico  regum  piissimo,  necnoa  et  filio 
e)Us  Karolo,  vîguît  pax  atquc  profcctus  Christ)  ccclesix  in.  orbe  terrarum, 
prêter  infestationes  genlis  Sarracenorum  quaî  fichant  pr«ipuc  a  partibus  Hi$- 
paniarum.  ;.  Eo  quoquc  lempore  partem  maximam  totius  Burgundic  Gcrardus, 
comitum^  nobilitate  et  armis  copiaque  diviciarum  prestantlssimus,  fac  predïc- 
lorum  regum  afdnitate  proximus^],  jure  heredilario  possldebat.  4.  Erat  enîm 
illl  uxor  non  dispar  natalibus,  admodumque  moribus  egregia.  4.  Qui  scilicet, 
sexus  utriusque  proie  destituti,  res  proprias  larga  manu  Deum  limentîbus 
ejusque  pauperibus  împendebant.  \.  Dehînc  quoque  omne  patritnoniom  suarum 
possessionum  ad  ecclesiamm  domos  omnipotcntis  Dei  construendas  summa  cum 
devotione  transcrîpserunt,  potiore  denique  ulentes  consilio,  ut  propter  carnalem 
prolem  Deum  [sibi]  etigerent  coheredem.  6.  Edificantes  autem  quampluri- 
mas  jccclesias  ac  monasteria  in  suis  latifundiis,  in  quibus  nondum  fuerant,  sta- 
biliverunt  in  eisdem  Deo  famuiantes  quaroplurimos,  ditanles  ex  rébus  proprits 
ut  absque  penuria  regulariter  degerent.  7.  Sub  eodem  qaoque  tempore,  tant  a 
rege  Francorum  quam  ab  eodem  Gerardo  comité  Johannes  papa  Romaous 
accersitus,  deventl  Gallias.  8  Qui,  tnter  cetera  salubria  quae  [ibij  excrcuit, 
monasteria  qua  Gcrardus  cornes  a-dificaveral,  ejusdem  precatu  in  honorera  Dei 
et  ejus  genitricis  Marix  sanctorumque  apostolorum  Pétri  et  Pauti  consecrari 
fecit.  9.  Qui  Romam  regressus,  muUorum  sanctorum  pîgnora  ab  amorem  prx- 
dicli  corailis  ad  loca  quac  consccraverat  rctransmisit.  10.  Post  aliqua  vero  tem- 
porum  currîcula,  déficiente  regum  Francorum  valitudine,  cepilgens  barbarorum 
a  transmarinis  partibus  veniens,  per  universas  Galliarum  provincias  ctades 
exercere  permaximas,  tam  in  cedibus  hominum  quam  in  predationibus  rerum  ac 
coocremationibus  domorum,  xcclesias  quoque  ac  monasteria  dissipans  igni  con- 
sumpsit.  1 1.  Tune  denique,  inier  calera,  monastcrium  Vicelaicum,  quoda  prat- 
dictocomile  Gerardo  cum  ceteris  ut  prcmisimus  juxta  Core  fluvium  constnictum 
fuerat,  permissum  est  solo  tenus  destrui.  12.  Post  hec  vero,  ob  defensionîs  tute- 
tam,  inanissimo  colle  qui  juxtâeminebat,  ab  eodem  Gerardo  convementissîme  ree- 
diBcalum  est  ;  quod  etiam  vocabuloeiusdemlocihonorificecongruit.  Diciturenim 
Viulûicam  quasi  inde  vîdeatur  orizonta  cxli  circumtuentibus  per  amplîssima, 
seu  etiam  Vxcelaictu,  quod  exinde  videatur  amplissimum  ca:li  latus,  potest  inlelligi. 
1  ;  Ubi  dum  reedificatum,  ut  primitus,  in  honore  genitricis  Dei  Marix  et  sanc- 
torum  Apostolorum  Pétri  et  Pauli  fuerat,  innumerabilibui  signis  et  virtutibus, 
Deo  opérante,  claruit. 

14,  Sub  eodem  fere  tempore  contigit  ut  egressa  gens  Sarracenorum  ab  His- 
panix  panibus  depopulans,  exterminavit  pêne  Aquitaniam  ac  maximam  Pro- 
vincix  partem.  ij.  Interea  Aquensem  metropolitanam  civitaiem  aj^gressa, 
ipsamque  capiens,  universam  suppellectïtem  ipsius  diripuït,  captïvorum  roullitu- 
dinem  indc  educens^  reliqua  autem  gtadio  et  igné  consumpla   sunt  ;  virorum 


I.  Je  transcrU  car  x  Pc  ciJilU  </u  mt.  —  2.  Mt.  comitatum.  —  j.  Ce  ^ui  est 
entrt  []  est  omis  dans  a  ms. 


LA   LÉCENDE    DE   CIKaRT    DE    ROUSSILLON  2^' 

namque  et  inulienjra  quamplurcs  vives  decoriAntcs,  ut  mos  est  Sarracenoruoi 
hominibus  nostrx  gentîs  facere,  ut  ipsimet  postnioduro  vidimu^,  quieveruQt.  16. 
Cujus  cladîs  ccde  peracta,  quam  credimus  propter  pecutta  inhabitancium  illi 
terre  contigissc,  in  sua  rece&seruDt.  17.  Compertum  namque  jam  olim  a  multis 
longe  lateque  hab^batur.  quod  beata  Maria  Magdalene  in  territorio  civitatis 
Aquensis  a  sanclo  pontifîce  Maximlno  sepultufie  tradila  fuerat,  quodque  ibidem 
illius  sacratissima  ossa  s^rvabantur.  18.  Mac  deoique  fama  instigati,  tam  cornes 
Gerardus  quam  abbas  Heudo  '  praedîcti  nionaslerri  Viceliacensis,  delegavenint 
satis  accu  rate  ad  cmtatem  Aquensem  fralrem  quendam  cui  nomen  eral  Badilo, 
ea  sctiicet  devotione  ut  si,  annuente  Domino,  illis  in  parlibus  aliquid  pignus  de 
corpore  sacratissime  Marjjc  Magdalenx  repperire  valeret,  revertens  ad  illos 
deJerrrt 

La  suite  nous  fait  connaître  comment  Badilon  réussit  à  découvrir  le 
tombeau  de  la  sainte,  comment  i)  en  retira  subrepticement  le  corps  et 
parvint  à  le  iransponer  Â  Vézelai.  Suivent,  dans  les  mss,  divers  miracles 
opérés  par  l'intercession  de  la  Madeleine. 

Tout  ce  récit  est  apocryphe  ;  personne  n'en  doute.  Ce  que  je  veux 
faire  remarquer,  c'est  qu'il  offre  certains  rapports,  d*une  pan  avec  notre 
Vie  de  Cirart  de  Roussillon,  d'autre  pan  avec  le  poème. 

Le  rappon  avec  la  Vie  est  surtout  sensible  aux  §§  j  et  4  où  se  retrou- 
vent plusieurs  expressions  de  la  Vie  :  maximam  partem  iotms  Burgundu 
[GailU  dans  la  Vie)  ...  jare  hcredUario  possi(Ubat,  cf.  la  Vie  §  6  ;  —  Uxor 
non  Mspar  naialibus,  admodumque  morihus  tggre^ia,  cf.  la  Vie  §  7.  Il  se 
peut  que  les  deux  récits  aient  puisé  â  une  source  commune,  que  je  ne 
suis  pas  en  état  d'indiquer  ;  il  se  peut  qu'il  y  ait  eu  imitation  de  pan  ou 
d'autre.  Dans  cette  seconde  hypothèse,  quel  est  l'imitateur  ?  C'est  l'au- 
teur du  récit  de  la  translation,  si  on  admet  l'opinion  des  Bollandistes  et 
de  l'abbé  Paillon  sur  la  date  de  ce  document.  Les  premiers  pensent  que 
le  récit,  dont  ils  ne  donnent  que  quelques  extraits^  a  dû  être  écrit  après 
126s  d'après  une  tradition  un  peu  plus  ancienne '.  L'abbé  Faillon,  qui 
l'édite  en  entier,  exprime  avec  plus  de  développement  la  même  opinion  : 

Cette  relationt  icmposit  au  milieu  du  XIII'  sïtcU  oa  au  sâclt  suivant^  fut  ensuite 
envoyée  à  Home,  probablement  par  les  religieux  de  Vézelay»  pour  l'opposer  à 
la  découverte  du  corps  de  sainte  Madeleine  faite  en  Provence  par  Charles, 
prmcc  de  Salerne,  en  1270.  Elle  a  été  conservée  depuis  â  la  bibliothèque  du 
Vatican.  L'abbé  de  Vézelay,  étant  allé  à  Rome  en  1600,  la  transcrivit  de  sa 
propre  main  comme  un  monument  qui  n'était  pas  sans  intérêt  pour  son  monas- 


t .  Le  premier  abbé  de  Vézelai.  On  fait  durer  son  abbalîat  de  878  à  900 
environ  {Gall.  Christ.  IV,  467).  Ces  dates  ne  sont  guère  en  rapport  avec  ta 
date  de  7^9  donnée  au  début,  laquelle  accompagne  assez  singulièrement  la  men- 
tion des  règnes  de  Louis  le  Pieux  et  de  Chartes  le  Chauve,  mais  tout  ce  pieux 
récit  n'est  qu'un  tissu  d'absurdités. 

i.  Actû  SS.y  12  (uillet,  tommtntarms  histontccraictts,  ^  m. 


2J4  P    MEYER 

tère.  Lacopiequ'i)  en  6t  alors, ou  peut-être  une  autre  transcrite  dans  le  même  temps, 
d'après  la  sienne,  est  aujourd'hui  à  la  bibliothèque  du  roi.  et  c'est  cette  copie 
que  nous  donnons  ici.  Elle  avait  appartenu  successivement  à  M.  Fouquet,  évèque 
d'Agde,  à  l'oratoire  de  cette  ville,  et  enfin  au  collège  de  Navarre  (n*  36  ^s)  *. 

L'abbé  Failton  était  un  compilateur  aussi  dépourvu  d'érudition  que  de 
critique.  S'il  avait  poussé  ses  recherches  un  peu  plus  loin,  il  aurait 
reconnu  que  le  récit  de  la  translation  ne  se  trouvait  pas  seulement  dans 
le  ras.  26  bis  du  fonds  de  Navarre  iraaintenam  n"  lyôjô  du  fonds  latin') 
mais  encore  dans  un  grand  nombre  de  mss.  dont  plusieurs  remon- 
tent au  xii^"  siècle  et  même  aux  premières  années  de  ce  siècle  »,  ce  qui 
me  dispense  de  rechercher  quelles  raisons  on  aurait  pu  avoir  de  fabri- 
quer cette  légende  au  xiit'  ou  au  xiv'. 

Le  récit  de  la  translation  est  donc  au  plus  tard  du  commencement  du 
xii«  siècle,  et  très-probablement  d'un  temps  plus  ancien.  Comme  la  Vie 
appartient  à  la  6n  du  xi''  siècle,  ou  peut-être  aux  premières  années  du 
siècle  suivant,  on  peut  hésiter  sur  la  question  de  savoir  lequel  des  deux 
écrivains  est  l'imitateur.  Je  considère  comme  très-probable  que  c'est 
l'auteur  de  la  Vie.  La  biographie  latine  de  Girart  de  Roussillon  n'a 
jamais  été  un  ouvrage  répandu  ^  le  récit  de  la  translation  a  eu  en  son 
temps  une  véritable  célébrité.  On  en  possède  de  très-nombreuses  copies; 
Vincent  de  Beauvais  Ta  fait  entrer  sous  une  forme  abrégée  dans  son 
Miroir  hîstorial  *  et  Jacques  de  Varaggio  dans  sa  Légende  dorée.  Il  y  a 
là  une  première  présomption  d'aniériorité.  Si  je  ne  me  trompe,  c'est 
parce  que  le  récit  delà  translation  des  reliques  de  la  Madeleine  à  Vézelai 
par  ordre  de  Girart  avait  mis  ce  monastère  en  grande  réputation»  qu'un 
moine  de  Pothières  a  eu  l'idée  de  composer  une  vie  de  Ciran,  afin  que 
Pothières  eût  aussi  un  corps  saint  à  exposer  à  la  vénération  des  fidèles. 
Et  on  s'expUque  sans  peine  que  notre  biographe,  tout  en  mentionnant  la 
fondation  de  Vézeiai  [§  77),  n'ait  rien  dit  de  la  translation  du  corps  de 
la  Madeleine  :  il  n'était  pas  de  son  rôle  de  rien  dire  qui  pût  contribuer  à 
augmenter  la  réputation  d'un  monastère  voisin  et  peut-être  rival. 

Quant  au  rappon  du  récit  de  la  translation  avec  la  chanson,  il  ne  peut 
pas  être  établi  d'une  façon  bien  rigoureuse.  Tout  ce  qu'on  peut  dire, 
c'est  quelepoëme  mentionne  la  translation  de  la  Madeleine  à  Vézeiai  >. 


i.  Monuments  île  ftipcîloht  de  samie  Maru-hUdilatK en  Provenu,  II,  74J. 

2.  Dans  ce  ms.  le  récit  de  la  translation  est  précédé  d'un  court  préambule, 
que  le  n>i  pas  rencontré  ailleurs,  cl  probablement  tiré  du  ms.  envoyé  à  Rome, 
titi  Girart  est  iiualifié  ■  de  Rossclione  •■ 

j  Par  ex,  Bibl.  nat.  1260a  fol.  167  v»  (rammenccmcnt  du  XII*  siècle), 
IJ090  fol.  97  V"    i4j6j  fol.  142  »«,  16754  ^'*  Pi  '700s  fol.  j6  y. 

4.  Livre  hXWX,  chap.  i^i. 

}.  Edit.  Hofmaan,  v.  8000  et  suiv.  ;  èdit.  Michel,  p   2$2. 


LA   LÉGENDE   DE   GIRART   DE    ROUSSILLON  2}$ 

Badilon  ne  6gure  pas  dans  le  récit  très-court  du  poète.  Toutefois,  un 
peu  plus  loin,  on  voit  paraître  un  personnage  du  même  nom,  dont  le 
rôle  auprès  de  Girart  est  celui  d'un  sage  conseiller.  Le  poète  a  cru  à  la 
tradition  d'après  laquelle  le  corps  de  la  sainte  avait  été  transporté  à 
Vézelaî  du  temps  de  Girart,  mais  il  ne  s'en  suit  pas. que  dès  lors  cette 
tradition  ait  été  rédigée  sous  la  forme  o£i  nous  la  possédons. 


Les  rapports  qui  unissent  la  chanson  de  Girart  de  Roussillon,  la  vie 
latine  du  même  personnage  et  le  récit  de  la  translation  du  corps  de 
sainte  Marie-Madeleine  sont  incontestables.  L'explication  que  j'ai  tentée 
de  ces  rapports  n'est,  en  plusieurs  points,  que  probable.  Mais,  quelles 
que  soient  les  combinaisons  auxquelles  on  ait  recours,  un  résultat^  non 
sans  importance  pour  l'histoire,  me  parait  hors  de  doute,  c'est  que  Girart 
de  Roussillon,  héros  presque  entièrement  fabuleux  de  la  poésie  épique,  a 
été  en  voie  de  devenir  un  saint.  Il  ne  Pest  pas  devenu  tout  à  fait  :  il 
s'est  arrêté  dans  la  route  qu'ont  parcourue  jusqu'au  bout  Guillaume  au 
court  nez  et  Renaut  le  fils  Aimon,  pour  être  enfin  transformés  en  saint 
Guillaume  de  Gellone  et  en  saint  Renaut  de  Cologne,  mais  il  l'a  suivie 
assez  loin  pour  nous  fournir  un  curieux  exemple  de  l'influence  de  la 
littérature  vulgaire  sur  la  composition  des  Vies  de  Saints. 

Paul  Meyer. 


LA  SOTTIE   EN   FRANCE. 


Les  sotSj  qui  occupent  une  si  grande  place  dans  notre  ancien  théâtre, 
lireni  évidemment  leur  origine  des  réjouissances  de  carnaval,  des  fêtes 
grotesques  si  fort  en  honneur  au  moyen-âge.  Pendant  des  siècles,  U 
liberté  de  la  parole  n'exista  que  sous  le  masque  de  la  folie,  mais,  sous  ce 
masque^  on  peut  dire  qu'elle  fut  presque  complète  :  les  cérémonies  de 
l'Église  purent  être  impunément  parodiées  le  jour  des  Saints  Innocents; 
les  fous  jouirent  du  privilège  de  faire  entendre  la  vérité  aux  rois;  enfin  la 
sottie  transpona  sur  la  scène  la  satire  dirigée  contre  les  diverses  classes 
de  la  société.  Ce  caractère  satirique,  qui  permet  de  considérer  la  sottie 
comme  un  de  nos  genres  dramatiques  les  plus  anciens,  est  bien  défmi 
dans  les  vers  suivants  de  Jehan  Bouchet.  Après  avoir  parle  de  la  satire 
en  général,  le  poète  ajoute  : 

En  France  ellR  a  de  solU  le  nom, 
Parce  que  sotz  des  gens  de  grand  renom 
Et  des  petits  jouent  les  grands  follies 
Sur  eschaffaux  en  parolles  polies, 
Qui  est  permis  par  les  princes  et  roys, 
A  celle  fin  qu'ils  sçachent  les  derroys 
De  leur  conseil,  qu'on  ne  leur  ause  dire, 
Desquelz  ils  sont  advertïz  par  satire. 
Le  roy  Loys  douziesme  desiroit 
Qu'on  les  |Ouasl  a  Paris,  et  disoit 
Que  par  tels  jeux  il  sçavoit  maintes  faaltes 
Qu'on  luy  celoit  par  surprinses  trop  caultes. 
{Ep'utrts  morales  tt  famdUrts  Ja  Traveruur;  Poitiers,  i  Hïi  \n-io\,,  ],  ji  </.) 

Au  point  de  vue  de  la  forme,  la  sottie  se  rattache  à  ces  fatras  ou 
fatrasies,  dont  le  moyen  âge  nous  a  légué  de  nombreux  exemples  [voy. 
notamment  Jubinal,  iVouwdu  Recueil  de  Contes,  Dits,  Fabliaux  et  autres 
Pièces  inédites f  1!,  208)  ^  c'est  une  série  de  traits  et  de  mots  disparates 


U   SOTTIE    EN    FRANCE  2^y 

qui  n'ont  d'autre  liaison  entre  eux  que  la  rime.  L'extrême  diversité  des 
vers  qui  se  suivent,  le  brusque  passage  d'une  idée  à  une  autre,  l'amon- 
cellement des  proverbes  et  des  allusions  satiriques  sont  les  principaux 
mérites  du  genre.  La  fatrasic  donna  naissance  à  deux  espèces  de  sotties  : 
l'une  destinée  à  être  récitée  dans  des  concours  de  rhétorique  ;  l'autre, 
au  contraire,  ayant  un  caractère  dramatique. 

Sur  la  première  espèce  de  sotties  nous  trouvons  quelques  détails  dans 
un  Doctrinal  de  retorique  composé  en  143^  par  Haoldet  Hercut  [Raol  de 
Thercut]  i Archives  iUs  Missions  scuntifujaes  et  littéraires,  1,  '8jo,  275). 
L'auteur  de  ce  traité  nous  apprend  que  ces  compositions,  dites  sotties 
amoureuses,  se  récitaient  à  Amiens,  le  premier  jour  de  l'an,  dans  des 
fêtes  présidées  par  un  b  prince  n  ;  il  ajoute  que  »  tant  plus  sont  de  sos 
mots  et  diverses  et  esiranges  rimes  et  mieulx  valent  i>.  Les  sotties  amou- 
reuses paraissent  d'ailleurs  avoir  été  connues  en  dehors  d'Amiens  et  fai- 
saient sans  doute  partie,  sous  des  noms  différents,  du  programme 
ordinaire  des  puys  de  rhétorique  dans  les  villes  de  la  Picardie  et  de  la 
Flandre  française.  Elles  se  confondent  en  effet  avec  les  sottes  chansons 
en  usage  à  Valenciennes,  et  dont  Hécart  a  publié  quelques  spécimens 
curieux  [Serventois  et  Sottes  Chansons  couronnés  à  Valenciennes;  ?'éd.;- 
Paris,  18)4,  in-8). 

La  seconde  espèce  de  sottie.,  appelée  aussi  jea  de  pois  piles,  était  un 
poème  dramatique  ;  c'était,  dans  le  principe  du  moins,  une  simple  fatra- 
sie  divisée  en  couplets  et  récitée  en  public  par  des  sols  ou  des  badins  ; 
les  mêmes  règles  étaient  applicables  aux  deux  compositions. 

La  fatrasie,  détrônée  par  la  sottie,  fut  à  peu  près  abandonnée  au 
XIV"  et  au  xv«  siècle,  mais  elle  reparut  au  xvi'  sous  le  nom  de  coq- 
à~l'âne.  Pour  le  remarquer  en  passant,  Marot,  qui  contribua  plus 
que  tout  autre  à  mettre  à  la  mode  les  épitres  «  de  l'âne  au  coq  »  ou 
«r  du  coq  à  l'âne  »,  ne  fut  cependant  pas  l'inventeur  de  cette  sorte  de 
facétie.  Sa  première  épître  à  Lyon  Jamet  est  de  1 5  ]4;  or  on  trouve 
dans  les  œuvres  d'Eusiorg  de  Beaulieu  iLes  divers  Rapportz;  Lyon, 
I  s  57i  pcL  in-8)  un  coq-à-l'âne  daté  de  i  s  jo.  U  y  a  donc  lieu  de  rccti- 
6er  le  passage  suivant  de  Charles  Fontaine  : 


<  Co^i  à  l'asnt  sont  bien  nommez  par  leur  bon  parrain  Marot,  qui  norama 
le  premier,  non  Coq  à  l'asm,  mais  EpiUrc  du  Coq  à  l'Asne,  le  nom  prins  sur  le 
commun  proverbe  françois:  Saulter  du  coq  ù  Pasm,  et  le  proverbe  sur  les  apolo- 
gues. Lesquelles  vulgarilez,  à  nous  propres,  tu  ignores,  pour  les  avoir  despri- 
sées, cherchant  autre  part  l'ombre,  dont  tu  avois  la  chair;  et  puis  téméraire- 
ment tu  rcprcns  ce  que  tu  ne  sçais.  Parquoy  pour  leurs  propos  ne  s'cnsuyvans 
sont  bien  nommez  du  coq  à  l'asne  telz  énigmes  satyrics,  et  non  satyres,  car 
satyre  tst  autre  chose  ^  mais  ilz  sont  satyrez,  non  pour  la  forme  de  leur  facture, 
mais  pour  la  sentense  redarguaote  Â  la  manière  des  satyres  latines,  combien 


2]8  K.    PICOT 

que  telz  propos  du  coq  i  Tasne  peuvent  bien  c&tre  adressez  à  autres  argumens 
que  satyricques,  comme  les  AbsurJa  de  Erasme,  la  Farce  du  Sourd  et  de  t'Arcugtt 
et  VAmbassaJt  du  Conardz  dt  Rouan.  »  Charles  Fontaine,  Le  Qaintit  Horallm 
sur  la  Defftnu  a  Hliislraûon  dt  la  Langue  françoise,  à  la  suite  de  VArt  poëuqat 
/rd/ifoiV  Cpar  Thomas  Sibilelj  (Lyon,  iiii,în-i6),  221.  —  Cf.  Le  Roux  de 
Lincy,  lÀvrt  da  ProverUi  JrançaiSj  2«  éd.,  I,  17J. 

Aprds  l'invention  du  coq4-l'Âne,  te  mot  fatras  s'applique  spécialenaent 
à  de  petites  pièces  sur  divers  sujets,  assemblées  en  recueil,  comme  on  le 
voit  par  le  volume  d'Antoine  du  Saîx  intitulé  ;  Pelitz  fatras  d'ung  Appren- 
tis, surnommé  l'Esperonnier  de  discipline  {Psim,  Simon  de  Colines,  15371 
pel.  in-4)  ;  on  ne  le  trouve  plus  guère  employé  avec  son  sens  primitif. 

Dans  les  deux  derniers  tiers  du  xvi"  siècle,  où  le  coq-à-!'àne,  surtout 
le  coq-à-1'ànc  politique,  fut  en  grand  honneur,  on  en  invenu  en  Nor- 
mandie une  espèce  nouvelle,  la  jricassie.  On  donna  ce  nom  à  de  petites 
pièces  composées  des  premiers  vers  ou  des  relrains  des  chansons  en 
vogue.  Nous  en  trouvons  un  spécimen  dans  la  Fleur  des  Chansons  amou- 
reuses iRouen,  1600,  pet.  in-8,  pp.  47^-476  de  la  réimpression l,  mais 
l'exemple  le  plus  connu  est  la  Fricassée croteslUlonée  (1  { 57) .  dans  laquelle 
les  proverbes,  les  jeux  et  les  formules  enfantines  se  mêlent  aux  chansons. 
Ces  fricassées  nous  ramènent  au  théâtre  dont  nous  nous  sommes  insen- 
siblement éloigné;  elles  paraissent  être  le  point  de  départ  de  la  ComeAie 
des  Proverbes  (165  j)  et  de  la  Comédie  des  Chansons  (1640). 

Nous  n'insisterons  pas  sur  les  origines  littéraires  de  la  sottie.  Nous 
voulons  maintenant  l'étudier  comme  œuvre  dramatique  ;  c'est  une  ques- 
tion beaucoup  plus  délicate  et  qui  ne  paratt  pas  avoir  préoccupé  jus- 
qu'ici les  historiens  de  notre  théâtre.  A  nos  yeux,  la  sottie  était  une 
sorte  de  parade,  récitée  avant  la  représentation  pour  attirer  les  specta- 
teurs ;  on  ne  saurait  mieux  la  comparer  qu'aux  boniments  de  nos  saltim- 
banques et  de  nos  bateleurs  modernes.  M.  Sepet  nous  paraU  s'être 
absolument  mépris  sur  le  caraaère  de  la  sottie,  en  y  voyant  simplement 
un  genre  de  moralité  qui  s'appliquait  c  plutôt  aux  travers  sociaux  qu'aux 
vices  moraux  »  et  en  prétendant  qu'on  en  retrouve  des  exemples  jusque 
dans  le  théâtre  de  Molière,  dans  les  Femmes  savantes^  dans  le  Bourgeois 
gentilhomme  et  dans  les  Précieuses  ridicules  (voy.  Le  Drame  chrétien  au 
moyen-âge;  Paris,  Didier,  1878,  in-ii,  ^0). 

Pour  faire  bien  comprendre  la  place  réservée  à  la  sottie  par  les 
anciens  acteurs,  il  convient  tout  d'abord  de  rechercher  comment  les 
représentations  étaient  composées  à  la  fin  du  xv  et  au  commencement 
du  XVI*  siècle  (nous  ne  possédons  pas  de  documents  suffisants  pour 
entreprendre  ceue  recherche  pendant  la  période  antérieure).  A  l'époque 
qui  nous  occupe,  il  Caut  distinguer  les  représentations  extraordinaires, 


LA  SOTTIE    EN    FRANCE  2\() 

organisées  à  des  époques  indétemiinées,  par  des  prêtres  ou  des 
bourgeois,  qui  n'abordaient  U  scène  qu'en  simples  amateurs,  et  les 
représentations  régulières  données  par  des  comédiens  de  profession.  Les 
unes,  qui  se  bornaient  ordinairement  au  jeu  d'un  mysièrCt  étaient  des 
fêtes  municipales,  célébrées  avec  pompe  ;  les  villes  tftchaienl  de  se  sur- 
passer les  unes  les  autres  par  le  luxe  des  décors  et  des  costumes,  le 
nombre  des  personnages  et  souvent  aussi  par  la  longueur  du  spec- 
tacle. Les  représentations  des  comédiens  n'exigeaient  au  contraire 
que  peu  de  mise  en  scène  ;  les  acteurs  étaient  en  petit  nombre  ; 
les  costumes  et  les  décors  étaient  sans  doute  des  plus  simples,  mais  les 
acteurs  avaient  pour  eux  leur  pratique  de  t'art  dramatique  et,  sinon  la 
longueur,  du  moins  la  variété  du  spectacle.  Les  frères  Parfaict  ont 
remarqué  {Hist,  da  Théâtre  JrançotSf  111,  106)  que  les  représentations 
des  Enfans  sans  soncy  étaient  composées  de  trois  pièces  :  une  sottie, 
une  moralité  et  une  farce.  Ils  en  ont  donné  pour  exemples  le  Jeu  du 
Prince  des  Sotz  de  Pierre  Gringore  et  la  Moralité  de  Mundus^  Caro, 
Demonia^  qui  nous  esi  parvenue  reliée  avec  la  Farce  des  deux  Savetiers  ei 
qui  était  sans  doute  précédée  d'une  sottie.  Celte  observation  des  auteurs 
de  VHistoire  du  Théâtre  français  est  très-juste  ;  mais  nous  pensons  qu'il  y 
a  lieu  de  la  compléter.  Les  comédiens  de  profession  donnaient  des  spec- 
tacles a  coupés  »  ;  l'argument  tiré  du  Jeu  du  Prince  da  Sott  est  con- 
cluant, mais  il  a  l'inconvénient  de  laisser  dans  Pombre  un  genre  drama- 
tique important  :  le  monologue.  Voici  un  texte  qui  indique  bien  nettement 
l'ordre  dans  lequel  se  succédaient  les  diverses  parties  de  la  représentation. 
On  trouve  dans  le  Journal  d'un  bourgeois  de  Paris^  publié  par  M.  Lu- 
dovic Lalanne  (Paris,  1854,  in-8,  1  ;)  des  détails  singulièrement  curieux 
sur  une  aventure  arrivée  au  mois  d'avril  1  { 1 5  :  »  En  ce  temps,  dit  le 
bourgeois  anonyme,  lorsque  le  roy  esioit  a  Paris,  y  eut  un  prestre  qui 
se  faisoit  appeler  monsr  Cruche,  grand  fatiste,  lequel,  un  peu  devant, 
avec  plusieurs  autres,  avoit  joué  publiquement  a  la  place  Maubert,  sur 
eschafaulx,  certains  jeux  et  moralitez,  c'est  assavoir  sottye,  sermon^ 
moraîité  et  farce  ;  dont  la  moralité  conienoit  des  seigneurs  qui  portoient 
le  drap  d'or  a  credo  et  emportoienl  leurs  terres  sur  leurs  espaules,  avec 
autres  choses  morales  et  bonnes  remonsirations.  »  Nous  n'achèverons 
point  l'histoire  de  maître  Cruche  '  ;  nous  ne  voulons  emprunter  à  ce  pas- 
sage que  l'énumération  des  parties  du  spectacle  donné  par  lui.  La 
sottie  n'a  d'autre  but  que  d'attirer  le  public  par  des  quolibets;  la  repré- 
seniaiioa  proprement  dite  ne  commence  qu'avec   le  monologue  ou  le 


I.  Ce  prètre-comédien  est  ciiè  par  Pierre  Grognet  coromt  un  d«s  plus  cxccl- 
tents  (jeteurs  de  son  temps  (Monlaiglon  et  Rothschild,  RtcueU,  VU,  10},  On 
trouve  UDc  épitre  de  lui  i  Robinet  de  Lucz  dans  un  ms.  de  la  Bibl.  aat.  (Fr. 
n'  iiOi,  fol.  i>. 


240  B.    PICOT 

sermon  joyeaXy  dont  l'effet  doit  être  de  mettre  les  spectateurs  en  belle 
humeur.  Vient  ensuite  le  mistérc  ou  U  moralité,  qui  est  le  morceau  de 
résistance^  puis  lafarce^  qui  clôt  gaiement  le  spectacle. 

Toutes  les  représentations,  même  celles  des  comédiens,  n'étaient  pas 
organisées  d'après  ce  plan,  mais  c'était  là  le  mode  de  composition  le 
plus  ordinaire.  On  pouvait  bien,  comme  nous  le  voyons  par  la  Vu  Mon- 
seigneur S.  Fiacre  (Jubinal,  Myst.  inéd.,  I,  504;  Koumier,  18;  et  par  le 
Mirouer  et  Exemple  moralle  des  Enfant  ingratz  (réimpression  de  Ponticr, 
à  Aix,  fol.  L^b),  insérer  dans  un  mystère  ou  dans  une  moralité  une 
farce  absolument  étrangère  au  sujet,  mais  on  n'aurait  pas  joué  une 
sottie  à  la  fin  de  la  pièce  sérieuse.  Quand  les  sots  paraissaient  sur 
la  scène  pendant  le  mystère  ou  la  moralité,  ce  n'était  que  pour 
faire  des  annonces  aux  spectateurs  comme  en  fait  le  sot  dont  le 
rftle  a  été  ajouté  après  coup  dans  le  ms.  du  Mistére  de  la  Passion 
deTroyes  (Vallei  de  Viriville,  Bibiioth.  de  P Ecole  des  chartes,  }"  ^^^ 
III,  4s6;  Boutiot,  Recherches  sur  U  théâtre  à  Troyes  au  XV*  siècle^ 
1 8) ,  ou  celui  qui  figure  dans  le  Mistére  de  Saint  Bernard  de  Menthon  (Lecoy 
de  la  Marche,  Une  Œuvre  dramatique  au  moyen-â^e;  Paris  1865,  in-S, 
18),  ou  bien  encore  pour  se  livrer  à  de  simples  exercices  de  clowns, 
comme  dans  la  Moralité,  Mystère  et  Figure  de  la  Passion  de  Nostre  Seigneur 
Jésus  Christ^  de  Jehan  d'Abundance.  Dans  cette  dernière  pièce,  l'auteur 
indique  cinq  intermèdes  grotesques  :  u  Icy  faut  une  passée  de  sot,  ce 
temps  pendant  qu'ilz  vont  devant  Moyse.  —  Icy  faut  une  clause  de  soty 
ce  temps  pendant  que  Nature  va  devers  le  Prince,  etc.  » 

Un  passage  de  la  Rejormeresse  iLe  Roux  de  Lincy  et  Michel,  Recueil^ 
],  n*  15,  p.  $4  montre  bien  que  la  sottie  n'était,  en  principe,  qu'une 
parade.  Le  Badin  ayant  chanté  quelques  paroles  un  peu  libres,  la  Refbr- 
meresse  lui  fait  compliment  de  sa  chanson  : 

El  vrayment  je  vous  reliendray  : 
Savés  vous  bien  telle  chanson? 
Y  fault  publier  a  plain  son 
Les  estas  qui  nous  viennent  voir. 

La  représentation  proprement  dite  n*est  pas  encore  commencée  ;  on 
en  est  aux  «  bagatelles  de  la  porte  0,  et  les  joueurs  de  farces  se  flattent 
d'attirer  les  spectateurs  par  des  plaisanteries  fortement  épicées. 


Nous  avons  dit  que  la  sottie  ne  pouvait  guère  appartenir  qu'au  réper- 
toire des  comédiens  de  profession;  nous  pouvons  faire  valoir  plusieurs 
arguments  à  l'appui  de  cette  assenion.  Il  est  évident  que  le  genre  de 
facéties  que  se  permettaient  les  sots  ou  badins  aurait  répugné  à  la 
gravité  de»  chanoines,  des  prêtres  ou  des  bourgeois  de  distinction, 
qui  figuraient  dans  les  représentations  solennelles  des  mystères,  mais  il 


LA   &OTTIC   SN    FRANCE  34I 

j  a  une  autre  raison,  que  l'on  peut  appeler  une  raison  physique.  Les 
sots  étaient  des  clowns,  qui  accompagnaient  leurs  dialogues  de  culbutes 
ou  d'exercices  athlétiques.  On  le  voit  clairement  dans  la  farce  du  Bâte- 
itur  (Le  Roux  de  Lincy  et  Michel.  IV,  n*69,  p.  6;  Foumicr,  îjj),  où 
le  principal  personnage  apprend  à  son  valet  à  bien  sauter,  afin  d'obtenir 
le  prix  comme  badin  : 

Sus!  faicles  le  saull  .  haolt,  deboult; 

Le  demy  tour,  le  souple  sault, 

Le  faict,  le  def^ict,  sus!  J'ai  chault, 

J'ey  froid.  Est  il  pas  bien  appris? 

En  efect.  Nous  aurons  le  pris 

De  badinage,  somme  toute. 
Nous  aurons  plus  loin  l'occasion  de  citer  divers  passages  de  nos  sot- 
ties qui  font,  croyons-nous,  allusion  à  ces  culbutes.  Aussi  bien  les  anciens 
auteurs  de  farces  jouent-ils  fréquemment  sur  les  mots  rot  et  saut  (voy. 
par  exemple  un  passage  de  la  SotUe  a  huit  personnagis  cité  dans  VHistoire 
du  Théâtre  françois,  II,  i\o;  Douhet,  Dictionn.  des  Mystères,  1544). 
Jefum  du  Pont-Alais  lui-même,  le  plus  célèbre  acteur  du  xvi' siècle  (voy. 
Picot,  Pierre  Gringoreetlcs  Comédiens  italiens,  25;  Marot,  éd.  G.  CuifTrey, 
III,  2)$,  2^4)  ne  croyait  pas  indigne  de  lui  d'exécuter  des  sauts  sur  la 
Kène.  L'auteur  anonyme  des  Satyres  chresùenms  de  la  cuisine  papale 
([Genève],  Conrad  Badius,  ij6o,  in-8),  qui  parle  plusieurs  fois  des 
comédiens  renommés  de  son  temps,  le  dit  en  termes  formels  (p.  92)  : 

Çd,  maistre  Jehan  du  Pont  AUis, 

Un  saut  à  la  mode  :onique  ! 

Quand  des  acteurs  exercés,  bazochiens  ou  joueurs  de  farces  de  pro- 
fession, représentaient  les  mystères,  même  les  plus  graves,  ils  les  faisaient 
ordinairement  précéder  d'une  sottie.  A  Paris,  les  Confrères  de  la  Pas- 
sion s'entendirent  avec  les  Sots,  qui  prêtèrent  leur  concours  aux 
représentations  données  à  l'H6pital  de  la  Trinité,  puis  à  l'Hôtel  de 
Flandres  et  enfm  à  l'H6tel  de  Bourgogne,  et  s'installèrent  à  cet  effet,  rue 
Daméial,  dans  une  maison  dite  des  Soti  attendans  (voy.  Picot,  loc.  cit.,  y], 

La  sottie  avait  un  caractère  tout  différent  quand  les  acteurs  étaient 
de  simples  bourgeois;  entre  autres  preuves,  nous  citerons  la  mention 
relevée  par  M.  Magnin  sur  les  registres  de  la  ville  d'Amiens.  A  la 
date  du  26  juin  ijSi,  les  joueurs  de  comédie  de  la  paroisse  Saint- 
Jacques  sont  autorisés  à  jouer  VYsioire  de  Tobie  par  personnages t 
«  à  la  charge  qu'ilz  ne  jouront  riens  de  erronné  et  scandaleux;  que, 
paravant  juer,  ils  communiqueront  leurs  jeux  au  bureau,  et  que  le 
lendemain  ny  autre  jour  \\l  ne  feront  aucune  cceulldte  de  poix  rebouUez 
ne  autrement,  avant  ladiae  paroisse  ny  ailleurs.  »  (Voy.  Bulletin  du 
Comité  de  la  langue,  de  Vhistoire  et  des  arts  de  la  France,  IV,  99.) 
Rom«ttia,  VII  16 


242  E.    PICOT 

Il  s'agit  ici  évidemment  d'un  jeu  de  pois  piUs^  c'est-à-dire  d'une  sottie, 
mais  d'une  sottie  d'un  genre  particulier  qui  pouvait  être  débitée  dans 
les  rues  de  ta  ville,  le  lendemain  même  de  la  représentation,  à  peu  près 
comme  les  Devis  des  Suppostz  du  Stigneur  de  la  Coquille  i  Lyon.  La 
défense  faite  aux  confrères  d'Amiens  prouve  du  reste  que  le  mélange 
des  deux  sortes  de  spectacles  était  un  fait  habituel. 

La  représentation  de  sotties  n'était  pas  à  Amiens  un  fait  isolé  ; 
il  existe  encore  à  Abbeville  une  rue  des  Pois-Piiés,  où  fut  établi  !e  pre- 
mier théâtre  que  cette  ville  ait  possédé.  Voy.  Louandre,  Histoire  d'Ah- 
beviUe^  l  (Abbeville,  1844,  in-8),  pj. 

Les  sots  avaient  un  costume  traditionnel  dont  ils  ne  paraissent  pas 
s'èirc  écartés.  Ils  portaient  sur  la  tête  un  «  sac  a  coquillons  »,  ou  «  cha- 
peron a  fol  »,  muni  d'oreilles  d'ânes  ;  un  pourpoint  découpé,  des 
chausses  collantes,  aux  couleurs  bariolées,  une  marotte  complétaient  ce 
costume.  M.  Jubinal  [Mystères  inédits^  II)  a  reproduit  d'après  le  célèbre 
ms.  de  la  Bibliothèque  Sainte-Geneviève  le  portrait  d'un  «  stultus 
siuliissimus  »  dessiné  au  xv*  siècle.  On  en  trouve  d'autres  représen- 
tations dans  la  marque  bien  connue  de  «  Mère  Sotte  »  (Brunet,  II, 
1747],  dans  un  bois  qui  orne  le  titre  d'une  édition  du  Dialogue  du  Fol  et 
du  Sage  et  d'une  édition  des  Menus  Propos,  etc.  Maroi  dépeint  ainsi  les 
sots  de  la  Bazoche  dans  sa  Seconde  Epistre  de  l'Asne  au  Coq  (éd.  Jannet, 
I,  224;  éd.  Guiffrey,  III,  jj2|  : 

Attache  moy  une  sonnette 

Sur  le  front  d'un  moioe  crotté, 

Une  oreille  a  chasque  costé 

Du  capuchon  de  sa  caboche  : 

Voila  un  sot  de  la  Bazoche 

Aussi  bien  painct  qu'il  est  possible. 


Lorsque  les  poètes  de  la  pléiade  renouvelèrent  le  théâtre  français, 
composèrent  des  tragédies  et  des  comédies  imitées  des  Grecs  et  des 
Latins,  il  semblait  que  la  sottie  devait  être  irrévocablement  proscrite  ; 
mais  les  facéties  des  sots  avaient  si  bien  le  don  d'exciter  les  rires  des 
spectateurs  qu'elles  conservèrent  leur  vogue.  Au  commencement  du 
xviic  siècle,  la  Confrérie  des  Sots  était  toujours  en  fonctions  au  milieu 
de  Paris,  â  l'Hôtel  de  Bourgogne.  Elle  avait  alors  pour  a  prince  »  Nicolas 
Joubert,  sieur  d'Angoulevent,  qui  eut,  en  160},  une  violente  querelle 
avec  un  autre  comédien,  !'«  archi-poéte  des  Pois  pillez  »  iKoumier,  Va- 
riétés histor.  et  littér.^  VIII,  81).  Ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  faire  l'histoire 
d*Angoulevem,  ni  de  la  confrérie  des  Sois  parisiens,  mais  nous  espérons 
récrire  un  jour  en  publiant  tous  les  documents  que  nous  avons  recueillis 


LA    SOTTIE   EN    FRANCE  245 

sur  les  associations  dramatiques  qui  ont  existé  dans  les  différentes  villes 
de  France. 

En  1616,  la  sottie  existait  encore  à  l'Hôtel  de  Bourgogne.  Une  facétie 
du  Pont-Neuf,  intitulée  :  Le  Réveil  du  Chat  {jui  dori,  par  la  cognoissance 
de  ta  perte  du  pucelage  de  la  pluspart  des  Chambrières  de  Paris  (à  Paris, 
jouxte  la  coppie  imprimée  par  Pierre  le  Roux,  1616,  in-8  de  16  pp.l  se 
termme  par  un  c  coq  à  Tasne  >,  à  la  fin  duquel  on  lit  : 
Allons  vistemenl,  car  je  craint  [sic) 

Qu'on  noas  face  quelque  vergogne; 

Desjâ  dans  THostel  de  Bourgogne, 

Les  mautres  foux  sont  habillez 

Pour  faire  veoir  les  pois  pUltz. 

Les  Sots  parisiens,  comme  les  Confrères  de  la  Passion,  ne  furent 
dépossédés  qu'à  la  suite  du  célèbre  procès  de  16^2.  Dans  les  provinces, 
la  sottie  se  maintint  jusqu'à  la  même  époque,  soit  sur  le  théâtre,  soit 
même  dans  les  rues,  pendant  les  fêtes  du  carnaval.  Les  Devis  des  Sup- 
posti  du  Seigneur  de  la  Coquille,  que  les  imprimeurs  lyonnais  récitaient 
encore  dans  les  carrefours,  au  commencement  du  xvii"  siècle,  les  dialo- 
gues facétieux  que  débitaient  les  soldats  de  Vinfanterie  dijonnoise,  par 
exemple  le  Réveil  de  Bon  Temps,  composé  en  i62j,  sont  de  véritables 
sotties. 

La  sottie  est  un  genre  dramatique  tout  français,  et  qui  parait  n'avoir  eu 
que  peu  d'influence  sur  les  théâtres  étrangers.  Son  nom  même  [sotteme) 
a  passé  dans  la  littérature  néerlaadaise  ;  mais,  au  lieu  de  désigner  une 
parade  précédant  la  représentation^  il  s'applique  à  une  farce  jouée  â  ta 
fin  du  spectacle.  Ce  point,  déjà  évident  pour  tous  ceux  qui  connaissaient 
les  sorf;rm>/i  publiées  par  Hoffmann  von  Fallersieben  \Horae  belgicae; 
Pars  sexta;  —  AltniederlànJtsche  Scliaubùhne;  Breslau,  1838,  in-8j  et 
réimprimées  par  Van  Vioten  {Het  nederlandsche  Kluciitspei,  van  de  veer- 
tiende  tôt  de  aclittiende  eeuw  ;  Haarlem.  1854,  pet.  in-8)  et  par  Moitzer 
{De  middelnederlandsche  dramalische  Poezie ;  Groningen,  1875,  in-8),  a 
été  mis  en  lumière  dans  un  travail  récent  de  M.  Siecher  [La  Sottie  fran- 
çaise et  la  Sotterrt  te  flamande  ;  Bruxelles,  1877,  in-8,  cxir.  des  Bulletins 
de  V Académie  royale  de  Belgiijuey  2'  sér.,  XLIIl,  n'  4). 

Le  sens  de  «  farce  n  donné  par  les  Néerlandais  au  mot  «  sotiemie  » 
parait  avoir  influé  sur  la  signification  du  moi  sottie  dans  la  Flandre  fran- 
çaise elle-même.  M.  Stecher  (p.  14)  en  cite  un  exemple  curieux  dans 
une  relation  écrite  au  xvi'  siècle  par  un  auteur  artésien  :  «  Près  de 
Tolède,  au  premier  may,  n  raconte  Oom  Jean  Sarrazin,  abbé  de  Saint- 
Vaut,  •  nos  voyageurs  prirent  plaisir  à  une  sottie  commune  à  beaucoup 
d'autres  lieux.  Ayant  accoustré  quelques  Biles  richement  pour  en  (aire 


244  E-    PICOT 

des  mayaSt  qu'ils  appellem,  lesquelles  lireni  par  les  rues  une  longue 
irainée  d'autres  filles,  à  la  façon  des  reignes  que  l'on  contrefaict  auître 
part...  n  {Pièces  inédites pabliéei  par  l'Académu  ttArraSy  256). 

H.  Siecher  a  cru  trouver  ailleurs  que  dans  la  sotternie  l'équivalent  de 
la  sottie  française.  «  On  le  rencontre,  dit-il  (p.  17J,  dans  une  des  caté- 
gories des  programmes  {Charte  dcr  Rctiiorijcken]  du  célèbre  «  lantjuweel» 
et  «  haechspel  n,  qui  coûta  tant  de  florins  a  la  ville  d'Anvers  en  1 561. 
Ce  qui  y  correspond  à  un  jeu  des  sois  se  nonime  factie  ou  sotte  faaie.  ■ 
Le  «  facteur  11  est  le  nom  donné  au  poète  attitré  des  chambres  de 
rhétorique,  et  ce  mot  est  souvent  employé  dans  nos  auteurs  du  xV  s. 
et  du  commencement  du  xvr  pour  désigner  un  poète  en  général  [cf.  par 
exemple  la  Louange  des  plus  excelUns  facteurs  de  ce  temps  de  P,  Grognel, 
ap.  Momaiglon  et  Rothschild,  Recueil,  Vit,  j]  ;  une  «  factie  n  doit 
donc  être  une  œuvre  poétique  quelconque.  M.  Stecher  (p.  18) 
pense  que,  pour  arriver  au  sens  de  «  sottie  »,  le  néerlandais  factie  a  dû 
subir  l'influence  du  français  v  farce  ».  Il  y  aurait  eu  ainsi  dans  la  Flandre, 
flamingante  une  interversion  du  sens  spécial  attribué  aux  deux  expres- 
sions par  les  Français.  Nous  avouons  que  celte  hypothèse  nous  parait 
inutile.  On  disait  factie  par  abréviation  pour  sotte  factie  ;  les  deux  mots 
se  trouvent  réunis  dans  le  paragraphe  du  programme  où  il  est  recom- 
mandé aux  sots  de  n'employer  que  des  paroles  décentes  [Speîen  van 
sinne  volscoone  moraiisacien  ...  ghespeett ...  blnnen  dtr  sîadt  van  Anîwtr- 
pen;  Antwerpen,  Willem  Silvius,  1562,  in-4,  ï,  fol.  Bi  b). 

M.  Stecher  cite  â  l'appui  de  sa  thèse  l'Alven-Factie  ^Sottie  des  Elfes), 
représentée  au  concours  d'Anvers  par  la  chambre  de  rhétorique  de  Bois- 
le-Duc.  Cette  pièce,  qui  ne  compte  que  186  vers,  est  incontestablement 
une  sottie  ;  mais  nous  devons  dire  que  presque  toutes  les  factien  con- 
tenues dans  le  recueil  de  Silvius  sont  des  farces,  ayant  la  forme  d'une 
moralité  facétieuse  et  non  celle  de  la  sottie.  De  plus  la  factie  terminait  la 
représentation  au  lieu  de  la  commencer.  On  voit  par  le  programme  des 
fêtes  d'Anvers  que  les  pièces  jouées  par  les  chambres  de  rhétorique  se 
succédaient  dans  l'ordre  suivant  :  prologliCj  esbatementj  spel  van  sinnen 
(rooraliié),  factie.  Cette  dernière  composition,  â  la  suite  de  laquelle  les 
acteurs  faisaient  entendre  une  <*  sotte  chanson  »  (Jactic  liedeken),  corres- 
pondait, en  réalité,  à  la  sotterniey  ou,  plutôt,  sotte  factie  et  sottemit 
étaient  deux  expressions  synonymes.  Si  lM/w/7-/^dfïj>  se  rapproche  d'une 
sottie  française,  cette  ressemblance,  à  notre  avis  du  moins,  n'est  pas 
due  aux  règles  du  genre,  mais  à  un  caprice  des  rhétoriciens  de  Bois- 
le-Duc. 

La  fête  des  fous  fut  célébrée  en  Angleterre,  comme  en  France,  pen- 
dant tout  le  moyen  âge  ;  elle  ne  fut  même  interdite  que  sous  le  règne 
d'Henri  Vlli  (W.   Hone,  Ancient  Mysteries  described ;  London,   rSaj, 


LA   SOTTIE    EN    FRANCE  145 

ift-8,  1 99) .  Les  fous  pénétrèrent  sur  le  théâtre  anglais,  soit  pour  y  rem- 
plir le  rôle  de  héraut  ou  prologueur  (Hone,  loc.  cit.'),  soit  pour  y  per- 
sonnifier les  vices  (Collier,  History  of  English  Dramaûc  Poetry  ;  London, 
i8îi,  în-8,  II,  268;  Edélestand  du  Méril,  Origines  (atines  du  théâtre 
moderne;  Paris,  1849,  *"'8,  72  ;  Ward,  History  of  English  Dramatic 
Uterature ;  London,  187J,  in-8,  I,  60).  Lorsque  les  auteurs  de  la  fin  du 
XVI'  aècle  essayèrent  d'écrire  des  comédies  régulières,  ils  laissèrent 
encore  une  large  place  aux  improvisations  des  clowns  (Ward,  I,  269)  ; 
mais. malgré  le  goût  du  public  pour  les  intermèdes  bouffons,  nous  ne  trou- 
vons en  Angleterre  aucune  pièce  qui  puisse  être  rapprochée  de  la  sottie. 

Le  nom  de  soîelty  fut  cependant  appliqué  à  certains  divertissements 
donnés  par  des  ménestrels  dans  les  maisons  particulières.  Les  corpora- 
tions de  Coventry,  par  exemple,  se  réunissaient  dans  des  banquets  que 
des  chanteurs  ou  des  acteurs  ambulants  venaient  égayer  par  des  soteltys. 
Un  compte  de  l'année  1^25,  cité  par  M.  Sharp  (/1  Dissertation  on  the 
Pagtantsor  Dramatic  Mysteries  anciently  performed  at  Coventry  ;  Coventry, 
18}),  in-4,  217),  nous  fournit  à  cet  égard  de  précieuses  indications  : 

hem  payed  tor  ihe  sottltys  on  Candelmase  daye V)  s.  vitj  d. 

Um  payd  for  suttclty ij  s.  v  d. 

Iltm  payd  lo  the  players iii  5.  iiij  d. 

Item  payd  for  payntyng  the  sotelle xij  d. 

La  sotelty  parait  n'avoir  été  qu'une  simple  farce,  comme  la  sotternie 
néerlandaise.  Quant  au  mot  sotie,  on  ne  le  rencontre  dans  les  anciens 
auteurs  anglais  qu'avec  le  sens  de  »  folie  »,  en  général.  M.  Halliwell 
(Dict.  of  Archaic  and  Provincial  Words,  II,  776)  en  cite  deux  exemples 
tirés  de  Gower. 

En  Allemagne  on  trouve  des  jeux  de  fous  (narrenspiele)  qui,  au  pre- 
mier abord,  éveillent  l'idée  de  nos  sotties  (voy.  noummenl  Kelter, 
Fasinachtspiete ,  zjS,  28;,  1008);  un  examen  plus  minutieux  ne  permet 
pourtant  pas  le  rapprochement.  Les  narrenspiele^  comme  les  fastnacht^ 
sp'ule  en  général,  éuieni  joués  par  des  acteurs  grossiers,  qui  parcouraient 
les  rues  à  ta  fm  du  carnaval.  Ces  comédiens  improvisés  entraient  dans 
une  maison,  se  rangeaient  en  demi-cercle  dans  la  salle  de  famille,  puis 
chacun  d'eux  récitait  un  couplet  et  la  troupe  allait  chercher  fortune  ail- 
leurs (Keller,  14811.  Les  fous  de  Nuremberg  portaient  bien,  comme  les 
sots  parisiens,  des  oreilles  d'âne  et  des  bonnets  grotesques  (Keller, 
2)8!,  mais  leurs  représentations  avaient  un  caractère  absolument  diffé- 
rent ;  il  y  a  loin  des  couplets  diffus  où  chacun  d'eux  raconte  ses  folies 
au  dialogue  vif  et  animé  de  nos  sotties.  L'influence  exercée  parles  pièces 
françaises  sur  le  théâtre  allemand  se  manifeste  beaucoup  plus  tôt  par  les 
rôles  de  fous,  intercalés  dans  les  moralités  et  dans  les  mystères  ou 


246  E.    PICOT 

comme  personnages  épisodiques,  ou  comme  prologueurs.  En  réalité, 
l'on  ne  peut  citer  qu'un  petit  nombre  d'exemptes  de  ces  r61es  de 
fous  dans  les  pièces  les  plus  anciennes,  mais,  en  Allemagne  comme  en 
France,  il  semble  qu'on  se  soit  dispensé  de  les  écrire  et  que  Tarteur 
ail  eu  la  faculté  d'improviser  à  sa  guise. 

Le  début  d'une  pièce  politique  attribuée  â  Pamphile  Gengenbach 
prouve  qu'en  1 J4S  ou  1^46  tes  sots  ouvraient  ordinairement  le  spectacle  : 

Sdten  ein  spil  wirt  gfangen  an 
Das  nit  auch  oiusz  ein  narren  han^ 
So  ist  es  auch  in  diescmspil... 
(Pamphiius  Gengenbacht  hrsgg.  von  Karl.  Côàtkt  ;  Hannover,  iBjfi,  in-8,  291.) 

Cependant  les  rôles  grotesques,  que  Hans  Sachs  avait  introduits 
déjà  dans  un  certain  nombre  de  ses  pièces,  ne  reçurent  une  forme 
tout-à-faii  régulière  que  dans  celles  du  duc  de  Brunsvic  Henri-Jules  et 
de  Jacques  Ayrêr. 

Il  est  curieux  qu'en  dehors  de  la  France,  les  fous  ou  les  sots  sem- 
blent n'avoir  été  des  personnages  vraiment  populaires  que  dans  les 
théâtres  du  nord  de  l'Europe.  Les  facéties  des  bouffons  allemands  se 
retrouvent  dans  les  pièces  de  Justesen,  qui,  le  premier  en  Danemark, 
donna  aux  fous  des  rôles  écrits,  dont  il  ne  dédaigna  pas  de  se  charger 
lui-même  ^oy.  Hteronymus  Justesen  Ranch's  danskc  Skueipil  og  Fugleyise, 
uàgivne  ved  S.  Birket  Smith  ;  Kjdbenhavn,  1877,  pet.  in-4,  introd.,  xiij, 
xxxij'l-  Au-delà  même  de  l'Allemagne,  tes  quelques  mystères  bohèmes 
qui  nous  sont  parvenus  présentent  des  parties  comiques  qui  les  rappro- 
chent singulièrement  de  nos  anciennes  productions  dramatiques.  Le 
célèbre  fragment  connu  sous  le  litre  de  Mastickdf  (le  Vendeur  de  par- 
fums), qui  appartient  au  xiii*  siècle  (voy.  Hanka,  Starohyla  Skatadanie  ; 
w  Praze,  182?,  in-8,  198;  NebeskV,  C-asopis  ceského  Muséum^  1847,  1, 
;2^,  etc.)  mêle  à  un  sujet  d'édification  tes  facéties  les  plus  grossières. 
Il  est  probable  que  le  public  auquel  s'adressaient  de  semblables  joyeu- 
setés  se  plaisait  â  entendre  les  discours  fortement  épicés  des  fous,  mais 
c'est  là,  nous  l'avouons,  une  simple  conjecture.  Les  rares  monuments 
du  théâtre  tchèque  qui,  après  la  terrible  guerre  de  trente  ans,  ont 
échappé  à  la  rage  des  -Jésuites,  ne  nous  en  fournissent  pas  la  preuve. 
Enfin,  les  plus  anciennes  pièces  polonaises  mettent  en  scène  un  bouffon, 
le  klecha^  qui  n'est  pas  sans  analogie  avec  le  sot  ou  le  fou  des  pays  voisins 
(W(5icicki,  Tcatr  starozytny  w  Polsce;  Warszawa,  1841,  in-8,  1,  9j). 


t.  M.  Birket  Smith  a  promis  une  étude  spéciale  sur  les  diables  et  les  fous 
dans  le  théâtre  danois,  étude  dont  la  première  partie  seule  a  paru  dans  les 
Danske  Samlinger,  II.  Rxkke,  111,  1874,  219. 


LA   SOTTIE    EN    FRANCE  247 

Les  fous  n'obtinrent  pas  la  même  feveur  dans  TEurope  méridionale. 
Les  mystères  provençaux  que  nous  possédons  n'en  offrent  pas  de  trace, 
ei  M.  d'Ancona  [Onginidcl  Teatro  in  /ra//a ; Fircnzc»  1877,  2  vol.  in-i2| 
n'en  trouve  pas  non  plus  dans  l'ancien  théâtre  italien.  Dans  les  ia^re 
rappresentazioni  ce  sont  toujours  des  anges  qui  font  les  annonces  aux 
spectateurs  ;  on  n'y  rencontre,  à  noire  connaissance  du  moins,  aucun 
r6le  de  sot.  Il  faut  descendre,  pour  trouver  des  bouffons,  jusqu'à  la 
commedia  deW  arte.  En  Espagne,  cependant,  le  bobOf  ou  badin,  est  un 
personnage  obligé  des  premiers  aulos,  mais  nous  ne  voyons  à  citer,  dans 
l'ordre  d'idées  qui  nous  occupe,  que  les  œuvres  de  Torre  Naharro.  Cet 
auteur  semble  avoir  connu  la  sottie  française  et  s'être  proposé  de  l'imiter 
dans  les  intràitos  dont  il  a  fait  précéder  chacune  de  ses  pièces.  Les  intrôitos 
n'ont  aucun  rapport  avec  le  drame  auquel  ils  servent  de  prologue  ; 
ce  sont  des  scènes  burlesques  dans  lesquelles  un  acteur  comique 
recommande  la  pièce  à  l'attention  des  spectateurs,  au  milieu  de  pointes 
et  de  facéties  de  tout  genre.  A  ce  point  de  vue,  ils  tiennent  le  milieu 
entre  les  sotties  et  les  monologues.  Voy.  Schack,  Geschichîe  der  drama- 
tischen  Literatur  and  Kunst  in  Spanien  ;  3.  Ausg.  ^Franckfurl  am  Main, 
i8î4,  m-8s  I,  184. 

Comme  preuve  des  emprunts  faits  par  Naharro  aux  poètes  dramatiques 
français,  on  peut  citer  le  nom  de  jomada  (journée)  qu'il  donna  aux  actes 
de  ses  pièces  ;  il  adopta  le  mot,  tout  en  lui  attribuant  un  sens  nouveau 
(cf.  Wolf,  Studien  zur  Ctschichîe  der  spanischcn  und  porîugiesischen  Natio- 
flu//*/«rafur;  Berlin,  18^9,  in-8,  595). 

Après  avoir  recherché  l'origine  de  la  sottie,  examiné  la  place  qu'elle 
occupe  dans  notre  théâtre  et  montré  qu'elle  fut  à  peu  près  sans  influence 
sur  les  littératures  étrangères,  nous  nous  proposons  de  dresser  une  liste 
aussi  complète  que  possible  des  sotties  qui  nous  sont  parvenues.  Cette 
liste  sera  forcément  assez  courte,  car,  par  leur  nature  même,  les  sotties 
étaient  un  genre  dramatique  dans  lequel  les  acteurs  devaient  souvent 
improviser.  Les  v  fatistes  »  donnaient  beaucoup  plus  de  soins  aux  mys- 
tères et  aux  moralités  qu'à  ces  œuvres  éphémères  qui  le  plus  souvent 
ne  devaient  offrir  qu'un  intérêt  de  circonstance.  On  s'explique  ainsi  que 
les  manuscrits  et  les  imprimés  nous  en  aient  conservé  un  si  petit 
nombre.  Toutefois  les  pièces  que  nous  possédons  suffisent  pour  nous 
donner  une  idée  précise  de  cette  espèce  de  composition.  Nous  nous 
sommes  efforcé  de  les  classer  par  ordre  chronologique,  en  relevant  les 
allusions  historiques  qu'elles  contiennent,  ou.  lorsque  nous  n'y  avons  vu 
aucune  allusion,  en  leur  donnant  par  analogie  une  date  approximative. 
Nous  avons  également  indiqué  la  ville  dans  laquelle  nous  croyons  que 
chaque  pièce  a  été  jouée  Ce  classement  permet  de  suivre  pas  â  pas  les 


348  c.  PrcoT 

progrès  de  l'art  dramatique.  La  sottie  n'est  d'abord  qu'un  dialogue, 
presqu'entièreraenl  dénué  d*action;  c'est  la  parade  propremeni  dite, 
dont  les  Menas  Propos  sont  le  type  {voy.  ci-après,  p.  2^  ij  ;  mais  peu 
à  peu  on  y  introduit  une  action,  qui  tient  tantôt  de  la  moralité^  tantôt 
de  la  farce.  Ce  caractère  moral  est  surtout  remarquable  dans  deux  sot- 
ties politiques  évidemment  écrites  sur  commande  et  qui  sont  beaucoup 
plus  développées  que  toutes  les  autres.  Les  deux  pièces  dont  nous  par- 
Ions,  la  sottie  du  Jeu  du  Prince  des  Soîz  de  Gringore  et  la  Sotise  a  huit 
personnaiges^  que  nous  attribuons  à  André  de  la  Vigne,  étaient  à  la  fois 
destinées  à  la  représentation  et  à  la  lecture;  c'étaient  des  pamphlets 
plus  encore  que  des  comédies  satiriques. 

En  dressant  la  liste  des  sotties,  nous  n'avons  considéré  que  le  carac- 
tère même  des  pièces  et  non  le  titre  qui  leur  est  donné  dans  les  imprimés 
ou  dans  les  manuscrits.  La  plupart  des  sotties  sont  qualifiées  de  farces 
ou  de  moralités,  mais  il  n'en  est  pas  moins  aisé  de  les  reconnaître  en 
tenant  compte  de  ce  que  nous  avons  dit  ci-dessus  :  ce  sont  des  parades 
jouées  par  des  fous,  des  sots  ou  badins,  auxquels  se  mêlent  assez  ordi- 
nairement des  personnages  allégoriques.  Les  fous,  sots  ou  badins 
portent  seuls  le  capuchon  à  oreilles  d'âne  ;  à  c6té  d'eux  on  voit  figurer 
d'autres  aaeurs,  appelés  galants,  compaignons,  pèlerins,  etc.  ;  mais  en 
réalité  ceux-ci  ne  se  distinguent  des  premiers  que  par  le  costume. 

Nous  avons  fait  suivre  le  titre  de  chaque  sottie  d'une  courte  notice 
contenant  :  r  les  noms  des  personnages  ;  2*  les  premiers  et  les  derniers 
vers  ;  30  l'indication  des  noms  propres  ou  des  allusions  historiques  qui 
permettent  de  fixer  la  date,  le  lieu  de  la  représentation,  et,  s'il  se  peut, 
de  déterminer  l'auteur;  4<>  un  relevé  des  chansons  chantées  dans  la 
pièce  et,  autant  que  possible,  des  renvois  aux  recueils  o£i  l'on  en  trouve 
le  texte  complet  ;  s"  la  bibliographie  '. 


I.  Dans  la  bibliographie  nous  avons  indiqué  d'une  manière  sommaire  les 
recueils  suivants  : 

Oaron.  —  Collection  de  différents  ouvrages  anciens,  poésies  et  facéties. 
{Paris,  1798-1808],  1 1  vol.  pet.  in-8. 

FofHxiEB.  —  Le  Théâtre  français  avant  la  Renaissance,  i4{o-i{jo.  Paris-, 
Lûpiace  Sanchez  et  C'*,  [1872?},  gr.  in-8. 

Ll  Roux  de  Liscv  et  Michel.  —  Recueil  de  Farces,  Moralités  et  Ser- 
mons joyeux,  publié  d'après  le  manuscrit  de  la  Bibliothèque  royale.  Paris, 
Tethentr,  1837,  4  vol.  pet.  in-8. 

MoîTTAtiH.oTi  ET  RoTHscHiLi».  —  Recucil  de  Poésies  françoises  des  XV"  et 
XVI"  siècles.  Paris,  Jannet,  [Frank  et  Daffis],  i8js-"877,  li  vol.  in-i6. 

V10LI.ËT  LB  Duc.  —  Ancien  Théâtre  françois.  Paris,  Jannet,  i8^4-i8f7, 
10  vol.  in-i6. 


LA   SOTTIE   EN    FRANCE 


M9 


USTE   CHRONOLOGIQUE 

DES  SOTTIES  QUI    NOUS  SONT  PAR.VENUES. 
l. 

Les  TROIS  Galants,  farce  joyeuse  a  cinq  personnages,  c'e$t  a  sçavoir  : 
Le  premier  GaUni,  Le  Monde  qu'on  faia  paistre, 

Le  deuxième  Galant  5  Ordre. 

Le  iroisiéme  Galant, 

[Roueiit  vers  1450  ?] 

Celte  pièce  est,  croyons-nous,  la  plus  ancienne  sottie  qui  nous  ait 
été  conservée  ;  aussi  présente-i-elle  de  nombreuses  obscurités. 
En  void  les  premiers  vers  : 

Le  phemirr  Galant  commenu  ei  dict  : 
Et  puis,  est  il  façon  aulcune^ 

Lz  DEUXIÈME  Galant. 
De  quoy  faire  ? 

Le  troisième  Galant. 

De  quicter  tout. 
Le  premier  Galant. 
Y  fouldra  quelque  uo  ou  quelque  une 
De  bref,  qui  nous  mectra  deboall. 
Je  songe. 

Le  deuxième  Galant. 
Je  suys  en  escoult.  ) 

Le  troisième  Galant. 
J'ey  mains  et  sy  ne  puys  rien  prendre... 

Le  plan  de  la  sottie  est  des  plus  simples.  L'un  des  Calants  veut 
aveugler  le  Monde 

Et  loy  bire  entendre  que  noir 
Sera  blanc  ; 

un  autre  veut  le  faire  paitre, 

Luy  disant  qu'il  a  une  toux 

Qu'i  fault  que  par  herbe  on  garisse. 

Ils  mettent  ce  beau  projet  à  exécution,  dès  que  le  Monde  entre  en  scène, 
mais  celui-ci  se  moque  de  leurs  finesses;  il  a  pour  lui  l'argent.  C'est  en 
vain  que  tes  galants  convoitent  son  accoutrement,  son  pourpoint,  sa 
toque  ;  ils  ne  les  auront  pas.  Ordre  accourt  au  bruit  de  la  dispute  et 
ne  peut  réussir  à  concilier  les  parties.  Il  y  a  longtemps  que  le  Monde  te 
connaît,  mais  les  Calants  ne  le  connaissent  pas;  ils  vivront  donc  uns 


2$0  S.    PICOT 

Ordre,  et  le  Monde  ne  leur  donnera  que  «  troys  vins  de  nois  »,  comme  à 
des  9  SOS  radoiés  ». 

Sans  pouvoir  donner  une  preuve  positive  de  notre  opinion,  nous 
croyons  que  Us  trois  Galants  appartiennent  au  milieu  du  xv«  siècle. 
Avec  quelque  effort  on  pourrait  voir  une  allusion  historique  dans  le  pas- 
sage suivant  : 

Ordre. 
Que  dient  ces  vassaulx,  )6o 

Qui  sont  en  ce  poioct  arrivés  ? 

Le  Monde. 
Se  sont  trois  povres  Engelé^ 
Qui  me  veulent  inengertOLlt  cru. 

Ordre, 
Monde,  s'on  leur  a  rien  acreti, 
Qu'on  les  paye  a6n  qu'i  s'en  ailent  (/.  vouent).  ^6\ 
Que  vous  faull  il  ? 

Le  Monde. 
Y  se  degoisent  : 
Moitié  figues,  moytiê  raisins, 
Combien  qu'i  sont  tous  mes  voisins... 

Ordre  ne  voudrait-il  pas  dire  qu'il  vaut  mieux  acheter  des  Anglais  les' 
places  qu'ils  occupent  encore  que  de  leur  faire  la  guerre  P  Si  le  Monde 
les  appelle  ses  <c  voisins  »,  c'est  que  la  seine  se  passe  en  Normandie 
(l'emploi  des  formes  av^ous  pour  avez-votis  (y.  266)  et  on  pour  notu 
(v.  406)  ne  laisse  aucun  doute  sur  ce  point). 

Un  nom  propre  que  nous  n'avons  pu  identifier  servira  peut-être  à 
reconnaître  si  notre  hypothèse  est  exacte.  On  lit  au  v.  }oi  : 
Dieu  ayl  l'ame  de  Paul  Flalart  I 

La  pièce  se  termine  ainsi  : 

Ordre. 
Enfans,  que  nous  ^ce  debvoir 
De  chanter,  a  la  departye, 
Quelque  chanson  qui  soit  partie. 
Hardiment,  je  vous  en  dispense. 

Le  deuxième  Galant. 
Voila  pour  nostre  récompense.  44^ 

Le  premier  va  devant,  commence. 

On  remarque  (v.  1  f  ^  sqq.)  une  chanson  qui  commence  ainsi  : 
Atendés  a  demain,  atendés  a  demain! 
Il  y  sont  ;  chascun  faict  sa  main. 

Le  texte  indique  en  deux  autres  endroits  que  les  Galants  chantent  des 
chansons. 


LÀ   SOTTII    W   FRANCE  ïfl 

BtbtiogrdphU. 

A.  Biblioih.  nai.,  ms.  franc.   24)41   [o^*"*  La  Val).  6$) ,  fol.  12)  f»- 
i|2  b. 

B.  Le  Roux  de  Lincy  ei  Michel,  t.  Il,  n*>  15. 


Le  Premier, 
Le  Second, 


IL 

Lbs  Menus  Propos. 

Personnages. 
Le  Tiers. 

[Rouen,  février  1461.] 


t  Les  Menas  Propos  peuvent  être  considérés  comme  le  type  de  la  sottie 
primitive  ;  ils  ne  renferment  aucune  action  dramatique  i  c'est  un  simple 
dialogue  entre  trois  sots.  Les  questions  relatives  à  cette  pièce  ont  été 
parfaitement  élucidées  par  les  derniers  éditeurs,  dont  nous  ne  ferons 
guère  que  reproduire  le  travail. 
La  sottie  commence  par  un  triolet  ainsi  conçu  : 

Le  Premier. 
Se  je  vous  doy,  je  vous  payeray  ; 
Ce  sont  les  gaiges  de  Trevtères. 

Le  Second. 
Faictes  moy  voye  ;  si  me  serray. 

Le  Tiers. 
Se  je  vous  doy,  je  vous  pateray. 

Le  Premier. 
Il  sera  jour  quand  je  verray  ( 

De  beurre  frez  faire  chiviéres. 

Le  Second. 
Se  je  vous  doy  je  vous  payeray  ; 
Ce  sont  les  gages  de  Treviércs. 

Elle  mérite  surtout  d'être  étudiée  à  cause  du  grand  nombre  de  pro- 
verbes et  de  dictons  populaires  qu'elle  renferme.  Les  noms  géographi- 
ques y  abondent;  on  y  voit  figurer  diverses  villes  ou  villages  de  Nor- 
mandie :  Bayeux,  v.  517;  Beaumont  [-le-Roger],  v.  556;  Bostcachart 
[Bourg-Achard],  v.  94;  Cahieu,  v.  ijç;  Gibray  [Guibray],  v.  16}; 
Isegny,  v.  15^;  Saint-Lo,  v.  186;  Treviéres,  v.  2,  8;  Villedieu  f-les- 
Poëles],  V.  482,  sans  parler  de  la  vallée  d'Auge,  v.  497,  ni  de  la 
Toucque,  v.  1^4;  mais  Rouen  et  ses  environs  y  tiennent  la  première 
place  et  l'on  ne  peut  douter  que  les  Menus  Propos  ne  soient  d'origine 
rouennaise.  Les  étrangers  ne  connaissaient  guère  le  Robec  (v.  420*  1^ 


3SJ  E.    PICOT 

chapelle  Saint  Mor  (v,  193,  291]  ;  la  porte  Beauvoisine  (v.  399);  les 
Moliniaulx  [v.  184),  non  plus  que  le  privilège  attribué  Â  la  fierté  de 
saint  Romain  de  délivrer  chaque  année  un  prisonnier  (v.  427}.  Les  autres 
allusions  géographiques  :  Beauvais  (v.  481);  Paris  (la  Grève,  v. 
115;  les  Quinze  Vings,  V.  jij;  la  porte  Baudaiz,  v.  182);  Nevers 
(v.  447);  la  Bresse  ^v.  177).  Constantinople  (v.  188),  n'ont  aucune 
valeur  particulière.  L'auteur  écrit  pour  des  Normands,  dont  il  nemanque 
pas  d'exalter  le  courage  : 

C*e:it  bon  courage  que  Normant  ; 

Jusque  au  mourir  il  ne  se  rend, 

La  date  de  notre  pièce  n'est  pas  indiquée  d'une  oianiire  moins  pré- 
cise que  sa  patrie.  Tout  d'abord,  nous  y  relevons  une  allusion  à  Du 
Guesclin  iv.  502;,  à  la  bataille  de  Forinigny,  livrée  en  i4iû(v.  i  îi_)  et 
à  la  «  bataille  aux  gays  »  ^v.  14^1,  que  Le  Pogge  place  en  14^2  ;  mais 
les  V.  i6^'i64  contiennent  la  mention  d'un  événement  plus  récent,  la 
défaite  du  duc  d'York,  qui  eut  lieu  à  Wakefield  au  mois  de  novembre 

1460  : 

Tons  ceux  de  Londres  sont  matés 
Et  est  vaincu  le  duc  d'iort. 

Par  contre,  on  lit  aux  v.  41 1-412  : 

Ou  est  la  Pucelle  du  Mans? 
Jou  elle  plus  de  ses  fredaines? 

Il  $*agit  ici  de  Jeanne  Le  Féron,  qui  en  1460  essaya  de  se  faire  passer 
pour  Jeanne  d'Arc  et  fut  condamnée  pour  ce  fait  au  mois  de  mars  1461. 
Les  Menus  Propos  paraissent  avoir  été  écrits  entre  la  mort  du  duc  d'York 
et  la  condamnation  de  la  fausse  pucelle.  Comme  on  doit  y  reconnaître 
un  divertissement  de  carnaval  et  qu'ils  contiennent  même  une  allusion  à 
u  karesme  prenant  »  [v.  41),  on  peut  les  dater  avec  une  certitude 
presque  complète  du  mois  de  février  146 1 . 

Les  Minus  Propos^  si  curieux  comme  recueils  de  proverbes  et  de  dic- 
tons, présentent  encore  un  autre  intérêt.  IL  est  très-probable  que  nous 
en  connaissons  l'auteur  et  les  acteurs.  Le  premier  parait  s'éire  nommé 
dans  les  vers  suivants  (9S-96)  : 

Autant  vautt  a  dire  Richart 
Comme  Cardin  ou  CarJiaot. 

Cardinot  était  un  joueur  de  farces  normand  qui  Horissaii  au  milieu  du 
xV  siècle.  Il  est  cité  avec  d'autres  comédiens  de  son  temps  dans  la  farce 
du  BauUur  (Le  Roux  de  Lincy  et  Michel,  IV,  n"  69,  p.  16  ,  Fournier, 

Mû): 

Voccy  tnaislre  Cilles  des  Vaulx, 

Rousignol,  Briérc,  Peugeî 
El  Cûriinot,  qui  fait  le  guet, 


LA   SOTTIE  EN    FRANCE  2^^ 

Robin  Mercier,  Cousin  Chalot, 
Pierre  Regnault,  ce  bon  falot, 
Qui  chanls  de  Vires  mectoyt  sus,.. 

Il  est  assez  ^'équeni  au  moyen-âge  de  voir  des  auteurs  se  faire  con- 
naiire  en  iniercaîani  leur  nom  au  milieu  de  leurs  ouvrages.  Ce  procédé 
a  élé  employé  môme  au  théâtre,  comme  le  prouve  une  moralité  d'André 
de  la  Vigne,  dont  nous  aurons  l'occasion  de  parier  plus  loin  (voy.  le 
n*  Vni,  p.  J70).  M.  Vallet  de  Virivilie  {Bihlioth.  de  l'École  des  Chartes, 
V"sér.,  V,  1-17)  a  cru  pouvoir  retrouver  ainsi  le  nom  de  l'auteur  du 
Misîérc  du  Siège  d'Odcans. 

Si  l'on  admet  que  Cardinot  a  pu  composer  la  pièce  qui  nous  occupe, 
on  peut  admettre  également  qu'il  la  jouait  lui-même  ;  il  aurait  eu  alors 
pour  acolytes  deux  acteurs  dont  les  noms  se  trouvent  dans  les  vers  sui- 
vants (50I-ÏO2;  ; 

Deablc  Roget,  Aeih\c  Cajcgart, 
Et  ou  sont  tous  ces  semmaulx  (})? 

Le  dernier  vers  est  malheureusement  incompréhensible  et,  comme  il 
ne  se  trouve  que  dans  une  seule  des  éditions  des  Menus  Propos  qui  nous 
sont  connues,  il  nous  est  impossible  de  le  rectifier.  La  suppression  même 
de  ce  passage  dans  les  éditions  postérieures  nous  confirme  dans  l'idée 
que  Roget  et  Guycgart  étaient  les  acteurs  primitifs. 

Nous  avons  dit  que  notre  sottie  était  dépourvue  d'action  ;  ce  n*est  en 
effet  qu'une  parade,  mais  nous  sommes  porté  à  croire  que  cette  parade 
était  mêlée  de  u  soubresauts  ».  Les  comédiens  devaient  accompagner  de 
quelque  culbute  des  couplets  comme  les  suivants  : 

C'est  ung  grant  tour  d'abiletc 

Que  faire  bien  lesoubre  sault  (v.  121-122). 

Quant  je  danse,  je  S3ulx,  je  tripes  ; 

J'ay  toujours  le  cul  ortie  (v.  2oj-ao6). 

Nous  avons  fait  remarquer  ci-dessus  (p.  241)  que  les  sots  ou  badins 
devaient  posséder  les  talents  de  nos  clowns  modernes. 
Us  Menus  Propos  se  terminent  comme  ils  ont  commencé,  c'est-à-dire 

par  un  triolet  : 

Le  Premier. 
Vous  tous,  qui  nous  avés  ooy. 
Pour  Dieu^  ne  nous  encusès  pas.  f6j 

Le  Second. 
Marchés  oultre  le  pire  touy  [?], 
Vous  tous,  qui  nous  avés  ouy, 

Le  Tiers, 
Lucifer  s'est  esvanouy 
Puis  trois  jours;  c'est  ung  piteux  cas. 


354  ^^^V'       ^'  ^<^'^ 

Le  Premier. 
Vous  tous,  qui  nous  avez  ouy,  jya' 

Pour  Dieu,  ne  nous  encusés  pas. 

Bibliographie  : 

A  Les  menus  propos.  —  Cy  finent  les  menas  propos  Jm  ||  primes  nouàêl 
iement  a  paris  par  le  ||  lian  treperel  demourrant  sur  U  pont  i,  nostre  dame  a 
tymaige  satct  Laurês,  S.  d.  [hts  i  500],  in-4  goth.  de  1 3  ff.  de  j8  lignes 
à  la  page,  sign.  A-B,  par  6. 
'  Au  titre,  \!i  grande  marque  de  Jehan  Trepperet  |Silveslre,  n*  74). 

Le  V*  du  dernier  f.  est  blanc. 

Cette  édition  avait  sans  doute  été  précédée  d'une  ou  de  plusieurs  édrtions 
exécutées  en  Normandie,  mais  c'est  la  plus  ancienne  qui  nous  soit  parvenue. 
Les  autres  éditions  que  nous  avons  eues  sous  les  yeux  offrent  une  lacune  et  des 
transpositions  qui  indiquent  un  remaniement  postérieur. 

Biblioth.  de  M.  le  duc  d'Aumale  {Cat.  Cigongnc,  n*  690).  —  Btbtioth.  du 
baron  J.  E.  de  Rothschild.  —  Biblioth.  du  baron  de  Ruble. 

B.  Les  menus  propos.  —  Cy  Jinissent  Us  menas  propos,  S.  L  n.  d. 
[PariSf  vers  i  joo],  pet.  in-4  g^^-  ^^  ^  ^m  ■'"pr-  à  3  col. 

Au  titre  la  marque  de  Tnppcrtl. 

C.  Les  menus  propos.  —  C y  finent  les  menus  propos.  S.  l.  n.  d.  [Caen^ 
vers  1  $00],  pet.  in-4  ë^^^-  ^^  '^  '^-  ^^  l^  lignes  à  la  page,  sign.  A-B. 

Au  titre,  la  marque  de  Robinet  Maci^  imprimeur  ï  Catn  de  1498  i  i)o6 
(Silvestrc,  n"  1 34). 

Au  V**  du  titre,  une  grande  figure  en  bois  représentant  un  clerc  assis  dans  un 
fauteuil,  U  main  gauche  levée  ;  devant  le  clerc  est  agenouillé  un  personnage 
qu)  paraît  écrire  sous  sa  dictée. 

Cette  édition  donne  les  vers  dans  l'ordre  suivant:  1-160:  181-238;  161- 
180  ;  239-284  ;  ;2^-57i.  Elle  présente  une  lacune  de  20  vers(v.  2^^'^2^)  que 
vient  heureusement  combler  l'édition  A. 

Biblioth.  du  baron  J.-E.  de  Rothschild  (exempt,  du  baron  J.  Pichon,  Cat. 
n"  4ÉJt  <iui  faisait  partie  d'un  des  recueils  du  duc  de  La  Vallière,  Cat.  étBitre^ 
Tfi  2904). 

D.  Les  menus  propos  composes  nouuellement.  —  Cy  finent  les  menus 
propos  imprimes  nouuellement  a  Paris  pour  Guillaume  Cyon.  S.  d.  [vers 
I  $20],  pet.  in-8  goth.  de  i3  ff. 

E.  ^  Les  menus  11  Propos  Auec  II  le  temps  qui  court.  —  [A  la  fin  :] 
T  Imprime  nùuudlemtnt  a  paris  p  \\  Alain  Lotrian  Imprimeur  et  lihrai- 1|  rt 
demeurant  en  la  rue  neafue  nostre  ||  dame  a  lenseigne  de  lescu  de  France.  S. 
d.  [vers  \^2^],  pet.  in-8  goth.  de  16  ff.  de  27  lignes  à  la  page,  sign.  A-B. 

Au  titre^  un  bois  représentant  un  docteur  et  un  fou  élevés  au-dessus  de  la 
foule  et  se  parlant.  Ce  bois  se  retrouve  en  tête  d'une  des  éditions  du  Diahgat 
du  bol  et  da  Sagt. 


LA   SOTTIE   EN    FRANCE  i^^ 

L'édition  E  donne  les  vers  dans  l'ordre  suivant  :  i-i6o;  181-228;  lùj' 
284  ;  32)  ;  170-180  ;  23^266  ;  229-238;  161-170;  )27*S7i  (les  vers  285- 
J24  et  }26  manquent). 

Ahin  iotrian  exerça  de  t  p8  i  1 S4S- 

Bibl.  nat.  V.  61  j8.  c  (4)  Rés.  —  Bibl.  du  baron  J.-E.  de  Rothschild. 

F.  Les  menus  propos.  ||  Auec  le  temps  qui  court;  —  [A  la  fin  :] 
^  Imprime  a  paris.  ||  ^  Qui  en  vouldra  auotT  si  se  transporte  \\  Au  paîays  a 
la  première  porte.  [PariSf  Cailtaame  Nyverd],  s.  d.  [vers  1525].  Pei.  in-8 
goth.  de  16  ff.  non  chiff.  de  27  lignes  à  la  page^  sign.  A-B. 

Au  titre,  un  bois  représentant  trois  hommes  debout,  qui  se  parlent.  C'est  le 
bois  qui  6gure  sur  le  titre  des  Moyens  d'éviter  mertncoljt  de  d'Adonville  (on  peut 
en  voir  une  réduction  peu  exacte  dans  le  recueil  des  Jojmstiez).  lia  été  employé 
par  Cuitlaume  Nivtrd  au  recto  du  dern.  f.  d'une  de  ses  éditions  de  Pathttin,  et 
c'est  i  ce  même  libraire  que  nous  reporte  l'adresse  rimée  qui  se  trouve  i  la  fin 
du  poème. 

Voici  dans  quel  ordre  cette  édition  donne  les  ven  : 

1-160  ;  181-228  ;  267-284  ;  325,  \2C\  171-180  ;  2)9066  ;  229-238  ;  161- 
170;  327-^71.  Les  vers  28VU4  manquent  comme  dans  C  E. 

Bibiroth.  de  M.  le  baron  de  la  Roche  la  Carelle. 

G.  Montaiglon  et  Rothschild,  Recueil,  X,  34^-^96. 

III. 

Farce  nouvelle  moralisme  des  censnouveaulx,  qui  mencent  lk 
Monde  et  le  logent  de  mal  en  pire. 

Personnages. 

Le  premier  Nouveau,  Le  tiers  Nouveau, 

Le  second  Nouveau,  Le  Monde. 

[Paris  f  vers  1461.] 

Il  est  essentiel  de  bien  saisir  la  donnée  de  cette  pièce  pour  en  décou- 
vrir la  date,  carelle  ne  contient  aucune  allusion  historique  précise. 

Une  ère  nouvelle  s'ouvre  et  les  gens  nouveaux  se  promettent  de  tout 
changer  dans  le  monde  : 

Les  vieuU  ml  régné,  il  souffit  ; 
ChaKun  doit  reoer  a  son  tour. 

Désormais  les  avocats  donneront  leur  argent  aux  plaideurs  ;  les  poltrons 
«lonteroni  les  premiers  à  l'assaut  ;  les  prêtres  vivront  saintement  ;  les 
médecins  guériront  les  malades.  Le  Monde  parait  et  se  moque  de  ces 
beaux  réformateurs  ;  il  n'a  rien  à  gagner  à  tous  leurs  projets  ;  pour  lui 
le  bon  temps  est  passé  et  ne  reviendra  plus.  Il  connaît  les  gens  nouveaux 
et  ne  les  croit  pas  sur  parole  ;  il  sait  d'avance  qu'il  lui  faudra  supporter 
les  mêmes  abus  que  par  le  passé  et  des  abus  pires  encore. 


156  E.    PICOT 

Le  sujet  de  celle  sottie  offre  d'assez  grandes  ressemblances  avec  celui 
de  notre  n*  i,  mais  ici  l'idée  du  poète  est  mieux  accusée.  On  voit  immé- 
diatement que  la  pièce  a  été  écrite  au  commencement  d'un  règne  ;  mais 
quel  est  ce  règne?  M.  Magnin  { Journal  des  Savants,  i8j8,  41B)  croit 
que  les  Gens  nouveaulx  datent  de  Charles  VI;  M.  Edouard  Foumier 
(p.  68)  la  place  au  contraire  avec  beaucoup  de  raison  au  début  du  règne 
de  Louis  XI,  D'une  part,  une  allusion  auji  gendarmes  d'ordonnance 
(v.  [85-186)  ne  permet  pas  de  remonter  plus  haut  que  1448;  d'autre 
part,  la  langue  ei  le  style  appartiennent  au  milieu  du  xv  siècle. 

En  léte  de  la  sottie  est  une  ballade  sans  envoi,  dont  la  première  strophe 
est  ainsi  conçue  : 

Le  premier  Nouveau  commence 

Qui  de  nous  se  veult  enquérir, 

Pas  ne  fault  que  trop  se  démente  ; 

Nostrc  renom  peult  on  quérir, 

Corn  verrez  a  l'heure  présente. 

Des  anciens  ne  vient  la  sente,  ( 

Combien  qu'itz  fussent  fort  loyaulx, 

Chascun  3  part  soy  se  r^ente  ; 

Somme,  nous  sommes  gens  nouveaulx. 

Les  sots  (car  les  gens  nouveaux  sont  des  sots,  ce  que  n'ont  remarqua 
ni  M.  Magnin,  ni  M.  Fournier]  exposent  ensuite  leur  programme  : 

Le  Premier. 
Gouverner,  tenir  termes  haulx,  2j 

Régenter  a  nostre  appétit 
Par  quelques  moyens  bons  ou  faulx  ; 
Nous  avons  du  temps  ung  petit. 

Cène  espèce  de  programme  se  continue  (v.  41-71)  en  huit  couplets 
terminés  par  ce  refrain  : 

Ainsi  serons  nous  gens  nouveaulx. 
Voici  le  couplet  où  il  est  fait  allusion  à  l'ordonnance  de  1 448  : 
Le  Monde. 

Il  vous  court  une  pitlerie 

Voyre  sans  cause  ne  raison  ; 

Labeur  n'a  riens  en  sa  maison 

Qo'ilz  n'emportent;  vda  les  termes. 

Et  si  ne  sont  mie  gens  d'armes  185 

Qui  soyent  mis  a  l'ordonnance 

Servansau  royaulme  de  France; 

Ce  ne  sont  qu'ung  tas  de  pailtars, 

Meschans,  coquins,  larrons,  pillars; 

Je  prie  a  Dieu  qu'i  les  confonde.  190 


IK   SOTTIC   EN    rtUNCB  3^7 

Là  pièce  se  lermiac  ainsi  : 

Le  Monde. 
Or  voy  \t  bicD  qu'il  m'est  meslier  }^\ 

De  le  porter  pAtiemmeol  ; 
Chascun  tire  de  son  cjrtier 
Pour  m'avoir,  ne  luy  chiult  comment. 
Vous  povez  bien  voir  cléremcni 
Que  gens  nouveaulx  sans  plus  rien  dire        j}o 
Ont  bien  tost  et  soubdainetnent 
Mys  le  Monde  de  nul  en  pire. 

Noire  sottie  est  probablement  parisienne;  elle  ne  coniieni,  du  reste, 
aucun  nom  géographique  qui  nous  permette  de  l'affirmer.  L'emploi  de 
vers  i  queue  annuée  dans  deux  des  couplets  récités  par  le  Monde  (v. 
^45~'$9i  320-nil  semble  seulement  indiquer  que  Tauteur  appartenait 
au  nord  de  la  France. 


Bibliographie  : 

A.  Farce  nouuelle  I|  moralisee  des  ||  gens  nouueaulx  qui  mengent  le 
nion||de^  f  le  logent  de  mal  en  pire'  a  quatre  ||  personnaiges.  Cestas- 
sauoir.  fj  ^  Le  premier  nouueau.  ||  ^  Le  second  nouueau.  ||  ^  Le  tiers 
nouueau.  )|  ^  Et  le  Monde.  —  ^  Finis.  \  1  Farce  nouuetle  moralisee  dti  l 
gens  nouueaaix  (jai  men  \\  geni  le  monde!  et  le  ||  logent  de  mal  |f  empire,  S.  /. 
n.  d.  [Lyon,  en  la  maison  de  feu  Barnabe  Chaassard.  vers  1548],  in-4 
goth.  allongé  de  6  fT.  de  48  lignes  à  la  page  pleine,  impr.  en  grosses 
lenres  de  forme,  sign.  A  par  4,  B  par  2. 

Au  titre,  un  grand  F  initial  orné  de  rinceauK  et  deux  petits  t>ois  disposés 
côte  i  c6lc  :  i*»  L'arche  de  Noé;  z"  Un  berger  gardant  ses  moutons. 

Au  v"  du  dernier  f.,  4  petits  bois,  disposés  deux  à  deux  et  séparés  par  un 
double  filet  :  1°  Uae  monnaie  représentant  la  Vierge,  avec  cette  légende  : 
ProUge  Virgo  Pizas;  2°  Un  roi  et  une  reine  devant  lesquels  jouent  deux  entants. 

j*  Un  pape  entouré  de  ses  cardinaux  (cette  figure  se  retrouve  en  tète  d'une 
édition  de  la  Morattti  ou  Histoire  rommaine  d'une  femme  qui  avoit  voulu  trahir  la 
oti  de  Rommtj  édition  qui  porte  le  nom  de  feu  Barnabe  Chaassard  et  la  date  de 
IS48). 

4'  Un  revers  de  monnaie  représentant  une  aigle  i  une  tête  avec  celte  l^ende: 
Muhatl  Ant  ■  Mdrchio  '  Salutiara. 


■0      cl. 


Musée  brit  , 

B.  Violtetle  Duc,  III,  2)2-248. 

C.  Foumier,  âS-yj. 


jtflouitù,  vu 


17 


258.  ■•    PICOT 

IV. 

Les  deulx  Gallans  et  une  Femme  qui  se  nomme  SANCTÉ^farcea  trois 
personnages,  c'est  a  sçavoir  : 

Le  premier  Gallant»  La  Femme. 

Le  deuxiesme  Gallant, 

[Vers  14^^?] 

Deux  Galants  chantent  gaiement  et  cherchent  à  se  réjouir  pour  se 
consoler  de  tous  les  maux  qui  sont  dans  le  monde,  quand  une  femme 
inconnue  se  présente  à  eux.  Cette  femme  n'est  autre  que  Sancté,  qui 
consent  à  devenir  la  compagne  des  Galants  et  leur  promet  de  les  dédom- 
mager de  tous  les  biens  qui  leur  manquent. 

La  pièce  débute  par  un  triolet  : 

Le  premier  Gallant  commence. 
Je  chante. 

Le  deuxiesme  Gallant. 

SouTcM  je  me  ry 
Par  deuil  et  grosse  fantasye. 

Le  premier  Gallant. 
Je  voys  plusieur[5]  gens  [fort]  marys  ; 
Je  chante. 

Le  deuxiesme  Gallant. 

Souvent  je  me  rys. 

Le  premier  Gallant. 
Mes  esptejritz  sont  tous  ravys  j 

Par  guerre  qui  l'homme  mestrie. 
Je  chante. 

Le  deuxiesme  Gallant, 

Souvent  je  me  ris 
Par  deuil  et  grosse  fontasie. 

Les  chansons  des  Galants  étonnent  Sancté,  qui  les  traite  de  fous, 
mais,  à  cette  occasion,  elle  nous  apprend  que  les  deux  compagnons 
sont  des  gendarmes  cassés.  Cette  allusion  à  l'ordonnance  de  1480  est  la 
seule  donnée  que  nous  possédions  pour  fixer  la  date  de  la  sottie  : 

Vostre  forte  fiebvre  quartaine, 

Cens  d'armes  cassis,  eus  rompus  I 

Et,  je  vous  prye,  ne  parlés  plus 

De  vous  ne  de  vostre  vaillance  \  17^ 

Vous  ne  tenés  nulle  ordonnance  ; 

C'est  argeut  perdu  pour  le  roy. 

La  pièce  se  termine  ainsi  : 


la  sottie  en  france  ^^^  ^59 

Le  deuxiesue  Gallant. 
A  Dieu  la  notable  assistence  ; 
Y  nous  faullde  ce  lieu  partir. 
Car  nous  avons  pour  recompense 
Sancté  pour  nous  entretenir^ 
Et,  au  parlement  de  ce  lieu. 
Une  chanson  pour  dire  a  Dieu.  210 

Les  deux  Callans  et  Sancté  sont  bien  un  jeu  de  sots  ;  suivant  Pobserva- 
TÎon  générale  que  nous  avons  faite  ci-dessus,  les  culbutes  ne  devaient 
pas  y  manquer.  Il  nous  paraît  évident,  en  efTet,  que  les  couplets  suivants 
étaient  accompagnés  d'exercices  gymnasdques  : 

Le  PKEMiER  Gallant. 
L'homme  saina  a  bien  tost  gccté  t(o 

Un  plain  sault  ou  one  virade.  . 
Faire  le  pect  et  la  ruade 
Faict  a  Thomme  avoir  guerison.  8( 

Mais,  si  celte  sottie  ne  s'écane  pas  des  règles  du  genre,  elle  se  disun- 
cependant  des  autres  pièces  que  nous  possédons  par  le  grand 
'nombre  de  chansons  qui  y  sont  insérées.  Le  temps  requis  pour  l'exécu- 
tion de  ces  morceaux  explique  que  l'auteur  se  soit  arrêté  au  vers  210*. 
Voici  du  reste  la  liste  des  chansons  : 

1.  Y  n'est  si  douice  vie 
Que  de  joie  d'esté...  (v.  9-1 1) 

2.  Jamais  [e  ne  seray  {oyeux 
Tant  que  je  vous  revoye  (v.  22-2}). 

|.  Fleur  deguesté,  alliés  ta  martyre  (v.  ji). 
Voy.  Caste,  Chansons  normandes  du  XV^  siècle  (Caen,  1866,  in-i6), 
II»  )  I  ;  Gaston  Paris,  Chansons  du  XV  siècle^  n»  6$ . 

4.  Onques  depuis  mon  cœur  n'ust  joye  (v.  })}. 

\.  Je  vous  donne  plaine  puissance 

De  choisir  la  ou  vous  plaira  (v.  92*91.  r64*i60. 
Voy.  Gasté,  Chansons  normandes,  n*  54. 

6.  Jamais  mon  cœur  cesse  n'ara 

Tant  que  j'es  son  amour  entière  (v.  166-167I. 
Nicole  de  la  Chesnaye  cite,  avec  une  légère  variante,  le  premier  vers 
de  cette  chanson  dans  sa  moralité  de  la  Condamnacion  de  Bancquei  : 
Jamais  mon  cueur  joye  n'aura. 
Voy.  P.-L.  Jacob,  Recueil  de  Farces,  Soties  et  Moralités,  ii6  ;  Four- 
nier,  )2o. 

7,  L'amour  demoy  [s\]  est  endosse. 
Voy.  Gaston  Paris,  Chansons  du  XV  siècle,  n"  1 3. 


E.    PICOT 

8.  Genlilz  gaUns,  coropaigQon[s)  du  ressin  (v.  199]. 

9.  En  amours  n'a  synon  bien  ; 
Nul  mal  qui  ne  V(u)y  pense  (v.  io}-i04). 

Voy.  Gaston  Paris,  Chansons  du  XV"  siècle^  n"  1 3. 

La  même  chanson  se  retrouve  dans  le  Vieil  Amoureux  et  le  Jeatu 
Amoureux  \Lt  Roux  de  Lincy  et  Michel^  I,  n"  7,  p.  6;  Foumier,  jS?; 
Mabille,  II,  261),  pièce  que  nous  rangeons  parmi  les  dialogues  drama- 
tiques ei  qui  est  peut-^tre  du  même  auteur. 

On  remarquera  que  les  cinq  chansons  qui  nous  sont  connues  sont  de 
la  fin  du  xv*"  siècle  el  concordent  avec  la  date  approximative  que  nous 
avons  indiquée. 

Bibliographie  : 

A.  Bibl.  nat.,  ras.  franc,   n"*  24541  (olim  JJ04;  La  Vall.  6j),  fol. 

B.  Le  Roux  de  Lincy  et  Michel,  I,  n"  12. 


V. 

Karce  de  Folle  Bobance. 

Personnages  : 

Folle  Bobance,  Le  second  Fol,  marchant, 

Le  premier  Folj  gentilhomme.        Et  le  tiers  Fol,  laboureux. 

[Lyon,  yers  1  joo.] 

Folle  Bobance,  qui  est  la  mère  des  sots,  appelle  tous  ses  enfants 
autour  d'elle. 

Folle  Bobance  commence  : 
Ou  estez  vous,  touz  mts  folz  affolez  ? 
Sortez  trestous  et  [sij  me  venez  voix. 
Et  qu'esse  cv?  N'oyez  vous  point  ma  voii? 
Dcspechez  vous  ;  (bien)  tosl  icy  avollez; 
Raffolée  suis  que  cy  je  ne  vous  voix.  j 

Borgnes,  bossus,  rabosiez  et  tollez, 
Folz  folians,  de  folie  fault  pourvoix; 
Folz  tyonnojs,  mylannoys^  gauvoys... 

Les  couplets  qui  suivent  continuent  sur  ce  ion,  puis  la  pièce  devient 
plus  sérieuse.  Les  trois  fous  veulent  à  tout  prix  bannir  le  travail,  la 
peine,  le  souci  et  le  chagrin  ;  ils  veulent  s'abandonner  entièrement  à 
Bobance,  dont  ils  énumèrent  les  bienfaits.  Ils  espèrent  que  la  belle  dame 
les  mènera  «  au  chemin  de  prospérité  »,  mais  celle-ci  leur  répond 
qu'elle  les  conduit  au  contraire  «  au  chemin  de  mendicité  ».  Les  fous 
réfléchissent  alors  que  Bobance  dit  vrai  et  que  ses  prétendus  bienfaits  ne 
peuvent  que  les  ruiner. 


LA   SOTTIE    EN    PfUNCE  36 1 

La  Fara  de  FoiU  Bobancc  exprime  donc  la  m^e  idée  morale  que  le 
petit  livre  populaire  de  Robert  de  Balsac,  iniiiulé  le  Chemin  de  VOspital 
{voy.  Allut,  Etude  biographujue  et  bibliographique  sur  Symphorien  Cham- 
pier;  Lyon,  1859,  gr.  in-8»  119),  le  Chasteaa  d'Amours  âe  Cringore 
et  le  Cathoticon  des  Matadviseï  de  Laurens  des  Moulins  ;  nous  la 
croyons  du  même  temps  que  ces  diverses  compositions.  Il  est  vrai 
qu'elle  ne  contient  pas  une  seule  date,  mais  le  v.  S  nous  permet  de 
ta  placer  vers  i  joo.  Les  «  folz  lyonnoys  n  tiennent  ta  tête  de  l'énumé- 
ration  des  fous  (preuve  que  Folle  Bobance  a  été  jouée  à  Lyon),  puis 
viennent  les  fous  de  Milan  ei  de  Gênes.  Ces  mots  prouvent,  croyons- 
nous,  que  la  sottie  a  été  composée  alors  que  Milan  et  Gênes  appartenaient 
à  la  France,  c'est-à-dire  entre  1499  et  1^12.  Les  ■  folz  genevoys  » 
reviennent  une  seconde  fois  plus  loin  (v.  16),  mais  le  poète  ne  les  con- 
sidère pas  comme  des  étrangers  ;  il  semble  que,  par  une  intention  satî- 
rique,  il  n'ait  pas  voulu  aller  chercher  des  fous  en  dehors  des  limites  de 
la  France.  Nous  croyons  donc  que  notre  pièce  a  été  écrite  entre  1499 
«  1512,  mais  plus  près  de  la  première  date  que  de  la  seconde.  L'occu- 
pation de  Milan  et  de  Gênes  devait  être  encore  un  fait  récent. 

Les  costumes  élégants  dont  les  trois  fous  nous  donnent  la  description 
sont  ceux  des  premières  années  du  xvi'^  siècle  : 

..  robe  a  large  manche,  80 

Et  soliers  carrez  en  morchant  (?)  ...; 

..  fines  robes,  noyres,  grises, 

Vermeilles,  vertes,  coulourées, 

Et  chauses  de  toutes  devises. 

Par  hault  et  par  bas  bigarrées...  ;  lOf 

robes  fourrées  ; 

....  vdours ;  1 10 

De  satin  pourpuins  a  graos  manches, 

Et  becquetons  pareilIccneDl 

Bien  cours,  que  ne  passent  les  hanches  . 

De  Hollande  chemises  blanches 

Froncées  devant  la  poytraine,  1 1 } 

Et  au  coict  chemises  blanches 

A  la  mode  napolitaine,  etc. 

Folle  Boomce  se  termine  ainsi  : 

Le  second  Fol,  marchant. 
Par  ce  point  tout  va  meschamment,  s\o 

Car  tel  veutt  maintenir  bobance 

Le  tiers  Fol,  laboureux, 
Qui  ne  scet  façon  ne  comment 
D'y  gaigner  la  folle  despense. 

Folle  Bobance. 
Pourtant,  seigneurs,  chascun  y  pense  : 


262 


E.    PICOT 


Qdî  preot  de  moy  gouvcrnenieni 
Rjot»  iuy  faott  ou  grjol  chevaace 
Preoez  en  gré  i'esbatement. 


Ut 


Bibliographie  : 

A.  Farce  nouuelle  It  tresbonne  de  folle  Bobance  ||  a  quaire  person- 
naiges.  ||  Cestassauoir.  fl  ^  Folle  bobance.  ||  ^  Le  premier  fot  gentil 
homme.  \\  T  Le  second  fol  marchant.  Il  ^  El  le  tiers  fol  ïabourcux.  —  ^ 
Cy  fine  folie  )\  Bobance.  S.  l.  n.  d.  [Lyon,  en  la  maison  de  feu  Bamahè 
Chaussardf  vers  1545],  in-4  goih.  allongé  de  8  ff.  de  48  lignes  à  U 
page  pleine,  irapr.  en  grosses  lettres  de  forme,  sign.  A-B. 

L'Wition  n*a  qu'un  simple  titre  de  départ  et  le  r'  du  1"  f.  contient  î5  IJg. 
de  texte. 

Le»  grosses  lettres  de  forme  avec  Ie$quclles  ce  volume  est  imprimé  ont  été 
employées  par  les  hèrKiers  de  Barnabi  Chaassard  pour  la  Paru  nounlU 
moralisa  da  Cens  noavtaalx  (voy.  p.  a  jy),  pour  la  Fara  dt  Coltn,  pU  de  Thoot, 
etc.,  et  pour  les  titres  de  plusieurs  farces  dont  le  texte  est  d'ailleurs  imprimé 
en  caractères  gothiques  ordinaires. 

Mus.  brit., '■ — ' 

B.  Viollet  le  Duc,  II,  264-291. 


VL 


SoTTiK,  par  Pierre  Gringore. 
Personnages. 


Le  premier  Sot 
Le  deuxiesme  Sot, 
Le  troisiesrae  Sot, 
Le  Seigneur  du  Pont  Atletz, 
\  Le  Prince  de  Naies, 
Le  Seigneur  de  Joye, 
Le  General  d'Enfance, 
Le  Seigneur  du  Plat, 
Le  Seigneur  de  la  Lune, 


10  L'Abbé  de  Frevaulx, 
L'Abbé  de  Plate  Bource, 
Le  Prince  des  Soiz, 
Le  Seigneur  de  Gayecté» 
La  Sotte  commune, 

I  î   La  Mère  Sotte, 
Sotte  Fiance, 
Sotte  Occasion, 
Croulecu. 


[Paris,  mardi  2^  février  içia.] 

Il  n'est  pas  dans  tout  notre  ancien  ihéÂire  de  pièce  plus  connue  que 
ta  Sottie  qui  précède  la  représentation  donnée  par  Gringore  aux  Halles  de 
Paris,  le  mardi  gras  de  l'année  1512.  Nous-méme  nous  avons  déjà  parlé 
de  cette  représentation  qui  nous  fait  connaître  l'ordre  dans  lequel  se 
succédaient  la  sottie,  la  moralité  et  la  farce  (voy.  ci-dessus  p.  2^9).  A 


LA    SOTTIE   KN    FRANCE  20} 

ce  que  nous  avons  dit  précédemmemnous  ajouterons  une  seule  réflexion. 
Si  le  Jeu  du  Prince  des  Sotz  ne  contient  pas  de  monologue,  c'est  sans  doute 
à  cause  des  proportions  inusitées  que  l'auteur  a  données  à  ta  sottie  et  â 
la  moralité.  De  plus,  ces  deux  pièces  se  complètent  l'une  l'autrc>  et  il 
eût  été  difficile  de  les  séparer  par  un  morceau  étranger  au  sujet. 

Cringore  se  proposait  d'intéresser  les  Parisiens  à  la  querelle  de 
Louis  XII  et  de  Jules  II,  en  représentant  le  pape  comme  un  person- 
nage ridicule  et  odieux.  Il  est  probable  qu'en  attaquant  ainsi  la  supersti- 
tion populaire,  il  obéissait  aux  ordres  secrets  de  la  cour.  Nous  avons 
cité,  au  début  de  nos  observations  sur  la  sottie  en  général  \p.  236), 
un  passage  de  Jehan  Bouchet,  qui  montre  que  Louis  XII  se  rendait 
compte  de  la  place  importante  réservée  au  théâtre  dans  toute  société 
policée.  Brantôme  nous  apprend  également  que  ce  prince  ne  craignait 
pas  de  voir  les  acteurs  se  livrer  à  des  allusions  politiques.  Voici  ce  qu'il 
raconte  dans  la  vie  d'Anne  de  Bretagne  : 

«  Le  roy  Thonoroit  de  telle  sorte,  dit-il,  que,  lui  estant  raporté  un 
jour  que  les  clercs  de  la  basoche  du  Palais  et  les  escollicrs  aussi  avoient 
joué  des  jeux  où  ils  parloient  du  roy,  de  sa  court  et  de  tous  les  grandz, 
il  n'en  fist  autre  semblant,  sinon  de  dire  qu'il  falloit  qu'il?:  passassent 
leur  temps  et  qu'il  leur  perraettoii  qu'ilz  parlassent  de  luy  et  de  sa 
court,  non  pourtant  desregtémem.  mais  surtout  qu'ils  ne  parlassent  de 
la  reyne  sa  femme  en  façon  quelconque,  autrement  qu'il  les  feroit  tous 
pendre.  »  Œuvres  complètes  de  Pierre  de  Bourdeille,  seigneur  de  Brantôme^ 
publ.  par  Ludovic  Lalanne,  Vil  (Paris,  187J,  gr.  in-8j,  j  16. 

Gringore  usa  largement  de  la  permission  qui  lui  était  accordée  de 
représenter  le  roi  et  sa  cour.  Le  Prince  des  Sotz ,  qui  personnifie 
Louis  XII,  doit  passer  une  revue  générale  de  ses  suppôts.  Au  premier 
rang  des  courtisans  on  voit  divers  prélats  grotesques,  qui  ont  pour  cor- 
tège l'Ignorance,  la  Dissipation,  la  Paillardise.  Les  trois  Sots  et  Sotte 
Commune,  qui  figurent  le  peuple,  reçoivent  ces  hauts  dignitaires  ecclé- 
siastiques. Mère  Sotte  arrive  à  son  tour,  revêtue  des  attributs  de  la 
papauté  et  suivie  de  ses  ministres  Sotte  Fiance  et  Sotte  Occasion  ;  elle 
pousse  les  Sots  à  la  révolte  contre  le  Prince,  mais  ceux-ci  veulent  rester 
fidèles  à  leur  chef.  Seuls  les  Abbés  grotesques  sont  entraînés  à  la  trahi- 
son ;  alors  «  se  fait  une  bataille  de  prelatz  et  de  princes  ».  Mère  Sotte 
est  dépouillée  de  ses  ornements  sacrés  ;  on  la  reconnaît  et  tout  le  monde 
l'abandonne. 

La  Souii  de  Gringore  est  trop  connue  pour  que  nous  jugions  utile 
d'en  donner  une  plus  longue  analyse.  En  voici  les  premiers  vers  : 

Le  droit  premier  Sot. 
C'est  trop  joué  de  passe  passe  ; 
Il  nefiult  plus  qu'on  In  menace  ; 


6ii 


264  ^^^  E-    PICOT 

Tnus  les  jours  iU  se  (ortiliçnt. 
Ceulx  qui  en  promesse  se  fient 
Ne  congnoissent  pas  la  fatace. 
C'est  trop  joué  de  passe  passe. 
L'ung  parboull  et  l'autre  frica&se  ; 
Argent  entretient  Tung  en  grâce, 
Les  autres  Hâtent  et  pallient 

Elle  se  termine  ain»  : 

La  Sotte  commune. 
Af6n  que  chascun  le  cas  noue, 
Ce  n'est  pas  Mère  sarncte  Eglise 
Qui  nous  fait  guerre,  sans  fainctise 
Ce  n'est  que  nostre  Mère  Sotte. 

Le  Troisiesme. 
Nous  cognoissons  qu'elle  radote 
D'avoir  aux  Sotz  disscntion. 

Le  Premier. 
El  ireuve  Sotte  Occasion 
Qui  la  conduit  a  sa  plaisance. 

Le  Deuxiesme. 
Concluons. 

Le  Tboisiesme. 
C'est  Sotte  Fiance. 

La  pièce  ne  contient  qu'une  chanson,  le  célèbre  refrain  : 

Faulte  d'argent  c'est  douleur  non  pareille  (v,  j3o). 

Ce  refrain  est  souvent  cité  ;  on  le  trouve  notamment  dans  Rabelais 
(II,  xvi),  dans  la  Farce  joyeuse  du  Sayetier  |Le  Roux  de  Lincy  et  Michel, 
IV,  n*>  75,  p.  5)  et  dans  une  ballade  de  VAmoitreux  Passetemps  (éd.  de 
C'était  le  premier  vers  d'une  chanson  qui  commençait 


660 


1)81,  f.  E 
ainsi  : 


$J* 


Faulte  d'argent  c'est  douleur  non  pareille; 
Si  je  le  df ,  tasl  je  sais  bien  pourquoy 


Var. 


Si  je  le  dy,  j'ay  bien  raison  pourquoy... 

On  en  trouve  le  texte  dans  le  recueil  intitulé  :  Plusieun  belles  Chansons 
nouvelles  IParis,  Alain  Loirian,  1 54^,  pet.  in-8  goih.,  fol.  86  6  ;  le  pre- 
mier couplet  seul  figure  dans  le  Mellun^e  de  Chansons  publié  par  Ronsard 
en  1572  (fol.  )2  ^,  avec  une  mélodie  de  Josquin.  et  fol.  j$  h,  avec 
une  mélodie  d'Ad.  witlard).  Eustorg  de  Beaulieu  transforma  la  chanson 
profane  en  un  cantique  spirituel  : 

Faulte  de  foy  c'est  erreur  non  pareille; 
Si  )e  le  dy,  j'ay  bien  raison  pourquoy... 


LA   SOTTIE    EN    PRAMCE  afij 

Ce  cantique,  qui  fait  partie  de  la  Chrestunne  Resjouyssance  (Genève, 
1546,  in-8,  n"  91),  avait  été  imprimé  dès  1  sj?  dans  les  Noets nouveauU 
publiés  par  Mathieu  Malingre  à  Ncufchastel  (C/unjo/i/iwr  Auga«/io/,  42  s). 

Hoger  de  Collerye  (éd.  d'Héricault,  22})  a  composé  sur  le  même 
refrain  un  rondeau,  en  partie  reproduit  dans  la  Vraye  PronostUation  de 
AP  Gonin  Fournier,  Variétés  hist.  et  litt.^  V,  ia^j.  M.  Fournier  prétend 
que  ce  rondeau  est  devenu  une  chanson,  qu'il  dit  avoir  rencontrée  dans 
un  recueil  publié  à  Louvain  en  1 5H»  P^r  P'cre  de  PhaJèse.  Il  est  pro- 
bable qu'il  a  confondu  le  rondeau  avec  la  pièce  que  nous  avons  citée 
d'après  le  Mellangi  de  Ronsard  ;  et  la  date  même  qu'il  assigne  au  recueil 
de  Phalèse  nous  parah  inexaae.  Il  s'agit  sans  doute  de  la  Fleur  des 
Chansons  à  trois  parties^  etc.  (Louvain,  Pierre  Phalèse,  ei  Anvers,  Jean 
Bellère,  1 574),  collection  très-rare,  qui  ne  nous  est  connue  que  par  la 
mention  de  Fétis  et  dont  la  Bibliothèque  nationale  ne  possède  pas 
d'exemplaire. 

Bibliographie  : 

A.  ^  Le  ieu  du  prince  des  sou.  Et  ||  mère  sotte.  ||  ^  loue  aux  halles 
de  paris  le  mardy  II  gras.  Lan  mil  cinq  cens  et  vnze.  —  ^  Fin  du  cryi 
sottie<  moraiitei  et  farce  cô-  \\  posez  par  Pierre  Cringoire  dit  mère  sotte,  f  || 
imprime  pour  iceluy.  S.  /.  n.  d.  [Paris^  i  J12],  pet.  in-8  goth.  de  44  ff. 
non  chiffr.  de  26  lignes  à  la  page,  sign.  A.-F. 

Au  titre,  le  bois  de  Mère  Sotte  avec  la  devise:  Tout  par  Adûon,  etc.  'Bruoei. 

Il,  1747)- 
La  sottie  occu(>e  les  ff.  A  2  t  —  C  ^  b. 

Bibl.  nat,,  Y,  4439.  Rés.  —  Copies  figurées  k  la  Bibl.   de  l'Arsenal,  B.  L. 

P.  (0  «t  jo  bis. 

B.  Le  ieu  du  prince  des  sotz  et  mère  sotte  ioue  aux  halles  de  pis  le 
mardy  gras,  iiij.  —  [Au  r'  du  dernier  f.  :j  Nonueliemét  imprime  a  Paris. 
PeL  in-4  goth.  de  t6ff.  de  J9  lignes  à  la  page,  impr.  à  2  col. 

Bibl.  Méjanes,  â  Aûc. 

C.  Caron,  n*  4. 

D.  Œuvres  complètes  de  Gringore  réunies  pour  la  première  fois  par 
MM.  Ch.  d'Héricault  et  A.  de  Momaiglon  [à  partir  du  tome  11  :  par 
HM.  A.  de  Momaiglon  et  J.  de  Rothschild].  A  Paris,  chez  P.  Unet^ 
Libraire  [à  partir  du  tome  H  :  Paul  Daffis,  éditeur-propriétaire  de  ta  Bibtio- 
thiifue  eizeyirienne,  7,  rue  Cu4négaud\,  M  DCCC  LVIII  Ii8i8]-M  DCCC 
LXXVII  [18771,2  vol.  in-ié. 

Torae  I,  303-24}. 

E.  Fournier,  29^506. 


266 


e.  PICOT 


VII. 
Lks  Sotz  nouveaulx  parcez,  couvez. 


Le  premier  Foi, 
Le  second  Fol, 


Personmges  : 

Le  tiers  Fol. 

[Rouen,  vers  i  J  i  J  ?] 


i 


Les  Sotz  nouveaux  ne  présentent  pas  plus  d'action  théAtrale  que  les 
Menas  Propos.  Trois  fous  racontent  successivemeni  comment  ils  ont  été 
u  ponnus  %,  ce  qui  donne  lieu  à  des  plaisanteries  assez  grossières  ;  ils 
chantent  une  chanson  bachique,  exécutent  sans  doute  quelques  cabrioles 
et  se  retirent. 

Voici  le  début  de  la  pièce  : 

De  trois  Fols  le  Premier  commence. 
Je  SUIS  venu  i  U  huée 
Cotome  ftlz  de  dame  Follye, 
Qui  m'a  faia,  enclos  et  couvée. 
Dieu  gard  toute  la  compaignie. 
N'est  ce  pas  belle  rusterie 
De  quatre  corbeiilèes  de  folz. 
Qui  sont  venus  d'une  saillye, 
Tous  nouveaulx  ponnus  et  esclos^. 

L'expression  de  «  nouveaulx  ponnus  »  nous  fait  croire  que  noire 
sottie  est  la  pièce  désignée  dans  la  Farce  du  Vendeur  de  Urres  sous  le 
nom  de  Farce  des  nouveaux  Ponus  : 

Les  Fieux  et  Rentes 

Des  filles  nouvelles  rendus j 

La  Farce  des  nouveaux  Ponus 

El  Le  Depuceteur  dcnourriches 

[Le  RouxdeLincy  et  Michel,  II,  n"  40,  p.  1  ;;  Mabille,  II,  20;,  221.) 

Cette  mention  est  précieuse,  car  elle  nous  aide  à  déterminer  la  date 

de  la  sottie.  Parmi  les  ouvrages  cités  dans  la  Farce  du  Vendeur  de  livres, 

deux  sont  en  effet  datés  :  V Obstination  des  Souy cites,  qui  a  dû  être  écrite 

vers  1  SI  I  (Montaiglon  et  Rothschild,  Recueil,  VIII,  282;  Œuvres  de 

Gringore,  II,  j^o^  et  Lt  Dépucelage  de  Tournay  [de  Laurens  des  Moulins], 

qui  est  de  1 51  j  ^Montaiglon  et  Rothschild,  Recueil,  XII,  1  loj.  Les  Sotz 

nouveaulx  doivent  être  du  même  temps.  Nous  croyons  y  reconnaître  une 

allusion  à  l'expédition  de  Louis  XII  contre  les  Vénitiens  et  au  retour  de 

l'armée  française  : 

Le  Tiers. 
Tais  toy,  tu  m'estourdis  U  leste. 


LA   SOTTIE    EN    FRANCE  267 

Va  veoir  ailleurs;  je  n'en  sçay  rien,      190 
Mais  je  vous  compteray  du  mien. 
Ce  fut  quant  revins  de  Venise  ; 
J'avois  pissé  en  ma  chemise... 

Ce  passage  nous  reporte  à  l'année  i  joô  ;  le  suivant  est  relatif  au  con- 
traire à  Texpédition  de  Pampelune,  oii  François  I"  porta  ses  premières 
armes  (i  s  12)  : 

Le  Second. 
Je  suis  venu  tout  en  jergault 
De  la  contrée  de  Pampelune 
Et  ay  volé  du  premier  sault  6  s 

Jusques  cy  par  roe  de  Fortune. 

Enfin  voici  deux  allusions  à  la  campagne  entreprise  par  Henri  VIII  et 
par  Maximilien  contre  Louis  XII  (i  $  n)  - 
Le  Premier. 
Je  feis  bien  ung  aussi  beau  faict 
Quant  je  revinsde  Picardie 217 

Le  Tiers. 


Et  si  disoyent  en  leur  langaige 

Qu'ilz  m'arracheroyent  le  visaige, 

Les  oreilles  et  les  deux  bras  ; 

(Bien)  eusse  voulu  estre  a  Arras.  244 

La  sottie  contient  plusieurs  autres  détails  intéressants.  On  y  voit 
qu'elle  a  été  jouée  sur  un  théâtre  où  les  représenutions  avaient  lieu  le 
dimanche.  Le  second  Fol  dit  au  début  (v.  1 2)  : 

Et  vous  verrez  des  plus  fins  sotz 
Que  vous  ouystes  puis  dymenche^ 

Et  le  Tiers  raconte,  de  son  côté,  qu'il  a  rapporté  «  du  fleuve  Jour- 
dain » 

Une  beste  de  grant  essence  jo 

Qui  fait  sçavoir  chascun  dimenche 

Tout  ce  que  les  femmes  ont  faict. 

Dans  un  autre  endroit  (v.  21-22)  le  même  personnage  se  vante  d'avoir 
pour  mère  Labine  : 

J'ay  esté  couvé  au  pignon 
Du  four  a  ma  mère  Lubine. 

Et  il  ajoute  (v.  89)  : 

Je  veulx  qu'on  m'appelle  Mymin. 

Maistre  Mymin,  mis  au  théâtre  dans  une  farce  célèbre,  qui  fut 
peut-être  antérieure  à  Pathelin  et  dont  nous  ne  possédons  malheureu- 
sement qu'une  suite  très-postérieure,  avait  en  effet  pour  mère  Lubine 


268  E.    PICOT 

(Vîollet  le  Duc'f  II,  jjS^  Fournier,  J14I.  Ce  personnage  fui  populaire 
au  théâtre  pendant  un  siècle.  En  dehors  de  la  farce  doni  nous  venons 
de  parler,  la  Farce  du  Vendeur  de  Livres  nous  apprend  qu'on  avait  mis 
sur  la  scène  vers  1510  le  Testament  Maistre  Mymin,  comme  on  y  mil  le 
Testament  de  Pathelin  (Le  Roux  de  Lincy,  II,  n"  40^  p.  j  ;  Mabille,  II. 
191,  209). 

En  15}4[P),  Mymin  reparut  dans  la  Farce  du  Couiîeux  (Viollet  le 
Duc,  II,  176;  Fournier,  î7o);  enfin  son  nom  passa  dans  la  langue 
courante  avec  le  sens  de  «  niais  ».  C'est  dans  ce  sens  que  le  moi  est 
pris  là  et  qu'on  le  retrouve  dans  Les  Trois  Calants  (voy.  ci-dessus,  n**  I), 
V,  190  :  Mimin  a  sonétes,  ainsi  que  dans  Us  Trois  Pèlerins  et  Maliu  (voy. 
d-après  no  X),  v.  sî-S4  : 

Comme  qq  trupelu,  un  mymin 

Qui  veult  devenir  femynio. 

Au  milieu  de  la  représentation ,  les  fous  chantent  une  chanson  farcie 
de  latin,  qui  rappelle  Vincitatoyre  bachique  que  nous  a  conservé  le  ms.  du 
duc  de  la  ValUère  (Le  Roux  de  Lincy  et  Michel,  II,  n"  52)  et  la  Letanie 
des  bons  Compaignons  ^Montaiglon  et  Rothschild,  VH,  66)  : 

Vcntte  tous,  nouveaulx  sotins^ 
Jeunes  folletz,  nouveaulx  ponneus  ;  110 

Apportez  plains  f[ljacons  de  vins 
£(  Domxm  jahiltmiis . 

Comme  dans  les  Menus  Propos  (n°  11)  et  dans  les  Deuh  Calions  et  une 
Femme  qui  se  nomme  Sancté  in"  IV),  il  semble  que  ces  facéties  aient  été 
accompagnées  de  culbutes.  Le  second  dit  (v.  222-22  f)  : 

Le  cul  avois  tout  droit  en  hault 
Quant  je  feis  la  tourne  bouelle, 
Que  je  tambay  a  la  nirtle 
En  cuidant  [laire]  ung  soubre  sault. 

Au  milieu  de  leurs  ébats,  les  fous  vont  chercher  sainct  AUvergaut 
(v.  63).  Ce  dévot  personnage  était  probablement  un  momon  grotesque, 
proche  parent  de  sainct  Couiliebault  (v.  60). 

Les  Sotz  nouveaux  doivent  appartenir  au  théâtre  de  Rouen.  Le  nom 
de  cette  ville  est  cité  deux  fois  (v.  $2,  92I  et  la  pièce  contient  plusieurs 
mots  obscurs,  qui  appartiennent  sans  doute  à  la  Normandie  :  Besarde 
(v,  24^],  choi^uart  (souchard,  v.  ijy)'  corcaillotz  (v.  91,  dringue 
(V.  141),  jergaalt  (v.  6}),  jouen  \v,  95),  marcoux  (v.  ajÔ). 

Les  Sotz  nouveaulx  se  terminent  ainsi  : 

Le  Tiers. 
On  a  le  vin  a  boa  marché  ;  2(o 

Allons  mettre  cousteaulx  sur  table. 


UA    SOTTIK   EN    FRANCE 
Le    PREMfBR. 

Messieurs,  s'on  a  dit  quelque  fiable 
Ou  quelque  compte  de  plaisance, 
Point  o'a  esté  par  arrogance. 
Pardonnez  nous,  je  vous  [en]  prie, 
Car  en  soties  n'a  que  foll]rc. 


269 


^\ 


Bibliographie  ; 

^  Les  sotz  nou  ||  ueaulx  farcez  couuez  ||  lamais  nen  furent  de  plus 
fo\z  [j  Si  le  deduici  veoir  vous  voulez  II  Baillez  argent  ilz  seront  voz  — 
^  Finis.  S.  t.  n.  d,  [Paris,  Alain  Lotùani^  vers  1525],  pet.  m-8  goth. 
de  8  ff.  de  2$  Ugnes  à  la  page,  sign.  A. 

Au  titre,  le  bots  de  Mère  Sotie,  représentanl  trois  soti,  avec  la  devise  : 
Tout  par  raison.  Raison  par  tout.  Par  tout  raison  (Brunet,  H,  1747).  — Ce 
bois  ne  se  trouve  guère  que  sur  les  ouvrages  de  Pierre  Gringore  {Les  folles 
Enlrt prises  ;  Paris,  Pierre  le  Drut,  150  s  ;  Us  Fatilaisia  de  Mire  Sotte  :  Pari», 
i  l'Elephant,  1^16;   veufvc  Jehan  Trepperel,  vers  ipo;  Alain  Lotrian,  vers 

I S21,  et  Us  menus  Propos  de  Mire  Sotte  ;  Paris,  Philippe  le  Noir,  1 52$  ctc*), 
et  la  devise  Raison  par  tout  a  été  employée  par  ce  poète  à  la  fin  de  plusieurs  de 
ses  ouvrages,  par  exemple  d  la  6n  de  ses  Heures  Je  Nostre  Damt.  Nous  avons 
eu  en  conséquence  la  pensée  d'attribuer  les  Sotz  mai-eaulx  i  Cnngore  (Purrt 
Crmgore  ei  les  ComidUns  Uahens^  11),  mais  nous  n'avons  fait  cette  attribution 
que  sous  toute  réserve.  Nous  avons  dit  nous-mètne  que  le  bois  de  Mérc  Sotte 
figure  sur  te  litre  d'une  pièce  qui  n'est  certainement  pas  de  Gringore  :  U  MonO' 
icgtu  des  Sotz  joyeulx  de  la  nouvelle  Bande  iMontaiglon  et  Rothschild,  Recuà!^ 
tll«  1 1),  et  l'on  peut  admettre  que  la  marque  des  trois  sots  n'a  été  employée 
par  l'imprimeur  des  Sot:  nouveaulx,  comme  par  celui  du  Monologue^  qu'en 
raison  du  sujet.  La  famille  de  Gringore  était  probablement  de  Caen  (De  la 
Rue,  Essais  butor,  sut  les  bardes,  les  jongleurs  ti  la  trouvires  normands  et 
anglo-normands,  III,  {44-^48)  ;  mais  rien  ne  prouve  qu'il  ait  habité  lui-m(me 
la  Normandie  et  qu'il  ait  fait  représenter  des  pièces  à  Rouen.     . 

En  tout  cas,  le  bois  de  Mère  Sotte  semble  bien  indiquer  que  l'impression  a 

été  exécutée  à  Pans. 
Au  V»  du  7'  f.,  au-dessous  du  mot  Fims,  un  bois  représentant  six  têtes  de 

personnages  dans  des  altitudes  diverses  ;  au-dessous  de  ce  bois,  un  fragment  de 

bordure. 
Le  8'  f.  contient  au  r«  et  au  v*  le  bois  du  Fol  et  du  Sage  discutant  devant  la 

bule,  bois  qui  figure  sur  l'édition  des  Menas  Propos,  imprimée  par  Alain  Lotrian 

fvoy    ci-dessus,  p.  254). 
Nous  croyons  donc  que  les  Sotz  noaveauli  ont  été  imprimés  par  Alsin  Lotrian, 

^ui,  d'après  Silvestre  (Marques  typographi^ueSj  n*  76),  exerça  de  1  (18  i  1  ^(. 

Ainsi  que  bous  l'avons  remarqué.  Lotrian  employa  vers  la  même  époque  le  bois 

des  trois  sots  sur  une  édition  des  Fantaisies  de  Mire  Soile  (Musée  britannique, 

"47i  '^) 
Les  quatre  vers  de  l'iatitulé  sont  répétés  au  v-  du  titre. 
Musée  britannique  :  C.  22.  a.  20. 


270 


E.    PICOT 


vm. 


SoTiSE  a  buia  personnaiges,  [par  André  de  la  Vîgne  ?]. 


Le  Monde. 
Abuz, 
Sot  dissolu, 
Sot  glorieux, 


Personnages. 

S  Soi  corrompu. 
Sot  irorapeur, 
Sot  ignorant, 
Sotte  folle. 
[Paris,  IJ14.] 


La  pièce  dont  nous  allons  parler  est  encore  beaucoup  plus  développée 
que  celle  qui  ouvre  le  Jeu  du  Prince  desSotz  de  Pierre  Cringorc  (n»  VI)i 
elle  ne  compte  pas  moins  de  r  58;  vers  et,  bien  qu'il  y  en  ait  un  assez 
grand  nombre  de  trois  ou  de  quatre  syllabes  seulement,  elle  nous  parait 
trop  longue  pour  n'avoir  été  qu'une  simple  sottie.  Elle  a  dû  occuper 
dans  une  représentation  à  la  fois  la  place  de  ta  sottie  et  celte  de  la  mo- 
raliïé.  Le  poète,  qui  a  mis  en  scène  le  Monde  et  Abus,  s'est  en  effei 
proposé  de  soutenir  une  thèse  morale  et  il  l'a  rendue  plus  compliquée 
que  les  auteurs  des  Trois  Galants  (n*  I)  et  des  Gens  nouveauk  (n"  III). 

Au  début  de  la  Sotise  est  placée  une  ballade  dont  voici  les  premiers 
vers  : 

Le  Monde  commence  : 

Au  temps  premier  que  hault  Dieu  me  créa. 

Qui  tout  créa  :  elementz,  asmes^  corps, 

Son  bon  vouloir  me  faisant  recréa 

Et  recréa  maint2  tueautx  a  mes  <:or(u)s  ; 

Bons  et  accors  les  6t,  oiaiz  mal  acors  | 

Tant  de  discors  en  (aitz  et  en  dilz  que  ors 

Mys  et  discors  ont  purté  blanche  et  munde. 

C'esl  grand  pitié  que  de  ce  povre  Monde. 

Ces  équivoques,  à  peu  près  incompréhensibles,  annoncent  dignement 
les  pointes,  les  ieux  de  mots,  les  bizarreries  de  toute  sorte  qui  vont 
suivre.  Pour  le  remarquer  en  passant,  le  8"  vers,  qui  sert  de  refrain, 
parait  imité  de  Meschinot  (Bibl.  nat.,  ms.  fr.  2206,  fol.  1 J4;  Les  Lunettes 
des  Princes^  Lyon,  Olivier  Arnoullei,  s.  d..  pet.  in-âgoth.,  fol.  M  8  â)  : 
C'est  grant  pitié  des  misères  du  Monde. 

Jehan  Bouchet  (Généalogies,  Effigies  et  Epitaphes  des  Roys  de  France, 
etc.;  Poitiers,  154^,  in-fol.,  fol.  112  b)  a  composé  une  ballade  qui 
commence  presque  par  le  même  vers  ; 

C'est  grand  pitié  de  ce  monde  fragtile. 

La  ballade  achevée,  Abus  prend  ta  parole  et  donne  au  Monde  le  con- 


U   SOTTIK   EN    FKANCE  27 1 

seil  de  suivre  Plaisance  Mondaine.  U  s'offre  à  le  remplacer  dans  le  gou- 
vernement, tandis  que  le  Monde,  déjà  vieux,  prendra  un  peu  de  repos. 
A  peine  Abus  s'est-il  saisi  du  pouvoir  qu'on  voit  arriver  Sol  dissolu 
*  habillé  en  homme  d'Eglise  »,  Sot  glorieux  «  habillé  en  gendarme  », 
Sot  corrompu,  qui  personnifie  les  magistrats,  Sot  trompeur,  en  qui  se 
sont  incamés  les  marchands,  enfin  Sot  ignorant  et  Sotte  folle  qui^  à  eux 
deux,  représentent  le  peuple.  Cette  belle  assemblée  veut,  avec  le  con- 
cours d'Abus,  élever  un  Monde  nouveau  où  Hypocrisie,  Apostasie,  Lu- 
bricité, Lâcheté,  Pillerie,  Avarice,  Mépris,  Trahison,  Corruption,  Afflic- 
tion, Parjurement,  Larcin,  Convoitise,  Chicheté,  Rusticité,  Murmure, 
Rébellion,  Fureur,  Dépit,  Caquet,  etc.,  tiendront  la  place  de  toutes  les 
venus.  Au  milieu  de  ce  Monde  nouveau,  les  cinq  Sot2  tombent  amou- 
reux de  Sotte  folle;  celle-ci  déclare  qu'elle  donnera  la  préférence  à 
celui  d'entre  eux  «  qui  fera  plus  beau  sault  ».  Il  y  a  lutte  alors  entre  ces 
personnages,  qui  renversent  le  fragile  édifice  qu'ils  ont  élevé,  et  le 
Monde  rentre  en  possession  de  son  domaine.  A  la  fin  de  la  Sottie,  le 
Monde  récite  une  nouvelle  ballade  dont  voici  les  premiers  vers  : 

Cueurs  eodurcys  pUins  de  grande  vilitez' 

Que  M  pansés  qu'en  voz  humanitez, 

Gaudir,  jouer,  vivre  a  vostre  plaisance,  ij}j 

Considérez  que  voz  [grandzj  vanilez, 

Ptainoes  d'abuz  et  de  mondanités, 

Feront  ung  jour  bien  piteuse  silence.,. 

"STdom  le  refrain  est  : 

Bien  est  deceu  qui  ce  fit  en  ce  monde. 

Le  même  personnage  ajoute  ces  cinq  vers  pour  prendre  congé  du 

public  : 

Seigneurs  et  dames  de  la  ronde, 

Si  en  riens  vous  avons  ^  forfaict^  1  )8o 

Pardonnes  nous,  car  nul  meifaici 

Ne  prétendons  en  faiz  ne  diz. 

A  Dieu,  qui  vous  doint  Paradis! 

Les  allusions  historiques  ne  sont  ni  aussi  transparentes  ni  aussi  nom- 
breuses dans  la  Sotise  que  dans  la  Sottie  de  Gringore  ;  cependant  certains 
mots  que  nous  y  relevons  nous  paraissent  suffisants  pour  en  déterminer 
la  date.  Nous  remarquons  tout  d'abord  un  passage  satirique  qui  se  rap- 
porte sans  doute  au  jubilé  célébré  après  l'élection  de  Léon  X  |ri  mars 
1(1  }^  et  à  la  réconciliation  de  Louis  XII  avec  le  Saint-Siège  (décembre 


1.  Impr,  vuitez. 

2.  Impr.  avonl. 


272  E.    PICOT 

Sot  glorieux. 
Saind  Jehan  1  le  rojr  paye  l'espîsse 
De  ce  pouuige  ou  les  pardons. 

Sot  corrompu. 
Le  jubilé.  670 

Plus  loin  nous  trouvons  des  indications  plus  précises. 

Sot  corrompu. 
0  que  le  roy  a  esté  sourd 

Qu'il  n'ayc  faicl  chancelier  67  j 

Cil  qui  faict  grand  chance  lyer 
Tant  sainct,  tant  bon,  tant  sçavant  homme, 
Tant  plain  de  miracles  de  Rome  t 
Par  mon  serment  ce  n'est  pas  riz. 

Sot  trompé. 
Qui  est  ce  légal  de  Paris  ?  680 

Panoes  tu  qu'il  en  voalsist  estre  ? 

Sot  ignorant. 
Sang  bieu,  il  cuidoit  mener  paistre 
Le  roy  par  simulation 

Le  chancelier  qu'il  s'était  agi  de  remplacer  était  Jean  de  Cannay, 
mon  à  Blois  en  1  ç  12.  Au  lieu  de  lui  donner  un  successeur,  le  roi  confia 
provisoirement  les  sceaux  de  France  à  l'évêque  de  Paris,  Etienne  Pon- 
cher,  qui  les  garda  jusqu'à  P^vénement  de  François  I".  Le  personnage 
à  qui  le  poète  aurait  voulu  voir  attribuer  la  charge  de  chancelier,  ce 
H  tant  saint,  tant  bon,  tant  savant  homme  »,  parait  avoir  été  le  cardinal 
Guillaume  Briçonnet,  l'un  des  prélats  qui  prirent  part  au  concile  de 
Pise.  Jules  II  le  priva  de  la  pourpre  que  Léon  X  lui  restitua. 

Nous  pensons  donc  que  la  pièce  a  pu  être  jouée  au  carnaval  de  1(14. 

Voici  les  fragments  de  chansons  que  nous  y  relevons  : 

1.  Voule  voule  voule  voule  voule...  {v.  laa) 

2,  A  Tassault,  a  t'assault,  a  Tassault,  a  l'assautt  I 
A  cheval,  sus  I  en  point,  en  armes  I  (v.  i47-i48) 

j.  Procureurs,  advocatz  [bis] 

Veu  le  procès  et  veu  le  cas...  (v.  169-170} 
4.  Et  Dieu  la  gard,  va  vart,  la  bergerette 

Et  Dieu  la  gard,  va  vart,  seans  au  non  [?].  (v.  2ig*a2o) 

Cf.  Gaslé,  Chansons  normandes  du  XV*  stècU  (Caen,  1869,  in-i61,  n*  99  : 
Dieu  la  gard,  la  bergerette,.. 
(.  Et  l'autre  jour,  |e  m'en  avoye  [alloyePI* 

Tara  ra  buy  damgnoys... 
6,  Hautt  le  bois,  compaingz,  hault  le  bots  t 
Qui  la  gainera  5aos  esmoy? 


LA   SOTTIE    EN    FRANCE  ly^ 

On  trouve  dans  tes  TrfnU  et  uiu  Chanson[i]  musuales  a  quatre  parties^ 
nouyetitment  imprimées  a  Paris  par  Purre  Attaingnant...,  1529,  ïn-S  goih., 
f.  }  b,  une  pièce  qui  se  rapproche  beaucoup  de  celle-ci,  si  même  ce  n'est 
pas  un  couplet  de  la  même  chanson  : 

Hsu  hau  hau  le  boys  |f<r]1 
Prions  a  Difu,  le  roy  des  roys. 

Les  bibliographes  attribuent  d'ordinaire  la  Sotise  a  haict  personnaig/ts 
%  Gringore,  ou  à  Jehan  Bouchet  iBrunet,  U,  1749),  sans  que  cette  attri- 
bution ait  jamais  été  appuyée  d'aucune  preuve.  Un  poëie  du  commen- 
cement du  xvi"  siècle  s'est  distingué  entre  tous  par  les  formes  extrava- 
gantes qu'il  a  données  à  ses  rimes,  et  a  pris  plaisir  dans  la  plupart  de  ses 
ouvrages  à  entasser  les  vers  baielés,  équivoques,  rétrogrades,  etc.  ; 
c'est  André  de  la  Vigne,  l'auteur  du  Verg,\er  d'Honneur  et  des  Complaintes 
et  Epitaphts  du  Roy  de  la  Bazoche.  Gringore  n'est  guère  tombé  qu'une 
fois  dans  ce  ridicule  ;  il  a  glissé  des  vers  baletés  et  couronnés  dans  un 
petit  ouvrage  de  sa  jeunesse  :  La  Complainte  de  la  Terre  Sainctc,  mais  le 
Jeu  du  Prince  des  Sotz  et  le  Mistére  de  Saint  Loys  montrent  bien  qu'il  ne 
se  serait  pas  permis  ces  misérables  tours  de  force  dans  une  œuvre  dra- 
matique. Quant  au  grave  Jehan  Bouchet,  il  a  su,  lui  aussi,  éviter  presque 
toujours  ces  rebutantes  équivoques,  et  quand  même  il  les  aurait  cultivées 
de  préférence,  il  faut  n'avoir  pas  lu  ses  ouvrages  pour  lui  attribuer  la 
Sotise.  Il  dit  lui-même  qu'il  ne  se  sent  aucune  disposition  pour  l'art 
dramatique. 

Car  en  lelz  faiciz  ne  mis  onc  mon  eslude 

Et  ne  sçaurois  ung  bon  jcu  composer 

Tel  qu'il  le  fault  surchauiTaux  exposer,  etc. 

(Epistres  morales  et  familières  du  Traverseur  ;  Poitiers,  r^4^,  in-fol., 
tt,  fol.  )4fr,  n"  xLii). 

Quant  à  nous,  nous  croyons  pouvoir  attribuer  la  Sotise  â  André  de  la 
Vigne,  et  voici  sur  quoi  se  fonde  notre  opinion, 

Avec  la  pièce  qui  nous  occupe,  le  même  imprimeur  publia  dans  le 
même  format,  avec  les  mêmes  caractères,  la  même  marque  et,  à  ce 
qu'il  semble,  le  même  privilège,  une  pièce  plus  ancienne  intitulée  :  le 
Nouveau  Monde,  avec  Vestrif  du  Pourveu  et  de  fEllutif,  etc.  Tout  nous 
porte  à  croire  que  la  sottie  est  du  même  auteur  que  la  moralité  ;  or 
celle<ï  contient  en  toutes  lettres  le  nom  d'André  de  la  Vigne.  Univer- 
sité promet  l'absolution  à  ceux  qui  ont  attaqué  le  pape  et  ajoute  : 

C'est  la  vigne,  c'est  l'olivel 

De  Dieu,  dont  sor[t]  fruit  blanc  et  nect. 

Les  mots  :  la  vigne  ne  sont  ici  que  pour  indiquer  le  nom  du  poète; 
ils  n'ont  qu'une  relation  des  plus  forcées  avec  le  passage  qui  précède. 
AonuHut»  vu  1 8 


274  c-  ^'CO''' 

André  de  la  Vigne  s'esi,  du  reste,  fait  connaître  à  l'aide  du  même  pro- 
cédé dans  les  Complainaes  et  Epiupkts  du  Roy  de  la  Bazoche  et  dans  plu- 
sieurs petites  pièces  insérées  au  Ver,^ier  d'honnmr. 

La  Sotiic  a  haia  personnaiges  est  la  seule  de  nos  sotties  dont  nous 
retrouvions  quelques  traces  à  l'étfanger.  L'auteur  anonyme  d'une  pièce 
néerlandaise,  dont  nous  ne  possédons  qu'un  fragment,  parait  Tavoir 
connue  et  s*en  être  inspiré.  A  Pexemple  du  poète  français,  il  a  mis  sur 
la  scène  te  roi  Abus.  Voy.  Eeai  Spel  van  seven  personagUn  :  Heei  scha^ 
met  Vokk,  Vcrwaent  GhepeynSf  Fortayne^  Abuys,  aU  enn  coninck ,  Dai  Tiji, 
Gùdts  Gheessdy  Godts  Roede,  ap.  Willcms,  Bdgisch  Muséum  voct  dt  neâtr- 
daâsche  Tad-en  LttterkunÂe^  VI  (Cent,  1842,  in-8j,  }i7-))i. 


Bibliographie  : 

^  Sotise  a  huit  persônaiges  c'est  ||  asauoir  le  monde  abuz  Sot  dis-  0 
solu  sot  glorieux  sot  corrôpu  sot  II  trôpeur  sot  ignorât  et  sotie  folle.  \\ 
Hz  se  vendit  a  la  iuifrie  a  (enseigne  des  deux  II  Sagittairesi  et  au  palays  au 
troisiesme  pillier.  —  [Au  f  du  dernier  f.,  après  cinq  lignes  de  texte  :] 
Oeo  gratias,  ||  ^  Et  a  donne  le  roy  nostre  sire  audit  ||  Guillaume  eustace 
libraire  et  relieur  II  de  liures  iure  de  luniuersite  de  Paris  ji  lettre  de  preui- 
lege'  et  terme  de  deux  II  ans  pour  vendre  ^t  distribuer  sesditz  ||  liures  : 
affin  de  soy  rembourser  de  ses  !|  fraitz  f  mises.  Et  défend  ledict  sci- 1| 
gneur  a  tous  ïprimeurs  et  libraires  ||  de  ce  royaulme  de  nô  iprimer  ledict 
Il  liure  iusques  au  temps  dessusdit  :  Il  sur  peine  de  confiscation  desdiciz 
liures/  et  damcnde  ||  arbitraire.  H  Ainsi  signe  de  Landes.  5.  d.j  gr.  in-8 
goth.  de  $8  ff.  de  p  lignes  â  la  page,  sign.  A-D  par  8,  E  par  6. 

Au  titre,  une  marque  de  Guillaume  Euslacc  repré&cntaat  les  deux  sagittaires 
CSilvestre,  n*  6}]  ;  au  v*  du  litre,  un  bois  rcpréscotanl  l'acteur  agenouillé 
devant  le  pape  et  lui  présentant  $on  livre  ;  le  pape  est  entouré  de  six  cardi- 
naux. 

Au  V*  au  dernier  f..  une  grande  marque  représentant  les  armes  de  France 
supportées  par  deux  lévriers  ;  au-dessous  de  l'écu  de  France  sont  placés  deux 
petits  cens,  dont  l'un  contient  le  monogramme  d'Eustace  et  dont  l'autre  est 
vide.  Au-dessus  de  ces  deux  petits  écus,  se  voit  le  porc-épic  de  Louis  Xll.  Ea 
bas  de  la  planche  on  lit  :  Cum  gratta  et  priviUgto  ngts, 

Bibl.  nal.  :  V,  4)73,  Kéî.,  deux  cxemp).,  dont  un  sur  vélia  (Van  Praet,  L. 
)3S)>  —  Hibl.  de  M.  te  duc  d'Aumale  {Calai-  Cigongnc,  n»*  14&5,  cxempl.  sur 
vélin,  et  1466,  exesipl.  sur  papier).  —  Bibl.  de  M.  le  comte  de  Lignerolles. 


U   SOTTIE   ÏN    FRANCE 


*7Î 


IX. 
SoTYE  NOUVELLE  DES  Croniqueurs,  [par  Picfre  Gringore?]. 


La  Mère, 

Le  premier  Sot, 

Le  Second, 


Personnages. 

Le  Troisiesme, 
5   Le  Quatriesme, 
Le  Cinquiesme. 
[Paris,  mai  iji  j]. 


Cette  pièce  est  un  lissu  d'allusions  historiques  qui  paraissent  d'abord 
très-hardies,  mais,  en  les  étudiant,  on  reconnaît  bien  vite  que  Fran- 
çcûs  I*',  continuant  la  tradition  de  Louis  XII,  ne  laissait  parler  tes  comé- 
diens qu'à  la  condition  qu'ils  soutiendraient  la  politique  royale. 
La  pièce  commence  ainsi  : 

La  MtRE. 
Nous  sommes  \n  ïoh  croniqufurs, 
Qui  trouvons  dedans  nos  croniques 
Que  ceulx  qui  n'ont  esté  vainqueurs 
Se  sont  monstrcz  lâches  en  cueurs, 
Aymant  tropt  argent  et  praticques.  } 

[Le]  premier  Sot. 
Les  machinacLoiis,  traffiques 
Firent  perdre  renom  et  los, 
Ûesprisant  bonnes  loix  antiques, 
Qui  dient  :  nul  ne  tourne  dos... 

En  écrivant  leur  chronique,  les  sots  ne  dissimulent  pas  les  sentiments 
d'hostilité  dont  ils  sont  animés  envers  le  clergé.  C'est  aux  ministres 
sortis  des  rangs  de  l'église  qu'ils  attribuent  tous  les  maux  que  la  France 
a  soufferts,  en  particulier  au  fameux  La  Balue  : 

Loys  XI«  fut  mené 

Au  Liège  par  un  cardinal, 

Dont  cuida  venir  ung  grant  mal, 

Voire  sur  sa  propre  personne... 

Prebstre  ne  fera 

Ne  feisl  jamais  bien  en  France. 

Le  poète  est  plus  favorable  à  un  prélat  (Briçonnei), 

Qui  trespass2 
A  Nerbonne  n'a  pas  gramment 

jBriçonnet  mourut  en  m  14),  mais  il  stigmatise  avec  force  les  favoris 
qui  ont  jadis  épuisé  le  royaume  :  Chastillon.  Bourdillon,  Bonneval. 

Les  chroniqueurs  parlent  successivement  de  Louis  XI,  de  Charles  VIII 
et  de  Louis  Xll,  de  Jules  II  et  de  Léon  X,  et  représentent  la  mort  de 


M 


i° 


276  E.    PICOT 

Louis  XII  comme  un  événement  récent;  enfin  ils  font  ailusionaux  quatre 
maréchaux  créés  par  François  }"  : 

[Le]  Premier. 

A  quoy  tient  que  la  paix  entière  26  { 

On  [n'Ja  forgée  depuis  huit  ans, 

Veu  que  gens  si  preux  et  vaillaos 

Ont  Irafersé  montaignes  et  vaulx  ? 
La  MËRE. 

C'est  faulte  de  bons  mareschaulx 

Qu'on  [n']a  forgé  la  paix  en  France  ;     270 

Mais  maintenant  j'ay  congnoissance 

Que  nous  en  avons  de  nouveaulx, 

Par  quoy  villaiges  et  hameaulx 

Seront  desormès  supportez 

Les  derniers  vers  indiquent  nettement  que  la  pièce  a  été  composée  an 
moment  où  François  I"  entreprenait  l'expédition  d'Italie,  c'est-à-dire 
au  mois  de  mai  i  j  1 5  ; 

[Le]  Premier. 
Je  treuve  qu'il  est  convenable 
Que  retournons  delà  les  mons, 
Affin  que  nous  y  recouvrons  j  2  j 

Nostre  honneur  perdu  puis  naguéres. 

Le  Tiers. 
On  dit  que  c'est  le  cymetiére 
Des  Françoys. 

La  Mère. 
Se  sont  parabolles 
Et  toutes  opinions  folles  ; 
Se  on  y  va  par  bonne  conduicte,  jjo 

N'ayez  doubte  qu'on  y  prouffite 

Mieulx  qu'on  y  prouf^ta  jamais 

Croniqueurs 

De  brief  verrez  François  vainqueurs  ; 

La  chance  n'est  qui  ne  retourne,  340 

Mais  est  ma!  faict  quant  on  séjourne 

A  suyvir  la  bonne  fortune, 

Vous  en  souvient  il } 

[Le]  ClNQUlESME. 

C'est  pour  une. 
La  Mère. 
Il  suffist.  Sans  plus  de  répliques, 
Il  fault  recloser  nos  croniques  345 

Et  chanter  bas  a  voix  série, 
Pour  l'honneur  de  )a  seigneurie  : 
AlUlaya  ! 


LA   SOTTIE    KN    FRANCE  277 

La  Sotye  des  Crontijueurs  contient  trois  fragments  de  chansons  : 
I     C'est  matencontre  que  d'aynier 
Qui  n'en  a  joye... 

i.   Vive  le  roy 

ï.   Pastourelle  jolie 

Voy-  Gaston  Paris,  Chansons  du  XV*  siècle^  n»  2. 

Nous  attribuons  cette  pièce  à  Gringore,  non-seulement  parce  qu'elle 
reflète  son  style  et  son  esprit,  mais  surtout  à  cause  du  nom  donné  au 
principal  personnage.  La  «  Mère  »  c'est  v  Mère  Sotte  u  ;  or.  en  1515, 
c'est  à  Gringore  seul  que  ce  nom  paraît  avoir  appanenu.  Cf.  Picot, 
Cringou  et  les  Comédiens  italiens^  1 2  ■ 

Bibliographie  : 

A.  Bibl.  nat.,  ms.  franc,  n*  r7527  {olirn  S.-Cerm.  t^s6),  in-fol.  sur 
pap.  composé  de  20j  ff.,  mais  en  ayant  compté  primitivement  un  plus 
grand  nombre  (xvi*  siècle),  fol.  54  [i.xxiv]  b  —  61  [iiii"]  b. 

B.  Chronique  du  roy  Françoys  premier  de  ce  nom.  publiée  par  Georges 
Caifrej  (Paris,  M""  V*  Jules  Raynouard,  1860,  in-8),  429-444. 


X. 


ELes  Trois  Pèlerins,  farce  morale  a  quatre  personnaiges,  c'est  assavoir: 
Malice,  Le  deuxième  Pèlerin, 

Le  premier  Pèlerin.  Le  troisième  Pèlerin. 

L  [Rouen  ?  vers  ifai.] 

Nous  voyons  dans  les  Trois  PtUrins  une  satire  dirigée  contre  Louise 
de  Savoie,  à  qui  le  peuple  attribua,  non  sans  fondement,  tous  les  mal- 
heurs qui  assaillirent  la  France  sous  le  règne  de  François  I*'.  Dès  le 
mois  de  décembre  1  p6,  le  roi  avait  fait  arrêter  et  conduire  devant  lui, 
à  Amboise,  trois  joueurs  de  farces  :  Jacques,  clerc  de  la  Bazoche,  Jehan 
Sérac  [Us.  Serre],  et  maître  Jehan  du  Pont-Alais,  coupable  d'avoir 
représenté  la  reine-mère  sous  le  nom  de  ^  Mère  Sotte  ».  pillant  l'état 
«  le  gouvernant  à  sa  guise  [Journal  d'un  bourgeois  de  Paris,  publié  par 
H.  L.  Lalanne;  Paris,  18^4,  in-8,  44)  ;  mais  ces  poursuites  ne  fermè- 
rent pas  la  bouche  aux  acteurs  populaires.  Notre  sottîe  en  est  la  preuve. 

Trois  Pèlerins  «  des  vaulx»,  ou  plutôt  trois  «i  dévols  >>  Pèlerins, 
sortent  de  leur  retraite  pour  voir  ce  qui  se  passe  dans  le  monde  ;  Malice 
leur  apprend  que  tout  y  est  changé.  Ce  sont  les  femmes  qui  gouvernent; 
quant  aux  hommes,  ils  ne  recherchent  que  les  plaisirs  et  ne  savent  que 
se  faire  battre.  Le  désordre  est  panout  et  les  Pèlerins  feront  bien  de 
rester  chez  eux.  Telle  est  la  donnée  de  la  pièce  dont  voici  le  début  : 


2yS  E.    PICOT 

Malice  commence. 
Ou  sont  ces  Pcleriiu  des  vaulx  '  ? 
Veulent  ilz  pobict  suyvre  Malice 
Par  chans,  vilages  ei  hameaulx? 
Ou  sont  ces  Pèlerins  des  vaulx  ? 
Quoy!  veulent  ilz  estre  enormaulx?       { 
Sortes,  ou  g'y  meiray  police. 
Ou  sont  ces  Pèlerins  des  vaulx  } 
Veulent  y  poioct  suyvre  Malice^ 

Les  acteurs  ne  parlent  qu'à  mots  couverts  et  se  tiennent  sur  leurs  gardcsT 

Malice. 
Taises  vous  ;  je  suys  avertye. 
Premyérement  sçays  les  contrées 
Ou  plusieurs  se  sont  acoustrés 
En  estât  de  ftmymn  gerre. 

Le  Troisiesme. 
A  !  ce  ne  sont  point  gens  de  guerre,      4f 
Ne  vray[z]  suppôts  du  dieu  Bacus, 
Car  ilz  ne  bataillent  qu'aux  eus... 

Le  poète  dit  comme  l'auteur  anonyme  du  Monde  qui  est  crucifié  (Mon- 
taiglon  et  Rothschild,  Recueil,  XII,  2221  : 

Ce  grant  malheur  vient  du  fiminin  gerrt; 

les  spectateurs  devaient  saisir  le  sens  de  cette  allusion. 

Sous  le  gouvernement  des  femmes,  le  désordre  a  pénétré  même  dans" 
l'église  : 

Malice. 
Ouy,  car  ceulx  de  religion 
Veulent  tenir  sa  région 
Et  mesmes  grans  historyens 
Veulent  estre  luthériens,  64 

Ces  derniers  vers,  rapprochés  d'un  autre  passage,  montrent  que  la 
sottie  a  été  écrite  dans  les  premiers  temps  de  la  réforme.  Plus  loin  en 
effet  (v.  1J6-1411  un  des  Pèlerins  parîe  des  persécutions  qui  pourront 
être  dirigées  contre  les  novateurs,  et  il  ajoute  (v.  142-144)  : 

Et  puys  y  s'en  repentiront 

Ces  bouraux  !  Ils  en  mentiront 

De  ce  que  veulent  mettre  sus. 

Parmi  les  autres  signes  de  désordre  que  les  quatre  aaeurs  énumèrent  il 
en  est  un  qui  nous  parait  donner  une  date  plus  précise  encore  (v.  66-68)  : 

Le  Troisième. 
Et  puys  voyla 


I.  Ms.  des  maulx.  La  correction  est  de  M.  Poumier. 


LA   SOTTIE   EN    FRANCE  279 

Pourqoof  vient  yver  cet  esté, 
Qui  aoDS  maînctîent  ai  pauvreté. 

Ce  fot  pendant  Tété  de  1521  qu'il  y  eut  des  pluies  continueUes 
et  qœ  b  Êunise  désola  toute  la  France  (voy.  Journal  tPtui  bourgeois  ie 
Paris,  97).  Les  gaerres  malheureuses  dont  parlent  les  Pèlerins  et 
Malice,  ces  guerres  qui  ont 

mainct  Caict  inhamer 

Loin  d'une  église  ou  cymetiére, 

Sans  faire  confession  entière  (v.  1 17-119), 

doivent  donc  toe  les  campagnes  de  1521  en  Italie,  en  Picardie,  en 

Flandre  et  en  Champagne.   Le  poète  dit  (v.  1 16)  que  le  désordre  s'est 

montré 

En  guerre,  par  terre  ou  par  mer. 

L'expédition  maritime  à  laquelle  il  £ut  allusion  est  sans  doute  la  des- 
ceme  de  la  flotte  ang^se  sur  les  c6tes  de  Normandie. 

La  sottie  se  termine  ainsi  : 

Le  Deuxième. 
C'est  bien  dict,  marchons  snr  la  brune 
Et  parlons  des  mangeurs  de  lune  ;  340 

Hz  ont  mangé  mainct  bon  repas 
Et  ne  sauroyent  marcher  un  pas, 
Synon  danser  avec  filléte. 
Ce  sont  ceulx  qui  desordre  ont  faicte 
Et  la  font  tousjours,  mais  argent  24  j 

Les  maintient  en  leur  entrant; 
L'un  saillit,  l'aultre  regibet  ; 
Mais,  ne  vous  chaille,  le  gibet 
Sonnera  tousjours  son  bon  droict. 
En  prenant  congé  de  ce  lieu,  2)0 

Une  chanson  pour  dire  a  Dieu. 

Nous  ne  pouvons  dire  sur  quel  théâtre  cène  pièce  fut  représentée.  La 
forme  on  pour  v  nous  »,  au  v.  ^7  : 

En  quel  lieuoA  la  pourrons  veoir, 

nous  fait  penserquecefut  en  Normandie,  probablement  à  Rouen,  comme 
la  plupart  des  pièces  que  nous  a  conservées  le  ms.  de  La  Vallière. 

Bibliograph'u  : 

A.  Bibl.  nat.,  ms.  fr.  n*  24^41  [olim  La  Vall.  6}),  fol.  17;  (t-}T^  ^• 

B.  Le  Roux  de  Lincy  et  Hicbel,  t.  IV,  n"  66. 

C.  Foumier,  406-411. 


280  B.    PICOT 

XI. 

Sottie  a  dix  personnages  jouée  a  Genève,  en  la  place  du  Molard, 

LE  DIMANCHE  DES  BORDES,   l'aN   I52J. 

Personnages  : 
Folie,  ,  Claude  Rolet, 

Le  Poste,  Pettremand, 

Anthoine  [Sobret],  Gaudefroid, 

Gallion,  Mulet  [de  Patude], 

5  Grand  Pierre,  lo  L*Ënfant. 

[Genève t  dimanche  22  février  152?.] 

Genève  possédait,  au  commencement  du  xvi^  siècle,  une  confrérie  dra- 
matique dont  les  membres  portaient  le  nom  d'Enfans  de  Bontemps.  Ce 
sont  les  membres  de  cette  association  qui  ont  représenté  la  pièce  dont 
nous  allons  nous  occuper.  Mère  Folie  ouvre  le  spectacle  : 

MÈRE  Folie  vestue  de  noir,  commence  : 

Sur  mon  ame,  quoy  qu[e]  on  die, 

Encorfe]  me  fait  i!  bon  voir. 

Enfans,  je  suis  Mire  Folie, 

Qui,  pour  passer  mélancolie, 

Viens  vous  voir  vestue  de  noir.  s 

J'ay  matière  de  desespoir  ; 

Je  suis  vefve  de  fort  long  temps  ; 

C'est,  comme  devez  bien  sçavoir, 

De  vostre  bon  père  Bontemps... 

Bontemps  n'est  pas  mort  seul  ;  Mère  Folie  ajoute  : 
Au  vinaigre!  le  cœur  me  crève 
Quand  je  pense  aux  trespassez. 
Stéphane  Holet,  Nicolas, 
Petit  Jean,  maistre  Jaques,  helas  ! 
Grand  Mattey,  Perrotin,  Hectore  20 

Et  vous  tous  mes  amis  encore(s.), 
Ou  estes  vous? 

Un  point  qui  mérite  d'être  noté,  c'est  que  tous  ces  noms  sont  des 
noms  réels  et  que  les  acteurs  genevois  croient  inutile  de  prendre  des 
noms  de  théâtre. 

Mère  Folie  est  surprise  au  milieu  de  ses  doléances  par  l'arrivée  d'un 
poste,  c'est-à-dire  d'un  messager,  qui  lui  apporte  une  lettre  de  Bon- 
temps  lui-même.  Aussitôt  elle  convoque  ses  enfants  pour  leur  en  faire 
part': 


tA    SOTTIB    EN    FRANCE  iSl 

Guillaonte  le  Diamanlier,  )  ) 

Anthoine  Sobret,  Gaudefroid, 

Claude  Raud,  Michel  de  Ladrex, 

MatsirePeitrcmand,  Gallioni 

Jean  de  i'Arpc,  vcoez  I  Jean  Bron, 

Ça!  Grand  Pierre,  Claude  Rolet,  60 

Presire  d'honneur,  frért  Mulet, 

Venez,  et  vous  aurez  nouvelles 

De  Bon  Temps...  ' 

Les  suppôts,  qui  se  tenaient  x  parmi  la  irouppe  »,  c'est-à-dire  au 
milieu  même  des  spectateurs,  montent  sur  le  théâtre  par  des  échelles  et 
la  pièce  proprement  dite  commence.  Aniboine,  qui  a  «  fréquenté  les 
notaires  ■.  lit  la  missive  de  Bontemps  et  se  charge  d*y  répondre.  La 
lettre  et  la  réponse  sont  pleines  d'allusions  hardies,  Bontemps  a  quitté 
Genève  depuis  que  le  duc  de  Savoie  s'est  rendu  maître  de  la  ville  ;  à 
partir  de  ce  moment  on  n'a  plus  connu  aucune  liberté,  on  n'a  pas  même 
pu  jouer  de  moralités  ni  d'histoires,  mais  les  sots  genevois  peuvent  re- 
prendre leurs  ébats  puisque  leur  père  n'est  pas  mort,  La  sottie  se  ter- 
mine par  une  scène  bouffonne  oîi  les  compagnons  se  taillent  des 
béguins  dans  la  chemise  de  Mère  Folie.  En  voici  les  derniers  vers,  qui 
forment  un  rondeau  double  : 

Rolet. 
Beuvons  tant  que  le  feu  en  saille  295 

Sur  les  nouvelles  de  Bontemps. 

Gallion. 
De  nos  beaux  yeux,  vaille  qui  vaille, 
Bcuvorts  tant  que  le  feu  en  saille. 

Gauuefhoio. 
Donnons  a  ce  vin  la  bataille 
Roidemenl  comme  beaux  quettans.  ;oo 

Mulet. 
Beuvons  tant  que  le  feu  en  saille  ; 
Beuvons  en  attendant  Bontemps. 

Gaudkfroio. 
Beuvons  de  ce  vrn,  ne  vous  chaille; 
Payé  l'ay  a  deniers  contents. 

Mulet. 
Beuvons  tant  que  le  feu  en  saille  ;o^ 

Sur  les  nouvelles  de  Bontemps. 

Nous  avons  cherché  des  renseignements  sur  les  personnages  dont 
les  noms  sont  énumérés  ci  dessus,  mais  nous  n'avons  réuni  que  des 
indications  bien  insuffisantes. 

Claude  Rolet,  l'un  des  auteurs  de  la  soitie.  était  évidemment  parent  de 


1%2  I.    PICOT 

Stéphane  Rolei  (v.  iS)  et  de  Nicolas  Rolei»  qui  joua,  en  148$,  à  Genève, 
le  Miroir  de  Jtistict,  et  qui  composa  des  histoires  en  149)  et  1501  {Mé' 
moires  ei  Documents  publiés  par  la  Société  dViistoire  et  d^anhéologit  àt 
Genève,  I  [1841),  1,  142,  14)).  Guillaume  le  Oiamantier,  qui  ouvre  la 
liste  des  compagnons  vivants  (v.  j  j^ ,  mais  qui  ne  figure  pas  sur  la  scène, 
était  en  149}  un  des  compagnons  de  Nicolas  Rolel  \md.^  1,  i,  14})  ;  il 
devait  être  le  doyen  de  la  troupe.  Anihoine  Sobret  [v.  )6)  parait  être  le 
compagnon  qui  figure  dans  la  liste  des  personnages  sous  le  nom  d'Anihoine; 
nous  avons  même  rétabli  son  nom  entre  crochets.  On  voit  par  la  pièce 
suivante  que  le  r6le  de  Mère  Folie  était  rempli  également  par  un  aaeur 
appelé  Sobret,  qui  mourut  peu  de  temps  après.  L'un  des  trépassés, 
Perrotin  (v.  20]  est  cité  en  1 5 10  comme  ayant  reçu  de  ta  ville  un  florin 
pour  certaines  «  gaillardises  »  par  lui  composées;  un  autre,  maistre  Jaques 
(v.  19),  était  sans  doute  le  père  d'un  jeune  homme  appelé  le  «  filz  du 
grand  Jaques  »,  qui  toucha  aussi,  en  r^io,  une  indemnité  pour  avoir 
récité  un  compliment  à  Pévèque  Charles  de  Seysset  {Mèmoirts,  etc.,  I, 
1,  144). 

Bibliographie  : 

A.  Sottie  a  dix  personnages  iouee  a  Geneue  en  ta  place  du  Motard  le 
dimanche  des  Bordes  lan  1  S2j.  —  Sottie  iouee  le  dimanche  après  les 
Bordes,  en  1 524,  en  la  Justice.  S.  /.  n.  d.,  pet.  in-8  de  20  ff. 

Nous  n'avons  pu  retrouver  cette  édition  citée  par  les  auteurs  dehBibtiothi^iu 
âa  Théâtre  français  (I,  91)  et  dont  M.  de  Soleinne  possédait  une  copie  figurée 
(Cd/d/.  n*  72^). 

B.  Bibl.  de  Grenoble,  ms.  n»  916,  in-fol.  sur  papier  (fin  du  xvi«  s.). 
G.  Sottie,  Il  à  dix  personnages.  Il  Iouee  à  Genève,  en  la  Place  ||  du 

Molard,  le  dimanche  des  Bordes,  l'an  152}.  ||  ^  Lyon,  \\  Par  Piene  Ri- 
gatsd.  S.  d.  [vers  1750],  pet,  in-8  de  41  pp.  et  i  f.  blanc. 

Au  titre,  une  petite  marque  représentant  une  femme  debout  près  d'une  roue 
bnVe  et  appuyée  sur  uneépée. 

Le  nom  de  Pierre  Rigaud  est  une  fausse  rubrique. 

Au  v^  du  titre  est  placée  la  liste  des  personnages  de  li  Sottit  de  1  i2j. 

A  la  page  21  commence  la  Sottie  de  1  ^24  qui  occupe  la  fin  du  volume 

Bibl.  nat.  Y,  4J72  B,  Rés.  —  Bibl.  de  l'Arsenal,  B.  L.,  9682. 

D.  Caron,  n®  2. 

E.  Mémoires  et  Documents  publiés  par  la  Société  d'histoire  et  d'archéologie 
de  Genève^  [  \i^4t/\nS),  \^}-\b^. 

Le  texte  présente  ici  plusieurs  coupures. 

F.  Deux  Sotties  jouées  à  Genève,  l'une  en  152$.  sur  la  Place  du 
Molard,  dite  Sottie  à  dix  personnages,  et  l'autre  en  i  ^24,  en  la  Justice, 
dite  Sottie i  neuf  personnages,  avec  une  Notice  historique  par  F.-N.  Le 


LA   SOTTIB    BN    FRANCK  JO^ 

Roy.  Genève,  chez  J.  Gay  et  fis,  éditturs,  [imprimerie  A.  Blanchard] ^  1868. 
In- 16  de  I  r  blanc,  xxx  et  4$  pp.,  plus  1  f,  pour  la  Table. 

Tiré  à  lOi  exernpl.,  savoir  :  96  sur  papier  de  Holtandei  4  lur  papier  de 
Chine,  2  survélm. 

Voy.  Rgyueeràiqaty  1S6S,  I,  22$. 

G.  F.-N.  Le  Roy,  Us  anciennes  Fèf es  genevoises  (Genève,  1868,  in-8), 
79-99- 
H.  Foumier.  192-398,  sous  le  Uire  de  Sottie  dts  Begfûns. 


XII. 
Sottie  jouëg  le  dimanche  après  les  Bordes,  en  1^24. 


Personnages  : 
Le  Prebstre, 
Le  Médecin, 
Le  Conseiller, 
L'Orphévre, 
(  Le  Cousturier, 
Le  Savetier, 
Le  Cuisinier, 
Grand  Mérc  Sottie, 
Le  Monde, 

[Genève,  dimanche 


Acteurs  : 
Frère  Mulet  de  Palude, 
Jehan  Bonaticr, 
Claude  Rotlel, 
Le  Bonnatier, 

Claude  le  Gros  Rosset, 

? 
Maistre  Pettremand, 
Anthoine  Le  Dorier. 
i^  février  1534], 


Cette  pièce  est  une  continuation  de  la  sottie  iouée  en  152}.  Les 
Enfants  de  Boniemps  se  retrouvent  coiffés  du  bonnet  ridicule  qu'ils  ont 
coupé  dans  ta  chemise  de  Mère  Folie,  mais  ils  portent  encore  le  deuil. 
[Anthoine]  Sobrei,  qui  jouait  le  rfile  de  la  Mère,  est  mort  récemment  et, 
quant  à  Bontemps,  leur  père,  c'est  en  vain  que  l'on  a  pu  espérer  son 
retour.  Cette  allusion  discrète  au  gouvernement  tyrannique  des  ducs  de 
Savoie  explique  bien  pourquoi  les  sots  de  Genève  s'abstiennent  de  tou- 
cher à  la  politique.  Us  s'en  tiennent  à  une  satire  générale  contre  le 
Monde,  à  qui  les  livre  Grand  Mère  Folie.  Le  Monde  s'évertue  à  les 
faire  travailler  tous  de  leur  métier,  mais  il  n'est  content  de  nen.  Le 
Médecin,  que  Ton  consulte,  déclare  que  le  Monde  est  fou. 

Voici  le  début  de  la  sottie  : 

Le  Prebstre  commence. 
L'homme  propose  et  Dieu  dispose. 

Le  Médecin. 
Fol  cuide  d'un,  et  l'autre  advient. 


29S 


E.    PICOT 

L*Orphévre. 
Du  tour  au  lendemain  survient 
Tout  autrement  qu'on  ne  propose. 

Le  Bonnetier. 
En  folle  teste  folle  chose  ; 
Point  n'est  vray  tout  ce  que  fol  pense. 

Bien  que  les  acteurs  évitent  autant  que  possible  les  paroles  compro- 
menantes,  ils  laissent  percer  çà  ei  là  des  tendances  favorables  â  la 
Réforme.  Le  Monde  dit  lui-même,  en  entendant  le  Médecin  (v.  2$j-2$6): 

Ce  sont  des  propos  du  pays 

De  Luther,  reprouvez  si  faux. 

La  pièce  se  termine  ainsi  : 

Le  Cuisinier. 
Or  sus,  Monde  ;  es(t)  tu  braguard 
Maintenant  ? 

Le  Monde. 
Ha  !  je  suis  gaillard 
Et  en  point,  la  vostre  mercy 
/il  pontndum  nlam  super  Mandt  capia. 

Le    COUSTURIER. 

Marchons  et  nous  osions  d'icy  ; 
C'est  trop  demeuré  en  un  lieu. 
Le  Conseiller. 
Pour  mettre  fin  a  nostre  jeu, 
Messieurs,  vous  notterei  ces  mots 
Qu'a  l'appetit  d'un  tas  de  sots. 
Comme  Ton  voit  bien  sans  chandelle. 
Le  fol  Monde  s'en  va  de  voile. 

Une  note  qui  précède  la  sottie  nous  apprend  que  la  représentation, 
qui  devait  avoir  lieu  le  dimanche  des  Bordes,  n'eut  lieu  que  le  dimanche 
suivant  à  cause  du  grand  vent  qu'il  faisait,  Le  duc  et  la  duchesse  de 
Savoie,  qui  se  trouvaient  alors  à  Genève,  furent  invités  à  la  représenta- 
tion, mais  refusèrent  de  s'y  rendre  sous  le  prétexte  «  qu'on  ne  leur 
avoit  pas  dressé  leur  place  ».  «  Aussi,  pour  ce  qu'on  disoit  que  c'es- 
toyent  huguenots  qui  jouoyent,  monsieur  de  Maurianne  et  plusieurs 
autres  courtisans  y  furent  et  tout  plein  de  marchans,  car  ta  foire  estoit 
alors  ;  et  Jean  Philippe  fit  la  plupart  des  despens.  •> 

Bibliographie  : 

A  B  C  D  (voy.  ci-dessus,  n"  XI). 

E.  Mémoires  et  Documents  publiés  par  ta  Société  d'histoire  et  d^archéolo^ie 
deCenhe,  1  (1841,  in-8),  1,  164-180. 


)00 


LA   SOTTIE   BN    FRANCE 

F   Deux  Sotties  jouées  à  Genève...  CttUvej  i86S,  in-i6. 
G.  Le  Roy,  Fêtes,  106-128. 
H.  Founùcr,  3 99-40 ^. 


xB\ 


XIII. 
Satyre  pour  ues  hahitans  o'Aoxerrb,  par  Roger  de  Collerye. 


Peuple  françois, 
Joyeuseté, 
Le  Vigneron, 


Personnages  : 


Jenin  Ma  Ftuste,  badin, 
^   Bon  Temps, 


[Auxerre,  ijjo.] 


Lorsque  le  traité  de  Cambrai  put  enfin  recevoir  son  exécution  et  que 
les  fils  de  François  l"  furent  rendus  à  la  liberté,  des  réjouissances  eurent 
lieu  dans  toutes  les  villes  de  France.  C'est  à  cette  occasion  que  Roger 
de  Collerye  dut  faire  représenter  sur  le  théâtre  d'Auxerre  la  pièce 
dont  nous  venons  de  reproduire  le  titre.  M.  d'Héricault,  qui  s'aban- 
donne volontiers  à  son  imagination,  a  supposé  que  la  Satyre  avait  été 
écrite  pour  une  entrée  qu'Eléonore  d'Autriche  aurait  dû  faire  à  Au- 
xerre  en  se  rendant  à  Paris,  et  que,  cette  entrée  n'ayant  pas  eu  lieu,  la 
représentation  avait  été  probablement  ajournée.  Nous  avouons  ne  rien 
voir  dans  La  pièce  qui  donne  à  cette  conjecture  une  ombre  de  vraisem- 
blance. 

La  composition  de  Roger  de  Collerye  ne  ressemble  en  rien  à  ces 
petits  poèmes  allégoriques  qui  étaient  récités  lors  des  entrées  royales. 
Le  litre  seul  de  Satyre  en  indique  clairement  !a  nature.  Le  passage  de 
Jehan  Bouchet  que  nous  avons  cité  au  début  du  présent  travail  (p.  2)6) 
nous  apprend,  en  effet,  que  l'on  confondait  la  «  satyre  »  avec  la  «  sot- 
tie i>.  Cestdonc  une  sottie  que  notre  auteur  a  composée  ;  mais  comme 
il  faisait  une  pièce  de  circonstance,  il  n'a  conservé  des  sots  traditionnels 
que  Jenin  Ma  Fluste  et  il  lui  a  donné  pour  interlocuteurs  des  person- 
nages allégoriques  chargés  de  rappeler  les  événements  que  l'on  célébrait. 
Du  reste,  le  dialogue  a  conservé  ce  décousu  qui  est  le  trait  caractéris- 
tique du  genre. 
Void  le  début  de  la  Satyre  : 

Peuple  krançois  commence. 

Puis  qu'après  grant  mal  vient  grant  bien, 

Ainsi  qu'on  dit  en  brief  langage, 

D'avoir  soulcy  n'est  que  bagage  ; 

Qu'il  soit  ainsi  je  l'enlens  bien. 

La  paix  nous  avons,  mais  combien  1 


aiti  C     PICOT 

Que  nous  l'ayons,  c'est  qu'on  la  garde. 
Or  Prudence  et  Subtil  Moyen 
Ont  bien  joué  leur  pcrsonnaige... 

Une  première  allusion  au  dauphin,  au  duc  d'Orléans  et  à  la  reine  se 
trouve  dans  les  vers  82-91,  mais  le  passage  le  plus  important  pour  fixer 
la  date  de  la  pièce  est  celui-ci  : 

JSNIN. 

J'ay  veu  le  roy,  i6^ 

Et  anssi  ta  royne  AJienor, 

Qui  est  richement  parée  d'or, 

Voyre  vrayment  qui  est  bien  fin, 

Et  aussi  monsieur  le  dauphin 

El  le  petit  duc  d'Orieans.  170 

Ces  vers  ne  prouvent  nullement  qu'il  ait  dû  y  avoir  une  entrée  solen- 
nelle à  Auxerre.  Lfes  personnages  de  sottie  se  vantent  d'ordinaire  de 
toutes  les  choses  qu'ils  ont  faites,  ou  qu'ils  ont  vues,  et  Jenin  Ma  Ftuste 
raconte  précisément  qu'il  a  vu  passer  le  cortège  royal  qui  traversait 
alors  la  France. 

Nous  relevons  dans  la  Satyre  (v.  2J4-245)  une  chanson  qui  ne  nous 
est  pas  connue  d'ailleurs  : 

Par  joyeuseté, 
En  honnesteté 

La  pièce  se  termine  ainsi  : 

Bon  Temps. 
Demourer  avec  vous  je  veulx  ; 
Mais  an  mot  vous  diray,  non  plus  ; 
Se  vous  n'estes  bons,  ce  m'eisi  Dieu  I  j  1 } 

Je  m'en  iray  en  aultres  lieux, 
Vêla  que  je  diz  et  conclus. 


Bibliographie  : 

A.  Les  Œuures  de  Maistre  [j  Roger  de  CoUerye  home  tressauit  tj  natif 
de  Paris.  Secrétaire  de  feu  monsieur  Dauxerre  |[  lesquelles  il  composa 
en  sa  ieunesse.  Contenant  |[  diuerses  matières  plaines  de  grant  récréation 
&  Il  passctemps,  desquelles  la  déclaration  est  au  secôd  ||  feullet.  I!  On  la 
vend  a  Paris  en  la  rue  neafue  II  nostre  Dame  a  leiueigne  Faulcheitr  [sic]  H  Auec 
priuilege  pour  deux  ans.  !lM.  v.  xxx.  vi  [is)6]-  —  f^if^-  Pet.  în-8  de 
104  ff.  non  chiff.  de  29  Lignes  à  la  page,  impr.  en  lettres  rondes,  tign. 
A.-N. 

Au  titre,  la  marque  de  Hofftt  (Silvestre,  tfl  1  {o). 

Le  volume  ne  contient  pas  le  texte  du  privilège  annoncé  sur  le  titre. 

Bibl.  nat.,  Y,  4478,  Rès.  (exempt,  incomplet  de  plusieurs  ff.].  — Bibt.  de 


LA   SOTTIK    RN    FRANCE  287 

M.  le  comte  de  Ligoerollcs.  —  Bibt.  de  M.  le  baron  James  E.  de  Rothschild 
(exenpi.  de  M.  de  Soleinne,  Catal.  a*  726,  et  de  M.  Pichon,  Catal.  n*  471}. 

B.  Œuvres  de  Roger  de  Collcrye.  Nouvelle  édition  avec  une  Préface 
et  des  Notes  par  M.  Charles  d'HéricauIt.  Paris^  Chez  P.  Jannetj  Libraire^ 
[Impr.  de  J.  Claye,  nu  Saint-Benoit^  7J.  mdccclv  [iS^jj.  ln-16  de 
xxxVMi  et  287  pp. 

La  Sdfyf  occupe  les  pp.  i-i9. 


XIV. 
Sottie  nouvelle  des  Trompeurs. 


Soitie, 
Teste  Verte. 
Fine  Mine, 


Personnages  : 


Chascun, 
5  Le  Temps. 


[Vers  1^0.] 


Sottie,  qui  joue  le  rôle  de  Mère  Sotte,  convoque  tous  les  sots  de  son 
empire  ;  elle  en  fait  une  longue  énuméraiion  qui  rappelle  celle  du  cri 
du  Jeu  du  Prince  des  Sotz  [Œuvres  de  Cringore,  [,  201  ;  Fournicr,  29s). 

Sottie  commence. 
Sotz  triumphans,  solz  bruyaatz,  sotz  parfaHi, 
Sotz  glorieux,  sotz  sus,  soiz  auientiques, 
Sotz  assotez,  sotz  par  ditz  et  par  faictz, 
Sotz  enforcez,  solz  nouveaulx  et  antiques, 
Sotz  assotez,  fsotz)  laitz,  (sotz)  ecclésiastiques,  j 

Soiz  advenans,  sotz  mignons,  solz  poupars, 
Sotz  enraigés,  hors  du  sens,  fanlasticques... 

Teste  Verte  et  Fine  Mine  se  rendent  à  cet  appel  ;  ils  viennent  seuls 
et  pourtant  ce  ne  sont  pas  les  sots  qui  manquent  dans  la  ville;  on  en 
trouverait 

Assez  pour  charger  trente  bas 

De  quatorze  asnes  bien  ba&tez.  )( 

Teste  Verte. 
Mais  ilz  sont  un  peu  translatez 
Quasi  de  latin  eo  françoys. 

SOTTlK. 

Et  comment? 

Fine  Mine. 
Ils  sont  tous  gastez. 

Nous  voyons  dans  ces  derniers  vers  une  allusion  aux  progrès  de  la 
Réforme  en  France, 
Tandis  que  les  trois  personnages  s'entretiennent,  arrive  Chascuni 


a88  E.  PICOT 

dont  la  venue  fournit  à  l'auteur  le  prétexte  d'une  de  ces  énumérations 
chères  aux  poëies  de  ta  fin  du  xv  et  du  commencement  du  xvr  siècle, 
sous  le  nom  de /)irz  ^f  C/Jdicun  (cf.  Montaiglon  et  Rothschild,  Recueil j 
XII,  329).  Le  nouveau  venu  se  divertit  avec  les  sots  et  le  Temps  sur- 
vient à  propos  pour  lui  faire  la  leçon.  Celui-ci  apporte  avec  lui  une 
trompe  et  déclare  que  Chascun  doit  savoir  jouer  de  cet  instrument  ; 
Chascun  s*en  empare,  mais  ne  peut  réussir  à  sVn  servir.  Il  voit  alors 
qu'il  est  attrapé. 

Chascun,  en  soufflant  en  sa  trompe,  et  sa  trompe  ne  dit  rien. 

Bon  gré  saincl  Gervais  ; 

Je  voy  bien  que  (je)  suis  attrapé; 

Ma  trompe  ne  vault  pas  deux  noix. 

Par  trop  tromper  je  suis  trompé.  27  ^ 

La  sottie  se  termine  ainsi  : 

Sottie. 
Mes  enfants,  puis  qu'avez  le  Temps, 
Allons  boire,  je  vous  en  pry. 
Fine  Mine. 
Mes  seigneurs,  soyez  convenants  : 
A  trompeur  trompeur  cl  demy. 
Teste  Vertk, 
Se  nous  vous  avons  faict  ennuy  joo 

Nous  et  noslrc  mère  Sottie, 
Pardonnez  nous,  je  vous  en  pry. 
A  Dieu  toute  la  compaignie. 

Nous  n'avons  relevé  dans  cette  pièce  aucune  allusion  qui  permette 
d'en  préciser  la  date  et  de  déterminer  la  ville  où  elle  a  été  composée. 
Les  vers  suivants  1121-122)  semblent  indiquer  que  la  représentation 
eut  lieu  en  hiver,  sans  doute  aux  jours  gras  : 

Mon  amy,  happe  ces  (nitalnes  ; 

Elles  sont  bien  cbautdes  dedans. 

La  seule  chanson  que  la  sottie  contienne  est  celle-ci  : 
Chantons  i  gueulle  bée 
Et  nous  rcsiouyssons...  {v.   161-170). 

Bibliographie  : 

A.  *  Sottie  nouuelle  a  !!  cinq  personnages  :  Il  Des  trôpeurs  :  cestas-= 
sauoir.  H  1  Sottie  II  T  Teste  verte  S  T  Fine  mine  II  1  Chascun  l[  1  El  le 
temps.  Il  1  A  trompeur  trom-  I!  peur  et  demy.  —  ^  Finis.  S.  /.  n.  d. 
[Lyon?  vers  i  ^4^],  in-4  golh.  allongé  de  6  ff.  de  46  lignes  à  la  page 
pleine,  sign.  A  par  4,  B  par  2. 

L'édition  n'est  oroée  d'aucun  boii  et  n'a  qu'un  simple  titre  de  départ,  en 
sorte  que  le  f  du  1"  f.  contient  29  lignes  de  texte. 


LA   SOTTIE    EN   FRANCE  289 

L'impression,  faite  en  gros  caractères,  ne  ressemble  pas  aux  impressions  or- 
dinaires des  héritiers  de  Barnabe  Chaassard  ;  la  justification,  qui  est  de  214 
mm.  pour  46  lignes,  nous  fait  croire  cependant  que  le  volume  est  sorti  des 
presses  de  ces  imprimeurs. 

Mus.  brit.; * 

B.  Viollet  le  Duc,  II,  244-a6^ 

XV. 

Moral  de  Tout  le  Monde,  a  quatre  personnages,  c'est  a  sçavoir  : 
Le  premier  Compaignon,  Le  troisième  Compaignon, 

Le  deuxième  Compaignon,       Tout  le  Monde. 
[Rouen?  vers  1555.] 

Nous  n'avons  relevé  dans  cette  sottie  aucune  allusion  qui  permette 
d>n  6xer  exactement  la  date,  aussi  ne  lui  donnons-nous  qu'une  date 
approximative. 

En  voici  les  premiers  vers  : 

Le  Premier  commence. 
Compaignons  I 

Le  deuxième  Compaignon. 
Quoy  ? 
Le  Premier. 

Que  dict  le  cœur  ? 
Le  Troisième  Compaignon. 
Qu'i  dict,  mon  amy?  —  Le  toult  vostre. 

Le  Premier. 
De  vray  ? 

Le  Deuxième. 
Comme  la  patenostre, 
Vous  portant  sa  et  la  honneur. 
Le  Troisième. 
Quel  gaudiseur  ! 

Le  Deuxième. 
Quel  enseigneur!...  j 

Le  premier  vers  parait  imité  du  commencement  d'une  ballade  bien 
connue  de  Jehan  Meschinot  {Lunettes  des  Princes^  éd.  de  Lyon,  Olivier 
Amoullet,  s.  d.,  in-8  golh.,  f .  M  5  f»)  : 

Compaignons!  —  Hau!  —  Congnois  tu? —  Qui?  —  La  court. 
—  Comment?  —  Voy.  —  Quoy?  —  Ses  grans  abus... 

Les  Compagnons  appellent  Tout  le  Monde,  qui  se  présente  à  eux  cou- 
vert de  plusieurs  sortes  de  vêtements, 

Jto/ndiittf,  vil  1 9 


390 


E.    PICOT 

Différent  de  robe  et  pourpoinct. 
De  bonnet  et  de  tous  abis. 


Il  est  vêtu  V  de  blanc,  gris  et  noir  ;>  et  personnifie  par  ce  costume 
étrange  les  trois  états.  Les  compagnons  saisissent  ce  prétexte  pour  se 
livrer  à  des  observations  satiriques  sur  Marchandise.  Noblesse  et  Eglise, 
Us  veulent  habiller  et  déshabiller  Tout  le  Monde  à  leur  guise;  ils  essaient 
de  le  vêtir  en  damoiselle,  mais  Tout  le  Monde  s'y  refuse  : 

Trop  me  fjuldroict  de  jazereos,  220 

De  doreures  et  de  carquens  : 

Force  chaynes,  bagues,  ancaolx... 

Ces  vers  contiennent  la  seule  indication  chronologique  que  nous  ayons 
pu  relever  dans  la  pièce.  Les  jazerans,  les  carcans,  les  chaines,  etc., 
furent  surtout  à  la  mode  entre  isîo  et  1540.  Voy.  Quicherat,  Histoire 
du  Costume^  559;  cf.  Montaiglon  et  Rothschild,  Recueil,  Vlïl,  29}. 

La  conclusion  des  Compagnons,  c'est  que  Tout  le  Monde  est  fol  ;  ils 
expriment  celte  pensée  dans  une  ballade  qui  termine  la  pièce  : 
Messieurs,  pour  la  conclusion,  2S7 

Toult  le  Monde,  a  l'heure  présente, 
Est  fol  et  pUin  d'abusion... 

Tout  le  Monde. 
Ausy  souvent  que  le  veni  vente, 
Du  Monde  le  cerveau  s'esvente  ; 
Par  foys  est  dur,  par  foys  est  mol, 
Sans  aîllei  souvent  prenl  son  vol; 
Sans  yculx  vcult  voir  chose  latente,  )ij 

Dont  conclud?.,  lachûsc  est  patente, 
Qu'aujourd'huy  Touk  le  Monde  est  fol, 

Aucun  détail  ne  nous  révèle  la  patrie  de  notre  pièce.  Les  v.  109,  1 10 
sont  ainsi  conçus  : 

Cela  est  plus  commun  en  France 
Qu'a  Paris  la  Porie  Baudès, 

mais  cette  allusion  n'indique  point  que  la  pièce  ait  été  composée  à  Paris. 
Il  est  de  même  question  delà  Porte  Baudais  dans  les  Menus  Propos^  dans 
Coquillart,  etc.  Le  soin  même  que  l'auteur  prend  de  nous  dire  que  In  Porte 
Baudais  est  à  Paris  ferait  supposer  qu'il  n'écrivait  pas  pour  les  Parisiens. 
Il  nous  parait  probable  que  notre  sottie  aura  été  jouée  à  Rouen,  comme 
la  plupart  des  pièces  contenues  dans  le  ros.  de  La  Vallière. 

Bibliographie  : 

A.  Biblioth.  nat.,  ms.   franc.,   n*  24^41    (olim  La  Vall  6}),  fol. 

B.  Le  Roux  de  Lincy  et  Michel,  t.  lit,  n*  48. 


LA    SOTTIE    EN    FRANCE 


J91 


XVI. 

Les  Sobres  Sotz  entrehellés  avec  les  Syeurs  d'ays,  fiirce  moralle 

et  joyeuse. 

Personnages  : 
Le  premier  Sol,  Le  quatrième  Sot, 

Le  deuxième  Sot,  5  Le  cinquième  Sot, 

Le  troisième  Sot,  Le  Badin. 

[Roue/if  carnaval  de  i  j  ^6  ^] 

Il  parait  avoir  existé  à  Rouen  ^  au  commencement  du  xvi«  siècle,  plu- 
sieurs confréries  dramatiques  placées  sous  l'autorité  suprême  de  l'abbé 
des  Conards.  Parmi  ces  confréries  trois  seulement  nous  sont  connues  : 
les  Enfans  Maugouverne  ivoy.  Moniaiglon  et  Rothschild,  Recueitj  111, 
262  ;  VI,  186;  XI,  80,  861,  les  Sobres  Sotz  et  les  Siears  d'ays;  il  n'est 
question  ici  que  des  deux  dernières. 

Le  nom  seul  des  Sobres  Sotz  justifie  ce  que  nous  avons  dit  cî- dessus 
(p.  241 1  des  culbutes  et  autres  exercices  gymnastiques  auxquels  les  sots 
se  livraient  sur  la  scène  ;  il  renferme  en  effet  une  allusion  aux  u  soubrer 
sauts  »,  qu'ils  se  vantaient  de  savoir  faire,  en  même  temps  qu'ils  se 
piquaient  d'être  sobres  en  propos. 

Les  Sieurs  d'aySj  c'esi-à-dire  les  «  scieurs  de  long  »,  devaient  cette 
appellation  à  un  jeu  de  mots  dont  le  sens  précis  nous  échappe,  lis  sont 
cités  dans  le  Monologue  des  nouveatilx  Sotz  de  la  joyeuse  Bende  et  dans  le 
Monologue  des  Sotz  joyeulx  de  la  nouvelle  Bande  : 
Sotz  maislres  comme  Cieurs  d*aictz 
(Moniaiglon  et  Rothschild.  Recueil^  I<  'îî  m.  i?)-  La  célèbre  facétie 
composée  en  1 5  sy  par  les  Conards,  sous  le  titre  de  Friquassit  croies- 
tUlonée,  est  dédiée  «  A  très  et  retresfamé  et  affamé  Sieur  des  Sieurs 
d*aiz  ».  Cette  dédicace  montre  bien  les  liens  qui  unissaient  les  Sieurs 
d'aiz  aux  Conards. 

Notre  pièce  met  aux  prises  cinq  Calants,  appartenant  aux  deux  confré- 
ries dont  nous  venons  de  parler,  et  un  Badin  qui  leur  adresse  toute  sorte 
de  quolibets  ;  en  voici  les  premiers  vers  : 

Le  premier  Sot  commence. 
J'enay. 

Le  deuxième  Sot. 
J'en  sa  y. 

Le  troisième  Sot. 

J'en  voy. 
Le  quatriëme  Sot. 

J'en  tiens. 


292  E.    PICOT 

Le  cinquième  Sot. 
Et  moy,  j'en  faicts  comme  de  cire. 

Le  Premier. 
Voulés  vous  pas  estre  des  myens } 
J'en  ay. 

Le  Deuxième. 
J'en  say. 

Li  Troisième. 

J'en  Toy. 
Le  Quatrième. 

J'en  tiens. 
Le  Cinquième. 
J'espère  avoir  plus  de  biens  } 

Conn'en  sauroit  conter  ou  dire... 

Les  allusions  politiques  que  l'on  relève  dans  la  pièce  sont  peu  nom- 
breuses et  surtout  peu  transparentes.  La  plus  importante  est  celle-ci  : 

Le  Deuxième. 
Qui  eust  pensé  que  i'avyron 
Eust  eu  si  grand  bruyt  ceste  anée  ? 

Le  Troisième. 
Pourtant  que  la  gent  obstinée 
Est  plaine  de  rebellions. 

Le  Quatrième. 
Qui  eust  pensé  que  pavillons  4s 

Eussent  esté  sy  cher  vendus? 

M.  Foumier  a  très- ingénieusement  remarqué  qu'il  s'agît  ici  de  l'expé- 
dition de  Charles-Quint  contre  Tunis.  Les  autres  allusions  historiques 
concordent  précisément  avec  la  date  de  1 536. 

Les  vers  suivants  permettent  de  penser  que  les  Sobres  Sotz  et  les 
Syeurs  d'ays  appartenaient  à  la  paroisse  de  Saint-Vivien.  Le  Badin 
parle  d'un  a  lourdault  »  qui  se  laisse  tyranniser  par  sa  femme  ;  le  pre- 
mier Sot  dit  qu'il  connaît  ce  personnage,  qui  a  nom  Sandrin  ;  le  Deuxième 
ajoute  (v.  202-207}  : 

Mais,  dictes  moy,  peut  il  point  estre 
De  nos  paroissiens  en  somme  ? 

Le  Badin. 
Luy,  mon  amy  ?  C'est  un  bon  homme  ; 
Y  n'est  pas  grain  de  Sainct  Vivien  \ 
Je  vous  le  dis  en  bon  escien 
Qu'il  n'y  demoura  de  sa  vye. 

Ce  ne  sont  pas  les  Sobres  Sotz  ni  les  Syeurs  d'ays  qui  se  seraient 
maltraités  ainsi>  eux  et  leur  quartier  ;  aussi  la  sottie  n'est-elle  pas  leur 


LA   SOTTIE    EN   FRANCE  29} 

œuvre,  mais  celle  des  clercs  du  Palais,  comme  on  le  voit  par  ces  mots 
du  Badin  (v.  ^$0-353)  : 

Y  iiault  parler  des  ses  nouveaulx, 
Messieurs  ;  n'en  vistes  vous  jamais  ? 
On  en  voit  tant  en  ce  Palais, 

Qui  les  uns  les  autres  empeschent... 

Les  clercs  semblent,  du  reste,  avoir  eu  la  spécialité  des  allusions  ma- 
lignes aux  mauvais  ménages.  Après  avoir  parlé  d'un  mari  malmené  par 
sa  femme,  ils  s'en  prennent  à  un  mari  brutal  ;  cette  fois  ils  ne  se  con- 
tentent plus  d'un  simple  prénom  :  ils  citent  en  entier  le  nom  de  Colin  du 
Quesnay  (v.  450). 

La  pièce  se  jouait  d'ailleurs  aux  jours  gras  (v.  181,  288)  et  l'usage 
permettait  ces  licences  en  carnaval. 

La  sottie  se  termine  ainsi  : 

Le  Premier. 
Mieulx  vauldroict  asaîllir  un  deable  460 

Que  d'asaillir  aucunes  femmes. 

Le  Badin. 
Aulx  bonnes  ne  faisons  difemmes  ; 
Qu'el  ne  le  prennent  pas  en  mal... 
Mais  a  vous  tous  je  m'en  raporte 
Tout  le  monde  est  de  telle  sorte  ;  475 

Y  n'en  fault  poinct  prendre  d'ennuy. 
Chantés,  c'est  asés  pour  meshuy. 

Bibliographie  : 

A.  Bibl.  nat. ,  ms.  franc.  n°  24941  [olim  La  Vall.  63),  fol 
357  a- 364  a. 

B.  Le  Roux  de  Lincy  et  Michel,  IV,  n"  63. 

C.  Fournier,  429-437. 

XVII. 

La  Farce  des  Brus,  a  cinq  personnages  : 

La  vieille  Bru  [Tretaulde],  Le  premier  Hermite, 

La  deuxième  Bru,  j  Le  deuxième  Hermite, 

[La  troisième  Bru], 

[RoueRf  vers  1536.] 

Nous  avons  hésité  à  ranger  cette  pièce  parmi  les  sotties,  mais  nous 
nous  y  sommes  décidé,  surtout  parce  qu'en  terminant  lesacteurs  annon- 
cent qu'ils  vont  faire  la  quête  et  se  recommandent  à  la  générosité  du 
public.  Or  il  semble  que  la  collecte  ait  eu  lieu  non  pas  à  la  fin  du  spec- 


294  ^*    P"^OT 

ucle,  au  moment  où  la  foule  était  pressée  de  se  retirer,  mais  avant  de 
commencer  la  partie  sérieuse  de  la  représentation.  Plusieurs  exemples 
indiquent  que  c'était  l'acteur  chargé  de  débiter  le  monologue,  qui,  en 
finissant,  descendait  au  milieu  des  spectateurs  et  tendait  la  bourse  (voy. 
notamment  WateUt  de  tous  mestiers^  v.  199,  ap.  Moniaigion  et  Roth- 
schild, XIll,  168;  le  Sermon  d'un  Cartier  de  Moutoriy  v.  292-297,  ap. 
Le  Roux  de  Lincy  et  Michel,  I»  n*  5,  p.  15,  —  le  quêteur  devait  être 
Gaultier  [Garguille  ?]  —  et  le  Sermon  joyeux  des  Quatre  Vens,  v.  40,  ibid., 
I,  n"  4,  p.  7,  —  le  quêteur  était  ce  Phlipot  ou  Philippot,  dont  nous  par- 
lerons au  n*>  XXI).  Dans  les  représentations  qui  ne  comprenaient  pas 
de  monologue^  il  est  naturel  de  penser  que  la  collecte  se  faisait  après  ta 
sottie.  Si  d'ailleurs  la  Farce  des  Brus  se  distingue  de  toutes  les  pièces  qui 
précèdent,  l'un  des  acteurs  prend  soin  de  nous  avertir  (v.  $02)  que  c'est 
un  11  jeu  nouveau.  » 

Les  sots  nous  apparaissent  ici  sous  le  costume  de  Brus,  c'est-à- 
dire  de  filles  à  marier.  Mère  Sotte  elle-même  s'est  transformée  en 
Vieille  Bru.  Tandis  que  cette  dernière  interroge  deux  de  ses  sujettes, 
apparaissent  deux  Hermitesqui,  malgré  leur  habit  de  moines,  veulent 
séduire  les  Brus  et  leur  tiennent  les  propos  les  plus  matséans.  Le  rôle 
ridicule  et  odieux  joué  parles  moines  est  le  fond  même  de  la  sottie,  qui 
parait  être  l'œuvre  d'un  partisan  de  la  Réforme.  Plusieurs  des  pièces 
que  nous  a  conservées  le  célèbre  ms.  de  La  Vallière  sont  du  reste  écrites 
dans  ie  même  esprit. 

Voici  le  début  de  la  Farce  des  Brus  : 

La  vieille  Bru  commence. 
ie  suys  nommée  {la>  Vieille  Bru, 
De  toutes  aultres  (bnis)  gouvcmaote, 
Tant  à  Meulanc  comment  a  Mante  ; 
Par  tuut  l'ey  moulu  orge  et  gru  ; 
J'cy  eu  l'esplejrii  si  agu,  \ 

J'ey  porté  lance  sy  mennante, 
J'ey  esté  si  [Iresjremuante  ; 
Homme  ne  craignoys  plain  d'argu... 

La  Vieille  fait  plus  loin  une  longue  énumération  de  tous  les  pays  par 
lesquels  elle  a  passé  et  où  elle  s'est  acquis  tant  de  science  et  d'expérience. 
Cette  tirade  rappelle  les  énumérations  de  fous  et  de  sots  qui  se  trouvent 
dans  la  Farce  de  Folle  Bobance  (voy.  ci-dessus,  n*  V),  dans  le  cri  qui 
précède  le  Jeu  du  Prince  des  Sotz^  de  Gringore,  etc.  Les  auteurs  de  sot- 
ties et  de  monologues  aimaient  ces  enfilades  que  l'acteur  devait  réciter 
tout  d'un  souffle. 

Parmi  les  pays  où  la  Vieille  a  été,  les  villes  et  même  les  petites  loca- 
lités de  Normandie  occupent  le  premier  rang.  Elle  a  été 


LA   SOTTIE    EN    FRANCE  JÇJ 

Bru  de  h  Bouille  ei  Moulineaulx, 

firu  des  isics  partout  les  eiulx  ^ 

Bru  partout,  fbru]  a  Dcmctal, 

Bru  partout,  tant  a  mont  qu'a  val, 

Bru  de  Gournay,  bru  de  Beauvais,  ii^ 

Bru  Sainct  Julien,  bru  Saincl  Cervais, 

Bru  de  Dieppe,  bru  de  Trcport, 

Bru  d'Arqués,  sans  en  dire  mot  ; 

De  Rouen,  je  n'en  parle  pobct. 

Ce  dernier  trait  indique  suffisamment  que  la  sottie  est  roucnnaise.  On 
remarquera  d'ailleurs  la  forme  normande  on  (=  nous)  au  v.  299. 
Nous  croyons  voir  la  date  de  la  pièce  dans  les  vers  suivants  (290-291): 
Tant  en  Piedmont  comme  en  Savoyee 
Argent  fsi]  faict  partout  la  voyee. 

Le  style  général  de  la  composition  ne  permettant  guère  de  ta  placer 
après  le  règne  de  François  1",  il  y  a  sans  doute  ici  une  allusion  à  Toc* 
cupation  de  la  Savoie  et  du  Piémont  par  ce  prince  au  commencement 
de  Tannée  1  $;6. 

La  Vieille  Bru  cl6t  le  spectacle  par  les  vers  suivants  : 

Qui  a  argent  il  a  des  bru$  ;  a^j 

Aultre  choze  je  ne  conclus. 

Avant  que  partir  de  ce  lieu, 

Un  petit  bran  pour  dire  a  Dieu. 

Pourtant  s'oa  n'avun  poinct  musique 

Pas  ne  diminués  vostrcdon  ;  joo 

A  vous  nous  nous  recommandon. 

Jeu  nouveau  couste  a  qui  l'aplique  ; 

C'est  une  chosse  aulenticque. 

En  prenant  congé  de  ce  lieu, 
Or  dansons  pour  dire  a  Dieu  I  joj 

Bibliographie  : 

A.  Bibl.  nat.,  ras.  fr.  n"  24^41  (olim  La  Vall.  6;),  fol.  i99fZ-204^. 

B,  Le  Roux  de  Lincy  et  Michel,  II,  n*  36. 


XVIII. 

Farce  nouvelle  a  cinq  personnages,  c'est  à  sçavoir  : 

La  Mère  de  Ville,  Le  Garde  Napc, 

Le  VarletfSoucydet],  5  Le  Garde  Cul. 

Le  Garde  Pot. 

[Rouen,  vers  i  ^40.] 

Voôdt  à  n'en  pas  douter,  une  pièce  jouée  par  les  bazochiens  de 
Rouen;  non-seulement  elle  est  toute  hérissée  de  termes  de  pratique 


2^6  E.    PICOT 

dont  l'effet  était  surtout  plaisant  pour  les  clercs  du  Palais,  mais  le  sujet 
même  parait  être  emprunté  à  un  règlement  judiciaire,  qui  nous  est  resté 
inconnu. 

Le  principal  personnage,  qui  n'est  autre  que  Mère  Sotte,  prétend 
s'élever  au  rang  de  Mère  de  Ville.  Quel  sens  faut-il  attribuer  à  ce  nom 
de  Mère  de  Ville  î*  A  notre  avis,  c'est  une  appellation  satirique  qui 
revient  à  dire  que  tous  les  habitants  de  la  ville  sont  les  enfants  de  la  Folie. 

Mère  Sotte,  pour  donner  plus  d'éclat  à  sa  dignité  nouvelle,  a  chargé 
son  varlet  de  lui  recruter  des  gardes  ;  elle  veut  maintenant  passer  en 
revue  cette  milice  improvisée  et  Soucyclet  fait  défiler  devant  elle  trois 
gardes  grotesques,  dont  les  fonctions  prêtent  à  de  joyeux  développe- 
ments. Il  est  probable  que  l'auteur  aura  voulu  persifler  quelque  ordon- 
nance sur  les  huissiers  ou  les  sergents. 

La  pièce  débute  par  une  ballade,  en  tête  de  laquelle  on  remarque 
une  allusion  au  célèbre  voyageur  Jehan  Parmentier,  né  à  Dieppe  en 
1494  et  mort  à  Sumatra  en  1530.  Parmentier,  lauréat  des  palinods  de 
Rouen  en  1 5 1 7,  1 5 1 8  et  1  j  28,  également  lauréat  du  puy  de  Dieppe  en 
ij2oetis27,  avait  laissé  un  nom  comme  poète  (voy.  Ballin,  Notiu 
historique  sur  l*Académie  des  PAinods;  Rouen.  i8j4,  in-8,  48;  Suite  à  Ut 
Notice^  I  ^  ;  Deuxième  Suite,  i6  ;  cf.  Jehan  Bouchet,  Epistres  morales  et 
familières  du  Traverseur;  Poitiers.  1545,  in-fol.,  III,  xliii,  xliiii),  et  nous 
avons  encore  le  texte  d'une  moralité  fort  singulière  composée  par  lui  en 
l'honneur  de  l'Assomption  de  la  Vierge  : 

Il  n'a  rien  qui  ne  s'aventure,  ^ 

Dit  le  Parmentier,  bon  Pilote; 

C'est  par  trop  mys,  je  vous  asure 

Quant  on  court  après  sa  pelote. 

Les  uns  me  nomment  Mère  Sole,  \ 

Despourveu  de  sens,  peu  habille, 

Mais,  malgré  culx  cl  leur  cohorte, 

Sy  serai  ge  Mère  de  Ville... 

La  Mère  invite  Soucyclet  à  faire  comparaître  les  gardes  qu'il  a  enrôlés 
et  le  menace  de  se  fâcher  contre  lui  s'il  ne  se  hâte,  mais  le  Varlet  l'ex- 
horte à  la  modération  et  lui  rappelle  (v.  54-55]  quelque  punition  précé- 
demment infligée  par  la  cour  aux  bazochiens  : 

Oq  vous  feroyt  aler  prescher 
Pardon  a  la  cour  souveraine. 

Les  gardes  comparaissent  donc.  D'abord  vient  te  Garde  Nape^  qu! 
n'est  autre  qu'un  sacristain,  peu  révérencieux  pour  te  pape  et  pour  les 
évéques;  le  second,  le  Garde  Pot,  personnifie  le  prêtre.  C'est  dans  son  rôle 
que  se  montrent  surtout  les  tendances  nettement  protestantes  de  la  pièce  : 


U    SOTTlf.    EN    FRANCE  ^97 

Je  garde  que  le  marniiton 

Et  U  marniite  qui  est  creuse, 

Qu'i  n'y  ayt  quelque  maleureose 

Personne  qui  la  vueille  abatte  ; 

Je  faictz  acroyre  de  troys  quatre  17) 

Et  de  feing  fauUché  que  c'est  feure  ; 

Je  faictz  acroyre  que  le  beurre 

N'est  poincl  bon  au  poucsson  salé... 

Le  Garde  Cul,  qui  vient  en  dernier^  paraît  étrele  complaisant  qui,  moyen- 
nant 6n3nce,  endosse  les  fautes  commises  par  les  curés  et  les  chanoines. 

Ces  gardes  ne  sont  pas  ceux  qui  défendront  les  bazochiens,  ce  sont 
au  contraire  ceux  qui  les  poursuivront  par  crainte  de  leurs  bons  mots  et 
de  leurs  railleries.  La  Mère  de  Ville  semble  indiquer  dans  la  sentence 
qui  termine  ta  sottie  qu'une  première  fois  elle  avait  été  condamnée  sur 
leur  dénonciation  : 

Donc,  gardes,  oués  ma  sentence, 

Qui  n'est  pas  de  grand  conséquence. 
Se  contre  tous  je  n'ay  peu  résister, 
Me  cuydês  vous  garder  d'y  assister,  $40 

Gardes  ingras,  efeminès  de  cœur. 
En  lieu  plaisant,  pour  dccha&cr  l'errur^ 
S'on  me  repince  et  on  me  tient  rigeur, 
Dictes  a  ceulx  dont  leur  langue  vacile 
Que  je  ne  crains  leur  cruelle  douleur.  HS 

Prenez  en  gré  de  la  Mère  de  Ville. 

En  prenant  congé  de  ce  lieu^ 

Une  chanson  pour  dire  a  Dieu. 

L'attribution  de  cette  pièce  à  la  ville  de  Rouen  est  certaine.  Outre 
que  le  rôle  du  valet  est  écrit  en  grande  partie  dans  le  langage  des  pay- 
sans normands^  on  y  trouve  cités  (v.  m)  deux  villages  voisins  de 
Rouen  :  Compain  [Compainville  ?]  et  Carville.  Quant  à  la  date,  il  est 
difficile  de  la  déterminer.  D'une  part  cependant  on  relève  (v.  165)1 
une  allusion  à  Gargfjntua  (1 1  ji)  et  d'autre  pan  les  tendances  ouverte- 
mepl  protestantes  de  l'auteur  ne  permettent  guère  d'admettre  que  la 
pièce  ait  été  jouée  après  1 540.  A  cette  date,  le  Parlement  de  Rouen  fui 
supprimé  ;  il  fut  rétabli  en  1  {41  et  se  distingua  dès  lors  par  le  soin  qu'il 
mit  à  poursuivre  les  protestants  '. 

En  tout  cas  ta  Mén  de  Ville  est  postérieure  à  la  célèbre  farce  de 
Stur  Fesue  (voy.  v.  295). 


1.  Les  plaintes  que  le  chanoine  Guillaume  Le  Rat  exhale  en  1)41   contre 
les  tendances  irréligieuses  du  peuple  de  Rouen  semblent  se  rapporter  î  un  état 
de  choses  remontant  i  quelques  années   Voy.  Floquet,    Hist.  aa  ParUmtiU  dt^ 
Aosen,  U,  217. 


298  i.    PICOT 

Bibliographie  : 

A.  Bibliotb.  nat,  ms.  franc,  n"  24)41  [olim  La  Vall.  ô;)»  fol.  i^h- 
149  a. 

B.  Le  Roux  de  Lincy  et  Michel,  M,  n"  28. 


XIX. 

Farce  nouvelle  tresbonne  et  port  récréative  pour  rire  des 
Cris  de  Paris. 


Le  premier  Gallant, 
Le  second  Gallant, 


Personnages  : 

Le  Sol. 

[Rouen  ?  vers  1 540  ?] 


Celte  pièce  paraît  avoir  été  inspirée  par  ces  petits  recueils  de  cris  de 
Paris  qui  eurent  tant  de  succès  au  xvt'  siècle  (voy.  Brunei,  IV,  14(2  ; 
V,  971  ;  II,  425,  640)  et  qui  avaient  été  formés  dès  le  xin*  (voy.  Us 
Rues  et  les  Cris  de  Paris  au  XIII'^  siècle,  pièces  bistoriijues  publiées  par 
Alfred  Franklin  ;  Paris,  1874,  in- 1 6).  Les  deux  Galants  s'entretiennent 
ensemble  de  choses  et  d'autres  comme  dans  les  sotties  en  général,  mais  à 
chaque  phrase  ils  ont  la  parole  coupée  par  un  sot  qui  répète  quelque  cri 
de  Paris.  L'effet  comique  vient  de  ce  que  les  interruptions  du  crieur 
sont  combinées  de  telle  sorte  qu'elles  servent  de  réponses  aux  galants. 
Se  demandent-ils  :  «  Quel  mctz  est  bon  ?  »,  le  sot  répond  :  »  Pastez 
tous  chaux  )»  (v.  1 58)  ;  s'agit-il  de  savoir  ce  qu'il  faut  à  un  père  mécon- 
tent de  ses  enfants,  le  sot  s'écrie  :  a  Balays,  balays  !  »  v.  182,  etc. 

Le  même  procédé  dramatique  se  retrouve  dans  deux  pièces  du  même 
temps,  le  Sermon  joyeux  de  bien  boire,  a  deux  personnages  (Viollet  le  Duc, 
II,  S-20i,  et  la  Farce  joyeuse  y  tresbonne,  a  deux  personnages^  du  Gaudisseur 
qm  se  vante  de  ses  faicti  et  ung  Sot  qui  luy  respond  au  contraire  [ibid.^  II, 
292-502).  Ces  pièces,  il  est  vrai,  ne  sont  pas  des  sotties  ;  bien  qu'elles 
soient  jouées  par  deux  personnages,  nous  les  rangeons  parmi  les  mono- 
logues. Le  rûle  des  interrupteurs  n'est  qu'un  rôle  accessoire  uniquement 
destiné  à  rompre  la  monotonie  de  ce  genre  de  composition. 

Voici  le  début  dé  noire  sottie  : 

Le  premier  Galunt  commence  : 
Et  puis  ? 

Le  Seoond. 
El  fontaine? 

Le  Premier. 

Et  rivières  ? 
Ce  sont  tousjoars  de  tes  manières  \ 


LA    SOTTIE    EN    FRANCE 

Tu  le  giudis. 

LE  Second. 

Je  me  gaudis 
Et  en  povreté  m'esbaubis, 
En  passant  ma  melencolie.  ) 

Le  Premier. 
Mctencolie  n*est  que  follie... 

Malgré  son  titre,  nous  ne  croyons  pas  que  cette  sottie  soit  parisienne. 
Lorsque  le  Sot  se  fait  entendre  pour  la  première  fois,  l'un  des  Gallantz 
remarque  que  c'est  un  «  crieur  de  Paris  »  fv.  57),  observation  que 
l'auteur  eût  sans  doute  jugée  inutile  s'il  eût  écrit  pour  un  théâtre  pari- 
sien. Les  mots  Aflrirr  (v.  î4),/a//o/  (v.  17^,  ^^7;,  poyre  d'angoisse  (v. 
I9$)t  agardez  (v.  30$,  );  j|,  etc.,  appartiennent  plutôt  à  la  Normandie 
qu'à  aucune  autre  province.  Nous  supposons  donc  que  notre  sottie  est 
d^origine  rouennaise.  Quant  à  la  date,  il  nous  est  impossible  de  ia  préci- 
ser ;  celle  de  i  $40  est  purement  hypothétique. 

La  pièce  se  termine  ainsi  : 

Le  Sot  conctat. 
Enfans,  pensez  a  mon  affaire, 
Et  vous  semble  que  j'aye  l'aage 
D'estre  marié  cesle  année? 
Une  belle  robbe  tennée  450 

A  chascun  vous  pcnt,  de  gros  vert. 
Voila  voslre  cas  recouvert. 
En  faisant  la  conclusion, 
Ce  a^est  pas  [par)  illusion 
Ce  que  avons  faici  ny  par  tens;  4|( 

Ce  n'est  que  pour  passer  te  temps 
Et  resjouyr  la  compaignie. 
A  Dieu.  Qu'il  vous  doiat  bonne  vie  I 

La  sottie  contient  des  fragments  de  deux  chansons,  savoir  : 

I .  Amourettes  de  nuyt 

Jouyssance  d'amours,  (v.  217-221) 
z.  Nous  mengerons  du  rosty, 

Par  avanlure  s'il  esi  cuyt.  (v.  )é6-}67> 

Bibliographie  : 

A.  FAFce  Nou  H  uelle  très  bonne  !l  et  fon  rccreaiiue  pour  rire.  Des 
cris  II  de  Paris;  a  troys  personnaiges.  ||  Cestassauoir.  I|  ^  Le  premier 
gallant.  H  ^  Le  second  gallant.  |t  1  Et  le  Sot.  ||  A  B  —  ^  C^  fine  la  farce 
des  ciis  de  \\  pans  :  Imprime  nouuel  \\  lemtnt  a  Lyoni  en  ta  ||  maison  de  Jeu 
Bar  II  nabe  chaussard  \\  près  nostre  I  dame  de  |  Confort,  m.  d.  ||  xlvih 
[1(48].  In-4  goih  allongé  de  S  S.  de  46  1.  à  ta  page  pleine,  signé  A-6. 


)0O 


E.    PICOT 


Au  titre,  un  bois  représentant  une  comète,  qui  se  retrouve  au  titre  du  Stt' 
mon  ioyiux  de  bien  boire. 

Mo.,  brit.,  '•    "  "■ 


4ï 


B.  Viûllet  le  Duc,  [I,  303-Î25. 


XX. 

La  Reformeresse,  farce  a  six  personnages,  c'est  a  sçavoir  : 


La  Reformeresse, 

Le  Badin, 

Le  premyer  Calant, 


Le  deuxiesme  Galant, 
5  Le  troisiesmc  Galant, 
Un  Clercq. 


[Rouen^  vers  1 J44.] 

La  Reformeresse,  qui  a  donné  son  nom  à  celte  sottie,  se  retrouve 
dans  une  moralité  qui  nous  paraît  être  du  même  temps  et  du  même 
auteur  :  les  povres  Deabies.  Bien  plus,  nous  croyons  reconnaître  entre 
ces  deux  pièces  une  parenté  si  étroite  qu'il  nous  semble  probable  qu'elles 
ont  fait  primiiivcracni  partie  de  ta  même  représentation.  Le  Sermon 
joyeux  pour  rire,  qui  est  placé  dans  le  ms.  de  La  Vallière  après  la  Reforme- 
resse^  était  peut-être  récité  entre  la  sottie  et  la  moralité  dont  nous  par- 
Ions.  En  tout  cas,  la  langue  et  le  style  de  la  Reformeresse^  du  Sermon  et 
des  Povres  Deabies  offrent  des  ressemblances  frappantes.  On  y  remarque, 
notamment,  une  grande  incertitude  quant  à  la  transcription  de  la  diph- 
thongue  01  ;  sans  parler  des  cas  où  elle  est  rendue  par  o/,  nous  relève- 
rons les  formes  suivantes  :  dans  b  sottie,  ferouenî  iferoientj,  souet  (soit), 
vouecy  ,vouere\voiTe]  ,voyefa,  youerra;  dans  le  sermon,  pouessons  (poissons), 
vouecy^  bouéte;  dans  la  moralité,  Souesons  (Soissons),  vouecy,  voyeîa, 
vouer^  souer,  pouesson,  bouesson.  Quant  à  la  Reformeresse,  c'est  la  maî- 
tresse d'une  troupe  de  fous,  et  elle  possède  le  droit  de  tout  dire  et  de 
tout  imprimer.  La  pièce  a  peut-être  été  composée  par  un  imprimeur,  qui 
aura  voulu  personnifier  son  métier. 

Voici  les  premiers  vers  : 

La  Reformeresse  commence. 
Par  un  art  que  Dieu  m'a  donn^ 
Nommée  suys  Reformeresse  ; 
Je  mais  chascun  estât  en  presse. 
Ainsi  qu'il  m'est  preordonné. 
L'homme  de  savoir  guerdonné  j 

Me  fera  révérence  expresse, 
Ou  comme  une  vielle  compresse 
Yl  est  de  moy  hibandonné... 


LA   SOTTIE    KN    FRANCE  ^01 

Le  Badin  prend  la  parole  et  chante  deux  chansons,  dont  l'une  nous 
fournit  la  date  approximative  de  la  pièce.  Sunriennent  les  Galants  qui 
arrivent  également  enchantant.  La  Reformeresse  demande  qui  sont  ces 
personnages  ;  )e  Badin  répond  que  ce  sont  des  <«  Enfans  sans 
soucy  ;> . 

Nous  assistons  alors  à  une  scène  qui,  un  siècle  avant  le  Aoma/tcomi^uf, 
nous  donne  des  détails  assez  peu  édifiants  sur  la  vie  des  comédiens.  La 
Refonneresse  aura  fort  à  faire  pour  les  réformer,  car  ils  ne  poursuivent 
que  le  plaisir,  fréquentent  les  lieux  de  débauche  et  perdent  au  jeu  le  peu 
qu'ils  ont  gagné.  La  conclusion  du  Badin  c'est  que 

Farceurs,  rimeurs  et  rimaleurs 
Y  sont  tous  sus  le  bas  mestier. 

La  pièce  se  termine  ainsi  : 

Le  premier  Galant. 
Pour  éviter  melencolye, 
Presseur,  qui  pressés  nos  estas, 
Laissés  les  en  la  presse  a  las, 
Puys  demain  seront  despressès. 
AHin  que  vous  resjouyssés  280 

Le&  honnestes  gens  de  ce  lieu. 
Une  chanson  pour  dire  a  Oieu. 

La  sottie  contient  quatre  chansons,  savoir  : 

I.  Dens  Paris,  la  bonne  ville, 

L'Empereur  est  arrivé,  (v.  4} -49) 

Cette  chanson  nous  parait  avoir  été  composée  lorsque  Chartts-Quint 
traversa  Paris  en  1 540.  Le  même  événement  donna  naissance  à  une 
autre  chanson  : 

Quand  l'Empereur  de  Rorae 
Arriva  dans  Paris... 

dont  nous  ne  possédons  pas  te  texte,  mais  dont  la  mélodie  fut  appliquée 
à  une  complainte  rapportée  par  Alain  Lotrian  [Plusieurs  belles  Chansons 
noitvetla^  1 542,  n"  9)  : 

Voulez  OQjrr  la  coaiplaiDCle 
De  paovres  prisonniers... 

Comme  les  chansons  composées  lors  du  voyage  de  Charles-Quîni  en 
France  n'eurent  qu'une  durée  éphémère  et  qu'on  cessa  vraisemblable- 
ment de  les  chanter  dès  qu'on  eut  reconnu  la  duplicité  de  l'empereur, 
nous  aurions  placé  notre  sottie  vers  i  $40  ou  1 541  ;  si  une  allusion  con- 
tenue dans  les  Poytcs  Deables,  dont  nous  n'avons  pas  cru  pouvoir  la 
séparer,  ne  nous  avait  fait  avancer  cette  date  de  trois  ou  quatre  ans. 


|M  E.    PICOT 

2.  Vous  ferés  (ollye, 

Metresse,  m'amye.  (v.  jé-jp) 
}.  Nous  soqimes  une  beode 

Galande,  friande,  normande,  (v.  88'9[) 
4.  Jacobin,  la  chosse  tant  doulcete...  (v,  i2j) 

L'origine  normande  de  la  sottie,  attestée  déjà  par  les  formes  en  oae 
pour  oi,  est  confirmée  encore  par  la  chanson  n"  j.  Enfin  le  Badin 
(v.  178)  donne  à  l'un  des  Galants  le  nom  de  «  Raul  !c  Mal  Pcncé  », 
et  l'un  des  dignitaires  des  Conards  de  Rouen  portail  précisément  le  titre 
d*  a  abbé  de  Maupencé  »  (Triomphes  de  t'abbaye  des  Conards,  éd.  Mon- 
tîÉiud,  1874,  p.  ÎS)' 

Bibliographie  : 

A.  Biblioih.  nat.,  ms.  franc,  n"  24341  (plim  La  Vall.  6)),  fol.  81  ^- 
Ub. 

B.  Le  Roux  de  Lincy  et  Michel,  I,  n"  17. 


XXI. 

Les  trois  Gallans  et  Phlipot,  farce  joyeuse,  [par  Philippoi  Platier??]. 

Personnages. 
Le  premier  Gallant,  Le  troisième  Gallant, 

Le  deuxième  Gallant,  Phlipot. 

[Rouen,  vers  (S4$.] 

Nous  ne  croyons  pas  que  cette  pièce  ait  pu  être  composée  avant  le 
milieu  du  xvi*  siècle.  Sans  nous  arrêter  plus  que  de  raison  aux 
arguments  que  l'on  peut  tirer  de  la  tangue  et  du  style ,  nous 
ferons  observer  que  la  sottie,  par  ses  transformations  successives,  est 
devenue  ici  une  véritable  comédie.  Bien  que  le  fond  de  la  pièce  soit  tou- 
jours un  dialogue  entre  des  *  sots  »,  des  «  badins  »  ou  des  «  galants  », 
ce  dialogue  est  combiné  avec  plus  d'art  que  par  le  passé  ;  ce  ne  sont 
plus  seulement  certains  bons  mots  qui  ont  le  don  d'exciter  l'hilarité  du 
public,  ce  sont  en  même  temps  des  situations  et  des  effets  vraiment 
dramatiques.  On  verra  plus  loin  qu'une  allusion  aux  guerres  entre  la 
France,  l'Espagne  et  l'Angleterre  rend  la  date  de  1  $44  assez  vraisem- 
blable. 

Voici  le  début  de  la  sottie  : 

Le  premier  Galunt  commence. 
Je  m'csbays  de  ce  sotart, 
Qui  ne  veult,  ne  matin  ne  tart, 
Rien  aprendre,  ne  rien  sçavoir. 


la  sottee  en  fftance  3o} 

Le  deuxième  Gallant. 

Y  n'a  garde  de  rien  avoir, 

S'aprendre  ne  veult  quelque  chose.  t 

Le  troisième  Gallant. 
Mais  ou  est  il  ? 

Le  Deuxième. 
II  se  repose 
Le  Premier. 
C'est  un  innocent  innocent  ; 
Si  le  rojr  Herodes  le  sent, 

Y  luy  fera  couper  la  teste; 

Y  fault  solennyser  sa  feste...  10 

Arrive  Phlipot,  qui  n'a  jamais  rien  fait  et  ne  veut  rien  faire.  Les 
Galants  lui  conseillent  de  choisir  un  métier  ;  ils  profitent  de  l'occasion 
pour  décocher  un  trait  contre  l'Eglise  :  Je  te  donne  telle  puissance,  dit 

le  Premier, 

Qu'en  tous  mestier  que  tu  vouldras 
Incontinent  maistre  seras.  70 

Si  tu  veulx  estre  homme  d'Eglise, 
Tu  seras  remply  de  clergise, 
Sans  a  jamais  docteur  parler. 

Phlipot  se  décide  pour  l'état  de  cordonnier,  mais,  tandis  qu'il  s'épuise 
à  «  empougner  le  lygnou  »,  Tes  Galants  se  déguisent  en  gens  d'armes 
et  viennent  enrôler  le  pauvre  diable  qui  n'ose  résister.  Il  lui  faut 
coucher  sur  la  dure,  faire  le  guet,  sans  parler  des  coups  que  l'on  peut 
recevoir.  Le  métier  ne  va  guère  à  Phlipot,  qui  coud  sur  son  habit  la  croix 
blanche  de  France  et  la  croix  verte  de  l'ennemi,  a6n  d'échapper  aux 
deux  partis.  Au  moment  où  il  se  croit  en  repos,  les  Galants  le  trompent 
encore.  Ils  fondent  sur  lui  à  l'improviste,  comme  s'ils  appartenaient  à 
l'armée  opposée . 

Le  Deuxième. 
Je  luy  voys  donner  une  taille, 
Car  tant  endurer  me  desplaist. 

Phlipot. 
Et  nenin,  Monsieur,  sy  vous  plaist.  480 

Le  Premier. 
A  !  vilain,  tu  viens  mal  a  poinct. 

Phlipot. 
[A!]  Monsieur,  ne  me  tués  poinct  ; 
Vous  seriez  excommunyé. 

Le  Deuxième. 
Le  procès  vous  est  [des]nyé. 

Phlipot. 
Gardés,  [gardés]  ;  vêla  ma  grongne.  48  ( 


?04 


Et  torche  I 


Qui  vive  ? 


E.    PICOT 

Le  Premier. 

Le  DBUXtÉUE. 
Et  lorgne  M 
LE   Premier. 

Et  donae,  donne  1 

Phlipot. 


Le  Deuxième. 
qui? 
Phlipot. 

La  guerre  I 
LE  Premier. 
Vilain  I  criis  vous  Angleterre  t* 

Phlipot. 
Vive  Engleterre  I 

Le  Deuxiëme. 

Et  Espaîgne? 
Le  Troisième. 
Y  m'eit  avys  que  |e  me  baigne.  490 

Dicl  :  Vive  France. 

Phlipot. 
Et  France  ausy!.. 

Ce  passage,  dont  on  remarquera  le  haut  comique,  semble  imité  d'un 
monologue  dramatique  composé  à  Angers  au  carnaval  de  1^24  et  qui  était 
encore  célèbre  trente  ans  après,  le  Franc  Archter  de  Cherré  (Moniaiglon 
et  Rothschild,  Recueil,  XIII,  26).  Les  expressions  :  a  Torche,  frappe, 
tire  »  se  retrouvent  dans  la  Farce  de  Colin  filz  de  Thevot  le  maire  (VioUet 
le  Duc,  II.  Î95).  Les  détails  du  combat  livré  au  pauvre  Phlipot  ont  d'ail- 
leurs la  valeur  d'une  allusion  historique.  La  pièce  a  dû  être  écrite  au 
moment  où  l'Espagne  avait  l'Angleterre  pour  alliée  contre  la  France. 
Elle  appartient  par  la  langue  et  par  le  style  à  l'époque  de  François  I""; 
on  peut  donc  choisir  entre  les  campagnes  de  1 522  à  1  j2  j  et  celles  de 
I  $44  à  I  ^6.  La  date  de  1 54;  nous  parait  la  plus  probable. 

La  sottie  se  termine  ainsi  : 

Je  prye  a  Dieu  qu*i  vous  octroyé 
Sy  et  lasus  parfaite  joye. 

En  prenant  congé  de  ce  lieu^ 
Phlipot,  chantons  pour  dire  a  Dieu.  s}5 

Ce  qui  donne  à  cette  pièce  un  intérêt  particulier  c'est  que  te  nom  du 


I .  Sur  l'expression  torche  torgm  voy.  Littré,  «</  r. 


LA    SOTTIE    EN    FRANCE  )0$ 

principal  personnage,  Phlipot,  est  irès-probablemeni  le  nom  de  l'auteur 
lui-même.  Il  y  avait  à  Bouen,  au  milieu  du  xvi'  siècle,  un  acteur  popu- 
laire, nommé  Phlipot.  que  nous  retrouvons  dans  le  Sermon  joyeux  des 
quatre  Vens  (écrit  vers  i  Jj^)  : 

Dam  Pklipol  vous  fera  la  qucste, 
e(  dans  la  vie  de  treshaate  et  trespuissante  dame  Cueline  (écrite  vers  15^0): 

Un  vieil  docleur,  frère  PhlippoL 
Dans  d'autres  poèmes,  Phlipot  est  associé  à  Gautier  ;  ainsi  dans  les 
Ténèbres  de  Mariage  ^^Moniaiglon  et  Rothschild,  Recueil,  I,  29),  on  lit  ce 

qui  suit  : 

Il  ne  luy  faut  point  de  courtier, 
Car,  fust  Philippot  ou  Cautur^ 
Il  s'obligera  par  nisi. 

Ces  deux  noms,  qui  étaient  passés  en  proverbe,  se  retrouvent  dans  les 
Complaintes  des  Monniers  aux  Apprenîifz  des  Tayernicrs  (Montaiglon  et 
Rothschild,  Recueil,  XJ,  66)  : 

Les  enfants  sans  ordre  et  raison 

Avec  Gautier  ou  PhiUpol 

Robcnt  le  bien  de  la  maison, 

Ponr  l'aller  [ouer  au  tripot. 

Les  deux  pièces  que  nous  venons  de  citer  sont  toutes  deux  des  pro- 
ductions rouennaises  du  milieu  du  xvr  siècle.  La  plus  ancienne  édition 
connue  des  Ténèbres  de  Mariage  est  de  1 546  ;  les  Complaintes  sont  exac- 
tement de  celte  année.  Une  troisième  pièce,  dont  nous  ignorons  la  date 
précise,  mais  dont  il  a  existé  une  édition  gothique  sans  date  {CataL  de 
La  Vallière  par  De  Bure,  II,  n'^  ^095)  et  une  édition  de  1537  (Cat.  de 
Richard  Heber,  V 1 1 ,  n"  i  j  80) ,  la  Grand  Confrairie  des  Saouls  d*ouvrer^ ,  nous 
fait  connaître  le  nom  exact  du  farceur  normand  et  de  son  compagnon 
Gautier.  On  lit  à  la  fm  de  cette  curieuse  facétie  :  «  Les  témoins  sont  :  Jean 
Gueneau,  Thibault  l'Enflé,  Yvon  Pied  de  Vache,  Pliitipoî  Platier,  Jean 
Sonyn,  CduM/tr  Cdr^ui//^,  G uilloi  Malconteni,  Pierre  Jamais  Saou,  Martin 
Grongnant,  Philebert  le  Ventru,  Girard  Manuet  et  Guillaume  Mausoupa,  a 

L'auteur,  ou  tout  au  moins  Pacteur  de  notre  sottie,  le  farceur  dont  la 
vieille  gaieté  avait  fourni  aux  Rouennais  le  type  des  u  Enfans  Maugou- 
verae  »  s'appelait  donc,  croyons-nous,  Philippot  Platier.  Cet  acteur 
excellait  à  représenter  les  paresseux,  les  poltrons,  les  gourmands,  tous 
les  personnages  qui  ont  le  don  d'exciter  le  rire  du  public  ;  aussi  n'est-îl 
pas  étonnant  qu'il  ail  occupé  une  place  d'honneur  dans  la  «  Confrairie 
des  Saouls  d'ouvrer  >.  Quant  d  son  compagnon,  Gauthier  Garguille,  on 


1.  Nous  parlerons  avec  détail  de  cette  nièce  dans  le 
Ripcrtotre  bibHographtijac  a  cnù^aty  k  Tarticle  Roukh. 


Romania,  VU 


dernier  livre  de  notre 


20 


îo6  E.    PICOT 

ne  doit  pas  s'étonner  de  le  rencontrer  au  milieu  du  xvi'  aiècle.  fl  est 
établi  aujourd'hui  qu'Hugues  Guéru,  qui  a  donné  au  nom  de  Garguîlle 
une  renommée  durable,  n'avait  fait  que  s'afTubter  du  nom  d'un  farceur 
connu  avant  lui. 

Hugues  Cuéru  mourut  à  Paris  à  la  tin  de  i6)j  ;  il  avait,  il  est  vrai, 
rapporte  Sauvai  (Hist.  et  Antiq.  de  Pans^  11,  37),  joué  sur  le  théâtre 
pendant  plus  de  quarante  ans.  Il  aurait  pu,  â  ce  compte,  débuter  en 
Normandie  à  la  fin  du  xvi'  siècle,  mais  il  n'était  pas  né  en  1 546.  Or 
Gautier  Garguille  était  célèbre  avant  cette  époque.  Il  est  cité  dans  la 
Farce  de  Colin,  fiU  de  Thevot  le  maire^  dont  nous  possédons  une  édition 
datée  de  1542  (VioUet  le  Duc  ,11,  404I ,  et  son  nom  ne  tarda  pas  à  passer 
en  proverbe.  1  Riez  seulement,  dit  Bonaventure  des  Periers  (éd.  Louis 
Lacour,  I,  9},  et  ne  vous  chaille  si  ce  fui  Gaultier  ou  Garguille.  »  La 
Comédie  des  Proverbes  (Viollct  le  Duc,  IX,  51I  a  recueilli  un  dicton 
presque  semblable  :  «  S'il  eust  pris  Gautier  pour  Garguille,  j'en  aurois 
belle  verdasse.  » 

Il  y  a  pourtant  une  difficulté.  Le  passage  de  la  Grand  Confrairie  des 
Saouls  d'ouvrer  que  nous  avons  cité  est  tiré  des  réimpressions  populaires 
exécutées  au  xvui"  siècle  à  Rouen  et  à  Troyes.  U  nous  a  été  impossible 
de  consulter  la  première  édition  gothique  ;  le  recueil  dont  elle  faisait 
partie  fut  acheté  par  la  Bibliothèque  royale  à  la  vente  du  duc  de  La 
Vallière,  mais  il  ne  se  trouve  plus  aujourd'hui  dans  notre  grand  établis- 
sement national.  Nous  ne  savons  non  plus  ce  qu'est  devenu  le  volume 
possédé  jadis  par  Richard  Heber.  Nous  ne  pouvons  donc  affirmer  d'une 
manière  positive  que  les  noms  de  Philippol  Plaiier  et  de  Gaultier  Gar- 
guille aient  été  dès  l'origine  mentionnés  parmi  ceux  des  fondateurs  de 
la  confrérie.  Il  est  remarquable  en  effet  que  ces  noms  ne  figurent  pas 
dans  une  édition  de  Lyon,  I59)i  S"'  reproduit  le  texte  d'une  édition 
beaucoup  plus  ancienne  de  Franfo/i  Juste  iBibl.  de  Rouen,  fonds  Leber, 
n"  250)),  ni  dans  une  édition  imprimée  à  Rouen,  chez  Nicolas  LescuytT, 
à  la  fin  du  xvi"  siècle  (Bibl.  de  M.  le  comte  de  Lignerolles),  ni  dans 
une  édition  de  Paris,  «  sur  la  coppie  imprimée  à  Lyon  »,  lûio  (BiW. 
nat-,  Y.  n.  p.,  Rés.),  On  lit  simplement  à  la  fin  de  ces  trois  réimpres- 
sions :  «  Tesmoings  Jehan  Gueneau,  Thibaud  TEntlé  et  Guillaume 
Mausoupé.  T> 

Malgré  le  doute  que  les  trois  éditions  que  nous  venons  de  citer  peuvent 
inspirer,  nous  sommes  portés  à  croire  que  les  imprimeurs  du  siècle 
dernier  n'ont  fait  que  reproduire  une  édition  ancienne  et  que  Gaultier  et 
Philippot  figuraient  à  l'origine  parmi  les  «1  saouls  d'ouvrer  n.  Les  édi- 
tions de  Lyon  1  ï9î,  de  Paris  1620  et  même  celle  de  Rouen  vers  1600 
sont  calquées  sur  celle  de  François  Juste;  or  l'on  comprend  sans  peine 
qu'à  Lyon,  où  les  aaeurs  rouennais  étaient  inconnus  en  15^1  François 


U   SOTTIE    EN    FRANCE  JO7 

Juste  n'ait  vu  dans  les  signataires  des  statuts  de  la  confrérie  que  des 
personnages  imaginaires  ci  qu'il  ail  supprimé  une  partie  de  ces  noms 
auxquels  il  n'attribuait  aucun  sens.  Les  seuls  qu'il  ail  conservés  sont  les 
deux  premiers  et  le  dernier. 

Nous  serions  heureux  de  restituer  au  théâtre  de  Rouen  le  nom  de 
Philippot  Platier,  mais  nous  reconnaissons  sans  peine  que,  pour  changer 
noire  hypothèse  en  certitude,  il  faudrait  découvrir  d'autres  renseigne- 
ments sur  ce  personnage.  Peut-être  le  trouverait-on  cité  dans  quelque 
document  locat;  par  malheur  la  ville  de  Rouen,  jadis  l'une  des  capitales 
politiques  et  littéraires  de  la  France,  considère  aujourd'hui  comme  un 
luxe  inutile  le  classement  de  ses  archives  et  l'entretien  d'un  archiviste  ! 

Bibliographie  : 

A.  Biblioifa.  nat.f  mss.  franc,  n"  24^41  {oîim  La  Vall.  6;),  fol.  $93  b- 
401  b. 

B.  Le  Roux  de  Lincy  et  Michel,  IV,  n*»  71. 


XXII. 

Sottie  nouvelle  a  six  personnaiges. 

Penonnages  : 
Le  Roy  des  Sot?,,  Sottinet,- 

Triboulet,  j  Coquibus, 

Mitouflet,  Guippelin. 

[Lyon  f  nrs  i$4$.] 

Cette  pièce  nous  ramène  aux  sotties  primitives  ;  c'est-à-dire  que  l'in- 
térêt dramatique  y  est  à  peu  près  nul.  C'est  un  simple  dialogue  entre  le 
Roy  des  Sotz,  qui  veut  passer  une  revue  de  ses  suppôts,  et  cinq  person- 
nages qui  se  rendent  à  son  appel.  Il  est  curieux  de  rencontrer  ici  le 
nom  de  Triboulet.  Le  fou  qui  rendit  ce  nom  célèbre  mourut  avant  1  $14 
(Joly,  La  vraie  Epitaphe  de  Triboulet;  Lyon,  1867,  in-8  ;  Montaiglon  et 
Rothschild,  Recueil^  XIII,  2)  ;  mais,  comme  l'a  montré  M.  Joly,  le  nom 
resta  légendaire  ;  on  l'appliqua  communément  aux  fous.  Le  nom  de 
Quoquibus  [équivalent  de  ^u/pro^uo|  était  aussi  une  appellation  ancien- 
nement donnée  aux  fous,  témoin  les  passages  suivants  : 

El  je  suis  bien  un  co^iuibus 

De  si  longuement  seiourner. 
(Fûru  noavtlU  au  Pasti  et  de  la  Tarte,  ap.  Viollel  le  Ouc,  II,  6;  Fournîer,  14.)  ' 

Tu  es  entre  tous  les  orfebvres 

Le  pins  ort  des  ors  coquibus. 
{Farce  nouvelle  ttes  cin^  Seru  de  l'homme,  ap.  Viollet  le  Duc,  111,  307.I 


|p8  B.    PICOT 

Je  regny  Dieu  !  J'^y  procuray 
Que  vous  boyrcz,  fol  quoqmbai, 
[Moraiité  des  Blasphémateurs  du  nom  de  Dieu,  fol.  C  2  6.) 

Entre  vous,  foUstres  coquars, 
Meschans  gens  de  Horde  façoo, 
£slourdis>  coqmhus^  paitlars, 
Entendez  a  nostre  leçon. 
{Lt  Miroita  et  Exemple  moralU  des  Enjans  ingrau^  réiropr.  de  Ponlier,  fol.  A 

Voici  te  début  de  la  sottie  : 

Le  Roy  des  Son  commence. 
Je  suis  des  soiz  seigneur  et  roy  ; 
Pourtant  je  vueil  par  bon  arroy 
Maintenant  |i)cy  ma  court  tenir 
Et  tous  mes  sotz  faire  venir 
Pour  me  faire  la  révérence, 
Et  aussi  que  c'est  grand  plaisance 
Quant  frères  habitent  ensemble, 
Comme  on  chante,  se  me  semble  : 
Ecce  quam  bonum  et  quant  jucundum 
Habitare  Jrafres  in  unum. 

La  chanson  que   le  Roy   chante   ici  revient  plusieurs  fois  ensuite 

(v-  37?.  ?7S.  ?78)- 

Le  dialogue  offre  peu  d'intérêt  et  le  jeu  de  mots  sur  Coquibus  qui 
«  ratz  porte  »  l'v.  1 16-142,  320-124)  ne  vauiguère  mieux  que  le  calem- 
bour que  nous  avons  vu  dans  la  Sottie  nouvelle  des  Trompeurs  [n'  XIV). 
Le  seul  passage  vraiment  curieux  de  la  pièce  est  celui  qui  contient  une 
allusion  à  Pantagruel  (v.  207^  208)  : 

SOTTINET. 

Il  a  donc  quelque  aullre  mal. 
A  il  point  le  panthagnul  f 

Les  bibliographes  croient  que  les  premiers  livres  de  Rabelais  parurent 
en  i5?2  ;  le  nom  employé  par  noire  auteur  pour  désigner  la  maladie 
des  ivrognes  semble  indiquer  que  Pantagruel  était  depuis  longtemps 
connu  des  spectateurs.  Ce  motif  nous  autorise  à  placer  la  Sottie  nouvelle 
vers  I J4S.  Elle  nous  parait  être  du  même  temps  que  l'édition  lyonnaise 
qui  nous  en  est  parvenue  ;  aussi  raitribuons-nous  au  théâtre  de  Lyon. 
En  voici  les  derniers  vers  : 

Adonc  ilz  chantent  tous  ensemble 
Ecce  qucm  bcnam  et  ^uam  locundum 
Hùhitan  fratru  in  anum. 


LA    SOTTIB   EH   FRANCE 

SOTTINET. 

Or,  je  vous  requier  de  caeur  6n,  )8o 

Attendez  vous  au  ubourin. 

Pour  l'honneur  de  la  compaignie» 

Qu'itz  nous  pardonnent  no  folie, 

Vous  plaise  de  dire  une  noite. 

A  Oïeu  TODS  dy  trestoas  et  toute.  {Bj 

Bibliographe  : 

Sottie  nouuel  H  le  a  six  personnaiges.  Cestassauoir.  ||  ^  Le  Roy  des 
sotz.  Souinei.  ||  ^  Triboulet.  Coquibus.  ||  ^  Miiouflei.  Cuippelin.  —  ^  Cy 
fine  la  Soitie  du  roy  des  sot:  \\  Et  aussi  de  ses  suppotz.  S.  l.  n.  d.  [Lyon^ 
en  la  maison  de  fcit  Barnabe  Chaussardj  vers  1 545],  in-4  goih.  de  6  fF. 
de  46  lignes  à  la  page  pleine,  impr.  en  gros  caract.,  sîgn.  A  par  4,  B 
par  2. 

La  pièce  n'a  qu'un  simple  titre  de  départ  et  n'est  oraée  d'aucun  bois.  —  Le 
reclo  du  i*'  f.  contient  jy  lignes  de  texte. 

Mus.  brit.,       *° 


B.  Viollet  le  Dt]c,  II,  22^-241. 


xxm. 


Pour  le  Roy  oe  u  Bazoche  es  jours  gras  mil  cinq,  cens 

QUARANTB    HUtCT. 

Personnages  : 
La  Ba7.oche,  Le  troisiesrae  Suppose, 

Le  premier  Suppost,  Mireloret,    5  Monsieur  Rien. 
Le  deuxiesme  Suppost,  Rapporte 
Nouvelle, 

[Paris y  février  1^48.] 

Voici  une  pièce  qui  nous  donne  une  idée  précise  de  ce  qu'étaient  les 
représentations  des  clercs  du  Palais  à  Paris  au  milieu  du  xvi*  siècle. 
C'est  une  sorte  de  revue  de  l'année  où  les  bazochiens  s'expriment  avec 
la  liberté  dont  ils  paraissent  avoir  eu  le  privilège.  Le  début  est  solennel  : 

La  Bazoche  commence. 
Non  sans  propos  l'on  dict  que  U  justice 
A  faict  cl  faicl  régner  princes  cl  roys  ; 
Non  sans  raison  fault  que  force  juste  tsse 
Pour  corriger  les  rebelles  desroys 
£1  metrc  aux  champs  les  martiaulz  arrojrs...       S 

La  Bazoche  récite  ainsi  une  sorte  de  prologue,  puis  les  Suppôts  entrent 
en  scène  : 


^^^^^^JtO                                                           B.    PICOT 

^H 

^^^                                Le  premier  Suppost.  Mirklorct. 

^^^^^^^^M 

^^^H                                   C'est  le  temps  de  me  resveiller 

^^^^^H 

^^^^^^K                           Et  sur  joyeusetez  veiller 

^^^^^^B 

^^^^^^1                           Pour  (lancer  et  mot2  joyeulx  dire. 

^^^^M 

^^^^^H                          Le  DEUXIE5ME  SUPPOST,  RAPPORTE  NOUVELLE.                           ^^^^| 

^^^^^^1                           C'est  le  temps  de  s'esmerveiller 

^^^1 

^^^^^^H                           Et  plus  que  jamais  travailler 

^^^H 

^^^^^^                            Pour  lanaenter  au  heu  de  rire... 

^^^1 

^^^"            L'arrivée  de   Monsieur  Rien  est  une  sorte  d'intermède  moral,  qui        ^| 

^Ë^        ravive  le  dialogue  des  suppôts  : 

^^M 

^^B^                                            Monsieur  Rien. 

^^^H 

^^^^^^H                            N'enquerez  point  que  je  sçays  faire, 

^^^H 

^^^^^^B                           Qui  |e  suys,  ne  quel  est  mon  nom  ; 

^^^^1 

^^^^^^M                          Je  sçay  tout             et  défaire 

22}                                ^^^B 

^^^^^^H                           Et  transmuer  ouy  en  nom 

^^^H 

^^^^^^H                           J'ay  par  le  monde  grand  renom  » 

^^^H 

^^^^^^H                           Aussy  suis  je  grand  terrien. 

^^^^fl 

^^^^^^H                           Ne  demandez  poiot  mon  surnom  ; 

^^^^1 

^^^^^^^                             Je  pculx  tout  et  si  je  suys  Rien... 

MO                  ^^H 

^^V            La  fin  de  la  sottie  contient  des  détails  curieux  sur  la  montre  générale        ^^| 

^1             des  clercs  du  Palais. 

^^^^H 

^^H                                                   La  Bazoche. 

^^^^Ê 

^^^K^^                          C'est  assez  dict  pour  ceste  foys 

^M 

^^^^^^H                            Bazochicns,  entendez  tous 

^^^^^^H                         Je  veuixen  tnumphant  arroy 

^^^^^M 

^^^^^^H                           Eslire      faire  un  nouveau  roy 

^^^^^^1 

^^^^^^1                           Comme  il       cousturae  de  faire; 

^4S            ^^^^H 

^^^^^^H                           Pourtant  chacun  pense  a  l'affaire, 

^^^^H 

^^^^^^H                             Autant  les  grandz  que  les  pelitz, 

^^^^H 

^^^^^^H                           Et  faire  les  preparatifz, 

^^^^^1 

^^^^^^B                           Car,          comme  liberalle, 

^^^^^^^ 

^^^^^^B                          Je  tendz  a  monstre  generalte, 

6(0                       ^^^^^1 

^^^^^^B                           Qui.  l'esté  qui  vient,  sera  faicte. 

^^^^1 

^^^^^^^1                           En  honneur  du  triumphe  et  feste, 

^^^^1 

^^^^^^^1                           Ne  faillez  mon&trer  voz  bons  meurs 

^^^^1 

^^^^^^^1                          Qui  font  de  la  vertu  approche, 

^^^^^Ê 

^^^^^^^P                          Tant  que  Ton  dye  par  honneurs  ; 

^is         ^^^M 

^^^^^^^                          Vive  l'excellenle  Bazoche  ! 

^^^M 

^^^P           M.  de  Moniaiglon  a  te  premier  attiré  l'attention  sur 

ta  sottie  de  1 J48        ^H 

^Ê             dans  le  BulUtin  de  ta  Société  des  Antiijuaires  de  France 

|i8$8,  sjhilest        ^H 

H             surprenant  que  depuis  lors  elle  n'ait  pas  trouvé  d'éditeur.  M.  Favre,        ^^| 

H             l'auteur  des  Clercs  de  U  Bazoche  \i*  éd.,  Lyon,   187^, 

in-8)  n'en  a  pas        ^H 

H^            eu  connaissance,  pas  plus  qu'il  n'a  parlé  de  la  Mère  de  VHle  {p9  XVIIl}.        ^^Ê 

^^^^^ 

H 

LA   SOTTIE    EN   FRANCE  )  1  I 

Bibliographie  : 

Bibl.  municipale  de  Soissons,  ms.  n"  187,  in-fol,  sur  papier  de  95  S. 
et  3  ff.  blancs  (xvi'  siècle),  fol.  14^25  è. 

XXIV. 

OrALOGUE    PLAISANT    ET    RECREATIF,     ENTREMESLË    DE    PLUSIEURS   DIS- 
COURS  PLAISANS    ET   FACETIEUX   EN    FORME    DE   COQ^A-L'aSNE. 

[Rouen?  vers  1550  ?] 

La  pièce  dont  nous  venons  de  transcrire  le  titre  ne  nous  est  connue 
que  par  deux  éditions  des  plus  fautives.  Elle  se  compose  de  deux  parties 
que  nous  croyons  d'époques  différentes.  La  première  est  un  sonnet, 
dont  le  second  quatrain  est  incomplet  de  trois  vers  ;  la  seconde  est  un 
fragment  dramatique,  que  nous  croyons  tiré  d'une  sottie. 
Le  sonnet  commence  ainsi  : 

J'ai  veu,  n'a  pas  longtemps,  la  fortune  improspére 

Se  jouer  de  plusieurs  et  n'espargner  nully. 

N'est  ce  pas  hors  saison  recevoir  de  son  père, 

Las,  o  Dieu  !  que  diray  je  ?  grant  tristesse  et  ennuy  ! 

Quant  au  dialogue,  les  interlocuteurs  n'en  sont  désignés  que  par  les 
lettres  P  et  D,  qu'il  faut  peut-être  interpréter  par  «  Premier  »  et 
«  Deuxième  ».  En  voici  les  premiers  vers  : 

D. 

Je  vous  dirai  présentement 
Ce  qui  en  est  [enj  un  moment. 

P. 
Or,  dites  donc,  sans  plus  tarder. 

D. 
De  ce  ne  pourrez  ignorer. 

L'éditeur  intercale  ensuite  six  vers  décasyllabiques  empruntés  sans 
doute  à  un  poète  de  la  pléiade  et  plus  modernes  que  la  sottie  : 

P. 
Je  m'esbahis  d'ainsi  voir  l'ignorant  j 

Estre  sur  tous  prisé  et  révéré 
Et  plus  qu'un  dieu  le  voir  mieux  adoré. 
Or  n'est  cela  pour  ce  qu'argent  comptant 
11  a  en  main?  11  en  fault  donc  avoir, 
Si  voulez  estre  dit  homme  de  sçavoir.  10 

Le  reste  de  la  pièce  est  écrit  en  vers  de  huit  syllabes  ;  en  voici  la  fin: 

D. 
Il  n'est  que  la  présence  honneste 
De  l'amie  au  vray  besoin, 
Et  ne  peut  il,  qui  n'en  a  point. 


;i2       ^^^^^^  E.    PICOT 

A  sa  mignonne  faire  feste.  1 1  o 

P. 

Il  sera  donc  réputé  beste. 
D. 

Poarquoy?  [ ) 

P. 
Pour  n'avoir  peu  bien  satisfaire  ; 
•  D'avoir  aassi  mis  a  ce  faire 
Un  gros  lourdaut  et  faint-neant  1 1 } 

Qui  n'a  puissance  de  bien  faire; 
Aussi  le  fait  il  pour  néant. 

Bibliographie  : 

A.  Dialogue  (|  plaisant  et  re  (I créatif  entre-  Ij  mesié  de  plusieurs  Dis- 1| 
cours  plaisans  &  ||  facétieux.  ||  En  forme  de  Coq  à  l'Asne.  Il  A  Rouen.  R 
Chez  Loys  Costéy  libraire,  rue  Es-  Il  cujcre  aux  trois  -i^l'l-.  ||  couronnets.  S. 
d,  [vers  i6ooj,  pet  in-8  de  4  ff.  de  27  lignes  à  la  page,  sans  sign. 

Titre  encadré,  au  v?  duquel  est  placé  le  quatrain  suivant  : 

(luatrain. 
Lecteur,  ()ui  que  tu  sois,  auras  pour  agréable, 
S'il  te  plaist,  de  bon  cœur  ce  livret  et  recueil. 
Oui  t'est  [cy]  présenté  comme  un  mets  délectable. 
Ne  luy  refuse  point  ton  gracieux  accueil. 
Bibl.  nat.,  Y  -f  61  lâ,  A  Rés.^  dans  un   recueil  qui  contient  douze  pièces 
imprimées  par  CosU. 

B.  Dialogue  II  plaisant  et  n  récréatif  en-lltremeslé  de  n  plusieurs  Dis- 
cours Il  plaisans  &  fa-  n  cetieux.  Il  En  forme  de  Coq  à  L'asne.  Il  A  Rouen,  Il 
Chez  Nicolas  Lescuyer,  près  le  grand  |j  portail,  nostre  dame.  S.  d.  [vers 
1600],  pet.  in-8  de  4  i!.  de  27  lignes  à  ta  page,  sans  chiffr.,  réd.,  ni 
signature. 

Le  titre,  dont  le  v  est  blanc,  est  orné  d'un  encadrement  et  de  la  petite  marque 
de  LtscwjtTy  avec  la  devise  :  Ilâfsovrat  «at  (ii>.>orca. 
Le  y"  du  dernier  f.  est  blanc. 
Bibl.  de  M.  le  comte  de  Lignerolles. 

C.  Dialogue  plaisant  et  récréatif  entremeslé  de  plusieurs  discours  plai- 
sans et  facecieux  en  forme  de  coq  à  l'asne.  S.  l.  n.  d.  [Rouen,  Adrien 
Morront,  vers  1622  ?],  pet.  in-8  de  8  pp. 

Cette  édition,  dont  un  e;cempiaire  est  conservé  â  la  Bibt.  de  Rouen,  ne 
nous  est  connue  que  p»r  une  courte  notice  de  M.  Frère  (Manuel  4u  Bibliographe 
normand,  I,  216).  Elle  fait  partie  d'un  recueil  qui  contient  en  outre  un  Chant 
real  faict  en  forme  de  dialogue  (Rouen,  Adrien  Morront,  1622)  et  le  Miroir  des 
Moines  mondains.  Ces  pièces  paraissent  avoir  été  publiées  par  le  même  libraire, 
aussi  M.  Frère  les  a-t-il  attribuées  toutes  trois  i  David  Ferrand,  mais  le  célèbre 
auteur  de  ta  Musc  normande  n'était  certamement  pas  né  quand  le  Dialogue  fut 
composé.  Quant  au  Miroir  des  Moines  mondains,  il  remonte  i  la  fin  du  XV»siéde 
(MontaigloR  et  Rothschild.  Xlll,  2S1-2HS). 

D.  Montaiglonet  Rothschild,  Recueil,  V,i{)-i6(. 


LA  SOTTIt  EN   FRAHCE 


XXV. 

Farce  a  cinq,  personnages,  c'est  a  sçavoir  le  Pèlerinage  de 

Mariage. 

Personnages  : 

La  viéle  Pèlerine,  Le  viel  Pèlerin, 

La  deuxième  Pèlerine,  s  Le  jeune  Pèlerin. 

La  troisième  Pèlerine, 

[Rouen t  octobre  i  $56.] 

Celte  pièce  se  rapproche  par  le  sujet  de  la  Farce  des  Brus.  Les  n  pèle- 
rines »  ne  se  distinguent  des  «  brus  »  que  par  le  nom.  La  «  vîéle  Pèle- 
rine B,  qui  remplit  le  r61e  de  Mère  Sotte,  se  met  en  route  avec  ses 
compagnons  pour  accomplir  un  long  voyage  : 

La  viéle  Pèlerine  comence. 
Or  allons  a  nostre  voyage. 
Que  l'on  apelle  mariage  ; 
Jeunes  filles  en  ont  dcsir. 

La  deuxième  Pèlerine. 
D'y  aller  m'est  un  grand  plaisir, 
Et  pour  Ijnt  partons  de  ce  lieu.  { 

La  troisième  Pèlerine. 
Puys  que  c'est  le  plaisir  de  Dieu, 
Je  m'y  veulx  mectre  par  chemm..* 

Les  trois  femmes  rencontrent  un  «  viel  Pèlerin  )>,  qui  a  déjà  parcouru 
la  route  qu'elles  veulent  suivre  et  qui  les  exhorte  à  porter  ailleurs  leurs 
pas.  Survient  un  jeune  homme  qui,  dans  son  inexpérience,  se  propose, 
lui  aussi,  de  faire  le  pèlerinage.  Les  raisons  du  vieillard  ne  le  convain- 
quent pas  ;  il  se  moque  de  lui  et  s'apprête  à  passer  outre. 

Le  vieil  Pèlerin  admire  cette  ardeur,  non  sans  témoigner  quelque 
incrédulité  : 

Le  viel  Pèlerin. 
Il  est  vaillant  comme  Roullant. 
Saincte  dame,  qu'il  est  bardy  !...  1  {4 

Le  jeune  Pèlerin. 
J'ey  bon  pié,  bon  oeuil,  bonne  main  14) 

Pour  bien  sçavoir  descroter  cotes. 

Le  viel  Pèlerin. 
Olivier,  baille  luy  ses  botes  ; 
Y  tura  Karesme  Prenant! 

Ce  dernier  trait  manque  au  Livre  des  Proverbes  de  Le  Roux  de  Lincy. 


;i4  e.  PICOT 

La  dispute  se  continue  iv.  i97'2{4)  par  des  couplets  d'une  habile 
facture.  Ce  sont  des  quatrains  mis  alternativement  dans  la  bouche  du 
vieillard  et  de  ses  coniradiaeurs.  Le  dernier  vers  de  chaque  couplet  est 
repris  en  chœur  par  tous  les  personnages  : 

La  première  Pèlerine. 
Un  coeur  qui  d'amour  «t  espoinct 
Et  peuJt  mariage  choîssir, 
Je  CTO^  que  de  douleur  n'a  poinct, 

Y  chantent  : 
Puys  qu'il  est  beau  a  mon  plaisir loo 

Le  viel  Pèlerin. 
Voitre  plaisir?  Quant  on  a  le  loisir 
On  ne  seroyt  meilleur  choisir  ; 
Mariage  est  mygnon  et  gent 

Y  chantent  : 
Quant  la  nuicl  nt  venue... 

Le  vieillard  finit  par  prendre  en  pitié  tes  défenseurs  du  mariage  et  se 
met  à  énuraérer  les  choses  nécessaires  en  ménage,  mais  cette  énuméra- 
tion  n'est  qu'indiquée  ;  l'auteur  ne  lui  donne  pas  les  développements 
qu'elle  a  reçus  dans  les  Complaintes  du  Nouveau  Marié  (Montaiglon  et 
Rothschild,  Recueil^  I,  xz  ;  IV,  5). 

La  fin  de  la  pièce  est  fort  curieuse.  Le  viel  Pèlerin  ne  peut  convertir 
ses  adversaires  ;  il  leur  dit  que, 

..premyer  qu'entrer  au  sainct  lieu 

De  mariage,  îl  îault  crier 

Et  a  haulte  voii  Dieu  prier 

Et.  pour  prendre  poscssion, 

[Y]  faire  une  procession.  370 

Après  une  chanson,  dont  le  texte  ne  nous  est  pas  rapporté,  la  pro- 
cession commence. 

Tous  ensemble  en  tournant  a  la  salle  : 
Sancta  Bafecta,  reculés  de  nobts  ; 
Sancta  Sadineta^  aprochès  de  nobis  ; 
Sancia  QuaqatUy  ne  parlés  de  nobis  ;  385 

Sancla  Fachossa^  ne  faschés  poinct  nobis  ; 
Sâncta  Crondina,  ne  touches  nobis... 

Les  sots  font  ainsi  le  tour  de  ta  salle  en  parodiant  les  litanies  du 
samedi  saint  : 

De  lemtne  ptainne  de  lempeste 
Qui  a  UQC  mauvaise  leste 
Et  le  cerveau  contaminé 
Ensemble. 
Ubera  nos,  Domine, 


LA   SOTTIB    EN    FRANCE 

Les  litanies  se  lermincnt  par  un  oremus  grotesque  : 

Fil  d'estoupe,  fil  d«  Lyon, 

Fil  d'Estampes,  fil  d'Avignon, 

Fil  de  Gibray,  fil  de  Paris, 

Fil  noeir,  fil  vert,  aussy  fil  grîs, 

Fit  d'ozeille  et  fil  de  lin,  475 

Fil  de  soeir,  fil  de  matin. 

Fil  de  Rouen,  fil  de  Louviers... 

De  tous  les  filz  je  suys  au  boult 

Or  ne  parlons  plus  de  ces  filz, 

Mais  resjouyssons  noz  cspritz. 

En  prenant  congé  de  ce  lieu  49) 

Une  chanson  pour  dire  a  Dieu. 

Telle  est  cette  pièce  sur  laquelle  nous  avons  la  bonne  fortune  de  pou- 
voir donner  des  détails  inconnus  à  nos  devanders.  Le  Pderina^t  de 
Mariiige  fui  représenté  à  Rouen,  en  i  jî6>  par  une  troupe  qui  inaugura 
dans  cette  ville  le  premier  théâtre  régulier. 

Au  mois  d'octobre  de  cette  année,  un  comédien  appelé  Pierre  le  Par- 
donneur  loua  sur  la  paroisse  Saint-£tienne-des-Tonneliers  un  jeu  de 
paume  appartenant  à  Jean  Uasne  et  connu  sous  le  nom  de  Port-de-Salut. 
Le  Pardonneur  avait  avec  lui  cinq  autres  acteurs  :  Toussaint  Langloïs^ 
Nicolas  Lecomie,  Jacques  Langlois,  Nicolas  Transcart  et  Robert  Hurel, 
plus  «  trois  petits  enfants  chantres  >►.  Dès  la  troisième  représentation, 
alors  qu'on  jouait  la  Vie  de  Job,  la  salle  fut  envahie  par  les  sergents  et 
bruialeraeni  fermée.  Quelle  était  la  cause  de  celle  mesure  rigoureuse  ? 
Une  farce  appelée  le  Retour  de  Mariage.  Il  ne  nous  parait  pas  douteux 
que  cette  pièce  ne  soit  précisément  celle  dont  nous  venons  de  donner 
une  analyse.  On  remarquera  que  les  sots  font  leur  procession  autour  de 
la  «  salle  »,  autour  du  jeu  de  paume  dont  nous  venons  de  parler  ;  cette 
indication,  rapprochée  des  allusions  normandes  que  contient  Vorcmus 
|V.  47}  et  suivi,  tranche  la  question  d'une  manière  aussi  certaine  que 
possible. 

Les  documents  relatifs  â  ta  troupe  de  Pierre  Le  Pardonneur  ont  été 
découverts  par  M.  Gosselin  aux  archives  du  Palais-de-Justice  de  Rouen 
(Recherches  sur  tes  origines  et  Vhistoire  du  théâtre  à  Rouen  avant  Corneille  ; 
extr.  delà  Revue  de  la  Normandie;  Rouen,  1868,  in-8,  41-40-  *-C8 
documents  se  composent  d'une  requête  adressée  à  nosseigneurs  du  Par- 
lement par  les  malheureux  comédiens  et  de  deux  arrêts  de  la  cour.  Dans 
la  requête  Le  Pardonneur  et  ses  camarades  énumèrentles  dépenses  aux- 
quelles ils  ont  été  entraînés,  s'engagent  à  ne  faire  aucun  bruit  par  La  ville 
et  se  soumeiteni  d'avance  à  la  censure  Le  premier  arrêt,  rendu  séance 


5l6  E.    PICOT 

tenante,  dispose  que,  «  comme  c'est  la  première  fois  qu'une  troupe  se 
présente  et  joue  en  public  moyennant  sallaire,  la  cour  ordonne  que  frère 
Mathieu  des  Landes,  provincial  des  Carmes,  et  Jehan  Lambert,  chanoine 
et  pénitencier  de  Nostre  Dame,  vont  examiner  les  moralités  et  farces 
que  les  requérants  se  proposent  de  jouer.  »  Le  second  arrêt,  le  seul  où  il 
soit  question  de  notre  sottie,  nous  apprend  que  l'examen  eut  lieu  immé- 
diatement, sans  doute  parce  que  les  censeurs  connaissaient  déjà  les  pièces 
qui  leur  étaient  soumises.  En  effet,  dès  le  lendemain,  2j  octobre,  le 
rapport  ayant  été  déposé,  la  cour  «  permet  aux  suppliants  d'achever  leur 
jeu  ainsi  qu'ils  l'ont  commencé,  parce  qu^ils  ne  feront  leurs  dits  jeux  que 
le  dimanche  après  vcspres  et  ne  feront  sonner  le  tabourin  ne  autre 
instrument  faisant  bruict  pour  assembler  le  peuple,  et  aussi  qu'ils  ne 
joueront  la  farce  du  Rétour  de  Mariage  et  que  en  tous  leurs  jeux,  jusqu'à 
Tachevement  d'iceux,  se  y  conduiront  honnestemeni  et  modestement  ». 

Quels  reproches  le  Parlement  pouvait-il  adresser  à  notre  sottie  ?  Il 
jugeait  sans  doute  inconvenante  la  parodie  des  litanies,  à  un  moment  où 
il  faisait  tous  ses  efforts  pour  arrêter  les  progrès  de  la  Réforme.  Quant 
aux  allusions  politiques,  il  lui  aurait  été  difficile  d'en  découvrir. 

Nous  ne  rechercherons  pas  les  autres  pièces  qui  ont  pu  être  jouées 
sur  le  théâtre  de  Le  Pardonneur  ' ,  mais  nous  ferons  encore  une  dernière 
réflexion. 

La  course  des  apothicaires  dont  Molière  a  égayé  Monsieur  de  Pour~ 
ceaagnac  n'a-t-elle  pas  son  origine  dans  les  processions  grotesques  du 
genre  de  celle  qui  termine  notre  sottie  ^ 

Bibliographie  : 

A.  Biblioth.  nat.,  ms.  franc,  n"  24^41  {oUm  La  Valt.  6)),  foi.  86  fr- 

B.  Le  Roux  de  Lincy  et  Michel,  I,  n"»  19. 

XXVI. 

Les  trois  Galans,  farce  nouvelle  a  quatre  personnages,  c'est  à 
sçavoir  : 

Le  premier  Galant,  Le  troisième  Galant, 

Le  deuxième  Galant,  Un  Badin  [Naudin]. 

[Vers  1571.] 


I.  Parmi  les  pièces  qui  peuvent  èlr*r  attribuées  au  théâtre  du  Port-de-Salut, 
nous  citerons  seutemcnl  U  Discours  dcmonsirant  sans  ftïncu  tornme  maints  Pions 
font  leurs  plainte.  Ce  Discours,  composé  comme  notre  sottie  en  1^6,  est  un 
monologue  dramatique  (]ui  paraît  seulement  avoir  subi  quelques  modilications 
au  mûmenl  de  l'impression  ;  on  y  trouve  en  toutes  lettres  (v.  ^7)  le  nom  du 
Port-de-Salut.  Vojr.  Montaiglon  et  Rothschild,  Recueil^  XI,  71. 


U    SOTTIE    EN    FRANCE  Jl? 

Les  trois  GaUns  sont  par  ordre  chronologique  la  dernière  sottie  qui 
nous  soit  connue.  La  pièce  débute  par  un  triolet  : 

Le  f'remier  Q al aht  commence. 
Qu'est  il  de  faire  P 

Le  deuxième  Galant. 
C^oy  ?  De  rire 
Sans  avoir  e&pntz  eadormys. 

Le  troisième  Galant. 
Joyeutx,  joyeulx. 

Le  Premier. 

Promptz  i  bien  dire. 
Le  Deuxième. 
Qu'est  il  de  laire  ? 

Le  Troisième. 

Quoy?  De  rire. 
Le  Premier. 
Y  nous  (ault  chagrin  interdire...  j 

Les  Galants  rencontrent  un  badin  et,  pour  se  divertir,  se  mettent  à 
rinterroger.  Le  Badin  leur  raconte  des  songes  ;  il  a  rêvé  qu'il  était  le 
pape: 

Le  Premier. 
Le  pape?  Baicdiciu! 

Le  Baoin. 
Ouy,  par  ma  Toy,  je  Pay  esté, 
N'en  ayez  la  pens^  troublée, 
Car  j'ey  faict  faire  l'assemblée  80 

Des  princes  :  crcsliens  menoye 
Sur  les  Turcs,  et  les  corabaloye  ; 
Et,  quant  m'esveillay  au  malin, 
J'apcrceuplz  que  j'estoys  Naudin, 
Et  puys  après  je  m'endonnys.  8f 

Comme  l'a  déjà  remarqué  M.  Fournier,  ce  passage  donne  la  date  de 
la  pièce.  Il  s'agit  en  elTet  ici  de  la  ligue  que  le  pape  Pie  V  forma  contre 
les  Turcs  et  de  la  bataille  de  Lépante  gagnée,  en  1571,  par  les  flottes 
combinées  de  l'Espagne  et  de  Venise. 

Le  Badin,  continuant  ses  facéties,  prétend  avoir  rêvé  qu'il  était  Dieu 
le  père.  Ce  beau  rêve  lui  donne  l'occasion  de  dire  tout  ce  qu'il  ferait  s'il 
trônait  en  paradis.  Il  donne  une  description  assez  amusante  d'un  pays 
de  Cocagne,  où  il  ne  serait  plus  nécessaire  de  travailler,  de  payer,  ni 
de  faire  le  carême  ;  où  l'on  mangerait  de  bonnes  choses  et  boirait  de 
bon  vin  ;  où  les  boulangers  ne  tromperaient  plus  sur  le  poids  du  pain  ; 
où  enfin  les  femmes  ne  parleraient  plus.  La  sottie  se  termine  par  une 
sorte  de  morale  : 


,.8 


E.    PICOT 

Le  Premier. 
Mais  conclues. 

Le  Badin. 

Pour  conséquence 
Et  du  sens  avoir  la  sentence  : 
Plusieurs  sots  de  tel  propos  sont, 
Si  povoient  aroyent  plus  qu'i  n'uni  ; 
Y  feroyent  choses  impossibles 
Qui  ne  sont  pas  à  eulx  possibles, 
Comme  avés  veu  en  ceste  place. 
Or  chantons  donc  de  bonne  grâce; 
En  prenant  congé  de  ce  lieu, 
Nous  vous  disons  à  tous  à  Dieu. 


HO 


MS 


Bibliographie  : 

A.  Bibl.  nat.,  ms.  franc,  n»  24^41  (o/fm  La  Vall.  63),  fol  21911-226^. 

B.  Le  Roux  de  Lincy  et  Michel,  II,  no  ^9. 

C.  Fournier,  449-455. 

Emile  Picot. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE  DES  MATIÈRES. 
(Les  titres  des  pièces  analysées  ci-dessus  sont  accompagnés  d'un  astérisque.) 


Absurda  d'Erasme,  238. 

Abondance  (Jehan  d'),  240. 

AlfUZj  270. 

Adonville  (d'),  ijj. 

Agardez,  299. 

Ayrer  (Jaltob),  246. 

Alienor  (la  reine),  286. 

Alivergault  {sûinct)^  268. 

Allut,  Symph.  ChampUr^  261. 

Alven'Factie,  244. 

Ambassade  des  ConardZy  2}  8. 

Amboise,  277. 

Ancona  {d'),  Origini^  247. 

Aneaalx^  290. 

Angleterre,  304. 

Angoulevent,  242. 

Anne  de  Bretagne,  263. 

Anthoine,  280. 

Archi  Poète  (1')  des  Pois  pillez,  242. 

Arques,  295. 


Arras,  267. 

Attaingnant  (Pierre),  273. 

Auge  (vallée  d'),  251. 

Aumale  (le  duc  d'),  254,  274. 

Auxerre,  284. 

Aveugle  [Farce  da  Sourd  et  de  /'),  238. 

Avignon,  315. 

Av'  OUSj   2J0. 

Badin,  240,  285. 
Badin  (/«),  291,  300. 
Badin  (un),  316. 
Badius  (Conrad),  241. 
Bagues  j  290. 
Ballin,  Palinods,  296. 
Balsac  (Robert  de],  261. 
Baoldet  Hercut,  237. 
Bateleur  (/e),  241. 
Baud  (Claude),  281. 
Baudaiz  (Porte),  252,  290. 


^^^^^P                                 u 

EN    FRANCE                                               ^IQ          ^H 

^^^M        Bayeux,  aji. 

Charte  der  Hethortitktn,  244.                     ^^M 

^^^H          Bàzoche  {la),  }0<). 

Chascun^  287.                                   ^^^^^Ê 

^^^Ê           Bazoche  de  Rouen,  29},  29). 

Chasteau  {tq  d'Amoars^  261.              ^^^^H 

^^^1          Bazochiens,  241,  26;,  jio. 

Chastillon,  27).                                  ^^^H 

^^^1          Beaulieu  ^Eustorg  de),  2^7,  264. 

Chaussard    (Héritiers   de   Barnabe),       ^H 

^^^H          Beauniûnt  j'Ie-Rogerj,  2$i. 

2(7,  262,  289,  299.                              ^H 

^^^H          Beauvais,  252,  29^. 

Chemin  (U)  de  l'Ospital,  261 .                    ^^M 

^^^H          Brauvoisine  (Porte),  2^2. 

Chemises  de  Hollande,  261.                         ^^H 

^^^H          Btgams,  28}. 

Cherri  {U  Franc  A/chur  de)^  304.        ^^^^Ê 

^^H         Bdlére  (Jean),  26). 

Choquart,  268.                                 ^^^^H 

^^^H          Bvnatd  [mnl)  Je  Mtnlhon^  240. 

Cinqmeime  (/t),  27;.                            ^^^^^Ê 

^^^H          Buârde^ 

Cmqmime  \U\  Sot^  291.                   ^^^^H 

^^^H           Blasphtmûleurs  {Moraï'iti  dts)^  )08. 

Clereq  (s»),  300.                               ^^^^^| 

^^^H          Bobo^  247. 

Clowns,                                           ^^^^H 

^^^H          Bonatier  (Jehan),  28}. 

Caullettede  poix  rebouUtx,  241.             ^^^H 

^^^H           Bonneval,  27). 

Cohn,  (ilz  dt  Tkevot  le  maire,  262,  304,         ^^M 

^^^H          Bon  Temps,  24},  280,  aSf. 

306.                                                           ^H 

^^^H          Bostcachart, 

Colioes  (Simon  de),  23$.                         ^H 

^^^1          Bouchet  (Jehan),  Episuts,  2361373, 

Colleryc  (Roger  de),  Satyre^  281-287.       ^H 

^^^H              29^;  —  Ctntalogiii^  270. 

Collier,  Hisl.,  24}.                            ^^^^H 

^^^1          Bouille  (la),  29). 

Comédie  des  Proverbes^  306.                ^^^^^| 

^^^H          BourdilloQ,  17  j. 

Commedia  delV  arte^  247.                   ^^^^^Ê 

^^^B          Bourgeois  (le)  gtnuihommt^  238. 

Compain,  297.                                  ^^^^H 

^^^H          Bootiot,  Recherches^  240. 

Complaintes  du  Nouveau  Marié ^  3 1 4.          ^^H 

^^^H           Brûii  tbranle),  29$. 

ComplamUs  lies)  des  Monniers,  30$.      ^^^^| 

^^^H           Brantôme,  26}. 

Conards,  2}8,  291,                               ^^^^| 

^^^H           Braunschweig  (H.  J.  v.),  246. 

Condamnacion  de  Bancqtut,  2(9.          ^^^^| 

^^^1          Bresse 

ConJrairU  {la  grand)  des  Saouls  d'oa-       ^^^ 

^^^1          Bri(onnet  (Guillaume),  272,  27{. 

^H 

^^^H 

Confrères  de  la  Passion,  241,             ^^^H 

^^^H           Bron  (Jean),  281. 

ConseilUr  (U),  283.                            ^^^H 

^^^H           'Brus  {Farce  des)^  293-29). 

CoDstantinople,                                 ^^^^H 

^^^^          Bttjecta  (M/icld),  J14. 

Coq-à-l'âne,  237,                                 ^^^^H 

^^^M 

Corcailloti,  268.                               ^^^^H 

^^^H          Cabieu,  2JI. 

(^sté  t^ys),                            ^^^^H 

^^^H           Cardin, 

Costumes,  261,  290.                       ^^^^H 

^^^1          Cardinot, 

CouilUbault  [sainct)^  268.                  ^^^^H 

^^^H 

Couflumr  (/c),  283.                           ^^^^H 

^^^H           Caron,  Cotlict.^  248,  36{,  282. 

Coventry  Mjsterus,  24).                     ^^^^H 

^^^H           Carquens^  290. 

'Cris  {Farce  des)  de  Paris,  298-300.     ^^^H 

^^^H           Carville,  297. 

^Croniqueurs,  27J-277.                         ^^^^B 

^^^H           Chaynes, 

Croalecu^                                         y^^^^M 

^^^H           Cbatot  (Cousin),  2J3, 

Cruche  (Maistre),  239,                      ^^^^H 

^^^H          Chansons   (Plasictirs   btlUs)  noineltts^ 

Cuisinia  (/r),  283.                                    ^^H 

^^m          264, 

Culbutes,  241,  2^3^  2{9f  268,  291.         ^^M 

^^^H          Chant  rtal  faut  en  forme  de  dialogue, 

^H 

^^m 

^^H 

^^M           Charles  Vni.  27t. 

Demonia^  339.                                   ^^^^^| 

^^^B           Charles 'Quint,  joi. 

Ûepaeeleur  {le)  de  nourriehes,  266.        ^^^^| 

H                     ^20 

PICOT                                     ^^^^^^^^^1 

^M                  Oernetal,  29^. 

Factie-Uedektn^  244.                ^^^^^^^^| 

^M                  Des  Moulins,  Catholicon,  261;  Dtpate- 

279.                           ^^^^^^^H 

^^                     lagc  fit  Tournay^  26G. 

299.                                     ^^^^^1 

^^^K           Des  PerrierslBonaventurc),  jo6. 

Farce  dt  Cotin^  filz  de  Thevot^  '^^^^^^| 

^^H          Des  Vaulx  (Gilles),  2^2. 

304,  306.                                             ^M 

^^^H           'DtuxiUs)  Gaïlans  et  une  Jemmc  qui  le 

'Farce  de  Folle  Bobance,  260-262,  294.       ^H 

^^^^               nomme  Sanctij  2^8-260,  268,  270. 

'Farce  des  Brus^  ^9i-29J,  313.                ^^Ê 

^^^H           Deuxième  {la)  Bru^  39}. 

Farce  des  a/if  Sens  de  l'homme^  307.         ^^| 

^^^H            PeuxUmc  [la]  PtUrinc^  513. 

Farce  des  deux  Savetiers^  239.             ^^^^H 

^^^1           DeuxUme  (U}^  289. 

'  Faru  des  nouveaux  Panas,  266.         ^^^^B 

^^^H           Dtaxiime  (Ui  Compaignon^  289. 

Farce  du  Caudisseur^  298.                  ^^^^^| 

^^^H           Dtaxiesmc  {U)  Caltant^  2^8,  }00,  ]02, 

Farce  du  Goutteux^  268.                      ^^^^H 

^H 

Farce  Ja  Pasti  et  de  la  Tarte^  307.       ^^^^| 

^^^H           Dtuxiime  \Je)  Hermite^  29}. 

Farce  du  Sourd  et  de  l'Aveugle^  238.          ^^H 

^^^H           Daixiùni  {le)  Petenn^  277. 

Farce  du  Vendeur  de  livres.  266,  268«      ^^H 

^^^H           DeuxUme  [le]  Sot,  262,  291. 

Farce  joyeuse  du  Savetier^  264.                   ^^H 

^^^H           Dwxiime  (le)  Suppost,  J09. 

'  Farce  nouvelle  [de  ta  Mite  de  fiUe\^      ^^H 

^^^H          Dialogue  du  Fol  et  du  Sege^  3^. 

29}-                                                                    ^M 

^^H          Dieppe,  29$. 

Farce  nouvelle  des  Cris  de  Paris ,  298-       ^H 

^^^H           Discours  des  Pions,  ji6. 

^H 

^^^H           *  Discours  plaisant  et  recrtétif^  ]  1 1  •  j  1 2 . 

*  Farce    nouvelle    moralisa   des    Cens       ^^| 

^^H          Ditz  de  Chascun,  288. 

nouveaulx,  2)  $-2)7,  262.                       ^^| 

^^^H          Doctrinal  de  retoriqae^  237. 

FastnachtspieUj  24 1-                             ^^^^^Ê 

^^^H           Doreures,  290. 

^^^^H 

^^^H           Douhet,  Dict.^  341 . 

237.                                       ^^^^^H 

^^^H           Dringue,  268. 

Faulte  d'argent,  264.                          ^^^^H 

^^^H          Du  Guesclin, 

Féminin  gerre^  278.                             |^^^^| 

^^H          Du  Méril  (Edel.K  Origines^  24$. 

Femmes  (les)  savantes,  238.                 ^^^^H 

^^^H           DaPlat  {le  seigneur),  262. 

Ferrand  r  David),  312.                      ^^^^H 

^^^H          Du    Pont-Aliis  (Jehan),    241,    262, 

Fétis,  Biographie,  2C-(.                      ^^^^H 

^^m        ^77- 

Fteux  (Us)  et  Rentes  des  filUs,  a66.      ^^^B 

^^^1          Du  Quesnay  {Colin),  29). 

Fine  Mine,  287.                                          ^^H 

^^H          Du  Saix  lAnloirte),  2j8. 

Flandre,  279.                                   i^^^H 

^^^1 

Flaun  (Paul),                             ^^^^^Ê 

^^^H          Eléonore  d'Autriche,  28(. 

Fleur  des  Chansons,  36(.              ^^^^^^^H 

^^^H           Enfance  {le  général  d'),  262. 

Ftoquet,  Hist.^  297.                    ^^^^^^H 

^^^H          En/ans  de  Bontemps^  280. 

^^^^^1 

^^^H          Enfans  Maugourernt,  291,  jof. 

'Folle  Bûbance,  260-262,  294.           ^^^^| 

^^^H          En/ans  sans  soucy^  239,  301. 

FolLyc  {dame),  266.                            ^^^^H 

^^^H          Engelés,  2^0. 

Fontaine  (Charles),  237.                    ^^^^^| 

^^^H          Erasme, 

Formigoy  (bataille  de),  3j3.              ^^^^H 

^^^H          Esbatementf  244. 

Foarnier  (Ed.),   Théâtre,    240,   241,       ^^H 

^^H          Espjgne,  304. 

248,    2s6,   2S7,   260,  268,    279,        ^1 

^^^H          Estampes,  31^. 

283,  28^,  287,  292,  293,  307  ;  —        ^M 

^^^H          Eustace  iGuillaume),  274. 

^«r.,  243,26^                                     ^H 

^^^1 

Fous,  2}6,  248.                                     ^^1 

^^^H          Fachossa  {sancta),  314. 

Franc  {le)  Archier  de  Cherrl,  304*         ^^^^B 

^^^H          Facteai^  244. 

304.                                      ^^^^^1 

^^^1          Fâctie,  244. 

François  1«%  27),  277,  29}.             ^^^H 

^^^^|P                                                  Lk 

EN   rRANCK 

3>l              ^M 

■              Franklin  'Alfred),  298. 

Sotfta,  262,  a6)^  266.269, 

37s-  ^^H 

H              Frère  (Ed.),  Manuel,  ^ti. 

277;  Terre  Sâincte,  27 j. 

^L^        Frtvaaix  {Cabbi  de)^  262. 

Crognet  (Pierre),  2J9,  244. 

^^^H 

^^^H        Fricûssù  crotatilloniey  291. 

Grondina  {sancta),  314. 

^^^^M 

^^^H       FfictUiUsj 

Grongnant  (Martin),  joj. 
Gueneau  (Jean),  joj,  )oé. 

^H 

^^V 

Gueru  (Hugues),  îo6. 

^^^H 

^M               CalantSy  298,  joo. 

Guycgart,  2y. 

^^^ 

^^^B         'Gallans  (/u  (/;ux)  tt  une  jtmme  ^ui  le 

Guiffrey  (Georges),  François  /" , 

^1 

^^^P            nommt  Sancté,  2^8-260,  268,  270. 

A/jz-Q/,  241,  242. 

^^H 

^^^         'Gâtants  [Us  trois),  farce  à  cinq  pers., 

Guillaume  Mausoupa,  )0(,  jo6 

^^^H 

■^             2^9.^1,268,270. 

Guiltot  Matcontent,  jo^. 

^^^^^ 

^^^L         *Gaians  (les   uoit),    Tarce    i    quatre 

Guippelm,  J07. 

^^^H 

^^^T            pcrs.,  ;i6-]i8. 

^^^^^ 

^m               *  Cailans  (la  trois)  et  Pbltpot,  J03. 

Halliwell,  Dicl.,  24^. 

^^^^^ 

^^^^        Gannay  (Jean  de),  272. 

Hankâ,  5^W  ,  246. 

^^^^M 

^^^B        CûidtCal  (/(),  29  (. 

Harxer,  299. 

^^^^1 

^^^■^         Garde  NafK  (te),  295. 

Heber  (Richard^,  jo6. 

^^^^1 

■              Carde  Pot  {k),  29  {. 

Hécarl,  257. 

^^^^1 

^1               Gargantua,  2i)-j. 

Hectore,  280. 

^^^^1 

^Ê              Gargaitle  (Gaultier),  30$-jo6. 

Hcnn  VllI,  267. 

^^^^1 

^M              Caste,  ChansonSf  2\^,  272. 

Hcricault   (d'),  Collerje,    26$, 

285.  ^™ 

^1              Gaudefroid,  2S0. 

2S7. 

^1              Caadisjeur  {Farce  ^u>,  298. 

Héricaolt  (d'j  et  Montaiglon,  Grtngore^          ^^| 

^H               Gautier,  jof. 

26s.. 

^^^^M 

^^              GafKti  {le  seigneur  de),  262. 

Htr mites,  29}. 

^^^^M 

^^^H         Gendarmes,  2j6,  2j8. 

Herodes,  joj. 

^^^^M 

^^^P         Géne!(, 

Hoffmann    von    Fallersleben , 

^H 

^^^V         Genève,  280,  28^. 

beig.,  24 j. 

^^^H 

^^P          Gengenbach  (Pamphitiu),  246 

Hone  (W.|,  Mysi.,  244,  245. 

^^^^^ 

^F             Gentilhomme  {le),  260. 

Hôtel  de  Bourgogne,  241,  24}. 

^^^^1 

^1               Gervais  (sainct),  288. 

Hurel  {Robert),  îi^. 

^^^^1 

■               GIbray,  2p,  jij. 

^^^^1 

^B               Gyoa  (Gaillauine),  2^4. 

Incitetoyre  bachique,  268. 

^^^^1 

^1               Girard  Manuet,  fO}. 

In/jnttrie  dijonnoite,  24). 

^^^^M 

^M              Goedeice  (Karl),  Cengenbûch,  246. 

Inlrôilos,  247. 

^^^^M 

^M              Gonin  rMâtstre),  26^ 

ïsegny,  2p. 

^^^^M 

^M               CoiStUn,  RechtrcheSt  }i^. 

luhe,  376,  279. 

^^^^M 

^1                Goumay,  29). 

^^^^^ 

^M              Gower,  24^. 

Jacob  (P.-L.)>  Rcc,  2S9. 

^^^^1 

^M              Grand  Maitey,  280. 

Jaques  (MaistreK  280. 

^^^^M 

^m              Grand  Mût  Sottie^  28). 

Jacques  le  Bazochien,  277. 

^^^^M 

^B              Grand  Pierre,  280 

Jamais  Saou  (Pierre),  jov 

^^^^M 

^Ê              Grève  (la),  2^2. 

Jamet  (Lyon),  237. 

^^^H 

^^^H         GriDgorCj  C6d;r.  d'Amours,  26 r  ;  — 

Jezerens,  290. 

^^^^1 

^^^1           Fantaisies,  269  ;  —  Folles  Entrtpr., 

Jean  Philippe,  284. 

^^^H 

^^^H            269  ;  —  Heurts,  269  ,  —  Jeu,  2  \<), 

Jenin  Ma  Fluste,  28  j 

^^^^^ 

^^^L          »4*i  273i  287,  294;  —  Obstma- 

Jergault,  267,  268. 

^^^^M 

^^^^^K    lion,  266;  —  5.  Loys,  273;  — 

Jeu  de  pois  pillez,  2)7. 

^^^H 

^^^^^^ft             RomMÏa, 

31 

^ 

^H      P2 

PtCOT                                 ^^^^^^^^H 

^^^H             Jui  du  Prince  desSotz^  2J9,  248,  26). 

Le  Rat  (Guillaume),  297.              ^^^^| 

^^^H             Jeune  {U)  Pèlerin^  j  1  j. 

Le  Roux  (Pierre),  24J.                    ^^^H 

^^^1             Joly,  Trtbotila,  ^07. 

Le  Roux  de  Lincy,  Prw.,  2)8,  }i|,     ^H 

^^^H                    247. 

Le  Roux  de  Lincy  et  Michel,  Rtcutil^     ^H 

^^^H            Josquin,  264. 

340,   24r,    248,   2p,    260,    266,     ^H 

^^^H            Joubert  (Nicolas),  242. 

268,  279,  290,    29Î,   29s,  a9«,     ^H 

^^^H            Joatiij  368. 

J02,  307,  316,  318.                           ^H 

^^^H            Joyei  {le  seigneur  de),  263. 

Le  Roy  (F.-N.)*  283.                             ^H 

^^^H 

Lescuyer  (Nicolas),  306,  312.                 ^^| 

^^^H             JabJoat,  Fûbl.,  236  ;  Myst.^  240,242. 

Letante  des  bons  Compaignons,  368.          ^^| 

^^^P            Jules        26jj 

Le  Veatm  (Philebert),  30J.                    ^H 

^^^H            Jusle  (Fraocois),  ;o6. 

Lignerolles  {comte   de)>    274,    287,      ^^Ê 

^^^H            Justesen  (Hicronymus),  246. 

^H 

^^H 

Lygrtûu  {cmpougner  le),  joj.              ^^^^H 

^^^1             Karesroe  pruiant,  2(2,  pj. 

Lorgne  {Torche),  304.                       ^^^^H 

^^^H             Keller,  Fastnachlsp.,  24). 

Lolrian  (Alain),  2^,  369,  301.        ^^^^^| 

^^^H            Klecha, 

Louandre,  Hist.  d'AbhailUf  242.             ^^| 

^^^H             La  Balue,  27). 

Louis  XI,  27).                                       ^^^k 

^^^H             Laboartux  {le),  260. 

Louis  XII,  236,  263,  267,  371,  2^\.     ^^1 

^^^H            La  Carelle  (le  baron  de  la  Roche), 

Louviers,  jtj.                                        ^^| 

^^M                        2SS. 

Lubme,  367.                                         ^^^^^| 

^^^H           Lacour  (Louis),  )o6. 

Lucz  (Robinet  de),  239.                  ^^^^H 

^^^H            Lacroix  (Paul),  voy.  Jacob. 

Luther,  284.                                    ^^^^H 

^^^1           La  Chesnaye  (Nicole de),  2}9. 

Lyon,  2J7,  2&0,  262,307,  J09,  jij.     ^H 

^^H           Ladr»  (Michel  de),  28t. 

^^Ê 

^^^H            Lalanne  (Ludovic),  2}9,  277. 

Mabille,  Choix,  260,  266,  268.               ^H 

^^^H             La  Ijine  \U  seigneur  dt)^  262, 

Macé  (Robinet),  3t4>                              ^| 

^^^^            Langlois  (Jacques),  ii\. 

Magnin,  Bullet.^  241  ;  Journ.  dis  Sa,,      ^^Ê 

^^^H            Langlois  (Toussaint),  315. 

H 

^^^H            L'Arpe  (Jean  de),  281. 

Malcontent  (Guillot),  30}.                ^^^^H 

^^^H           La  Rue  (de),  Essais,  269. 

277.                          ^^^^H 

^^^H           Lasne 

Malingre,  Nolls,  46(.                       ^^^^H 

^^^T             La  Vigne  (André  de),  Complainctes, 

294.                                     ^^^^H 

^^L                274;  —  Sotiuy  248,   2Sî,  270- 

Manuet  (Girard),  30J.                     ^^^^^H 

^^H                 274;  Vergur,  274 

Marchant                                        ^^^^^H 

^^^H            Le  Bonnatier,  28;. 

MarcouXy                                        I^^^^^M 

^^^H            Lecotnte  (Nicolas),  ]i5. 

Mareschaux,  376.                             ^^^^^| 

^^^B            Lccoy  de  la  Marche,  S.  Bernard,  240. 

*  Mariage  {Pèlerinage  de),  3i3-3l6.     ^^^^H 

^^^H            Le  Diamanticr  (Guillaume),  281. 

Marot  iClèment),  237,  241,  242.       ^^^^| 

^^^H           Le  Oorier  (Anthoine),  aSj. 

Martin  Grongnant,  30^.                    ^^^^H 

^^H           Le  Drut  (Pierre),  269. 

Mastiikàf^  246,                                   ^^^^^Ê 

^^^H            Le  Feron  (Jeanne),  2f2. 

Maapatcé  {abbi  de)y  302.                    ^^^^^| 

^^H           Le  Gros  Rosset  (Claude),  283 

Maorianne,  284.                                ^^^^H 

^^H           L'Enfant, 

Mausoupa  (Guillaume),  )0(,  306.            ^^M 

^^H           L'Enflé  (Thibault),  30^,  joâ. 

Maximiliea,  267.                             ^^^^H 

^^^B           Le  Noir  (Philippe),  269. 

244.                                     ^^^H 

^^^H           Léon  X,  271 ,  272,  27$. 

Médecin  {le),  283.                                          ^H 

^^^1           Lépante  (bataille  de),  317. 

'Menus  (les)  Propot^  ^t'-^Hf  '«l'*       ^H 

^^^^          Le  Pardonaeur  (Pierre)f  )if. 

248, 269.                            ^H 

^^V                                                       LA   SOTTIE 

EN   FRANCE                                           J2)                  ^H 

■         Mirt(UUi-js- 

NarrcnspitUf  24).                                            ^^H 

■           Mire  (h)  Ji  ydtt,  29). 

Natalle  prince  dt),  262.                             ^^^^| 

■          Min  Folie,  280. 

^^^^^1 

^1           MireSotte^  3^2,  262,  269,277,  296. 

Naudin^                                                        ^^^^^Ê 

^B          Mercier  (Robin),  aj). 

Nebesk^,  Mastiikài,  346.                         ^^H 

^Ê         Meschinot,  Ltintttes^  270,  289. 

Nerboone,  27).                                            ^^^H 

^1          Meulanc,  39^. 

Nevers,  2  {2.                                              ^^^^H 

H          Michel   (Francisque),  voy.  Le  Roux 

Nicolas^                                                    ^^^^H 

H            de  Lincy  et  Michel. 

Nyverd  (Guillaume),  ajj.                         ^^^^H 

H         Milan,  361. 

Normandie,  279.                                             ^^H 

H          Mymm  (Maistre),  267,  268. 

Normands,                                                   ^^H 

^M          Mlrehretf  )09. 

Nuremberg,  34^.                                            ^^^| 

^M         Miroir  [U)  des  Montes  mondains^  312. 

^^^B 

H         Mirouer  et  EumpU  morallt  lies  Enjans 

Obstinaticn  {C)  des  Souyches,  366.                 ^^^H 

H             ingratz,  236,  308. 

On  —            2(0,  279, 29}.                       ^^^H 

^M         MisUre  de  la  Passion^  340. 

249.                                                ^^^^H 

^Ê         Mitiirt  dit  iUge  d'Orléans^  2^). 

Orléans  (le  dac  d'),  386.                          ^^^M 

^M         Mitou/îetj  307. 

Orphivre  {t'),  28|.                                      ^^^H 

■         Motard  (le),  280. 

Que       oj,  300.                                         ^^^^H 

H         Molière,  238. 

^^^^M 

^M          Mûliniaulx  (les),  2)2,  295. 

^^m 

^Ê         Moltzer,  Dram.  Poez.^  24). 

Pampelune,  267.                                    ^^^^H 

H         Monde  ile),  249,  2jj,  270,  283. 

Pantagruel^  308.                                          ^^^^^| 

^m         Monde  {U  Noineau)^  27}. 

Parfaict  (Frères),  Hist.,  3)9,  241.              ^^^^| 

H        Monde  [U]  qui  eslaadfi^  278. 

Paris,  2(),  270,  27t,50i|  j09t)'S-         ^^^| 

^m         Monologue^  239. 

Paris  (Cris  de)^  298.                                      ^^^^H 

^M         Monologue  des  notaeaatxSotz,  291. 

Paris   (Gastonjf   Chans.^   2(9,  260,          ^^^^H 

^M         Monologue  des  Sotz  joyeulXf  269,  291. 

377-                                                        ^^^1 

^^^^  Montaiglon, 

Parmentter  Jehan),  296.                          ^^^^H 

^^^f  MonUigloD   et  Rothschild,  Cringore^ 

Passetemps  {t'amoureux)^  364,                       ^^^^^| 

H               26i,     26e;    —    fl«..    2Î9,    244, 

Palheiin^          267.                                    ^^^^H 

■             248,  266,   268,  288,   290,    291, 

*  Pèlerinage  {le)  dt  Mariage,  313-316.         ^^^^H 

H             jof.  P7i  }>^  P4i  P6. 

"Pèlerins  (les  trois)  et   Malice,   368,         ^^^H 

^1        Montifaud,  302. 

^^H 

^M         'Moral  de  Tout  U  Monde^  289-290. 

Perrotin,                                                    ^^^^H 

^P        Moratiti  de  Mundus^  Caro,  Demonit, 

^^^^1 

1 

Pcliremand  (Maistre),  280,  28].                  ^^^^f 

^M        Moialài  des  Blasphémateurs,  308. 

^^^H 

^1         Moraiiii,  MysUrc  et  Figure  de  la  Pas-' 

Peuple  françott,  38  (.                                   ^^^^^H 

^M            sion,  2)6. 

Phalése  |Pierre),  26(.                          ^^^^^H 

^M        Moraliti    ou    Histoire  rommaine  d'une 

Philebert  le  Ventru,  30),                     ^^^^^^H 

^M           femme  qui  aroit  wutu  trahir  la  cita 

Phitippot,  voy.  Phlipot.                      ^^^^^^^ 

^1            dt  Romme,  2^7. 

Phlipot^  294,                                        ^^^^^^H 

^^       Morronl  (Adrien).  313. 

Picardie,  267,  279.                                 ^^^^B 

^^^  Moulioeaulx  (les),  3(2,  29). 

Picot  (Emile),  Ôringore,   24),   269,         ^^^^| 

^^^Hjfojru, 

^^^1 

^^H Mulet  de  Palude,  380,283. 

Pied  de  Vache  (Y von),  30^.                      ^^^H 

^^^KJAin^iu,  239, 

Piedmont,  29}.                                           ^^^^^| 

1      ■ 

Pierre  Jamais  Saou,  joj.                          ^^^^H 

^H            P4 

PICOT                                    ^^^^^^^^H 

^^H             Plate  Bourse  [Fabbi  de),  362. 

Rc¥eU  de  Bon  Temps,  24].                ^^^^H 

^^^1            Platier  (Phitippot),  jos-joy. 

Réveil  (le\  du  chat  ^ai  dort^  24-}.        ^^^^^ 

^^1 

^^^^H 

^^^H            Pois  piUa^  2J7,  342. 

Rien  [Monsieur],  309.                      ^^^^^| 

^^^H            Pois  rebouÛtz^  341 . 

Rigaud  (Pierre),  282.                   ^^^H 

^^^1            Ponchet  (Etienne)T  272. 

Rebec,  2p.                                 ^^^^B 

^^^H            Pontier, 

Robes  fourrées,                                ^^^^^Ê 

^^H             Port  de  Salut,  jij. 

Rofîet,  286.                                    ^^^H 

^^H             Postt 

^^^1 

^^^H            Poarcecugnac,  ;i6. 

Rolet  (Claude),  280,  28j.              ^^^H 

^^^1            *  Pour  le  Roy  de  la  Bazocke  es  jours 

Rolet  (Nicolas!,  282.                     ^^^H 

^^H                gras 

Rolet  (Stéphane),  280.                   ^^^^H 

^^^H            Poarpoms  a  grans  manches^  261. 

Romain  (saint),                                ^^^^H 

^^^H            Ponts  [la)  DtableSy  }oo. 

Ronsard,  Ckans.,  264.                     ^^^^^| 

^^^H             Poyre  d'angoisse^  299. 

Rothschild  rie  baron  de),  254,  ijj,     ^^M 

^^H             Prebstre          283. 

287.  Voy.  Montaiglon  et  Rothschild.      ^H 

^^^H            Précieuses  {les)  ridieuttSt  2)8. 

Rouen,  249,   2^1,   266,   277,   289,      ^H 

^^^1            Premier  (le), 

^9U  i9h  29h   }oo,    ï>>»    PW      ^1 

^^^H            Premier  (le)  Compaignon^  289. 

■ 

^^H            Premier(U)  Fol,  266. 

Roullant,  jtj.                                      ^H 

^^^^1             Premier  {le)  Fol,  gentilhomme^  260. 

Roussignol,  2^2.                              ^^^^H 

^^^1            Premier  (le)  Gallant^  358,  298,  joo, 

Roy  [le)  des  Sotx,  J07.                     ^^^^| 

^^B 

2}9.                                    ^^^^^1 

^^^1            Prtmier  {le)  Hermite^  293. 

Ruble  (le  baron  de),  2^4.                 ^^^^H 

^^^H           Pnmitr  [U)  Nouveau,  ijj. 

^^^^M 

^^^H             Premier  {le]  Pèlerin^  277. 

Sachs  (Hans),  246.                         ^^^^^| 

^^^H            Pftmier  {te)  Sot.  262,  27  j.  291. 

Sad'uieta  {sancta) ,  ;  1 4 .                          ^^^^H 

^^^^^            Premier  (le)  Suppost,  J09. 

Saint-Ëtienne-des-Tonneliers  i  Rouen,       ^^Ê 

^^^H            Prince  (le)  des  5orz,  2^9^  262. 

;>s-                                  ^M 

^^^^Ê          Pfûhght,  244. 

Sainct  Gervais,  29).                        ,^^^^H 

^^^V           Protestantisme,  297. 

Sainct  Julien,  29).                           ^^^^^| 

^^^1           Pucelle  {U)  du  Mans,  252. 

Saint  Lo,  2p.                                 ^^^^^| 

^^H 

Saint  Mor,  à  Rouen,                       ^^^^^Ê 

^^^H          Qaa^ueta  [sancta),  314. 

w^^^^M 

^^^H           Quatname  {le),  27}. 

Saint  Vivien,  à  Rouen,  292            ^^^^^| 

^^^H           Quatrième  {te)  Sot,  29  r . 

^^^H 

^^^H           Quèie  pendant  la  représentation,  294. 

^^^^^1 

^^^H           Quichcrat,  Costume,  290. 

Saouls  d^oavrcr,                                   ^^^^^| 

^^^H           Quinul  Horalian,  2}8. 

Sarrazrn  (Jean),  24J.                         ^^^^H 

^^^^           Quinze  Vings  (les),  2^2.     . 

'Satyre  pour  les   habitants  d'Auxerre^       ^^M 

^^^H           Qaoijuibus,  ;o7. 

^H 

^^^P 

Satyres  chreslienna,  241.                          ^^H 

^^^H          Rabelais,  264. 

Sauts,  241,  2n,  2t9i  368,  291        ^^^Ê 

^^^P           Rapporte  Sounlle,  309. 

^^^^H 

^^^B           Raui  U  Mal  Ptnd,  }02. 

Saretier          28J.                                 ^^^^H 

^^H          Réforme,  278,  284. 

Sayeliers  [Farce  des  dtux)^  2^9.            ^^^^H 

^^^H           *  Reformera  se  (la),  240,  joo-joi. 

Savoie,  281,  28),  29^.                    ^^^^H 

^^^1           Regnault  (Pierre),  2y. 

Schack,  Dram.  Lit.,  247.                  ^^^^H 

^^^^          *  Retour  (U)  de  Mariagty  j  1  j . 

SuondOe),          37^.                      ^^^H 

^^V                                                        LA    SOTTIE 

EN                                                  )a)           ^^^1 

H         Seeond  (U)  Foi,  266. 

Solz  attendons^  241 .                                          ^^| 

^1          Sicorul  iU)  Fo/,  marchant,  260. 

*  Sofz  (/u)  /louwdu/t  /srcez  ,    couvez^              ^^| 

H          Suond  {le)  Gallantj  298. 

266-269.                                                ^^^^1 

H           Stiorui  {U]  Nouveau,  2\). 

Soubresauts,  voy.  Sauts.                          ^^^^H 

^M          Seignmr  {le)  de  ta  Coquille,  242,  245. 

Soucycla,  29}.                                      ^^^^H 

H          Sepet,  2)8. 

Sourd  {Farce  du)  et  de  i'Avtugte^  2)8.         ^^^^| 

H          Sérac  (Jehan),  277. 

Spelen  van  sinne,  344.                                   ^^^^H 

^M          Strmon  d'un  Cjnier  de  Mouton^  294. 

Spel  van  seven  personagien,  i-j^                        ^^H 

^m           Sermon  loyenlx,  240. 

Stccher,  Sottie,  24],  244.                                 ^^H 

^m          Sermon  joyeux  Je  bien  hotrCj  298. 

Stultus  stuUtssimus,  2^2.                                   ^^H 

^M          Sermon  joyeux  du  Quatre   Vem,  294, 

Supposls  de  ta  Co^uitle^  24}.                             ^^H 

^1          Stimon  foytax  pour  rtre^  }00. 

Temps         287.                                         ^^^1 

^H          Serre  (Jehan),  277. 

TerUbres  {les)  de  Mariage,  lOf.                      ^^^^| 

^B          Stur  Fesuc,  297. 

Testament  </^  Afdislr^  Mymin,  268,              ^^^^| 

H          Seyssel  (Charles  de),  282. 

TuMmcnr  (/«)  i/^  Patheltn,  268.                   ^^^H 

H          Sharp,  Pageanu,  24  {. 

TVjff            287.                                         ^^^H 

H          Sibîlet  (Thomas),  2^8. 

Thercut  (Raol  de),  237.                            ^^^^| 

^m          Sieurs  d'ays,  291. 

Thibault  l'Enflé,  30).                                ^^^H 

H          Silvestre,  Marques,  2^4,  269,  286. 

Turs{U],                                                  ^^^H 

^M          Silvius  (Willem),  244. 

Turs  Oe\  Fot,  366.                                    ^^^H 

H          Smith  (S.  Birket],  Justestn,  246. 

Tiers  {le)  Fol,  laboureux,  260.                     ^^^^H 

^1          Sobrel  (Anlhoinc),  280,  28}. 

Tiers  {le)  Nouveau,  2\\.                             ^^^^H 

^1          'Sobres  (Us)  Sotz  entremelUi  avu  lu 

^^^^^1 

H              Syeurs  d'ays^  291  •291. 

24}.                            ^^^H 

^P          SoUsons,  }oo,  ji  1. 

Torcke  lorgne,  J04.                                    ^^^^^| 

^1           Soiurs  carrez,  261, 

Torre  Naharro,  347.                               ^^^^| 

^1          Sonyn  liean),  jo{. 

ToLcque,                                               ^^^^1 

■         5o(  (/^),  298. 

Toat  le  Monde^  389.                                      ^^^^^| 

^1           Sof  corrompu^  270. 

Tout  par  raison,  269.                                    ^^^^^| 

^H             Sot  dissolu,  270. 

Tourne  boiielle,  368.                                       ^^^^^H 

^1           Sot  glorieux,  270. 

Traoscart  (Nicolas),  j  1  \,                          ^^^^H 

^1           5cr  ignorant,  270. 

29^.                                            ^^^^1 

^1          So/  trompeur,  270. 

Trepperel  (Jehan),  i\4.                             ^^^^H 

^1          So»e  (/)>)  »/nmu/i«,  262. 

Trepperel  (V«  Jehan),  269.                        ^^^^| 

^1          Sctu  Fiance,  362. 

Trttaalde,                                                  ^^^^^| 

H          Sctu  Jolie,  270. 

Treviires,  2s  1.                                        ^^^^| 

^1          So((e  OuJjiorr,  262. 

TriboaUt,  \o-j,                                          ^^^^H 

H          So/r//>,  24  s. 

*  Tro\s  {les)  Calants,  brce  icinq  pers.,         ^^^^f 

H           Sottcrnie,  24},  244. 

349-2  p,  268,  270.                                      ^^H 

^1         Sono  cAjniOAi,  2^7. 

*  Trois  {les)   Galans,    farce   à    quatre               ^^M 

H          Sotlif,  287. 

pers.,  p6-)[8.                                         ^^H 

^Ê          'Sotie  des  Croni^ueurs,  27J-277. 

Troisième  {la)  Bru,  19].                             ^^^^H 

^1          *Sotlie  nouvelle,  >07*}09. 

Troisième  {la)  Pèlerine,  ji  j.                       ^^^^H 

^1          Sotties  amoureuses,  2J7. 

Tioisiime  [le),  27},  289.                             ^^^^H 

^1            *5oUui  ;oti/ci  d  C</i^e,  280,  38]. 

Troisième  {le)  Compaignon.  389.                  ^^^^H 

^M          '  Sotise  a  hua  personnages^   270'274, 

Troisiesme  {le)  Galant^  300,  )03,  )i£.         ^^^^H 

^L^    241,248. 

Troisième  (te)  Pèlerin,  2'j'j.                         ^^^^^ 

^^^H  Souinet, 

'Troisième  {le)  Sot,  262,  291.                     ^^^^H 

336  E.   PICOT, 

Troisiimt  (U)  Suppost,  509. 
*Trompcars  (Sott'u  acttHlU  des), 
•289. 

Turcs,  317. 
Tunis,  392. 

Valenciennes,  237. 

Vallet  de  Viriville,  Mystïre^  240, 

Van  VIoten,  KlachUpel^  243. 

Varia  {U),  29$. 

Venise,  267, 

Vu  de  dame  Guelinej  30J. 

Vie  {la)  de  Job,  31}. 

]rie  Mgr,  S.  Fiacre^  240. 

Vul  (U)  Pèlerin,  313. 

Vitille  {la)  Bru,  293. 

VUle  (la)  Pèlerine^  313. 


LA  SOTTIE  EN  FRANCE 

Vigneron  {le),  28). 
287-      Villedieu  [-les-PoëlesJ,  2  j  i . 

Viollet  le  Duc,  Théâtre,  248,    2J7, 
262,   268,  298,  300,  304,    306, 

307»  309- 
Virade,  2J9. 
Vires,  as3- 


2SJ- 


Watelet  de  tous  mesiwts,  294. 
Ward,  //«(.,  J4S. 
Willard  (Ad.),  264. 
Willems,  Muséum^  274. 
Wôjcicki,  Teatr,  246. 
Wolf,  Stadieiif  247. 

York  (le  duc  d'),  2^2. 


MÉLANGES. 


UN  NOUVEAU  TEXTE  DES  NOVAS  DEL  PAPACAY. 

Dans  U  Rinstû  éi  jilologia  romanza,  I,  ]6-9,  M.  Stengel  a  publié  une  nou- 
velle version  de  las  Novas  del  papagay^  d'après  un  m$.  de  la  Biblioth.  nationale 
de  Florence  (Magliabcchiano  776,  F,  4),  qu'il  désigne  par  ta  lettre  J.  On  n'en 
connaissait  jusqu'alors  que  la  version  du  ms.  de  la  Bibliothèque  nationale  de 
Paris  22^5  (ms.  La  Vallière  14,  R  de  Bartsch),  attribuée  à  Arnaut  de  Car- 
easses  et  publiée  i  diverses  reprises  par  Raynouard  et  par  M.  Bartsch. 

M.  Stengel  (/.  c,  p.  j6^  note  jo)  est  d'avis  que  le  texte  représenté  par  le 
ms.  florentin,  offrant  une  narration  plus  simple  que  celui  qui  porte  le  nom 
d'Amaut,  a  servi  de  base  au  remaniement  satirique  de  ce  dernier.  Avant  de 
se  prononcer  définitivement  sur  cette  question,  on  devra  consulter  le  ms.  de 
l'Ambrosiennc  de  Milan  jR.  71  sup.,  G  de  Bartsch)j  qui  ne  contient,  à  ce  qu'on 
nous  dK,  que  le  commencement  de  la  nouvelle.  Il  s'agirait  avant  tout  de  con- 
naître l'étendue  de  ce  fragment  :  s'il  ne  va  pas  plus  loin  que  le  vers  1 2  j  de  J,  i 
partir  duquel  J  et  R  commencent  à  diverger  sérieusement,  il  n'apportera  que 
peu  de  chose  à  la  solution  du  problème  posé  par  M.  Stengel,  et  servira  tout  au 
plus  i  la  constitution  du  texte  commun  ^  l'une  et  à  l'autre  version. 

U  n'en  est  pas  de  même  d'un  fragment  que  j'ai  copié,  il  y  a  une  dizaine 
d'années,  dans  le  ms.  de  la  Riccardienne  de  Florence,  n»  27^6.  Je  ne  sache 
pas  qu'il  ait  été  signalé,  et  le  donne  tel  quel.  Il  a  été  inséré  au  dernier  leuillct 
du  ms.  par  quelqu'un  qui  paraît  avoir  écrit  de  mémoire,  sans  avoir  sous  les 
yeux  un  texte  quelconque,  ce  qui  expliquerait  selon  moi  l'omission  de  certains 
vers  et  la  dé6guration  complète  de  certains  autres.  Il  parait  que  le  texte  ainsi 
reproduK était  de  la  famille  de  J;  il  y  aurait  pourtant  une  remarque  à  faire  à 
propos  des  vers  J2-3  et  jG-?  du  texte  R  : 

Car  senes  vos  no  pot  guèriT 
Del  mal  d'amor  que-l  fai  languir 


Car,  si-us  plai,  morir  vol  per  vos 
Mai  que  per  al  viure  joyos. 


}2S  MÉLANGES 

Ces  vers  correspondent  aux  vers  17.18  cl  27-8  de  J  : 
Quar  senes  vos  non  po!  sofrir 
Lo  mal  d'amor  quel  fai  languir, 

Que  mais  ama  morir  per  vos 
Que  d'autra  esser  poderos. 

Le  fragment  nccardien  donne  ces  deux  paires  de  vers  (is-i&,  27*28)  à  peu 
pris  comme  J,  mais  il  place  au  devant  du  second  un  nouveau  couple,  inconnu 
i  J  et  â  R  et  reproduisant  cependant  une  rime  du  premier  couple  de  R 
iguerir-garir)  : 

Ch'il  ama  mieus  per  vus  mûrir 

Che  per  autre  donne  garir; 
m  ame  mielz  mûrir  per  i^iu 
Che  per  auire  donne  eitre  poderus. 

L'orthographe  du  fragment  présente  un  caractère  mixte  el  des  formes  fran- 
çaises et  italiennes  mêlées  aux  formes  provençales.  —  Les  vers  sont  knts  comme 
de  la  prose,  chaque  vers  étant  séparé  du  suivant  par  un  point.  Après  le  vers  j) 
te  texte  s'embrouille  tellement  que  force  m'a  été  de  le  reproduire  comme  prose, 
sauf  â  retourner  à  la  lorme  de  vers  là  où  elle  a  pu  être  rétablie  approximative- 
ment. 

J'ai  séparé  partout  les  mots  que  le  copiste  a  soudés  ensemble. 

I   Denz  un  verzier  de  mur  serrât 

Ad  onbra  d'un  laurier  fogliai 

Adi  contendre  un  papagae 
4  De  te  razo  com  ge  vos  drae. 

Devant  una  donn'  es  vengut 

Et  si  li  apport'  un  salut 

Et  a  dit  :  Donna,  Die  vu  sal^uj  ! 
8  Messagier  sum,  ne  vu  sia  mal, 

Del  miglior  cabbaler  cum  fus, 

Del  plu  certes^  del  plu  gioius  : 

Antifanor  le  fmls  a  rej, 
1 2  Che  per  vus  a(n)  basti  le  tomej, 

Vus  man  salu  cen  rail  feiz; 

Pre  vuz  per  mei  che  ll'amciz, 

Ch'il  sam  vuz  ne  po  soffrir  : 
16  Li  mal  d'amor  le  fa  langhir, 

Et  nul  mez  li  po  valer  ■ , 

Me  vuz,  che  IPavcz  in  poer, 

Le  poez  garir  se  vuz  plais. 


I .  Ms.  valir. 


UN    NOUVEAU    TEXTE   DES    NOVOS  dit  Popagfly  \2<f 

20  Soi  che  per  mei  ti  trametuis 

Zoia  che-l  port  per  voilr'  amur  : 

Si  H'aurez  gari  da  se  doulur. 

Ancor  vuz  di  per  ma  fej 
24  Che  m...'  doiez  aver  merzej, 

Ch'iil  ama  roieus  per  vus  mûrir 

Che  per  autre  donne  garir,  * 

m  ame  mielz  mûrir  per  vus 
28  Che  per  autre  donne  ettre  poderus. 

Al  tant  la  donna  respon[tJ 

E  a  dit  :  Amich  e  don(t), 

Vus  est  abattuz  in  vam 
}2  Plus  che  nul  home  cristian, 

Ch'a  me  donez  um  tal  consîl 
per  mom  mari.  —  Donna,  ze  non  die  ce  che  ne  s  vu  me. 

Ves  mari  mes  c'autre  ren. 

Me  puis  appres  celleamen 

Amer  celui  che  moraman', 

Per  vcitr'  amur  non  aggie  ingan. 

—  Pappagae,  iro  sa  bien  parler: 

Be  sa,  se  fosse  cabbalier, 

6e  sauris  donna  prier. 
Donna  de  vus  me  meravii.  che  de  bom  cor  no  ll'amez.  Nel  vu  remembre 
de  Flur  et  de  Blanceflur,  d'Isotte  c*amo  Trittan, 

E  de  Tisbe  co  al  ?  pertus 

Ala^  parleva  Perannus? 

A.  WhSSELOPSKY. 


Jl. 

SUR  iO,  PRONOM  NEUTRE  EN  PROVENÇAL 
fVoy.  flomumti,  IV,  h'"?^- 

t.  Aux  exemples  mentionnés  ci-dessus  (IV,  p.  342'  de  l'emploi  de  lo 
comme  sujet  neutre,  on  peut  joindre  les  suivants,  tirés  des  Leys  U'aitujrs 
et  qui  sont4es  seuls  qu'offre  cet  ouvrage  :  lo  es  annati  (II,  Jso  et  jji), 
lo  era  amat^  (M^)*  ^^  esavenhat  (îsoj.  On  en  trouvera  de  pareils  en 


I.  Apris  mit  j  j  un  trou  dans  It  parchtm'tn.  —  1.  Ms.  a  mat.  —  3.  Ms.  alal. 
—  4.  Mî.  Alfr. 

t.  Aniat  a  ici  le  même  sens  que  amet  dans  le  v.  du  Saml  Légtr  (7,  6^,  si 
ingénieusement  restitué  par  M.  Gaston  Paris  (Toy.  Romanio,  \,  joj). 


))a  UÉLANCES 

assez  grand  nombre  dans  le  Peiii  Thalamus  de  Montpellier.  Mais  ni  les 
Leys  ni  le  petit  Thalamus  n'ont  un  seul  exemple  de  io  régime  ou  attribut, 

De  même  que  o  [oc]  et  so  sont  devenus  respectivemcni  en  divers  lieux 
a  {ac)  et  sa^  lo  s'est  aussi  renforcé  en  la.  Je  trouve  cette  forme  en  Dau- 
phiné  où  elle  est  usitée  (avec  /o,  tou,  le;  —  cf.  so,  sou,  se)  comme  sujet 
neutre.  Ex.:  la  faut ^  la  fouilli'.  Elle  y  est  ancienne,  car  j'en  vois  deux 
exemples  {ta  sia  fayî,  ta  serefayt)  dans  l'extrait  de  la  traduct.  vaudoise 
de  l'évangile  de  saint  Jean,  donné  par  M.  Paul  Meyer  dans  son  Ruueil^ 
p.  }6,  col.  I»  verset  19,  d'après  les  mss.  de  Dublin  et  de  Grenoble. 

2.  Autres  exemples  tirés  d'une  pièce  du  troubadour  Amaut  Plages 
{Parnasse  occilan'un,  p.  îs8)  : 

Avenir  P  Dîeus  0  volguesl 
Non  pot  lo? 
Et  plus  loin  : 

NoQ  es  mais  qu'aissi  m'aucia 
Lauguen?  —  Lo  non. 

Ce  dernier  exemple  où  l'on  voit  le  pronom  neutre  employé  comme  le 
sont  souvent  les  pronoms  masculins  et  féminins  des  trois  personnes  cl 
des  deux  nombres,  dans  les  réponses  soit  affirmatives,  soit  négatives 
(ieu  ocy  ieu  non  ou  inversement  oc  îeu,  etc.),  me  suggère,  pour  deux 
vers  de  Flamenca,  une  correction  qui  nous  fournirait  deux  exemples  de 
plus  de  lo  sujet. 

V   2j8j-7.  Ha  dig  suau  :  «  Ha  i  comtier, 

Amies,  aqui  ni  calendier? 

—  Seiner,  01  lo  »  (au  lieu  de  oit  0), 
V.  6189.  Si  m'en  soveni  per  Dieu,  oi  lo  (id.l 

La  particule  affirmative  oi,  qui  se  trouve  encore  au  v.  4496  du  même 
poème  et  qui  paraît  provenir  de  oc  par  vocalisation  du  c,  manque  au 
Lexitjue  roman;  mais  Rochegude  la  mentionne  dans  son  Glossaire  occitanien. 

Des  textes  cités  dans  la  note  1  de  la  page  ^42  comme  offrant  des 
exemples  de  lo  régime  neutre,  il  faut  retrancher  Flamenca.  Vérification 
faite,  tous  les  lo  qui  ont,  dans  ce  poème,  l'apparence  de  pronom  neutre, 
sont  à  mon  avis  pour  l'a  (ti  0),  sauf  un  seul  très-douteux  (v.  5566),  que 
M.  Meyer  propose  avec  raison  de  corriger  so.  Il  faut  pareillement  rejeter 
l'exemple  de  so  =  0,  tiré  (même  page)  du  roman  de  'Jaafré.  C'est  s'o 

[sibi  hoc)  que  Raynouard  aurait  dû  écrire. 

C.  Chabaneau. 


I.  Champollion,  Recherches  sur  les  puXoxs  du  Daaphiné,  p.  117. 


CORRECTIONS. 


LE  DIT  DE  COUSTANT. 

Nous  avons  reçu  de  M.  Thor  Sundby  les  rectifications  suivantes  à  ce  texte  que 
nous  avons  publié  (VI,  162  ss.)  d'après  la  copie  faite  par  M.  Wesselofsky  de  la 
copie  de  M.  Sundby  ;  ce  dernier  a  collationné  de  nouveau  l'édition  de  M.  Wes- 
selofslcy  avec  le  manuscrit. 

V.  2  le  ms.  porte  :  degastte. 

V.  10  si  ne  manque  pas. 

V.  2;  et  )0  le  ms.  a  roee^  et  non  voce. 

V.  12  va  est  une  bonne  correction,  mais  le  ms.  lit  ca. 

V.  35  et  36  ms.  moijen. 

V.  61  boinne. 

V.  70  dans  le  ms.  il  n'y  a  pas  Quant  ains^  mais  Quent  ains. 

V.  97  le  prisî  a  plorer. 

V.  145  ms.  :  mos  {cf.  v.  1 56). 

V.  186  ms.  :  Dûu  {oa^  mais  sans  initiale). 

V.  257  ms.  :  sen  (cf.  v.  266). 

V.  258  ms.  :  avoecques  (cf.  v.  248). 

V.  3 16  //  ne  manque  pas. 

V.  347  ms.  :  roi. 

V.  37  j  elle  ne  manque  pas. 

V.  577  ms.  convient. 

V.  401  ms.  auoec  (cf.  v.  248  et  2  $8). 

V.  4ro  ms.  Manc  (comme  commanc). 

V.  441  empereour  est  dans  le  ms. 

V.  44S  ms.  varies  (cf.  477  et  sj8). 

V.  487  le  ms.  a  bien  :  cestoit. 

V.  5S5  ms.  casiieL 

V.  566  le  ms.  a  li  ville. 

V.  S75  le  ms.  a  uo. 

V.  215,  22J,  $91  et  602  lems.  a  partout  :  .ii. 


COMPTES-RENDUS. 


I  Complementi  della  chanson  d*Haon  de  Bordeaux,   testi   franceai 

inediti  tratti  da  un  codice  dellâ  Biblioieca  nazionale  di  Torino  e  pubblicati 
da  A.  GaAF.  I.  Auberon.  Halle,  Niemeyer,  1878,  in-^*,  xxvi-^  p. 

M.  Graf  a  pensé  que  le  prologue  et  les  suites  de  Huon  de  Bordeaux,  bien  que 
sensiblement  postérieurs  et  fort  inférieurs  à  ce  charmant  pocmc,  méritaient 
d'être  publiés.  Je  suis  comme  lui  d'opinion  que  tous  les  textes  poétiques  du 
moyen  âge  valent  la  peine  d'être  rais  au  jour,  et  puisque  M.  Graf  avait  sous  la 
main  à  Turin  le  manuscrit  unique  qui  contient  Aubtron  (le  prologuel,  il  a  tort 
bien  fait  de  copier  cl  d'imprimer  ce  poème.  La  seconde  partie,  qui  sera  beau- 
coup plus  volumineuse  que  la  première,  ofnra  aussi  beaucoup  plus  d'intérêt,  et 
il  est  à  souhaiter  que  l'éd/teur  ne  la  fasse  pas  trop  attendre.  Toutefois  il  ne  sera 
pas  mauvais  qu'avant  de  la  publier  il  étende  et  précise  quelque  peu  sa  connais- 
sance de  notre  ancienne  langue  :  on  verra  par  les  remarques  que  |e  devrai  faire 
sur  le  texte  d'Aubcron  qu'elle  n'est  pas  aussi  familière  â  M.  Graf  qu'on  pourrait 
le  souhaiter. 

Après  un  court  avertissement,  relatif  au  rns.  de  Turin,  où  les  observations 
diatcctologiques  auraient  pu  sans  inconvénient  être  omises,  M.  Graf,  dans  une 
préface  de  1 S  grandes  pages,  étudie  le  caractère  et  les  sources  dn  petit  poène 
à' Auberon.  Ce  qu'il  dit  est  généralement  judicieux  et  atteste  une  lecture  atten- 
tive de  ce  qui  a  déjà  été  écrit  sur  le  sujet.  M.  Gr.  a  fort  bien  reconnu  qu'il  n'y 
a  dans  Auberon  aucun  élément  traditionnel  :  c'est  le  simple  développement,  ii 
l'aide  d'une  imagination  fort  pauvrement  douée,  des  indications  sur  le  roi  de 
féerie  contenues  dans  Huon  de  Bordeaux.  L'auteur  de  ce  poème  parlait  sans 
doute  déji  1  l'aventure  en  faisant  naître  Auberon  de  Jules  César  et  de  Morgue  la 
fée;  son  imitateur  a  entassé  au  hasard  des  noms  encore  plus  étonnés  de  se 
voir  accouplés  :  Auberon  a  pour  frère  saint  George  ;  Jules  César  est  fils  de 
Brunehaut  qui  a  pour  père  Judas  Mac  ha  bée  !  De  tous  ces  personnages  popu- 
laires, l'ignorant  et  plat  rimeur  semble  d!ailleurs  n'avoir  connu  que  les  noms  ; 
on  chercherait  en  vain  dans  son  œuvre  quelque  fait  original,  quelque  détait 
traditionnel'.  Un  seul  trait  mérite  l'attention  :  c'est  la  bizarre  histoire  de 


I.  J'avlb  coniecturé  jadU  que  le  rapprochement  àt  Jules  César  ci  de  Brunehaut  pro* 
venait  de  ce  que  loiu  deux  étalent  considérés  comme  ayant  fait  les  Riands  chemins; 
cette  conjeaare  est  confirmée  par  les  vers  10S6-88  de  noire  poème  .  Sa  mire  et  il  font 
tes  teir.ins  fera  Parmi  les  règnes  par  lors  (sic?)  soathais  fais  Efcor  i  sont,  bien  savoir 
U  pois. 


Auberon,  p.  da  Grap  jïj 

saint  George.  Ayant  enlevé  de  Babylone  la  fille  du  roi,  i)  combat,  sur  le  ■  mont 
Noiron  I,  an  serpent  terrible  qu'il  tue,  mais  non  sans  avoir  reçu  de  cruel  les 
blessures  ;  réniotion  qu'éprouve  son  amie  hâte  l'heure  de  son  enfanlement,  et, 
par  une  pudeur  un  peu  tardive,  elle  ne  veut  pas  que  George  l'assiste,  même  en 
se  bandant  les  yeux.  L'embarras  est  grand,  quand  survient  la  sainte  famille, 
qui  passe  par  li  en  allant  en  Egypte  :  la  vierge  Marie  entend  les  cris  de  la 
pauvre  gisante,  et  fait  de  ses  propres  mains  l'office  de  sage-femme  ;  après  quoi 
elle  guérit  George  de  ses  plaies.  Pendant  que  celui-ci  va  chercher  des  provisions, 
le  reste  de  ta  compagnie  s'endort,  et  trois  voleurs  les  surprennent  :  ils  ne 
trouvent  pas  grand'chosc  à  prendre;  le  premier  cependant  emporte  l'enfant 
nouveau -né,  le  second  le  bouidon  de  Joseph,  el  le  troisième  s'amuse  à  lui  couper 
I»  grtMnt.  George  rencontre  les  voleurs  el  leur  reprend  tout  : 

Mais  Jozef  est  de  larmes  esplourés 

Pour  ses  grcnons  c'on  li  a  bertaudés. 

Georges  les  a  a  ta  vierge  donnés , 

Dont  fu  Jozef  de  la  vierge  acenés  . 

Au  vis  ii  a  les  siens  grenons  pozés  ; 

TlDtost  i  furent  trestout  enracinés  : 

Barbus  devint  (/.  revint^,  moult  est  réconfortés  (v.  1991  is.). 

H.  Graf  s'est  arrêté  avec  raison  sur  cette  burlesque  histoire;  il  en  a  signalé 
d'analogues  au  moyen  âge,  et  il  a  surtout  montré^  chose  vraiment  curieuse, 
qu'elle  se  retrouve  dans  un  poème  sur  l'histoire  évangélîque  contenu  dans  ce 
m£me  manuscrit  de  Turin.  Il  y  a  peut*étre  l  plus  qu'une  coïncidence  fortuite. 
M.  Graf,  qui  regarde  la  date  de  ijii,  placée  i  la  an  du  ms.,  comme  très* 
postérieure  i  ta  composition  des  poèmes  qu'il  contient  (p.  v),  s'exprime  ailleurs 
d'une  façon  qui  pourrait  faire  croire  qu'il  considère  le  scribe  du  ms.  et  l'auteur 
d'Aubtron  comme  une  seule  et  même  personne.  Remarquant  en  effet  que  le 
prologue  contredit  le  poème  de  Huon,  ott  Auberon  est  donné  comme  fils  unique, 
tandis  que  dans  le  prologue  il  a  saint  George  pour  frère,  il  ajoute  :  «  Il  Pro- 
logo dando  per  fraicHo  ad  Auberon  San  Giorgio,  quel  verso  (S'onnl  plus  d'otn 

tn  trestout  ior  ai)  non  poteva  rimanere  nel  susseguente  poema Il  poeta  se 

ne  accorse,  ma  dopa  (Taverlo  scr'tUo,  e  h  canccitô,  lasciando  nella  colonna  una 
riga  vuota  dove  chiaramente  si  veggon  le  tracée  dcl  raschietto.  Nel  princîpio 
délia  iranscri^ione  del  poema  egli  fu  più  accorto,  e  giunlu  a  quel  verso  delta 
prima  strofa,  Si  not  plus  d'oirs  tn  trestot  son  eaigt,  lo  saltft  di  nelto,  e  pass6  al 
verso  seguente  (p.  >xv).  >  Il  est  certainement  plus  vraisemblable  d'attribuer 
cette  double  altération  à  un  scribe,  qui  aura  remarqué  et  voulu  effacer  la  contra- 
diction entre  le  poème  et  le  prologue.  Cependant,  si  on  joint  ce  petit  fait  i 
l'observation  présentée  ci-dessus,  on  sera  porté  à  croire  que  le  ms.  a  été  copié 
dans  le  même  milieu,  dans  la  même  Ubmru  oti  le  poème  à'Aubtron  avait  été 
composé,  et  peut-être  sous  les  yeux  de  l'auteur.  Je  ne  vois  rien  qui  empêche 
d'en  abaisser  la  composition  jusqu'aux  dernières  années  du  XIII*  siècle  ou  aux 
premières  du  XIV'.  —  Le  reste  de  la  prélace  de  M.  Gr.  est  consacré  à  l'étude 
du  personnage  d'Auberon  (il  montre  par  de  nombreux  rapprochements  son 
intime  parenté  arec  les  autres  </&»),  et  i  des  remarques  intéressantes  sur  tes 


)54  COMPTES-RENDUS 

objets  merv«îll«ux  qu'il  possède  ei  qui  jouent  un  si  grand  rftte  dans  les  aven- 
tures de  Huon.  Du  poème  d'Aubcron  en  lui-mime,  l'éditeur  dit  peu  de  chose 
et  il  y  a  peu  de  chose  i  dire.  Il  rapproche  le  dèbol  de  celui  de  Darmart  U  Gûloii  : 
il  aurait  pu  le  rapprocher  de  vingt  autres,  également  consacrés  i  développer 
cette  pensée  qu'il  ne  faut  pas  t  celer  son  sens  •,  Le  style  est  médiocre  et 
lourd  ;  la  langue  n'est  cependant  pas  sans  originalité  :  le  lexicographe  y  puisera 
plus  d'un  mot.  La  versification  offre  quelques  particularités  remarquables,  une 
entre  autres  qui,  si  je  ne  me  trompe,  est  unique  dans  tes  chansons  de  geste.  La 
césure  lyrique  y  est  employée  tout  i  fait  habituellement'.  Par  exemple  : 
V.  48*9  :  De  ses  frères      ounerer  li  pria 

Et  del  peuple  que  dcsous  lui  tenra. 
Il  y  en  a  21  cas  dans  les  200  premiers  vers,  soit  plus  de  dix  pour  cent; 
ensuite  cette  proportion  va  toujours  en  diminuant  ;  je  n'en  trouvre  que  6  dans 
les  200  premiers  vers  du  second  millier,  que  4  dans  les  300  derniers  vers  du 
poème  {2268-2468).  L'inverse  a  lieu  pour  la  césure  épique  :  elle  apparaît  pour 
la  première  fois  au  V.  ji^,  ;  fois  en  tout  jusqu'au  v.  500  ;  dans  !es  vers  looi' 
1300  on  la  rencontre  ao  fois,  et  16  fois  dans  les  cent  vers  de  la  fin.  Que 
conclure  de  ce  rapport  ?  Apparemment  que  l'auteur  a  commencé  son  poème  avec 
l'intention  d'écarter  la  césure  épique  et  d'introduire  la  césure  lyrique  :  c'était 
une  innovation  du  genre  qu'aimaient  les  versificateurs  de  ce  temps  ;  puis  insen* 
siblement  i!  s'est  relAché  de  l'attention  que  lui  demandait  ce  procédé,  et  il  a 
laissé  la  césure  épique  s'introduire  puis  foisonner,  la  césure  lyrique  devenir  de 
plus  en  plus  rare.  —  Il  faut  encore  signaler  chez  lui  ta  négligence  du  repos  de 
l'hémistiche  :  ses  vers  sont  souvent  dénués  de  véritable  césure,  bien  que  la 
4*  syllabe  (sauf  naturellement  dans  les  cas  de  césure  lyrique)  ait  toujours  l'ac- 
cent. Ainsi  :  Et  Judas  ^ujnt  l'ost  prist  a  aprocitr  (14O;  Del  rot  ^ui  U  cuidoit 
dtsireUr  (a^g)  ;  Et  des  plut  baus  barons  de  sa  contrée  (]^])  ;  Ert  une  grant  cité 
bien  massonrUe  ()72)  ;  De  par  U  tout  poissant  U  souHaida  Qu'elle  trois  cens  ans  et 
plus  rivera  (^jo-ji),  U  Ua  u  la  dame  st  demtnta  (1917),  etc.  On  trouve  des 
vers  construits  de  même  avec  la  césure  lyrique  :  Tous  Us  autres  oisiaus  st  esmaia 
(1 17I  ;  Vîtrr  la  table  le  roi  est  poursatlis  (489).  —  L'auteur  semble  se  permettre 
parfois  de  ne  pas  élider  un  e  féminin  devant  une  voyelle  initiale  :  Et  sa  serours 
Morgue  as  enns  deulgHs  (1261 1;  L'aisnet  enfant  George  ont  aptlli  ((428);  Strr 
amiraus,  fait  ele  humlement  (j^C;  peut-être  ici  l'hiatus  cst-ilfavorisé  par  l'A 
initiale)  ;  Pourtant  de  et  que  li  avoil  promis  La  ^uatr'ime  fte  ert  moult  pensts 
(469)  ;  Assez  i  misent  viiaUle  a  plenti  (242  j)  ;  on  peut  joindre  ï  ces  exemples 
deux  cas  de  césure  lyrique  où  le  second  hémistiche  commence  par  une 
voyelle  :  De  nous  faire  ocire  a  tel  hontage  (264)  ;  Qui  ^u'il  place  et  qui  qu'en 
ait  maugrès  IJ91I.  —  Enfin  on  remarque  des  rejets  tout  à  fait  contraires  aux 
habitudes  épiques,  consistant  par  exemple  en  un  seul  mot  : 

A  Rome  l'ai  laîssié  pour  le  pais 

Carder  :  de  tous  est  amés  et  chéris  (220}). 

I.  i;n  veri  deux  fois  répété  (707,  711)  01  ainsi  conçu  :  En  une  lande  wittj  li  s'aresta. 
On  a  des  exemples  de  cette  structure,  où  U  4*  syllabe  appsriieoi  au  1'  liémiMidie,  daoi 
quelques  pièces  lyriques  (ou  faudraîi-il  voir  Ici  et  dans  quelques  autres  des  vcn  diés  des 
exemples  de  coupe  h  U  lUième  syllabe  PJ. 


Auberon,  p.  da  Graf  ))5 

Par  dedens  Romme  la  fort  cité  garnie 

Vinrent  ;  par  tout  en  fu  la  gent  moult  lie  (2204)  ; 

ce  qui  nous  permet  de  rétablir  le  sens  des  deux  vers  suïvans,  que  l'éditeur,  ne 
les  ayant  pas  compris,  a  ponctués  ainsi  : 

D'autres  pecies  faire  est  amanevis  ; 

Cascuns  li  cors  a  l'ame  est  anemis  (1794); 

Le  premier  vers  n'a  pas  de  sujet,  et  li  au  second  est  inadmissible.  Lisez  : 
D'autres  peciés  faire  est  amanevis 
Cascuns  :  li  cors  a  l'ame  est  anemis. 

Ces  divers  traits  concordent  pour  nous  faire  voir  dans  l'auteur  d'Aabtron  un 
versificateur  plus  habitué  à  la  poésie  lyri^jue  qu'i  la  poésie  épique,  ou  qui  en 
tout  casa  voulu  faire  pénétrer  dans  la  seconde  tes  habitudes  de  la  première.  Le 
début,  ob  il  déclare  s'adresser  aux  1  lolaus  amoureux  »,  me  semble  amener  â 
la  mênie  conclusion. 

■  Délie  norme  da  me  seguite  nella  pubblicazione  poco  ho  da  diae.  CercaJ 
di  prendermi  quante  meno  lîcenze  fosse  possibile,  sapendo  come,  per  ismania  dî 
correggerc  e  di  restituire,  spesso  si  adutteri  e  si  lalsifichi.  Pcrcifi  insi  fatto  pro- 
posito,  badai  anzi  tuito  a  mantenere  inalterata  la  grafîa  del  codîce^  né  credo 
d'aver  mesiiere  di  spenderc  piii  parole  a  dimosirare  la  ragionevolezza  di  tat 
procedere.  1  Ainsi  s'exprime  l'éditeur,  cl  certainement  on  ne  peut  que  l'approuver 
d'avoir  reproduit  fidèlement  le  manuscrit  tel  qu'il  l'a  lu.  Mais  déji  pour  bien 
lire,  il  faut  posséder  solidement  la  langue  du  texte  ;  pour  bien  imprimer  il  faut 
bien  comprendre,  du  moment  qu'on  prend  sur  soi  de  séparer  les  mots  autrement 
que  le  ms.,  d'apostropher,  de  ponctuer  et  de  guillemeter  (même  quand  on  omet, 
comme  M.  Gr. ,  toute  accentuation ,  et  qu'on  ne  distingue  ni  Vu  du  v  ni  \'i  du  /)  ; 
on  ne  doit  jamais  imprimer  sans  une  remarque  expresse  ce  qui  est  inintelligible, 
et  pour  te  discerner  il  faut  comprendre  nettement  ce  qui  est  intelligible.  Enfin 
l'éditeur  ne  s'est  pas  interdit  toutes  corrections,  et  par  là  il  a  donné  le  droit  de 
lui  reprocher  d'en  avoir  omis  d'indispensables.  J'examinerai  successivement  les 
corrections  inutiles  ou  fautives,  —  les  corrections  omises  à  tort,  —  les  phrases 
mal  distribuées,  —  les  mots  mal  coupés,  —  enfin  les  fautes  de  lecture,  que  j'ai 
remarquées  dans  une  lecture  de  ce  texte.  La  liste  n'est  certainement  pas  com- 
plète, mais  elle  est  trop  longue.  Je  l'ai  dressée  d'abord  parce  que,  dans  le 
nombre  des  corrections  qu'appelle  l'édition  de  M.  Graf,  plusieurs  sont  assez 
intéressantes  ou  donnent  lieu  à  des  remarques  générales,  ensuite  pour  que  l'édi* 
leur,  dont  |e  reconnais  le  soin  et  la  bonne  volonté,  comprenne  la  nécessité  de 
se  préparer  plus  mûrement  aux  publications  qu'il  a  en  vue. 

Corrttuons  inutUes.  On  peut  dire  que  c'est  le  plus  grand  nombre  de  celles 
qu'a  faites  l'éditeur  \  car,  même  parmi  celles  que  je  n'indique  pas,  beaucoup 
sont  au  moins  oiseuses,  portant  sur  des  particularités  orthographiques  qui 
pouvaient  fort  bien  subsister  dans  une  édition  qui  n'a  pas  la  prétention  d'être 
critique.  V.  16^  Jadas  fu  fort,  atns  /if/i  guerpt  atrier  .  M.  Gr,  intercale  /* 
avant  »tri^,  mais  l'omission  de  l'article  dans  ce  cas  est  normale.  —  2]3  Le 
n».  a  poittis^  l'éditeur  corrige  poestts  ;  ces  deux  formes,  diversement  contrac- 
tées, de  l'ancien  'podeuUis  pouttii,  sont  également  légitimes.  —  ^27  N<mi 


n6  COMPTES-RENDUS 

.XX».  tn  ctl  ocummi  I  famu  prù  ;  M.  Gr.  ajoute  seul  après  nous  ;  tt  ignore  que 
.xxfi.  doit  être  lu  vint  a  sis.  —  }}i  Sts  gtns  au  norainaiif  pluriel  est  corrigé 
eo  ta  gtni,  geni  itant  féminio,  sts  gens  seul  est  correct;  s'il  était  mascnlio,  il 
faudrait  jt  gent;  {67  sa  gtnl  au  aom.  sing.  est  inutilement  changé  en  sa  guis. 

—  }99  O  sa  mouiHier  !a  puais]  et  la  semt  :  preus,  qui  est  proprement  uo 
adverbe,  prod  (voy.  Rom.,  II],420>,  est  régulièrement  invariable: /r^Uf/f  est  une 
formation  récente;  preuse  a  été  dit  barbarement  au  XV'  s.  —  f}}  Gentis  tt 
nobles  rois,  ne  voas  tormentîs  :  M.  Gr.  trouve  le  vers  trop  long  et  propose 
de  lire  ne  ons  ;  nous  avons  simplement  ici  une  césure  épique,  avec  l'hé- 
mistiche à  peine  sensible  comme  il  arrive  souvent  dans  le  poème.  —  6{6 
souhauic  est  corrigé  en  souhait^  mais  souhaing  est  conservé  au  v.  3J9;. — 
777  (Et)  Il  services  :  conservez  £f,  avec  césure  épique.  —  808  amours  au 
rég.  ne  doit  pas  être  corrigé  en  amour  ;  l'usage  de  cette  forme  est  cons- 
tant, notamment  dans  la  poésie  lyrique.  —  89^  et  997  il  est  bien  superfhi 
de  changer  muet  en  mtex  ;  muex  est  une  focme  dialectale  connue.  —  841  n'ttt- 
t[r]era  :  enteris  pourrait  rester,  mais  si  on  voulait  corriger,  il  fallait  eaterris.  — 
(aî7  prcnd[r]ti  :  le  verbe  est  i  l'impératif,  et  prtndis  est  fort  bon.  —  1319. 
Tant  qu'en  Monmar  .i  ioar  \s']en  deliura  :  délivrer  se  dit  absolument  pour  «  ac- 
coucher ».  —  1679-80  De  vostrt  mort  ueoir  sunt  desirrant  .xiii.  en[s]  ta;  l'édi- 
teur a  compris  ;  <  Ils  désirent  votre  mort  depuis  treize  ans  dé|a  >,  sans  voir 
que  l'hémistiche  serait  trop  court  ;  il  faut  entendre  :  •  Ils  désirent  votre  mort; 
ils  sont  treize  »,  et  lire  Treize  en  i  a.  —  1717  L'éditeur  a  corrigé  u  en  £(  i 
ton,  parce  qu'il  a  mal  compris  et  mal  lu,  comme  je  le  dirai  plus  loin,  le 
V.  169}.  —  i8i4  Plm  rostt  mont  lamais  nus  ne  verra.  M.  Gr.  lit  roist  ;  l'addi- 
tion de  yi  peut  se  justifier,  mais  pourquoi  supprimer  \'c  nécessaire  à  la  mesure? 

—  3934-6  i^i  la  utist  Arta  le  roy  chenu  loie  mentrtni,  tant  at  ie  bien  seu,  Que 
grant  aie  eat  la  tant  n'tust  utscu.  <  Non  si  cogtie,  dit  l'éditeur,  il  sensodi  questi 
versi  ;  forse  bisogncrebbe  leggere  loie  mener  et  gu'eusl  uacu.  >  La  première  de 
ces  corrections  est  bonne,  la  seconde  inutile  ;  le  sens  est  :  1  Celui  qui  aurait 
vu  la  joie  qu'Artus  menait,  \t  suis  sÛr  qu'il  en  aurait  eu  de  ta  joie,  quelque  vieux 
qu'J  pût  être.  »  —  2290  De  son  père  ot  U  tuns  le  chuf  cope,  c'est-à-dire  : 
•  Ton  père  a  eu  la  tite  coupée  par  le  sien  >  ;  M.  Gr.,  ne  comprenacl  pas,  a 
imprimé  :  De  ion  pert  ol  H  sitns  te  chief  cope,  qu'il  entend  :  <  Son  père  a 
coupé  la  léte  du  tien  ».  —  2441  Ens  tn  sa  chambre  sestost  armer,  l'éditeur 
corrige  s'aU  tost  armer  ;  lisez,  pour  le  vers  :  s'est  tost  atis  armer.  —  34G4  /t 
pour  U  (=:  la)  est  inutile. 

Corrections  omises.  M.  Gr.  n'a  pas  vu  la  nécessité  de  rectifier  le  manuscrit 
dans  les  passages  suivants,  où  le  sens,  U  grammaire  ou  le  wn  le  demandeol. 
V.  81  et  86  El  U  caens  forment  sUn  aira,  Que  h  cuens  la  mort  tudas  iura  ;  cuens 
ne  peut  compter  pour  deux  syllabes,  et  il  s'agit  d'un  roi  :  I-   crueus  (cf.  v.  aj). 

—  (9i  .t.m.  et  plus  en  i  ot  mte  mors  que  pris,  suppr.  i.  —  419  Encore  n'iert  pés 
iê  mitnuit  passée,  1.  Kncor.  —  424  desgree.  I.  desgreee.  —  441  pms  qu'amsi  ua, 
I   que  pour  la  mesure.  —  574  S'il  nous  plaist,  I.  Se.  —  628  nonchies,  I.  nonchtt. 

—  664  Qu'ains.,  I.  Que.  —  1^32  En  tor  compaignie,  \.  En  lor  compatgne.  — 
i^6a  li  cuisiniers,  suj.  plur,  lisez,  pour  la  rime  et  la  grammaire,  cuisinur.  — 
20i7  Encontre  h  tn  uint  Morgue  U  senee,  suppr.  tn.  —  2167  Qu'en  leurs  {siefd. 


Auberon,  p.  da  Graf  î}7 

tors  i]oa  et  2087)  terres  fussent  al  ^u'estoitnt  /j,  vers  trop  long  ;  lisez  gui  sont 
la,  avec  césure  lyrique?  —  2184  Majs  trespassa,  mots  de  tutng  enlra^  I.  /i  mois. 

—  2JS9  m,  1.  ci.  —  228)  Endormis  si  si  est,  I.  s'i  U  seconde  fois  ;  au  reste, 
d  (non  avis,  ce  vers  et  tous  les  autres  alexandrins  qui  se  rencontrent  dans  le 
texte  doivent  el  peuvent  être  ramenés  k  dix  syllabes  ;  par  exemple  ici  il  y  en  a 
cinq  qui  se  suivent  et  que  je  lirais  ainsi  : 

Li  autre  sont  el  bos  [sachiés)  cachier  aie  ; 

(et)  Auberons  (si)  a  le  sien  cors  désarmé, 

Et  (après)  son  haubert  a  le  perche  posé. 

{treslous)  Nus  s'est  couchié  ens  en  un  lit  paré, 

Endormis  (si)  s'u)  est,  si  (i.  lit  frère  l'ont  garde. 
2382.  Vos  haubert  \\.  haabtr s)  iert  par  lai  reconfortes;  cela  n'a  pas  de  sens, 
I.  rtconqatstis.  —  2438  LÀ  OrgaïUeus  tert  atts  a  cueter  ;  \c  ne  devine  pas  le  sens 
de  ces  mots,  peut-être  mal  lus.  On  pourrait  songer  i  lire  jhueter,  mais  |e  n'ai 
pas  d'exemple  de  cette  forme  contracte  pour  abeveter:  aboeter^  qui  se  trouve  par 
ex.  dans  Rcnart  (Méon,  6617,  2170J),  a  quatre  syllabes.  Je  ne  relève  pas  les 
menues  erreurs  de  ponctuation  ;  (voy.  cî-dessus.  p.  jjj,  pour  les  v.  \y<)y^); 
je  signale  seulement  deux  exemples  où  la  mauvaise  distribution  des  guillemets 
détruit  complélement  le  sens. 
V    740-42.  Dist  Brunehaus  :  c  11  vous  rapaisera; 

Dedens  brie  tans  vos  cuers  plus  l'amera 

Que  riens  qui  soit  et  ceuis    »  Dist  :  c  Non  fera  >. 
Je  ne  sais  comment  Têditeur  a  compris  le  dernier  vers.  Il  faut  lire  dots  pour 
itais,  et  imprimer  : 

Que  riens  qui  soit.  *  Et  cieus  dist  non  fera. 
V.  1400-j.  La  tierce  fee  adont  le  resgarda, 

tPuis  dist  :  <  En  haut  mal  ait  qui  ce  pensa 
En  son  despit'  Soushait  que  l'enfes  ia 
K  Puis  que  de  âge  (/.  d'eage)  .xv.  ans  passés  ara, 

F  la  puis  se  di  iamais  nen  uiellira  (/.  n'envielltra). 

ten  1401-2  doivent  évidemment  être  imprimés  : 
Puis  dist  en  haut  :  •  Mal  ait  qui  ce  pensa  I 
_  En  son  despit  soushait  etc. 

Les  vers  précédents  offrent  déjà  deux  exemples  de  mots  mal  coupés  (dont 
le  premier  se  retrouve  d'ailleurs  au  v.  270,  le  second  aux  v.  4}7>  '  U^)  ;  ^^ 
genre  de  fautes  n'est  malheureusement  pas  rare  dans  le  vers,  et  trouble  le 
sens  ou  viole  les  règles  de  la  versi6cation  ou  de  la  grammaire.  V.  1 1  j  ti  atiz^ 
I.  t'iaae.  —  127  Ki  trent,  I.  Kltrent.  —  269  tant  tien  dire  nous  sagt^  \.  sa  g«, 
forme  bien  connue.  —  497  Voille  ludas,  ).  Voit  le,  mais  il  faut  reconnaître  que 
cette  fusion  n'est  pas  rare  dans  les  manuscrits  —  499  Sqs  un  destrier  eoarant 
ne  de  gre  morte;  quel  sens  l'éditeur  attache-t-il  i  ces  mots?  Je  proposerais  ni 
d'Egremorte,  pays  que  je  ne  me  charge  pas  d'ailleurs   de  trouver  sur  la  carte. 

—  S71  ./.  chias,  corr.  Ichius.  —  ^Sj  Moult  i  auoil  de  staueurs  embrases.  I. 
d'eitaveair)s.  —  921  Si  re  ii  a  aotant  tous  (M.  Gr.  corrige  à  tort  tout)  pat' 
dotinttf  \.  S'i«.  —  1 07 1  apoint^  1,  a  point.  —  1 140  nen,  I ,  n'en.  —  i  s 2 1  ormter, 

Romania^  Vtl  23 


Jj8  COMPTES-RENDUS 

1.  or  mUr,  —  178^  parest,  ).  par  ttt.  —  20^0  ji  al^  t.  z*'un  —  2101  qui  trcnt, 
I.  qa'iertiU  (ou  mieui  corr.  qu'ieit  pour  la  mesure).  —  254^  Des  soas,  I.  Dtsious. 

—  2)8o  si  ert,  I.  i'ùrf.  —  2429  a  la  tuspre^  \.  a  l'arespri. 
Enlin,  malgré  l'attention  qu'a  apportée  M.  Graf  à  copier  son  manuscrit,  1) 

est  difficile  de  ne  pas  lui  imputer  d'assez  nombreuses  fautes  de  lecture.  Je  sais 
bien  que  les  scribes  du  moyen  âge  étaient,  quoique  moins  dangereusement, 
exposés  aux  mêmes  erreurs  que  les  copistes  d'aujourd'hui,  et  qu'il  est  peu  de 
confusions  modernes  dont  ils  ne  puissent  fournir  des  exemples  ;  mais,  guidés 
par  le  sens,  ils  distmguaieni  des  lettres  que  les  formes  rendent  presque  sem- 
blables, et  c'est  aussi  avec  ce  secours  qu'il  nous  faut  déchiffrer  leurs  produc- 
lions.  Il  est  possible  que  les  diverses  fautes  que  |e  vais  relever  se  trouvent 
en  grande  partie  dans  le  ms.  de  Turin  ;  en  ce  cas  l'éditeur  aurait  dû  les  corri- 
ger ;  mais  it  est  plus  probable  que  c'est  lui  qui  les  a  commises,  parce  qn'D  n'a 
pas  reconnu  les  mots  où  elles  se  trouvent  11  lit  par  exemple  i  pour  c  :  1  p 
Vesti  U  chnâlUr  {Vtsei),  388  Sans  noise  et  sans  tru\e]  (erite),  et  en  revanches  || 
pour  t  :  2  scunceus  (au  moins  je  doute  fort  de  ce  mot,  qui  ligure  dans  plusieurs 
textes  imprimés,  mais  que  je  crois  mal  lu  pour  saenltus),  3  ctus  (le sens  demande 
ffuj ,- je  remarquerai  d'ailleurs  que  MM.  Cuessard  et  Stengel^  qui  ont  publié 
ces  premiers  vers,  lisent  également  ctus  et  tcUnctui},  îj2  creancu  {aeanUc^ 
comme  l'atteste  la  rîme  :  bien  que  ce  texte  offre  quelques  exemptes  de  mélange 
de  i^  avec  i,  ou  plutdt  de  répartition  irrégulière  de  U  et  ^  il  ne  tolérerait  pas 
t  après  £),  434  La  tierce  après  celé  li  dest'ma  Qu'elle  sur  tous  Jaes  pooir  ara  (ici 
encore  il  faut  lire  tele,  pris  comme  souvent  au  sens  absolu  :  1  lui  donna  telle 
destinée  •  ;  —  /i  pour  u  :  1  laj  Or  tt  argent  tenans  a  grant  plerite,  I.  Or  et  au 
géra,  cevaus  a  grant  plente  (ainsi  t  pour  c,  et  deux  fois  n  pour  u),  1691  Et  Auht- 
fons  auec  nous  tn  uenra  (le  ms.  porte  certainement  uous^  c'est-à-dire  vous;  en 
effet  Auberon  va  avec  son  grand-pére  et  son  père  et  ne  reste  pas  avec 
Brunchaut ;  cf.  ci-dessus,  p.  J36,  la  remarque  sur  le  v.  1717),  1878  et  i88i 
grans  (I.  graus;  cf.  iubinal,  Noav.  Rec,  I,  agi,  etc.},  et  en  revanche  u  pour  n  : 
)7  Qu'il  n'ot  el  mont  plus  bel  ne  iauara  (ainsi  lit  M.  Gr.,  qui  corrige  ne  i  auera, 
U  ne  ja  rt'ara),  ni,  118,  123,  134,  \ç)j  utmer  (vivier]^  i^j  triatagc  {irieuage  = 
trtuage,  tribut)»  1 3^  eonnoi  (je  pense  qu'il  faut  convoi^  au  sens  de  «  fais  con- 
naître 1,  car  cannois  ne  peut  perdre  son  s,  et  d'ailleurs  convient  mal  au  sens).    |] 

—  Pour  ir  l'éditeur  a  lu  n  dans  uiphont  1223,  triphonii  1 320,  u  dans  remua 
1894  ;  il  a  lu  n  pour  (/,  si  je  ne  me  trompe,  au  v.  1698  :  Entour  Monmur  tous 
tes  pies  contera^  Et  Je  ses  pies  tous  Us  punira  (1.  piclura,  mais  M.  Gr.  corrige 
replenirai,  im  pour  mi  dans  aimaaèlts  967,  qui  ferait  le  vers  trop  court  {aima 
60  doit  être  une  faute  pour  ama,  comme  serois  1063  pour  seroit)  ;  si  au  v,  ^4 
[PreuSy  si  ia  (fis  ^  Preus  fa  jadis)  est  sans  doute  imputable  au  scribe  -  mais  si 
pour  li  au  v.  2283  (cité  plus  haut^  ne  doit  pas  être  dans  le  manuscrit.  Houmcres 
J76  pour  houneres  est  une  simple  faute  d'impression.  Enfin  au  v.  1407  l'éditeur 
imprime  Que  ire[s]  cens  ans  plainenant  muera  :  le  scribe  a  écrit  ou  M.  Gr.  a  lu 
l'abréviation  de  que  au  lieu  de  l'abréviation  de  qua;  lisez  Quatre  cens  ans. 

Il  n'y  a  pas  lieu  d'être  trop  sévère  pour  les  éditeurs  d'anciens  textes  français, 
puisque  la  langue  d'oil  n'a  encore  ni  grammaire  ni  dictionnaire  :  ce  sont  leurs 
publications  qui  permettront  d'écrire  ces  deux  ouvrages,  el  on  peut  dire  qu'il 


La  Légende  de  Sainte  Marguerite,  p.  p.  A.  Schbler  }  19 

n'est  pas  une  édition  d'un  texte  en  vieux  français  qui  n'offre  des  fautes  du  genre 
de  celles  que  j'ai  relevées.  Toutefois  ici  cites  sont  trop  nombreuses  et  trop 
graves  A  défaut  de  codes  officiels,  chacun  doit  se  soumettre,  avant  d*aborder 
la  tâche  d'éditeur,  à  une  étude  sérieuse  des  textes  ;  l'édition  â'Aaheron  atteste 
une  inexpérience  que  l'auteur  perdra  bienlAt  s'il  veut  s'en  donner  Id  peine. 

C.'P. 


Deax  rédactions  diverses  de  la  légende  de  Sainte  Margue- 
rite en  vere  français,  publiées  avec  variantes  d'après  des  mss.  du 
XIII"  et  du  XIV*  siècle  par  M.  Auguste  Souei.eii.  Anvers,  typogr  PÎasIey, 
1877.  ln-K%  8t(  p.  (Extrait  des  comptes-rendus  de  l'Académie  de  Belgique.) 

La  première  des  deux  rédactions  (ou  ptulM  versions)  de  la  vie  de  Sainte  Mar- 
guerite que  contient  cette  brochure  est  celle  qui  commence  ainsi  : 

Après  la  sainte  Passion 

Jesucrist,  a  l'Acension, 

Quant  il  fu  ens  ou  ciel  montés 

Furent  aucun  de  grans  bontés... 
La  version  publiée  en  second  lieu  commence  tout  autrement  : 

Ascotez  tote  bone  gent  : 

Dire  voz  voil  aperlement 

Comem  la  bone  Margarite...* 
De  la  version  I,  M.  Scheler  a  connu  trois  éditions  modernes  :  i'  par  M.  de 
Herltenrode  dans  le  BulUtin  du  BibHophile  klge,  1847  ;  j"»  par  M.  L.  Holland, 
Hanovre,  186;  ;  )"  par  M.  I.  de  Cousscmaker  dans  ta  Flandre  (revue  publiée 
  Bruges)  187^.  M.  Sch.  ■  choqué  ■  de  l'imperfection  de  ces  trois  éditions, 
eut  l'idée  d'établir  «  sur  les  trois  (textes]  un  nouveau  qui  eôt  le  mérite,  sinon 
fl  de  l'exactitude  absolue,  du  moins  d'une  correction  grammaticale  et  proso- 
■  dique  relative  et  surtout  de  l'intelligibilité  %.  Mais,  reconnaissant  probable- 
ment que  trois  mauvaises  éditions  ne  fournissaient  pas  une  base  suffisante,  il  a 
collationué  trois  des  mss.  de  la  même  légende  que  renferme  la  Bibliothèque 
nationale.  Le  texte  qu'il  nous  donne  a  pour  base  celui  de  la  troisième  des  édi- 
tions mentionnées  plus  haut  (Coussemaker)  corrigé  arbitrairement  d'après  tes 
autres  textes. 
C'est  li  une  manière  de  procéder  que  nous  ne  pouvons  en  aucune  manière 


1.  Après  un  prologue  de  u  vers  celte  version  enire  en  matière   i  peu   prés  dans  les 
'  ne»  lemies  que  l'autre  : 

Après  la  Jesu  passion 
R  puis  la  Deu  ascentioft 
Furent  apostle  coroné... 
Il  se  poumit  qu'on  en  trouvât  un  ms.  qui  n'eât  pas  le  prologue,  auqad  cas  la  cititioD 
des  deux  premiers  vcn  ne  sufliraii  pas  poai  distinguer  les  deux  versions  l'une  de  l'julre. 
Une  troisième  version  que  M.  Scheler  ne  connaît  pas,  celle  de  Fotique,  a   un  commence- 
meoi  ]nalO({ue  : 

Après  U  sxime  passion 
Et  après  II  suricction 
De  no)^re  maîstre  Jhau  Crist. 
Il  est  donc  opponuQi  en  ce  qui  concerne  celte  vie,  de  citer  dau  Ica  dcscriplioni  4c 
tnsi,  les  trois  ou  quatre  premiers  vers. 


540  COMPTES-RENDUS 

approuver.  Sans  doute  l'édition  de  M.  Sch.  est  plus  correcte  que  les  préc^ 
dentés,  mais  c'est  dans  l'espèce  un  faible  mérite.  Il  est  toujours  aisé,  lorsqu'on 
a  à  sa  disposition  plusieurs  mss.,  de  corriger  les  leçons  évidemment  mauvaises, 
et  de  donner  ce  qui  s'appelle  un  texte  lisible,  mais  si  l'emploi  des  mss.  n'est 
pas  réglé  par  la  connaissance  du  rapport  qu'ils  ont  entre  eux  ;  si,  en  d'autres 
termes,  on  n'a  pas  au  préalable  classé  ces  mss.  par  familles,  on  aboutit  à  un 
texte  constitué  arbitrairement  :  et  mieux  vaudrait  la  copie  pure  et  simple  d'un 
bon  ms.  Or.  non-seulement  M.  Sch.  n'a  pas  tenté  (non  plus  du  reste  que  dans 
ses  précédentes  publications)  de  classer  les  textes  dont  il  faisait  utage,  mais  il 
est  même  très-loin  d'avoir,  |e  ne  dirai  pas  connu,  mais  seulement  soupçonné 
l'abondance  des  matériaux  h  étudier  Les  mss.  de  cette  vie  de  sainte  Margue- 
rite sont  innombrables,  et  de  plus  il  en  existe  toute  une  série  d'éditions  an- 
ciennes, publiées  soit  isolément,  soit  dans  des  livres  d'heures  ',  et  se  continuant 
jusqu'en  ce  siècle  dans  les  impressions  populaires  de  Troyes^.  Il  est  étonnant 
que  M.  Sch.,  qui  par  ses  fonctions  est  tenu  de  savoir  la  bibliographie,  ait  ignoré 
l'existence  de  toutes  ces  anciennes  impressions,  dont  plusieurs  assurément  se 
peuvent  consulter  à  Bruxelles  :  tant  est  qu'il  n'en  dit  mot.  La  vie  de  Sainte 
Marguerite  n'est  pas  en  soi  bien  intéressante  et  on  pouvait  se  contenter  provi- 
soirement des  très-nombreuses  éditions,  anciennes  ou  modernes,  qu'on  en  pos- 
sède, mais  dès  qu'un  philologue  croyait  utile  de  la  publier  de  nouveau,  il  lui 
incombait  le  devoir  de  se  rendre  compte  à  lui-même  et  de  nous  rendre  compte 
ensuite  de  l'histoire  de  ce  texte. 

La  version  publiée  sous  le  nf  II  n'ayant  été  reconnue  jusqu'i  présent  que  dans 
un  seul  ms.,  le  travail  de  l'édition  était  d'une  grande  simplicité.  Il  y  aurait 
peut-être  eu  une  question  préliminaire  à  examiner  :  celle  de  savoir  si  te  poème, 
dont  l'unique  ms.  connu  a  certainement  été  exécuté  en  Angleterre',  est  pure* 
ment  français,  ou  si,  comme  le  ms.,  il  est  d'origine  anglo-normande.  Cette 
question,  dont  la  solution  eût  pu,  en  quelques  cas,  inilucr  sur  la  constitution  du 
texte,  n'a  pasétéexaminéc  par  l'éditeur  qui  s'est  borné  aux  corrections  •  qu'in- 
diquaient la  mesure  et  la  rime*.  Cette  édition  est  donc  essentiellement  une 
copie  du  ms.  En  tant  que  copie  je  regrette  de  dire  qu'elle  laisse  à  désirer.  Voici 
les  plus  notables  des  fautes  de  lecture  que  la  collation  du  ms.  m'y  a  fait  décou- 
vrir :  j,  Marguerite,  ms.  Margariie.  —  29,  -  ;ur  telafalre  •,  ms.  por.  —  57,  «  Et 
ses  privez  a  sei  apele  [  E  lor  dit...  b^  ms.  Df  ses  privez...  Si  lordit  1.  — 47.,  <  U 
sergant  •,  ms.  si.  —  52,  a  sire  0/iiriui  parler  »,  ms.  Olibtion,  cette  forme  de  cas 
régime  devait  être  conservée.  —  60, 1  Que  m'aime  en  ajt  le!  grant  mérite,  >  ms. 
ta  que  d'ailleurs  le  sens  exige.  —  71 ,  198,  ajS,  370,  4 J9, 470,  erranmtnt,  il  y  a 
clairement  erraumtnt,  forme  qui  est  attestée  d'ailleurs.  —  81,  «  Der  jnt  •  (faute 
d'impression),  ms.  Devant.  —  91.  ■  Kî  $st  tuz  jorz  ■  le  ms.  porte  et  le  sens  exige 
ert.  —  122,  «  Mes  qu'aime  »  (faute  d'impression?)  ms.  m'almt.—  172,  vKng/w,  ms. 
Vangt.  —  208,  294,  par^  ms.  for.  —  Jo^-6.  •  Lendemein  a  qui  il  atint  |  .Ameinent 


1 .  U  R.  P.  Cahier  a  publié  dei  extraits  de  cette  même  vie  de  uinte  Marguerite  d'apr^ 
uo  livre  dlieurci  imprimé  i  Parii  en  i)7i|  dans  ics  iYoïtvcdax  MUanga  tfarthioùigit 
I,  III  {1870  p   67-70. 

2.  Voy.  Brunei.  Manuel,  Vit  ot  lAracTt  Marcurriti  (j*é(lit.,V,i2oi-2).Ch.  Niiard, 
Hist.  du  livrti  populairu,  2*  éd.  Il,  167. 

}.  Bibl.  Dit.  fr.  1912). 


Ld  Légende  de  Sainte  Marguerite,  p.  p.  A.  Scheler  ^41 

Margûnu  2  CHU  ■,  ms.  a^ut  qu'il  aturt  ...  Margateit  û  cm  {faut«  déjà  corrigée, 
par  conjecture,  ftomiwid,  VI,  6î6).  —  Le  v.  $44  est  représeniê  par  une 
Hgne  de  poinls,  el  en  noie  M.  Sch.  dit  ■  vers  omis  »,  Omis,  sans  doute,  mais 
par  l'éditeur,  non  par  le  ms.,  où  je  lis  Et  sa  liens  Jtrompn  jact.  —  Ï96.  #  Ou  de 
bon  ciiir  la  canitiù  »^  ras.  qutr  hcostaa,  ce  dernier  mot  devant  être  corrigé  en 
Vaitottra,  —  -(71 .  Il  y  aurait  dans  le  ms.,  selon  M.  Sch.,  ■  Donc  descent  des 
angles  grant  amena  »  ;  il  y  a  meînie. 

Je  laisse  de  câté  les  erreurs  de  peu  d'importance,  telles  que  croix  pour  crçiz^ 
10,  88,  II//»  pour  ydlts  ao,  Margarile  pour  hUrgareli  ;  1 ,  148,  1 5 },  189,  etc.  — 
Faisait  is,  venoit  27,  àou  54,  etc.,  pour/dUfif,  vM(i/.(/«/.  que  donne  le  ms.,  est, 
je  suppose,  une  pure  négligence,  car  M.  Sch.  conçoit  bien  qu'il  n'avait  pas  le 
droit  de  ramener  ces  imparfaits  à  la  forme  française,  dés  l'instant  qu'il  laissait 
VûbiisXtr  \ol(ient-eschapcun\  21-2,  etttil-gardeit  ji-a,  mn-iei  ^7-8,  etc.  —  Parmi 
les  corrections  de  M.  Sch.  beaucoup  me  semblent  contestables.  Ainsi,,  v.  I7S>6. 
le  ms.  porte,  en  rime,  victoru-estone,  que  l'éditeur  corrige  en  victorr-estore,  bjcfl 
ijort,  stlon  moi.  V.  213,  ms.  E  pam  t  tuue  tt  aporteil;  le  vers  étant  trop  long, 
M  Sch.  corrige  tuue  en  tdu;  j'aimerais  certes  mieux  supprimer  l'c  qui  commence 
le  vers.  V.  369,  ms.  Mis  are  me  dirras  4onl  es  tu  (le  vers  correspondant,  qui  logr- 
niriit  la  rime,  manque),  M.  Sch.  corrige  dont  este;  il  est  clair  qu'il  fallait  laisser 
dont  es  tu  et  corriger  oie  en  or.  V.  jaS,  d'or  ne  cierrai :  il  faut  dor  en  un  mot, 
c'est  le  bas  latin  durnas^  le  prov.  dorn,  voy.  Diez,  Etym,  Wart,  Ile  dour,  et 
Du  Cange  %o\iiamplam.  —Je  note  en  dernier  lieu  que  M.  Sch.  est  peu  conséquent 
dans  sa  façon  de  transcrire  les  abréviations  du  ms.,écrivant,  pour  ne  citer  qu'un 
exemple,  tantôt  vos,  lantât  mai  quand  le  ms.  a  v*. 

En  résumé,  le  texte  de  ces  deux  versions  de  la  légende  de  sainte  Marguerite 
n>*a  pas  été  préparé  avec  un  soin  suffisant.  Ce  qui  est  d'autant  plus  regrettable 
que  le  travail  de  l'éditeur  a  été  strictement  limité-  à  rétablissement  des  textes. 
Aucune  recherche  d'histoire  littéraire.  M-  Sch.  ne  nous  dit  même  pas  laquelle 
de»  deux  versions  lui  semble  ta  plus  ancienne.  Rien  sur  le  rapport  des  deux 
versions  publiées  et  de  leur  original  latin,  sinon  cette  phrase  un  peu  rude  : 
t  Toutes  les  vies  riraées  que  l'ai  rencontrées  *  sont  plus  conformes  k  la  légende 
«  telle  que  l'a  propagée  le  recueil  de  Boninus  Mombritius,  recueil  réprouvé  par 

•  les  Aita  Sanctùruni,   qu'à  celle  que  celte  dernière  collection  couvre  de  son 

•  autorité,  u 

11  y  a  trente  ou  quarante  ans  les  éditions  d'anciens  ouvrages  français  étaient 
rares  et  c'était  servir  nos  études  que  de  publier,  même  médiocrement,  des  textes 
inédits  ;  maintenant  il  importe  moins  de  publier  beaucoup  que  de  bien  publier, 
et  en  cette  matière  c'est  à  des  hommes  du  mérite  de  M.  Scheler  qu'il  appar- 
tient de  donner  te  bon  exemple. 

P.  M 


I.  Toiàta,  c'est-à-dire  les  deux  td  publiées. 


PÉRIODIQUES. 


I.  Revue  des  lanol'Ks  bomancs,  2«  série,  t.  IV,  n®  11-12  (15  nov.-ii  déc.  ^ 
1877).  —  P.  21  j,  Gazier,  Lett/ts  à  Crégoin  sur  Us  patois  dt  Frana  (suite].  — 
P.  2JJ,  Monte)  et  LimhcrX,  Chants  populains  du  Languedoc  IsuUe).  —  P.  291-90, 
CompTc-rendu  des  Rkits  d'hntoin  sainte  en  béarnais,  trad.  el  publ.  par  V.  Lespy 
et  P.  Raymond,    l.   II    iC.  Ch.  ).    Série   d'observations   critiques   sur    les 
textes,   l'un   béarnais,  l'autre  provençal,  qui  composent   cette   publication. 
P.   297,  M.  Ch.    revient  sur  son  étymologie  de  mot  venant  de  modus  dans 
l'expression  t  ne  savoir  mot.  u  Je  ne  puis  reconnatlre  aucune  valeur  aux  argu-   t 
ments  qu'il  invoque:  \'o  de  modus  a  dû  se  diphthonguer  et  s'est  en  effet  diph- 
ihongué.  Il  n'y  a  pas  lieu  de  citer  ici  ni  bon,   ni  on,  ni  hors  qui  se  trouvent  en 
toute  autre  condition,  les  modifications  subies  en  franc,  par  \'o  latin  dépendant  en 
une  grande  mesure  de  la  consonnequi  suit.  L'exemple  def/^/irfnrd  oti  îl  y  imoti, 
au  plur.,  est  unique  et  probablement  fautif:  le  r  s'expliquerait  bien  difficilemenl    ij 
dans  ce  texte,  quoi  qu'en  dise  M.  Ch.,  comme  un  développement  du  d  de  modam. 
Enfin  II  est  surprenant  que  M.  Ch.  ne  voie  pas  l'évidente  connexion  qui  existe     | 
entre  •  ne  savoir  root  ■>  et  «  ne  dire  mol  "  (prov.  sonar  mol),  •  n'entendre 
mot  »,  etc. 

T.  V,  n«  I  (1  s  janvier).  —  P.  (,  Abri,  Étudts  sur  t'histoin  de  quelques  mott 
romaas  :  l"  damtjant  expliqué  \>2.T*d'imui'iana,  maintenant  damajana.  Cette  étymo-  I 
logle  est  ed  tout  cas  plus  vraisemblable  que  l'origine  arabe  as.signée  à  ce  mol  par  i 
divers  auteurs,  en  dernier  lieu  par  M.  Littrè  dans  le  supplément  de  son  diction- 
naire. Toutelois  elle  serait  plus  assurée  si  on  trouvait  la  «/iTma/iind  dans  des  textes 
catalans  un  peu  anciens.  —  P.  9,  Uttrts  à  Origoin  sur  Us  putois  de  France  (suite). 
Il  s'y  trouve  une  courte  esquisse  de  grammaire  du  provençal  par  Achard.  l'aa-    I 
leur  du  Dtcttonnairt  de  la  Provence  et  du  comiat  Venmssin,  —  Comple-reodu  du 
Breviari  d'amor  de  Matfre  Rrmengaud,  publié    par   la   Société  archéologique 
de  Béziers,  t.  II.  2*  livr.  (C.  Ch.).  Choix  d'observations  critiques  sur  le  texte.    | 
Les  corrections  proposées  ne  visent  point  des  Uule!»  des  mss.  mais  des  fautes 
de  l'édition.  En  effet  le  texte  de  Mâtlre  nous  est  parvenu  dans  un  étal  irés- 
satisCaisant  et  les  quatre  mss.  que  nous  possédons  à  Paris  du  Brmjri  suffisent  en 
général  à  l'établir  sans  qu'il  soit  nécessaire  de  recourir  aux  conjectures.  Voir 
sur  cette  même  livraison  ce  qui  a  été  dit  dans  une  de  nos  précédentes  chro- 
niques, VI,  31S-6. 

N'  2.  (1  i  février).  —  P.  ^8-8^,  Mi!â  y  Fontanals,  Poêles  lyriques  catalans. 
Notice  el  extraits  de  quatre  chansonniers,  maintenant  en  la  possession  de  M.  Aguilô. 
dont  M.  Milâ  a  déji  fait  usage  dans  sa  Codohda  (voy.  Romania^y^  joa).  Nous 


PÉRIODIQUES  )4^ 

sommes  encore  une  lois  ^cf.  Romania,  VI,  i  j  i  )  obligés  de  remarquer  que  U  dispo- 
siiion  typographique  laisse  bien  à  désirer,  que  les  épreuves  n'ont  pas  été  revues 
avec  assez  de  soin.  Il  est  très-difficile  de  s'orienter  dans  la  l2ble  que  M.  Milfv  a 
dressée  de  ces  mss. ,  oh  bien  des  observations  placées  entre  (  )  ou  entre  |  ]  ou  en 
italiques,  seraient  mieux  à  leur  place  au  bas  des  pages,  oti  pardessus  tout  ranna> 
tation  est  insuffisante.  On  voudrait  savoir  avec  précision  ce  que  sont  les  cent  bal- 
lades indiquées  p.  ^8  d'après  le  chansonnier  B.  Est-ce  le  recueil  publié  sous  ce 
nom  par  M.  de  Queux  de  Sainl-Hilaire?  Est-ce  les  cent  ballades  de  Christine?  Il 
y  aurait  eu  lieu  de  citer  les  refrains  de  quelques-unes  de  ces  ballades.  De  même 
p.  59^  qu'est-ce  que  «  la  hisloria  de  Amich  et  Melis  ■'  Sans  doute  une 
rédaction  en  prose  d'Amis  et  Amiles;  il  eût  suffi  de  quelques  lignes  pour  déter- 
miner la  place  qu'elle  doit  occuper  entre  les  rédactions  déjà  connues  de  la  même 
légende.  A  la  suite  de  la  notice  M.  M.  publie  quinze  pièces  nouvelles  dont  plu* 
sieurs  auraient  besoin  d'un  commentaire  historique.  Les  vers  ne  sont  pas  numé- 
rotés.—  P.  92-9,  W.  Fcersler,  Corrections  (d'après  le  ms.)  au  texte  d'Etienne  de 
Fougères.  [M.  F.  a  joint  à  ses  leçons  rectifiées  de  bonnes  corrections  et  expli- 
cations, notamment  sur  estauder,  ûrroabUr  (cf.  arrabUr  dans  Roquefort),  etc. 
V.  99,  je  ne  connais  en  vieux  français  ni  enne^  ni  ne  de  indc.  V.  107,  Ncndis^ 
V.  )  1^4,  Ntnuii,  M.  Fr.  veut  lire  Ne  neis;  il  faut  saas  doute  dans  les  deux  cas 
Pftftteis,  ce  mot  est  parent  d'tnteismes,  enusmes,  enlemes,  *  même,  surtout,  *  qui 
n'est  pas  très-rare  en  vieux  français.  V.  ajj,  1  Icil  sunt  tri  btrn  sai  queten. 
V.  240,  sainte  Jame  est  bon  :  samte  Gemme  (20  juin)  était  très-honorée 
dans  l'ount  de  la  France,  où  elle  a  donné  son  nom  à  plusieurs  localités.  V. 
lïi},  jonnor  pouvant  très-bien  avoir  trois  syllabes  (cf.  fOftsgnor,  joaveigneur), 
la  correction  est  inutile.  —  G.  P.]  —  Périodiques.  Dans  le  n'  34  de  la  Roma- 
nia (p.  J02,  V.  4î)  on  lit  Mii  unes  jtns  desloi^onl  h,  qui  n'a  évidemment  aucun 
sens  et  que  M.  Boucherie  propose  de  corriger  :  Mes  unts  jtns  ta  des  loi  font.  La 
correction  est  beaucoup  plus  simple  :  M.  B.  ne  s>st  pas  aperçu  qu'il  y  avait  11 
de  ces  fautes  d'impression  qui  se  produisent  souvent  au  tirage  par  la  chute 
de  quelques  lettres,  et  que  les  typographes  corrigent  comme  ils  peuvent,  séance 
tenante  :  il  n'y  a  qu'à  remettre  deux  lettres  Â  leur  place  :  Mis  unes  lens  dtslmxi. 
sont.  P.  M. 


n.  —  ZcrfSCHHIFT  PUB    IIOMAHISCUB    PBil.OLOGIE,    1,4.  — P.    489,    Stim- 

ming.  Dit  Syntax  des  Communes  (fin).  —  P.  \\o,  Canetlo,  //  vocaltsmo  tomco itû- 
luao  isuite  d'un  travail  fort  intéressant,  commencé  din%  h  Rinsla  di  filologia 
romanza).  —  P.  ^2;,  Weber.  Zuei  ungedrakte  Vcrsionen  dtr  Theophilus  sage. 
De  ces  deux  versions,  l'une,  en  vers  latins  rhylhmiques,  et  apparemment  du 
XIll*  siècle,  est  tirée  d'un  ms.  de  Paris  fBibl.  nat.  lat.  2îJîJ^)i  l'autre,  en 
vers  français  octosyllabiques,  est  publiée  d'après  le  manusc.  Egerton  6ia  du 
Musée  britannique,  qui  a  été  mis  plus  d'une  fois  i  contribution  dans  ces  der- 
niers temps,  et  qui  m'est  particulièrement  connu.  L'édition  du  poème  français 
bisse  à  désirer,  surtout  si  on  considère  que  le  ms.  ne.présente  aucune  difficulté 
de  lecture.  Les  textes  français  transcrits  en  Angleterre  ont  toujours  plus  ou 
moins  besoin  d'être  corrigés,  même  quand  il  s'agit  d'un  ouvrage  originairement 
composé  dans  le  pays,  ce  qui  parait  être  ici  le  cas,  M.  Weber  a  fait  ou  proposé 


J44  PÉRrOOlQUES 

un  cerUin  nombre  de  corrections  qui  ne  me  paraissent  pas  reposer  sur  des 
principes  suffisamment  établis;  mais  ce  que  je  lui  reprocherni  surtout  c'est  de 
n'avoir  pas  apporté  à  sa  cop:e  toute  l'exactitude  nécessaire.  M  y  a  trop  de 
petites  négligences;  ainsi  v.  21,  40,  etc.,  et  (conjonclioni  quand  te  ms  porTe 
toujours  e;  v.  OC,  /rirr,  ms.  fatie  :  v,  141,  he  (exclamation),  ms,  hra  (comme 
V.  144)  dont  le  second  jambage  est  elfacé.  Souvent  un  t  a  été  pris  pour  un  c, 
ainsi  derocian^  laj,  trtbatacion  j8il,  quand  le  ms.  porte  daotmn^  uibulatmn:  ce 
sont  M  des  erreurs  sans  importance,  j'en  conviens,  mais  il  est  déjà  plus  grave 
d'écrire  kd  88{  pour  iltl,  ou  iun  446,  quand  le  ms.  porte  et  quand  la  gram- 
maire exige  juri  {iurgil'\.  M.  W.  remarque  que  dans  des  formes  telles  que  ftrai, 
ftras,  \'e  tantôt  compte  et  tant&t  ne  compte  pas.  ie  doute  que  cette  question 
puisse  être  résolue  avec  certitude  dans  le  cas  présent,  le  texte  du  poème  ne 
reposant  que  sur  un  ms..  et  par  conséquent  étant  peu  assuré;  mais  au  moins 
fallait-il  noter  exactement,  sauf  à  proposer  une  correction,  la  leçon  du  ms.  Il  y 
a  artrai  jSy.  avcra  Î91-2,  feiai  409,  overai  4JI.  Jesccndera  4^7,  etc.,  et  non 
ûvraty  jKfl,  etc.  —  V-  191,  aws,  ms.  aiis,  qui  est  bon;  201,  nu,  qui  peut  se 
déïendre;  joj,  s\o\entrc,  il  y  a  sacntn,  Vu  étant  un  peu  effacé;  î28,  aier,  ms- 
o«r,- Jî3,  pirdmabU,  ms.  paidutahU;  ;4i,  chaitif^  ms.  chaiùfs :  }^2,  de  10^ 
mustn,  n'a  absolument  aucun  sens,  ms.  de  conuistrt;  41  ij  trrai,  ms.  irai;  423 
k'il,  m$,  iju'il;  48^,  fist,  ms.  Just;  527,  purrat,  ms,  porrai;  546,  que,  ms.  qui, 
et  le  sens  montre  qu'il  faut  corriger  car  ;  566,  Jesu  Christ,  ms.  Jhesa  Crtit; 
S7}>  penitance,  ms.  ptmltnu  ;  même  faute  aux  vers  681,  783,  d'autant  plus 
facile  à  éviter  que  dans  ces  deux  derniers  cas  penittncc  rime  avec  cunsocncc  (écrit 
à  tort  conscience  au  v.  784I  ;  687,  76^,  793,  1022,  etc.  Teofîe,  ms.  Teopte 
dans  le  premier  cas  et  TeophU  dans  les  autres.  Laissant  de  cAté  un  grand 
nombre  de  menues  erreurs,  je  me  bornerai  à  signaler  encore  :  nquitenl  912»  ms. 
requiirtnt;  ujugerk  947,  ms.  rt/ngenc;  qucr,  962,  ms.  qutor  :  MZ,  982,  qui 
forme  un  contre-sens  complet,  ms.  001;  a  aàrc,  1026.  ms.  a  mire*, —  D'autres 
fois  M.  W.  oublie  d'avertir  qu'il  corrige  le  texte;  ainsi,  s8o  :  Li  Niniven  di  ta 
cité,  ms.  Li  l^'inivcn  en  la  cité;  72^,  Offrez  mei  a  vostrt  cher  fiz,  ms.  a  tun  c/i,,- 
726,0  tun  cher  fiz,  ms.  a  vostre  fi:,  qui  vaut  autant;  8s9,  Equ'al  diable,  ms.  E 
cum  a  diable;  de  même,  7Î7,  Fon  qu'cie,  ms.  Fors  cum  ele,  —  Certaines  correc- 
tions sont  fort  contestables;  ainsi,  441-4,  ms.  Ne  iai  certes,  ne  sui  dtgm,  De 
requerre  la  dame  btmgne^  M.  W.  corrige  le  premier  vers  ainsi  :  Ne  iai  certes  \st 
}o]  sut  digne  en  supprimant  ne  :  il  laul  bien  plus  probablement  le  doubler  : 
Ne  sai,  certes^  [ne]  ne  sui  digne  les  mots  ne  sai  certes  étant  la  réponse  à  une 
question  posée  dans  le  vers  précédent.  V.  Ji  Z-e  vndani  [que)  de  cuer  anurent: 
V.  64  Cet  yisdanz  kt  [pas)  ntl  Uissassenl  ;  la  restitution  de  [qut\  dans  l'un  de 
ces  vers,  de  [pas]  dans  l'autre,  est  faible;  corr.,  dans  les  deux  cas  U  nsdame. 
En  voili  assez  sur  cette  édilion,  bien  que  la  mat:ére  ne  soit  pas  épuisée. 

MÉLANurs.   Varnhagen,  Die  hanJschriftluhai  F.rwcfbungen  des  Briiish  Muséum 
eu]  dtm  Cebtete  des  Altrotnanischen  m  àcn  lahren  ¥on  186^  bts  niitte  1877.  Travail  j 
fort  médiocre  d'un  débutant  qui  ne  s'est  pas  suffisamment  rendu  compte  de  U  ' 


I.  Pour  tn  tire  (ittr),  locution  Fréquetite  dans  le  ms.  FgertM  61 1  ;  voy.  mon  Reeuetl^ 
partie  française,  o*  24,  v.  180,  rS?,  aii.  I 


PÉRIODIQUES  54Î 

somme  de  connaissances  qu'il  taul  posséder  pour  décrire  avec  compélence  des 
mss-On  y  Irouvcrj  peu  de  renseignements  nouveaux,  la  Romania  ayant  sotn  de 
faire  connaître  tous  ceux  des  mss.  français  acquis  d'ans  ces  dernières  années  par  le 
Musée  britannique  qui  peuvent  intéresser  ses  lecteurs.  Ainsi,  dans  notre  dernier 
numéro  (p,  99-1021  nous  jvons  consacré  plusieurs  pages  au  n^add.  )oo9i<motet$ 
français  et  latins)  que  M.  Varnaghen  décrivait  en  mfme  temps  ip.  ^47)  en  quelques 
lignes  non  exemptes  d'erreurs.  Il  y  a  trois  fautes  dans  ta  pièce  qu'il  rapporte  et  que 
l'ai  publiée  dans  l'article  précité  :  M.  V.  lit  au  premier  vers  A  mai,  quand  le  ms. 
porte  En  mai\  au  v.  j  vat!  pour  wd,  et  au  v.  14  ru;  pour  vos.  —  Le  ms.  le 
plus  important,  parmi  ceux  dont  parle  M^  V.,  est  le  n"  addil.  2677Î,  contc- 
oanl  les  évangiles  des  dimanches,  en  vers,  avec  leurs  expositions,  et  acquis  par 
le  Musée  en  1864.  Malheurcuseroeni  M.  V.  ne  sait  rien  dece  qu'il  y  al  dire  sur 
ce  ms.  qui  n'est  pas  aussi  inconnu  ni  au&si  unique  qu'il  le  croit.  En  tète  du 
volume  est  reliée  une  description  imprimée  de  ce  ms.  due  ii  M.  P.  Paris  avec 
prix  marqué  tn  frana  (fr.  2,400!,  non  en  monnaie  anglaise.  Comme  le  ms.  a  été 
acquupar  le  Musée  de  Messrs.  Puttick  and  C",  de  Londres,  M.  V.  s'est  empressé 
de  conclure  que  cette  description  était  tirée  d'une  annonce  de  la  maison  en 
question,  sans  apercevoir  ce  que  cette  supposition  avait  d'invraisemblable.  Le 
fait  est  que  la  description  rédigée  par  M.  P.  Paris  a  été  tirée  d'un  catalogue  à 
prix  marqués  qu'a  publié  en  1862  la  maison  Tecbener,  catalogue  très< 
connu  de  toutes  les  personnes  qui  s'occupent  de  la  bibliographie  des  mss.'.  Le 
ms.  du  Musée  étant  incomplet  du  commencement  et  de  la  fin,  il  est  impossible  de 
rendre  bon  compte  de  l'ouvrage  qu'il  contient,  sans  l'aide  d'un  ms.  complet. 
Mais,  selon  M.  Vamhagen.  0  on  ne  connaît  pas  d'autres  mss.  du  même  ouvrage.  ■ 
On  en  connaît  au  moins  un,  décrit  fort  longuement  dans  un  catalogue  très-faci- 
lement accessible  et  que  M.  V.  avait  sous  la  maiu  au  Musée  britannique;  00  y 
voit  que  les  évangiles  en  vers  ont  été  rimes  par  un  certain  «  Robert  de  Gre- 
tham  (Greetham)  pour  une  dame  appelée  Aline.  J'aurai  occasion  de  revenir  sur 
cet  ouvrage.  —  Le  t  Mirouer  des  dames  •  tadd.  29986}  est  un  ouvrage  connu. 
M.  V.  aurait  dû  renvoyer  aux  ManascnU  Jrançois  de  M.  P.  Paris,  V.  iSj.  Le 
ms.  que  le  Musée  britannique  possède  de  cet  ouvrage  ne  présente  qu'une  parti- 
culanté  intéressante,  que  M.  L.  Delisle  a  pu  reconnaître  avec  certitude  d'après 
mes  notes,  c'est  d'avoir  fait  partie  de  la  célèbre  bibliothèque  du  duc  de  Berry. 
—  La  pièce  Jt  vots  monr  :  venés  avant.  .,  que  M.  V,  ctie  comme  une  nouveauté, 
se  trouve  dans  plusieurs  mss.  et  est  publiée  depuis  plus  de  quarante  ans  â  la 
la  suite  des  Vers  sot  ta  Mort  de  CrapeJet  (1*  éd.,  p.  7}-86).  —  P.  1^6,  il  y  a 


I-  M.  V  n'a  sans  doute  paj  aperçu  t*E,  quoiqu'il  wit  de  belle  taille,  ei  c'est  sûre- 
neoi  Va  allongée  quil  a  pme  pour  un  A.  J'écris  ayant  drnouveau  sous  les  yeux  le  n», 
du  Musée. 

1.  Ofjcnption  rmîonnl<  é'unt  collection  ehoine  tCamens  manatcrits..,  rianii  psr  ta 
JOiKj  de  M.  J.  Ttchtntr,  tt  artc  tes  prix  de  tkacun  d'en!,  première  pinir.  Paris.  Tecbe- 
ncx,  i66a,  in-S*,  p.  69-7}  (n'  \i).  Un  çrand  nombre  des  tnss.  de  ce  ciUloguc  n'ayani 
pas  trouvé  acquéreur,  ont  été  ir^nsportes  en  i^ngleterrc,  enregistrés  dans  un  catalogue 
d'obiet^  variés  sur  lequel  j  éié  mis  le  nom  de  i.îbri,  et  vendus  aux  enchères  le  i"  juin 
l$6^,  voy.  A  Catalogue  ci  M.  Giigbtlmc.  Libri's  magnifictnt  (vllectian  of  iUuminated  ani 
Wtaiouî  manunripU  ....  i»''iu''i  wiU  Iv  ioU  by  auction.  h  Ueisrt.  Sctkthy,  Wilkimon 
cltfid  Hodge 0»  Wedntjday,  1864,  Noire  ms.  y  figure  lous  le  n*  78  tôt  deux  cata- 
logues l'attritmeni  an  xii*  siècle,  quoiqu'il  soit  tout  au  plus  du  milieu  du  xtii*. 


J46  PÉRIODII^ES 

une  restitution  malheareuM  u  post  dominicain  qua  cantatur  leum\ie]  Jérusa- 
lem. >  Quand  on  s'occupe  de  manuscrits  on  doit  connaître  le  «  Uetare  Jéru- 
salem. »  —  P.  M.  —  P.  îi^,  Varnhagcn,  Za  deux  rédactions  des  Stpt  Saga 
àe  Rome,  éd.  C.  Paris;  M.  V.  indique  deux  ms.  écrits  et  conserves  en  Angle- 
terre  de  la  rédlction  que  j'ai  dans  ma  préface  désignée  par  A  ;  dans  son  article 
précédent  il  avait  fart  connaître  le  manuscrit  d'une  rédaction  italienne  différente  de 
celle  qu'a  publiée  M.  d'Ancona,  quoique  appartenant  aussi  i  la  famille  A,  et  qu'il 
se  propose  de  publier.  —  P.  s\(>,  nouvelles  corrections  de  MM.  Suchier  et 
Toblcr  au  Diaiogas  anime  et  raàonis.  —  P.  ^^9,  W.  Foerster,  EtjmoJogies  : 
i.  F.sp.  encUnque,  rattaché  avec  toute  raison,  non  à  c/mituj  (Dicz),  mais  k  l'anc, 
franc.  »r/(/i£^  ail.  ilinc;  l'explication  de  l'auteur  donnerait  d'ailleurs  lieu  à  certaines 
réserves.  —  :.  Fr.  ri  (bûcher},  séparé  par  de  bonnes  raisons  de  ntt  (Diez)  et 
rattaché  â  raùs;  cette  étymologie  avait  déjà  été  donnée  par  M.  Lceschhorn  {Da% 
norm.  Rolandsited,  p.  17). —  j.  Sur  vaincre  tt  mangier;  utiles  observations  gram- 
maticales portant  sur  des  points  fort  obscurs  :  nùncre  est-il  réellement  assuré  dés 
la  fin  du  XII"  siècleMe  me  méfie  des  éditions.  —4.  Fr.  selon;  M.  F.  le  tire  de 
seronc,  oii  le  c  serait  épenthétiquc,  ce  qui  est  bien  peu  probable  {phnc  a  été 
influencé  par  plonchier)  :  lorgnc  viendrait  de  icQn=.  itcanàym^  et  IV  aurait  servi, 
d'après  la  théorie  de  M.Tobler,  qui  est  vraie  1  quoi  qu'en  puissent  dire  Mussafia 
et  Paris.  •  à  combler  l'hiatus  :  tout  cela  est  fort  douteux.  —  6.  Fr  beau  4t 
btllum;  l'auteur  explique  beaucoup  mieux  que  Diez  les  transformations  de  Vt 
ouvert  devant  //  ;  il  y  a  longtemps  du  reste  que  j'enseigne  à  mes  cours  une 
théorie  qui  ne  diffère  de  celle-ci  que  sur  des  points  de  détail  (voy.  Revue  critiqai, 
187s,  t.  Il,  p.  267I.  —  P.  567,  Canello,  Perder  i'trre:  l'auteur  explique  celte 
locution,  qui  d'après  la  Crusca  signifie  ■  s'enivrer,  •  par  «  s'égarer,  a  cC 
reconnaît  dans  erre  l'anc.  fr.  erre  =  aer;  il  faudrait,  semble-t'il,  plus  de  preuves 
qu'il  n'en  donne. 

CnMf*Tr.s*BF.NDD8.  P.  jô*).  Le  Ime  des  psaumes,  p.  p.  Michel  (article  de 
M-  Suchier,  qut  porte  la  trace  de  ses  études  solides  sur  t'anglo-normand;  on 
y  remarquera  la  revendication  pour  ce  dialecte  du  Livre  des  Rois  *).  —  P.  572, 


I.  M.  S.  reproche  i  l'éditeur  d'avoir  omis  les  accents  marqués  dans  le  mi.  :  ce  reprocfae  t 
n'es»  pas  fonaé.  L'édition  »  été  faiie  entièrement  «os  ma  dirtctîon,  le  glossaire  a  été 
rédigé  d'après  un  plan  dont  j'ai  fourni  le  ïpécimen.  et  1«  épreuves  ont  cxé  revues  par  * 
moi,  de  sorte  que  je  suis  responsable  non  point  de  l'exécution  qui  laisse  ci  et  li  i  dési- 
rer, non  point  sunout  de  la  prcfdce,  mais  du  lystéme  général  suivi  dam  l'édition.  ^ 
donc  l'accentuaiion  du  tns.  avait  offert  de  l'intérêt,  je  l'aurais  fait  reproduire.  Mais  cette  ' 
accentuation,  très-peu  consume,  et  dont  i'ii  fait  .tur  le  ms.  de  Tnnity  Collège  un  relevé 
exact,  pour  une  ires-grande  panie  du  psautier,  n'est  pas  du  tout  conçue  d'iprès  le  même 
principe  que  l'accentuation  ou  pMutier  de  la  Bodlèienne  ou  de  la  traduction  limousine 
des  dupitres  Xlll-XVIl  de  Sainl-Jean  dans  le  nts.  Harleicn  1918  :  elle  n'a  pas  pour 
objet,  comme  dins  ces  deux  teiies,  de  marquer  les  syllabes  ioniques,  mats  elle  se  place, 
sans  motif  apparent,  i  diverses  voytlles  toniques  ou  atones.  Voici  les  accents  des  cinq 
premiers  versets  du  psaume  II  :  i  trubUé ;  i  h  réi  ...  f  U:  }  i  :  ^  ti  (deux  fois)  e/cAùr- 
nirat  (ici  et  ailleurs  l'accent  s'applique  peut-être  i  l'h;  ainsi  uHélçanz  m,  j;  menchùage 
IV.  2  ;  chdtense  LXXIll,  8  ;  csscchds  LXXIV,  ij,  etc.)  ;  (  .1...  r,  in.  Cette  sorte  d'ac- 
rentuaiion  se  trouve  dans  beaucoup  d'anciens  mss-,  et  clic  n'offre  qu'un  intérêt  paléo- 
graphique. J'ai  donc  été  d'avts  que  M.  Michel  pouvait  se  dispeuei  de  les  reproduite.  Je 
conviens  qu'il  ctli  été  à  propos  d'indiquer  dans  la  préface  en  quoi  consistait  cette  accen- 
tuation. Mais  bien  d'autres  choses  encore  auraient  dtH  prendre  place  dans  cette  préfoce, 
et  le  droit  du  commissaire  responsable,   même  poussé  jusqu'il  ses  dernières  limites  (voir 


PÉRIODIQUES  ?47 

Longnon,  François  Vitlon  (Ulbrich)  —  P.  S7i,  Wuiff,  De  tinfinîtif  dans  Us  plus 
andais  tam  français  (M.  Behaghel  loue  ta  méthode,  et  critique  certains  détails). 
—  P.  i7,  Kriiger,  Die  [Vortsiellung  in  dtr  fran:.  Prosa  des  XlîlUn  Jakrh.  |lcs 
observations  judicieuses  de  M.  Stimming  montrent  que  le  sujet  est  loin  d'être 
traité  d'une  façon  définitive).  —  P.  ^79,  Benui<<(,  De  ta  syntaxt  Jrantatsc  trtUt 
Pûligrave  it  Vaugtlas  (art.  peu  favorable  de  M    Ulbrichl.  —  G.  P. 

m. —  Bulletin  oe  la  SocifcTK  de?  ascirns  textri  français.  1877,  j. — 
P.  8{-ti).  Noticeda  mt.  179  bis  de  la  Bihltotkè^ae  de  Genhfe,  par  M.  Rilter. 
Ce  ms.  du  XV«  siècle  ne  contient  pas  moins  de  lrente*lrois  compositions,  dont 
M.  R,  donne  la  notice  sot(;ncuse.  Hn  appendice  il  publie  le  fragment  seul  sub- 
sistant du  conte  du  ■  menestrier  Orpheus  •  <  108  vers  plus  ou  moins  complets) 
avec  un  fragment  d'un  poème  sur  les  travaux  d'Hercule,  —  puis  ia  jolie  pièce 
des  Dix  souhai:  où  sont  formulés,  chacun  dans  un  douzain,  les  souhaits  de  dix 
personnages  appartenant  aux  diverses  conditions  sociales,  —  cl  enfin  une  char- 
mante petite  facétie,  les  Menai  Souhai:  <  156  vers),  où  on  voit  tout  le  mcchefqui 
arriverait  au  monde  si  les  souhaits  de  chacun  se  réalisaient.  —  P.  1  M-i  s>  t^ou 
{par  M.  G.  Raynaud)  sur  un  chansonnier  du  XVT  sûcie  eonservé  ù  la  bibliO' 
tbi^ut  d'Utrceht  ;  ce  recueil  ne  comprend  que  le  premier  couplet  et  le  refrain* 
malheureusement,  car  les  deux  échantillons  cités  donnent  l'idée  de  chantons 
véritablement  populaires 

IV.  —  BlDLIOTttRQUE    DE    l'ÉûOLE    DES    i:HAllT8fi,    XXXVII    (1877),    6.    — 

P.  497-^72,  La  Prise  de  Damiette  en  i  j  19  :  relaiwn  inldite  in  pfonnçal  publiée  par 
P.  Meyer;  document  très  intéressant  pour  Thistoire,  accompagné  d'une  intro* 
duction  étendue,  de  notes  et  d'un  glossaire.  —  Daqs  la  chronique,  M.  Dclisle 
signale  (p.  661),  dans  le  catalogue  récemment  publié  des  livres  du  marquis 
Campori,  un  ms.  (iraduciion  en  prose  de  ['An  d'aimer)  qui  a  lait  partie  de  la 
bibliothèque  du  château  de  Blois,  et  donne  (p.  662  ssl  ta  description  du  ms.  de 
l'Arsenal  ioj9,  écrit  en  1  jji  à  Valencieanes.  et  contenant  divers  opuscules  en 
prose  française. 

V. —  Buu.KTTN  DD  6inLioPHiLE,i877,  |uin-juillel,  août- septembre,  p.  a4i-96, 
^90-419  :  Bibliographie  des  ouvrages  imprimés  en  patois  du  Midi  de  la  France  et  des 
Irarata  sur  ta  langue  romano-proveniale  par  Robert  Reboul.  Celte  bibliographie 
a  la  prétention,  fort  peu  justifiée,  d'embrasser  la  littérature  provençale  ancienne 
el  moderne.  En  ce  qui  touche  i  la  littérature  ancienne,  il  suffira,  pour  montrer 
l'incompétence  ab&olue  de  l'auteur,  de  remarquer  qu'il  ne  signale  ni  la  gram- 
nuire  de  Dïez^  ni  le  Cfundnss  de  Bartsch,  ni  tes  éditions  de  Flamenea  et  de  ta 
Croisade  albigeoise  par  M.  Paul  Meyer.  Pour  ce  qui  est  de  la  période  moderne, 
M.  R.  suit  pas  i  p,-)s  Pirrquin  de  Gembloux  et  Mary  Lafon  :  Arcades amhof  Les 
quelques  bonnes  indications  fournies  par  cette  bibliographie  sont  relatives  aux 
Bouches-du-Rhône  et  au  Var.  —  J.  BAUgriER. 


In  remarques  de  M.  Fr.  Michel,  p.  xi|].  ne  pouvait  aller  iuiqu'Â  imposer  i  l'éditeur  un 
suiri  qu'il  ne  voulait  pas  traiter.  —  P.  M. 


348  PéRIODIQURS 

VI. —  RrvisTA  Di  Lettbratdra  i'oi'olare*,  I,  2.  —  p.  8i,  A.  de  Gtibcr- 
natis,  NovelU  pop.  ai  Santo  Sujano  di  CaUinaia.  —  P.  87,  Sabatini,  Saggio  ii 
canti  popolari  romam  (saite|,  —  P.  97,  Pitre,  Antichi  usi  pop,  per  la  (esta  4i 
mezzo  agoîto  in  Palcrmo.  —  P,  108,  de  Puymaigrc,  Chants  populaires  éa  pays 
messin,  — P.  117,  Draga,  Uttcratara  dos  contoi  populares  poria^aezas  (rensei- 
gnements intéressants,  accompagnés  de  rapprochements  souvent  aventureux).— 
P.  1  )7,  Gianandrea,  Saggio  di  giuochi  e  canti  fanciutlcschi  dclle  Marche,  —  Va' 
rietA.  i.  Due  mss.  mtditi  m  dialelto  româtitsco  (F.  S.|.  2.  Usi  t  iradiitont  dtl 
Monferrato  (Ferraro).  —  Bihtiografia.  —  Pertodict.  —  Notizic. 

VII.  —  Rbviib  critique,  janvier-mars.  —  An.  4.  Hall,  On  enghsh  adiuiim 
m -able  (A  Beljame).  —  59.  Andrews,  Vocabulaire  jrençais-mentonais  (J.  Bau- 
quier;  observations  complémentiires  utiles).  —  ^0.  Cbabrand  et  de  Rochas, 
Patois  des  Alpes  coltiennes  (J.  Bauquier).  —  68.  Delboulle,  Sappliment  au  Gtot' 
saire  de  la  vallie  d'Ylrts. 

VIII.—  LfTEBABiscHKS  Centralolatt,  janvicr-niars.  —  N*  4,  Lùcking,  du 
alttsttn  franzctsischcn  Mundartcn  |W.  F.).  —  6,  Bauquicr,  Bibliographie,  dt  U 
Chanson  dt  Roland  (Nn.)  —  7,  Birch-Hirschfeld,  die  .Sd^eramCrj/ (éloge grand 
et  mérité)». 

ÏX. —  jRNAEn  I-iTBBATrny.Rrri'Nr.,  janvier-mars.  —  N*  1,  Keller.  AUfranza* 
sische  Siï^M  (réimpression  d'un  recueil  connu  de  traductions  de  l'ancien  français). 
—  6,  Edslrœm,  la  Passion  du  Christ  (Sucbier  :  très-sévère).  —  10,  Grœber, 
die  Liedcrsammltingcn  der  Troubadours  ;  Stcngel,  du  provenz.  Blumenlese  det  Cht- 
giana  ;  Barberino^  Dtl  reggimenla  di  donne,  éd.  Baudi  di  Vesme  (Suchier).  — 
M,  Darmestcter,  i/(  F/oovj/i/f;  Dt  ta  criation  actuelle  de  mots  nouveaux;  Ray- 
naud,  Etude  sur  le  dialecte  picard  fNeumann  :  beaucoup  de  critiques). 


Err.\tum.  p.  242,  dtrnùn  ligne^  rétablir  ainsi  /«  §  247  :  Tua  sunt  hcc,  Jhesu, 
pietatis  capud,  [opéra],  qui  quondam  carura  morte  pestifera  pressumvite  redo- 
nasti,  vivent!  (ms.  vivenlcm)  nunc  equidem  isti  tue  serve  {ms.  istam  tuam  servam) 
drbilitatc  non  modica  presse  ims.  pressam).... 


1.  Depuis  rapparitiOQ  de  cène  revue.  M  G.  Piiré  s'est  adjoint  comme  directeur  i 
M.  Sabalini.  L'accession  tl'un  travailleur  aussi  actif  ei  aussi  com|Wtenl  ne  peut  manquer 
d'avoir  la  plus  tieurru&e  influence  sur  la  destinée  du  nouveau  recueil. 

3.  Dans  une  noie  insérée  dans  un  des  premiers  n**  du  Ctntratblatl,  îniiluWe  Zur  Atnfthr^ 
M  Fsrsier  proteste  conire  une  erreur  commise  par  nous  dans  le  compte-rendu  du  n*  12 
de  1877  {Rom.  VI,  6j4*|.  Nous  lui  donnons  acte  de  sa  rectification  :  c'est  lui  en  effet  qui 
a  rattaché  avec  raison  db  l'abord  aiquetume  à  in^uietadirtem,  et  M.  Boucherie  qui  a 
voolu  y  reconnaître  iaquU\ti\htdiiiem. 


CHRONIQUE. 


Il  faut  ajouter  les  contributions  suivantes  aux  sommes  déjà  reçues  i  Paris 
cour  la  souscription  Diez  : 

M.  E.  Littré 20  fr. 

M.  K.  Nyrop. s 

—  Nous  sommes  heureux  d'annoncer  que  M.  Thor  Sundby,  noire  excellent 
^'/tollaboratcur,  a  été  nommé  professeur  de  philologie  romane  i   rUnivcrsilé  de 

Copenhague. 

—  Nous  apprenons  avec  ta  plus  grande  satisfaction  que  le  gouvernement 
portugais  vient  de  créer,  i  l'Institut  des  études  supéneures  de  Lisbonne,  une 
chaire  de  linguistique,  et  que  cette  chaire  sera  confiée  i  noire  collaborateur 
M.  Ad.  Coelho,  qui  tera  dans  son  enseignement  une  large  pari  i  la  philologie 
romaoe. 

—  M.  Gral  3  été  chargé  du  cours  d'Histoire  compatit  des  htUratures  niofaimes 
1  l'Université  de  Turin. 

—  M.  G.  Pans  a  fait  le  samedi  6  avril,  à  la  Sorbonne,  sous  les  auspices  de 
VAssoàanon  scunûfiqut  de  France,  une  conférence  sur  !a  science  du  langage 
appliquée  au  français.  Une  analyse  de  cette  conféience  paraîtra  dans  le  Bulletin 
de  rAssocialioa. 

—  Le  22  mai  et  jours  suivants  auront  lieu  i  Montpellier  les  fêles  latines. 
t  Cette  solennité,  dit  la  lettre  d'invitation,  a  pour  but  d'encourager  les  études 
relatives  aux  langues  romanes  et  de  rendre  plus  intimes  les  relations  que  ces 
mêmes  études  créent  entre  les  savants  des  différents  pays.  Elle  aura  aussi  pour 
résultat  de  resserrer,  p»r  le  souvenir  de  communes  origines  linguistiques*  les 
liens  de  mutuelle  sympathie  qui  unissent  les  peuples  latins.  ■ 

—  La  SocUli  des  Etudes  histornjuu  a  mis  au  concours  pour  1880  le  sujet  de 
prix  suivant  :  Histoire  des  angines  et  de  la  formation  de  la  langue  française  jasqu'A 
ta  fin  du  itiziime  sUtle,  Le  prix  est  de  mille  francs.  Pour  les  renseignements,  il 
faut  s'adresser  4  M.  le  comte  de  Bussy,  administrateur,  rue  Gay-Lussac,  40. 

—  La  Rivista  di  filologia  romanza  renaît  décidément  sous  un  autre  nom. 
Nous  venons  de  recevoir  le  premier  fascicule  du  Giomcle  d\  filologia  romanza^ 
que  dirige  M.  Monaci  seul.  Ce  premier  faKicule.  dont  nous  rendrons  compte 
dans  notre  prochain  numéro,  donne  les  meilleures  espérances  sur  la  suite.  Le 
GiornaU  paraît  h  la  librairie  La'scher  (Rome,  Turin,  Florencel;  chaque  volume 
se  compose  de  quatre  livraisons  d'au  moins  quatre  leuilles  ;  le  prix  d'abonne- 
ment est  de  10  fr.  pour  ritalie,  de  13  fr.  pour  l'étranger  (on  s'abonne  à  Paris 
i  la  librairie  Franck), 

—  La  librairie  Hachette  publiera  prochainement  une  traduction  à'Aacassin  et 
Nicolete  par  Bîda,  accompagnée  de  dessins  du  même.  G.  Paris  a  joint  â 
cette  traductwn  une  préface  et  une  nouvelle  édition  du  texte.  De  son  c6té, 


JJO  CHRONIQUE 

M.  Suchier  va  donner  en  Allemagne  de  ce  charmant  ouvrage  une  édition  avec 
grammaire,  notes  et  glossaire,  destinée  aux  étudiants. 

—  Le  Mystirc  dt  la  Pjsiion  d'Arnoul  Grcban,  édité  par  MM.  G.  Paris  et 
G.  Raynaud,  dont  la  publication  a  été   retardée  par  diverses  circonstances     |1 
au'deli   de   toute   prévision,    va   enBn    paraître  incessamment  à   la    librairie 
Franck. 

—  M.  Rajna  annonce  la  prochaine  publication  d'un  ouvrage  sur  Lu  pocut 
provtnçalt  en  italie. 

—  M""  C.  Michaelis  de  Vasconcellos  s'occupe  d'une  édition  nouvelle  du 
CMcionetro  do  CoiUgiodos  Nobrcs,  imprimé  par  lord  Stuart,  en  iSaj,  à  vinot- 
ciMQ  exemplaires. 

—  MM.  Bonnardot  et  de  Bouteiller  vont  mettre  sous  presse  une  édition  de 
la  chanson  de  Htm  de  Metz. 

—  L'Académie  française  vient  de  publier  la  septième  édition  de  son  Diction- 
naire. On  remarque  dans  la  préface  les  déclarations  relatives  A  rorthographe,  à 
laquelle  on  n'a  pas  voulu  toucher,  c  S'il  y  a  un  point  sur  lequel  l'Académie 
ait  cru  devoir  garder  une  grande  réserve,  c'est  celui-là.  Les  innovations  qu'elle 
s'est  permises  se  bornent  en  général  au  retranchement  de  quelques  lettres 
doubles,  consonnance,  par  exemple,  qu'elle  écrit  par  une  seule  n,  consonance. 
Dans  les  mots  tirés  du  grec,  elle  supprime  presque  toujours  une  des  lettres 
étymologiques,  quand  cette  letîre  ne  se  prononce  pas;  elle  écrit  :  phtisie,  rythme^ 
et  non  phthine,  rhjthme.  L'accent  aigu  est  remplacé  par  l'accent  grave  dans  les 
mots  :  piige,  sUge,  collige,  et  dans  les  mots  analogues.  L'accent  grave  prend 
aussi  la  place  de  l'ancien  tréma  dans  les  mots  pointe^  poète,  etc.  Dans  beaucoup 
de  mots  composés  de  deux  autres  que  l'usage  a  réunis,  le  trait  d'union  a  été 
supprimé  comme  désormais  inutile.  • 

—  M.  Charles  Grandgagnage,  né  à  Liège  le  9  juin  1812,  est  mort  dans  cette 
ville  le  7  janvier  dernier.  Nos  lecteurs  connaissent  ses  remarquables  travaux 
sur  le  dialecte  wallon.  Il  fut  un  des  premiers,  dans  les  pays  de  langue  romane, 
à  comprendre  la  portée  des  ouvrages  de  Diei  et  à  travailler  avec  la  même 
méthode  et  sur  les  mêmes  bases.  Son  Dictionnaire  de  ta  tangue  wallonne^  qui 
commença  h  paraître  en  iSjo,  est  un  ouvr;jge  des  plus  importants  et  des  plus 
utiles  :  l'auteur  y  a  montré^  avec  une  érudition  étendue,  une  véritable  aptitude 
à  l'observation  et  i  l'interprétation  linguistique.  M  est  très-regrettable  que  ce 
beau  travail  n'ait  pas  été  terminé.  Grandgagnage.  pour  des  motifs  qui  ne  nous 
sont  pas  suffisamment  connus,  en  suspendit  la  publication  :  ce  qui  est  imprimé 
s'arrête  au  milieu  de  la  lettre  M.  Si,  comme  on  l'assure,  les  matériaux  complets 
de  la  fin  sont  entre  les  mains  de  sa  familte,  ce  serait  une  tÂche  digne  de  la  piété  des 
siens  que  de  les  coordonner  et  de  les  mettre  au  jour  :  tous  les  romanistes  leur 
en  seraient  vivement  reconnaissants.  Le  mémoire  de  Grandgagnage  sur  les  noms 
de  lieux  anciens  de  ta  Belgique  wallonne  nous  le  montre  sur  un  terrain  difficile, 
o&  ta  linguistique  rencontre  l'ethnographie,  l'archéotogie  et  l'histoire,  où  les 
causes  d'erreur  abondent,  oti  les  points  de  repère  font  défaut  ;  l'auteur  n'a  pas 
évité  tous  les  écucits  qu'une  exploration  de  ce  genre  réserve  â  l'étymologiste^ 
mais  en  général  il  a  montré  de  la  prudence  et  de  la  pénétration,  et  il  a  obtenu 


CHRONIQUE  ^1 

i]nriquei  résultats  précieux.  Ses  juires  travaux,  d'atlteurs  peu  nombreux ,  ne 
sont  guère  que  des  études  préliinmaircs  ou  accessoirrs  pour  son  grand  Diction' 
nuire.  La  réputation  du  linguiste  liégeois  ne  se  répandit  pas  aussi  rapidement 
qu'elle  aurait  dû  le  faire  :  car  si  on  songe  que  ses  études  étymologiques  parais- 
saient il  y  a  trente  ans,  on  reconnaîtra  qu'il  se  plaçait  au  premier  rang  parmi 
les  adeptes  de  la  philologie  romane.  Ce  fui  peut-être  la  froideur  de  l'accueil 
lait  i  son  œuvre  qui  le  découragea  ;  il  reçut  plus  tard  un  honneur  qui  devait 
compenser  et  au-deU  l'indifférence  du  publtc  :  Diez,  qui  l'avait  souvent  cité 
avec  éloge  dans  sa  Crammatrc^  lui  dédia  en  1865  ses  Altromsmscht  Glossare. 
Son  nom  figure  aussi  en  léte  des  Origtnts  Europaeac  de  M.  Diefenbach.  — 
A  partir  de  18)9,  Grandgagnage,  qui  appartenait  au  parti  tibiial,  se  donna  i 
la  vie  politique  :  ses  concitoyens  renvoyèrent  h  la  chambre  des  représentants, 
puis  en  tKyi  au  Sénat,  où  il  siégea  jusqu'à  sa  mort.  Estimé  de  tout  le  monde 
pour  son  caractère  sÛr  cl  franc^  il  a  laissé  parmi  ceux  qui  l'ont  connu  des 
regrets  unanimes. 

—  Les  journaux  d'Espagne  nous  ont  apporté  la  nouvelle  du  décès  de  D.  José 
Amador  de  los  Rios,  professeur  titulaire  de  la  chaire  d'histoire  critique  de  la 
littérature  espagnole  à  l'université  de  Madrid.  Nous  résumerons  ici  en  quelques 
mots  les  principaux  services  que  cet  érudit  a  rendus  dans  sa  carrière,  trop  tÛt 
interrompue  mais  très-complètement  remplie,  i  une  branche  importante  de  nos 
éludes.  Né  à  Baena,  petite  ville  de  la  province  de  Cordoue,  le  1"  mai  i8r8, 
D.  José  Amador  de  los  Rios  débuta  en  1841  dans  l'histoire  littéraire  par  la 
traduction  de  la  partie  espagnule  du  Cours  de  HtUratare  mcrUionaiede  Sîsmondi, 
qu'il  compléta  sur  divers  points.  Sept  années  plus  tard  il  mit  au  jour  ses  £5(1;- 
dios  hatàricoSf  poUluos  y  liUrarios  sobre  los  judios  de  Espana  (1848],  ouvrage  de 
seconde  main  qui  a  eu  le  mérite  de  répandre  dans  le  grand  public  sur  le  râle 
politique  et  littéraire  des  Juifs  espagnols  des  notions  jusqu'alors  confinées  dans 
un  certain  nombre  de  livres  d'accès  difficile  ou  connues  seulement  de  quelques 
spécialistes.  La  publication  des  Esladios  ouvrit  â  Amador  de  los  Rios  les  portes 
de  l'Académie  de  l'histoire  et  le  fit  désigner  par  le  conseil  de  l'Instruction 
publique  pour  occuper  la  chaire  d'histoire  critique  de  la  littérature  espagnole  à 
Madrid.  C'est  à  partir  de  ce  moment  qu'il  s'occupa  avec  assiduité  de  la  rédac- 
tion du  grand  ouvrage  qui  l'a  rendu  célèbre  dans  son  pays  et  lui  a  donné  en 
Europe  une  certaine  notoriété;  mais  avant  d'en  entreprendre  la  publication, 
Amador  de  los  Rios  voulut  combler  une  des  plus  graves  lacunes  de  l'ancienne 
histoire  littéraire  et  restituera  l'un  des  écrivains  les  plus  importants  du  XV'  s. 
la  place  qui  lui  revient  de  droit  dans  un  tableau  complet  et  vraiment  historique 
des  lettres  espagnoles.  Les  Obras  dd  marqaa  de  SantUhna,  imprimées  en  18^2, 
sous  les  Auspices  du  duc  d'Osuna,  furent  une  révélation.  Le  trésor  de  la  poésie 
castillane  de  l'époque  de  Juan  II  s'accrut  d'un  seul  coup  d'une  série  considé- 
rable  de  productions  remarquables  par  leur  valeur  propre  ou  par  l'influence 
qu'elles  exercèrent  sur  le  mouvement  littéraire  de  l'époque.  Cette  édition,  enri- 
chie d'une  biographie  et  d'assez  nombreuses  notes,  peut,  à  notre  avis,  passer 
pour  le  travail  le  plus  soigné  du  professeur  espagnol.  Enfin  la  protection  d'un 
ministre  éclairé  de  la  reine  Isabelle  H  permit  en  1861  à  Amador  de  los  Rios  de 
commencer  la  publication  de  son   Historia  trittca  de  la  htaatura  opanota.^u 


^^2  CHRONIQUE 

cinq  années  parurent  sept  volumes  de  cet  ouvrage,  conçu,  comme  on  sait, 
d'après  un  plan  des  plus  vastes.  Le  septième  tome,  qui  va  jusqu'i  la  (in  do 
XV*  siècle,  porte  la  date  de  iSéf  ;  ce  fut  aussi  le  dernier,  et  Tcsuvre  entreprise 
avec  un  grand  enthousiasme  fut  brusquement  interrompue  pour  des  raisons 
diverses  qu'il  est  inutile  de  faire  connaître  en  ce  lien  et  en  ce  moment.  Nous  ne 
porterons  pas  dans  cette  notice  nécrologique  un  jugemenl  d'ensemble  sur  Vopus 
magnum  d'Amador  de  les  Rios,  sur  la  préparation  de  l'auteur,  sa  méthode  ni 
ses  procédés  de  composition.  Le  moment  de  critiquer  un  tel  livre  est  passé  ou 
n'est  pas  encore  venu  :  il  faut,  pour  l'heure,  reconnaître  au  savant  espagnol  le 
mérite  d'avoir  beaucoup  compilé,  beaucoup  décrit  et  beaucoup  discuté.  Cet 
imas  de  matériaux  servira  ï  de  nouvelles  constructions,  moins  spacieuses  mais 
plus  solides,  jusqu'au  jour  o(i  une  main  expérimenlée  et  savante  ^aura  cons- 
truire le  temple  où  viendront  adorer  tous  les  hispanistes. 

D.  José  Amador  de  los  Rios  est  mort,  après  une  courte  maladie^  à  Séville, 
le  17  février  de  cette  année.  —  A.  M. -F 

—  Livres  nouveaux  envoyés  à  la  Romanta  : 
Usi  popolari  per  la  (esta  di  Natale  in  Sicilia.  descntli  da  G.  Pitre.  Palermo, 

Montaina,  in-8',  2j  p. 
Thcsen  ûber  die  Schreibung  der  Dialecte...  von  Prof.  D"  G.  Michakms  (2"éd.| 

Berlin,  Barthol,  8%  j2  p. 
Die  Kunde  und  Bcnutzung  der  Bongarsischen  Handschriften  ...  in  Bem  ,  .  von 

D'  Alb-  Jaitn.  Bern,  Wyn,  8°,  54  p. 
Die  Declination  der  Substantiva  in  der  Oil*Sprache  .1.  Bis  auf  Crestiens  de 

Troies  ...  (von|  Casimir  vi>n  Lehi.nski.  Poscn,  8°,  ^2  p.  (Diss.). 
The  Science  of  frcnch  Conjugalion,  by  E.  T.   Williams.   Boston,    Brooks, 

54",  40  P- 
ALBSANuitBscu-llaECHrA.   Incercare   bibliografica  pentru  Iitria  si  Dalmatia. 

Bucuresci,  gr.  8",  20  p.  (Extrait  des  Annalts  dt  U  Soc.  a(ûdimique). 
La  Chanson  dt  Roland,  traduction  nouvelle  rhythmée  et  assonancée,  avec  une 

introduction  et  des  notes,  par  L.  Petit  de  Jcllsville:.    Pa^s.'Lemerre, 

in- 12,  460  p. 
Ueber  die  Verbalflexion  der  ^Iteslen  franzœsischen  Sprachdenkmale.....  von  H. 

Kreuni).  Heilbronn,  Henningcr,  8",  )2  p. 
D'utys-Siplimius^  Ueber  die  ursprungliche  Abfa.ssuag  und  die  Queilen  der  Ephe- 

mcm  hilU  Troiani  von  H.  DcNaen.  Dresde,  4',  j4p.  \^rogr.). 
Novelline  popolari  Rovignesi  (1877)  ;  Fiabe  popolari  Rovigncsi  (1878),  rac- 

colle  ed  annotate  da  A.  Ive,  8s  J2,  26  p.  iPubl.  per  noz:t). 
Inventaire  général  et  méthodique  des  manuscrits  français  de  la  Bibliolhéqtft 

nationale,  par  L.  Demsle.  T.  Il  :  Jurisprudence  —  Scttncu  tt  Arts.  Paris, 

Champion,  8*.  i^i  p. 
la  Lanterna,  novelta   popotare  sicilîana  pubblicata...  (da)  F.  Sabatini.  Imola, 

in-12,  19  p.  {per  noz:e\. 


Le  propriétaire-gérant  :  F   VIEWEC. 


Imprimerie  Couveroeur,  G.  Ompeley  1  Nogeot^le-Roirou. 


GLANURES    PHONOLOGIQUES. 


VOYELLES  TONIQUES. 
A. 
Si  nous  comparons  le  présent  de  IMndicatif 


de 


JACEO 

JACES 
JACET 


5" 

gisi 

gisums  gisons  —   jacemus 

—  JACETIS 

—  JACENT 


avec  plat  ou  plais  de  placeo 

—  plais  —  places 

—  plaist  —  PLACET 

—  plaisams  —  placemus 

—  plaisez  —  placetis 

—  plaisent  —  pucent. 


de    JACEBAM     zvec  plaiseieplaisoiedt  placebaMj 
de 


JACUI 
JACUIT 


avec  ploi  de  placui 

—  ploUt  plot  —  PLACUIT 


gisez 

gisent 
IMmparfait 

giseie  gisoie 
le  parfait 

jui 

jui 

jurent 
le  présent  du  subjonctif 

gise  de    jaceam 

l'infinitif 

gésir  de    jacere 

le  participe  présent  et  le  gérondif 

,    J  JACENTEM 

gisant  de  ( 

*  (  JACENDO 

et  enfin  le  futur 

girrai  ou  gerrai  de  jacere  habeo  avec  plairai 
nous  remarquons  une  singulière  transformation  de  I'a  dont  personne  & 
ma  connaissance  n'a  donné  jusqu^à  ce  jour  l'explication.  La  combinaison 
de  deux  forces  agissant  sur  le  même  son  l'a  modifié  d'une  façon  qui 
semble  irrégulière.  Sous  l'influence  de  ;',  I'a  de  jacet  devait  devenir  ie 
Romanidy  VU  2} 


—  JACUERUNT  — plourent  plorent — placuerunt, 
avec  place  plaise      de  placeam, 
avec  plaisir 


avec  plaisant 


de  PUCERE, 

,  (placentem 
(placendo 

de  PLACERE  HABEO, 


j;4  J<  CORNU 

dont  le  son  est  te  même  que  ie  ^  ë,  de  même  que  caput  a  produit 
chief,  mais  en  même  lemps,  comme  dans  plaUt  de  placet,  c  devait 
donner  naissance  à  un  i  ou  j;  jacet  aurait  en  conséquence  fait  'gieist, 
mais  il  s'est  contracté  en  gist  de  la  même  façon  que  *diei&  de  decem 
(comp.  dyldii  franco-provençal,  l'it.  dieci  ex  l'espagnoUKï)  s'est  réduit 
à  dis'.  Tout  pareillement  gisurns  gisons,  gtseZy  giseie  Qt  g«ir  doivent 
remonter  à  des  formes  théoriques g/>ijumjgt>«offf,  gieisez ,  giaseie  et  gieisir^ 
comme  chevai  a  été  une  fois  chieval.  Comp.  le  prov.  chivau.  Si  mes 
déductions  sont  justes,  il  est  non-seulement  inutile,  mais  faux,  d'expli- 
quer gif^r  £^f<r  par  EJECTARE  qui  ne  peut  en  aucune  façon  donner  ces 
formes,  et  si  jeUr  est  jactare,  l'influence  de  /  sur  a  est  commune  à  tout 
le  domaine  roman,  car  ^italien  a  gittare  et  gettare,  le  provençal  giîar  et 
getatf  l'espagnol y/Mr  et *c/i(ir et  le  portugais  gc/fdr.  Comp.  à  ce  sujet» 
l'italien  gennaio  et  gennaro,  l'espagnol  auroj  le  provençal ^«noW^rg^/zo^fr 
ttjmier  et  l'ancien  français  jenvier  j. 

C'est  à  cette  même  aaion  de  /  qu'il  faut  vraisemblablement  attribuer 
aussi  jui  au  lieu  dey'oi,  de  jacui. 

Gcsir  de  jacÂre  n'est  du  reste  pas  te  seul  mot  qu'offre  le  français 
dans  des  conditions  toutes  semblables.  Nous  pouvons  le  contrôler  au 
moyen  d'un  autre  verbe.  Car  chier  avec  son  composé  concilier  (Suisse 
romande  contxî)  n'a  nullement  subi  l'influence  de  l'aha.  skIzan  ou  de 
l'anglo-saxon  skîtan  qui  a  fait  eschiter,  comme  Diez,  EW.,  lï  c, 
croit  la  reconnaître;  encore  moins  en  vient-il,  comme  Scheler  l'affirme 
de  bonne  foi,  disant  ce  que  Diez  n'avait  pas  voulu  dire  :  il  est  le 
produit  légitime  et  régulier  du  latin  cacare,  qui  dans  la  Suisse  romande 
offre  l'intéressant  phénomène  d'avoir  trois  représentants  tous  également 
populaires  de  leur  nature  :  cacâ^  qui  se  dit  de  Thomme,  cjy/,  qui  se  dit 
des  oiseaux,  et  txl  (^  chiet)  qui  a  le  même  emploi  que  le  premier.  Chitr 
n*a  de  commun  avec  tschiîtr  que  la  parenté  de  sens  sans  en  avoir  aucune 
d'origine. 

A  tonique  maintenu. 

Un  certain  nombre  de  mots  monosyllabes  conservent  Ta  changé  ail- 
leurs en  e.  Le  maintien  de  la  voyelle  latine  ne  me  paraissant  pas  avoir 
été  suffisamment  éclairci,  parce  qu'on  n'a  pas  tenu  compte  du  genre  de 


I.  Comp.  la  note  de  W.  Fcerster  dans  ses  recherches  sur  le  traitement  de  i'v 
en  français,  Rom.  Studien.  111,  p.  i8o-t8i. 

3.  L'affaiblissement  de  i'\  en  e  remonte  au  plus  ancien  lalin  vulgaire.  Voir 
ScHUGUAHirT,  i'okaluttms ^  1,  p.  iSj-iSy,  19J-194,  III,  p.  98. 

j.  Cette  forme  est  celle  du  Cumpot  Philippe  de  Thaun,  vv.  690  1049  1016 
liai  1141  11^9  I9P  1944  1976  2027  1128  2]03  2}oj  24^4  )}69  3586 
jSio. 


CUNURES   PHONOLOCIQUES  35$ 

mots  auxquels  l'on  avait  affaire,  je  tente  une  voie  nouvelle  et  présente 
les  observations  qu'ils  m'ont  suggérées, 

La,  ma,  ta,  sa,  ja  et  ad  a  gardent  Ta  parce  qu'ils  sont  atones  et  parce 
qu^ils  forment  corps  avec  les  mots  qu'ils  accompagnent.  Ils  ne  sont 
isolés  que  par  abstraction.  Mal  formant  avec  plusieurs  verbes  des  com- 
posés, le  maintien  de  I'a  n'otfre  rien  d'extraordinaire.  C'est  par  leur 
influence  qu'a  été  préservé  Ta  du  substantif  et  de  l'adverbe  mat  et  de 
l'adjectif  ma/x  mj/^,  mais  un  certain  temps  il  y  a  eu  lutte  entre  cette 
forme  et  la  forme  régulière  mels  meU. 

Qaar  kar  car  (Saint  Alexis  ifuer)  ne  peut  guère  être  rangé  parmi  les 
mots  atones.  Le  sens  qu'il  a  en  ancien  français  semblerait^  au  contraire, 
lui  imposer  la  modification  de  I'a  en  e. 

Il  est  peut-être  moins  aisé  de  fournir  pour  les  verbes  présentant  le 
maintien  de  I'a  des  raisons  solides,  mais  si  l'on  lient  compte  de  la  puis- 
sance de  l'analogie,  autrement  dit  de  la  tendance  à  diiïérencier  le  moins 
possible  dans  le  radical  tes  formes  qui  appartiennent  au  même  tronc,  on 
aura  moins  occasion  de  s'étonner  de  cette  irrégularité  que  de  la  régula- 
rité elle-même,  si  on  la  rencontrait. 

Trois  des  verbes  en  question  présentent  du  reste  d'autres  formes  par- 
ticulières, que  je  traiterai  du  même  coup. 

La  conjugaison  du  présent  de  l'indicatif  de  stare  ester  est  :  estois  estas 
estad  (esta  )  eslums  lestons]  estez  esiunt  estant.  La  seconde  personne  de  l'im- 
pératif est  esta,  vado  vadis  vadit  vadunt  et  l'impér.  vade  ont  fait  vois  vas 
vat  vont  (vont)  et  va.  Enfm  l'indicatif  présent  de  habere  aveir  avoir  est  ai 
as  at  ad  {a)  avums  lavons]  avez  unt  [ont) .  Dans  ce  dernier  verbe,  la  seconde 
et  la  troisième  personne  du  singulier  ont  a  irrégulièrement  sous  l'empire 
non  seulement  de  la  première  personne  du  singulier,  de  la  première  et 
seconde  du  pluriel,  mais  des  autres  temps  et  modes  du  même  radical  à 
l'exception  du  parfait  de  l'indicatif  et  de  l'imparfait  du  subjonctif.  Dans 
les  deux  premiers,  vas  vat  et  l'impér.  va  et  estas  esta  et  l'impér.  esta, 
te  son  de  Va  est  beaucoup  plus  rapproché  que  ne  le  serait  e  de  Vo  ouvert 
des  premières  personnes  vois  ^v\do  *vao  vau  (forme  prov.)  vo-f  is 
(d'origine  incertaine)  et  estois  =  istao  estau  tforrae  prov.)  esto  +  is, 
plus  rapproché  également  de  l'u  ou  de  l'o  de  la  troisième  personne,  vunt 
voat  ^  VADUNT  'VAUNT  «  estunt  estant  =z  'staunt.  Il  n'en  est  pas 
autrement  dans  unt  ont  =  'habunt  'awunt  'aunt. 

Les  autres  exceptions  sont  calet  qui  se  présente  tantôt  sous  la  forme 
calt  chalt,  d'où  léfr.  moderne  ckaut^  tantôt  sous  la  forme  chieh  (par  ex. 
Ch.  de  Roi.  calt  1405,  chelt  1840  191;  241  ij,  et  où  le  maintien  de  Ta 
n'est  pas  étonnant,  vu  que  tous  les  autres  temps  et  modes  du  même 
verbe  le  maintenaient  ;  vales  valet  valent  et  l'impératif  vale,  formes 
qui,  devenues  'hIs  'velt  'nient  et  *veU  que  je  n'ai  jamais  renconir'ées. 


Jj6  J.   CORNU 

auraient  brisé  l'unité  de  la  conjugaison  ;  et  assaU  et  assoit  au  lieu  des 
formes  théoriques  assels  assclt  ^  'aSSalis  assalit,  en  conflit  avec  le 
reste  de  la  conjugaison  qui  maintenait  nécessairement  Ta  partout  aiUeure. 
Pour  ces  trois  verbes  on  pourrait  du  reste  chercher  une  autre  raison 
delà  persistance  de  la  voyelle  latine,  si  elle  était  nécessaire ,  dans  la 
tendance  que  1'/ semble  avoir  à  protéger  l'ii,  comme  on  le  voit  par  les 
doubles  formes  fréquentes  des  adjectifs  en  -alem. 

Dans  le  parfait  de  la  première  conjugaison  c'est  sous  l'influence  de 
cantai  chantai  de  cantavi,  qui  a  dû  perdre  de  bonne  heure  son  v,  et  de 
caniaSf  cantames  et  cantastes,  que  la  troisième  du  singulier  est  devenue 
cantat  cantad  conta.  Cependant  la  troisième  personne  du  pluriel  es: 
cantercnt^  qui  s'est  développé  régulièrement  de  cantarunt,  sans  subir 
l'influence  des  autres  personnes.  Mais  la  forme  en  arent^  qui  n'est  pas 
rare  ',  la  montre  bien  clairement. 

i==  t. 

A  l'égard  des  infmiiifs 
JACÊRE  g,esir  nocêre  nuisit 

LICÊRE  Uisir  loisir  placÊre  plaisir 

LUCÊRE  luisir  tacêre  taisir, 

verbes  dont  la  conjugaison  n'est  jamais  inchoative,  il  se  pose  trois  ques- 
tions :  d'abord  de  savoir  s'ils  doivent  èlre  considérés  comme  assimilés 
dans  le  mode  infinitif  à  la  quatrième  conjugaison  et  être  rangés  sur  la 
même  ligne  que 

IMPLÈRE  emplir 

lancuére  languir 

PALLÊRE  pâlir 

puTRÊRE  purrir  pourrir 

R.ESPLENDÊRE       tcspUndir 
GAUDÊRK  loir  jouir 

REPOENiTÉRE  rcptnttr  ; 
puis  s'ils  marquent  par  leur  i,  qui  serait  identique  à  celui  de  savir,  poàir, 
àifty  mi  et  prindrai  des  Serments,  l'ancienne  prononciation  de  l'É  qui 
n'avait  pas  encore  un  son  assez  ouvert  pour  qu'on  pût  l'écrire  ei\  autre- 
ment dit  s'ils  présentent  un  archaïsme  phonétique  ;  et  enfin  si  Vi  n'y  est 
que  le  développement  normal  de  Vt  dans  un  cas  donné.  Sans  m'arrèter 
ni  à  la  première  alternative,  qui  est  celle  admise  par  Diez,  Gramm.  II., 
p.  136  et  240,  admise  aussi  par  \\i\  pour  podir  et savirâes  Serments ^céWe 
à  laquelle  semblé  se  ranger  Schuchardl,  Vokalismus,  \,  p.  268-274,  ni  à 
la  deuxième  qui  est  celle  à  laquelle  j'avais  adhéré  en  proposant  la  leçon 


ARDÊRE 

ardir 

MERËRE 

merir 

TENÊRE 

tenir 

SEDÊRE 

seir  ' 
vWrfpic 

cair) 

VIDÊRE 

'CADÊRB 

FLORÊRE 

flarir 

t.  Voir  Di££,  Gramm.  Il,  p.  234. 


CUNURES    PHONOLOGIQUES  Jjy 

dift,  Romania  187$,  p.  456,  je  regarde  la  dernière  comme  la  vraie  et 
liens  que  ce  n'est  que  par  une  coïncidence  fortuite  que  gts'tr^  UUir  et 
loisir^  luitir^  nuinr^  plaisir  et  taisir  ont  la  désinence  de  la  quatrième.  En 
effet  si  nous  leur  comparons  les  mots  suivants 

VERVÈCEM  ' 
CÊRA 

'marchê[n]sem 
mercèdbm  > 

PACÊfNlSE 


htrhiz  brebis 
cire 

marquis 
merctd  merci 
pais 


PULLICÈNUM  > 
RACËMUM 
SaGÊNA  4 
SARRACÈNUM 


pttlcin 
raisin 
saine  seine 
Sarrasin 


FÉci  FÉciT  F tciRWT  fis  fut  firent 
auxquels  nous  pouvons  ajouter  pire  =  pêior  et  pis  =  pëius,  nous  y 
reconnaîtrons  le  rétrécissement  normal  de  IV  en  contact  avec  une  guttu- 
rale donnant  naissance  à  y  \. 

Il  reste,  il  est  vrai,  outre  d'autres  exceptions  dont  je  n*ai  pas  le  loisir 
de  donner  maintenant  la  raison,  à  expliquer  pris,  compiles,  tapis^  venin  et 
parchemin.  Pris  vient  de  prehensuk  PRÊrNjsUM  sous  l'empire  du  parfait 
et  complies  remonte  à  complétas  par  complir,  A  cause  de  son  s,  tapis  ne 
peut  être  ni  tapêtem  ni  tapête  ni  tapétum.  mais  est  le  diminutif  grec 
TxmfjTtov  latinisé  en  tapêtium.  Comp.  iglise  église  ^  ecclêsia.  Venim 
venin  et  parchemin  sont  plus  difficiles,  et  du  premier  je  ne  puis  donner 
aucune  explication  satisfaisante  ;  parchemin  en  revanche,  avec  les  formes 
qui  lui  correspondent  dans  les  autres  langues  romanes, n'est  pas* perca- 
m£num  mais  pergaminum.  qui  avait  Tavanuge  de  présenter  un  suffixe 
latin  au  lieu  d'un  suflixe  grec. 


I  atone  protoniijae  et  1  en  position. 

Si  nous  comparons  vIdMUS  veisins  voisins  avec  dîcêbam  diseis  disait^ 
nous  remarquons  que  le  traitement  de  l'i  n'est  pas  le  même,  quoiqu'il 
soit  dans  les  mêmes  conditions.  Dans  diseie  disoie^  dont  la  forme  théCH 
rique  serait  deiseie  doisoie,  il  y  a  eu  assimilation  aux  temps  et  modes  qui 
devaient  garder  l'i.  Deii  deife,  it.  detto-a,  est  la  seule  forme  que  puisse 
donner  théoriquement  d'ictas-a^  dont  la  quantité  est  mise  hors  de  doute 
par  Aulugelle>  IX,  6.  Cf.  Schuchardt,  VokaiismusW,  p.  ji,  et  Ascoli, 
Saggi  ladini,  p.  2;,  note  5.  Si  l'on  en  excepte  deit  de  la  Passion.  46  a 
ei  1 12  a,  on  ne  la  rencontre  il  est  vrai  jamais  comme  participe  de  dire^ 
mais  les  deux  composés  bene{4]eii-te  beneoiz-tt  et  m4/f[i]*iz-te  nudeoiz-te 


I.  Cf.  ScBCCBAADT,  Vokoltsmas  1,  p.  284,  1)6,  m,  p.  1 19. 

}.  Cf.  SctIDCHARDT,    Voknlumtli  1,  p.  28^-86,  III,  p.    120. 

j  et  4.  Cf.  ScHtnHARPT,  Vokalismus.,  p.  292-9^,  III.  p.  121. 
y  Nous  avons  ici  la  même  contraction  de  la  triphthongue  ici  nue  dans  àis  = 
4im,'  et)  effet  cera  kbra  a  dû  passer  par  des  formes  mierméataires  *ilieira 

TIBIftA  UEIRA. 


358  J.  CORNU 

sont  employés  comme  participes  et  adjectifs.  Le  premier  traduit  ainsi 
le  nom  propre  Behedictus.  L'i  étant  bref,  comme  il  l'était  vraisembla- 
Wement  dans  estreiz-tt  estroiz-U  ^  strictus-a,  comme  il  l'était  aussi 
dans  dàs  dois  de  discus  linz^  S  le  participe  parfait  passif  n'a  pu  devenir 
dit-e  que  sous  l'empire  des  temps  qui  avaient  l'i  long. 

DÛCTUS-A,  qui  est  en  italien  dôtto-a,  devait  produire  également  ioc 
doite,  tout  de  même  que  le  substantif  dùctus  a  donné  Joiz,  «  torrent.  » 
Aussi  dans  la  Vie  de  Saint  Léger  doit  peut  fort  bien  être  Pancien  dùctum 
non  assimilé  aux  formes  qui  ont  il,  et  il  est  au  moins  imprudent  de  corriger 
dans  le  même  texte  doist  et  doistrent  en  duist  et  duistrent^  vu  que  nous  ne 
connaissons  pas  la  quantité  de  ouxi.  Duit-etsi  une  assimilation  aux  temps 
et  modes  qui  ont  ù. 

DIPHTHONCUES. 

AO. 


ore 


AD   HORAM. 


M.  G.  Paris,  Romunia  1878,  p.  129,  est  d'accord  avec  moi  sur  l'ori- 
gine de  orf=  ad  HORAM.  M.  Bœhmer,  Homaniiche  Studien  III,  p.  1)7 
et  142,  enseigne,  dit-iU  la  même  étymologie  depuis  nombre  d'années, 
il  nous  donne  en  même  temps  celle  de  encore  et  des  formes  correspon- 
dantes qu'il  n'est  pas  difficile  de  faire  remonter  à  hanc  ad  oram,  comme 
je  le  fais  aussi.  Mais  uncou,  de  la  Vie  de  Saint  Alexis^  du  Psautier 
d'Oxford,  de  la  Chanson  de  Rolland,  du  voyage  de  Charlemagne,  des 
ouvrages  de  Philippe  de  Thaùn  et  d'autres  textes  reste  sans  explication. 
M.  Bœhmer  nous  dira  sans  doute  à  une  autre  occasion  ce  qu'il  en  pense. 
En  attendant  voici  les  preuves  que  je  puis  alléguer  en  faveur  de  ore  ^ 
AD  HORAM.  Elles  sont  tirées  des  passages  suivants  de  VEpistuk  Anthimi 
ad  regtm  Theadencum^  passages  que  je  cite  d'après  la  copie  que  je  pos- 
sède du  manuscrit  de  Saint-Call,  sans  tenir  compte  des  corrections  sans 
nombre  que  Valentin  Rose  a  fait  subir  mal  à  propos  *  à  ce  texte  dans  les 
deux  éditions  qu'il  en  a  données  en  1S70  et  1877  : 

Et  mdc  inûngcndù  in  oximdli  simpiici  adora  (ad  hora  g)  facto  ut  duas 
partes  de  nui  et  una  pars  de  aceto  adhibeatur lo. 

Lardo  vero,  unde  non  est  qualiur  exire  delitias  Frarxcorum,  tamen  quaUter 
melius  comedatur  adhora  [a  g]  expono.  Si  assatum  fiurit  adhora  quomodo 
bradoniSy  pinguamen  ipsum  défiait  infoco.  14. 

Sapra  scriptas  vero  aves  [gailine  vel  paUus  pingaioriï]  in  iusceiîo  beru  coC' 


1.  Cf.  rarticle  de  W.  Fo?rstcr.  Rhdn.  Muséum  1878,  p.  2^>8. 

2.  Je  dis  ma)  à  propos,  p^rce  qu'il  a  modifié  \i  langue  comme  s'il  avait  i 
(aire  i  un  texte  classique  détigifré  par  des  copistes  ignorants. 


CLANURCS   PHONOLOGIQUES  ^J9 

têt  con^ruae  sunt  et  si  vaporaiat  adora  [a,  adhora  g]  occiit^  btne  tamen 
Cûct€^  apU^  eùam  et  asse  ut  longe  in  foco  cautius  asstntar.  2  3 . 

/a  v'ûU  deo  '  rastici  sic  adoïia  [A,  adhora  g]  captum  [tarturem]  come- 
derunt...  35. 

Lactuce  uno  more  suntj  pitlered  si  adhoka  [g,  adora  a]  collecta  mandi^- 
cantur.  j  1 . 

Asparagi  verosatis  boni  sunt  et  domestici  et  agrestis^  et  urinas  provocant j 
SI  in  calda  iliorum  apii  radicem  admixtam  vcl  fenucula  radiées,  coriandro 
nodicum  adora  [adhoka  g  a]  missum  vel  menta^  cum  virto  ipsa  calda  biba^ 
tut.  SA- 

{RaÀUis]  si  aohora  >  [g,  adora  a]  coiUaa  fuerint,  gravare  soient.  60. 


VOYELLES  ATONES. 

Suffixe  'AroKKH. 

Le  suffixe  -atorem  devient  en  ancien  français  -edur  -^ur  ; 
AOIUTATOREM     donne  aiuedur    dont  le  nom.  est  amerre  aiuae 

CALUHNrATOREM  — 

DONATOREM  — 

iUDICATOREM  — 

PECCATOREM  — 

REMEMORATOREM  — 

SALVATOREM  — 

VENATOR EM  — 


CûUnge[â]uT 
dune{d\m 
juge\d\ar 
pecche[d\ur 
rememhre[d]uî 
sahe{â\ur 
vtne[d\ur 
Si  nous  comparons  ces  accusatifs  avec 

*&ATULLABILEM 
LATOREM 
LATRONEM 
MATURITATBM 

qoi  conservent  1*a,  nous  ne  voyons  pas  pourquoi  le  suffixe  -atorem  n'est 
pas  devenu  -adur  aur.  Mais  ce  changement  s'explique  fort  bien  en  admei- 


calengierre 

danerre  dunere 

jugierre 

pecch terre 

remembrerre  remembrere 

sahern  salvere 

venerre  venert. 

saulabU 
laur 
larram 
maarted 


1.  Cette  phrase  est  précédée  des  mots  suivants  :  Ua  ut  et  tgo  in  umpora  mta 
probavi  in  proyincia  mu  qui  est  expliqué  par  viHa  Deo^  Villedieu.  où  l'on  doit  se 
nrder  de  corriger  deo  en  duo  comme  l'ont  fait  les  manuscrits  plus  modernes  et 
Valentin  Rose,  c\m  a  cependant  assez  étudié  celte  mtércssante  lettre  pour  dire 
dans  l'introduction  dont  il  l'a  accompagnée  en  1870,  p.  4^,  que  c  est  :  dus 
w<fk  tines  m  vornchmer  Irbtnssttllung  unltr  dm  Oslgoxhcn  i/i  haiun  Ubtndtn  Giii- 
(ha,  dtr  sich  vorùbcrgehtttd  ait  gesanttr  Inim  FranUnkanig  Thcùdtrich  aufgchahtn 
und  ihm  inc  a  itkttiU  bd  oder  nach  ciium  schtidcn  âus  Callien  dicte  'ratio  observa' 
lio/n'j'  intorm  dna  scndickràbcns  :u  aUgtmemm  frommcn  hinterJassat  batte. 

2.  Dans  le  manuscrit  incomplet  de  la  Bibliothèque  de  Bàtc  dont  l'éditeur  sus* 
mentionné  n'a  pas  eu  connaissance,  le  mot  est  tantôt  écrit  ad  horam  et  tantôt 
omts- 


^60  ].   CORNU 

tant  Pinfluence  du  nominatif  singulier  sur  Taccusaiif.  D'une  manière 
analogue  amaritudinem  est  devenu  amertume  sous  l'empire  d'amer  et 
aquûsum  est  devenu  ewos  sous  celui  à'ewe.  Dans  les  mots  tels  que  caienge- 
[dlur  juge[d]ur  pecche[d]ur,  la  môme  modification  exceptionnelle  s'est 
produite,  mais  là  e  remplace  te. 

De  Pinftuence  régressive  de  /1  atone  sur  les  voyelles  toniques. 

Que,  après  l'accent,  V\  aît  vécu  plus  longtemps  en  Gaule  que  e,  Î,  o 
et  u,  c'est  ce  qui  est  mis  hors  de  doute  ;  a]  par  le  datif  de  qui  ou  quis  coi 
qui  ■ ,  par  la  première  personne  du  parfait  du  verbe  substantif/ui  comparée 
à  la  troisième /u/  judfu,  prov.  fo;  b)  par  la  première  personne  du  par- 
fait de  la  première  conjugaison 

CANTAVi  cantal  chantai  prov.  cantei\ 

c]  par  la  première  personne  des  parfaits  à  accentuation  latine  tels  que 


DEBUI 

dut 

•recipui 

reçui                       g 

HABUI 

oiprov.aigaicY 

'p.dc 

SAPUl 

1 

JACUl 

jai 

'UGUl 

lai                        ^ 

MOVI 

mut 

'CREDUI 

crui 

NOCUl 

nui 

CREVI 

crwprov.crxc  j"p.  crée 

PLACUI 

plot 

COGNÔVl 

cunui 

TACUI 

toi 

PAVI 

pot 

'bibui 

bui 

VOLUI 

voit*                        _ 

Dans  les 

parfaits 

1 

TENUÎ 

tinc 

prov. 

ting  tinc 

j""  pers.  tenc 

•venu! 

vinc 

— 

ving  vinc 

—      vetic 

'pREHENSl 

pris 

— 

pris 

—      près 

QUAESll 

quis 

— 

quis 

—       quesi 

"SESl 

sis 

n  semble  être  tombé,  mais  il  n'en  est  rien.  Car  c'est  à  son  action  qu'il 
faut  attribuer  le  rétrécissement  de  Te  bref  et  de  I'ë  long  en  i.  La  même 
influence  de  11  n'a  pas  permis  à  vIginti  'vijinti  de  devenir  vent,  comme 
trIginta  *trijinta  est  devenu  trente^  mais  l'a  maintenu  sous  la  forme 
vint.  On  a  attribué  avec  raison  à  l'influence  de  Vt  posionique  de  illî 
ecce  illî,  ist't  eccc  isti,  les  formes  du  nominatif  pluriel  il  icil  cil,  ist  icist  c'ist*. 
Mais  on  n'a  pas  expliqué  le  nominatif  singulier^  qui  n'en  diffère  pas.  Si 


1 .  La  déclinaison  française  et  provençale  en  fournirait  encore  d'autres  preuves. 

2.  Ps.  d'Oxtord,  59/1 1  72/24  i  i8/ît. 

3.  Le  prov.  a  encore  rats  =  habI  (cf.  ftidif,  cais  =  qcvsÎ,  ciuasî)  tl  fis  fi  et 

faz  =:  FECI  et  FECIT. 

4.  Cette  explication  a  été  donnée  pour  la  première  fois  par  Mussafia,  préface 
de  Macaire,  p.  vij.  Diez,  Gramm.  II,  p,  io2»  a  eu  tort  de  ne  pas  l'adopter. 


GLANURES    PHONOLOCIQUES  56 1 

nous  lui  comparons  l'article  masculin  singulier  /f,  nous  serons  convaincus 
que  les  bases  de  il  icil  ci/ et  ist  icist  cist  doivent  avoir  un  i  après  l'accent. 
Cet  t  esi  fourni  par  ilUc  ei  isth  fréquent  dans  les  comiques  au  lieu  de  ille  et 
ISTE,  comme  on  peut  voir  dans  Neue.  Formenlehreder  latcinischen  Spracht, 
II,  p.  2ir.  Avec  les  formes  françaises  s'accordent  Titalien  (gli^  tjuegU  et 
ifUisli,  l'ancien  espagnol  elli  et  esii,  l'ancien  portugais  eli,  dont  l'emploi 
est  restreint  aux  personnes.  Le  développement  d'un  y  issu  de  la  guttu- 
rale peut  seul  expliquer  la  forme  egli  de  l'italien,  laquelle  doit  remonter 
par  ^Utij  '  illji  à  illic. 

Dans/ui/,  prov.  tuit  {tuith  tuih  Ev.  de  Saiht  JeanI  tuich  luch  tug  = 
TÔTi  TUTTI  *TUTTii  'tuttji  *TUiTTJi  TUiT,  l'attraciion,  toui  Â  fait  semblableà 
celle  que  nous  connaissons  dans  une  foule  d'autres  mots,  est  si  évidente 
qu'elle  saute  aux  yeux.  Elle  ne  l'est  pas  moins  dans  o(,  l'une  des  formes 
de  l'impératif  de  oir.  Car  audî  n'a  pu  donner  oi  qu'en  devenant  succes- 
sivement 'ODII  'ODJl  "OJDJI, 

Quelqu'un  pourrait  être  tenté  de  penser  que  le  redoublement  de  Vi 
admis  par  moi  pour  expliquer  îuit  et  or  est  une  pure  hypothèse  qui  n'est 
appuyée  par  aucun  témoignage.  Mais  la  traduction  de  l'évangile  de  Saint 
Jean  a  tramesii  xvii  1 8,  diissU  xiu  3  j  xiv  38,  dusii  xjv  29^  fezu  xv  1  j 
xvti  36,  exemples  qui  lui  fournissent  un  fondement  solide. 

Par  le  redoublement  ou  la  diphthongaison  de  11  —  qu'on  me  per- 
mette d'employer  ce  mot  dans  un  sens  un  peu  différent  de  l'ordinaire  — 
s'explique  sans  aucune  difficulté  comment  en  provençal  le  déplacement 
de  l'accent  s'est  opéré  et  comment  on  est  parvenu 


de  K^Bul      à 

agui  agùi  oaatguit 

de  Môvî        à 

moguit 

de  sàpul       à 

saupi, 

de  coûn6v1  à 

conoguii  St  Jean  xvu  25  conoguî, 

de  *vÉNut     à 

vtnguii  St  Jean  xvi  28      vengul^ 

de  PÔTut      à 

pogiii. 

de  'tAlluÎ    à 

tolgul, 

et  de  v6l\jS       à 

volgui  ; 

comment  aussi  en 

français  ont  pu  se  former  les  parfaits  avec  un  accent 

fixe, 

dolui 

motai                      teneistjui 

parut 

morui                      nastjui 

ckaui  cheui               ro/ui                          nsqui 

et  autres. 

D<  l' influence  régressive  de  /1  sur  les  dentaUs. 


Dans  la  Vie  de  saint  Alexis  l'impératif  de  odir  oir  est  ot,  où  dj  est 
rendu  par  z.  Cette  forme  nous  donne  la  clef  d'une  difficulté  phoné- 


?6a  j.  CORNU 

tique  que  renferme  la  seconde  personne  sing.  du  parfait  de  l'indicaùf  en 
français.  Panoui  ailleurs  dans  cène  langue,  excepté  dans  posr  pou  puis^ 
se  mainiieni  la  combinaison  st,  qu'elle  soit  biine  ou  romane,  c'est-à- 
dire  amenée  par  la  chuie  d'une  voyelle  : 

EST  ea 

H05TEM  on 

REPOS[r]Tuii  repost 

)'  pers.  sing.  des  parfaits  tels  que 

MANSIT  "MASIT  ftlCSt 

*PREHEMS1T  'PRESIT  pnsi 

5'"«  pers.  àng.  du  présent  du  subjonctif  : 

PAUSET  '       post 

PASSET  past 
et  enfin  ?■*«  pers.  sing.  de  Timparfaït  du  mÔmc  mode  : 

r.ANTASSET  caittost 

TENuissET  tenist 

vENOioissET  vendist  vcndUtt 

PARTiissET  pariist 

Au  contraire  la  seconde  personne  du  parfait  n'a  pas  de  t  dès  les  plus 
anciens  textes  ; 

CANTASTî  cantas 

HABUISTt  OUS 

VENDiDisil  vendis  yendies 

'  PARTI  istI  partis 

Elle  manque  également  de  t  dans  certains  textes  provençaux.  Voir" 
Diez,  Cramm.,  II,  p.  21  j. 

Cette  disparition  d'un  son  ailleurs  tenace  a  lieu  d*éionner,  mais  elle 
s'explique  bien  simplement  de  la  manière  suivante  :  cantastÎ  est  devenu 
'CANTASTii  '  CANTASTJI  OÙ  STJi  s'assîmilc  en  ss,  qui  se  simplifie  à  la  fin 
des  mois.  Comp.  uû  et  us  de  ostium  et  angoisse  angoisse  de  ancustia. 

CONSONNES. 


Etymohgie  de  dumne  et  de  dunc. 

Schelcr  et  Brachet  admettent  sans  contestation  l'étymologie  de  donc 
donnée  par  Diez,  tandis  qu'elle  ne  satisfait  pas  Littré.  Elle  ne  me  satis- 
fait pas  non  plus.  Car  elle  est  de  celles  qui  forcent  à  recourir,  pour  expli- 
quer soit  la  tète  soit  la  queue  du  mot,  à  des  procédés  qui  n'ont  rien  de 
scientifique.   Dans  mon  enseignement,  après  l'avoir  d'abord  présentée 


GLANURES   PHONOLOGIQUES  )6) 

SOUS  toutes  réserves  à  mes  étudiants,  j'en  ai  enfin  rencontré  une  autre 
qui  me  parait  remplir  toutes  les  exigences  des  lois  phonétiques  et  ne  pas 
moins  bien  convenir  au  sens  que  celle  qui  avait  le  plus  d'adhérents. 
C'était  AD  TUNC,  comme  on  sait. 

Les  anciens  textes  français,  par  exemple  les  Psautiers  publiés  par 
Frandsque-Michel,  fournissent  deux  mots  qu*il  importe  de  bien  distin- 
guer. L'un  est  damne  qui  traduit  nonne  dans  le  Psautier  d'Oxford,  Ps. 
18/7  ?8/ii  45-2}  52/i  59/11  61/1  107/12  1 58/20,  et  dans  celui  de 
Cambridge,  Ps.  (9/10  107/1 1  ;  qui  traduit  aussi  kumqijid  dans  le  pre- 
mier, Pi.  43/2}  77/23/24  84/s  86/s  87/11.  Ce  même  mot  traduisant 
NUMQyiD  et  NUMQuiD  NON  (Ps.  de  Cambridge  52/41  est  écrit  Jannf  dans 
le  Psautier  d'Oxford,  Pi.  40/9  et  plusieurs  fois  dans  celui  de  Cambridge', 
par  ex.  Ps.  $2/4  77/19/21  87/10  et  gieres  dunntf  {dune  B]  ergone  ? 
72/ 1  î .  L'autre  mot  est  danc.  C'est  ainsi  qu'il  est  écrit  constamment  dans 
le  Psautier  d'Oxford,  où  il  rend  tantôt  numquid,  Pj.  49/14  76/7  87/12/ 
I  j  88/46  9^/20,  traduit,  Caat.  Hab.  1 2,  par  qui  dune;  tantôt  tunc,  Ps. 
18/14  50-20  68  6  95/12  [des  idunc  ex  tunc  92/jl.  Le  Psautier  de 
Cambridge  rend  également  tunc  par  dune,  Ps.  77/54  95/12,  ainsi  que 
ET  par  t  danc  142/8  ;  dunehes  [dunkes  B]  38/9  «  e  dunches  [dunches  B] 
"jtlyjS  traduisent  en  revanche  tes  particules  interrogalives  ergo  et 
ERGONE.  Dunehts^  F.  C.  24,  répond  à  la  particule  consécutive  ergo. 

Dans  les  passages  suivants  tirés  des  QLDR  donne?  traduit  num?  num- 
OyiD?  NUMQUiONON.^  et  nonne? 


P.  112.  NUM  ignoraùs  David! 
P.  J70.  NuMQUiD sertis? 

P.    }.    ET    QUAM    OB    RE«    ûffligitUT 

cor  iuam  ?  numquid  non  ego  me- 
lioT  libi  sum  quam  decem  fiUi! 

P.  }î7-  NuMQUiD  non  dixi  tibi? 

P.  344.  NuMQUiD  non  est  Deus  in 
Israci,  ut  eat'u  ad  considtndum 
Bteizebub  deum  Accaron? 

P.  345.  NuMQUiD  ...  NON  erat 
Deus  in  Israël  ? 

P.  112.  Nonne  iste  est  David  f 

P.  408.  Nonne  istt  est  Deusf 


Danne  cunetssez  David  ? 

Dunne  savez  ? 

Dann'  as  tu  m'araur?  dunn'  as  tu 

mun  quer,  ki  plus  te  vali  que 

si  ousses  dis  enfanz  ? 
Dunnel  te  dis  ? 
Dunn'  est  li  veïrs  Deu  en  Israël  e 

purquei  dune  alez  prendre  cun- 

seil  del  deable  de  Acharon  ? 
Dunn*  est  Deu  en  Israël  ? 

Dunn*  est  ço  David  ? 
Dun'  est  ço  cil  Deu  ? 


Dans  le  môme  texte  dane  a  dans  les  phrases  interrogatives  qu'il  sert  i 
marquer  plus  fortement  un  emploi  qui  le  rapproche  évidemment  de 
dunne. 


^  t    Jccile  d'après  l' index -glossaire  de  Francisqur-Michel,  aai  n'est  pis  exempt 
d'ermin,  mais  après  avoir  vén6é  loas  les  passages  qu'tl  mdiqoe. 


j64  i-   CORNU 

p.  ]62.  NuMQtriD  Deus  ego  sum^ 
ut  occiderc  possim  et  vivificare  f 

P.  409.  Et  quomodo  potestis  resistere 
ante  unum  satrapam  de  servis  Do- 
mini  met  minimis  ? 

P.  410.  NuMQL'iD  itberaverunt  dit 
gentiam  terram  saam  de  manu 
régis  Assyriorum  ? 


Cument  cheles  '  sui  îo  dune  Deu 
que  puisse  ocire  el  vivifier  ? 

El  cument  purrez  dune  cuntrester 
neis  al  menur  des  princes  al  rei 
des  Assiriens  ? 

Cument  chieles  pout  dune  nuli 
Deus  de  nule  terre  défendre  sun 
païs  et  sa  geni  de  mei  et  de  mes 
ancesurs  ? 


Ailleurs,  il  marque  une  conclusion^  ou  traduit  et  ou  oçoque  ; 


P.  ^4î  et  Î46.  Si  hamo  Dei  sum^ 

desccndat  ignis  de  cœto. 
P,  569.  ET  ait  rex, 
P.  374.  ET  inutrogavit  ret  mulie- 

rem. 
P.  576.  Nuntiavit  qyocyJE  specula~ 

tor. 


Se  io  sui  hume  Deu,  dune  descen- 

det  feus  del  ciel. 
Dune  dist  li  reis. 
Dune  en   demandât  li  reis  à  la 

femme. 
Dune  dist  la  guaite. 


Venons  maintenant  à  l'origine  de  damne dunne  et  de  dune  danekes. 
Celle  de  dumneou  dunne  ne  saurait  être  douteuse.  C'est  num  nam  tout 
indiqué  par  le  sens.  On  pourrait  penser  aussi  à  numne  et  num  non.  Ce 
dernier  cependant  semble  être  écarté  par  le  fait  que  le  Psautier  dOxford, 
qui  a  fréquemment  nen  =  non,  surtout  devant  est^  n'a  jamais  dumnttiy  et 
NUMNE  aurait  perdu  la  voyelle  finale*.  L'étymologie  de  dune  dunches^ 
avec  le  sens  de  NUMqj^iiD,  erco  ou  ercone,  et  avec  celui  4e  tunc  offre 
plus  de  difficultés.  Nunc  satisferait  aussi  bien  que  tunc  au  sens  et  mieux 
que  lui  à  la  forme,  Comp.  l'emploi  de  nunc  dans  les  dictionnaires  el  les 
grammaires  et  surtout  dans  Handii  TurseUinus,  IV,  p.  158,  9-15. 
Cependant  il  est  un  autre  mot  beaucoup  mieux  qualifié  :  numquid 
et  le  pluriel  neutre  numqua  î  lèvent  tous  les  embarras.  L'italien  dunque 
s'explique  comme  cinque,  et  l'ancienne  forme  dunche  n'est  pas  plus  extra- 
ordinaire que  ehi  ~  qvis  et  ehe  =  qvid.  Quant  aux  formes  donquan 
de  l'ancien  italien,  doncas  de  l'ancien  provençal  et  de  l'ancien  espagnol, 


I.  Sur  Torigine  de  ce  mot  voir  l'anicle  de  Suchier,  Zeitschrift  Jùr  romanische 
Philologie  1877,  p.  428;  cf.  Rom.,  VI,  6J9. 

1.  AfJiin,  nêdàn  et  anidan  t  n'est-il  pas  vrair  »  de  la  Suisse  romande  indi- 

3uent  plutôt  NUMNox  avec  l'accent  sur  la  dernière.  Voir  le  Glossaire  de  Bri- 
cl,  s.  V. 
j.  Comp.  Nbok,  Formenlehn  dtr  lattinischen  Spracht  II,  p.  25  j,  Zcupt, 
ialtiimchc  Grammattk  S  1  jé;  et  KùmiB»;  Ausfûhrltche  Grammattk  Jer  latcinischcn 
Sprache^  p.  40J.  —  Sur  l'emploi  de  ^um.ve,  ncmnxm  el  NVMguin,  voir  H\ndii 
Turselimus,  IV,  p.  J2},  ij,  et  p.  Î24,  16,  Reisnis  VorUsungcn  uber  lattimsche 
Sprackwbsenschiift,  htrausgegeten  von  Haase,  S  ^77,  et  G.  T.  A.  KianiEn,  Cram- 
matik  der  laUmuclun  Sprache^  Hannover  1842,  §  {)(,  }. 


CUNURES   PHONOLOGK^ES  ^65 

doncifacs  danqua  dunkes  dunches  dontjua  donque  de  l'ancien  français,  elles 
répondent  à  numqua  qui  peut  prendre  Vs  adverbial. 

La  substitution  de  d  ^  n^  sans  être  fréquente,  est  représentée  cepen- 
dant par  un  asse^  grand  nombre  d'exemples  pour  qu'elle  n'offre  rien 
d'invraisemblable.  Elle  a  sa  cause  dans  la  dissimilation.  C'est  avec 
raison  que  Chabaneau  dans  sa  Grammaire  limousine,  p.  loi,  renonce 
A  admettre  une  influence  germanique  dans  degan  de  nec  unvm,  comme 
Diez  Ta  fait,  Dict.  étym.  Il  c.  Comp.  Ascoli,  Saggi  iadini^  §  145, 
et  Schuchardt,  Vokaiismus  des  Vul^arlateins  I,  p.  142,  111,  p.  253.  Au 
lieu  de  doinent  ro<i,  comme  on  a  mal  lu,  le  manuscrit  de  Lamspringen 
de  la  Vie  de  Saint  Alexis,  ainsi  que  le  marque  Lucking,  Die  âltesien 
Mundarîcn  des  Franzaslschen^  p.  1 5,  porte  doment  nom[Nant^  qui  est  une 
excellente  forme  à  laquelle  on  doit  se  garder  de  toucher.  L'inverse,  qui 
n'est  pas  moins  probant,  se  rencontre  aussi.  Comp.  Diez,  Gramm.  I, 
p.  ajj.  Si  Tétymologie  â'amonester  n'est  pas  admolestare,  il  s'en  offre 
une  autre  it  mon  esprit,  'admûdestare,  qui  réunira  peut-être  plus  de 
suffrages  que  la  première;  voir  Romania  1874,  p.  577.  Comp.  Schu- 
cbardt,  VokaUsmus  I,  p.  142. 

Quant  au  développement  du  sens  de  nannfuid  numqaa  perdant  petit  à 
petit  sa  force  inlerrogaiive,  on  peut  comparer  car  de  <juare. 

L'a  de  l'it.  adunque,  adunche  et  adonqua,  du  prov.  adonceiddoncas,  de 
i'ânc.  firançais  adunc  adonc,  adanques  adonques,  peut  s'expliquer  de  deux 
façons.  Si  l'on  admet  que  nunc  entre  dans  ce  composé,  sa  composition 
avec  d^  a  de  nombreuses  analogies.  Si  en  revanche  nuu4^id  et  numqua 
sont  les  uniques  bases  des  formes  en  question,  la  préposition  ad  n'a  pu 
se  placer  avant  danc  dunques  qu'après  que  ce  mot  eut  pris  le  sens  d'alors. 
A  est  peut-être  la  conjonction  et  qui  aura  cessé  d'éire  comprise. 

-tume  =  -TuriNEM. 

Diez,  Dict.  étym.  s.  \.  costuma^  et  Gram.  Il,  p.  540-41,  se  tire  commo- 
dément de  la  difficulté  que  présente  le  suffixe -TUDiNEM  devenu -/um«  dans 
AMARiTUDiNEM  amertume 

CONSUETUDINEM  CUStUmc 

SUAVITUDINEM  suatume 

par  exemple,  en  admettant  que  ce  suffixe  a  été  remplacé  par  -tumen. 
Mais  dans  ce  cas  le  français  ne  devrait  pas  avoir  dV,  â  moins  qu'on  ne 
considère  cette  voyelle  comme  produite  par  la  tendance  à  marquer  plus 
fortement  le  genre,  comme  cela  est  arrivé  dans  l'italien  ei  le  provençal 
costuma.  Car  klumen  devient /ïu/n,  nomen  nam  et  aeramen  araim. 

Sans  faire  violence  aux  lois  phonétiques,  je  crois  qull  est  possible  de 
prouver  que  le  suffixe  fr.  -tum€  et  le  su^xe  espagnol  -dumbrt  ont  pour 
base  -TUDiNE.  -tuoinb  est  devenu  successivement  "-tunink  par  assimi- 


^66  s.   COKNU 

laiion  àedînij  puis  par  dissimiUtion  '-tunime  ou  '-tumine,  de  même 
que  VENKNUM  et  venenosum  se  sont  changés  en  vcmm  et  venimus^y  et 
entîn,  après  la  chute  de  la  voyelle  atone,  la  combinaison  mn  que  nous 
avons  dans  le  provençal  cosdamna  du  Boèce  s'est  réduite  â  m  comme  dans 
DOMINA  dame 

PEMiNA  fenu 

NoxiNARE  mimer  nomer. 

Cette  métamorphose  est  mise  hors  de  doute,  me  semble-t-îl,  par 
'iNCUDiNEM  qui  en  français  et  en  franco-provençal  est  pourvu  d'un  /  dont 
on  ne  s'est  pas  rendu  compte.  Fourarriver  à  la  forme  enclume  du  français, 
fn/i/ufld  du  bagnard  3  et£n/j/)'^/udu  Jorat,  'incudinem  a  dû  subir  les  trans- 
formations suivantes  :  'inculine  'incluline  'inclumine  'inclumine*. 

ses  SCI  et  scA  dans  la  conjugaison. 

SCE  et  SCI  se  fondent  en  iss  ou  is  selon  ]a  place  qu'ils  occupent  dans 

le  mol  : 

PASCEM  fais 

VASCELLUM  VaUSCl 

COCNOSCis  ennuis 

COGNOSCIT  cunuist 

COGNOSCEBAM  cunuissett 

cocNoscE  cunuis 

coGNOSCERE  cunuistre 
Il  en  est  de  môme  dans  les  autres  verbes  à  désinence  inchoativc 

PASCERE  paistre 

IRASCERE  iraistre 

PARESCERE  paristre  pareïstre 
et  dans  ceux  qui  appartiennent  à  la  quatrième  conjugaison. 
SCA  devenant  sch  dans 

ESCA  esche 

muâca  musche  moasche 

*  PisCARE  peschier, 
cVst  la  tendance  à  unifier  la  conjugaison  qui  a  fait 

coGNOSCAM  cunuisse 

PASCAM  paisse 

de  Nhascam  iraisse 

f  parescaM  parasse 

•pLORiscAM  fturisse 


1.  Comp.  du  reste  Diez,  Cramm.  I,  p.  ai8  et  itj. 

2.  Voir  ma  Phonologie  du  bagnard,  Homania  1877,  n*  20î  noie. 

j.  Dans  VArchnio  gîottolooico  italiano  II,  p.  4)1,  Ascoh  a  faii  te  même  rap- 
prochement, mais  sans  chcrcncr  à  expliquer  tes  métamorphoses  de  -tudine. 


GLàNURES   PHONOLOGK^KS 


?67 


7T_  TRDR. 

TR  se  maintient  au  commencement  et  dans  le  corps  des  mots  après 
une  consonne.  CW«nii«  et  crirmur  de  tremere  et  tremorem  sont  Jes 
seules  exceptions  à  cette  règle  '.  Entre  deux  voyelles  tr  devient  d'abord 
DR,  puis  RR  et  enfin  fréquemment  r.  Il  y  a  eu,  comme  les  exemples  le 
prouveront,  assimilation  et  non  chute  ou  syncope  de  ta  dentale,  comme 
l'admet  Diez,  Cramm.  I,  p.  ij  i  et  2^2,  et  comme  semble  le  penser  G. 
Paris,  qui  parle  de  suppression  du  d,  tout  en  ayant  bien  jugé  ailleurs  ta 
provenance  de  rr.  Voir  son  édition  de  la  Vie  de  Saint  Alexis,  p.  97.  Dans 
le  Psautier  d'Oxford  les  mots  suivants  ont  conservé  le  redoublement  de 
la  liquide  : 

perT€  jagene  sa(verre 

larrum  peccherre  défendent 

aiderrt  porierre  tectverre 

aiueme  raachaîerre  pierre 

delivrerre  remembrent  ponai  >. 

Nous  y  rencontrons  il  est  vrai  avec  d'autres  une  partie  des  mêmes 
mots  écrits  avec  un  r  : 

frère  gablere  defendere 

père  g^^gUre  ventjuere 

mère  remcmbrere  ariere 

aiuere  saîvere  tire 

cultivert  cumbatere  toneire  tuneire, 

deiivrere 
Cf,  Meister,  die  Flexion  im  Oxforder  PsalUr,  p.  91-95. 

DR  s'assimile  en  rr  qui  est  constant  dans  les  futurs 
venai  acrerrai  tsjonai 

senai  i  ocinai  hanai. 

carrai  onai 

Avec  un  rest  écrit  chaere  ainsi  que  désirer  et  desirahlet  h  côté  de  con- 
siner  et  desirrer  qui   sont  fréquents  dans  la  Vie  de  Saint  Alexis,  voir 


t.  L'inverse  a  eu  lieu  dans  l'ancien  français vci'/itrf  ^  tincsiie. 

3.  Comp.  avec  ces  formes  parn  en  patois  d'Evotèna  (Valais),  Appcndue  Ju 
Ciossaire  dt  Brtdtl,  p.  4 ]  j . 

j.  A  c6té  de  urai.  futur  de  atrc,  on  trouve  plusieurs  iolsserrai.  Cf.  Mstithr, 
die  Flexion  un  Oxjoracr  Ptatter^  p.  èj.  La  mfmc  orthographe  que  Mail  attribue 
i  la  négligence  des  scribes,  p.  1 1 1,  est  fréquente  dans  le  Campât  de  Philippe  de 
Thaûn.  La  forme  française  s  expliquant  difficilement  par  *K8st:fii:  uadeo,  serrm 
serait-il  iilentiauc  au  futur  de  «ëulhb,  infinitif  qui  entre  dans  la  compoïitiûn  du 
futur  espagnol  r 


)68  J.   CORNU,    GUNURES   PHONOLOCIQUES 

p.  97.  Rire  et  rirai  ne  présentent  à  ma  connaissance  jamais  le  redouble- 
ment de  IV.  Il  en  est  de  même  de  frère  et  ariere  qui  est  arrière  dans  de 
nombreux  textes.  Voir  s.  v.  le  Dict.  de  Littré.  Dans  ces  trois  exemples, 
la  double  répétition  du  même  son  a  été  évitée  de  bonne  heure. 


Prague,  le  18  avril  1878. 


Jules  Cornu. 


Je  profite  de  l'espace  vide  pour  joindre  quelques  observations.  L'ex- 
plication (p.  3j^  ss.i  des  représentants  français  de  jacetj  cacat^  jactai, 
donnée  par  M.  Cornu,  a  été  clairement  indiquée  ici  par  M.  Thomsen 
[Rom.,  V,  67I,  ainsi  que  par  M.  Havet  [Rom.,  VI,  J24,  note),  et  je 
l'avais  moi-même  donnée  il  y  a  trois  ans  [Rom.,  IV,  13;,  note).  Enfin 
nous  avions  tous  été  précédés  par  M.  Ascoli  dans  ses  Schizzi  franco- 
provenzali  \Arck.  Glotiol.^  III,  72}.  ~  P.  555,  il  eût  été  bon  de  remar- 
quer que  les  formes  pour  vadis  vadit  les  plus  fréquentes  en  ancien  fran- 
çais sont  vaiz  vait  et  non  vas  vat.  —  P.  î  56.  ce  qui  est  suggéré  à  propos 
de  l'action  de  1'/  sur  la  voyelle  précédente  a  été  exposé  ici  (VII,  uo), 
—  P.  3i6,  je  ne  crois  pas  que  chantât  de  canîavit  ait  subi  Tinfluence  de 
chantai;  pourquoi  cantdvit  n'aurait-il  pas  alors  donné  ciianuiit,  puis 
chantèt,  comme  en  provençal?  Je  pense  avec  M.  Cornu  que  l't  bref  de 
cantdvit  étant  tombé  on  a  eu  cantdvt  :  Va  s'est  trouvé  terminer  le  mot, 
bien  qu'accentué;  soit  que  plus  tard  le  v  soit  tombé  direaement  [cantdt), 
soit  qu'il  ait  passé  par  /  avant  de  tomber  (cantafî),  Va  devait  persister  : 
dans  le  premier  cas  il  était  traité  comme  tous  les  a  devant  deux  con- 
sonnes, dans  ie  second  comme  Va  de  stat  ta.fr.  estât,  esta).  J'explique 
de  même  at,  a  de  habet.  Ont^  vont  remontent  à  des  formes  du  latin  vul- 
gaire aunt,  vaunt,  comme  voi(s)  au  lat.  vulg.  i^ao  (cf.  outre  les  formes 
citées  par  M.  Cornu  l'esp.  voy  et  le  port,  vou).  —  P.  5  J7  la  différence 
entre  veisin  voisin  et  diseie  me  parait  plutôt  tenir  à  ce  que  Vi  de  vtcinus  a 
été  abrégé,  peut-être  sous  t'influence  de  vtce.  L't  long  de  diceham  ne 
devait  pas  se  changer  en  ei  comme  Vi  bref  de  licere. 

G.  P. 


UNA 

VERSIONE    IN    OTTAVA    RIMA 

DEL  LIBRO  DE!  SETTE  SAVI '. 


II. 

Dal  di  fuori  delP  edificio  ci  convien  passare  z\V  interno.  Dobbiamo 
esaminare  il  contenuto  del  libro;  vedere  su  quai  ramo  del  maestoso 
albero  dei  Sette  Savi  sia  cresciuta  questa  nostra  fronda  ;  esaminare  se 
essa  ci  presenti  caratteri  suoi  peculiari,  o  se  învece  venga  solo  ad  aggiun- 
gere  una  prova  di  più  délia  meravigliosa  forza  vegetativa  propria  del 
vecchio  e  venerando  tronco. 

La  nostra  redazione  consta  del  racconto  fondamentale  e  dî  ventiquat- 
tro  eserapi.  Eccone  qui  specificata  la  composizione.  Per  le  novelle 
comuni  ad  altre  redazioni  mi  valgo  dei  titoli  latini  introdotti  dal  Gœdeke  > 
e  mantenuti  dai  posteriori.  Quanto  aile  altre,  sarebbe  un  aggravarsi  la 
coscienza  di  un  anacronismo  il  creare  anche  per  esse  designazioni 
analoghe. 

Introduzione  (c.  I  ;  9  5  stanze) . 

|o  Savio,  Lenziles  :  Canis  [c.  II  ;  26  st.). 

Matrigna  1  :  Arbor  (c.  III;  18  st.). 

2*  Savio,  Lentulis  :  Medicus  (c.  IV  ;  22  st.). 

Matrigna  2  :  Aper  (c,  V  ;  9  st.). 

}*  Savio,  Ansiles  :  Tenîamina  (c.  VI  ;  36  st.). 

Matrigna  j  :  Sapuntes  (c.  VII  ;  19  st.). 

4*  Savio,  Malchidas  :  Avis  (c.  VIII;  15  st.)-. 

Matrigna  4  :  Gaza  (c.  IX  ;  48  st.). 

S*»  Savio,  Catone  :  Inclusa  [c.  X;  28  st.). 

Matrigna  j  :  Roma  (c.  XI  ;  12  st.). 

1.  Voy.  Romania^  t.  VU,  p.  32. 

2.  Onent  und  Occidcnty  III,  422. 

Romaniat  Vil  24 


Î70  P.    RAJMA 

6*»  Savio»  Espc,  o  Esepc  :  Vidua  le.  XII  ;  20  st.). 

Matngna  6  :  Virgilitu  (c  Xlil  ;  2\  A^. 

7*  Savio,  Charaus  :  Puleas  (c.  XIV  ;  21  st.). 

a)  La  nuora    ) 
Matrigna  7  :  b)  //  mpolino  >  (c.  XV  ;  88  $L). 

t)  U  jonuTi  \ 

Lcnales  :  /  torâi  (c.  XVI  ;  11  st.). 

Ansiles  :  Cliamiâven  e  ifalsi  (c.  XVII  ;  ^5  st.). 

Leniulis  :  Scevok  {c.  XVIII  ;  17  st.)- 

Malchidas  :  La  gara  délie  ire  mogli  |C.  XIX  ;  2}  st.). 

Calone  ;  Muzio  e  Cesare  (c.  XX  ;  12  st.). 

Elsepe  :  L'amko  e  il  nemico  (c.  XXI  ;  59  st.). 

Charaus  :  Ambasciata  (c.  XXII  ;  1 1  st.). 

Principe  Slcfano  :  Valicimum  \c.  XXIII  ;  56  st.). 

Abbiamo  qui  un  numéro  di  racconti  superiore  d'assai  a  quelle  delïë~ 
alire  redazioni  occidcntali.  Ad  ogni  Savio  ne  îoccan  due,  invece  di  un 
solo.  Comtnei  Syntipas,  e  in  génère,  possiam  dire,  nellastirpeonenulej 
quale  la  conosciamo  noi  '.  Se  non  che  viene  ad  esserd  una  differenza 
essenzialissima.  CoIà  i  second!  racconti  sono  distribuiti  tra  i  varii  gionû, 
in  oui  dura  la  loua  per  la  vita  del  Principe;  ogni  Savio,  conie  per  meglio 
assicurarsi  la  viuoria  sull'  animo  del  padre,  rinnova  la  scarica.  Invece 
presso  di  noi  questi  second!  racconti  si  irovan  luiti  accumulât!  in  un 
giorno  solo,  nelP  oitavo,  dopo  che  già  s'è  annunziato  ail'  imperatore 
come  in  quel  giorno  stesso  il  giovane  romperà  finalmente  il  silenzio. 

Orbene  :  che  fanno  essi  mai  in  questa  sede  ^  Turbano,  e  nuU'  altro. 
Ritardano  inconcepibilraeme  la  soluzione,  che  tutti  quanti,  ma  i  Savi  in 
primissimo  luogo,  dovrcbbero  essere  ansiosi  di  affrettare.  RassomigUano 
acoipi  di  cannone,  che  uneserciio  viuorïoso  si  divertisse  per  ore  ed  ore 
a  tirarconiro  una  fortczza  ridotia  con  indicibili  sforzi  ad  arrendersi,  in 
cambio  di  enirare  dalle  porte,  già  belle  e  spalancate.  insomma,  costi- 
tuiscono  manifesta  m  ente  una  giunta,  non  solo  oziosa,  ma  assurda,  inspi- 
rata  soltanto  dal  desideno  di  prolungare  il  divertimento  del  raccontare, 
e  di  render  più  copiosa,  s!a  pure  a  danno  délia  logica,  la  raccolia  délie 
novetle.  Quel  po'  d*analogia  che  c'è  col  tipo  orientale  scompare  sotto  le 
enormi  diversità,  e  si  dà  a  conoscere  meramente  fortuito. 

Ë  un  giudizio  sitfatto  è  subito  convalidato,  appena  si  badi^  di  quali 
racconti  si  componga  questa,  che  diremo  Seconda  Parte  dei  nostri  Sette 
Savi.  Nessuno  ve  ne  troviamo,  nemmeno  per  accidente^  che  occorra  neUe 
redazioni  orientât!  del  libro.  Bensi  ce  n'a  uno,  il  scsio  {amico  e  rumico)^ 
che  ha  pur  luogo  nel  Dolopathos.  Ma  si  tratia  d'una  novella  cosi  ampia- 
mente  diffusa,  che  proprio  l'incontro  non  pu6  destare  la  menoraa  mera- 


1.  CoMPjiKBrn,  Riurche  intorno  al  Uhro  4i  Stndibàdj  p.  9,  22  segg. 


UNA   VERSIONS    RIMATA    DEI   Setle  SaVl  J7I 

vîglia.  E  d'altronde,  come  si  vedrà  a  suo  luogo,  non  si  puô  certo  partare 
di  derivazione  délia  versione  nostra  dal  romanzo  del  Monaco  d'Alu- 
selva,  0  dalle  sue  emanazioni.  Se  poi  badiamo  aglî  alirï  racconti,  ve  ne 
troviamo  due  presi  dalle  siorie  romane.  E  questi  —  ne  quesii  solianto — 
non  appajon  punto  opportuni  per  lo  scopo,  a  cui  dovrebber  servire.  Per 
cavame  un'  applicazione  al  caso  attualc  bisogna  ricorrere  agli  argani.  E 
si  che  non  era  poi  difficile  di  trovare  nella  letieraturanarrativadel  medio 
evo  roba  che  potesse  valere  per  metter  in  roala  visia  il  sesso  femminile  ! 
Sicchè,  non  solo  abbiamo  a  farc  con  una  giunta,  ma  con  una  giunta, 
nella  quale  non  si  saprebbe  dire,  se  sia  più  riprovevole  Pidea  fondamen- 
tale, oppurc  l'esecuzione. 

CJueste  lutte  son  considerazioni  suggerite  dal  solo  esame  délia  parle 
seconda.  Ma  una  confertna  non  meno  efficace  di  sicuro  viene  ad  esserci 
forniia  dalla  prima,  ossia  da  ciô  che  costituîsce  la  verasostanzadellibro. 
Soiiraiti  i  secondi  racconti  dei  Savi,  e  insieme  con  essi  quelli,  pure 
superflu),  che  la  mairigna  narra  nell'  ultima  notte,  quand*  ella.  secondo 
la  nostra  versione,  ben  sa  che  tra  poche  ore  nulla  più  impedirà  al  prin- 
cipe di  parlare,  ci  rimane  un  tesio  che  csaitamente  combacia  con  un 
tipo  già  noto,  e  precisamente  con  quello,  col  quale^  anche  a  priori, 
sarebber  staii  da  supporre  i  rapporti  più  immediaii.  Intendo  parlare  del 
gruppo,  a  cui  il  Mussafia  ha  dato  il  nome  di  Versto  Itatica  *.  L'esser 
dunque  ona  parte  del  libro  imparentata  cosl  strettamente  con  gente  bcn 
nota,  menire  Paîtra,  che  pur  le  va  unita,  non  manifesta  rapporti  con 
nessuno,  hnisce  di  mosirare  quest*  ultima  corne  una  nuova  venuta, 
estranea  alla  famiglia  nella  quale  s'è  falia  accogliere.  La  cosa  apparirà 
ancor  più  chiara  andando  innanzi.  Frananio  ciù  che  s'è  derto  basta  di 
sicuro  a  spiegare,  perché  mai  io  prenda  a  studiare  la  nostra  versione 
astraendo  in  tutio  e  per  tutto  dai  secondi  racconti.  E  in  veriti  non  sen- 
tiremo  pressochè  mai  uno  stimolo  a  rammentarci  che  esisiano.  Solo, 
beninteso,  dopo  avère  minutamente  esaminato  tutto  il  resto.  conside- 
reremo  un  po'  da  vicino  ancor  essi,  dacchè  la  loro  presenza,  per  quanio 
inutile  ed  incomoda,  è  pur  sempre  un  fatto  che  sussiste. 

La  Vtrsio  Ualka.  era  rappresentata  finoa  qui  dalle  seguenti  redazioni: 

1 .  Storia  (Vuna  Crudele  Matrii^na  :  pubblicala  la  prima  voila  a  Venezia 
nd  1 8  î  2  dair  arcipreie  Giovanni  Délia  l  .ucia,  sopra  un  suo  codice,  adcsso 
smarrito,  e  opportunamente  ristampata  poi  a  Bologna  da)  Romagnoli 
nel  1862  {SuUa  di  Curiosità  Utterarie, disç.  XIV). 

2.  Il  Libro  dei  Sctte  Savi  di  Roma^  pubblicato  nel  1865  a  Bologna 
stessa  da  Antonio  Cappetli  (disp.  LXIV  délia  medesima  Scetta). 


I.  Biitr.  2,  Utter.  d.S.  W:  M.  in  SiiiuAgilnr.   dell'  Accad.  di  Vienna,  Cl. 
fiï.-îtor.,  LVII;  p.  9). 


)yi  p.  rajna 

i.  U  testo  latino  scopeno  dal  Mu&safia  in  un  codice  viennese,  e  da 
lui  dato  alla  luce  nei  Rendiconti  dell'  Accademia  impériale  ■. 

4.  L'Erasio  tnanoscriiio,  conosciuto  assai  impcrfetta mente  pcr  una 
nolizia  del  Carducci  [Hivista  Italiana.  anno  IV,  i86î,  p.  4^  t), e  per  rag- 
guagli  meno  scarsi  somminrsirati  dal  Cappelli  [Op,  cit.,  p.  69  segg.J. 

5.  L'Erasto  a  stampa,  ossia  la  nottssima  redazione  a  cui  i  Setu  Sdvf 
hanno  obbligo  dell'  essersi  manienuti  vivi  nelle  memorie  anche  durante 
i  secoli  XVI,  xvii,  xviii.  Inutile  rammentare  le  iraduzioni  che  difïusero 
il  libro  per  tutta  oramaî  TEuropa  civile.  Insieme  colle  traduzîoni  si  pu6 
meticre  anche  il  poema  di  Mario  Teluccini,  che  non  è  altro  se  non  una 
trasformazione  del  libro  dalla  lingua  délia  prosa  in  quella  délia  poesia. 
Consta  di  nove  canti  e  tu  pubblicaio  nel  1 566. 

Contrassegno  le  cinque  versioni  colle  sigle  m  (i .  Cr.  matrigna)^  c  [2. 
Cappelli),  i  ^j.  latino],  em  I4.  Erasto  ms.,  «  (j.  Erasto  st.).  La  nostra, 
che  viene  ad  aggiungersi  adcsso,  designerô  colla  leiierar  (vers,  riraata). 
Mediante  un  /  designerô  con  G.  Paris  ïuito  il  gruppo  dclla  Versio  îtalica. 
E  dal  medesimo  erudito,  ossia  dal  sagace  proemio  da  lui  premesso  di 
récente  a  due  redazioni  francesi  dei  SetteSavi  ^,  prenderô  pure  a  prestiio 
le  lettere  per  indicare  le  altre  famiglie  :  K,  L,  A.  A  coteste  majuscole 
propongo  che  si  aggiungano,  quando  sia  il  case,  le  determinazioni 
secondarie  sotto  forma  di  esponenti.  Per  U  Versio  Italica  avremo  1^,  /^ 
/'  -ecc.  ?. 

I  rappresentanti  délia  Versio  Italica  vengono  a  rannodarsi  in  gruppi 
rainori,  a  seconda  di  speciali  affinità.  Uno  comprende  gli  Erasti  :  cosi 
siretiamente  uniii,  che  quasi  non  s'è  neppur  pensato  a  disiinguerli.  Un 
altro,  d'assai  più  anticoe  noievole,  abbraccia  le  versioni  /,  m  e  c.  Non 
c'd  fra  queste  sola  ideniità  di  maieria  ;  bensi  corrispondenza  prcssochÈ 
continua  dei  periodi,  délie  proposizioni,  delle  parole.  I  tre  testi  ne  cosli- 
tuiscono  in  cena  maniera  uno  solo.  Manifestamente  i  rapporti  devono 
essere  immediati  e  di  natura  assai  semplice. 

Ma  corne,  propriamcnte,  abbiam  noi  a  concepirli  ?  In  quai  ordine 
genetico  collochercmo  i  nostri  tre  individui  ?  Già  al  Mussafia,  nella  bre- 
vissima  tntrodu?.ione  prcmcssa  al  testo  latino,  parve  t<  assai  verosimile  > 
che  /  fosse  da  riguardare  siccome  l'originale  ;  e  preventivamenle  egU 
confutô  Tobbiezione,  chetaluno  avrebbe  potuto  trarre  dalla  lingua  e  dalla 
sintassi.  le  quali,  per  poco  che  si  guardi,  vi  appajon  roraanze^  e  specifi- 


1.  Vol.  cit.,  p.  94-1 18. 

2.  Dtax  rédactions  du  Roman  des  Sept  Sages  de  Honte  ;  Paris,  1876  :  pubbli- 
cazione  délia  €  Société  drs  Anciens  Textes  français.  » 

;.  Netle  citazioni,  designerô  con  L  i  testi  del  Le  Roux  de  Lincy;  un  IC  la 
reciazioDe  in  vcrsi  pubblrcata  dal  Kelier;  con  cat.  la  versiooe  catalana  dataci 
dal  Mussafia. 


t 


UNA   VEHSIONE    RIMATA    DEI    Sttte  SdVt  ^7^ 

carnente  italiane^  anzichè  latine.  Il  dotto  professore  ha  perfettamente 
ragione.  Solo  ciô  ch'  egti  dice  ha  bisogno  d'esser  maggiormente  chiariio, 
deierminato,  assodato. 

In  primo  luogo  importa  di  fissar  bene  che  le  due  redazioni  iialiane  m 
e  c  non  s'identificano  gii  in  modo  assoluio.  Chi  pensasse  di  non  avcr 
dinanzi  nett'  una,  se  non  Paîtra,  alterala  o  corretta  dal  capriccio  dei 
copisti,  od  anche  dall'  arbiirio  di  un  editore.  s'ingannerebbe  a  paniio. 
Non  si  traita  qui  di  csempiari  diversi  di  una  medesima  scrittura  ;  bens) 
di  due  forme  distinte  '.  Di  ciô  potrà  subito  convincersi  chiunquesi  metta 
a  confrontare  î  due  testï,  anche  soto  per  qualche  pagina. 

Ho  accennato  a  possibili  arbitrii  di  editori.  Gli  è  che  sut  délia  Lucia 
pesa  un  sospetto.  Egli  non  deve  aver  riprodotto  il  suo  esemplare  con 
fedeltà  scrupolosa  ;  assai  probabilmente  si  permise  di  ripulirne  un  poco 
la  lingua.  Quesia  conserva  ancora  qua  e  là  qualche  traccia  idiomatica  '  ; 
ma  nel  manoscritto  doveva,  secondo  ogni  verosimiglianza,  essere  intinta 
dî  elementi  dialeitali  in  grado  assai  maggiore.  Giacché,  non  è  dalle  penne 
veneziane  d'uomini  non  coltissimi,  che  possiamo  aspettarci  purità  di 
dettato  nei  primi  secoli  délia  nosiralelleralura.  Edico  veneziane,  perché 
a  Venezia,  non  ne  so  dubitare,  apparliene  anche  questa  versione.  G'ù 
gli  elementi  dialetiali.  per  quanto  scarsi,  fanno  pensare  a  quel  territorio. 
Non  soto  non  gli  disconvengono,  ma  positivamenie  gli  convengono. 
Certo  converrebbero  de!  pari  anche  a  quasi  tulta  la  regione  padana  ;  se 
non  che  la  patria  presuraibile  dell*  unico  manoscritto  vuole  che  di  pre- 
ferenza  ci  fermiamo  allé  provincieveneie.  E  lascelta  riceve  unaconferma 
e  una  deierminazione  più  précisa  da  un  passo,  corrispondente  a  quello 
che  ci  a)utô  cosl  validamente  a  precisare  la  patria  délia  redazione  in 
oltava  rima  ^  Nella  novclta  del  Tesoro  ai  due  sages  dei  testi  franccsi  ri- 
spondono  qui  «  due  officiai)  o  comandatori  ».  Ora,  i  comandaioTi  appanen- 
gono  al  sisiema  degli  ordinamenti  civili  di  Venezia  *.  Erano  funzionarii 
scetti  dal  doge,  e  dipendenti  in  tutto  da  lui  :  una  cosa  stessa  coi  gastaldi 
ducali,  di  cui  ebbî  a  far  men/ione. 

Con  tuito  ciô  lo  studio  minuto  del  icsto  in  questione  m*ha  dovuto 
convincere  che  alterazîoni  profonde  non  possono  in  nessuna  maniera 
essercene  state.  Ritocchi  continui  per  ciô  che  spetta  alla  fonologia  ; 
modificazioni  abbasianza  frequcnti  d'ordine  morfologico  ;  poche  sostitu- 
zioni  di  vocaboli  e  frasi  :  ecco  le  licenze  che  l'editore  puô  cssersî  pcr- 


1.  Insisto,  perché  il  Massa&a,  seoza  propriamente  djr  ço%»  erronea/polrebbe 
fone  traire  altrî  in  errore.  Op.  cit.,  p.  92. 

2.  Per  es.  itntando,  sèntali  p.  26;  tera  sa  in  prtua  p,  27;  la  mwirmt, 

p.  3S- 
}.  V.  pag.  jK 
4.  V.  Sandi,  Prific.  ii  SU  rrv.  H  Ven.^  I,  So8. 


■ 


J74  **•  f^AJ^A 

messe.  Egli  dovette  Uvorar  di  mestoU  e  levar  la  schiuma  :  non  altro  di 
sicuro. 

Ci6  premesso,  ci  si  presenterebbe  in  astratto  una  doppia  possibiliti. 
0  le  due  redazioni  volgari  son  tradotte  indlpendeniemenie  dalla  tatina, 
0  quesia  è  essa  medesima  traduzione  d'una  dl  esse,  esemplare  dell'altra. 
Quale  ira  le  due  ipotcsi  sia  a  priori  più  verosimile,  non  c'è  bisogno  ch'io 
dica.Tuitavia  ciô  non  puô  bastare  perché  ci  permetiiarao  un'  affermazione. 
Di  testi  iradotti  in  una  lingua,  e  da  quella  poi  riiradotti  più  Xarài  net  lin- 
guaggio  primiiivo»  non  mancano  dawero  gli  esempi. 

Con^-ien  dunque  esaminare  più  addentro  il  problcma,  ossîa  fare  un 
raffronto  minuto  di  c  ed  m  con  /.  Ben  presto  si  riconoscerà  che,  supposto 
/originale  comune,  i  rapport]  si  spiegano  colla  massima  naturalezza ; 
prcsentcrcbbero  invece  mille  difficoltà,  data  un'  altra  ipolesi.  L'imma- 
gine  del  testo  latino  si  riflette  imera  in  c  ed  m  insieme  uniii  ;  ma  non  gjà 
nell'  uno  o  neU'  ahro  soltanto.  Si  prendano  due  traduzioni  indipendenti 
di  un  libro  qualunque,  e  si  mettano  a  confronto  tra  di  loro  e  coU*  origi- 
nale :  si  vedranno  relazioni  perfeitameme  analoghe  a  quelle  cbesî  mani- 
festano  nel  nostro  caso. 

Di  ciô  potrà  persuadersi  chiunque  faccia  l'esperimento.  Qui  tuttavia 
sente  il  dovere  di  recare  anche  qualche  prova  più  determinata.  Comincio 
da  m.  Son  molle  e  moite  le  frasi  ed  i  modi  che  irovano  la  loro  ragion 
d'essere  nel  latino  di  /,  Trovo  a  pag.  n  :  «  Ma  ella  [la  regina)  corne 
innamoraia  d'esso,  lo  fece  chiamare  a  se  ».  La  frase  è  impacciaia  e 
queir  esso  non  vîen  naturale.  Si  confronti  il  latino  :  i<  Quae  ...  tanquam 
capta  amorc  fecit  ipsum  ad  se  vocari  "  (p.  98).  A  pag.  1  ^  il  primo  filo- 
sofo  si  meraviglia  che  il  padre  voglia  disfare  il  figliuolo  »  non  servato 
l'ordine  de  la  ragione  ».  E  noi  alla  nostra  voila  ci  meraviglieremmo  di 
questo  modo  di  dire,  senza  V  «  injuste  nec  ordine  juris  »  —  forse  da 
supplire  appunlo  «  servato  »  —  di  /  (p.  99).  Non  che  si  iratii  di  cose 
che  proprio  in  italiano  non  isiieno.  Gli  è  che  cotesie  espressioni  si  otfrono 
da  se  medesime  quando  si  scriva  latino,  mentre  chi  pensi  in  volgare  deve 
andame  in  traccia  a  bella  posta,  e  cacciame  via  alire  ben  più  naiuralî. 
Ancor  piû  significative  è  il /t'poriirfo,  che  abbiamo  ripetutamenie  subito 
dopo  (p.  15  e  14),  e  che  proprio  mal  s'intenderebbe  come  avessc 
poiuto  venire  in  mente  senza  di  /.  E  cos'  è  in  iuliano,  a  avvcnne  che 
la  question  si  commetteva  circa  la  culla  n  (p.  14;:'  £  manifesiamente 
il  laiino  :  «  Contigit  auiem  quod  illud  esseï  circa  canam  «  (p.  100),  Vol- 
tiamo  ancora  qualche  pagina.  Dire  in  volgare,  u  E  mentre  egli  volesse 
andar  fuori  de  la  terra  »  (p.  \6\,  sîgnifica  valersi  di  una  siniassi  abba- 
stanza  curiosa.  Ma  /  subito  ce  la  spiega  :  «  Cumque  »  —  probabilmente  il 
testo  che  servi  alla  traduzione  portava  dunnjue  —  «  dominus  vellei  ire 
extra  terram  I)  (p.  loo).  Si  potrebberraccogliere  esempi  quanti  si  volesse. 


UNA    VERSIONE    RIMATA    DEI   Sette  SdH  57J 

Appunto  l'evidenza  del  fatto,  chc  ancor  prima  délia  scoperta  di  /  aveva 
indoito  il  Mussafîa,  sagace  qui  coir.e  sempre,  a  fiutare  nella  Crudei 
Matrigna  una  traduzione  dal  latino  'iini  dispensa dal  prolungare ulten'or- 
mente  il  discorso. 

Piunosto  non  devo  tacere  che  non  tutti  i  latinismi  di  m  hanno  da  /  la 
spiegazione  cercata.  Ancilia  (p.  p),  w  longimjua- parte  {p.  ;î1,  untgenito 
(p.  s  II,  incnpandolo  ip.  55),  ecc-,  si  trovano  a  fronie  nel  latino  voci  0 
frasi  difîerenti.  La  cosa  non  è  sirana.  Talvolta  il  traduttore  avrâ  avuto 
dinanzi  una  lezione  diverse  dalla  nostra.  Ma  più  ancora  è  da  tener 
conto  dcir  ambienie  in  cui  il  suo  cervello  si  irovava  trasporiaio,  in  grazia 
deir  operazione  a  cul  stava  attendendo.  Sopra  uno  scrittore  toscano 
l'efFetto  sarebbe  siato  appena  avvenibile;  non  cosi  sopra  un  proWnciale, 
cbe  mal  conosceva  la  favella  délia  quale  s'ingegnava  pur  di  valersi.  £  si 
rammentino  anche  le  cose  dette  a  proposito  délia  parte  che  il  latino 
continuava  ad  avère  corne  elemento  délia  lingua  scritta'.  I  latinismi 
parevano  accrescere  maestà  al  linguaggio.  Ben  lungi  dallo  scansarsi,  si 
cercavano  di  proposito. 

Con  ciô  avrô  forse  messo  nella  mente  del  lettore  un  po'  di  scetticismo 
circa  il  valore  délie  prove  che  adducevo  poco  fa  per  la  derivazione  dî  m 
da  /.  Daio  che  cosi  sia,  sarà  bene  rincalzare  Tasserto  con  una  prova 
d'altro  génère.  Se  m  non  fosse  traduzione  di  /,  ne  dovrebb'  csscre  l'ori- 
ginale, e  c  ne  sarebbe,  senza  alcun  dubbio  possibîle,  una  ritraduzione. 
Ma  £  è  giunto  a  noi  in  un  codice  di  rispettabile  antichiià.  Il  Cappelli 
fp.  x)  lo  dice  del  secoto  xiv  ;  ed  io  posso  confcnnare  il  suo  giudizio,  e 
soggiungere  anzi  che  non  assegnerei  di  certo  il  manoscritto  agli  ultimi 
decennii  di  quel  periodo.  Ne  verrebbe  che  m,  per  e&sere  l'originale  di 
/,  originale  alla  sua  volta  di  c,  dovrebbe  appanenere  perlonieno  al 
principio  del  trecento.  Ora,  avcsse  pur  anco  il  Della  Lucia  messe  le  mani 
nel  testo  molto  più  addentro  che  non  sia  ragionevole  il  su{^orre,  quesu 
data  non  cesserebbedi  apparire  assolutamentc  assurda. 

Passiamo  a  c.  Non  mi  par  meno  sicuro  che  anche  quesïo  lesto 
sia  traduzione  di  /.  Gl*  indizi  somrainistraii  dalla  forma  non  abbondano 
ceno  quanto  in  m  ;  se  non  che  hanno  qui  maggior  forza.  Il  traduttore 
non  è  oialaccorto  alla  maniera  dell'  altro  ;  ritrae  per  solito  il  suo  modello 
esaïtamente,  ma  non  goffamenie,  e  sa  sosiiiuire  ail'espressione  latina  — 
giaccbè,  per  quanto  l'auiore  di  /  spropositi,  per  quanto  scriva  una  lingua 
italianeggjante,  il  suo  è  pur  sempre  una  specie  di  latino  —  un'  acconcia 
espressione  volgare.  Appunto  per  ciô  non  ci  riesce  naturale  il  irovare, 
prccisamente  nelle  prime  parole  conservate  |p.   5),  che  Timperaiore 


1.  Nei  Jahrbuch  del  Lcmcke,  IV,  166. 

2.  Pag.  41. 


J76  P.    RAJNA 

«  annunciô  alla  mogUe  ci6  che  del  figliuolo  era  addivenuto.  La  quale  ebbe 
grande  letizia  »  ecc.  ■.  Quell'  annanciô,  e  it  collegamento  col  relativo  sen- 

tono  qui  di  esotico.  E  infatti  eccoceli  in  l  :  «  Imperator uxori  quod 

de  filio  suo  acciderai  nuncïavii.  Quae  quia  ipsum  cum  gaudio  expeaa- 
bat  *  etc.  (p  97-981.  Di  peggio  forse  abbiamo  dopo  la  novella  del 
Icvricrc  :  «  Udcndo  questoriropcraiorerilassô  la  semenza  del  figliuolo  » 
(p.  10).  Cfr.  /  :  «  Audiens  hoc  imperaior  senieniiam  monis  filii  sui  relaxa- 
nt ■»  (p.  100).  F.  cotesto  ribssare^  e  di  fronte  a  lui  il  rdaxare,  ritornano 
quante  volte  i  filosofi  hanno  finito  di  narrare.  —  Nella  iransizione  alla 
lerza  novella,  ■  E  incontenente  venne  l'altro  filosofo  »  (p.  la),  Caltro  è 
dovuto  al  fatto  délia  traduzione  :  «  El  ecce  mane  alter  philosophus  » 
(p.  1001,  Ed  anche  Vincontenenu  è  volgarizzaraenîo  irritlcssivo  di  ccce. 

Lasciamo  altri  esempi,  e  guardiamo  un  pochino  anche  allecose.  Nel 
Pino  è  manifcsto  che  s'è  guastaio  il  racconto.  là  dove  il  padrone,  avaniî  di 
partire,  ordina  ail'  onolano  »  che  di  quella  planta  egli  avesse  cura ,  eziandlo 
s'cgli  dovesse  [lagliarej  lutte  Taltre  plante  n  (p.  11).  TuUe  no,  e  neppur 
una  :  bensl  unlcamenie  i  rami  dell*  albero  maggiore.  E  cosllnfattl  è  dette 
più  sotto'.  L'errore  non  è  in  /  :  '<  Jussithorlulanoquodhaberet  magnam 
curam  de  ea  ac  ipsain  recte  elevareî,  et  si  deberet  incidere  arborem  illam 
lotara  Cl  omnes  ramos  ejus  »  (p  101).  —  Nella  sioria  d'Ippocraie  e  del 
nipote  c  non  ispiega  punto  con  quai  metodo  di  cura  sïa  guarito  il  principe 
basiardo  :  «  E  poscla  lo  medico  curoe  lo  giovane  si  che  guarie  »  (p.  14). 
Il  ladno  dice  «  cura  decenti  »  <p.  io2\  ;evedrenio  più  olire  corne  questa 
frase  abbia  assai  importanza.  —  A  pag.  17  il  pastore,  che  capita  al  pero, 
dov'  è  solito  di  venire  il  cignale,  comincia  «  a  cogliere  di  queste  père  a. 
Non  cogture,  bensi  raccogUere;  t^itte  l'altre  ver&ioni,  e  il  seguito  pur  di 
questa,  ce  ne  fanno  sicuri  :  le  perc  sono  per  terra.  Sembra  dunque 
essersi  iniesa  maie  l'espressione  ambigua  di  /  ;  «  collegitque  de  piris  ■ 
(p.  loj).  —  Chiediamo  qualche  escrapio  alla  s*  novella  :  Ttntamina.  In  c 
non  si  tratta  per  la  donna  di  trovarsi  un  amante  ;  bensi  di  dar  effetio  ait' 
amore  che  es&anutre  giâ  per  un  giovane  (p.  18).  Eccoci  allonianaii  dalla 
versione  primitiva,  che  risulia  in  modo  non  dubbio  dair  accordo  di  / 
(p.  104)  coi  lesti  forestieri.  Poi  la  terza prova  è manifesiamente  sirozzata. 
La  madré  dïce  :  ■>  Domenica,  quando  luo  marito  farà  grande  convito  [di 
suoi]  amici,  andarai  e  sederaî  appre&so  lui,  e  ligherai  la  borsa  ail' 
anelto  delta  lavola,  si  che  si  ribaltl  ;  c  se  di  questo  non  si  turba,  poscia 
farai  tua  volontà.  —  E  fatto  questo,  lo  marito  si  turbà  molto  contra 
lei  R  (p.  20).  Lasciamo  siare  la  soppressione  del  fatto  :  ma  chï  capisce 


1.  Dinanzi  a  ta  ^uaU  l'editore  mette  solo  una  virgola.  A  torto. 

2.  *  S«rvo  maledetio,  non   t'avea   io  detto  che  lue  devessi  ugli^re  tutti  li 
rami  perch'  elta  andasse  ritu?  »  V.  anche  la  nota  del  Mussafia  al  testo  lalino. 


UNA    VERSIONE    RIMATA    DEl   Stttt  SaVt  }77 

in  che  maniera  la  tavola  abbia  da  rsser  rovesciata  ^  E  s'avr  propno  a 
rovesciare  la  uvola  ?  Pare  un  po'  troppo.  Ebbene,  si  guardi  al  latino  '. 
«  ..  .Vade  et  sede  juxia  eum,  et  verte  *  caput  labaleae  mensae  ad  clavera, 
quam  apud  latus  tuum  habes  »  (p.  104}.  Cosl  sta  bene>.  E  che  quesia 
sia  la  versione  primitiva,  è  dimostrato  incontestabilmente  dall'  accorde 
colle  altre  redauoni  1.  —  Termine  con  un  esempio  di  Roma.  Il  nome  del 
msustro  che  libéra  la  ciitâ  dall'  assedio  è  laciulo  da  c  (v.  p.  3  j).  Invecc 
nel  iaiino  lo  abbiamo  (p.  1 10)  ;  e  sebbene  nel  codice  viennese  la  lezione 
sîa  corrotta,  imendiam  pure  essere  il  medesimo  che  conoscono  i  testi 
francesi,  vale  a  dire  quel  Giano,  a  cui  il  fatto  è  attribuiio  anche  in  libri 
anteriori  d'assai  ai  SeUt  Savi  occideniaii  *. 

Penanio  credo  di  dover  riguardare  corne  un  fatto  umanameniesicuro, 
che  Tanio  m  quanio  c  son  traduzioni  di  /.  Le  ragioni  a  cui  s'appoggia 
questo  risultato  son  troppo  valide,  perché  abbiano  a  lemere  di  qualche 
piccolo  inciampo.  C^ô  non  mi  esime  dal  dovere  di  guardarbene  in  faccia 
le  difficoltà  e  di  cercame  la  soluzîone. 

Accade  lalvolta  che  c  ed  m  si  trovino  d'accordo  tra  loro  e  in  disaccordo 
con  /.  La  spiegazione  non  sarà  sempre  la  medesimo.  In  certl  casï  l'in- 
contro  sarà  da  ritenere  accidentale.  Ein  verîtà  sarebbe  pressochè  impos- 
sibile  che  due  volgarizzatori  di  un  medesimo  libro  non  s^aves^ero  mai  da 
inconirare  !  Ma  quesia  ragione  è  ben  lontana  dal  valere  dappenuiio. 
Non  pretenderemo,  per  esempio,  che  e$sa  ci  spieghi,  come  mai  nel- 
Vindusd,  tra  le  varie  prove  messe  in  opéra  dall' astuiamoglie  per  togliere 
ognî  sospetto  al  marito,  c  ed  /n  ne  conoscano  una  d*un  cagnuoloic  p.  ;i  ; 
m  p.  î9t»  che  /  ignora.  Qui  è  ben  sicuro  che  i  due  iraduttori  dovevano 
aver  dinanzî  un  testo  più  compiuto  del  nostro.  E  ceno,  che  la  lezione 
del  codice  viennese  sia  qua  e  là  malconcia.  non  è  cosa  dubiiabile.  Per 
convincercene,  tomiamo  un  momento  a  Medîcas.  Ucciso  il  nipote,  Ippo- 
crate  <'  passus  est  intolerabilem  fluxum  ventris.  quem  ipse  nequaquam 
valuit  restringere  cum  omnibus  suis  medicinis.  Et  dixil  suis  ministris  : 
Ego  non  possum  restringere  hune  fluxum  meum.   Faciens  autem  aquam 


1.  Attorciglia. 

2.  Solo,  invece  di  clanm,  ^uam^  ci  aspctteremnio  detu,  qoas. 

}.  Clr.  L.,  p.  47;  K.,  V.  a688,  2716;  cal.,  v.  1910;  ccc.  ecc. 

4.  V.  C.  Pahis,  U  rèc'n  Roma  dam  les  Sept  Sages,  Rom.,  IV,  p.  117. 
—  Per  Ij  solita  ragione  dell'  abbondare  soggiunger'N  un  alUo  esempio.  Apjpar- 
lirne  a  Sapitntis.  Leggiaino  in  c  ;   *  Ed  eztandio  avea  e  tenea  Vit   filosoh^  li 

Î[uali  dovea  accertare  di  darc  moneta  come  egli  interpretavano  h  insonii  i 
p.  21}.  L'esprcssione  non  è  chiara,  ma  seoibra  indubitabileche  il  soggctto  délia 
Ijiropoiizione  xelativa  sia  il  re.  Sarebbe  questi  che  dovrebbe  darc,  o  altneno  )iar 
fgaranle.  Il  confronto  del  latino  spiega  Tabbaglio  del  tradallore  :  «  Habeb^t 
I^LUtem  teplem  jihilosophos  in  cuna  sua,  et  datis  eis  certis  manenbus  (cod  mu- 
liUrihtu)  somma  homrnum  interpréta  ban  tu  r  •  (p.  105).  L'ablalivo  assoluto  e  il 
unii  haono  iraviato  l'interprète  nostro. 


jyS  P.  RKtttK 

cum  putveribus  resirictis»  ut  usus  ea  attraheretur,  et  videns  hoc  non 
proficere,  (levit  amarissime  de  viia  omnino  desperando  »  (p.  102).  Ch) 
non  vede  Tassurdo  f  Ippocraie  ha  provato  di  già  tune  le  sue  niedicine, 
e  lorna  ancora  a  provame  una  ?  Orbene  :  m  te,  perfeitamente  concofdi 
con  /  fin  dove  il  latine  dice  medicints,  Il  se  ne  staccano,  per  narrare  l'epi- 
sodio  caratteristico  del  vasello  foraio  [m  p.  21  ;  c  p.  1  j  1 ,  comune  a  tulte 
le  altre  redazioni.  Cli  è  che  in  /  il  passo  è  evidentemente  coirotto.  Un 
irascriitore  dovcva  aver  sahaio  qualche  rigo  ;  vi  fu  chi  voile  rimediare 
alla  lacuna,  e  a  quesio  fine  impastrïcciô  una  correzione  quaUïasi.  Nel 
coHcio  si  riconosce  ancora  qualche  parola  appartencnte  alla  Iczione  ge- 
nuina  :  faciens,  aquam.  Si  confroniino  i  volgarizzamenii  '. 

Similmenie,  non  che  abbaiiere,  non  pu6  nemmeno  far  menomamenie 
traballare  i  resuitati  ottenuti  qualche  rarissimo  e  minimo  accordo  d'una 
sola  ira  le  versioni  iialiane  con  alire  più  remote.  Sarebbe  un  grosso 
errore  il  vcderci  un  indizio  di  parenlcle,  e  quindi  di  dcrivazioni  diverse 
da  quelle,  che  s'è  creduio  di  dover  riconoscere.  Che  importa,  per  es., 
se,  nel  gruppo  nostro,  solo  m  dia  una  specificazione  al  re  che  manda  per 
Ippocrate  (p.  18'  ?  Ê  il  re  d'Anglia,  sia  bene  ;  a  quel  modo  che  in  altre 
redazioni  abbiamo  il  re  d'Ungheria  L..  p.  26),  un  re  di  Grecia  (IC., 
V.  170J),  di  Puglia  (ca;.,  v.  91}).  Ma  par  facile  vedere  essere  pura- 
tnente  fonuito,  0,  perdir  meglio,  dovuto  a  cause  psicologiche  e  logîche^ 
quel  pûco  di  somiglianza  che  qui  viene  ad  esserci.  In  qualche  altro  caso, 
precisamente  corne  per  le  concordanze  comuni  ad  ambedue  le  traduzioni 
bisognerà  supporre  ragioni  d'altro  génère.  Ma,  purchè  si  sappia  rappre- 
sentarsi  al  vivo  le  condizioni  reali,  queste  lievi  difficollâ  non  faran  mai 
paura;  si  vedrà  sempre  uno  0  più  modi  per  sbarazzarsene'.  Ûa  tutto 

1.  Un  guasto  c'era  forse  di  già  nel  testo  donde  uscl  c.  Almcnoil  codice  mode- 
nese  ci  da  imperfetto  questo  luogo,  sicchè  l'edïtore  dovctte  supplirvi  alcane 
parole.  —  Del  fatto  osservalo  qui  sopra  dar6  ancora  qualche  esempio.  Inciusai. 
4  Quidam  sapiens  judex  habuit  uxorem  sapunum  »  (p.  \oH).  Quest  ultima  voce 
ai  subito  eran  sospetto;  ci  aspettercmino  pulcram.  E  difatti  c  ed  m  dicono 
entrarab)  bdla.  Qui  la  cosa  è  sempiicissima  ;  ma  corne  si  spjeça  che  in  Gaza  le 
due  traduuonifacciano  che  ï)  figliu  del  ladro,  per  giustiticare  il  pianto  de'  suoi^ 
si  fertsca  ntUa  coscia  ic  p.  28;  m  p.  j6),  mentre  in  /  egli  si  ferisce  in  cjpiu 
(p.  ioS|  P  Mi  par  di  poter  sciogliere  l'enimma.  Il  latino  dovcva  di  certo  aire 
primitivamente  coxa;  coscia,  omano,  e  non  già  capo^  s'ha  pressochè  in  lutte  le 
redazioni  di  questo  racconlo.  Un  irascrittore  cbbe  a  franlendere  il  vocabolo; 
credette  signi6casse  cocaa,  ossia  predsatnente  testa,  e  pens6  di  far  opéra  buona 
sostiluendo  un  sinonimo  p\ii  nobile. 

2.  Un'omissione  minima  nella  nostra  lezione  di  /,  gii  esi&tita  nell'  eseniplare 
donde  usci  c,  potrâ  spiegarci,  come  mai  tn  Roma  soltanio  m  abbia  i  due  cap\  (on 
tptcckt  ip.  41).  bcn  noti  ad  altre  famigtie.  V.  il  Pans,  nello  scritto citato,  Rom.' 
Iv,  12}.  Quatchc  altro  caso  ricorder6semplicemcnte,  scnu  proporrcipotcsi.  La 
versionc  m  c  altresl  la  sola  del  nostro  gruppo  che  in  Ga:a  accenni  cne  il  figlio 
tenti  dissuadcre  il  padre  dal  turto  ip.  u|  ;  la  sola  che  vi  menzioni  specificaïa- 
mente  le  sorclle  del  giovane  (p.  j^)  ;  la  sola  che  in  Virgilius  nomini  il  poeta- 
mago  (p.  44K 


UNA    VERSIONE    RtMATA    DEl    ScttC  Sûvi  ^79 

ciô  mi  si  lasci  déduire  un  corollario,  ovmîo  quanto  mai,  ma  iroppo  spesso 
dimenticato  nelU  praiica.  Guai  in  faito  di  comparazioni  a  vedere  in  ogni 
convenienza  un  indizio  d'ongine  comune  !  Se  per  to  più  te  somiglianze 
si  ereditano,  spesso  anche  si  producono.  Lo  scienzîato  deve  studiarsî  di 
affinare  quanto  sia  possibile  i  criterii  per  distinguere  i^uno  dal  l'aliro  i 
due  generi  di  affiniià.  Senza  cotesta  distinzione  si  finisce  sempre  per 
aggirarsi  in  un  labirinio  inestricabite  di  dati  contraddittorii. 

Quesia  discussione  preliminare  serobra  meîlerci  in  istaio  di  scoprire 
facilmente,  quai  posto  sia  da  assegnare  alla  redazione  in  oltava  rima. 
Invece  di  un  problema  molteplice,  ci  iroviamo  ade&so  dinanzi  una  que- 
stione  semplîcissima  in  apparenza.  Dériva  r  da  /,  oppur  no?  Che,  data  la 
derivazionc,  essa  abbia  ad  esscrc  piuitosio  immediaia  o  mediata,  sia  poi 
attraverso  ad  m  o  e,  sia  passando  per  un  altro  volgarizzamenio  ipotetico, 
ë  una  determinazione  d*ordinc  sccondario. 

Gli  è  paragonando  contcmporaneamente  r  ed  l  con  redazionî  d'altri 
gnippi ,  che  dobbiam  cercare  la  riposta .  Credo  opportune  di  cominciare  da 
una  novella,  anzichè  dali'  iniroduzione.  Procederemo  più  sicuri  e 
spediti. 

Faccio  cadere  su  Medkus  la  scella.  In  générale  c'è  molta  somiglianza 
fra  i  nostri  due  testi.  Siamo^  ë  vero,  discretamenie  lontani  dalla  perpé- 
tua convenienza  siniatiica  e  verbale  che  s'aveva  tra  J  e  c  oppur  m  ;  ma 
già  s'intende  che  rapponî  cosl  streitî,  ira  una  redazione  poetica  ed  una 
prosaica,  son  possibili  solo  nel  caso,  che  la  prosa  sia  dissoluzione  dei 
versi.  Giacchè,  del  resto,  ogni  verseggiatore  è  tratto  di  nécessita  ad 
ampliare,  a  sopprimere,  a  modifîcare.  E  quel  certo  grado  di  licenza  che 
il  ritmo  lo  cosiringe  ad  arrogarsi,  si  converte  in  un  eccitamento  ad  arbi- 
trii  e  mutazioni  maggiori.  ^ 

Dunque  la  rima,  cora'  ë  da  aspeitarsi,  ci  offre  ordinariamenie  un  di 
più.  Per  solilo  si  riduce  a  mero  fogliame  délia  peggior  specie.  Parole 
vuote  di  pensiero  e  vanissime  ripetizioni.  Il  latino  coroincia  :  «  Hippo- 
cras  suramus  medicus...  »  E  la  rima  : 

Lo  inedicho  dî  gran  fisicha 

Che  Ipocras  si  nomeva,  lo  gran  teologo, 
Lo  quai  aveva  de  gran  libri  in  robricha, 
Costui  sopra  i  altri  fo  medicho  soprano, 
E  in  medizina  si  fo  molto  alUao. 

(IV,  I.) 

Inutile  insistcre  con  altri  esempi.  Già  nella  prima  parte  diquesto  lavoro 
$*ë  imparato  abbastanza  a  conoscere  il  nostro  uomo,  perché  le  sue  goffag- 
gini  ci  possan  più  far  meraviglia.  Ne  Tosservazione  di  differenze  sîSiaiie 
farebbe  progredire  d'una  linea  la  quesiione  crilica. 

Finchè  dunque  nelle  cose  r  ed  /  camminano  di  conserva,  anche  noi 


?80  p.    RAJNA 

tiriaroo  di  lungo.  Le  discrcpanze  comnni  —  se  discrepanze  ci  sono  — 
dagli  altri  gruppi,  non  vogliono  esser  considerate  in  questo  luogo.  Ve- 
niamo  pertanto  fin  dove  il  medico  ha  tninacciata  la  regina,  ch'  egli  se  ne 
andrà,  dacchè  essa  non  gli  vuol  palesare  il  vcro.  Qui  r  proseguc  : 

Vedendose  ia  d^ma  esere  sguxita, 
Dise  :  Se  credese  chel  non  tosse  saputo 
E  che  l'avesi  m  credenza,  perché  la  vita 
Lo  mîo  marito  me  toria  al  tuto, 
fo  ti  diria  da  chui  e'  fui  rapita. 
A  tel  respoxe  lo  medico  proveduto  : 
Madona,  non  dubttate.  Aldi  el  mio  detto  : 
Retignerô  tutto  el  falo  secretto. 

(St.  9.) 

Nulla  che  esattamentc  corrisponda  in  /  ■,  e  nemmeno  in  r  né  in  a, 
che  ci  farebbero  â3  spia,  se  mai  nel  lesio  del  codice  viennese  ci  fooe 
una  lacuna.  Invecc  abbiamo  nella  prosa  francese  :  «  Quant  la  roine  voiï 
ce,  si  le  rappelle  et  li  dist  :  Sire,  je  le  vos  dirai,  et  por  Dieu,  gardez  q« 
n'en  soit  parole.  —  Dame,  non  sera  il  »  ^L,  p.  27K 

Se  non  che  questo  non  è  ancora  un  indizio  col  c^uale  fare  a  6daiua. 
tanio  più  che  la  nchiesta  e  la  promessa  délia  segretezza  mancano  in 
altre  versionî.  Nulla  vieta  di  vederci  una  di  quelle  ampli6cauom,  che 
qua  si  producono,  là  spariscono^  per  poi  rinascere  un'  alcra  volta.  Ma 
non  si  puû  già  dire  altrettanto  del  metodo  di  cura  che  il  medico  adotu. 
quando  sa  di  positivo  che  il  principe  ë  bastardo  : 

Dise  lo  medico  nel  so  con7.eto  solo  : 

Qui  me  bexogna  lasar  le  dignitade, 

E  corne  av6itero  medichare  lo  volo, 

Perché  bastardo  Te  con  pravitade  ; 

E  corne  avôltero  e  bastardo  lo  vu'  medicare. 

Alora  lo  medicho  ebeno  a  comandare 

Che  zibi  grosi  qui  si  sia  arechato, 

Corne  è  charne  di  vacha  e  simele  cosse  ; 

E  da  mangiare  a  quel  giovene  i  dato, 

Perché  la  natura  sua  vuot  cose  grosse. 

(St.  îi'iz.) 

Si  confrontino  le  redazioni  francesi  e  le  loro  emanarioni»  c  à  reda 
corne  s'accordino.  L,  p.  27  :  u  11  est  avoltre,  je  li  ferai  poison  a  avoltre: 
donnez  lui  a  mengier  char  de  buef  *.  Il  firent  son  commandement  ju. 


1.  <  Et  medicus  dixit  :  Ex  quo  mihi  non  vis  dicere  veritaiem,  ego ;_ 

Et  regina  videns  ipsutn  vclle  recedcre,  cum  tnultum  affeclaret  fjllisanitaiem.ait: 
In  curiam  régis  >  elc.  (p.  102). 

2.  Non  c'é  bisogno  di  dire  che  vaaa  0  ke,  non  costiluiscono  una  difierenza- 
La  vacca  ci  rappresenia  iit  certo  modo  un'  evoluzione  progrcuiva.  Sisceads 
d'un  gradino.  -" 


VJ1K  VERSIONS  MHkTk  DEi  Sctte  Savi  )8l 

.K**T.  174s  :        Dame,  dist  il,  c'est  bien  raison  ; 
Or  aura  avoutre  puison. 
Lors  li  fist  car  de  buef  mangier...  *. 

Si  veda,  se  si  vuole,  anche  la  versîone  italiana  pubbUcata  dal  d'An- 
cona,  p.  24,  e  la  catalana  dataci  dal  Mussalia,  v.  9Û9. 

Ora  in  /  troviam  solo  un'  indicazione  indeterminatissima,  già  ricordaia 
anche  aiirove  :  cura  decenti.  Questa  frase  ha  l'aria  d'essere  un  riHesso 
dignitoso  délia  verûone  degli  altri  tesli.  Il  redattore  lalino  par  corne 
aver  voluto  scansare  una  volgarità.  Pertanto  r  conlienequalcosache  non 
è  in  l  r\è  nei  suoi  derivati  ',  e  che  doveva  essere  invece  nelta  sua  fonte 
immediata  0  mediaia.  Le  conseguenze  pajono  ofTrirsi  owie.  Tuttavia  per 
adesso  lascio  ch&  il  lettore  le  cavi  per  conto  suo,  e  mi  limito  a  osservare 
e  raccogliere. 

L'accordo  peculîare  di  r  con  redaztoni  più  remote  per  ci6  che  riguarda 
la  cura,  si  ripeie  al  riiomo  del  nipoie  presse  lo  zio,  Mentre  l  si  contenta 
di  un  «  Kediit  medicus  ad  Hippocratem  nepotem  [sic)  suum,  narrans 
eidcm  quae  fecerat  »  ^  r  cosl  espone  il  fatto  : 

Part)  lo  giovene  medicho  saputo 
E  ritorn^  al  suo  barba  tpocràs, 
E  domandolo,  se  lui  à  guaruto 
Quelo  amalato  per  chui  andare  el  fas. 
E  lui  dise  de  si,  come  proveduto. 
Che  li  itu  fato?  lo  barb;i  li  partis. 
Charne  de  vacba  e  altre  cose  grosse 
Li  6  dato  a  manzare,  lui  li  resposse. 

—  Adonque  costui  è  avôltero  nato? 
SI,  dise  lo  nepote,  cb'io  1*6  cogoosulo. 

(St.  tj-M.) 

Paragoniamo  L  :  h  Et  s'en  revint  a  son  oncle.  Ypocras  li  demanda  : 
As  tu  Tenfant  gari  ?  —  Oil,  Sire.  —  Que  li  donas  tu?  —  Char  de  buef. 
—  Dont  estoit  il  avoltres?  —  Sire,  voire.  »  Si  confronti  pur  K,  v. 
17s ^  ;  cal.  979  ;  Hans  von  Bûhel,  v.  4J85.  Proprio  solunto  /  co'  suoi 
accotiti  venne  ad  appartarsi. 

Ail'  incontro  l'uccisione  proditoria  del  nipoie  è  strozzaia  da  r,  mentre 
/  ce  la  narra  assai  acconciamente,  e  con  panicolari  che  occorrono  anche 


1.  Qui  s'aggiunge  anche  pane  inzoppato  odl'  acaua.  L'acqua  si  ba  pure  neU' 
Histona  Stpitm  Sapientum,  V.  Paeis,  Sept  Sjgu,  XXX,  n.  2. 

2.  Cf.  c  p.  14  ;  m  p.  ao. 

3.  Acciocché  l'etrore  del  ntpQUm  non  faccia  percaso  supporre  un  guasto  piit 
profonde  nel  teslo,  si  confrontino  le  traduzioni  :  /n  ;  1  11  quai  subito  riIorn6  dal 
suo  barba,  narrandueti  il  falto  come  gli  era  inlravenuto,  e  come  avea  cono- 
scioio  che  il  detto  infermo  era  bastarao  >  (p.  20).  c  ;  «  Ritomato  il  medico  a 
Ippocras,  aarroe  a  lui  ci6  ch'era  addivenuto  a  (p.  14). 


)82  p.    RAJNA 

fuort  délia  Versio  italica.  Ecco  i  due  testi  nostrali.  Ci  aggiungo  pur  L, 
per  comodiià  di  confronto. 

r;  Chiam6  lo  nepote  e  dise  :  Ora  andemo 

AU  canpagna  e  dele  erbe  acolieremo. 
Esendo  gionti  a  un  luocho  salvagio, 

Lo  SQo  nepote  dele  erbe  arcolie. 

Alora  lo  vechio  faiso  e  malvagio 

Con  un  coltelo  da  dricto  con  so  volîe 

Lo  arsaltô  e  ferllo  adagio, 

E  a  tradimcnto  la  vita  li  tolie. 

E  per  invidia  amaz6  lo  nepote 

Lo  vechio  Ipocras  io  qude  grote. 

CSM4-M-) 

/,  /.  ât.  :  u  ...  Vocansque  ipsum  quodam  die  in  viridarium  sumn,  ubi 
crai  herbarum  medicinalJum  muliitudo,  inspexii  Hippocras  quandam  her- 
bam  bonam  mulias  habentem  virtutes,  dixïique  nepoti  suo  :  Videsne 
aliquam  herbam  bonam  ?Qui  respondit  :  Video.  Etillam  ostendit  et  col- 
tegit,  et  Hippocrati  singulas  virtutes  declaravit.  At  Hippocras  vidit  atiam 
herbam,  cujus  virtutes  nepos  suus  ut  prions  declaravh.  Tertiam  herbam 
vidit  nepos  Hippocratis,  quam  Hippocras  non  vidit,  et  dixic  Hippocrati: 
Haec  est  melior  cunctis  herbis.  Dixitque  Hippocras  :  CoUigc  cam.  Et 
dum  se  flecteret  ad  colligendum  ipsam,  Hippocras  ipsum  ad  cor  cura 
gladio  percutiens  [occidit],  clamque  ipsum  sepelivit.  » 

L,  /.  cit.  :  «  Il  apela  :  Biau  nies,  disi  il,  venez  après  moî,  en  cel  ver- 
gier.  Il  entrèrent  ens,  par  le  guichet  ;  ei  quant  il  furent  en  milieu  :  Dex! 
disi  Ypocras,  com  je  sens  une  bone  herbe.  Cil  saut  avant,  si  s'agenoilte, 
si  la  quest  et  li  aporte,  et  li  dist  ;  Sire,  veez  la  ci.  Et  il  la  prent  en  sa 
main  :  Voirs  est,  dist  il,  biaus  nies.  Il  ala  encore  plus  avant  :  Ore  en 
sent,  fait  il,  encore  une  meillor.  Cil  vientavant.  si  s'agenoille  pour  cueil- 
lir la.  Ypocras  se  fut  bien  appareilliez  et  tret  un  coustel,  si  vient  après  le 
vallet,  si  !e  fiert,  si  l'ocist  par  mi  tout  ce.  n 

I  contatti  di  /  con  quest'  uliima  versione  baizano  agli  occhi  e  mi  di- 
spensano  dal  melter  più  sotto  gli  occhi  del  lettore  fatti  dello  stesse  génère, 
Tanto  più  essendo  te  conseguenzc  che  ne  derivano  già  abbastanza  mani- 
feste anche  per  prove  d'altro  génère. 
Sicchè  passiam  oltre.   Subito  ucciso  il  nipote,  Ippocrate  nella  rima 

arde  i  libri  : 

Poi  Ipocras  vrne  nela  zilade 
E  tuti  li  suo  ttbri  ebe  a  bruxare. 

(St.  i6.) 

La  cosa  è  riferita,  precisamenie  in  questo  luogo,  anche  dalle  versioni 
francesi  e  da  una  pane  délia  loro  figliolanza.  Si  veda  L,  p.  38  ;  K,  v. 
18 j;.   Invece  /  e  famiglla  non  dicon  nulla  dell'  arsione.  Eppure  l  sa 


UNA   VERSIONE    RIMATA    DEI    Setît  SaVÎ  \%] 

hent  di  libri  scritti  da  Ippocrate,  e  di  passaggio  ne  ha  fatto  prima  men- 
zione  ad  aliro  proposito  :  «  Hippocras  auiem  invidia  motus  ex  eo  quod 
isie  raelior  erai  eo  (ex  eo  quod  multos  libres  fecerai  Hippocras^,  ne 
post  moriera  propter  istum  nepotem  suum  ejus  mentio  cum  roemoria 
dclereiur  »,  etc.  Si  vede  quindi  che  nell'  esemplare  di  dove  è  uscito  il 
latino  i  libri  e  Tarsione  dovevan  csserci  di  sicuro.  Ma  il  nostro  prosatore 
sapeva  forse  che  ancora  sussistevano  opère  del  famosissimo  medico. 
Perô  soppresse  la  distruzione,  pur  conservando  qualcosa.  muiato  luogo 
e  desiinazione.  Fors'  anche  gli  sembrô  assurdo  in  chi  tanto  ambiva  la 
fama,  il  disiruggere  precisaraente  cià  che  meglio  avrebbe  dovulo  servire 
a  perpeiuare  la  memoria  sua'.  Comunque,  ecco  un  seconde  caso, 
analogo  ad  uno  rilevalo  poco  addietro.  S'avrà  occasione  di  richiamarli 
enirambi. 

L'episodio  dcl  vasello  forato,  che,com*  era  bendaaspettarsi,  inr  non 
manca,  se  non  esiste  più  nella  nostra  lezione  di  /,  esisteva,  come  s'è 
Visio,  nei  manoscritti  di  dove  procedono  m  e  c.  Non  è  dunque  il  caso  di 
lenerne  conto.  E  cosi  ci  troviamo  al  termine  délia  novelta. 

Volgiamoci  adesso  ail'  imroduzione.  Siccome  peraltro  sarà  questa 
una  parte  del  libro  da  riportar  poi  tutta  intera^  qui  procederô  molto 
alla  spiccia,  contentandomi  anche  di  soliio,  per  seropliciià  maggiore, 
di  chiamar  a  paragone  il  testo  del  Leroux, 

Comincio  dall'  aweriire  che  r,  d'accordo  colle  razze  oitraraontane, 
parla  subito  al  principio  (St.  4-6]  délia  madré  del  principe,  mcntre  / 
appena  ta  ricorda  poi  incidentalmente  per  annunziarcene  la  morte,  dopo 
aver  lasciato  crescere  ed  educare  per  più  anni  il  fanciullo.  —  (I  palazzo 
dove  il  giovinetto  riceve  la  sua  educazione  è  in  r  fatto  edificare  apposta 
(Si.  1 1-12),  concordemente  con  ciô  che  si  ha  nella  maggior  parte  délie 
versioni  forestière,  e  perfino  nel  ramo  orientale  ;  non  cosl  in  /,  se  pur 
non  vi  si  voglia  soiiiniendere  gratuiiamente  la  cosa.  —  Né  il  latino  dà 
particolari  di  alcuna  specie  sulle  disposizioni  che  là  dentro  si  prendono. 
Ben  ce  ne  fomisce  parecchi  la  rima,  sostanzial mente  concordi  con  quelli 
somministratici  da  L.  Abbïamo  ie  arti  dipinie  sulle  pareil  ;St.  1  j)  ;  abbîa- 
mo  la  menzione  spéciale  del  letto  assegnato  al  giovane  alunno  (St.  14), 
—  Poi  l,  ne  qui,  ne  in  alcun'  ahra  parte,  non  dice  i  nomi  dei  Savi;  rct 
li  enumera  tutti  , St.  r  9-2  s  )  ;  e ,  sal vo  certe  siorpiature  0  leggiere  varietà , 
son  precisaraente  i  medcsimi  che  abbiamo  in  L.  —  Lo  strano  esperimento 
délie  foglie  per  accertare  il  profitto  del  giovinetto,  è  taciuto  da  /,  narrato 
da  r  [St.  28-32).  —  Al  pari  di  L,  r  espone  disiesaraente  corne  si  vada  a 


i.  [a  certe  redazioni  !e  espressioni  son  cosl  ambiçue,  che  non  si  captsce  se  i 
libri  bruciali  siano  opéra  d'ippocrate,  0  dcl  nipote.  TaIudo  mostra  di  averpro- 
prio  credoto  che  fosser  di  qucst'  ultimo. 


;84  p.    RAJNA 

consigliare  ail'  imperatore  di  prendere  altra  donna,  quali  argomenti 
s'adoperino  per  persuaderlo,  corn'  egti  commetta  ai  consiglîatori  di  fare 
essi  stessi  la  scella,  corne  questi  cerchino,  trovino,  e  corne  le  nozze  abbïan 
luogo  [St.  36-40)  ;  /  sbnga  tulta  quesla  parte  in  poche  parole,  trala- 
sciando  ogni  partîcolare.  La  sola  dijferenza  grave  che  sia  qui  ira  L  ed  r, 
si  è  che  gli  eccitatori  délie  nuove  nozze  sono  assurdamente  nella  ver- 
sione  nostra  i  maestri  stessi  del  principe.  L'identificazione  dev'  esser  nata 
dall'  aver  hranteso  un'espressione  ambigua,  che  possiam  credere  riflessa 
fedelmente  da  /  :  imperator  de  constlio  sapUntum^  etc.  —  La  nialrigna  in 
r  corne  in  L  è  mossa  da  invidia  a  chiedere  al  marito  di  vedere  il  figlia- 
stro  ;  essa  pensa  con  dispetto  che  abbia  a  toccare  a  lui,  e  non  gîà  ai  figli 
che  poiesser  nascer  di  lei,  l'crcdità  detl'  impero,  e  perà  vuol  sbarazzar- 
sene  (St.  4{-47J.  In  /  il  motivo  è  ben  diverso  :  la  donna  vuol  vedere  il 
principe,  perché,  udendone  decantare  i  pregi,  s'è  accesa  d'amore  per  lui. 
—  I  messi  mandaii  ai  Savi  son  due  in  L  ed  r  (St.  $  t)  i  in  /  t'espressione 
rimane  indeterminala  :  nuncios  misit.  —  Ed  /  tace  similmenie  la  circo- 
stanza  délia  cena  e  del  giardino,  che  è  in  r  (St.  ;  ))  allô  stesso  modo  che 
in  L.  —  In  r,  corne  nelle  versionî  francesi,  abbiamo  due  stelle:  la  prima 
rivelatrice  del  pericolo,  è  avvenita  da  un  fiiosofo  ;  la  seconda  annunzia- 
trice  délia  possibilité  di  unoscampo,  è  scorta  dal  principe  (St.  j4'Mi  ' 
riduce  invece  le  due  ad  una  sola,  nella  quale  il  principe  legge  e  il  peri^ 
colo  e  il  rimedio,  sicchè  ai  filosofi  rimane  una  parte  puramente  passiva. 
Poi  /  fa  che  i  maestri  vadano  l'indomani  col  giovane  alla  corte  ;  in  r 
non  si  muovono  (St.  65-66],  di  modo  che  siamo  vicini  ad  L,  dov'  essi 
partono  bensl,  ma  s'arrestano  in  un  bosco,  e  non  giungono  per  nulla 
affatio  air  imperatore.  —  r  ci  rappresenta  presso  a  poco  alla  maniera  dî 
L  l'impératrice,  che,  saputo  l'arrivo  del  figliastro,  viene  al  marito  a  lui 
ed  (St.  77j;  in  /  è  l'imperatore  che  va  alla  donna;  e  ci  va  solo.  — 
Infine  altre  convenienze  estranee  ad  l  $i  potranno  rilevare  agevolmente 
confrontando  r  con  L,  tanto  netla  brève  scena  fira  i  tre  prolagonisti, 
quanto  in  quella  tra  la  matrigna  e  il  6gliastro. 

Estendere  qui  maggiormente  il  paragone,  sarebbe  superflue.  Mi 
basti  dire  in  génère  che  tutto  quanto  l'esame  comparatîvo  dei  lesti 
continua  a  mettere  in  luce  fatti  délia  medesima  natura.  Sicchè  la  causa  è 
oramai  isiruita  :  veniamo  alla  discussione. 

Che  mai  risulta  dalle  cose  osservaie  ?  —  Le  deduzioni  sarebbero  sem- 
plici  e  nette,  se  non  venisse  a  creare  gravi  imbarazzi  un  fattore,  del  quale 
troppo  spesso  non  si  tien  conto  abbastanza.  Cotesto  fattore  consiste 
nella  mescolanza  e  nella  sovrapposizione  possibile  di  due  0  piCi  versionî 
diverse.  Più  individui  s'incrociano,  e  danno  n^scimento  ad  una  razza 
mista,  che  cosiituisce  poi  la  disperazione  detl'  antropologo.  E  l'incrocia- 
menio  puô  awenire  in   ditTerenii  manière  :  lalora  è  voluto,  tal*  altra 


UNA  VERSIONE  HiMATA  OEI  Setîe  Sav'i  )85 

sponuneo  ;  qui  si  procura  col  paragone  di  due  lesti  scritti  ;  là  accade 
înconsciamente  netia  memoria,  perpétua  rimescolairice  dî  reminiscenze. 
Poi  v'  hanno  qui  pure  casi,  nei  quali  te  due  specie  ne  procreano  una 
lerza  ben  distinta  da  enirambe  ;  altri  invece,  in  cui  l'uno  dei  due  tipî 
prévale  di  gran  lunga,  e  solo  viene  poco  o  tanto  ad  essere  modificaio. 
Questi  ultimi  casi  son  di  gran  lunga  i  più  frequenti  ;  ed  è  appunio  alla 
loro  caiegoria  che  apparterrebbe  pure  il  nosiro,  se  mai  s'avesse  a  con- 
chiudere  che  la  rima  fosse  un  teslo  coniaminato. 

Ciô  premesso,  veniamo  a  specificare.  Ci  stanno  dinanzi  due  possibi- 
liià,  delte  quali  l'una,  duplice  essa  medesima.  0  /  ed  r  emarlano  indipen- 
dentemente  da  una  fonte  comune,  oppure  l'uno  di  essi  provienc  bcnsi 
dair  altro  ;  ma  insieme  s'è  aggregaia  una  certa  dose  di  elementi»  attinti 
ad  una  redazîone  di  stirpe  diversa. 

Délie  tre  ipotesi,  che  appajono  cosi  possibili,  non  mi  perîto  nondimeno 
ad  eliminarne  subito  una.  La  derivazione  di  /  da  r  va  esclusa  in  modo 
assoluto.  Le  si  oppongono  ragioni  di  vario  génère.  In  primo  luogo  la 
cronologia  :  /  ê  senza  dubbio  pïù  aniico.  Se  anche  lo  conosciamo  fino  ad 
ora  in  un  solo  raanoscrino  apparienentc  al  secolo  xv,  speiia  al  xiv, 
rammentiamocene,  e  non  al  suo  cadere,  il  codice  che  ci  ha  conservaia 
una  délie  traduzioni  itallane.  Questa  prova  rende  oramai  superflue  le 
altre,  meno  conclusive  d'assai.  Ne  acccnnerb  tuttavia  qualcuna,  pet 
soprappiù.  Non  è  un  traduttore  latino  che  vorrebbe  darsi  la  briga  d'un 
lavoro  di  contaminazione  per  un  libro  siffatto.  Inoltre,  di  elementi  che 
uno  solo  fra  i  due  lesti  abbia  comuni  con  altre  famiglie,  c'è  una  discreta 
abbondanza  in  r.  e  invece  molta  scarsità  in  /.  E  poi  per  /  si  traita  per 
solito  di  mère  variant)  minute,  e  non  già  di  particolari  nuovtche  abbiano 
un  ceno  rilievo.  Sarebbe  pur  sirano  che  s'andasse  a  prender  lontano 
roba  di  questo  génère. 

Sicchè  restano  a  fronte  due  sole  possibiliià.  0  /  ed  r  provengono  ria- 
scuno  per  conto  suo  da  un  medesimo  ceppo  y  o  r  dériva  da  /  e  fu  conia- 
rainato  coll'  ajuto  di  un'  alira  versione. 

Tra  le  due  ipotesi  confesso  di  non  sapermi  indurre  a  scegliere  defini- 
tivamente.  Certo  ta  prima  è  più  semplice.  Ed  essa  ha  altrest  titoli  ben 
più  serii  da  far  valere.  Passiamoli  in  rassegna. 

Una  demanda  preliminare  sembra  atta  a  sbarazzare  un  poco  la  via. 
Indipendentemenie  dalla  questione  attuale.  l'esisienza  di  rappreseniantî 
délia  Versio  Italua  anteriori  ad  /  par  probabile,  ono  ?—  Probabilissîma, 
oso  rispondere  ;  ché  questo  nosiro  tesio  latino  ha  troppo  spesso  l'aspetto 
di  un  abbreviamento.  Impossibile  scorrerlo  senza  riportame  quest*  im- 
pressione.  Si  guardi  aile  transizioni  da  una  novella  ail'  altra.  Solo  il 
primo  giorno  si  dicon  le  cose  compiutamente  ;  poi  sempre,  ora  più,  ora 
menOf  si  taglia  corto.  Cost  unicameme  dal  primo  Savio  vedjam  pattuirsi 
Rûmaaia,  Vil  2j 


}86  p.  rajna 

llndugio  del  supplizio  per  quella  giornata.  Par  corne  che  l'ainore  si 
secchi  di  ripeier  scmpre  formole  e  parole  ideniiche.  e  perô  voglia,  se 
non  altro,  diminuire  la  nûja,  A  volte,  proprîo,  la  brevitâ  va  tant'  olire, 
che  più  non  poirebbe.  Cosi  accade  la  terza  noite  :  «  Rediens  auiem  im- 
perator  adhuc  vivente  filio.  dixii  mulier  :  0  imperator,  tibi  eveniet  quod 
cuidam  régi  accidit,  qui  non  videbat  lumen  extra  civitatem  suam,  et  a 
multis  sapientibus  consilium  postulans,  non  poterat  remedium  invenire. 
Habebai  autem  sepiem  philosophes  »  etc.  [p.  105}.  Comc  si  vedc,  non 
s'accenna  alcuna  circostanza  ;  non  si  lasda  aprir  bocca  air  imperatore 
per  interrogare.  E  s*avveria  :  il  confronte  con  m  et  con  c  (p.  38  ;  p.  at) 
mette  fuor  di  dubbio  l'integriià  de!  testo  '.  Son  poi  nolevolia  volte  certe 
espressioni  :  u  Et  ecce  mane  tenius  philosophus  venit,  dixitque  inter 
alla  :  Imperator  »  etc.  [p.  io}-4). 

Anche  nelle  narrazioni  vtene  a  rivelarcisi  questo  medesimo  carattere. 
L'esempjo  più  ragguardevole  l'abbiamo  in  Tentamma  fp.  104).  Seropre 
per  evitar  ripctizioni,  l'csecuzione  délie  prove  non  è  mai  esposla.  Unica- 
mentela  si  accenna  con  una  frase  riassuntiva  :  Fecit^ue  ilia.  —  FeàUjac 
puella,  et  senex  respondit  ul  prias.  — Feciîqae  iîa.  Cosi  non  si  contengono 
già  le  redazioni  délie  altre  famiglie;  e  cosi  non  si  contiene  neppur  r. 
che  qui  narra  per  disteso,  e  che  anche  nei  passaggi  tra  i  varii  racconti, 
batte  la  via  generalmenie  seguiia.  Or  dunque,  perché  mai»  avendo  di- 
nanzi  un  lesto  più  compleio  ed  uno  quasi  di  sicuro  abbreviato,  vor- 
remmo  nondimeno  supporre  che  il  primo  non  ci  ritletta  già  l'originate 
primitivo,  bensi  abbia  ad  essersi  ricomposto  mediante  un'  iniegrazione 
e  con  nuovi  presiiiî  ?  Ne  gli  esempî  citati  stanno  già  soli  ;  nient'  atîatto. 
Il  paragone  con  r  ci  fa  non  poche  volte  apparir  /  più  brève,  più  povero 
di  circostanze.  Ora  di  coteste  circostanze  s'intende  assai  megito  ed  è  per 
se  siessa  di  gran  lunga  più  probabile  la  soppressione.  che  non  sia  l'ag- 
giunta.  Tanto  più  poi  mancando  esse  in  un  tcsto,  che  dà  a  conoscere 
una  tendenza  incontestabile  al  condensare  ed  allô  sfrondare. 

E  talvolta  avvicne  periino  che  l'esistenza  di  certe  circostanze  narrate 
da  r  neir  originale  di  /  possa  ritenersi  indubitata.  Si  rammentino  i  due 
casi  occorsici  nell'  csame  deita  storia  d'Ippocrate  :  quello  del  metodo  di 
cura  usato  col  principino,  c  I'  aîtro  dei  libri,  Ognuno  vede  quanto  se  n* 
avvalori  Pipotesi  di  una  fonte  comune. 

La  quale  trova  conferma  aliresl  nel  fatto,  che  i  contatti  speciali  di  r 
con  aiire  famiglie  consistono  spesso  in  analogie,  anzichè  in  vere  idenntà. 
In  r  il  pericolo  del  principe  è  leito  in  iw  pianeto  [],  $4)  ;  seconde  t  (p.7) 


I.  Dico  ciô,  perché  în  qualche  case  aaaiogo  questo  confrooto  potrebbe  lar 
pensare  il  contrario.  Ma  forse  non  a  ragîone.  £  altreltanlo  probabile  che  i  due 
tradulton  abbiano  aggiunto  per  conlo  loro.  Del  reslo  il  caso  non  è  fréquente  : 
\»  maggior  parte  délie  abbreviaztoni  in  coteste  !^i  ritnaDc  confermau. 


UNA    VERSIONE    RrMATA   DEI    Setît  Savî  387 

IC  (v.  489  seg.)  ecc. ,  nella  luna.  Similmeme  si  consideri  la  scusa  addotta 
in  r  dalla  moglie  desiderosa  di  un  amante,  per  giustificarsi  detl'  aver 
inandato  all^  aria  la  tovaglia  con  tutto  quanto  l'apparecchio  : 

Marito  niio,  non  putl  altro  fare  : 

Per  adurvi  la  vostra  copa  m'ebi  a  levare. 

(VI,  ij.) 

È  évidente  il  rapporto  coi  testi  francesi  :  «  Par  ma  foi,  sire,  je  n'en 
poi  mes.  J'aloie  quérir  vostre  couiiau  et  vosire  tablier  qui  n'estoit  mie 
sor  table,  si  m'en  pesoit  »  (L,  p.  48).  Ora  non  si  vede  troppo  perché 
un  auTore,  che  aveva  l'abitudine  di.tenersi  strenoalla  sua  guida,  dovesse 
fare  dï  coteste  sostituzioni.  NelT  altra  ipoiesi  invece  ogni  cosa  vien 
naiuralissima.  Tutta  quanta  la  Versio  ïialica^  e  perd  in  primo  luogo  il  suo 
prototipo,  sta  colle  aitre  famiglie  in  relazioni  di  questo  génère.  Strette 
somiglianze,  accompagnate  da  varieià  continue. 

E  c'è  deir  aliro.  Qualche  sfumaiura.  qualche  elemento  affatto  secon- 
dario  slabilisce  un  rapporto  tra  r  e  le  redazioni  estranee,  nei  punti  in 
quali  del  resio  la  somiglianza  con  ï  è  assai  stretta.  In  quesii  casi,  per 
verità,  la  comaminazioneappare  improbabile.  Es  allarghi  pure  Posserva- 
zione  e  le  si  dia  un'  altra  forma.  Se  un  nuovo  esemplare  fosse  cmrato 
nella  composizione  di  r,  gli  elememi  derivatï  da  cotesta  fonte  sussidiaria 
pairebbero  dover  essere  di  gran  lunga  più  copiosi.  Non  è  per  prcnder 
cosl  poco  che  si  suoi  meitersi  ad  un  lavoro  di  contaminazione.  E  son 
moite  le  cose  che  avrebber  dovuto  teniare  t'autore.  Per  esempio,  quella 
specie  d'asia  per  l'educazïone  del  principe,  che  vedîam  tenersi  dal  padre 
nel  principio  délia  storia.  Cosl,  al  termine  del  Virgilius  la  rima  accenna 
allô  sdegno  del  popolo  contro  Timperatore,  per  rinesiimabile  danno  di 
cui  cgli  è  stato  causa  alla  città  : 

E  lo  chomuno  di  Roma  universale 
Di  queslo  falo  n'ebe  gran  dotore. 
0,  qaanlo  a  tuti  li  parve  gran  maie, 
Lamentandosi  forte  de  lo  icpcratorc  ! 

Dopo  queste  parole  non  si  capisce,  corne  mai,  se  s  fosse  avuto  sotte 
gli  occhi  un  altro  testo,  si  sarebbe  qui  omessa  la  storiella  délia  fiera  ven- 
detta mediante  l'oro  colato,  che,  allMnfuori  délia  Versio  Italtca,  s'ha  in 
lutte  le  redazioni  del  racconto. 

Soggiungerô  altresl  che  del  pari  mal  s'intenderebbe,  corne  si  potesse 
trabsciare  di  prendere  addirittura  qualche  racconto,  da  mettere  nelle 
nnore  nicchie  aggiunte  al  disegno  anteriore.  0\è  tanto  in  A  quanto  în  L 
si  contengono  narrazioni  esiranee  ad  /.  Una  in  A  :  Stnescalcas.  In  Ltre: 
questa  medcsima  :  più  Fitia  e  NovtrciX.  Dai  nuovi  racconti  a  cui  s'è  dato 
posto  vediamo  che  Pampiificatore  del  vecchio  libro  non  era  uomo  da  far 


^S8  p.    RAJNA 

lo  schizzinoso.  Là  roba  da  lui  scelta  è  in  gran  parte  più  scadenie  di 
quella  che  A  ed  L  gli  avrebbero  somminisiralo.  E  ciio  A  ed  L,  perché 
sono  di  sicuro  i  testi  aï  quali  si  deve  qui  pensare  dl  preferenza.  Ma  si 
sosiituisca  pure  qualunque  altra  redazione  :  l'argomemo  regge  con 
lutte. 

F.cco  parccchic  ragioni,  che  pajon  buonc.  e  che  son  tali  di  sicuro. 
Eppure  esse  non  bastano  ad  appagare  pienamente  chi  non  ami  di  fab- 
bricare  ipotesi .  che  poi  i  falti  smennscano  troppo  spesso.  Una 
veriiA  bcn  positiva  deve  raetierci  in  gran  diffidenza.  La  nostra  redazione 
in  ottava  rima  ci  si  présenta  col  vanlo  o  la  macchia  di  un  arbitrio  capi- 
ulc>  Al  vecchio  Itbro  s'è  appicdcata  una  lunghissimacoda.  E  non  questo 
solo.  Anche  ad  uno  dei  racconii  primitivi  s'è  aggiunio  non  poco. 

Questo  racconto  è  l'ottavo  :  Gaza.  In  r  la  storia  non  termina,  corne 
nelle  altre  ver&ioni.  col  pianto  délie  donne,  cosî  astutamente  e  coraggîo- 
samentc  giusiificato  dal  figtio  del  ladro.  Seguono  due  altri  episodi  ben 
noti  .  goU  ;  tussaria.  F.  anche  le  parti  aniecedenti  si  sono  accresciute  di 
panicotari.  non  meno  ignoti  agli  aliri  gruppi,  che  ad  /  e  derivati.  Abbiam, 
pcr  eseropio.  Tespediente  del  fumo,  usato  dal  custode  del  tesoro  per 
conojcere,donde  mai  il  ladropossa  essere  enlrato.  Dunquenonc'è  dub- 
bio  ;  in  questa  novelta  una  comaminazione  cbbe  luogo  di  sicuro.  Quai 
possa  c&scre  stato  il  secondo  modello,  non  è  adesso  da  cercare.  Mi  con- 
tentera solo  di  dire,  che  non  fu  nient'  affatio  il  Dolopathos.  al  quale  cor- 
rerà  subito  il  pensiero  di  più  d'un  leitore.  Cîà  si  prova  facitmente.  Là 
dcntro  s'ha  bene  la  prova  dei  fumo  e  l'episodio  délia  lussuria^  ma  non 
si  pensa  nient'  affatto  a  scoprire  il  colpevole  mediante  la  gota. 

Messa  fuor  di  dubbio  la  contaminazione  per  un  caso,  mal  puù  esclu- 
dcrsi  il  sospetto  che  il  medesimo  processo  possa  aver  avuto  una  parte 
ben  più  estesa  nella  composizione  del  libro.  S'è  insistiio  sulla  stranezza 
che.  prendendo,  si  possa  aver  preso  cos)  poco.  Ma  badiamo  .  casi  consi- 
mili  occorrono  moite  volte.  Perô  non  vale  negare;  bensi  bisogna  conien- 
tarsi  di  cercare  le  ragioni.  Gli  è  aile  recitazioni  ascoltate,  aile  letture  fatte, 
che  conviene  chiederspiegazione  il  più  délie  volte.  Son  faîtori,  pur  troppo, 
indcterminabili,  e  che  solo  ci  vengono  a  convincere,  quanto  sia  vano  il 
preiendere  di  capire  ogni  cosa.  E  se  ne  aggiungono  allri  ancora  d'in- 
dole  p^cologica,  che  menO  ancora  si  riescc  il  più  dclle  volte  a  bene 
alferrare. 

Sotlo  il  rispetto  che  ora  consideriamo,  poco  importa  di  sapere,  se  le 
grandi  innovazioni  che  ci  si  offrono  in  r,  si  debbano  al  rimatore  stesso, 
oppure  ad  un  suo  autore.  Giacchè  è  ben  possibile  che  il  libro  in  rima 
non  faccia  se  non  dard  siorpiata  una  versione  in  prosa,  perfettamenie 
costrutta  corne  la  nostra.  Certe  dichiarazioni  clie  s'hanno  in  principio  ed 
in  fine  condurrebbero  anzi  diritte  a  creder  cosi 


î89 


(I,  M 


UNA    VERSIONE    RIMATA    OEI   SettC  SjW 

Ma  motti  se  ne  ritrova  dj  cotoro 
Ch'  aluo  cha  rima  non  11  piâze  ascollare^ 
Ed  io  si  votio  sastifare  a  colora  : 
DJ  proxa  in  rima  volio  rezitare, 
E  di  la  proxa  anticha  trare  qucsto  lavoro... 

E  qui,  signori,  io  si  fazo  fine  a  voi 
A  questa  vaga  c  dilctevcle  instoria  ; 
E  sefatalto  vi  avesemo  noi 
Ne  Io  rimare,  Io  quai  per  vanagtoria 
Non  avemo  fato,  ma  per  dischiarir  poi 
Le  dite  cosse  e  per  famé  a  voi  memoria, 
Perché  atguni  noma  rima  lezer  li  piaze, 
Per  satisfar  a  loro  l'ô  fato  ben  audaze. 

Se  non  che  le  dîchiarazioni  di  questo  génère  son  sempre  sospeiie. 
Agli  autori  sta  troppo  a  cuore  che  si  creda  alla  verità  dclle  cose  da  loro 
narraie.  perché  s'abbia  da  aspettarsi  che,  quando  innovano,  ce  l'abbiano 
a  dire.  Certo  il  nuovo  disegno  dei  Sette  Sait  è  degnissimo  del  poeta  al 
quale  dobbïamo  le  malaugurate  settecento  e  sei  sianze,  di  cui  si  compone 
la  vcrsïone  in  rima. 

Con  ci6  non  intendo  tuttavia  di  dichiarare  improbabile  l'esistenza  di 
cotesta  ipoteiîca  redazione.  V'oglio  solo  che  la  probabîlità  non  s*esageri,  e 
non  si  creda  quasi  di  poterla  rappresentare  corne  poco  distante  dalla 
cenezza.  Una  cosa  piuiiosto  oserei  affermare  :  se  cotesta  redazione  è 
esislila  —  e  chi  sa  che  ancora  non  esista  ?  —  essa  dovette  esser  scrilta 
m  dialeito  veneto.  Perché  io  pensi  cosi,  s'intenderà  andando  innanzi. 

Qui  lascio  siare  per  un  momento  le  congetiure  e  le  incenezzc,  per 
dir  qualcosa  che  credo  indubitabile.  In  nessun  caso  la  fonte  direiia  dt  r 
non  potè  esscrc  /.  Tra  i  due  bisognerebbe  sempre  mener  di  mezzo  un 
volgarizzamento.  Me  ne  convincono  i  due  passi  ripoiiati  qui  sopra.  Se 
t'autorc  avesse  preso  dal  latino,  se  ne  sarebbe  ben  pavoneggialo.  Pigu- 
riamoci  quanta  auiorità  se  n'accresccva  ail'  opéra  sua  !  E  poi,  è  moi  pos- 
sibile  che  s'adducesse  corne  ragione  dell'  opéra  la  preferenza  che  certuni 
davano  ai  versî,  e  non  si  dicesse  verbo  di  quella  turba  infiniia,  che  un 
testo  latino  non  to  potevano  intendere  P  Di  più,  s'ha  la  conferma  di  un  infi- 
nité d'analogie.  Ne  si  contrapponga  che  il  rimatore  alleghi  egli  ste$so  un 
suo  originale  latino.  Alla  st.  {  del  c.  I  si  legge,  è  ben  vero  : 

La  booa  madré  propia  si  Io  latoe 
Per  darli  bona  natura,  dize  mîo  latino. 

Ma  questa  frase,  presso  gli  antichi,  e  soprattuno  poi  presso  i  rimatori, 
ha  un  significato  affatto  generico,  dove  la  specificazione  del  tinguaggio 


Î90  p.    RAJNA 

non  entra  più  per  nulla.  F  invero  in  questi  nostri  Savi  vediam  poî  citarsi 
//  librOf  Vautore;  ma  di  Uiino  non  si  dice  più  altro. 

Ciô  posto,  bisogna  pur  proporci  un'  altra  piccola  questione.  Oato  che 
r  émanasse  da  /,  poirebbe  darsi  che  od  m  o  c  avesser  servho  di  ira- 
mite  ? 

Il  rispondere  non  è  facile  ;  chè  ci  iroviam  ridotti  ad  una  povertà  dln- 
dizi,  veramente  incredibile.  Là  dove  tre  individu!,  t^  m  e  c^  si  rassomi- 
glian  tanto,  non  è  agevole  determinare  a  quale  s'accosti  maggiormente 
un  quarto,  che,  per  quamo  simile,  ha  pur  sempre  faitezze  sue  proprie, 
E  poi  suite  somiglianze  di  parole  non  c'è  da  fare  assegnamento.  Pren- 
diamo  un  caso  ira  molli  del  medesîmo  génère.  In  Mediciu  la  rima  dice 
dei  messi,  mandati  ad  Ippocraie  (IV,  j)  : 

Li  mesi  alora  si  se  parti  di  fato 
E  zonse  dove  lo  medicho  la  dimoris  ; 
E  ta  anbasata  li  fi  del  suo  sijjaore, 
£  ncool61i  el  fato  tulo  alore. 

Il  iaiino  {p.  101^  porta  :  «  Iverunique  nuncii  ad  Hippocratem  et  dixe- 
runt  sibi  causam  adventus  eorum.  »  E  ï:  (p.  i  }i  !  <<  Li  messi  furonoa  lui, 
e  sposeno  loro  ambasciata.  »  Qui  non  si  puà  a  meno  di  avvenire  quella 
parola  ambasciata,  comune  ad  r,  e  che,  a  fronte  di  /,  sembra  siabilire  un 
rapportofrai  dueiesti.  Macidisinganncremo  trovandoanchcin //i[p.  19): 
0  Onde  [o  re  raandô  per  esso  messi,  ed  essi  gli  dissero  Timbasciata 
loro.  >'  Insomma,  gl'  incontri  di  parole  son  faiii  per  iraviare»  piiiche  per 
servire  di  guida. 

Nonostante  quest'  infelice  condizione  di  cose,  credo  di  poier  escludere 
senza  titubanza  che  tra  /  ed  r  possa  esserci  stato  di  mezzo  m.  S'abbia  un 
pajo  di  confronti,  appartenenii  ad  Indusa  : 

/  (p.  1 10)  :  «  Fecitque  juvenis  convocari  multos  amicos  suos,  et  spe- 
cialiter  marilum  uxoris.  Dixit  ei  :  Habeo  desponsare  quandam  dominam 
mullum  honestam  ;  volo  quod  intersis  honorimeo.  Qui  dixit  :  Libenter.  i> 

m  (p.  ^9)  :  a  Ed  inviià  il  suo  marito  e  molli  altri^  dicendo  che  volea 
sposare  una  donna.  » 

/-  (X,  19)  :  E  convitô  molti  suo  aroizi  e  parente  ; 
Poi  al  castcUn  dise  ta!  covinente  : 

Ko  charo  amicho  e  doize  amor  mïo, 
Lo  quale  amo  sopra  ognl  persona, 
A  farme  honore  volio  che  vegni  io. 
Spoxare  per  molïe  e'  volio  una  dona, 
La  quat  è  bêla  e  loio  per  mio  disio  ; 
E  poi  nela  mia  tera  e'  anderone. 
Dise  el  castebno  :  Aveii  nomma  a  comandare  : 
Iq  ne  vignerà  per  scrvirve  e  onorare. 


UNA    VERSIONE    RIMATA    DEI   Seîîe  SHVÏ  ^^J 

l  il.  c.)  :  «  Judex  reversus  ad  camerarn  suam,  credens  eam  invenire, 
nidum  inveniens  vacuum,  »  etc. 

ffl  Ip.  40/  :  0  E  il  marito  lomato  a  casa  andà  a  la  caméra,  e  non  la 
trov6.  » 

r  (X|  is)  :      Lo  chasteUno,  povero,  iscognouito, 
AI  suo  torone  si  fono  ritonuto  ; 
La  sua  moiere  lui  credcva  del  tuto 
Kitrovarla  in  quela,  corne  era  usato... 

^  Aggiungo  qualche  altro  esempio  da  Roma  : 
[l  \\.  c.)  :  «  Et  lanto  terapore  stetit  in  obsidione  Romae,  quod  Romain 
fere  lenere  ampHus  Romani  non  valebani.  » 

m  (1.  c.)  :  «  Lo  re  avea  assediaio  con  grand'  eserdto  Roma  lungo 
tempo,  e  U  Romani  non  poteano  resistere  alla  battaglia.  » 

r  [XI,  a)  :       E  tanto  tenpo  lui  la  teoe  in  asedio, 
Che  li  Romani  prCi  non  si  potea  tenerc. 

/  (p.  1 1 1)  :  K  Et  fortiter  mirabantur  pagani.  n 
m  (V.  p,  41)  : 

r  (Xlf  6)  ;       A  vedere  chostui  gran  meravelia 
Si  era  a  tuti,  ve  dicho  per  zerto. 

£  insieme  con  queste  di&somiglianze,  délie  quali  si  poirebber  moltipli- 
care  gli  esempi,  dice  assai  la  mancanza'di  dati  posiiivi,  che  mettano  in 
sospetto  di  un  rapporte  di  reale  derivazione.  Poi  m  par  îroppo  récente, 
perché  il  rimatore  vi  volesse  aliudere  coU'  espressione  proxa  anticha, 
che  s'a  vista  adoperata  da  lui  in  un  passo  già  citaio.  Non  è  nemmen 
sicuro  clie  sia  anteriore  alla  rima  ;  in  ogni  caso  poi  è  opéra  di  un  con- 
temporaneo. 

Anteriore  d'assai^  senza  dubbio  di  sorta,  è  invece  l'altra  versione  :  c. 
Rispeito  a  quesia,  vi  son  ragicni  pro  e  contra.  Cominciam  da  quelle  che 
pajono  escludere  una  mediazione  sitTatta.  Anche  qui.  ben  inteso,  prendo 
solo  un  certo  numéro  d'esempi  tra  i  molli  che  s'offrirebbero. 

Canis.  l  Ip.  100)  :  u  Similiter  habebat  quendam  suum  6)ium  in  cunis, 
qui  a  nutridbus  lactabaiur.  n 

c  (p.  8)  :  <  Ed  avea  uno  fanciullino.  il  quale  facea  nutrire  in  cuna.  » 

r  (H,  ))  :      ..  qupsto  romano  aveva  un  fiol  mone 
Picolo  fantino,  che  in  chuna  stava  ; 
£  la  sua  baila  qudo  si  latava. 

Arbor.  /  ip.  loil  :  n  ...  Jussit  hortulano  quod  haberet  magnam  curam 
de  ea  ac  ipsam  recte  elevaret.  * 

c  (p.  I  0  :  «  ...  Comandô  atlo  lavoratore  che  di  quella  pianta  avesse 
cura.  1} 


1^2  P.    RAJNA 

r  (III,  2)  :   E  al  suo  hortolsno  alora  con  gran  mesura 
Comand6  che  ala  rameta  avese  chura  ; 
E  quela  bene  dovcseno  Dodrigare. 

Roma.  !  magi  di  /  [p.  loo)  ed  r  (c.  XI) ■  non  son  chiamaii  in  c  |p.  i}\ 
alirimenii  che  maestri.  t  vero  che  una  volta  accade  anche  ad  r  di  dire 
(XI,  j)  :  «  Questo  tal  mago,  ch'era  savio  maestro.  » 
Vidua.  /  (p.  fil)  :  a  ...  Domina  ...  vulncravii  se  ipsam  in  digîio.  •> 
c  (p.  )4)  :  «  ...  Ed  ella  ...  st  si  tagtiô  la  mano  sconciamente.  ■ 

r  ^XII,  2)  :  La  dona 

.    .     .         .  arquante  se  Ui6  et  deto. 

L'impiccaio  è  in  /  ed  r  jSt.  5)  un  omidda  ;  c  non  spedfica.  In  m  — 

noto  la  cosa  in  aggiunia  allé  osservazioni  anteriori  —  un  ladro  Ip.  43). 

La  sete  viene  al  cavalière  posto  a  custodia  quasi  terùa  nocte.  L'autore 

di  c^  frantendendo^,  iraspona  senz'  altro  il  fatto  alla  terza  notu  (p.  )j). 

Si  conffonii  r  (Si.  7)  : 

Tulo  lo  zoroo  e  âna  a  meza  note 
Guard6  lo  cKavalier  quelo  inpichato. 
Una  gran  sede  si  li  vene  forte  ... 

Che  anche  qualche  testo  francese  abbia  la  mezza  notte  (L  p.  81), 
non  scmbra  guastare,  dacchè  le  altre  circostanze  differiscono  notevol- 
mente.  L'essenziale  sta  in  ci6  :  parrebbe  che  se  il  rimatore  aves$c  iro- 
vato  la  terza  notte  nel  suo  testo,  difficitmente  gli  sarebbe  venuu  Tidea 
di  mutare. 

/  (p.  1 12]  :  «  ...  Tu  fedsti  haec  marito  tuo,  quera  tanto  diligebas; 
muho  igitur  pejus  mihi  faceres,  si  casus  se  offerret.  » 

c  Ip.  57)  :  «  ...  Cosl  corne  hai  fatto  a  costui,  ch'era  tuo  marito,  cosl 
farestu  a  me,  ed  anco  peggio,  se  fare  si  potesse.  » 

r  (St.  17)  :  Se  al  tuo  marito  questo  lu  a'  fato, 

Che  per  te  morile,  lo  irislo,  o  che  pecato  ! 
Mo  che  farcsti  a  me  ? 

Virgilias.  /  (p.  113)  :  «  Rex  ...  cogitans  qualiterillud  spéculum  habere 
posset  seu  destniere...  »» 
c  [p.  ;8)  :  «  Pensava  corne  potesse  disfare  questo  specchio.  > 

r  (XIII,  \):  E  pure  se  pensava  quelo  savio  re  vechio 
Corne  el  potesc  qudo  spcchïû  rubare. 

Polrei  continuare  a  meitere  sopra  un  piatto  délia  bilanciaconfrontidi 
questo  génère.  Ma  sarà  meglio  guardare  che  cosa  si  trovi  sull'  altro. 
Délie  convenienze  di  parole,  come  ho  detto,  non  mi  fido.  E  non  do 


1.  Nelle  redaiioni  Irancesi  iâga. 

2,  Cfr.  m  (p.  4))  ;  i  circa  la  tenu  parte  de  la  notte.  t 


UNA    VERSIONE    RIMATA    DE!    Sctte  Sav't  jgj 

peso  nemmeno  aile  omissioni  comuni.  Ché  délie  omissîoni  ce  n'è  troppe 
nella  rima,  perché  l'accordo  in  alcune  possa  significar  nulla.  M  rimaiore 
tende  bensl  a  rigonfiare  di  parole  il  dettato  ;  ma  nelle  cose  è  trascurati»- 
simo,  malaccorto  quanto  mai,  sicchè  gli  accadc  perfino  di  saltar  cose, 
che  poi  sente  il  bi&ogno  di  soggiungere  a  guisa  di  suppleroento,  rifacen- 
dosi  addietro  d'un  passo  nella  narrazione.  Con  tutio  ciù  dice  qualcosa  il 
fatio  che  nell'  Inchsa  la  rima,  appunio  come  c,  ignori  le  sette  pone, 
ittraverso  aile  quali  si  giunge  alla  donna  detla  terre  nella  redazione 
Rbtina  1 . 

Ma  i  fatti  che  veramente  pesano,  son  due.  Anzitutto  il  cominciamento 
di  Virgitius  : 

«  /  ip.  1 1 2I  :  Romae  antiquitus  erat  quaedam  statua  aenea  tenensarcum 
tensum  in  manibus  cum  sagitta  habens  in  fronte  scriptum  :  Qui  me  per- 
cussit,  dabo  ei.  Et  opposito  slatuae  erat  ignis  validus,  qui  semper  arde- 
bai  sine  lignis,  qui  multum  erat  utilis  pauperibus  romanis,  maxime  in 
hieme.  » 

c  (p.  ;8)  :  «t  Uno  imperatore  fu  in  Roma  ch'  avea  una  stalova  d'uomo  ', 
la  quaie  avea  un  arco  in  mano  con  una  sitta  ;  ed  innanzi  dalla  statova 
avea  un  fuoco  che  ardeva  continue,  si  ch'era  di  moha  utiliià  a  lutta 
gente,  e  massimamente  a'  povcri.  E  quella  statova  avea  scrilto  netla 
fronie  :  cui  ferirà  me,  io  ferirô  lui.  » 

r  {Xlll,  1)        El  fo  in  Roma  un  gran  inperalore, 
Ch'avea  una  statoa  multo  ardila 
Di  rame,  che  uno  arco  Kgnia  con  furore 
In  la  man  senestra,  dico,  con  una  saita  ; 
Lo  quale  molto  stava  tirado  in  quel'  ore. 
Poi  uno  gran  funcho  ardeva  a  ta!  partiia. 
Lo  zomo  con  la  note  la  statoa  chusl  sIm 
Con  quelo  gran  fuocho,  che  d'ogn'  ora  ardu. 

E  questo  per  la  ultlitade  hunjversale 
De  la  zente  di  Roma  luta  quanta  ; 
Per  poveri  e  richi,  zascadun  equale. 
Nel  fronte  avea  scrito  ta  &tatoa  santa  : 
Colui  che  me  feriri,  overo  fari  maie, 
lo  el  ferir6  lui  dal  capo  ala  planta. 

Ciô  che  qui  richiama  fortemente  l'attenzione  non  è  già  l'identità  di 

Icerte  espre&sioni,  bensi  quel  cominciar&i  in  ;  ed  r  dall'  imperatore,  non 

menzionaio  nel  luogo  corrispondente  di  /;  Tordine  identico  dei  pensieri, 

diverse  dal  laiino  ;  quella  voce  univirsale  in  c,  e  la  rispettiva  amplifica- 


1 .  r  tace  ed  ignora,  0  almeno  lascia  Ignorare  ;  c  esclude,  giacchè  parla  di  ona 
sola  chiave  (p.  29). 

2.  Sarà  bien  da  correggere  di  rame. 


J94  **•    RAJNA 

zione  nella  rima.  Che  nella  prosa  volgare  manchi  ail'  arco  l'epitelo  di 
mOf  nasce,  credo,  da  un  piccolo  guasto  nella  lezione  ■. 

Ancor  più  vate  l'aliro  faito.  Dissi  anche  atirove  che  in  Tentamina, 
allontanandosi  dalla  versione  primitiva,  c  aitribuisce  di  già  alla  donna 
un  amore  :  «  ...  Voï  dovete  fore  a  lei  corne  fece  une  savio  di  tempo  a 
una  sua  donna  giovene  e  belta.  la  quale  volea  bene  a  uno  giovene. 
£  vogliendo  fare  secretatneme  suoi  facii  con  lui,  si  lo  disse  alla  maire  a 
(p.  i8).  —  Orbene  :  lo  stesso  accade  in  r  ; 

El  fo  on  savio  homo,  in  fede  mia, 
Vechio  t  richo  lo  quelo  argiilo, 
Lo  quale  uns  bêla  motcre  lui  avia, 
Giovene  e  zentile  e  molto  Iizadreta  : 
Bela  quanto  un  fiore  era  la  gioveaeta. 

Un  poliio  e  oobele  suo  schudiero 
Acnava  Ici,  ed  ela  amava  lui  ; 
Zaschuno  aveva  l'anemo  ardito  e  fiero 
Di  conpiazersi  ivî  tramedui, 
Et  adtnpire  ogni  suo  pensiero. 
E  l'uao  e  t'altro,  o  quanto  zentil  fui! 
Altro  dcsio  lei  non  poteva  avère, 
Salvo  col  suo  amante  potere  giazere. 

E  lei,  lo  suo  dixidcrio  volendo  adinplire, 
A  una  sua  madré  lo  dise,  che  vetrana 
Si  era  ouela,  e  savia.  a  non  meniire. 

(VI.  .-M 

Tutto  poirà  esser  giuoco  del  caso.  Ma  si  osera  proprîo  affermarlo  r 
Perd,  se  non  riusciam  neppure  ad  escludere  il  dubbio  che  una  dclle  nostre 
versioni  sia  stata  fonte  principale  délia  rima,  tanto  mène  dovrem  sen- 
tirci  il  coraggio  di  negare  assoluiamente  il  faito  della  contaminazione. 

In  favor  della  quale  dicon  qualcosa  anche  altn  indizi.  Per  esempio, 
par  strano  che  l'originale,  al  quale  si  risalirebbe,  dovesse  aver  conser- 
vato  il  nome  dei  Savi,  e  lasciassc  poi  innominato  l'impcratore.  Ma  sic- 
come  queste  son  cose  lutte  questionabili,  credo  bene  di  non  proseguir 
pii^  su  questa  via,  augurando  che  qualche  fortunata  scoperta  ci  venga 
a  dipanare  con  altro  che  congetturc  l'ingarbugliata  matassa*. 


1.  II  <  gran  fuocho  •,  che  par  rispondere  al  vdiidum^  non  menta  attenzione 
di  sorta. 

2.  Certe  parole  di  Gaza  faranno  pensare  che  anche  il  traduttore  al  quale  si 
deve  m  abbia  avuto  sotlo  gli  occhi,  oltre  ad  /,  un*  alira  redazione.  «  Altri 
dicono  sopra  di  questo  fatto,  che  'I  6gliuotû  disse  :  Meglio  è  che  tagliamo  il 
capo,  acciocchè  io  ti  [ik)  ne  anche  la  famiclla  tua  non  porli  per  questo  fatto 
pericolo  né  detrimenlo  alcuno  »  (p.  î6).  Savvcrta  lultavia  cne  quesle  parole 
si  trovan  hion  di  poslo.  Perô  potrebbero  esserc  glossa  marginale  d'un  qualche 
lettore.  A  ogni  modo  sembrereobe  di  aver  qui  una  traccia,  per  quaoïo  lievis- 


UNA    VERSIONS    RIMATA    DEl    SltU  Savt  ^9^ 

Bensl  non  po&so  Usciar  in  disparie  un*  analogia,  fornita  da  cose  cbe, 
anche  indipendenieraente  da  ogni  considerazione  indirelia,  dovrebbero 
qui  ess«r  prese  in  esame.  Si  tratta  degli  Erasù  :  il  manoscriiio  \im\  e  lo 
stampaio  (^5) .  £  tempo  di  chiedercî  quai  posto  spetti  nella  famtglia  a 
cotcsie  due  redazioni. 

Sfonunatamente  non  dispongo  del  materiale  necessario  per  trattare  a 
fonde  la  questione.  Chè  per  il  lesto  manoscrino  mi  trovo  ridotto  ai  rag- 
guagli  pubblicaii  fine  ad  ora,  ossia,  in  sostanza,  aile  notizie  e  ai  pochi 
saggi  datici  dal  Cappelli.  Ora,  siccome  i  rapport!  tra  le  due  forme  appa- 
jono  discretameme  întricati.  sarebbe  proprio  necessario  di  avère  assai 
piii.  Vuol  dire  che  per  adesso  mi  contenierè  di  lasciar  dubbi  quci  punti, 
dovc  non  mi  crcdcrô  in  diriîto  di  affcrmarc. 

Che  VErasto  appartenga  al  gruppo  délia  Versio  Italicat  vide  assai  bene 
il  MussaBa',  Subito  ce  n'accorgiamo,  sia  che  si  consideri  la  disposizione 
générale,  sia  che  si  osservino  i  particolari.  Rispeno  alio  schéma,  basu 
awertire  che  l'ordine  délie  novelle  tradizionali  qui  conservate  convîene 
esaiiamente  col  no&tro,  e  con  quello  unicamente.  E  si  che  le  nuove 
sosiituzioni  introdotte  nel  libro  non  vcngon  tutte  di  seguito,  ma  si  tro- 
vano  intercalate.  Poi  si  badi  che  la  série  dei  racconti  è  incominciata  da 
un  Savio,  non  già  dalla  donna.  Quanto  ai  particolari,  non  ho  che  ad 
invitare  chi  voglia  pienamente  sincerarsi  ad  istituire  un  paragone,  sia 
pur  rapido  e  brève. 

Non  mcno  agevole  a  determînare  é  la  posizione  rispetiiva  di  em  ed  €S 
di  fronte  ai  lesii  più  antichi.  L'Erasto  a  siampa  ci  rappresenia  una  dévia- 
tione  sempre  maggiore.  l  confronti  istituiti  dal  Cappelli  Ip.  69  segg.) 
possono  fornirne  prove  in  abbondanza.  Mi  Umiio  ad  un  esempio.  In  em 
il  figlio  del  ladro  di  Caza,  per  giusiificare  il  lamenio  délia  madré,  si  ferisce 
in  una  coscia,  come  nelle  alire  redazioni.  L'auiore  raalaccorto  aggiunge 
peraliro  di  suo  capo  che  di  quella  fcriia  egli  mori.  Ebbene,  es  ritienc  in 
parte  la  novità.  Qui  pure  la  ferita  è  causa  di  morte  ;  ma  il  giovane  non 
ha  colpito  se  medesimo,  bensl  la  madré.  Ecco  a  quesio  modo  ristabitiia 
la  logica  nel  racconto  ;  ma  eccoci  in  pari  tempo  piii  remoii  dalla  versîone 
primitiva. 

Sicchè  VErasto  manoscritto  si  frappone  come  termine  medio  tra  le 
redazioni  primitive  e  VErasto  a  stampa.  La  sostanza  del  fatto  non  muie- 
rebbe  nemmeno  se  il  primo,  quale  l'abbiam  noi,  fosse  compendio  di  un' 
opéra  maggiore,  come  al  Cappelli  (p.  xiul  sembra  si  dica  in  principio  ed 


sima,  d'una  versionc  ignota  dei  Seite  S*vi,'  chè  il  metter  la  proposta  sulla  bocca 
de)  ngliuolo,  p;ir  direlto  2II0  scopo  di  rendere  pib  logica  t  sirmgeate  la  morale 
che  r:mpcrairice  vual  cavare  dal  racconto. 
I.  Op.  cit,,  p.  9j. 


596  p.    RAJNA 

in  fine.  L'unica  dj6ferenza  sarebbe  cbe,  in  cambio  di  tre  terraini,  ne 
avremmo  quattro.  Ma  le  parole  del  testo,  quelle  almeno  che  vengon  pro- 
priamente  dall'  autore,  doè  le  uliime  ■,  non  hanno  forse  cote&u  précisa 
significazione.  £  se  anche  Pavessero,  non  perciô  sarei  corivo  a  dar  toro 
fede.  Dai  saggi  riporiati  il  libro  m'ha  aspetto  di  tutt'  altro  che  abbrevia- 
mento.  Epiteti  sopra  epiieti,  circostanze  superflue,  omamenti  leziosi, 
periodi  strascicanti  e  conturti.  Eppure  in  cotesto  abbigliamento,  coà 
odioso  a  noi,  sia  probabiimente  assai  la  ragion  d'essere  dell'  Erasîo.  La 
sempticiià  délie  vecchie  redazioni  non  conveniva  più  al  gusto  dei  tempi. 
Quindi  anche  gV  innumercvoli  latinismi  ;  i  nomi  greci  attribuiti  ai  pcrso- 
naggi  ;  insomma,  tutto  quell'  apparato  pomposo,  mediante  il  quale  lo 
scrittore  s'è  studîato  di  dare  ail'  opcra  un'  aria  di  classicismo. 

Questa  forma  studiata  e  manierata  anesta  che,  se  il  libro  non  è  po- 
steriore  al  1517,  poichè  a  queir  anno  appanengono  due  fra  le  copie 
giunte  fino  a  noi  ',  esso  non  puô  ncmmeno  stimarsi  anieriore  al  dccli- 
nare  del  secolo  xv.  S'inganna  ruttavia  il  Cappelli  >  quando  nel  baciare 
alla  franciosa  crede  di  vedere  una  prova  che  vieii  di  rlsalire  più  su  del 
1494^  ossîa  délia  spedizione  di  Carlo  VIII.  Glielo  dicail  Pulci,  epropha- 
roente  Rinaldo,  il  quale,  trovandosi  invisibile  presse  Luciana,  antica  sua 

fiamma^ 

..  non  potè  tanto  desiro  patire  : 

Che  gti  appicc^  due  baci  alla  franciosa  ; 

Ed  ouni  volta  rimanea  la  rosa. 

[Morg.  XXV,  io^.) 

Fino  a  qui  si  giunge  con  piena  sicurezza.  Più  in  là  comincia  per  me 
il  lerreno  non  sodo  tutto  quanto.  Cosi  non  posso  mener  ben  in  chiaro 
su  quai  testo  propriamente  abbîa  lavoraio  l'autore  dell'  Erasîo.  Il  Cap- 
pelli pensa  al  suo  proprio,  e  non  senza  qualche  fondamenio.  Eglî  nota 
corne  le  due  redazioni  abbian  comune  qualche  errore  manifesio  4.  Se 
non  che  l'errore  poteva  gîà  esser  penetrato  nelle  copie  délia  redazJone 
lalina.  E  in  una  lezione  di  /  alcun  poco  varia  dall'  originale  potrebbero 
anche  aver  ragione  certc  altre  concordanze,  nella  novclla  del  Pino. 
Non  dico  già  quesio  per  affermare  ;  bensi  per  soggiungere  che  anche 
quesio  problema  domanda  un  esarae  più  accuraio.  Di  cià  mi  per- 
suade ancor  più  la  fine  délia  sioria  d'Ippocrate.  tn  em  il  famoso  me- 
dico,  visto  di  non  poier  guartre,  «  per  dimostrare  quanta  fosse  la  sua 


1.  CAppELLf,  Op.  cit. y  p.  68*69.  Le  altre  parole  non  son  già  nel  testo,  bens) 
precedono  Vargumento. 

2.  Ib.,  p.  69  e  82. 
î.  Ib.,  p.  82. 

4.  Pag.  7j.  Badiamo  peraltro  che,  se  é  manifesto  l'errore,  non  è  del  pari 
acceitabne  la  correzioae  mtrodotta,  perché  fondata  sopra  un'  xllra  ramigtia  di 
redazioDÎ. 


UNA   VERSIONE    RtHATA    DEl    Sctle  SaVÎ  597 

scien7j,  si  fece  poriare  una  coppa  piena  d'acqua  fresca,  e  in  quelta  met- 
lendo  una  cena  sua  polvere,  la  bevette,  c  subito  fu  ristagnatoit  correnie 
flusso,  che  per  via  alcuna  non  potea  andar  del  corpo  ...  e  cosî  pass6  di 
questa  viia  i>  (p.  711.  0  non  sî  direbbe  questa  un  innovazione  dovuta 
alla  lezione  erronea  e  malamente  racconciata  che  s*ha  nel  nostro  esem- 
plare  di  /^  e  che  non  era  ail'  incontro,  corne  s'è  visto,  in  quclli  da  cui 
provengono  mec/  Cosi  pure  si  badi  a  queste  parole  di  Aptr  :  n  Diceso 
adunque  il  pastore,  e  preso  il  suo  colielio  in  mano,  loaccorà^  e  cos)  use) 
fuori  del  sospetto.  n  Ora  quell'  accord  ha  riscontro  csaito  in  /  («  percus- 
sJt  porcum  ad  cor  ni,  e  non  l'ha  in  c. 

£  dunque  possibile  che  em  provcnga  dal  laiino  direttamente,  oppure 
attraverso  ad  una  traduzione  diversa  datle  nostre  due.  Che  possa  rappic- 
carsi  ail'  albero  în  un  punto  più  vicino  aile  radici,  ossia  emanare  dall* 
originale  stesso  di  /,  non  credo  invece  menomamenie  probabile  Piut- 
losto,  se  un  esame  diligente  vi  facesse  rilevare  pariicolari  contatti  con 
aitre  famiglie,  inclinerei  a  spiegar  la  cosa  con  una  doppia  fonte  :  Puna 
principale,  ed  appartenente  alla  Versio  Italie  a  ;  l'alira  secondaria,  di 
scfaiaita  francese. 

Oi  cotesti  coniaiti  taluno  par  di  scorgeme  anche  nello  stato  atluale 
délie  notizie.  Il  nipote  d'Ippocraie  risana  il  principe  malato  muiando 
«(  i  cibi  delicaîi  in  grosso  nuïrimenio  ».  Il  laiino.  se  ben  si  rammenia, 
diceva  solo  «  facta  postmodum  cura  decenti  ».  Ma  l'auiore  di  em  poirebb' 
anche  avcr  inirodotto  ta  lieve  modificazionc,  che  ci  ravvicina  alla  fornia 
originale,  dietro  reminiscenze  venutegli  da  altra  fonte,  e  non  propria- 
menie  da  una  redazione  dci  S<tu  Savi.  Si  avverta  che  egli  sostituisce 
altresi  al  nobite  padrc  del  giovineito  un  molinaro.  Un  altro  contaTto  s'ha 
in  ciè,  che  gli  esempi  ridivenian  quindici,  di  quatiordici  che  erano  netle 
altre  reda^joni  délia  Versio  llalica.  Se  questo  accrescimento  non  è  dovuto 
ad  un  principio  di  giustîzia  distribuiiva,  per  il  quale  sia  scmbrato  che  si 
faccssctorto  alla  regina  dandole  seisole  novelle,  mcntrci  Savi  ne  avevan 
setie,  sarebbe  da  vederci  un  indizio  che  l'auiore  abbia  avuto  conoscenza 
anche  d'un  eseroplare  d'altra  schiatta. 

Quel  ch'è  ben  certo  si  è,  che  un  doppio  originale  ebbc  il  rimaneggiatore 
a  cui  dobbiamo  VErasto  a  stampa.  E  il  secondo,  che  del  resto  non  fu 
seguito  se  non  in  cose  secondarie,  apparteneva  davvero  ad  un'  altra 
Camîglia  délia  stirpe  occidentale.  Ilfalto  si  manifesta  fin  dalle  prime  parole. 
L'imperatore,  innominaio  fin  qui  nella  Versio  Italica,  riprende  il  nome  di 
Diodeziano,  che  esso  ponava  nei  gruppi  A  ed  L.  Se  non  avcssimo  altro, 
ci  sarebbe  poco  da  6darsî.  Ma,  nonostante  l'imperfeitîssima  cognizione 
di  f/n,  le  prove  manifeste  e  inconfiiiabili  non  fanno  difetto.  Vediamone 
qualcuna. 

RivolgoTauenzione  alla  novella  Sapientes^  ed  anziiuito  aile  parole  colle 


J9^  P-    RAJNA 

quali  Merlino  rivela  al  re  la  causa  délia  sua  malattîa.  Qui  em  è  perfetta- 
mente  d'accordo  con  /,  sicchè  non  c'è  punto  a  dubitare  che  possa  aver 
subho  accorciamend  di  ncssun  génère.  Orbene  :  es  ,cap.  XIIl,  aggiunge 
moite  circostanze  ;  e  tra  di  esse  ve  n'ha,  che  trovano  riscontro  soto  al 
di  fuori  délia  Vcrsio  Italica  :  et  Ne  tentar  di  far  levare  U  caldaia  cosî 
ardente  del  luoco  dov'  è,  che  ...  guai  a  te  se  la  ne  fusse  levata,  che 
irreparabilmente  per  sempre  perderesti  it  lume.  »  Si  cfr.  L,  p.  6i  :  a  Et 
se  vos  estez  la  chaudière  sans  les  boulions  estaindre,  vos  avez  perdu  la 
veue.  »  Simiimente,  poco  piùolire,  (atta  la  fessa  e  trovaia  la  caldaja, 
in  €Sf  e  non  alirove  nel  nosiro  gruppo,  Merlino,  prima  di  svelare  il  rime- 
dio,  vuol  che  ogni  altra  persona  sia  faita  uscire  di  caméra  :  «  Sappi,  re, 
che  queste  è  un  grande  segreto  di  Dio...  Per6,  se  lo  vuoi  sapere,  fa 
uscire  gli  altri,  che  da  solo  a  solo  ti  narrerô.  Senza  indugio  fece  il  re 
uscire  ognuno  di  caméra,  c  se  ne  resiô  solo  con  Merlino  ».  Ebbene, 
confrontiamo  di  nuovo  la  redazione  già  citata  [p.  621  :  «  Sire,  fet  Me!- 
lins,  or  faites  ces  genz  fouir  de  ceanz  tantost.  Et  il  si  6st  meintenant.  Il 
s'en  alerem  tuit,  puisque  Temperere  l'avoit  commandé  ».  ïnfine,  la- 
sciando  per  brevità  altre  o&servazioni  dello  ste&so  génère,  es  narra  corne 
il  re,  decapiiati  i  filesofi,  uscisse  poi  in  forma  solenne  dalla  città,  in 
compagnia  di  Merlino  e  dei  baroni,  per  sperimentare  se  dawero  fosse 
risanato.  Questa  narrazione  è  igneta  affatte  ad  em,  ad  r,  ad  /  e  derivati; 
ha  invece  in  L  un  risconiro  esatto,  sebbene  meno  verbose  e  prolisso. 

Cli  esempi  qui  citaii  riescono  molio  isiruiiivi,  anche  perché  escludono 
in  modo  assoluto  che  il  seconde  esemplarc  adoperato  dail'  autore  ita- 
liano  poiesse  essere  VHistoria  Septem  Sapienmm,  che  fin  dal  secolo  xv 
ebbe  l'onore  di  far  gemere  î  terchi  ' .  Ciononostanie  pessono  ben  darsi  con 
quella  redazione  comatti,  ai  quali  non  partecipi  il  teste  pubblicato  dal 
Leroux.  Vedo,  per  es.,  che  in  Tentamina  H  ta  es  convengono  nel  fare 
che  la  giovane  moglie  mediti  di  prendersi  per  amante  un  uomo  di  chiesa. 
Se  non  che  questo  particolare  non  è  già  un'  invenzione  di  H  :  tant'  é 
vero  che  l'abbiamo  anche  nella  versione  catalana  [v.  1748). 

L'aver  cosi  scopene  nella  famiglia  iialiana  un  Testo  almeno,  coniami- 
nato  di  sicuro,  diminuisce  la  fiducia  nella  purità  délia  rima.  Cesl  reste 
proprio  impigliato  più  che  mai  nei  miei  dubbi,  che  m'impediscono  di  rico- 
struire  con  sicurezza  la  genealogia  délia  Versio  Italka.  Rappresenterô 
nondimeno  graficamente  le  due  principali  possibilità,  seminandoci  parec- 
chi  punti  interrogativl.  per  designare  incertezze  d'ordine  secondario.  Con 
X  ed  Y  désigne  versioni  ipoteiiche. 


I.  In  mancanza  detr  originale,  mi  valgo  délia  traduzione  pubblicata  da  G. 
Paris  nel  libre  cKato. 


UNA   VERSIONE    RIMATA   DEI   Sette  SûVi 
I. 


599 


/* 


Af 


y^ 


m 


A? 


II. 


I 
i 

t 


em? 

UJ 

es 


A? 


Tf 


m 


em? 


es 


Ognun  vede  quanto  sarebbe  maggiore  nella  priraa  ipotesi  t'impor- 
tanza  di  r,  che  si  troverebbe  essere  allora  uno  strumento  efficace  per 
risalire  fine  al  capostipite  di  tutta  ta  Versio  Italica.  Poichè,  come  già  dissi, 
assai  difficilmente  mi  so  indurre  a  riconoscere  in  /  cotesto  antico  proge- 
nitore.  /,  seconde  me,  è  esso  stesso  una  traduzione.  L'originale  primo 
me  lo  figuro  volgare  :  non  toscane,  peraUro  ;  bensi  scritto  —  e  se  ne 
intenderanno  or  ora  le  ragioni  —  o  in  lingua  d'oïl,  o  in  dialetto  veneto. 

NelP  altra  ipotesi  invece  la  rima  perde  pressochè  ogni  valore  critîco, 
e  rimane  poco  più  che  un  monumento  d'ignoranza  e  d'inettezza. 

Ma  tutte  queste  incertezze  riguardano  infine  punti  non  prindpali,  ne 
vietano  di  sollevarsi  ad  una  considerazione  complessiva  délia  Vérsio  lia- 
Uca.  La  quale  ci  appare  davvero  come  un  gruppo  distinto,  composto  di 


400  p.    RAJNA 

altretianii  individu!,  varii  non  poco  di  fattezze,  ma  seoipre,  piùi 
tra  di  loro,  di  quel  che  non  sieno  ad  un  altro  individuo  qualsia^  di 
altra  famiglia.  Orbene  :  quai  posto  spetta  al  nostro  ramo  nell'  aibcroi 
luua  quanu  la  siirpei'Si  dipane  essoimmediatamente  daluonco,  opfm' 
non  è  se  non  un  prodotto  secondario  d'un  ramo  più  poderoso  ?  Si  troR- 
rebbe  mai  la  Versio  Italien  più  vicina  alla  schiatta   orientale  che  gliiiui 
suoi  prossimi  consanguinei  ?  O  invece  il  vero  sarebbe  Topposto  ^ 

Certo,  considerazioni  indirette  ditipongono  a  tenere  gran  contodiquem 
nostra  versione.  Sua  pairia,  seconde  ogni  verosimiglianza,  è  la  nçau 
veneta.  Veneziano  s'è  visio  il  teste  in  rima.  A  Venezia  od  al  suoieni- 
torio  s'ebbe  pur  da  assegnare  uno  dei  testi  in  prosa.  cioè  m  Eiui 
mancan  del  lutio  neppure  in  c  gli  elementi  dialenali,  che  ci  irauecgoDO 
se  non  atiro  al  di  qua  dcgli  Appennini,  nella  gran  vatlaia  dei  Po,  si 
che  Topera  sia  siata  composta  da  un  loscano  che  vivesse  in  questi  pMSi, 
sîa  che  un  toscano  non  abbia  fatto  se  non  riformare  e  riputire  un  detuto 
originariamentc  diverse.  Pertanto  si  puà  con  animo  tranquillo  assegnare 
al  lemiorio  veneto,  o  almeno  alla  regione  padana,  pur  Porigiiule  M|^H 
E  non  basia  ancora.  Ad  autori  veneti  e  lombardt  si  devonodi^^^H 
anche  i  due  Ertuti.  Insomma,  noi  abbiam  qui  che  fare  senza  dubbio  ooa 
una  famiglia  indigena  deIT  Italîa  settenirionale. 

Perd,  pur  mantenendo  la  denominazione  di  Versio  ItûlicA,  entntt 
oramai  nelle  abitudîni^  dobbiamo  aver  ben  présente  che  cotesta  espns- 
sione  è  troppo  generica.  E  infatti,  se  passeremo  gli  Appennini,  iroverea 
subito  che  il  libro  ebbe  a  propagarsi  al  di  là  in  redazioni  spettaa&ai 
altri  gruppi.  Taie  è  quella  pubbticata  dal  D'Ancona  <  ;  taie  Paîtra,  c&es 
contiene  nel  codice  Mortara^  ;  laie  una  lerza,  délia  quale  ds'idjfli 
notizia  recenlemenie  >. 

Ora,  Venezia  era  una  ciuà  in  perpetuo  contaïto  col  Levante,  che  ora- 
mai si  puô  dire  le  fosse  più  vicino  dei  paesi  di  terraferma  che  le  sta- 
vano  aile  spalle.  Ceno  in  Venezia  eran  d'assai  piCi  numerosi  i  cûtadini 
che  avesser  visio  Constantinopoli  di  quelli  che  fesser  stati  a  Milaiio. 
Perô  anche  in  un'  età  posteriore  a  quella  a  cui  mi  voglio  qui  rifenre,  nei 
secolo  XVI,  Venezia  dovette  per  più  d'un  racconto  d'origine  asiatica  br 
da  médiatrice  ira  l'oriente  e  l'occidenle  4.  Non  avrebbe  essa  mai  adea- 
piuto  a  quesi'  uftîcio  anche  nel  caso  nostro?  0  almeno  la  Versio  iuMa 
non  sarebbe  per  caso  un  grappolo  cascato  dal  cesto  dei  Srtu  Sàfi,  dn- 
ranle  il  trasporto  dal  levante  alla  Francia  ? 

L'ipotesi  puû  parer  seducente,  ma  non  risponde  allarealtâ.  Siesduiâ 


1.  Il  libro  dei  Sstu  Savi  ai  Roma.  Pisa,  1864. 

2.  Ce  ne  dà  qujiche  notizia  il  D'Ancona  mraesimo,  Op.  cit. y  p.  sxru|. 
j.  Da  H.  Varnhaacn,  nella  Zeitschrift  del  Graber^  1,  )  jo. 
4.  V-  Ufonti  dciV  Orlando  Furioso,  p.  589. 


UNA   VERSIONS    RIMATA    OEI   Sttte  SaVl  40 1 

in  primo  luogo  che  hVersio  Italica  possa  in  nessuna  maniera  esserc  ancllo 
di  congiunzione  Tra  ii  ramo  orientale  e  l'occidentale.  Se  cosi  fosse,  gU 
elemenii  spetianti  al  primo  dovrebbero  abbondarvi  più  chc  negU  altri 
tesii.  E  invece  s'ha  precisamenie  il  caso  opposio.  Dei  quatiro  racconti 
che  i  due  rami  hanno  in  comune,  la  Versio  Itatica  ne  ignora  uno  :  Senu- 
calcus. 

E  bisogna  andare  più  in  ta.  La  Versio  /M/(cacontieneancoressa  tracce 
di  un'  elaborazione  francese.  Il  personaggio  di  Mertino  nei  SepUm  Sa~ 
pientes  ci  conduce  iroppo  raanifestamenie  oltralpe.  L'indizio  è  tanto  più 
sicuro,  inquantochè  nella  Francia  stessa  un  gruppo,  il  V,  non  mette 
innanzi  alcun  nome.  Si  archiieitino  ipotesi  quante  si  vuole  per  ispiegare 
corne  le  famiglie  francesi  e  la  nostra  abbian  comune  l'incantatore  bri- 
lanno.  Si  finira  per  convincersi  che  una  sola  pa6  reggere  :  la  derîvazione 
di  quest'  ultima  da  una  tra  le  prime. 

Il  dire  ces!  non  è  ancora  un  affermare  chc  la  Versio  Halica  roetta  pro- 
priamcnte  capo  ad  uno  fra  i  tesii  che  noi  conosctamo.  Gli  studi  sulle 
versioni  francesi,  sebbene,  grazie  al  Paris,  abbian  fatto  di  récente  un 
gran  passo,  sono  ancora  tontani  dalla  meta  a  cui  devono  tendere.  Di 
nessuna  tra  coteste  versioni  s'ha  un  lesio  criiicameme  cosiituito.  I  rap- 
port! e  la  storia  dei  varii  gruppi  restano  tuttavia  da  indagare.  Ancora 
non  s'è  cercato  abbastanza  se  le  redazioni  note  non  conducano  a  pre- 
supporre  l'esistenza  di  altre,  che,  col  ragionamento  e  la  critica^  si  pos- 
sano,  fmo  ad  un  ceno  segno,  ricostruire.  A  queste  indagini,  non  agevoli 
di  certo,  ma  assolulamente  indispensabili,  potrà  forse  recare  qualche  buon 
elemento  anche  la  Versio  Italica.  La  quale  in  contraccambio  vedrà  allora 
le  sue  origini  più  compiutamente  e  sicuramente  dichiarate. 

Tuttavia,  se  anche  non  siamo  adesso  in  istatodidilucidareognipunto, 
non  si  deve  rinunziare  per  ciô  a  spinger  lo  sguardo  fin  dove  è  possibile. 
£  subito  batzerà  agli  occhi  che,  per  la  qualità  dei  racconti,  la  Versio  lia- 
Uca  combacia  colle  famiglie  V  ed  A.  Unica  differenza,  I^omissione  di 
Senescalcus,  non  supplita  dei  resto  con  nessuna  nuova  sostituzionc.  Ac- 
costandoci  un  poco  più,  riconosceremo  non  meno  chiaramente  ed  evi- 
dentemente  che  tra  cotesti  due  tipi  il  seconde  ci  sta  di  gran  lunga  più 
vicino  deir  altro.  La  Versio  Italica  non  partecipa  punto  aile  peculiarità 
più  spiccate  di  V.  Comincia,  per  es,,  corne  A  —  qui  in  perfetlo  accordo 
anche  con  L  — ,  e  ignora  affatto  quella  specie  d'introduzione,  chc  il 
testo  poetico  e  le  sue  dcrivâzioni  prcraettono  al  racconto  principale.  La 
scena  è  in  Roma,  non  già  in  Costantinopoli  ;  Peducazione  si  compie  in 
una  specie  di  villa,  appanaia,  ma  non  iroppo  lontana  dalla  ciità',  ccc. 
ecc.  La  cosa  ë  troppo  manifesta,  perché  ci  sia  bisogno  di  spenderci  altre 
parole. 

Cid  non  toglie  che  non  sia  da  indagare,  se  non  esistano  in  pari  tempo 
Roiaania,  Vil  i(> 


402  p.    RAJNA 

speciali  concordanze  con  V.  Supponiamo  che  s).  Ne  risulterà  una  conse- 
gueaza  importante  per  noi;  ma  più  importante  ancora  per  la  storia  del 
libro  nel  lerriiorio  francese.  La  Versio  ïialica  dovrà  allora  derivare  da  on 
testo  più  antico,  quanto  alla  sostanza^  sia  di  V,  sia  di  A.  Sîccome  poi  A 
s'identifica  per  U  massima  parte  con  L,  anche  ad  L  si  esienderanno 
implicitamente  le  condusioni.  K  per  tal  modo  ci  troveremo  in  faccia  ad 
un  individuOf  che,  se  anche  non  fosse  propriamente  il  capostipiie  délia 
stirpe  francese^  gli  sarebbe  almeno  congiunto  di  parentela  assai  stretta, 
e  polrebbe  pretendere  con  buona  ragione  di  valerc,  fino  ad  ullcriori 
scoperte,  corae  suo  rappresentante. 

Le  conseguenze  sarebbero  dunque  rilevanti  assai.  Appunto  per  cià, 
bisogna  anche  valutar  bene  la  solidità  dei  fatti,  sui  quali  esse  dovreb- 
bero  appoggiarsi. 

Orbene»  un  certo  numéro  di  convenienze,  cui  non  partecîpa  A,  si  rile- 
van  davvero  tra  V  ed  L  Per  ragioni  ovvie,  considero  della  Versio  Italica 
U  sola  redazione  latina  ;  del  gruppo  V,  la  forma  originaria,  vale  a  dire 
il  testo  del  Relier,  che  possîam  qui  chiamare  V^^.  Tra  i  due  noioun  primo 
avvicinamento  cola  dove  nell'  introduzione  Timperaiore  manda  per  il 
figlio.  Il  riiomo  del  principe  alla  corte  paterna  è  fissato  per  un  giorno 
festivo  :  in  /  abbiamo  du  dominico  ;  in  V^,  a  ia  Toussains  (y.  4^  i  ;  ^  1 2|. 

Vien  subito  un'  altra  analogia.  Ricevuto  il  comandamento  impériale, 
i  Savi  di  /  sottopongono  il  principe  ad  un  esame.  In  V^,  se  non  i! 
fatto  dell'  esame,  ne  ritroviam  peraltro  Tintenzione  (v.  47^].  Non  si  va 
più  oitre,  in  grazia  delle  cosc  che  impcnsatamente  soprawengono. 

Passo  aile  novelle,  seguendo  l'ordine  della  Versio  Jtalica. 

Canis.  L  ed  A,  dipartendosi  dalla  forma  primitiva,  dataci  dalle  reda- 
zioni  orientali,  fanno  che  le  balie,  prima  di  andarsene  aimerliper  osser- 
vare  lo  spettacolo,  portino  ail'  aperto  la  culla  del  bambino.  V.zVcrsio  Ita- 
lica non  partecipa  ail'  innovazione  ;  /  implicitamente,  r  assai  esplici- 
tamente,  mettono  neir  interno  della  casa  il  combattimento  del  cane  e 
deï  serpe.  E  nell'  interno  esso  avviene  anche  in  V*.  —  Questa  concor- 
danza  cresce  qualche  poco  di  valore  ad  un'  altra,  che  senza  di  d6 
dovrebbe  mettersi  senza  titubanza  fra  le  casuali.  In  /  corne  in  V^,  il 
cavalière,  ammazzato  il  cane,  irova  prima  il  fandullo,  e  vede  poi  il  serpe 
ucciso.  In  A  ed  L  l'ordineè  inverso. 

Medicus.  V  ed  /  conoscono  la  ragione  per  cui  Ippocrate  non  puè 
andare  al  re,  che  ha  mandato  per  lui.  V^,  v.  1710  :  «  Malades  fu,  n*i  poi 
aler  »  ;  /  :  a  propier  senectuiem  et  gravitaiem  ». 

Tentamina.  In  V'  ed  /  le  prove  sono  iramaginate  dalla  madré,  e  la 
donna  è  salassata  subito  dopo  il  banchetto,  non  ^à  l'indomani. 

Gaza.  La  Venh  Italica  conosce  unicamente  due  ufficiali  del  re,  l'avaro 
e  lo  spendaccione,  e  non  sa  nulla  di  quegli  altr^cinque,  che  si  vedono 


UNA    VERSIONS   RIMATA    DEI   SettC  SaVt  40; 

aggîunti  in  L  ed  A,  e  di  cui  s'è  costretti  a  sbarazzarsi,  mandandoii  fuori 
di  paese.  Neppur  V''  non  alludc  mcnomameme  a  cotesti  altri  Savi^  desti- 
nati  unicamente  a  produire  anche  in  questo  caso  il  numéro  sacramen- 
talc  di  sette. 

Avis.  Jl  padrone  délia  gazza  è  un  cavalière  in  J  e  V^  (/,  milts;  V'', 
V,  5070  casuUins^  ^184  chevaUcTi\\  un  bourjois  m  A  ed  L.  In  quesie 
ultime  redazioni.  scopertahnfedeltà,  la  donna  èsemplicemeniecacdata; 
in  /  e  V'',  fatta  oiorire  :  arsa  nel  primo^  ucdsa  dal  marîto  nel  seconde 
(V.  MM)- 

A  laluni  di  questi  contatti  cresce  valore  l'esseme  partecipi  anche  altre 
redazioni.  Paragoniam  quella,  che  et  è  comervata  in  compendio  dalla 
Scala  CœU  di  Giovanni  Juniore  ■.  L'esame  ail'  arrivo  dei  messi  imperUlî 
Tavremo  anche  li.  E  po&siam  dir  proprio  di  irovarci  prossimi  ad  i  Solo 
si  differisce  in  ciô»  che  S  —  cosî  désigne  anch'  io  col  Paris  la  versione 
délia  Scala  —  fa  consistere  cotesio  esame  nella  curiosa  prova  délie  foglie, 
della  quale  /,  forse  di  proposito  deliberato,  non  tiene  paroîa.  Similmente 
in  Canis  la  baitaglia  scgue  anche  in  S  dentro  alla  caméra  >,  e  s'avverte 
il  serpe  ucciso  solo  dopo  d'aver  trovato  il  fanciullo  ;  in  Tentamina  ë  la 
madré  che  suggerisce  le  provc  c  non  scmbra  aspeîlarsi  Pindomani  per 
cavar  sanguc  alla  donna  ;  in  Guza  non  si  conoscono  i  cinque  Savi  su- 
perflui. 

S'aggiunga  quatche  accordo  non  comune  a  V.  I  Savi  accompagnano  il 
Principe  alla  presenza  del  padre,  in  luogo  di  celarsi  ad  una  certa  di- 
sianza.  In  Virgilius^  lasciando  stare  che  abbiam  corne  in  /  il  re  di  Sîcilia, 
anzichè  dï  Puglîa^  perché  le  due  espressioni  son  da  considerare  sinonïme, 
il  seconde  sognatore,  per  quanto  si  puà  intendere,  trova  un  lesoro  dop- 
pie  del  primo. 

Su  quest'  ultimo  tratto  mi  si  permeita  di  fermarmi  un  mémento.  La 
Versio  Itultca  appare  qui  dawero  superiore  aile  allre.  V'abbiamo  un 
crescendo,  opportunissiroo  adinfiammare  gradatamentc  ta  cupidigia  impé- 
riale. In  S  il  crescendo  s'arresia  al  seconde  sognatore;  în  A,  se  dobbiam 
fidarci  della  Traduzione  italiana  <,  ed  in  V,  esso  manca.  Altrettanto,  a  un 
dipresso,  awiene  nel  testo  del  Leroux.  Il  seconde  sogno  è  identico  al 
primo.  Qui  inoltrc  resta  ozieso  une  dei  tre  costerez.  Gli  è  ben  vero  che 
a  me  pare  essersi  dipartito  dalla  versione  legica,  e,  per  quanto  si  puô 
supporre,  primitiva,  chi  al  lerzo  mariuolo  fa  sognare  altro  che  l'imma- 
ginario  tesore  sotte  lo  specchio  ;  ma  perché  il  conte  lomt,  bisogna  che 
le  cose  sian  poste  corne  nclla  redazione  nostra. 


1.  Orunt  und  Ouidtnl^  111,  401-21. 

2.  Il  raedcsimo  pur  nell'   HUtoria  Stptaa  Sàpuntum.  V.   Pxiiis^  Op.  cit., 
XXX,  n.  2. 

j.  IVAncoka,  Op.  cà.^  p.  5). 


404  P-    RAJNA 

Colla  Scala  Çali  ci  siam  già  dîscostati  alquanto.  Allontaniamoci  assii 
piii,  giungendo  fino  al  Dolopathos  ed  alla  sua  versione  d*fndusaK  Corne 
nella  Versio  Halka,  son  motte  le  cosc  sue  proprie,  che  il  geloso  vede 
presse  l'amante  délia  moglie,  prima  che  gli  si  giuochî  il  liro  finale.  In  V 
ed  A  si  parla  solo  d'un  anello^  che  d'alironde  non  gli  é  messo  sotto  gli 
occhi  a  bello  studio,  bensi  per  inavverten/a.  Non  c*è dunque l'intcnzione, 
esplicita  in  /,  abbastanza  trasparente  nel  DohpathoSy  di  preparare  cosi  la 
credulitâ  del  marito. 

Un  certo  numéro  di  questi  inconiri  son  da ritenere  fortuiti,  0  si  devono 
ad  una  legge  molto  owia  :  l'analogîa  degli  etïelti,  quando  s'abbian 
cause  0  condizioni  consimili.  Cosl,  per  es.,  il  mandat  a  Roma  i  Savi 
insieme  col  principe,  è  una  mera  stroppiatura  délia  versione  primitiva» 
da  altribuire  ad  arbilrii  atfatto  individuali  0  a  confusioni  mnemoniche. 
Anche  nel  rame  orientale,  menire  tutie  le  altre  redazioni  fanno  che  Sin- 
dibàd  si  nasconda,  il  Tûiî-Nâmeh  lo  manda  a  ricondurre  in  persona  il 
principe  a  corte  '.  Ma  escludere  in  ogni  caso  i  rapporti  genetici,  non  mi 
parrebbc,  per  adcsso  almeno,  cosa  giustificabile.  Perô,  pur  riienendo 
che  la  Versio  Italica  sia  da  ricondurre  ad  una  versione  somigliantissima 
ad  A^  non  saprei  ancora  decidermi  a  mener  questa  precisamcmc  in  capo 
alla  nostra  siirpe  *. 

Ma  corne  mai  si  puô  osare  di  far  procédera  1  da  una  specie  di  me- 


1.  Il  testo  latino  dell'  Oesterley^  corne  b«n  fu  notato,  appar  monco  in  questa 
parte.  Per  noi,  anche  senza  di  ci6,  &arebbe  più  opportuno  il  coafronto  délia 
versione  trancese. 

2.  CoMPARB-m,  Op.  cit.,  p.  8. 

).  Qui  non  sarâ  fuor  di  luogo  l'accennare  anche  qualche  accordo  spéciale  dî 
r  colla  versione  catalana.  In  enlrambi  l'impératrice  è  esperla  neile  arti  magiche 
(r  st.  J9  ;  çat.  V.  22 1|.  Poi,  cî  sono  somiglianze  nell*  inconlro  dell'  imperatorc 
col  fi^fiuolo  ^st.  66  scg.  :  v.  ju  seg.).  Una  convenienza  è  comune  anche  agli 
altri  mdividui  delU  (amiglia  iuliana  :  pfima  di  gridare  e  di  stracciarsi  i  paani, 
l'impératrice  minaccia  il  giovane,  che  ricorrerà  a  questo  mezzo,  s'egli  non  cède 
{cat.  V.  400  seg.j. 

4.  Rispetto  30  A,  una  piccola  osservaziooe  iaciôentale.  Mi  riesce  dtt6cile  il 
sottoscrivere  ail'  opinione  del  Paris,  là  dov'  cgli  {Op.  ciV-,  p-  xix|  attribuiscc 
l'origine  di  cotesta  redazione  ad  un  mero  accidente  :  <  L'écnvaîn  qui  a  fait  le 
ms.  d'où  sont  dérivés  tous  ceux  de  cette  famille  a  eu  à  sa  disposition  un  texte 
de  L  incomplet,  cl,  pour  terminer  le  récit,  il  a  puisé  dans  le  poème.  »  Per 
veriti  par  strano  che  una  versione^  d'importanza  cosl  capitale  per  la  propaga- 
zione  ael  tibro  abbia  ad  esser  nata  in  maniera  siffalta.  E  dcve  anche  parer  strano 
che  cotesto  accidente  conducessc  per  l'appunto  a  rcstituire  al  libro  raccontî 
apparlenenti  alla  sua  tradizione  mighore,  e  ne  csdudessc  unicamentc  quelle  due 
infelici  intrusion!,  che  sono  Aovcrfj  c  Filia.  Crcderei  dunque  che  di  proposito 
deliberato,  e  non  da  un  sempltce  amanuense,  ail'  ullima  parte  di  L  sia  stata  so- 
stituila  l'ullima  di  V.  L'autore  di  cotai  noviti  sceglieva  Ira  due  forme  quella  che 
gli  sembrava,  ed  cra  davvcro  preferibile.  A  lui  non  dovette  parer  vero  diaccre- 
scer  di  due  novetle  la  série  desli  esempi,  e  di  riaprire  la  bocca  al  settimo  Savio, 
delraudato  in  L  del  suc  inanifesto  diritto. 


VHK  VERSiONE  RiMATA  DEt  Sette  Savi  40) 

necmo  di  A,  menire  tra  i  due  tipi  U  differenza  è  grandissima  ?  —  Gli  è 
che,  a  mio  crederc,  enirô  qui  di  mezzo  un  gran  faiiore  di  trasformazioni  : 
la  memoria.  L'autore,  aliorchè  siendeva  la  narrazione,  non  doveva  aver 
dinanzi  un  modello  scfiuo.  Egli  aveva,  seconde  me,  letia  in  altrî  terapi» 
oppure  udila  recilare  cotesia  storia  ;  l'aveva  forse  ascoltata  più  voile  ; 
perô  e  l'ordiiura  générale  e  buona  parle  dei  particolari  gU  cran  ben 
rimasti  impressi  nella  memoria.  Non  avendo  forse  opportunità  di  pro- 
cacciarsi  un  codice,  da  cui  irascrivere,  pensô  di  ritare  il  libro  dieiro  le 
sue  reminiscen?.e.  Si  potrebb'  anche  complicare  un  po'  più  lacosa:  sup- 
porre  un  tantino  di  tradizionc  orale  in  scnso  stretto.  Badiamo  pcraltro 
che,  se  la  tradizione  orale  iniervenne,  i  Sette  Savi  non  rimasero  di  sicuro 
a  lungo  in  sua  balla.  Se  no,  dovremmo  aspeiiarci  di  vcdeme  maggior- 
mente  altcratc  le  fattczzc  primitive. 

Solo  quest'  ipotesi  mi  sembra  atia  a  render  perfetta  ragione  dei  rap- 
port che  si  manifeâtano,  appena  si  confronti  la  Versio  Ilaîica  con  quella 
che  le  è  irconiestabilmente  più  vicina,  vale  a  dire  con  A  :  stretta  convc- 
nienza  nella  materia,  con  ditferenze  moite  net  particolari,  continue  nell* 
esposizione.  Vedere  in  I  —  e  allora  /  dovrebbe  prendersi  davvero  corne 
prototipo  dei  gruppo  —  un  semplice  compendio,  non  mi  sembra  abba- 

tstanza.  Un  compendio  eseguïto  sopra  un  esemplare  présente  agli  occhi, 
non  solo  alla  memoria,  sarebbe  riuscito  più  somigliante  ail'  originale,  e 
per  conseguenza  ai  suoi  prossimi  consanguinei.  Sicuramenie  un  processo 
di  semplificazione  puô  spiegar  moite  cose  net  nostro  testo  ;  ma  è  ancor 
lontano  dal  dar  ragione  di  tutto. 

Non  è  peraliro  aile  naturali  condizioni  di  chi  scriveva  a  memoria, 
ch'io  chiederei  spiegazione,  come  di  certe  differenze  ch'è  inutile  specifi- 
care^  cosi  dei  mutamento  più  ragguardevole  inirodotio  nella  Versio  Ha- 
lica  :  Tomissione  d'un  racconto  e  Pinversione  dell'  ordine  in  cui  son 
fatti  narrare  i  Savi  e  la  mairigna.  Metio  insîcme  le  due  cose,  perché,  a 
mio  crcdere,  collegate  imimamenie  :  vedo  ne!l*  una  la  causa,  nelP  ahra 
l'effetto.  Voglio  dire  che  s'a  sostituito  il  nuovo  ordine,  appunto  per  pal- 
liare  l'omissione.  E  l'espedienie  è  buono  di  sicuro  :  ia  narrazione  procède 
ordinaia  c  la  lacuna  non  appare  se  non  ricorrendo  al  confronto  d'alïri 
testi.  Pense  cosl,  perché  in  vcrità  mi  pare  incrcdibile  che  non  dovesse  in 
nessuna  maniera  raccapezzare  nemmeno  il  soggetto  di  un  sedicesimo 
racconto,  chi  di  quindici  —  quattordici  esempi  e  la  comice  —  ricordava 
in  générale  abbastanza  bene  anche  i  particolari.  Ora,  considero  che  la 
narrazione  omessa  [Sinescatcus]  era  molio  lubrica  :  la  sola  veramenie 
sconcia  di  tutia  la  série.  E  quindi  mi  par  verosimile  che  una  preoccupa- 
zione  morale  abbia  indono  a  sopprimerla. 

Se  le  mie  induzioni  colgon  net  segno,  il  valore  dei  nostro  gruppo  per 
la  uoria  délie  versîoni  occidental!  vicne  a  scemare  d'assai.  Non  so  che 


406  p.    RAJNA,    UKA    VERSIONE    RIMATA   DEI    SctU  SûVl 

ci  fare.  Convien  bene  accett<ire  la  verità,  quale  ci  si  mostra  ;  e  in  ogni 
caso  preferire  le  illusioni  délia  ragione  aile  illusionî  del  sentimento. 

Ma  anche  perdendo  per  questo  rispetto,  la  Versio  Italica  resta  pur  semprc 
per  un  aitro  riguar  do  cosa  di  moîta  importanza.  Essa  ci  présenta  un 
nuovo  caso  d'un  fatto  letterario,  che  fîno  ad  ora  s'eraosservaiounicameme 
nella  maieria  cavalleresca.  Ebbi  io  siesso  occasione  di  mosirarepîù  d'una 
volta  corne  le  chansons  4c  geste  dessero  nascimento  nella  regione  circum- 
padana  a  nuove  famiglie,  ben  disiinte  dal  loro  ceppo  otiramontano.  Pre- 
cisamente  il  medesimo  avvjene  qui  pure.  Anche  il  Libro  dti  Sent  Savit 
trasportaio  in  qucsia  medesima  regione,  non  si  perpétua  già  per  via  di 
semplice  reproduzione  d'individui,  bensi  d  origine  aduna  nuovaspede. 
Il  faito  verra  pur  csso  a  cadere  in  quella  siessa  età,  in  cui  venivano  al 
roondo  i  Bovit  i  Macarii  franco-italiani.  La  lingua,  se  la  redazione  orïgi- 
naria  fu  prosaica,  come  par  probabile,  non  sarà  stata  un  gcrgo  misto, 
bensi  0  l'uno  o  l'altro  dei  componenti  :  la  favella  d'o/i  o  il  dialetto  ve- 
neto.  Come  ben  sappiamo,  tutte  e  due  furono  adoperati  dagli  scritto- 
ri  di  cotesli  paesi,  Ma  la  forma  non  vuol  dir  nulla  ;  qualunque  essa  fosse, 
il  libro  viene  ad  aggiungersi  a  quel  patrimonio  Icttcrario  deir  Italia  set- 
tentrionale,  che  di  giorno  in  giorno  ci  si  va  dimosirando  sempre  più 
considerevole,  cosîringendoci  mettere  in  disparte  non  poche  fra  le  idée, 
che  dominavano  per  Taddietro  nella  storia  della  tetteratura  iuliana. 


Pic  Rajwa. 


UN    LAI    D'AMOURS. 


Le  manuscrit  Seysse!-Soihonod,  d'après  lequel  j*ai  publié  le  lai  de 
VEpervier  {Rom.  VU,  i  ss.),  appartient  maintenant,  comme  nous  l'avons 
annoncé  i  nos  lecteurs,  à  U  Bibliothique  nationale,  où  il  porte  le 
n'  i  Ï04  des  Nouvelles  Act^uUitions  au  ionds  français.  J'ai  l'intention  de 
publier  tous  les  morceaux  inédits  qu'il  contient  et  qui  méritent  vérita- 
blement le  nom  de  lais  de  Bretagne  :  j'en  donnerai  à  celte  occasion  une 
description  complète.  J'extrais  aujourd'hui  de  la  copie  que  j'en  ai  prise 
il  y  a  près  de  quinze  ans  un  morceau  d'une  tout  autre  nature,  beaucoup 
moins  intéressant,  mais  curieux  dans  son  genre. 

Il  ne  s'agit  pas  ici  d'une  histoire  du  temps  passé,  mais  d'une  aventure 
tellement  contemporaine  qu'elle  n'était  pas  encore  accomplie  au  moment 
où  notre  lai  a  été  écrit,  qu'il  en  forme  lui-même,  à  vrai  dire,  un  des 
épisodes.  L'auteur,  qui  se  nomme  Girard,  écrit  pour  le  compte  de  son 
patron^  un  «  haut  homme  a  qu'il  ne  nous  nomme  pas.  Ce  haut  homme, 
dans  un  voyage  à  l'étranger,  avait  rencontré  une  noble  dame,  cl  ils 
s'étaient  épris  l'un  de  l'autre.  Rappelé  à  l'improviste  dans  son  pays,  le 
haut  homme  a  fait  composer  par  son  clerc  (v.  283),  c'est-à-dire  par  notre 
Girard  lui-même,  un  Salut  qu'il  a  envoyé  à  ta  belle,  et  où  le  clerc  avait 
mis  tout  son  cœur.  La  partie  essentielle  de  ce  Salut^  c'est-à-dire  les 
regrets  et  Us  plaintes  de  l'amant,  se  retrouve  dans  le  récit  que  nous  avons» 
et  dont  la  première  moitié  s'arrête  là  :  «  Je  ne  pousserai  pas  ce  conte 
plus  avant,  dit  le  poète  (v.  290),  jusqu'au  retour  du  messager  qui  a 
porté  à  la  dame  le  livre  en  question.  >  Par  Uvre^  il  ne  faut  pas  nécessai- 
rement entendre  un  volume  relié  ;  il  peut  très-bien  s'agir  simplement 
d'un  rouleau  ou  d'une  feuille  de  parchemin  galamment  enluminée  comme 
le  Sâlut  que  Guillaume  de  Nevers  sut  faire  remettre  à  Flamenca  par  son 
mari  même.  Les  détails  donnés  par  Girard  correspondent  parfaitement  à 


408  G.    PARIS 

ceux  que  P.  Meycr  a  réunis  sur  la  forme  extérieure  d'un  Satat  d'amoars. 

La  seconde  partie  du  lai  a  été  composée  après  le  retour  du  messager; 
la  dame  l'a  chargé  d'une  réponse  écrite  (cf.  P.  Mcyer,  p,  jl,  dans 
laquelle  elle  exprime  le  plus  naïvement  du  monde  son  désir  de  revoir 
bicnt6t  son  ami  et  de  réaliser  ce  qu'ils  souhaitent  aussi  ardemment  l'un 
que  l'autre.  Girard  analyse  ce  message,  met  en  vers  les  réflexions  pas- 
sionnées qu'il  inspira  au  tt  haut  homme  )%  puis  rapporte  que  celui-ci  envoya 
un  nouveau  Salut  à  sa  dame,  en  lui  annonçant  qu'il  allait  partir  en  hàtc 
pour  la  rejoindre.  «  Si  le  messager,  dit  le  poète  en  terminant,  apporte  à 
son  retour  d'autres  nouvelles,  je  continuerai  ces  lais.  »  Il  faut  croire  que 
le  messager  ne  rapporta  qu'un  acquiescement  complet,  et  que  l'aventure 
se  termina  d'une  façon  qui  imposait  de  la  discrétion  au  n  haut  homme  « 
et  à  son  0  clerc  p. 

A  vrai  dire,  on  ne  saisit  pas  bien  la  raison  d'être  de  cette  pièce.  Elle 
a  visiblement  été  écrite  pour  l'agrément  du  «  haut  homme  »  ;  mais  il 
semble  qu'en  composant  les  Saluts  qu'il  envoyait  à  sa  dame,  le  clerc 
eût  déjà  assez  fait.  Il  faut  croire  que  ce  seigneur  prenait  plaisir  â  relire 
sous  une  autre  forme  les  belles  choses  que  Girard  avait  trouvées  en  son 
nom,  et  qu'il  devait  cependant  à  peine  comprendre  :  car,  assurément, 
il  ne  s'était  pas  livré,  même  en  prose,  à  ces  monologues  dialogues  oi^ 
le  clerc  a  déployé  tant  de  subtilité,  oii  il  a  si  soigneusement  prouvé 
(v.  267,  570)  tout  ce  qu'il  avançait,  et  où  il  a  mis,  sinon  tout  son  cœur 
comme  il  l'assure,  au  moins  tout  son  esprit.  La  dame  étrangère  paraît 
avoir  eu  un  clerc  moins  spirituel,  et  qui  allait  plus  droit  au  fait,  ou 
peut-être  écrivait-elle  elle-même.  Elle  est  charmée  des  belles  idées  de 
son  ami,  et  des  «  provances  \v.  524!  »  qu'il  en  donne,  mais  elle  désire 
surtout  le  voir,  le  sentir  près  d'elle  et  le  serrer  dans  ses  bras.  Girard 
devait  trouver  cette  réponse  bien  au-dessous  de  ses  compositions. 

Aucun  indice  ne  permet  d'émettre  une  supposition  à  l'endroit  de  ce 
Girard  et  de  son  patron.  J'avais  songé  à  Girard  d'Amiens,  qui  fut  au 
service  de  Charles  de  Valois  ;  mais  le  style  de  notre  petit  poème  me 
parait  plus  ancien  et  surtout  beaucoup  meilleur  que  celui  de  l'imitateur 
d'Adenet.  Quoique  les  concetti  amoureux  dont  ses  vers  sont  émaillés  soient 
du  plus  mauvais  goût,  notre  rimeur  manie  assez  adroitement  la  langue, 
et  il  ne  parait  pas  postérieur  au  milieu  du  xiir  siècle.  C'est  donc  un 
nom  de  plus  â  ajouter  à  la  liste,  encore  si  incomplète,  des  auteurs  de  la 
période  féconde,  capitale  dans  notre  histoire  littéraire  et  jusqu'à  présent 
si  mat  étudiée,  qui  s'étend  de  l'avénemem  de  Louis  le  Jeune  à  la  mort 
de  saint  Louis. 

Girard  a  eu  la  fantaisie  de  donner  à  son  ouvrage  le  nom  de  /jù,  — 
au  pluriel,  sans  doute  à  cause  des  deux  parties,  —  quHI  ne  mérite  ni 
pour  le  fond  ni  pour  la  forme.  C'est  ce  nom  qui  lui  a  valu  d'être  admis 


UN   LM   d'amours  409 

dans  la  collection  du  ms.  Seysset-Sothonod  et  par  l  de  parvenir  jusqu'à 
nous.  Le  manuscrit  n'offre  pas  de  fautes  graves  ;  la  langue  du  poème 
est  facilement  intelligible.  On  trouvera  donc  au  bas  des  pages  peu  de 
levons  corrigées  et  on  n*y  trouvera  pas  de  noies. 

Gaston  Paris. 


CEST  LE  LAY  D'AMOURS. 


Qui  d'amors  velt  le  voir  portrere 

A  son  cuer  li  covient  retrere 
Mainte  aventure  et  maint  biau  dit; 
Mes  s'onques  fii  d'amors  biau  dit, 
Je  devroie  d'amors  biau  dire  :      j 
Car  l'en  ai  si  bêle  matire 
Conme  ot  nus  plus.  Conmeni  a  non? 
Nomcré  je  de  qoi  ?  Je  non. 
Por  quoi  ?  ne  veil,  c'en  est  la  some. 
Mes  l'aventure  d'un  haut  home  10 
Comme  il  avint  vos  voil  contefi 
El  de  lui  vos  voil  aconter 
Lesbiauiez,  les  mors,  les  proesces: 
Hauzen  honors,  hauzen  hchesces, 
Hauz  en  lignage,  hau£  d'amis;  1  ^ 
Tant  a  Deu  de  senz  en  lui  mis 
Que  nus  vivanz  n'en  porroii  dire 
La  disme  :  en  ce  n'a  que  redire. 
Enfin  c'est  li  plus  hauz  a  droit  : 
Car  se  jel  nomoie  orendroit,      20 
L'en  diroîi  que  je  ne  di  foi. 
Ainz  seroie  blasmez  du  poï. 

Au  haut  homme  avint,  comme 
[avient 
Qu'a  maint  haut  homme  besoinz 

[vient 
D'errer.  Li  haus  hom  s'atoma^     2  j 


Qui  de  son  pais  s'en  torna 
Si  hautement  corn  cstout  fere. 
Et  li  hauz  hom  en  son  afere 
Erra,  et  voir  fu  qu'il  avini 
Que  ou  pais  la  ou  il  vînt  jo 

Une  haute  dame  mott  noble 
Manoit  :  dusqu'en  Costenlinoble 
N'ût  plus  haute  dame  de  li  ; 
Et  se  li  hauz  hom  que  je  di 
Est  hauz  sur  toie  gentillece,     ))  c 
Ele  est  outrepasse  hautesce 
De  gentiliece,  qu'il  me  semble 
Qu'ennors  et  geniillece  ensemble, 
Biauté,  corïoisie  et  savoir, 
Toi  qanque  dame  doit  avoir      40 
De  bien,  en  la  dame  manoit, 
Se  par  dire  ne  remanoii. 
Tant  esi  bêle  et  bien  entechiée 
Qu'en  son  biau  cors  s'est  herber- 

Aveques  toutes  les  biaulez,        4$ 
Ouircgrant  debonereiez. 
Et  li  hauz  hom  tôt  a  sejor 
Sejorna  el  pais  maint  jor. 
Tant  qu'il  avint  lot  erranment 
Q^u  pais  ot  un  parlement  $0 

Asembté,  ou  li  hauz  hom  vint, 
Et  la  haute  dame  i  revint 
Si  hautement  et  en  tel  point 


2  portrere 
du  p 


—  ïo  je  —  21  n 
-3)  lui 


d.  joi  —  34  auient  —  28  Et  man^ae  —  }o  Que 


^^^1         4^^                                                                                                   ^^^^1 

^^^1         Con  celé  a  qui  toz  biens  apoim 

Et  dit  :   »  Dex  !   Qu'est  ce  qui      ^H 

^^^B         El  qui  molt  hautement  crrot.     j  5 

[m'assaut  ?  90      ^H 

^^^1          Et  li  hauz  hom,  qui  oi  ol 

Qu*ai  ge  P  Ne  sai.  Si  sai  sanz  faille.      ^H 

^^^1         De  la  haute  dame  parler, 

Bien  sai  qu'amors  ceste  bataille          ^H 

^^^H          Ne  se  fist  pas  proier  dealer. 

Me  fet.   Diex  !  comment  P  aim  ge      ^H 

^^^H         Aussi  tosc  conme  il  s'entrevirent. 

[donques  ?      ^H 

^^^H         Les  cuers,  les  cors,  0  les  clz  roi- 

Oil,  tant  que  ce  n'avint  onques.           ^H 

^^^1                                                      60 

Et  qui  ?  ma  dame  :  vez  la  U.     95       ^H 

^^^1         Por  esgarder  :  si  s'entresgardent; 

Orainz  mes  cuers  a  li  ala,                   ^H 

^^^H         Mes  en  l'esgart  qu'il  se  regardent 

Si  l'a,  et  bien  sachiez  de  voir,            ^H 

^^^1          S'i  ficrt  amors,  et  li  feus  prent 

Suens  est  :  toz  iors  le  puet  avoir.       ^^M 

^^^B          D'amors,  qui  alume  et  espreni 

Ja  ne  dirai.  Dirai.  Conment  i              ^^M 

^^^1         '  Lor  cuers,  lor  cors,  et  a  sorpris  j  6  ^ 

Trop  feroie  fol  hardement        1 00      ^H 

^^^H          Et  amors  qui  mains  en  a  pris 

Se  ge  disoie  si  haut  dit.  a                  ^^Ê 

^^^1          Les  chace  ei  fiert  et  les  dcstraint  : 

Einsi  se  blasme  et  escondit                 ^H 

^^^H         Chascuns  se  regarde  et  csiraint 

De  li  ainz  qu'ele  l'escondie.                ^^M 

^^^1          En  ce  douz  cop  ;  lors  s'entrevienent 

De  l'autre  pan  ne  set  que  die             ^^M 

^^^H          Por  saluer,  et  genz  sorvienent  70 

La  dame,  qui  du  coup  se  deut:  loj      ^H 

^^H          De  toutes  parz  a  ce  salu. 

Or  se  reblasme,  or  se  raqueui,           ^^Ê 

^^H          Qui  sol  itant  lor  a  valu 

Or  s'aseure,  or  se  resmaîe,               ^H 

^^H         Qu'il  s'entraquitent  en  tressaut 

Or  se  replaint,  or  se  rapaie                 ^^| 

^^^B          D'un  0  bien  veigniez  »  por  u  Deu 

Plus  de  cent  foïz  en  un  moment  ;       ^H 

^^H                                         [vos          » 

Einsint  amors  en  cesi  lorroent  1 1 0      ^| 

^^H          Mes  sachiez  bien  que  s'il  peussent  d 

La  tormenic  et  li  rent  son  droit,         ^H 

^^H          Venir  en  leu  que  il  eussent        76 

El  tant  qu'ele  dit  orendroit                ^H 

^^^H          Loisir  tant  qu'ensemble  parlassent, 

Li  ira  dire,  or  s'en  repent  ;                ^^M 

^^^^^    Doucement  s'eniresaluasseni. 

Quant  de  son  pensé  se  reprent,          ^H 

Pense  et  dit  :  «  Dex  !  conment  di-      ^H 

[roie  ?   1 1  $  ^74      ^H 

^^H           T7insi  d'amors  cil  s'entramérent. 
^^^V           II*  Lors  départent^  pus  rasemblé- 

Contre  toutes  dames  feroie.                ^H 

Nu  dirai  pas  ;  tere  m'estuet.              ^H 

^^H                                               [rent  So 

Ne  cis  maus  Icssier  ne  me  puei          ^^M 

^^^H          Par  maintes  foîz  por  solaz  fere, 

S'il  ne  le  set.  Et  bien  le  sache.  »       ^H 

^^^B          Et  cuevrent  si  droit  lor  afere 

Amors  por  le  dire  la  sache,     120      ^H 

^^^B          Que  la  dame  ot,  je  n'en  dout  mie, 

Qui  de  la  bouche  li  velt  trere.            ^H 

^^^1          Joie  d'ami,  et  cil  d'amie. 

Ou  de  li  dire  ou  de  soi  tere               ^^Ê 

^^^1          Einsi  amors  a  fet  sa  pointe,       8$ 

Einsint  a  soi  meisme  estrive,       ^^^^Ê 

^^^1          Qui  en  lor  cuer  l'amore  a  pointe 

Et  tant  la  fet  amors  hastive        ^^^^H 

^^^1           Du  dart  ques  ocist  et  tormente. 

Qu'ele  n'i  met  nul  contredit,   ^'5^^^| 

^^^1          Celé  se  plaint,  cil  se  démente. 

Ainz  li  va  dire,  et  si  li  dit  :                ^H 

^^H          Celé  soupire,  cil  tressaut 

«  Sire,  sachiez  bien  sanz  doutance,      ^H 

^^^1              73  velu  —  84  et  c.  d'ami  —  86  lamor  —  9)  aiged.  — 98  tôt  —  1 14  rcpeot      ^^ 

^^^H           —  1 1  f  que  d .  —  u  D  par  —  122  Ou 

manqat                                                          ^^M 

Vostre  amor  et  vostre  acointance 
En  cest  pais  voudroie  avoir,    129 
S*il  vos  plet,  Cl  sachiez  de  voir 
Que  vostre sui^n'endouiez point.» 
El  cil  l'en  mercie  en  îel  point 
Con  cil  qui  n'ose  mie  entendre. 
Croire  ne  cuîdier  ne  atendrc 
Qu'elle  entente  d*amors  li  die.  1 3  j 
Del  dil  doucement  la  mercie, 
Pus  responi  :  «  Dame,  sanz  dcmor 
De  moi  racointance  et  l'amor 
Vos  oiroi  ge,  car  ic  feroie 
Por  vos  qanque  fere  porroie.»  140 
Ele  respont  isnel  le  pas  : 
«  Ce  que  pens  n'i  pensez  vos  pas  ; 
Einz  est  eïnsini,  que  toi  a  cors 
Vos  di  que  je  vos  aïng  d'amors. 
—  D'amors  ?  »  fet  il  0  Voire,  »  fet 
[ele.  r45 
Et  dt  de  la  joie  novele 
Liéve  le  cuer,  si  s*esjoi,         [n'oi 
Pus  respont  :  «    Dame,  onques 
Novelle  que  je  tant  amasse  ; 
Molt  volentiers,  se  ge  osasse,  1 50 
Ançois  de  vos  l'eusse  dit. 
Tôt  entiers  sanz  nul  coniredit 
M*oiroi  a  vos,  a  vo  conmant. 
A  Dieu  en  guerredon  demant 
Que  il  me  doint  de  si  haut  don  1  ;  j 
En  tens  rendre  le  guerredon,      [b 
Que  c'est  la  riens  que  plus  désir.  » 
Ne  porent  plus  avoir  loisir  ; 
Congié  prennent,  atant  se  partent. 
Mes  au  partir,  quant  il  départent, 
L'un  contre  l'autre  miex  et  mieuz 
Ont  fet  aubalestiers  des  euz  :   162 
Cuers  point  avant,  talent  regarde, 
Amors  lor  fet  de  voir  l'angarde. 
Testes  lever,  euz  adrecier,       165 
Sospirs  trere,  regarz  lancier 


UN    LAI   d'amours  4II 

Dont  il  s'cntrefiéreni  et  plaieni  ; 
Mes  en  la  fin  bien  se  râpaient, 
Si  bien  que  bien  paie  se  tindrem. 


De  râler  s'en  noveles  vindrent 
[170 
Au  haut  homme  ....  de  loing  ; 
Par  grant  afere  tel  bcsoing 
Oreni  sa  gent  de  lui  mander 
Que  li  hauz  hom  contremandcr 
Ne  puet  pas  l'erre  sanz  mesprendre. 
A  la  dame  por  congié  prendre  176 
Vint,  et  li  dit  toi  son  aJfere  ; 
El  celé  qui  plus  n'en  pot  fere 
Ne  pcust  greignor  duel  avoir. 
La  dame,  qui  bien  set  de  voir  180 
Qu'il  ne  puet  Terre  irestomer. 
Car  lost  li  peust  atorner 
A  honte,  n'el  nou  vosist  mie, 
A  son  ami  dit  conme  amie  : 
■<  Biaus  amis,  vos  vos  en  irez;  i8f 
Ensemble  0  vos  an  porterez 
Mon  cuer,  et  ovec  vos  ira, 
Et  li  vostres  me  remaindra  ; 
Non  pas  pour  ce  je  n'en  dout  rien. 
Qu'entre  vostre  cuer  et  le  mien  1 90 
Sont  tout  un  ;  si  doivent  il  estre  : 
Ja  mes  por  rien  qui  puisse  nestre 
Mes  cuers  n'iert  du  vostre  sevrez; 
Ou  que  vos  ailliez  vos  avez 
Mon  cuer,n'en  soiezmesendoute.il 

Cil  respont  :  u  La  moie  amor  foute 
Est  vostre,  et  bien  sachiez  de  voir. 
Mes  cuers,  ma  joie  et  mon  pooir  , 
Que  vostre  sui  ou  que  je  soie.  » 
Einsi  li  uns  a  l'auire  otroîe      300 
Leal  amor  a  maintenir  ; 
Celé,  qui  plus  nu  puet  tenir, 
Congié  li  donne,  et  cil  s'en  vet. 


I  }6  El  d.  —  141  fe  ms.  a  ici  une  grande  initiale.  —  1  \^  vos  c.  —  1  ^9  dépar- 
tent —  170  tindrent  —  171  U  ms.  met  ici  la  grande  initiale  qai  appartient  aa 
rers  pricèdent^  A  h.,  on  mot  effaU  par  une  taeht.  —  187  rcniaiixjri  —  195  mis 


^^M                                 1 

^^^^1 

^^H         Ifei  mok  B  poise  quant  il  tel 

Et  au  corre  fwnriièr  corarcm»         ^H 

^^H         S'aaiie  :  lessîer  U  convient  ;    30 1 

ComUduiruqmassetDblérem:  J4(      ^H 

^^^1         Pdi  dist,  quant  de  li  li  soviem  : 

OnrpmnnrnM^fvHMwn^l^tYm           ^H 

^^H         ■  Dkx  !  or  aide  \  Que  diroie  P 

Ne  ne  pensèrent  s'aaur  dqo,               ^H 

^^^B         Ui  rieni  el  mont  que  plus  amoie 

Si  n'ont  c'un  penser  et  c*im  non,         ^H 

^^^1         M'edotngne;  riens  ne  m'i  doit  plere, 

Et  sunt  une  maisxne  diose.                   ^^M 

^^^H         Ne  je  ne  lai  que  doie  fere.      2  ro 

Je  cuit  avoir  dite  la  gimr.        250       ^H 

^^H        Sanz  joie  sui,  de  a  ma  joie. 

Dite  r  Si  ai.  Non  ai.  Par  foi,               ^H 

^^^H        Dame  de  qoi  mes  cuers  s'esjoie. 

Or  soit  oi  resoa  par  quoi.              ^^^H 

^^^1         Dame  la  plus  bele  du  monde, 

Ne  sui  je  ci  et  elc  est  la,              ^^^^H 

^^^1         Dame  sanz  vilenie  et  inonde. 

Et  j'ai  du  cuer  et  ele  en  a  f           ^^^^H 

^^^1         Ûamc  de  toutes  bonnes  mors,  2 1  $ 

Conment  peust  estre  uns  oienseus      ^H 

^^^P         Douce  amie,  qui  vos  amors 

Uss      ■ 

^^^1         Me  dounastes  sans  demander, 

Tex  qu'il  peust  sosfire  a  deus  ^             ^H 

^^^1         Je  ne  pus  pas  coniremander 

Conment  P  Ç'auré  je  tost  trové  :          ^^M 

^^^H         Le  dit  n'oblier  a  nul  fiier 

N'ai  ge  des  deus  ruissiaus  prové          ^^M 

^^H         Quant  vos  déistes  que  mon  cuer  220 

Et  tretié  le  non  de  chascun                 ^H 

^^^1         El  li  vostres  uns  cuers  estoit. 

Si  ct>n  li  dui  devienent  un  P      260  *    ^^| 

^^^1         For  qoi  fu  dit  ?  Conment  porroit 

Or  soit  posé  qu'a  ce  ruissel                   ^H 

^^^K        Tex  diz  avenir  par  nul  mestre, 

Vienent  por  emplir  dui  vessel  :            ^^Ê 

^^^M        Que  dui  cuer  peussent  uns  estre  ? 

Or  sont  empli,  or  sont  trei  hors  :        ^^M 

^^H         Ne  se  nus  en  set  le  compas,     22  ^ 

Tôt  aussi  puisiérent  nos  cors                ^^M 

^^H        Por  noient  nu  dit  elc  pas, 

El  cuer  qui  est  el  cors  conrouns;       ^H 

^^^H        Ainz  i  pensa  aucun  asuen. 

[36$       ■ 

^^H        0  moi  en  portasse  le  suen 

El  por  ce  n'est  li  cuers  que  uns  :         ^^Ê 

^^^H        Moli  voleniiers  se  je  seusse. 

Je  Pai  prové,  voire,  je  croi,           ^^^^M 

^^^1        Mes  ne  cuit  pas  que  je  peusse.  2  )o 

Je  di  de  ma  dame  et  de  moi  :        ^^^^| 

^^^1        Peusse  ?  non,  por  nule  rien. 

Nus  n'i  puet  plus  meire  a  nul  fiier  :       ^^| 

^^^1        Je  cuit  que  si  porroie  bien. 

Nos  somes  dui  cors  a  un  cuer.  »  270       ^H 

^^H         Et  je  conment?  Il  m'est  avis 

Si  se  dément,  et  tant  qu'il  dit  :             ^^M 

^^^H        Que  dui  ruissel  de  deus  pais 

«  Dame,  a  cuï  sanz  nul  contredit         ^^M 

^^^1        Vienent  bien,  li  uns  douz  et  clers, 

Je  sui,  n'autre  amor  n'atendroie,        ^^| 

^m 

Douce  dame,  ne  me  tendroie  68  a       ^H 

^^H        Li  autres  oscurs  et  amers  ; 

Por  riens  que  saluz  ne  vos  mant  :       ^^M 

^^^H         Mes  quant  ce  vient  que  l'eve  as- 

Car  el  salu  sanz  coniremant     276       ^^Ê 

^^H 

M'esiuei  dire  et  fere  savoir                   ^^Ê 

^^^B         Que  li  dui  ru  corent  ensemble, 

Les  maus  qu'il  me  covient  avoir           ^^M 

^^^H         tl  n'ont  andui  c'une  color, 

Du  biau  dit  que  vos  me  déistes.          ^^| 

^^^B         Ne  c'un  nom  ne  c'une  savor.  240 

En  tel  estrifmon  cuer  meistes,  280       ^^t 

^^H        Einsi  puet  estre  qu'il  avim    [vint, 

Dame,  con  je  vos  veil  mander.  »    ^^^H 

^^^B         Que  quant  mes  cuers  a  son  cuer 

Li  hauz  hom  a  fet  demander          ^^^^M 

^^^B         Que  li  dui  cuer  s'entracorurent, 

Son  clerc  por  le  salu  escrire,         ^^^^| 

^^^H             319  d.  roblier  —  24$  Que  —  i\^  puet                                                       ^^^^H 

^^^^^^                                                    UN    LAt   d'amours                                                  41^       ^^^J 

H           Qui  lot  son  cuer  mist  el  descrire 

Li  douz  coz  dont  ele  est  plaiéc          ^^^^| 

H           Les  regarz,  tes  plaintes,  les  diz, 

Qu'ele  se  tient  a  bien  paiée.              ^^^^| 

H            Point  a  point  si  con  jes  aï  diz  ;  286 

Pus  li  mande  que  molt  li  hete           ^^^^| 

H           0  le  salu  les  mist  el  livre. 

La  provance  que  il  a  fête         {24           ^^M 

H            Li  hauz  hom  qui  bien  s'en  délivre 

Con  li  dui  cuer  uns  seus  deviencnt,           ^H 

H           Par  son  message  li  envoie. 

Et  dit  que  molt  bien  s'entravienent           ^^| 

H           De  cest  conte  plus  ne  diroie,   290 

Et  molt  li  plet  et  bon  li  semble  ;               ^^| 

H           For  aventure  qui  aviengne. 

Bien  vett  que  li  dui  cuer  ensemble           ^^| 

^^^      De  si  la  que  li  mes  reviengne. 

Boivent  la  douce  amor,  la  saine,             ^^| 

Dont  li  cuers  est  au  cors  fontaine.           ^^M 

La  dame  con  loial  amie           } }  1           ^^M 

Comme  amie  a  son  ami  prie               ^^^H 

H            je  me  sui  de  dire  tenuz 
H            J  Tant  que  li  mes  est  revenuz 

Que  de  s'amie  li  soxiengne                ^^^^| 

Et  face  tant  que  il  aviengne              ^^^H 

H            Qui  m'en  aporte  la  matire        395 

Qu'ele  le  voie,  ou  autrement    j  ;  5          ^^| 

^^^       Dont  il  m'estuet  noveaus  nioz  dire. 

Le  désir  de  si  longuement                ^^^^| 

^^P       Que  dit  li  mes  or  soit  oi  : 

L'ocirra,  ce  mande  por  voir  ;            ^^^^| 

H            La  dame  mande  son  ami 

Pus  dit  :  «  Rien  ne  vodroie  avoir,           ^^H 

H            Saluz,  et  présente  un  escrit 

Biaus  amis,  qu'estre  entre  vos  braz          ^H 

H            Qui  son  voloir  treslout  descrit  300 

Por  joie  fere  et  por  solaz  ;       340          ^^M 

H            Et  dit  :  «  Amis,  bien  le  puis  dire. 

Une  seule  nuit  vos  tenisse                 ^^^^| 

H            Mes  cuers  ne  vos  en  puet  desdire 

Si  nu  a  nu  que  je  sentisse                  ^^^^| 

H           Que  vos  ne  soyez  mes  amis  : 

Vostre  cors,  vostre  douce  alainne,          ^^M 

H           Tant  s'est  mes  cuers  au  vostre  mis 

La  doce,  la  fine,  la  sainne,                     ^^M 

H           Que  je  du  tout  sui  vostre  toute,  30^ 

Que  je  tant  désir  a  sentir,        ^4$           ^H 

^Ê           Toz  estes  miens  ;  je  sai  sanz  dote 

Et  que  Oiex  vosist  consentir                    ^^M 

H           Que  pas  ne  porroit  avenir 

Qu'a  mes  braz,  dont  cuers  me  se-          ^^M 

H           Que  sanz  vos  me  peust  venir 

^H 

H           Joie  ne  ris  por  nule  paine  ; 

Vostre  cors,  le  plus  biau  du  mont,           ^^M 

H            Se  sains  estes  dont  sui  je  saine  ;  ^  1 0 

Estrainsisse  por  conforter  !                       ^^M 

H           Se  rien  n'avez  dont  n*é  je  rien. 

Sire,  por  tel  joie  aporter,        ]jo          ^^Ê 

H           Se  ge  ai  duel  ou  mal  ou  bien , 

Venez  veoir  sans  demorance             ^^^^M 

H           Sanz  riens  oster  ne  départir 

Celé  qui  en  douce  espérance             ^^^^| 

H           Je  vetl  du  tout  a  vos  partir.  ■ 

Vostre  douce  venue  ateni.  »              ^^^H 

H           Pus  le  mercie  du  salu,          ]is  b 

Et  cil  soupire  qui  entent          ^4          ^H 

H           Et  dit  que  moli  en  a  eu 

Les  douz  regrez  et  la  complalncie          ^H 

H           Cuer  lié>  et  mott  la  conforta 

Dont  sa  douce  amie  s'est  plainte,            ^^M 

H           Li  douz  saluz,  qui  li  porta 

Tremble  et  tres&aut  et  se  detort,         ^^^H 

H           Un  coup  qui  el  cuer  l'a  atainie, 

Et  dit  :  «  Voirementai  ge  tort,          ^^^H 

H           Mes  si  doucement  l'a  destrainte  320 

Douce  amie  simple  et  plesani.  •        ^^^H 

^B                 291  Par —  josnruosne — ;o4  auos  —  ^18  quJt  aporta  —  ^it  esi  manqtu,    ^^^^^| 

^Ê             plaie  —  3 2a  paie  —  jji  grande  miliatt 

—  339  ^-  c"^''^  ^^tre  —  541  sentisse    ^^^^H 

■             —  J4M*— )M  «garz 

m 

^H      414 

PARIS                                                              ^^^^1 

^^H           Lors  ta  regrete  en  soupirant  :  ;6o 

Soudrai  briément  et  orendroît.          ^H 

^^^K           u  Ha!  douce  amie,  douce  suer. 

D'autel  coup  et  en'tel  endroit,  400           1 

^^^f           Douce  de  cors,  douce  de  cuer, 

Dame,  con  vos  estes  navrée,             ^J 

^^H           Ûoucc  de  totes  bones  mors, 

Sui  navrez,  c'est  chose  provée  :        ^H 

^^^1           Espice  de  toutes  douçors, 

Por  ce  m'estuet  par  estovoir             ^H 

^^^1           Foniainne  de  toutes  bontez,     j6( 

Du  mal  dont  vos  avez  avoir  ;              ^H 

^^^H           Mireors  de  toutes  biautez, 

Si  est  bien  droiz  que  je  retrate40{      ^H 

^^^1           Gentis  sur  toute  gentiltcsce^ 

Qui  fist  le  coup,  dont  vint  la  plaie,     ^^Ê 

^^^1           Rose  d'amor,  ciel  de  hautesce  ! 

Conment  a  non  li  dars  d'amors,         ^H 

^^H           Ciel  de  hautesce  ?  et  Diex  !  com- 

Li  darz  qui  fait  muer  colors,              ^H 

^^H 

Li  darz  qui  ocit  et  refride,                  ^H 

^^H          Bien  doi  provcr,  ou  autrement  370 

As  uns  nuit,  as  autres  aide  ;     410      ^H 

^^H          Ne  vaudroit  rien  ce  que  je  di  : 

C'est  cil  qui  ocit  et  apaic,                  ^H 

^^^H           Du  ciel  me  resemble  et  de  li, 

Cist  qui  perce  tes  cuers  sanz  plaie,      ^H 

^^^1          Tant  ai  mes  provances  leues, 

Cist  qui  fet  fere  toz  mestiers,             ^H 

^^^1          Qu'ausi  con  par  desus  les  nues 

Si  conme  es  amanz  est  mestiers,         ^^| 

^^H          Sor  toies  est  plus  haut  le  ciel,  $7$ 

Li  darz  que  vostrc  cuer  senti  :  41  s      ^| 

^^^1           Et  conme  miel  plusdouz  que  6el, 

Il  te  plaia,  puis  resorti                        ^H 

^^^B          Est  sa  douçor  sur  totes  mesire. 

Au  mien  cuer,  et  vint  si  a  cop            ^H 

^^^1          Nés  Dicx  qui  fist  les  famés  nestre 

Qu'il  feri  deus  cuers  a  un  cop  :           ^H 

^^^1          Ne  6st  si  haute  dame  el  mont 

Tex  est  li  darz.  tex  est  la  pointe  ;       ^H 

^^^H          Que  sa  hautesce  ne  sormont     ;8o 

La  mepointouvosestespoinie420      ^H 

^^^1           Plus  haut,  c'est  chose  conneue  : 

Li  darz  qui  les  dormanz  esveiile.         ^H 

^^^1          Aussi  con  li  ciex  fet  la  nue 

Darz  d'amors,  ce  n'est  pas  mer-      ^| 

^^^B          Plus  bêle,  fet  bonté  plus  sage 

Se  tu  les  desarmez  esmaies, [veille      ^H 

^^^H           Ma  dame,  de  cuer,  de  corage  ; 

Que  tu  fez  a  un  cop  deus  pluies.          ^H 

^^H          Si  n'en  sui  point  acoardi.         ;85 

Deus  plaies  î*  Conment  f  Qu'ai  ge      ^H 

^^H          Diex  !  mes  cuers  comment  s'en- 

[dit?42s       ■ 

^^H          Que  j'amasse  si  hautement  ?  [hardi 

Ces  deus  plaies,  si  con  je  cuit,           ^H 

^^H          Diex  !  mon  cuer  a  certainement  : 

Sont  une  plaie,  non  pas  deus.            ^H 

^^H         Avoir  le  veut  et  ele  l'a 

Por  quoi  P  Por  ce  c'uns  cops  toz      ^H 

^^H          Sanz  départir  ne  ça  ne  ta  ;       ^90 

Fist  les  deus  plaies  a  un  trait  [seus      ^H 

^^H          Suens  soit,  a  liveil  qu'il  se  tiengne. 

N'es  deus  ne  covient  c'un  entrait^       ^^Ê 

^^^1         Dame,  conment  que  il  a\iengne, 

El  toute  lor  enfermeté             43 1       ^H 

^^^H         Itant  vos  promet  et  otroi 

Covient  garir  d'une  santé,                    ^H 

^^^1          Qu'il  part  a  vos  et  vos  a  moi    394 

Qu'autre  santé  valoir  n'i  puel  ;            ^H 

^^H         En  bien,  en  mal,  en  duel,  en  joie. 

Et  por  ce  que  par  force  estuei            ^H 

^^^1          Se  Diex  me  doint  que  de  vos  joie. . .  d 

C'une  santé  lor  soit  conmune,  4^5       ^H 

^^^M         Je  voil  et  reson  le  commande. 

[Ô90       H 

^^H         Por  qoi  P  Por  qoi  ?  ceste  demande 

Ne  font  les  deus  plaies  que  une.  »       ^H 

^^^H              372  De  —  J77  nestre  —  378  nest 

—  jH)'4  \cn  ûlléfis?  —  j8j  jcorardi       ^H 

^^^H           —  396  aprh  ce  vers  il  doit  y  avoir  une 

îûcmt  —  416  ploia  —  ^2;  Setrc  1.  d.       ^H 

^^^m         —  dfap  très  —  430  c.  cuns  entres 

m 

UN    LAI 

Ilec  8€  lieni,  a  ce  s'acorde  ; 
Et  après  le  douz  dîi  recorde    438 
Des  douz  braz,  dont  s'amîe  mande 
Que  riens  a  Dieu  plus  ne  demande 
Mes  qu'en  ses  braz  l'eusi  esiraint. 
Lors  se  dolose  et  se  conplaint, 
Et  pense  et  ne  set  que  devient, 
Pus  dit,  quant  de  )i  H  sovïent  : 
«  Oiex  !  tant  demeure,  tant  délaie, 
Que  ele  m'ait  et  que  je  l*aie     446 
Entre  mes  deux  bras  enbracîée  ! 
De  si  loing  si  longue  bradée 
^Ne  puis  gc  raie  entre  mes  braz 

fibracier,  mes  ducuer  l'enbraz. 
Enbraz  ?    comment  ?  Quant    nos 
[cors  n'ont  4^1 
Que  un  cuer»  que  li  dui  un  font, 
Tant  ont  les  braz  du  cuer  bracié 
Qu'il  s'entresont  enirerabradé. 
Por  tant  aï  ge,  je  n'en  dot  point, 
Cuer  en  joie ,  cors  en  mal  point,  4  5  6 
Qu'il  ne  joist  de  riens  que  j'oie. 
Or  boii  mescuers  en  tele  joie. 
Si  bauz,  si  liez,  si  bien  venus  ? 
Molt  est  mes  cuers  gioz  devenuz, 
Qui  en  tel  joie  boit  et  part,       461 
Li  cuers,ne  au  cors  point  n'en  part  ; 
Dont  n'est  il  gloz  ?  Oil.  C'est  faute  : 
Se  li  cors  pert  par  sa  defaute 
Ce  que  li  cuers  a  porchacié,    46) 
Et  cuers  preni  ce  qu  il  a  chadé. 
Oses  tu  donc  dire  a  nul  fucr 
Que  par  le  cors  ail  perte  au  cuer  t 
Oil.  U  cuers  le  cors  atise, 
Li  cuers  a  du  cors  la  jostise;   470 
Quanque  cuers  veit,  et  cors  otroie; 
Et  quant  lî  cuers  le  cors  mestroie 
Du  tôt.  que  point  n'en  peut  dehors, 
Por  qoi  n'a  dont  li  cuers  le  cors 
Semons  et  semont  orendroit  ?  47  5 
Mes  cuers  de  moi  grever  a  droit  ;    b 
Vers  li  me  sui  conme  failliz 


d'amours  41  ç 

De  cent  defautes  defailliz  ; 
Et  se  la  defaute  m'acoupe. 
Mes  cuers  por  coi  batroit  sa  coupe. 
Qu'il  n'a  sor  ce  riens  acreu  ?    4S1 
Se  g'eusse  mon  cuer  creu, 
Ci  fusse  alez.  voire  pieça, 
Conques  mes  cuers  n'en  despeça 
Talent  au  cors,  ainz  l'i  aloie  ;  485 
Et  dit  mes  cuers,  se  g'i  aloici 
Que  i'avroie  du  tout  solaz, 
Plain  cuer,  plaîn  cors,  plains  elz, 
[plains  braz. 
Cuers,  g'i  irai,  je  te  créant  ; 
Cuers,  je  ferai  loutton créant:  490 
A  loi  me  tiens,  nu  quier  lessier. 
Nus  ne  doit  cheval  cslessier 
Qui  ne  velt  corre  jusqu'au  fet  ; 
Car  qui  conmence  et  ne  parfet 
Il  est  blasmez  de  son  afere.      49^ 
Cuers,  je  conmenz  et  veil  parfere 
Ton  bon,  et  tôt  le  parferai. 
Cuers,  ja  mes  contre  toi  n'irai  ; 
A  toi  me  lieng,  c'est  sanz  failtue.n 
Li  hauz  hom  derechicf  salue     $00 
S'amie  et  présente  un  escrit, 
Que  de  voir  sache  et  par  l'escrit 
Qu'il  quiert  le  point  et  le  porchace 
Dont  ja  mes  ne  faudra  la  cbace 
Enson cuerdevant qu'il  lavoie,  $0$ 
Et  qu'il  se  metra  a  la  voie 
Hasiivemcm,  ce  ne  dout  point. 
Et  ce  conte  tout  point  a  point, 
Conques  n'i  ot  mot  mesconté, 
Einsi  con  je  vos  ai  conté,  (  to 

0  le  sa!u  li  envoia. 
Li  mes  s'en  va  qui  s'avoïa 
A  li,  et  ds  contes  remaint 
Jusqu'à  tant  que  besoînz  ramaint 
Le  mesage  qui  l'escrit  porte  :  s  *  M 
Car  s'il  revient  et  il  aporte 
Autres  noveles  que  devant, 
GiRARZ  dira  des  lais  avant.       5 1 8 


447  cmbracie  —  448  bracie  —  4}8  uoie  —  )  14  miraaint  —  $17  nouelc. 


MÉLANGES. 


VV  DANS  LE  SAINT  LÉGER. 


En  dehors  des  groupes  uo  et  ^u,  VV  a  dans  le  Saint  Léger  plusieun 
valeurs  distinctes.  Voyelle,  il  vaut  Vu  actuel,  â  allemand,  dans  nais  = 
nuUus  ;  il  vaut  notre  o  fermé  dans  cun  =  cohorîem  ;  enfin  il  vaut  proba- 
blement notre  voyelle  ou  à  la  fin  des  diphthongues,  par  exemple  dans 
dea  =  deum.  Consonne,  il  vaut  d'ordinaire  notre»':  deuemps=^debimas, 
uos  =  uos,  regneuet  =  regnabai,  seruid  =  serumil.  W  simple  n'a  toute- 
fois la  valeur  de  noire  v  que  devant  une  voyelle  ;  devant  une  consonne 
il  est  redoublé  :  auurcl  =  habaerat,  autira  —  habere  habet,  eimrins  ^ 
Ebroinus  (aussi  eurui  lo  a),  retiuure  =  rtciptre,  lauuras de  labra,  souurent 
=  sapue^unt,  beaure  =  bibere.  Dans  seruu  îo/)  =  seruum  le  double  V  à 
ia  fin  du  mol  et  après  une  consonne  a  manifestement  la  valeur  de  notre  /. 

Je  pense  que  cette  valeur  /  est  aussi  celle  de  VV  simple  après  une 
voyelle  dans  les  formes  peitieus  4  û  =  Pictauos,  quea  it  e  et  ly  b  —  ca- 
put.,  uius  2  5  e  =  uiuuSf  u'tu  5 ;  (^  =  uiuii^  ciu  24  a,  et  24  c  ciutat  =:  ciui- 
taîem^  enfin  dans  reciut  4  c  et  22  (^  =  recepit  et  reciunt  40  c  =  Ttcepit  inde. 
Il  faut  prononcer  peitiifs,  kicf.  vifs,  vift,  tsifî,  tsiftet,  rctsifi^  ntsifnt.  Cette 
dernière  prononciation  peut  il  est  vrai  paraître  »  duriuscule,  pour  ne  pas 
dire  dure  »,  mais  on  peut  soit  voir  dans  VN  une  faute  et  lireavec  M.  G. 
Paris  reciut  (que  nous  prononcerons  r'ctsift),  soit  corriger  le  vers  par 
transposition  (en  comprenant  Vanme'ni  reciut  domine  deu  au  lieu  de  l'anme 
reciu'nt  à.  d.)^  soit  enfin  admettre  que  les  gens  du  x*^  siècle  ne  reculaient 
pas  devant  le  groupe  jnt  ' . 

Le  son /existe  encore  aujourd'hui  dans  l'équivalent  chef  dt  queu  tl 
dans  l'accusatif  vif  de  uius;  la  théorie  indique  que  ce  son  a  dû  exister 


I .  Après  tout  il  pouvait  n'ttre  pas  plus  terrible  aux  Français  d'alors  que  ne 
l'est  aux  Allemands  d'aujourd'hui  le/i/t  de  zakunft. 


lV  dahs  le  Sainl-Uger  417 

jadis  devant  5  ei  t  dans  les  mots  tels  que  Poitiers  et  ciré;  de  fait  il  est 
infiniment  probable  (v.  J.  Cornu,  Romania,  4,  1875,  p.  454}  que  dans 
les  Serments  l'on  a  dift  =  débet. 

Les  prononciations  peiiièfs,  kièf,  vifs^  vijt^  tsifi  et  tsiftet  me  paraissent 
assez  vraisemblables  par  elles-mêmes  pour  que  je  ne  m'attarde  pas  à  les 
justifier.  Mais  la  forme  rïisift  =  recTpii  exige  quelques  explications. 
M.  G.  Paris  {Remania  [,  1872,  p.  292)  voit  dans  reciut^  reciunt  et  dans 
reclu  du  V.  ^c  une  notation  de  reçut  (rt'/iiif),  l'i  servant  en  quelque  sorte 
de  cédille  (cf.  cio  )  d).  La  faute  reclu  semblerait  appuyer  cette  manière 
devoir,  en  indiquant  que  le  scribe  prononçait  VV  comme  û  .- mais  de 
hiit  le  fac-similé  publié  par  la  Société  des  anciens  textes  français  porte  recta 
avec  un  point  sur  IV,  et  non  reclu  :  ici  encore  on  est  parfaitement  libre 
de  prononcer  rctsift.  Quant  à  la  leçon  hypothétique  reçut  considérée  en 
elle-même,  je  ne  la  crois  guère  admissible,  car  il  est  malaisé  de  penser 
qu'au  X'  siècle  la  voyelle  u  des  prétérits  de  cette  sorte  eût  eu  le  temps 
de  se  fondre  aussi  complètement  avec  le  radical  d*un  verbe  tel  que 
reciuure  [rctséivre  =  recipcre  ;  les  seuls  prétérits  plus  ou  moins  compa- 
rables qu'offre  le  Saint  Léger  sont  aud,  oth  ou  ocî,  o€=babutt  (prononcer 
ô/l,  instud  de  stare^  fut  =  fuit,  iolh  =  iacuit^  pot  —  potuit,  soîh  ou  sot  = 
sapait.  Quoi  qu'il  en  soit  d'ailleurs,  le  laiin  recTpit  explique  parfaitement 
reciut  -  rêtsift  :  ?  donne  ici  un  /  comme  dans  merci^  raisin^  cire,  pays^ 
Beauvaisis,  marquis  et  autres  mots  oft  la  voyelle  était  précédée  à  l'origine 
d'un  phonème  lingual  postérieur  '. 

Rêtsift i\i  vers  22  d  forme  une  très-bonne  assonance  avec  vint.  U  est 
donc  inutile  de  recourir  à  ta  correction  de  M.  G.  Paris,  retint  :  cette 
correction  d'ailleurs,  quoiqu'elle  donnât  un  sens  satisfaisant,  ne  valait 
pourtant  pas  à  cet  égard  la  leçon  authentique  reciat. 

En  résumé  l'K  consonne  simple  a  dans  le  Saint  Léger  la  valeur  v  quand 
il  commence  une  syllabe  \uos,  de-uemps,  ser-uïd)  et  la  valeur  /  quand 
il  est  placé  après  la  voyelle  de  ta  syllabe  [cîu-tet,  reciut,  queu).  Le  double 
V  s'emploie  pour  marquer  VV  consonne  par  opposition  à  IT  voyelle  dans 
des  cas  où  la  prononciation  pourrait  paraître  douteuse  [reciuure  ^  recivre 
et  non  =  reçure\  ;  il  a  de  même  que  \'V  simple  la  valeur  v  au  commence- 
ment de  la  syllabe  [reci-tiurej  la-auras)  et  la  valeur  /  à  la  fin  [serua]*. 

L.  Havet. 


I.  rcr.  l'explicMion  de  M.  Cornu,  ci-dessus,  p.  )\(i.  —  Rtd.] 
1,  Le  fragment  de  Valenciennes  présente  la  forme  cheue  pour  capat.  L'e  final 
sert  à  montrer  que  lu  est  consonae  (Dicz,  Cr.  2*,  6  note;  traa.  a,  4  n.  i|  ; 
cet  a  doit  être  prononcé/,  comme  Diez  (ibid.)  le  lait  entendre.  Les  formes  du 
poème  de  la  Passion  qui  pourraient  être  lues  conformément  aux  mêmes  principes 
ioal  ciutat  ^c^  gréas  ^d,  guu  1 }  c,  caUiu  17J,  mas  8j  i/,  121c,  i2^b,neus 
99  ^  :  —  sera  ^0  c,  41  b,  satu  114  c,  doivent  sûrement  être  lus  serf,  salf. 


Romania,  Vtl 


27 


418 


MÉLANCKS 


11. 


TROUVER. 

Il  y  a  longtemps  que  Tétymologie  donnée  par  Diez  du  mot  tronva, 
qui  m'avait  autrefois  semblé  convaincante,  m'est  devenue  suspecte.  Tar- 
bare  en  efïet  ne  convient  guôre  pour  le  sens,  malgré  les  ingénieuses 
explications  de  Diez',  et  ne  convient  pas  du  tout  pour  la  forme.  Si  l'in- 
terversion de  turbare  en  trubare  n'a  rien  d'étonnant  (quoique  le  déplace- 
ment inverse  soit  plus  fréquent},  il  est  cependant  singulier  qu'elle 
remonte  aussi  haut  et  qu'elle  soit  aussi  générale  [lorvenni  dans  le  petit 
fragment  poétique  du  xii<  s.  que  j'ai  publié  dans  le  Jahrbach  est  tout  à 
fait  isolé)  ^  Mais  ce  qui  est  le  plus  grave,  c'est  que  le  bas-latin  trubare, 
s'il  avait  existé,  n'aurait  pu  donner  en  français  et  en  provençal,  aux 
formes  accentuées  sur  le  radical,  la  diphthongue  que  nous  trouvons- dans 
truevc  :  celte  diphthongue  renvoie  nécessairement  à  un  o  bref  accentué. 
Pendant  que  cette  difficulté  m'arrÔlail,  Meyer  éîait  frappé  d'une  autre  : 
le  b  entre  deux  voyelles  ne  peut  se  maintenir  en  provençal;  il  se  change 
en  v  ou  tombe  sans  laisser  de  traces  :  probare  donne  proar^  quelquefois 
provar,  mais  non  probar.  Le  b  de  trobar  renverrait  à  un  p,  comme  b 
diphthongue  de  trueve  à  un  o  bref.  En  suivant  tous  les  deux  la  direction 
que  nous  assignaient  les  lois  phonétiques,  nous  arrivions  donc  à  la  forme 
irçpflie.  Cette  forme  peut-elle  être  admise  ?  a-t-elle  un  sens  î  doit-on  la 
regarder  comme  le  prototype  des  formes  romanes?  Nous  le  pensons,  et 
nous  soumettons  cette  conjecture  à  la  critique.  Voici  pour  ma  part  com- 
ment je  me  représente  l'histoire  du  mot. 

Tropus,  emprunté  au  grec  tcg-c;,  a  en  latin  classique,  comme  on 
sait,  le  sens  de  »  figure  de  rhétorique.  »  Dans  le  latin  de  la  décadence, 
il  développa  un  autre  sens,  plus  particulièrement  musical,  et  sans  doute 
dérivé  du  premier.  Il  paraU  avoir  signifié  d'abord  i  variation  dans  une 
mélodie.  >>  De  là  le  sens  propre  qu'il  prit  en  liturgie,  et  qu'a  expliqué 
M.  Gautier  dans  sa  préface  aux  œuvres  d'Adam  de  Saint-Victor  :  un  tropt 
est  une  queue  musicale  ajoutée  à  certains  chants  liturgiques,  et  spéciale- 


1.  [M.  Uttré  appuie  l'explication  de  Diez  d'une  preuve  qui  en  apparence  a 
une  grande  force;  c'est  qu'en  ancien  français  trouva  aurait  été  employé  pour 
•  troubler  »,  con^rvant  ainsi  le  sens  de  turban.  L'exemple  qui  appuie  cette 
assertion  est  emprunté  au  Psautier  d'Oxford  (XLV,  i  )  :  <  Li  nosire  Deus.  refuge 
a  vertu,  3)uere  es  tribuiattuns  chi  truvercnt  nus  mult.  »  M.  Litlré  traduit,  entre 
parenthèses,  uuvcrtnt  par  troublèrent;  mais  cette  traduction  n'est  pas  souteaable, 
car  le  lalin  porte  :  t  Ad|Utor  in  tribulationifaus  qui  mvcnerunt  nos  nîmis.  »  —  P.  M.] 

2.  Les  verbes  portug.  et  napol,  cités  par  Diez,  trovar  et  stravare,  qui  ont  le 
sens  de  turbare^  peuvent  en  provenir. 


TROUVER  419 

ment,  d'après  Du  Cange,  un  verseï  qu'on  cbaniatt  à  certaines  grandes 
fêtes  immédiatement  après  Plntroît.  C'est  dans  les  tropes,  comme  l'a 
montré  M .  Gautier,  que  se  déployait  Tinveniion  musicale.  Dans  la  langue 
ordinaire^  tropus  avait  même  pris  le  sens  général  de  v  mélodie,  air^ 
chant.  »  C'est  en  ce  sens  que  Fortunai  emploie  souvent  le  mot. 
M.  Quicherat,  dans  son  Thésaurus,  cite,  entre  autres  passages  de  cet 
auteur,  ces  deux  pentamètres  : 

Reddebantque  saos  pendula  saxa  tropos... 
Mulceat  atque  aures  fistula  Manda  tropis. 

De  tropus  on  a  donc  très-bien  pu  tirer  un  verbe  tropare^  signifiant  soit 
«  varier  un  air  i»,  soit  plus  généralement  «  composer,  inventer  un  air  ». 
Nous  voilà  bien  près  d'un  sens  de  trouver  fort  usité  au  moyen  âge.  celui 
de  •  composer  »,  musicalement  ou  poétiquement,  cela  revient  à  peu  près 
au  même.  Un  tropator  [trohirc,  trouHre)  est  un  compositeur.  De  «  com- 
poser »  on  passe  naturellement  à  n  inventer  »,  d'  «  inventer  >  à  «  décou- 
vrir »  ;  ainsi  tropare  remplaça  peu  à  peu  invenire.  Diez  a  remarqué  que 
le  vieux  mot  figure  encore  à  côté  de  son  remplaçant  dans  ce  vers  de  ta 
Passion  :  Non  fud  trovez  ne  envengud;  il  éuit  destiné  à  disparaître, 
sauf  en  italien  {rinvenire'i .  Il  faut  aussi  noter  que  d'après  ce  passage  le 
développement  du  sens  s'était  opéré  à  peu  près  en  entier  au  x=  siècle: 
il  est  tout  à  fait  complet  dans  les  textes  du  xr. 

Ce  développement  n'a  guère  pu  s'opérer  identiquement  en  plusieurs 
endroits  :  aussi  je  regarde  le  mot  comme  propre  à  la  France.  C^est  dans 
le  latin  de  la  Gaule,  liturgique  ou  littéraire,  que  nous  rencontrons  tropus 
au  sens  musical  ;  c'est  dans  le  gallo-roman  que  tropare  s'est  formé  sur 
tropas  et  est  devenu  trobar  au  midi,  trouver  au  nord.  Diez  a  déjà  fait 
observer  que  l'espagnol  trobar  venait  de  France.  Je  pense  qu'il  en  est 
de  même  de  l'it.  trovare,  où  la  diphthongaison  de  îruova  a  pd  être  une 
imitation  de  irueve  et  aussi  de  pruova.  Le  roumain  ne  connaît  pas  le 
mot,  comme  il  est  naturel.  Le  ladin  travar,  avec  un  sens  purement 
juridique,  cité  par  Diez,  demanderait  à  être  étudié  de  près  :  le  fait 
même  qu'il  n'a  que  ce  sens  unique,  qui  se  retrouve  en  français  [trouver 
U  droit],  peut  porter  à  lui  attribuer  une  origine  étrangère. 

Diez  avait  vu  avec  sa  perspicacité  habituelle  que  le  verbe  roman  pos- 
tulait dans  son  étymologie  un  radical  trôb  ou  trôp\  il  s'est  trompé, 
croyons-nous,  en  pensant  pouvoir  extraire  ce  radical  de  turbare;  en 
outre  le  provençal  montre  que  c'est  trop  seul,  et  non  frdfr,  qui  convient. 
Si  tropare  réunit  les  suffrages  des  gens  compétents,  nous  serons  heureux 
de  l'avoir  trouvé. 

G.  P. 


420 


MÉLANGES 


in. 


CONJUGAISON  DES  VERBES  AÎDÏER,  ARAISNŒR  ET  MANGIERK 

La  conjugaison  d'aidier  cî  de  mangier  a  donné  lieu  à  de  nombreuses 
erreurs  et  à  d'étranges  hypothèses  qui  se  répètent  de  bouche  en  bouche 
et  de  livre  en  livre,  parce  qu'on  n'a  pas  pris  la  peine  de  se  rendre  raison 
de  la  lutte  des  formes  si  diiïérentes  amenées  par  la  place  différente  de 
l'accent.  Il  est  donc  à  propos  de  relever  soigneusement  dans  les  textes  la 
conjugaison  de  ces  verbes,  par  lesquels  on  peut  démontrer  d'une  façon 
particulièrement  claire  l'influence  de  l'accent  et  celle  de  l'analogie  ou  de 
l'assimilation,  qui  sacrifie  à  l'unité  la  justesse  étymologique,  cause  d'un 
désordre  inextricable  dans  la  conjugaison  romane,  si  elle  y  avait  seule 
exercé  son  pouvoir.  Quoique  araisnier  n'ait  pas  fait  naître  les  mêmes 
erreurs,  grâce  à  la  disparition  de  la  conjugaison  étymologique,  les  doubles 
formes  qui  lui  appartiennent  lui  assignent  une  place  à  la  suite  de  ces 
deux  verbes. 

Je  reviens  à  la  vérité  sur  un  sujet  que  M.  A.  Darmestetera  traité  avec 
sa  sagacité  habituelle  dans  ses  excellentes  recherches  sur  la  Protonûjue 
en  français  {Rom.^  1876,  p.  i  S4-i  s  Oi  "^^is  comme  il  n'en  a  parlé  qu'in- 
cidemment et  n'a  pas  épuisé  la  matière,  il  me  pardonnera  de  l'aborder 
encore  une  fois. 

AIDÎER. 

En  théorie  voici  la  conjugaison  du  présent  de  l'indicatif  et  du  subjonc- 
tif d^adiatare  en  français  : 
Ind.      aiu  aidons      Subj.    aiu  aidons 

aiues  aidiez  aiuz  aidiez 

aiue  aiuent  aiut  aiuent, 

et  il  y  a  des  textes  qui  la  donnent  conforme  à  ce  paradigme,  que  l'ana- 
logie a  peu  à  peu  mis  en  désordre  et  remplacé  par  de  nouvelles  formes, 
recueillies  ci-dessous  avec  les  régulières  : 
Indicatif   présent  adiuto       aide  Roman  de  Renard  629. 

ADIUTAS 

ADiUTAT     aiude         Passion  i2<,  a. 


I.  [Le  dernier  numéro  de  la  Zetlschri/t  f.  rom.  Philologie  contient  un  article 
sur  mansi:r  par  M.  Kœrsler,  qui  ne  rend  point  inutile  le  travail  qui  suit.  Nous 
devons  aire  i  ce  propos  que  la  noie  de  M.  Cornu  est  entre  nos  mains  depuis  le 
mois  d'avril  de  l'an  dernier.  L'abondance  des  oiatièfcs  nous  a  empêchés  de  la 
publier  jusqu'à  ce  |our.  —  Rid.\ 


CONJUGAISON  DES  VERBES  ûidieT^  araUnitr  et  mangier         42 1 
aiuet         Psautier  d'Oxford  5  3/4,  Chan- 
son de  Roland  3657,  Sermo 
de  sapientia  p.  290/4. 
aïe  Rom.  de  Ren.  2642  28980. 

aide  Jourdain  de  Blaivies  1191,  Rom. 

de  Ren.  16202  26645,  ^^"^^ 
le  Loherain,  Bartsch  Chrest.i 

5  5/8. 

Ville-Hardouin  dans  Bartsch 
Chresî.y  253/29. 

J.  de  Blaivies  73,  Huon  de  Bor- 
deaux, p.  248. 

Marie  de  France,  Loi^itfGuge- 
mer  365. 
aident      Rom.  de  Ren.  6952. 
aidai        Recueil  général  defabliauxpiTA. 
DE  Montaiglon  t.  I  27/43. 

Ps.d'O.  85/16  88/42. 

Ps.  d'O.  93/17/18  106/41. 


ADiUTAMUs  aidons 


ADiUTATis   aidiez 


ADiuTANT    aiuent 


parfait      adiutavi 


ADIUTASTl 
AD1UTAVIT 


SUBJ. 


amas 
aiuad  ■ 

ADIUTAVERUNT  aîdicrent  Huon  de  Bord.  p.  28. 
présent     adiutem 


adiutes 

ADIUTET 


aiud  Saint  Léger  40  e.  Conip.  la  note 
de  M.  G.  Paris,  Romania 
1872  p.  317,  et  Diez,  Alt- 
romanische  Sprackdenkmale 
p.  85. 

aiut  Ps.  d'Ox.  21/12,  Ck.  de  Roi 

781  1964  2044,  J.  de  Blai- 
vies 27 1 ,  Huon  de Bord.ip.  82 
106,  Aiol  9522,  Rom.  de 
Ren.  25498  (rime avec  man- 
jut  manducat). 

ait  Ch.  de  Roi.  1865  3338,  Ami  et 

Amile  621  818  823  1040 
1406  1417  1424  1426  1436 
1836  1911  1965  3130  2167 

2359  23Î7  2395  î»42»  •'■ 
de  Blaivies  45  483  917  1 304 


1 .  Dans  les  éditions  plusieurs  ont  imprimé  /,  que  je  regarde  comme  fautif, 
TU  que  nulle  part  il  n'est  rempUcé  par  g. 


422 


ait 


ADIUTEMUS 

ADiuTETis  aidez 


ADiUTENT   aiudent 
aient 

aident 

pl.-q.-p.  ADiUTASSETaiuast 
aidast 


Impératif 


ADIUTA 


ADIUTATE 


MÉLANGES 

1526  1720  2787  5467  5473. 
Huon  de  Bord.  p.  7  20  22 
26  ^0}^  )9  40>  ^/o/ 47 650 
Ï5S9  1574  S4î6.  Rom.  de 
Ren.  J978  4280  4668  4800 
4902  $2546200  9910,  Rec. 
gén.  defabl.tA  î/5396/161 
181  n/7/86  16/44  '7/M^- 
Rom.  de  Ren.  874  J310  18120 
18164  [8181  18189,  Huon 
de  Bord.  p.  144. 

Ch.  de  Roi.  62  j,  aidiez  J.  de 

Blaivies  92,  Rom.  de  Ren. 

22905,  aidies  Huon  de  Bord. 

p.  245. 
Canîicum  Moysis  $7. 
Ville-Hardouin,    édition    de 

Wailly  63. 
J.  de  Blaivies  3870,  Rom.  de 

Ren.  8257. 
Ps.d'O.  106/12. 
Ch.  de  Roi.  3439,  Rec.  gin.de 
fabl.  t.  I  5/804. 
aiude        Ps,  d'0. 4  j  /28  69/76  78/9  1 08/ 

25  118/86/117. 
aiue  Ch.  de  Roi.  2303,  Marie  de 

Fr.  II  p.  388. 
Ch.  de  Roi.   1909,  Quatre  liv. 

des  Rois  p.  39,  Rom.  de  Ren. 

2226  24658. 
Rom.  de  Ren.  21442  28860. 
Saint  Alexis  93 1,  aidez  Ch.  de 

Roi.    364    623    630    1129 

2546,  aidiez  Cump.  Ph.  de 

Thaun  1 62,  J.  de  Blaivies  99, 

Huon  de  Bord.  p.  61  62,  Rec. 

gén.  de  fabl.  1. 1  2/237  4/^86 

24/710/752/851. 


aie 


aide 
aidiez 


I.  M.  de  Wailly  dansle  Vocabulaire  de  Ville-Hardouin  donnetf/u/  317  comme 
le  prétérit  d*aidier  ;  c'est  celui  de  agesir  accoucher. 


CONJUGAISON  DES  VERBES  aiditr^  aîaisnter  et  mangier 
aïez  Ch.  de  Rot.  3641 . 

aiuder       Ps.  d'O.  69/1. 
aiuer 
aider 


43? 


Infinitif  adiutare 

Ps,d*0,  39/18. 

Ch.    de  Hol.    26    1676   3169 

267J,  aidierCump.  Phil.  de 

Thaun   169,  DiaL  Greg,  h 

pape  42/21,  Ami   et  Amite 

2Î40  2647  37792782,  J.de 

Btaivies  50  75  12  j  829  1796 

$4(9  ^784  3817,  Huon  de 

Bord.  p.  2  I  î»  Rom,  de  Ren. 

Û8421H  U7S  n?»  4820 

4822  5180,  edier  Huon  de 

Bord,  p.  4  5  7  8  9  12  I) 

I  j,  ib.  p.  26. 

Rec.  gin.  de  fabi  l.   1  î/265,  aidrai 

Huon  deB.  p.  246,  ederaip.  20  )o. 

Quatre  Hv.  des  Rois  p.   ijj.  Comp. 

enveirad  ibidem  p.  Ï74. 
Quatre  liv.  des  Rots  p.  15?, 
Fs.  d'Ox.  }6}42  4j/ç,  aiuera  88/21. 
Rom.  de  Ren.  J292  9870. 
Ch,  de  Roi.  94S.  aidereiz  ïbid.  J557. 
J.  de  BlaivUs  954. 
Rom.  de  Ren.  1 59^1. 
Haon  de  Bord.  p.   54,  Rom.  de  Ren. 
18048. 
habebant  aideroîent f/uo/i  (^^  Bord.  p.  jj. 
PART,  présent  'adiutamis  aidans      J.  de  Blaivies  1772  2077. 
PART,  passé     adiuiatum  aiuet        Ps.  d'Ox.  lyjc). 

Quatre  liv.  des  Rois  p.  2f,aidié^ffl( 
et  Amile  240  275,  J.  de  Blaivies 
IJ71  2037,  Rom.  de  Ren.    12068 

M73»- 

Dial.  Gre%.  to  pape  p.  ^3/1. 

On  aura  remarqué  que  le  Psautier  d  Oxford  diffère  de  tous  tes  textes 
en  ce  qu'il  a  la  conjugaison  d'aiuer  complète. 

Outre  CCS  formes,  on  en  trouve  d'autres^  surtout  vers  la  fin  du  Roman 
de  Renart,  lesquelles  ont  été  amenées  par  l'influence  de  celles  qui  ont 
l'accent  sur  l'i  ;  imparfait  aïdoit  28071,  parf.  aida  3579,  subjonctif  pr6- 
sent  aidiez  27148,  plus-que-parf.  aïdast  2799$,  infinitif  aidier  22904 
2697$  269S}  27201  27213  2721427927  2824J,  futur  aideront  36728. 


futur     ADiUTARE  HAfiEO  aiderai 

atrai 

HABES  airas 
HABET  aiuerat 
aidera 
HABETis  aiderez 
HABENT  aideront 
Cond.  ADIUTARE  HABEBAM  aidcroie 
HABEBAT  aideroit 


adiutata    aidie 


434  MÉLANGES 

C'est  à  l'influence  â'aidier  qu'il  faut  attribuer  le  changement  d\iiai  en 
aUj  à^aù  en  aide,  puis  enfin  en  aide  moderne,  et  à  celles  des  formes  oh 
Vi  était  tonique  remontent  aier,  que  je  déduis  de  airai  dans  les  quatre 
livres  des  Rois,  et  aïdicr  fréquent  dans  le  Roman  de  Renaît. 
Les  dérivés  à'adiutan  sont  conformes  à  la  conjugaison, 
aiudha  Serments. 

aiude  Saint  Alexis  107e,  Pf,  J'Or.  40/}  48/15  59/ii 
61/7  70/14  8},  16  106/13  120/1/2,  Ch.  de  Roi 
1336. 
aiue  Ps.  d'Ox.  19/2  21/20,  Dia/.  Creg.  hpapep.-/fiS 
17/7/  il  25/21,  Sermons  de  saint  Bernard  p.  J2 1 
S 27,  Ami  et  Amile  i$i2  1526  17s s»  -^^ol  1339 
5206  9206  9208,  Rom.  de  Ren.  68,  Rec.  gén. 
defabl.  t.  I  34/668. 
aïe  Ch,  de  Roi.  161g  1732,  Camp.  Ph.  dk  Thaûn 
1848  2816,  Quatre  !iv.  des  Rois  p.  6^  147  152 
154  181  296  300  524  }2j  326  340  393  398 
414  421,  Sermo  de  Sap.  à  la  suite  des  Dial. 
Greg.  lo  pape  p.  289/32/36/40,  Ami  et  AmiU 
1384  2866  2887  2946,  J.  de  Blaivies  2831 
30$2  3056,  ^10/  201  3)o6  5400^  Marie  de 
Fr.j  Lai  de  Gugemer  459  464  754  869  (aussi 
eie  Lai  d*Elidac  1 14),  Rom.de  Ren.  2577  3453 
4196  4Î42  4816  6296  7528,  Rec.  gén.  de 
fabl.  t.  I  n/248  16/69. 
aïde  Ami  et  AmiU  ^60  1819,7.  de  Blaivies  244,  Rom. 
de  Ren.  4J20  i60o  i8$o8,  Rec.  gén,  de  jahL 
t.  I  11/249. 
ADiUTABiLis     aidables /ïom.  de  Ren.  900 ). 

ADiuTATOR       aiuere  ouaiuerre  Ps.d^Ox.  9/9/3817/2  18/16  26/ 15  J7/9 

29/13    )2/2o  45/1  58/20  61/6/8   62,7  69/7 

71/12  77/î9<o8/ti  1 17/6/7  ii8/i4;i8  145/4. 

aiderrePî.  d*Ox.  70/9,  d^à\cxQ% Sermo  de  Sap.  p.  290/11. 

ADIUTATOREM   aiuedur  Pj.  4'Ox.  51,680/1. 

Les  deux  infmitifs  du  provençal,  aidar  et  aiudar,  indiquent  que  la  con- 
jugaison a  cherché  à  être  étymologique,  mais  les  formes  suivantes, 
recueillies  dans  la  Croisade  contre  les  Albigeois,  montrent  qu'elle  n'y  est 
pas  parvenue  : 

Indicatif  présent  aiuda  5281  5282  6096  6608. 
Subjonctif  prés.  aiutzg27s. 

aiut  2929  2649  4133  6277  6503. 
Impératif  aiuda  3080  8633. 


CONJUGAISON  DES  VERBES  aiditT^  uraiinuT  ET  mangter         42  { 

aidatz  Bartsch,  C/ir«/' p.  i6i/r6. 

aiudau  8708. 
Infinitif  aidar  2800  2804  ;  1 2 1 

aiudar  6230. 
En  iialien  adiutare  a  donné  aiutare  '  avec  conjugaison  régulière,  ei 
aitare  >,  dont  l'iii  est  diphthongue,  ainsi  que  le  prouvent  les  exemples  qui 
suivent,  tirés  de  Dante,  Purg.  XI  54,  VttJ  nuova  édition  Ciuliani  XVI 
sonnet^  canz.  VII  str.  2/10,  et  de  Pétrarque,  sonnet  II,  canz.  VI  str.  5/10, 
sonnet  LXXXiX  et  CXCII,  et  in  morte  di  madonna  Laurdj  canz.  IV  sir. 
3/6,  canz.  VIII  str.  9/2,  auxquels  j'ajouterai  attando  Trionjo  délia  morte 
114.  D'après  Diez,  Et/m.  Wart.,  s,  v.  jyufo,  on  prononcerait  aifâre.  En 
revanche  la  diphthongue  se  partage  en  deux  et  Vi  reçoit  l'accent,  quand 
il  était  sur  Vu  en  latin  :  aïta  =  adjutat  Dante,  Purg.  IV  i  îj  XI  i  îo, 
tant.  VI  str.  1/8,  Pétrarque  5on.  XII,  canz.  I  str.  1/15,  canz,  III  str. 
i/?,  wn.  XXXII,  canz.  VI  str.  5/11,  m.  LXXVIIÏ,  wnz.  XVI  str.  i/j, 
son.  CLXI  et  CCI,  =  adiutx  tara,  a  Cola  di  Ricnzo  str.  j/6. 

ARAlSmER. 


Nulle  part  ce  verbe  ne  se  rencontre  avec  la  conjugaison  théorique  ou 
étymologique. 

La  tendance  à  Punité  a  produit  araisnier  ou  araisonntr^  qui  se  conjuguent 
selon  les  types  admis  des  verbes  réguliers. 

Indicatif. 
présent  araisunei   Ch,    de    Roi.        arraisne  Ami  tt  Amile  509,  J.  de 


)f  ;6,  arraisonne  Ami  et  Amile 
4j)  611,  aresonne  Rom,  de 
Ren.  Msoo,  araisone  Rom.  de 
Ren.  i8o}6,  Marie  de  Fr. 
Lai  de  l'espine  ;62  -  areisune 
Marie  de  Fr.  Lai  de  Milun 
4M- 


parfait  areisna  Quatre  liv.  des  Rois 
p.  ii,ardsnadp.  }2,  arein- 


Blaivies  2322,  Aiol  1993,  ar- 
resne  J.  de  Blaivies  208; , 
aresne  Rom.  de  Ren.  4236 
20766  2I5Î7,  deresne  Rom. 
de  Ren.  1820,  desresne  Rom. 
de  Ren.  3868  18624.  ^^rrais- 
nent  Ami  et  Amile  2 172,  J.  de 
Blaivies  861,  desresnent  Rom. 
de  Ren.  8797. 
arraisonna  Ami  et  Amile  2991, 
ariisonriaHuondcBord.^.  }}o, 


1.  aggiatare  que  donne  M.  Groebcr,  Jahrbach  fùi  rom.  uad  englische  Sptachc 
und  Liuratur^  XV,  p.  86,  doit  (irc  une  erreur,  vu  qu'il  ne  se  trouve  dans  aucun 
diction  natre. 

2.  ûiiare,  dit  Polidori  dans  le  Spoglio  délit  voci  t  manurt  mcritefoli  ii  otserra- 
liant  des  S/J/u/i  ioita  scritli  in  volgare  ne  sccoli  XIIJ  c  XIV,  Boloena  i86î,  est 
employé  encore  aujourd'hui  i  Florence:  mais  l'ignore  s'il  a  garde  son  ancienne 
conjugaison. 


426  MELANGES 

nad  p.  ^i^iTTdisnaJ.  deBlai'  araisona  Rom.  de  Ren.  ;2<>o 

vies  875   5001,  aresna  Rom.  26036,    areisuna    Quatre   liv, 

de  Ren.  19927  211a).  des  Rois  p.   j,  Marie  de  Fr., 

Lai  delfresne  4)0. 
Subjonctif. 
présent  aresnies  Huon  de  Bord.  p.  99, 

Impératif. 
araisnies  Huon  de  Bord.  p.  7. 

Infinitif. 
arraisnier  Amiel  Amile  joo  2073         arraisonner  J.  de  Btaivies  4053, 


areisuner  Marie  de  Fr.  Lai 
d*Eliduc  J03. 


);ij}  J.  de  Btaivies  68  901 

21 19  3749;  araisnier  Haon  de 

Bord.   p.    12    13   26f ,  Aiol 

1989,  Marie  Dë  Fr.  Lm  de 

Graelent  272,   aresnier  Rom. 

de  Ren.  4570  61 10   21389, 

desraisnîer  J.  <ff  Blaivies222^^ 

dcsresnicr  Rom.  de  Ren.  7774 

205S8. 

Gérondif. 
arraisnant  J.   de  Blaivies   3M9,        arûsonnam  Haon  de  Bord,  p.  ^9 

aresnant  Rom.  de  Ren.  21575.  41. 

Participe  passé. 
arraianié  Ami  et  Amile,  2640,  ar-        araisonné  Ami  et  Amile  324,  Rom. 


raisniez  J.  /if  B/a/w>s  8  3 .  ares- 
mé  Rom.  de  Ren.  577923500 
23593,  deresniez  ibidem  678^ 
desresnié  6422. 


de  Ren.  2819  4148,  arrason- 
nez  J.  de  Btaivies  746,  arrai- 
sonnez y.  de  Btaivies  3811, 
araisoné  Rom.  de  Ren,  6S94 
21730,  Aiol  1766,  aresonné 
Rom.de  Ren.  5755,  araisuné 
Marie  de  Fr.,  Laide  Craelerit 
229. 

L'analogie  ayani  finj  par  Peinporter,  aidier^  mangier  et  araisnier  sont 
devenus,  selon  le  terme  re^u,  des  verbes  réguliers.  Dans  les  deux  pre- 
miers ce  sont  les  formes  à  terminaison  tonique  qui  ont  déterminé  les 
autres  ;  dans  le  troisième  c'est  l'inverse  qui  a  eu  lieu,  et  sans*  doute  que 
l'influence  de  raison  a  été  pour  quelque  chose  dans  la  perte  de  araisnier^ 
comme  aussi  dans  celle  de  raisnable  et  raisnablement .  Mais  si  le  français 
moderne,  par  amour  pour  la  régularité,  n'a  plus  la  variété  d'autrefois, 
la  conjugaison  de  mena  neritare  dans  la  Suisse  romande  la  présente 
jusqu'à  ce  jour  :  l'indicatif  présent  est  merètu  mérite  meute  merèten  ma"' 
tâde  merêtan. 


CONJUGAISON  DES  VERBES  aidier,  araisnier  et  mangier         437 


MANGIER. 


Les  pays  de  langue  romane,  hormis  l'Espagne  qui  a  corner,  ont  rem- 
placé EDERE  et  coMEDERE  par  manducare,  dont  le  sens  a  dû  être  le 
même  dans  le  laiin  populaire,  vu  son  emploi  fréquent  prouvé  par  les 
nombreux  passages  recueillis  par  Rccnsch.  Itala  und  Vtilgatat  p-  2 1 4-2 1  j . 
Aussi  dans  VEpistuh  Anîbimi  ad  Tbeudericum  regem  Francoram  ',  si  pré- 
deusc  pour  l'étude  du  bas-latin,  est-il  rare  de  trouver  comeoere,  tandis 
que  MANDUCARE  se  rencontre  à  chaque  page. 

Mais  si  l'origine  de  mangier  mangiare^  qui  remonte  à  manducare  pr 
l'intermédiaire  mandUare  Icomp.  il.  ginrpro  JÛNiPERUMetprov.  com//ïd/), 
n'est  pas  douteuse  ni  difficile  à  éclaircir,  la  lutte  des  personnes  accen- 
tuées sur  l'a  avec  celtes  dont  la  terminaison  porte  l'accent  a  été  la  cause 
de  plus  d'une  méprise,  ainsi  qu'on  peut  voir  par  l'article  que  Diez  a 
consacré  à  ce  verbe. 

Théoriquement  voici  ce  qu'aurait  dû  Ôtre  en  français  et  en  provençal 
le  présent  de  l'indicatif  et  du  subjonctif  de  manducare  : 


manduî 

manduc 

roanduîz 

mandutz 

manduies 

mandugas-duias 

manduis 

mandutz 

manduic 

manduga-duia 

manduist 

mandutz 

manjons 

manjam 

manjons 

manjem 

mangiez 

manjatz 

mangiez 

manjetz 

manduieni 

mandugan-duian 

manduisent 

manduzen; 

et  voici  quelle  en  est  la  conjugaison  d*après  de  nombreux  textes  qui  ne 
permettront  guère  d'importantes  modifications  : 
^Indic.  prés^  MAC4DUC0        mangu'  Aiol  8623.  Rom,  deRen.  2^309. 

mengue  Mot  9123,  Bartsch  CkrtsL  f  294/ 1 1 . 
menjus  Rom,  de  Ren.  4^78  28164. 
WANDUCAS       manjues  Quatre  liv.  des  Rois  p.  j. 

mungiiiei  Mystère  d'Adam  Bartsch  ChresU* 

Si;22  (corrigé  mal  à  propos  en  manges]. 
mainjus  Sermons  de  saint  Bernard^  p.  5  ^6. 
WANDUCAT      roanjuet  Cump.  Ph.  de  ThaOn  149?  et  Bes- 
tiaire Bartsch  Cbrest.i-jTl^i,  Dial.  Greg. 
lo  pape  41/1. 
menjuc  J.  de  i'iaivies  içij   1520,  Rom.  de 
Ren.   3Î9I    2439  4^85  4Î97  7248,  Rec. 

I.  AnaJotj  gratca  cl  ffraccoUtina.  Mitttihngtn  aas  HanJschnfien  :ur  Ceschichie 
dcr  eruckuthai  Wissenschajt,  von  D'  ValentinRusE.  ZwcitesHcft.  Berlin,  1870, 
p.  6i-o8. 

3.  L  emploi  indiJTércnt  de  ^  ou  de  /  prouve  que  le  son  n'était  pas  guttural. 


^^^4^8     ^^^r 

MÉLANGES                   ^^^^^^^^^^^^^^^H 

^^^                ^^^v 

^^n.   J? /aW.  t.   I   iç/42   17/22  24/784.       ^M 

^^^■^ 

écrit  aussi  mengue  Huon  de  Bord.  p.  1  oS       ^H 

^^^^K 

124  146,  et  Rom.de  Ren.  i6{29  i6s99-         ^| 

^^^^H 

nienjus  Rom.  de  Ren.   10215,  m^n\ux  ibidem       ^K 

^^^^^1 

(en  rime  avec  aiut)  2^97.                            ^H 

^^^^H 

manjuns  Quatre  liv.  des  Rois  p.  Sj.              ^^^H 

^^^^^H 

menjon  Rom.  de  Ren.  28094.                        ^^^^| 

^^^^^H 

mangiez  Ps.  i'Ox.  126/).                                 ^H 

^^^^m 

mengiez  Ami  et  Amile  )}35,  Rom.  de  Ren.       ^H 

^^^^^H^ 

^1 

^^^^^Hh               manducakt 

menjuent  Ami  et  Amite  2:^4;,  J.  de  Blaivies       ^H 

^^^^^^^ 

J94,  /?om.  de  Ren,  ton  4389,  Afc.  £«'/>.        ^U 

^^^^^^^H 

defahL  t.  I  8/141  9/6^,  écrit  aussi  men-       ^| 

^^^^^^P 

guent  Huon  de  Bord.  p.  204,  Rom.  de  Ren.      ^^Ê 

^^^^^^^^ 

1009.                                    ^^^H 

^^^L^        imparfait  manducabam 

manjowe  P^.  ^'Ox.  100/7.                          ^^^H 

^^^^^ 

menjoîe  ou  roengoie  Rom.  de  Ren.   i^ooi       ^H 

^^^^1 

13004  16802.                                        ^^^H 

^^^^^H                               MANDUCABAT 

manjot  Pf.  d'Ox.  40/10.                             ^^^H 

^^^^m 

manjout  Qujrrc  liv.  des  Rois  p.  i  (8.               ^^^H 

^^^^m 

mdngievci  Sermons  de  saint  Bernard  p.  537.        ^^M 

^^^^H 

menjoit  J.  de  Blaivies  2498,  mengoii  Rec.       ^H 

^^^^V 

gin.  defabi  t.  I  38/18.                           ^^^^Ê 

^^^^1                       MANDUCABATis mengiez  Rom.  de  Ren,  9}ëo.                      ^^^^ 

^^^H 

mangiez Aec.  gén.  defabi.  t.  I  17-122.         ^^^H 

^^^^^H                      MANDUCABANTmanjowem  Cant.  Hab.  56.                           ^^^^| 

^^^^H 

manjevem  Serma  de  Sap.  294/40.                ^^^^H 

^^^^H 

nanjoient  Rec.  gén.  defabi.  t.  I  8/14.          ^^^H 

^^^^^1        parfait    manducavi 

manjai  Quatre  liv.  des  Rois,  p.  p.                ^^^^| 

^^^^H 

mangâi  Rom.  de  Ren.  14414  1S841.             ^^^^| 

^^^^F 

menjai  J.  de  Blaivies  1811,  Rom.  de  Ren.    •  ^H 

^^^^^1 

30^6  4171,  écrit  aussi  mengai4i30  4i42.        ^H 

^^^^^^^^ 

manget  Passion  ma,  mnnged  113c.                 ^U 

^^^^^^H 

manjat   Ps.    d'Ox.   68/12,  Cump.    Ph.    de       ^U 

^^^^^^H 

Thaûn  jh,  Sfrma  de  Sap.  p.  294/28       ^| 

^^^^^^H 

29)/ 1,  manjad  Quatre  Hv.  des  Koû,  p.  49/       ^H 

^^^^^^^K 

160  }ii   }2o,  Ps.  d'Ox.  io4/3;imanja       ^U 

^^^^^^^B 

écrit  aussi  mangia  Ps.  d'Ox.  77/29/^0/69,       ^H 

^^^^^^H 

Quatre  liv.  des  Rois  p.  48/1  ii .                        ^H 

^^^^^^^^H             MANDUCAViMus  manjames  Quatre  liv.  des  Roîs  p.  ^69.                 ^H 

^^^^^^^^K         manducaverunt  mangèrent  Pi.  d'Ox.  21/32,  Quatre  Uv.  des       ^| 

■ 

Rois  p.   368  J72,  mangierent  Ps.  d'Ox,       ^H 

^■■i 

^^^^STj^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^ê 

^^^^^1        CONJUGAISON  DES  VERBES  aidicr^  araisn'uT  et  mangier          429        ^^^| 

^^^P 

77i}i  7^/7  i0  5/^7>  Q.''^''^^  iiy-  detRois        ^^^| 

■ 

P-  P9-                                                       ^^1 

1          SUBJ.  prés*    MANOUCEM 

mengue  >lio/  9692.                                                ^^^H 

^                                    MANDUCES 

^^^H 

^^K 

majuce  Quatre  liv.  des  Rois  p.  49.                            ^^^^H 

^^^L 

rnenjuce  Rom.  de  Ren.  12007.                               ^^^H 

^^^H^ 

menjust  Rec.  gén.  de  fabi  t.  1  11/34/318.                ^^^| 

^^^^H                MANDUCCMUS 

manjum  Qudirf  /iV.  des  Rob  p.  )i  1.                        ^^^H 

^^^^^P                MANDUCETIS 

Voir  [Impératif.                                                    ^^^H 

^^^^H               NAMDUCENT 

manjuceni  Ps.  d'Ox.  26}^  67/;.                                   ^H 

^^^^H 

meniusseni  Ami  et  Âmile  17^4,  menjucent  j4ac.         ^^^M 

^^^^K 

et  Nie.  p.  26S.                                                 ^^^1 

^^^^H            UANDUCASSEMmanjasse  QuaUt  Uv.  des  Rois  p.  387  288.                ^^^| 

^^^^^^            manoucasse; 

>  manjasses  Quatre  liv.  des  Rois  p.  289.                      ^^^H 

^L           pl.-q.-p.  MANDUCASSET  manjast  Cant.  Moysis  iS,  mangast  Huon  dt        ^^^| 

^H^ 

Bord.  p.  287.                                                       ^^^H 

^^^^H 

manjaisi  Sermo  de  Sap.  27^/19.                             ^^^H 

^^^^^ 

menjast^lmi   et  Amile    1606,    /ïom.  de  Ren,         ^^^H 

w 

1 0  j  2/49Ô8.                                                          ^^^H 

1       Impératif    manduca 

manjoue  Oij/.  Grég.  h  pape  p.  8/18.                      ^^^H 

ft 

manjue  Quatre  liv.  des  Rois  p.  ^20  j^o,  JV/i-        ^^^H 

^^L 

tcred*Adam  Bartsch  ChresJ.i  âi/}6  82/26.         ^^^H 

^^^^B" 

mengue  Huon  de  Bord.  p.  214.                              ^^^H 

^^^^B 

manju  Sermo  de  Sap,  p.  297/1  $.                            ^^^H 

^^^^H                HAHDUCEMUS 

mangons  Aioi  6034.                                              ^^^H 

^^^^f 

menjons  Rom.  de  Ren.  22;^  2126.                            ^^^| 

^^^^1 

mangiez  Quatre  liv,  des  Rois  p.  1 1 1 .                       ^^^| 

^^^^H                 MANDUCATE 

mengiez  >lni/  et  Amile  2287,    J.  de  Bhivies        ^^^H 

^^^^P 

151)^  Rom.  de  /<f/t.4jS3  920^  13824,  Rec.         ^^^H 

^^Ê 

gèn.  defabl,  t.  ]  24/772.                                   ^^^| 

^^^Tnfinitif      MANDUCARE 

manger  Passion  23  c,  manjar  26  c.                          ^^^^ 

1    • 

mangier  5amr  /I/ncif  51  h,  Ps,  d'Ox.  101/ j,          ^^^H 

^^b 

Quatre  liv.  des  Rois  p.  27  30  48  77  80  1 1 1          ^^^f 

^^^^H 

iij    1)3  155  ij6  160  223  288  322    330         ^^^1 

^^^^^ 

3S6  360  379  409,  Dial.  Greg,  h  pape  p.  8/        ^^^| 

^^^^p 

i<^/i7  )7/4  >9/i7i  ^^'''"0  ^^  ^<ip-  P-  ^9j^2,         ^^^1 

^^^^H 

Huon  Jf  Bord.  p.   9   120  24Ô  279,  écrh        ^^^H 

^^^^p 

aussi   manjier  Ps,  d*0,   58/12    77/28  et        ^^^H 

^^^^1 

manger  Ch.  de  Roi  2542  2659,  Voyage  de        ^^^H 

^^^^B 

saint  Brandan  4)0/697.                                      ^^^H 

^^^^1 

mengier  Dial.  Creg.  h  pape  p.  40^24,  Ami  et        ^^^B 

■ 

Amile  i07r    1081    1612  308S  2318  2613         ^^^| 

4J0  MËLANCeS 

26$2  2657  2688  269$,  J.  de  Blaivies  60 
Î58  564  733  841  1347  lîss  M63  1540 
•  1542  2917  3)60  40 j2,  Haon  de  Bord.  p.  2 
$  9  11  15,  Rom.  de  Ren,  29 j  994  1079 
2121  2390  2864  ?o;i,  Rec.  gin.  defabi. 
4/112  J/241/2S76/8  7/41/54  '6/I9Î  17/ 
5î/8o/9?/97  »8/îo/so. 
Fuliir  handucarg  HABEO  mangerai  P5.  ^'0.  49/14. 

menjerai  J.  ii«  Blâmes  1819^  mengerai  //uon 
(if  ffor^.  p.  2}^  Rom.  de  Ren.  7241. 
HABEâ  mangeras  Pi.  if'O.  \ 2") j^,  Quatre  liv.  des  Rois 

p.  150,  menjeras  fiom.  df  /Im.  6591. 
HABET  mangerad  Quatre  liv.  des  Rois  p.  30  48  49 
I  jo,  mangerai  Camp.  Ph.  de  Thaun  999, 
Quatre  liv.  des  Rois  p.  $61. 
HABEMUsmangeruns  Quatre  liv.  des  Rois  p.  59. 
HABETis  mangerez  Saint  Brandan  990. 
HABENT   mangcrunt   ou  manjerunt  Ps.  d*0.   21/ 28, 
Ch.  de  Roi.  1 7  5 1 ,  Quatre  liv.  des  Rois  p.  50 
228  292  )o6  3^2  361  )68. 
MANDUCAREHADEBAM  mengereic  Quatre  liv.  des  Rois  p.  287. 

mengeroie  J.  de  Bîaivies  726^  Rom.  de  Ren, 
^oj2  40S6  41  ^4. 
habebamus  mangeriuns  Quatre  Uv.  des  Rois  p.  369. 
PART.prés.MANDUCANTEM  manjanl  Pi.  d*0.  41/î  105/20. 

MANDUCANTEsmangianz  Quatre  liv.  des  Rois  p.  1 16^  manjanz 
ibidem  p.  361. 
PART,  passé  MANDUCATUM  manjed  Passion  26  a,  manged  Quatre  liv.  des 

Rois  p.  ^,  mangied  ibidem  p.  49  1 1 1  115. 
roangié  Quatre  livres  des  Rois  p.    119   289^ 

Ami  et  Amile  1 1  $6 
raengié  Ami  et  Amile  2^11    ?259,  J.  de  Bîai- 
vies 2108,  Rom.  de  Ren.  444  98^   2^28 
24;)    ^987  4018  4t22  4127  4341   cic, 
Rec.  gén.  de  fabl.  i.  I  4/185  8/143  1 5/1  $1. 
La  tendance  à  amener  de  l'harmonie  dans  des  formes  qui,  éiymologi- 
quement,  ne  pouvaient  fttrc  que  différentes,  a  produit  d'une  part  manjut 
et  enfin  mange,  d*autre  part  les  infinitifs  normands  moujoaer  et  manjusser 
cités  par  Dicz  EW.  s.  v.  mangiare. 


En  provençal  on  a  dû  avoir  une  conjugaison  semblable,  quoique  je  ne 
connaisse  aucun  texte  qui  la  présente  avec  la  même  régularité.  La  void 


CONJUGAISON  DES  VERBES  didUr,  araisfiier  et  mangier  4)1 

du  reste  telle  que  j'ai  pu  l'établir  au  moyen  de  la  Croisade  contre  les  Albi- 
geois et  de  quelques  autres  textes. 

Indicatif  présent  manduia  Saint  Jean,  chap.  Xlll  18,  seule  forme  par- 
faitement étymologique  du  domaine  de  la  France. 
manjuia'  Trad.  de  Bède^  fol.  ^4,  dansle/fxi^uf  ro/n^n 

de  Raynouard. 
manja  Crois.  436;. 
manjam  444}. 

manenjon  29S0,  manejon  4637.  Comp.  l'iof.  valaque 
mtin^ncà. 
parfait  manjem  4638. 
Subi.        présent  maneni464!. 

manjuc  Bartsch  Ckrest,  *  p.  921/48. 
manjem  4640. 
raanjetz  80  87. 
plus-que-parf.  manjesso  5516. 
Infinitif  manjar  4641  46^1  7^96  S$54,  dans  d'autres  textes 

menjar  qui  est  la  forme  catalane.  Quant  à  manHajar 
et  manjugar  dans  le  Glossaire  de  la  Chrestomatkie 
de  Bartsch,  je  doute  qu'on  parvienne  jamais  à  les 
trouver. 
futur  manjarem  4095 , 
part.  parf.  passif  manjai  2981  46^7  46^2  6991. 

Les  quatre  infinitifs  de  Titalien,  manî^iare  manicare  manucare  manducare^ 
fournis  par  les  diaionnaires.  sont  une  preuve  de  la  lutte  qu'il  y  a  eu 
entre  les  formes  accentuées  sur  l'u  et  celles  accentuées  sur  Va. 

Disons  en  passant  que  le  Rilmo  cassinese,  Riv.  dijd.  rom.f  II,  p.  92-9^, 
offre  une  singulière  aliemative  entre  Vu  ei  1'/.  Le  premierse  trouvedans 
manduca  ;8,  quand  l'accent  y  repose  ;  le  second  dans  mandicate  ;o  ^7 
et  mandicare  43  où  l'i  est  protonique.  Aussi  manacare  est-il  peu  certain  ; 
du  moins  tous  les  exemples  cités  dans  te  Dit.  délia  lingua  italianat  60I0- 
gna  1819-26,  ont  Va  accentué. 

L'ancien  français  a  dans  la  première  syllabe  de  mandacare  une  parti- 
cularité qu'il  importe  de  noter.  Tandis  qu'elle  s'est  maintenue  sans  chan- 
gement dans  la  Passion,  ta  vie  de  saint  Alexis,  le  Psautier  d'Oxford,  la 
Chanson  de  Rolland,  le  voyage  de  Saint  Brandan,  les  ouvrages  de  Phi- 
lippe de  Thaûn,  les  Dialogues  Grégoire  lo  pape,  te  Sermo  de  Sapientia, 
Floireet  Blancefîor,  les  Sermons  de  Saint  Bernard  ont  maingier,  et  mai- 


I.  Cn  deux  rxetnpies  contredisent  ta  règle  donnée  par  Diez,  Cramm.^  I, 
p.  24)  (trsd.  127),  que  après  u  U  gutturale  ne  se  fond  pas  en  i. 


4)2  MELANGES 

gûr  est  la  forme  ordinaire  d'Ami  et  Amile,  de  Jourdain  de  Blaivies,  de 
Huonde  Bordeaux,  du  Roman  de  Renard. 

On  peut  d'auiant  moins  penser  à  une  simple  variante  orthographique 
sans  importance  pour  la  prononciation  que  le  wallon  de  Mens  dit  main- 
g€T  'Sigart],  le  picard  minger  (Corblct),  le  patois  du  Ban  de  la  Roche 
maindgêy  celui  de  Lunéville  maingi  lOberlînl,  celui  de  ta  Baroche  mindzi, 
celui  de  Montbéliard  ei  de  Delémont  maindgie  (ContejeanJ,  le  bourgui- 
gnon (La  Monnoye)  maingé  ivoir  encore  d'autres  formes  dans  Linré)  ; 
que  les  dialectes  franco-provençaux  ont  soit  m'mgU  Anniviers  et  Héreus, 
meindji  Véiroz  et  Gryon,  mindzi  Val  d'Uïiers  ei  Sainte-Croix,  soit  migié 
Grenoble,  m'tdzer  Sembrancher  [Emremontl,  midzl  Ormonts  dessus, 
Montreux,  Pays  d'Enhaut,  Estavayer,  Saini  Cierge,  Jorat,  Orbes,  Mar- 
chissy  et  Vallorbes, mczi Commugny  [environsde Genève),  mtdjl Gruyère, 
Locie  et  Saint-Imier,  m*djî  Valangin,  où  la  chute  de  I'/j,  que  nous  trou- 
vons aussi  dans  moitdgi  du  patois  des  Fourgs  (Tissof ,  est  difficile  à  expli- 
quer (on  peut  se  demander  si  mourlyî,  mâcher  en  patois  foréuen  (Gras), 
est  le  mime  mot). 

Comment  faut-il  se  rendre  raison  de  ce  changement  tout  à  fait  anor- 
mal de  l'a  en  e  ou  i?  Il  est  probable  que  nous  avons  affaire  à  une 
ancienne  loi  d'assimilation,  d'après  laquelle  l'a  serait  devenu  e  ou  i  sous 
l'empire  de  i'i  suivant,  c'est-à-dire  que  manducare^  après  s'être  changé 
en  mandicarc,  aurait  passé  à  'mcndican  d'abord  et  puis,  l'i  continuant 
à  vivre  et  à  exercer  sa  force,  à  "mindicare  '.Il  en  a  été  sans  doute  de 
même  d'amaisnier. 

J.  Cornu. 

IV. 


MANJAR. 

J'ai  eu  Pan  dernier  à  étudier  de  près  la  conjugaison  du  provençal 
manjar^  à  l'occasion  des  formes  de  ce  verbe  qui  se  présentent  dans  le 
poème  de  la  Croisade  albigeoise,  que  j'expliquais  alors  âl'une  de  mes 
leçons  du  Collège  de  France,  J'extrais  de  mes  notes  de  cours  les  obser- 
vations suivantes  qui  confirment  et  complètent  les  recherches  de 
M,  Cornu. 

L'irrégularité  apparente  de  la  conjugaison  de  ce  verbe  en  ancien  fran- 
çais et  dans  quelques  anciens  textes  provençaux  a  pour  cause,  ainsi  que 
Ta  montré  M.  Darmesieter  dans  son  travail  sur  la  protonique  en  fran- 
çais', un  changement  de  place  de  l'accent,  qui  dans  mandùco  est  sur 
l'u,  et  dans  manducdre  sur  la  voyelle  qui  suit  l'u.  Vu  atone  de  manducare 

1 .  Là  dernière  de  ces  modiôcations  peut  être  récente. 

2,  Romania,  V,  i  jj. 


MANMR  4]^ 

disparaît,  non  pas,  comme  le  titre  du  travail  de  M.  Darmesteier  donne- 
rait â  le  croire,  parce  qu'il  précède  ta  tonique  —  c'est  là  une  circons- 
tance sans  importance  dans  la  question,  —  mais  parce  qu'il  vient  après 
une  syllabe  tonique  :  mànducârt^  comme  tous  les  paroxytons  de  quatre 
syllabes  ou  les  proparoxytons  de  cinq,  a  deux  accents',  et,  selon  la 
régie,  toute  voyelle  qui  n'est  pas  un  a  ou  que  ne  maintienlpasun  certain 
concours  de  consonnes  doit  tomber  après  toute  tonique.  De  là  mànducdre 
{devenu  mdndugàrt  dans  le  parler  vulgaire!  donnant  manjar,  tandis  que 
manddco  donnait  mandtic.  C'est  du  reste  l'explication  à  laquelle  arrive 
M.  Darmesteier  dans  la  conclusion  de  son  article. 

En  français  les  formes  avec  u  tonique  ont  eu  beaucoup  plus  de  vitalité 
qu'en  provençal.  Les  très-nombreux  exemples  rassemblés  par  M.  Cornu 
ne  dépassent  pas  le  xui'  siècle,  mais  on  en  trouve  à  foison  jusque  vers 
la  6n  du  xv^  siècle  '.  Ce  n^est  guère  qu'au  xvt"  qu'elles  disparaissent  par- 
tout devant  les  formes  créées  par  analo^e  avec  l'infinitif  mangUr. 

En  français  encore  il  est  à  remarquer  que  les  formes  ayant  Vu  ont  subi 
l'influence  des  formes  qui  ne  l'ont  pas,  en  ce  sens  que  pour  manducat  on 
disait  non  pas  mandue^  mais  manjutt  à  cause  des  formes  manjons,  man- 
gieff  etc.  [mand^gamus^  mand'gare).  On  va  voir  que  le  même  fait  s'est 
produit  aussi,  mais  exceptionnellement,  en  provençal.  En  provençal,  les 
formes  que  je  connais  dans  lesquelles  l'u  latin  s'est  conservé  ou  a  laissé 
une  trace,  sont  les  suivantes  : 

Manduco  : 

Lo  pan  del  loi 
Caudet  e  mol 
Mandat  e  lais  to  mcu  frezir. 

(MARCABBUït,  D'aisso  lau  Deu.) 
Manducat  : 

Cht  mandûja  lo  meu  p&...  (trad.  limousine  des  cb.  XIII-XVII  de  S.  Jean, 
XIII,  i8^. 


I .  G.  Paris  a  établi  ce  lait  expèrimeaialcrnent  par  l'étude  de  U  poésie  rhyth- 
mique  :  <  Un  mot  lattn  de  cinq  syllabes  qui  a  l'accent  sur  la  troisième,  jura  ce 

■  que  j'appelle  l'accent  sccondairt  sur  la  première  et  la  cinquième,  tandis  que 

■  la  deuxième  et  la  quatrième  seront  sensiblement  plus  (aibles.  »  Lettre  à  M.  L. 
Cmtkr  sur  la  vtrsificcitQn  latine  rhylhmique,  dans  U  Bibl.  de  t'Ec.  des  ch.  6,  I! 
(i866|  ^84.  Depuis  lors  M.  Thurôt  a  publié  dans  les  Comptes-rendus  de  l'Aca* 
demie  des  Inscriptions,  2,  VI  (1870),  266-70  un  petit  traité  de  versification 
rh^ihmique  qui  constate  1  existence  d'un  second  accent  dans  les  mois  d'une  cer* 
tame  longueur. 

3.  Voici  un  exemple  du  milieu  du  XV*  siècle  environ  :  «  Le  chiel  doit  faire 

•  boire  et  mangicr  aucuns  chevaulx  et  gens  de  sa  compaîgnie  pour  mieux  ferir 

*  sur  ses  ennemis  avant  qu'ilz  se  parchoivcnt,  comme  quant  ilz  niûngûent  ou 
i«  dorment  •  (B.  N.,  fr.  )9)o,  fol.  9).  On  trouvera  plusieurs  exemples  de  ce 
vème  mtngûe  dans  le  Passettmps  d'oisireti  de  Robert  Gaeuin,  pièce  datée  de 
M489  (Monuiglon,  ilrtf.  poisus  fr.^Vw,  2j2,  242,  2^^,  264). 

3.  Il  est  A  noter  que  ce  même  document  présente  un  autre  exemple  d'un  verbe 

/iommia,  VU  iS 


4M  MÉLANGES 

B,  Menuga-honu,  citoyen  d'Agen  mentionné  dans  une  charte  de  i2]{  (Magen 
et  Tbolin,  Archives  municipates  d*Agcn,  I,  n*  xxvit). 

Eveia  manjuja  lo  cors  d'orne  (trad.  du  Likr  scintillarum,  n^.  fr.  1747,  fol. 
34.  —  Cilè  dans  \eLex,  rom.y  IV^  147). 

Mtinducant  : 

E  manenjon  e  bevon  li  pauc  el  majorai. 

(Chanson  de  la  Crois,  albig.  v.  2980.) 
Que  to  Tust  e  l'cscosa  maneion  volonlier. 

(/W.  V.  4627.) 
Manducet  : 

Seiaer,  ère  mangust  qui  mangar  vol  ! 

(Gir.  de  Rouss.,  ms.  d'Oxford,  fol,  127.) 
Senhor,  era  manjuc  qui  mengar  vol  1 

(/(/,  ms.  de  Parisi  v.  6409,) 
Be  vueih  manjuc  i\\  platz. 
(Amanieu  deCescas,  Bartsch,  Chrat.  prov.,  }•  éd.,  )28/l2.) 
D'aqui  enan  mantnc  cascus  son  companhier. 

(Crois,  albig.  v.  4641.} 

Parmi  ces  formes,  deux,  manduc  et  manduja,  reproduisent  pleinement 
le  type  latin;  deux  autres,  manjuja  et  manjuc,  manifestent,  comme  le 
français  «  je  man/'u,  tu  manjues^  »  etc.,  l'influence  des  formes  md/ï/<jr, 
manjam^  etc.  Mangust  {où  le  c  de  manducet  est  traité  comme  spiramej, 
dans  le  Cir.  de  Roussilhn  d'Oxford,  est  une  forme  plutôt  de  langue 
d'oui  que  de  langue  d'oc.  Enfin  les  formes  que  nous  trouvons  dans  le 
poCme  de  la  Croisade,  manenjon  '  et  manenc,  présentent  trois  faits  phoné- 
tiques :  1"  le  i  est  tombé;  2"  Vu  est  devenu  e;  )»  un  n  a  été  intercalé. 
Le  premier  fait,  la  chute  du  d  dans  Je  groupe  n  d  entre  deux  voyelles, 
est,  comme  on  sait,  régulier  non-seulement  en  catalan,  mais  dans  toute 
la  région  des  Pyrénées  ^  On  en  trouve  aussi  des  exemples  isolés  dans 
tout  le  domaine  de  la  langue  d'oc;  ainsi  Vindasca  est  devenu  Venasi\ue 
(Vauclusel,  et  le  Thoronet  (Var)  s'appelait  autrefois  Torondet.  Le  passage 
d'u  à  ir  et  l'inlercalation  de  Vn  \mand\jcant  ~  man^^jon)  sont  vraisem- 
blablcraent  des  faits  connexes,  et  c'est  l'addition  de  l'/ï,  fait  comme  on 
sait  très-fréquent  (cf.  nengun^  mînga,  engfi!,  etc.],  qui  aura  amené  le 
passage  d'u  k  eK 


où  le  thème  se  modifie  selon  la  place  de  l'accent  :  cosmei  {consummavi),  XVII,  4; 
cofmat  iconsammati).  XVM,  2?.  Les  exemples  cités  par  Raynouard,  Ltx.  rom.  V, 
261,  présentent  la  forme  savante,  avec  u  partout. 

1.  Il  y  a  une  tois  manenjon  et  une  autre  fois  manejon,  mais  il  y  a  lieu,  je  crois, 
de  restituer  \*n  dans  le  second  cas. 

a.  Voy.  Romania,  ÏII,  4^\-G. 

j.  M.  Cornu  rapproche  le  manenjon,  mancnc,  de  l'infiritif  valaque  mtnltui. 
Le  rapport  de  formation  avec  miniaca,  j"  pers.  du  près,  de  l'ind.,  est  frappant, 
mais  rexistence  de  l'infinitif  minincù  n'est  pas  démontrée.  Examinant  à  ce  propos 


BUTENTROT  4J5 

Il  csi  à  croire  qu'en  provençal  les  formes  refaites  par  analogie  sur 
manjar,  manjam,  etc.,  ont  été  de  bonne  heure  employées  concurrem- 
ment avec  les  formes  étymologiques  :  le  poème  des  Albigeois  a  déjà  manja 
{mandùcat],  v,  4)6},  et  bientôt  celles-ci  disparaissent  tout  à  fait.  Le 
fragment  limousin  de  saint  Jean  mis  à  part,  on  ne  le  rencontre  dans 
aucune  des  traductions  méridionales  de  la  Bible,  et  des  troubadours  du 
commencement  du  xiii«  siècle  font  usage  des  formes  analogiques  ;  ainsi 
Sordet,  dans  son  célèbre  planh  sur  la  mort  de  Blacas  (i  3 ;6)  a  mange^  et 
non  pas  mandtic  ni  manjuc* 

P.  M. 


V. 


BUTENTROT.  —  LES  ACHOPARTS.  —  LES  CANELIUS. 
I.  —  BUTENTROT. 

A. 

On  admet  généralement  que  la  chanson  de  Rolant  ne  contient  aucun 
souvenir  des  croisades,  que  noumment  la  liste  des  peuples  barbares  qui 
forment  l'armée  de  Baligant  <  semble  bien  porter  les  caractères  d'une 


la  version  du  Nouveau  Testament  (le  me  sers  d'une  édition  de  Bucarest,  t8j9) 
)c  ne  trouve  d'autre  infinitif  que  m!ncà  Matli.  VI,  j^,  ïi  ;  XII,  t,  XV,  20;  et 
en  général  \*u  du  type  latin  disparaît  toutes  les  ioh  qu'il  est  atone,  absotumeot 
comme  dans  les  autres  idiomes  romans  ;  ainsi  au  cérondif  mlndnd  imânJo- 
cândo)  Msth.  XI,  18,  19^  3u  part,  passé  mincai,  XIV,  20;  à  l'imp.  de  l'ind. 
mincasc  {inandacûsid\  XI V,  21,  etc.  Par  contre,  là  où  lu  du  type  latin  est 
Ionique,  il  est  représenté  en  roumain  par  f/i,  ainsi  mlnlncà  {mandùcaî,  manditcant) 
IX,  1 1  ;  XV,  2  ;  sa  minlnc  (mandaccm)  XXV,  42  ;  sa  mininu  {manduccni)  XIV,  16. 
Il  n'est  donc  pas  impossible  que  les  lexicographes  valaques  aient  imaginé  sur  ces 
dernières  formes  un  infinitif  fnj'/rincJ,  comme  en  français  nos  lexicographes  avaient 
fait  %iïT  paroU  l'inf.  paroUr,  définitivement  expulsé  par  M.  Cornu,  comme  moi- 
même  j'ai  eu  le  tort  de  faire  sur  le  mantnion  du  poème  des  Albigeois  un  iaf. 
maneniar  que  j'ai  introduit  dans  le  vocabulaire  de  mon  édition.  M.  E.  Picot, 
qui  a  bien  voulu,  i  ma  demande,  faire  sur  ce  point  quelques  recherches,  n'a 
rencontré  cet  inf.  minincù  que  dans  quelques  dictionnaires  ;  le  Uxuon  imprimé 
à  Bude  en  182^,  le  Waiicniscb-deatsches  Wartirbuth  d'Iszer  18^0,  puis  dans  le 
Dict,  d'ixym.  daco-romant  de  M.  de  Cihac  ;  tous  ces  ouvrages  donnant  en  outre 
l'inf.  mtncà.  Mais  il  esta  remarquer  que  cette  dernière  forme  seule  est  enregis- 
trée dans  le  dictionnaire  de  l'académie  de  Bucarest. 

Il  y  aurait  lieu  aussi  de  vérifier  l'italien  ntanucare,  manicare,  donne  par  les 
dictionnaires^  non  que  ces  formes  soient  en  elles-mêmes  impossibles,  puisqu'elles 
sont  fondées  sur  l'analogie,  mais  parce  que  tes  auteurs  de  dictionnaires  se  lais- 
sent tout  naturellement  entraîner  i  les  créer.  Elles  peuvent  assurément  avoir 
existé  djns  l'usage  tout  aussi  bien  que  l'ancien  français  amr  que  M.  Cornu  ne 
paraît  connaître  que  dans  le  Psautier  d'Oxford,  mais  qui  se  rencontre  souvent 
ailleurs  :  ainsi  dans  Benoit,  Chron.  des  ducs  dt  Sormandit^  on  trouve  aiuer  en 
rime,  v.  4162,  et  dnns  une  charte  poitevine  de  124^  qui  fait  partie  des  fac- 
similés  de  l'École  des  chartes;  c  E  avom  renuccié  ...  a  totes  costumes  qui  nos 
•  poireent  aiuer  a  venir  contre  icest  fait.  ■ 


4)6  MÉLANGES 

rédaction  antérieure  aux  croisades  •  ».  Cependant  il  y  a  dans  cette  liste 
un  nom  qui  ne  peut  guère  avoir  été  connu  qu'en  Orient,  c'est  Butentrot  : 

La  première  (acbiiU)  est  de  cels  de  Butentrot  (v.  3220). 

M.  Fr.  Michel  au  glossaire  de  son  édition  '1837),  après  luî  Génin  et 
M.  L.  Gautier,  celui-ci  avec  deux  points  de  doute  bien  justifiés,  pro- 
posent l'ancien  Bathrotum  >  en  Epire,  qui  ne  convient  guère  pour  ta  forme 
et  qui  d'ailleurs  ne  paraît  pas  être  un  lieu  duquel  Phistoire  ou  la  fiction 
aient  pu  songer  à  tirer  des  populations  sarrazines.  Butenirot,  avec  des 
variantes  graphiques,  est  une  vallée  située  en  Cappadoce  près  du  Taurus, 
à  l'est  d'Eregli,  l'ancienne  Héraclée.  C'est  dans  ia  vallée  de  Butentrot 
qu'après  la  bataille  de  Dorylée  Tancrède  et  Baudouin,  marchant  en 
tête  de  l'armée,  se  séparèrent,  le  premier  se  rendant  à  Tarse  par  la 
passe  de  Gulek  Boghaz,  les  PyU  CilicU  des  anciens,  le  Cougiag  des 
Arméniens,  la  Porta  Judas  d'Albert  d'Aix  i. 

Voici  les  principaux  textes,  je  néglige  les  historiens  dérivés  : 

Gtsla  Francorum.  Iltic  divisit  se  ab  aiiis  Tancredus  M^irchisi  iilius  et  Baldut- 
nns  comcs,  frater  ducis  Codclridi,  sirrjulque  Intraverunt  vallcm  de  Botrntrotk: 
divisit  quoque  seTancredus,  et  vcnit  Tarsum  cum  suis  militibus  (IIIj  i);  Histor. 
occid.  des  crou.  III,  1  }o|. 

Raoul  db  Caen.  Ipsc  (Tancredus)...  Bytiniam  transvolat,  Tauros  montes, 
Butroti  valles,  has  baratro,  illos  polo  contiguos,  percurrit(xxxiv,  Histor.  oic.  III, 
630). 

ALnEflT  d'Aix.  Tancredus,  qui  pr^cesscrat,  et  regiam  viam  tenebal  versos 
maritima,  prier  Baldewino  fratre  Ducis,  per  valles  Suoffnrror,  superatis  rupibus, 
per  porlam  qux  vocatur  Judas,  ad  civitatem  quz  dicîtur  Tharsis,  vulgari  Domine 
Tursolt,  descendit  (III,  v;  Histor.  occid.  dts  crois.  IV,  Î42*). 

Dans  la  littérature  en  langue  vulgaire,  la  seule  mention  qui  me  soit 
connue  de  cette  vallée,  en  dehors  du  Roiant^  est  fournie  par  la  Chanson 
d*Antioche  de  M.  P.  Paris,  I,  166, 

Le  va!  de  Boientrot  en  sont  outre  passé. 

Elle  est  prise  soit  à  Albert  d'Aix,  soit  à  une  source  commune  à  Albert 
et  à  la  chanson. 

Guibert  de  Nogent,  qui  pour  la  première  croisade  n'est  guère  un  his- 
torien original,  semble  indiquer  que  Butentrot  est  un  nom  de  la  langue 
du  pays,  «  vallem  quamdam  quam  Botemtroth  vocitant  ea  lingua  »  (III, 
XIII,  Histor.  occ,  IV,  164).  Ilaprobablement  raison;  mais  cette  remarque 
vague  ne  nous  apprend  pas  si  ce  nom  était  originairement  arabe  (ce  qui. 


I.  G.  Paris,  Romania^  II,  jjo. 

3.  BiUolhram,  chez  M.  Gautier,  est  un  lapsus. 

j.  Voy.  Hist.  des  crois..  Documents  arminiens,  [par  E.  DuUurier],  p.  J 1 ,  note. 

4.  Ce  volume  est  sous  presse  et  sera  prochainement  public. 


LES   ACHOPARTS  4J7 

par  ta  forme,  ne  semble  pas  probable)  ou  byzantin.  Les  Byzantins  dési- 
gnent la  vallée  en  question  par  le  nom  de  la  ville  qui  y  était  située, 
Dsîonîit;^  raainienant  Annacha-Kalessi  ■.  Il  paraît  peu  probable  que  les 
pèlerins  qui  se  rendaient  en  Terre-Saime  avant  1095  aient  suivi  cène 
voie,  d'où  la  conclusion  que  Butentrot  dans  la  chanson  de  Roland  con- 
tient une  réminiscence  de  la  Croisade. 

Il  n'en  résulterait  pas  nécessairement  que  le  poème  entier  soit  postérieur 
au  temps  où  les  premiers  récits  de  la  marche  de  Tancrède  et  de  Baudouin 
ont  pu  arriver  en  Occident,  c'est-à-dire  â  1 098  environ  ;  on  a  vu  dans 
la  Romania,  VI,  47^,  que,  par  des  moi\h  assez  faibles  du  reste,  on  a 
essayé  de  montrer  que  l'épisode  de  Baligant  était  originairement  étranger 
à  la  chanson  de  Rolani. 

P.  S.  —  Les  éléments  de  cette  note  ont  été  rassemblés  il  y  a  plusieurs 
années,  lorsque  je  travaillais  pour  l'Académie  des  inscriptions  à  l'édition 
d'Albert  d'Aix,  et  la  note  elle-même  était  rédigée  lorsque  j'ai  eu  connais- 
sance de  la  deuxième  édition  de  la  chanson  de  Roland  de  M.  Th.  Millier. 
M.  Mùller  y  a  rapproché,  —  ce  qu'il  n'avait  pas  fait  dans  l'édition  de 
1S6),  —  le  BuUntrot  de  RoUnt  de  celui  de  la  Chanson  d'Antioche.  En 
outre  il  cite  deux  leçons  Itirées  l'une  du  ms.  de  Paris,  l'autre  du  ms.  de 
ChMeaurouxj  où  Judas  est  mentionné  à  propos  de  Butentrot,  dont  le  nom 
est  d'ailleurs  fort  défiguré  : 

Cbatbauboux  :  La  première  est  de  cels  de  Boteroz 
Dont  Judas  fu  qui  fd  estoit  et  orz. 

Pabis  :  De  Butancor  furent  tuit  li  premier  : 

Judas  i  Tu,  qui  fist  iceuls  guier. 

Je  ne  sais  si  l'explication  que  M.  Muller  donne  en  note  de  celle  cir- 
constance est  bien  fondée  :  je  rappelle  que  dans  Albert  d'Aîx  la  passe 
qui  conduit  de  la  vallée  de  Butentrot  vers  Tarse  est  appelée  Porte  de 
Judas. 

IL  —  LES  ACHOPARTS. 

Les  Achoparts  ou  Acopart'  sont  des  barbares  de  l'Orient  qui  figurent 
en  plusieurs  chansons  de  geste.  Ainsi  dans  La  chanson  d'Antioche  : 
De  l'cspèe  tranchant  feri  .j.  Acoupart  (I,  1 19). 
Quatre  mil  Achopan  droit  encontre  lui  2  (I»  212). 
Quant  au  rescourre  vinrent  Persant  et  Acopan  [\\,  246). 


1.  Voy.  Historiens  grtcs  da  troisaiies^  1,  112,  noie  sur  la  première  partie, 
14  d;  Documents  arméniens,  p.  649,  note  1.  —  C'est  la  *  mansio  OpodanJo  » 
de  l'Itinéraire  de  Bordeaux  i  Jérusalem,  édit.  de  la  Société  de  l'Orient  latin 
{Itinerû  et  àticriptioius  Terra  Sancta...^  èà.  T-  Toblki»). 

2.  C'est  atnsi  qu'on  imprime,  mais  on  va  voir  que  vraisemblablement  on  pro- 
nonçait soit  Aehopart^  soit  Açopart. 


4)8  UâUNCES 

Dans  le  Covenant  Vivien  : 

As  mains  les  prennent  paien  et  Sarrazin, 
121  ^  Turc  et  Persant  el  li  Amoravi, 
Et  Acopartj  Esclamor,  Bédouin. 

Dans  Mainet  (Romania^  IV,  525)  : 

II,  i6ï  A  lui  créât  adin  Achoparî  et  Persant. 

Dans  la  chanson  des  Saxons  (I,  96)  : 

Et  li  rois  Bruscotez  do  règne  as  Ascopars  *. 
Dans  la  Distraction  de  Rome  {Remania,  11,  8}  : 

La  veîssés  meint  viautre,  maint  bracbet  descoupler, 
98  Paiens  et  Ascopars  as  espées  juer. 

Dans  le  roman  d'Alexandre  (éd.  Mïchelani,  p.  195,  v.  jj)  : 
Li  messages  s'en  tome  qui  des  fourriers  se  part, 
Et  sist  ens  el  ceval  qui  le  front  ot  liart  ; 
Por  nient  nel  querroit  ne  paien  n*Acopart  ; 

Dans  la  Geste  de  Liège  là  la  suite  de  la  chronique  de  Jean  d'Outre^ 
Meuse,  p.  p.   A.  Borgne!  I,  6oj],  on  voit  Achopart  employé  comme 
nom  commun  : 

Et  si  vous  ay  vengict  des  Romans  achopart  (v.  1 1 17). 

tt  Pour  achopés  y  arrêtés  f*,  dit  l'éditeur.  Continuons: 
Dans  le  Bastart  de  Bâillon  : 

779  Las  !  je  cuidai  avoir  tué  un  Achopart. 
1248 Marbrun  \' Achopart. 

Sur  ce  nom  M.  Scheler  fait  la  remarque  suivante,  à  la  table  de  son 
édition  du  Bastart  de  Bâillon  :  «  Achopart,  nom  d'un  peuple  infidèle, 
«  synonyme  de  Sarrazin,  Turc,  etc.  Les  trouvères  avaient  de  ces  syno- 
«  nymes  pour  toutes  les  rimes  w.  Il  est  vrai  que  les  poètes  ont  employé 
ce  nom  sans  précision^  mais  il  n'est  pas  moins  certain  qu'à  l'origine  il  a 
été  appliqué  à  des  peuplades  sauvages  originaires  de  l'Afrique.  C'est  du 
moins  ce  qui  résulte  du  témoignage  d'Albert  d'Aix  qui  nous  montre  les 
Azoparts  parmi  les  troupes  aussi  innombrables  que  les  sables  de  la  mer, 
qui,  en  1099,  après  la  prise  de  Jérusalem,  vinrent  assaillir  les  chrétiens  : 

Gens  Publtcanorum  et  gens  nigerrimx  cutis  de  terra  ^ihiopix,  dicta  vutga- 
riter  Azopart^  et  omnes  barbera;  natlones  qux  erant  de  regno  Babylonix,  tlluc 
ad  urbcm  Ascalona  conventum  habere  slaïuerant  (XI,  xli  ;  Histor,  occid.  du 
crois,  t  IV,  490). 

Albert,  qui  reproduit  sincèrement  des  récits  populaires,  décrit  cette 
race  avec  des  traits  précis  qui  forment  un  portraii  tout  à  fait  effroyable: 


I.  Var.  ;  Acopsrs^  Achopars. 


LES   ACH0PART5  4)9 

Nam  Azopart,  qui  flexis  genibus  suo  more  soient  bellum  committere,  prx- 
mi&si,  in  fronte  belli  graviter  sjgitUrum  grandine  Gallos  impugnavtrunl,  tubis 
el  tympanistnis  intonantes,  ut  tam  horribilî  sonîtu  equos  et  viros  perlerritos  a 
bclto  et  tocts  campestribus  abslerrereat.  Habcbant  etiam  idem  AzoparC,  vin 
horridi  el  teterrimi,  flagella  ferrata  ac  sxvissima,  quibus  loricas  et  clipcos  gravi 
ictu  penetrabant,  equos  in  frontibus  percutiebant,  et  sonitum  terribilem  per 
universa  agmina  Fidcliutn  faciebaat  (VI,  xuti;  Hut.  occid.  IV,  494). 

Une  troupe  de  ces  barbares  s'éiait  installée  dans  des  cavernes  situées 
au  sud  d'Ascalon,  d'où  ils  attaquaient  les  pèlerins  se  rendant  à  Jérusa- 
lem. Dès  les  premiers  temps  de  son  règne,  Baudouin  I  résolut  d'en  pur- 
ger le  pays.  Le  procédé  ingénieux,  mais  peu  honnête,  qu'il  employa  nous 
a  été  raconté  par  Albert  d'Aix  (Vil,  xxxix).  Il  commença  par  les  enfu- 
mer; et  bientôt  deux  d'entre  eux  se  montrèrent.  Baudouin  («hosiniuens 
vires  horridos  ac  squalidos  »,  les  fit  revêtir  de  riches  vêtements,  et  ren- 
voya l'un  d'eux,  chargé  de  présents,  auprès  de  ses  compagnons,  afin  de 
les  attirer  au  dehors  par  l'espoir  d'un  traitement  semblable.  Ce  qui  eut 
lieu.  Entre  temps  Baudouin  faisait  mettre  à  mon  celui  des  deux  qu'il 
avait  gardé  devers  lui.  Dix  des  Azoparts  se  décident  à  sortir,  accompa- 
gnés de  celui  que  Baudouin  leur  avait  envoyé.  Le  roi  fait  tuer  secrète- 
ment ce  dernier  avec  neuf  de  ses  compagnons,  tandis  que  le  dixième, 
richement  récompensé  par  Baudouin,  rentre  dans  la  caverne  afin  de 
persuader  les  autres  d'en  sortir.  Cette  fois  trente  Azoparts  se  présenieni 
à  Baudouin  qui  agit  comme  précédemment.  Il  en  vint  ainsi  220,  qui 
furent  tous  mis  à  mort.  Il  ne  restait  plus  dans  la  caverne  que  les  femmes 
et  les  enfants  qui,  ayant  conçu  de  justes  soupçons,  se  refusèrent  obstiné- 
ment à  sortir.  Indigné  de  cette  conduite',  Baudouin  fit  de  nouveau 
enfumer  l'entrée  de  chaque  caverne.  Les  malheureuses  femmes  se  déci- 
dèrent alors  à  sortir  avec  leurs  enfants,  et  furent  partagées  entre  les 
chevaliers  qui,  selon  Pusage  consuni  de  la  croisade,  vendirent  les  unes 
et  tuèrent  les  autres. 

En  1 10 [,  à  la  prise  de  Césarée,  500  Azoparts  envoyés  comme  sou- 
doyers  >  par  le  Soudan  d'Egypte  eurent  la  tête  tranchée.  L'année  suivante, 
Baudouin  se  rencontre  dans  la  pbine  de  Ramta  avec  les  Azoparts  : 

...  Gens  intolcrabilis  Azopart  ...  cum  fustibus  in  modom  malleorum  fcrro  et 
plunbo  compositis,  occurenint  Régi  et  suis  (IX,  n  ;  Histor.  IV,  ^^2), 

Enfin,  c'est  par  quatre  Azoparts  que  le  sultan  de  Damas,  Dahired-Dtn 
Toghtikln,  fit  assassiner  l'émir  Maudoud  ;Alb.  d'Aix,  XII,  xviii  ;  Histor, 
IV,  700}. 

Outre  Albert  d'Aix,  le  seul  historien  qui  mentionne  les  Azoparts  est 


1.  €  Quapropter  Baldcwinus  vchcmenleradversuseosindigoatus,..i  (VU,  lï|. 

2.  i  la  conventione  solidorum  >    Alb.  d'Aix,  VII,  lvï. 


440  MgUNGES 

Tudebode.  Après  la  bataille  d'Ascaton,  l'émir  de  Babylone'  se  répand  en 
plaintes  sur  sa  défaitCi  et  énumère  ainsi  les  troupes  qu'il  avait  rassem- 
blées : 

Hue  adduxi  innuraerabtlcm  nraltitudinem  tam  militum  quam  peditum,  sdlicet 
Turconim,  Sarracenorum  et  Arabuin,  Agulanorum  et  Curtonim,  Achuparlo- 
rum*(»'jr.  Asup-),  Azimilorum  et  aliorum  paganorum,  quos  omoes  torpiler 
fugere  Iaxis  frents  per  viam  Babylonicam  video  (Hislor.  occU.  III,  1 1  ('6). 

Celte  énuraération  —  où  on  remarquera  les  Agolans  si  fréquents  dans 
nos  chansons  de  geste  i  —  est  un  développement  dû  à  Tudebode  ;  car 
il  y  a  simplement  ceci  dans  sa  source,  les  Gâta  Francorum  : 

Hue  conduxi  ad  convenlionem  ducenta  mîllia  militum,  et  video  illos  Iaxis 
frenis  fugicntes  per  viam  Babylonicam  (Histor.  occid.  III,  163). 

Je  ne  rencontre  pas  d'autre  exemple  du  mot  Azopan  dans  les  historiens 
de  ta  Croisade.  Les  écrivains  qui  se  piquent  de  latinité,  Fouchier  de 
Chartres.  Guibert  de  Nogent  et  autres,  disent  j^thiopes.  L'auteur  de 
Vltinerarium  Ricardi,  à  la  fin  du  xii*  siècle,  désigne  évidemment  les 
mêmes  hommes,  bien  qu'il  ne  les  nomme  pas,  lorsqu'il  décrit^  dans  l'ar- 
mée de  Saladin,  cette  «  gens  larvalis,  nimis  vehemens  et  pertinax, 
«  natura  deformis,  sicut  et  aliis  erat  dissimilis  animis,  nigro  colore. 
M  enormi  siatura,  feritate  immancs,  pro  galeis  habenies  in  capitibus 
«  rubra  tegumenta,  ferreis  hirsuias  deniibus  clavas  gestantes  inmanibus, 
«  quarum  ictibus  quassanda  nec  cassis  resisteret  nec  lorica*.  » 

Azopart  est  visiblement  un  terme  de  langue  vulgaire  en  usage  chez  les 
chrétiens  établis  en  Orient  ;  et  il  ne  me  semble  pas  qu'on  y  puisse  voir 
autre  chose  qu'un  mot  formé  de  /Ethiops  (AÎÔIo*!*]  avec  le  suffixe  art  s. 


i.  Le  calife  Fatemide  El  Mosta'li  Billah. 

2.  Var  :  Asupatorum.  Dans  la  rédaction  publiée  par  Duchesne  d'après  uo  ms. 
de  Bcsiy  (B.  N.  lat,  4892),  ce  mol  est  remplacé  par  Parthoram. 

3.  Voy.  Chanson  d'AnUothc^  II,  1:9;  Altscans,  v.  i8sî,  etc. 

4.  Ed.  Stubbs,  p.  8j  (collection  du  Maître  des  Rôles).  Cf.  Wilken,  Guchtchti 
der  Knaz2ùee^  H,  17J. 

5.  Peut-être  —  ceci  n'est  qu'une  coniecture  —  y  a-l-il  lieu  de  rattacher 
aux  Azoparts,  en  passant  par  Ascopûrt,  forme  qui  se  rencontre  en  deux  des 
exemples  français  cités  plus  haut,  les  Escobjrtz  de  Cirart  Je  Roussitton^  aux- 
quels personne  ne  parait  s'être  intéressé  jusqu'ici,  sans  doute  parce  qu'on  lit 
très-peu  ce  poème  difficile.  Ils  sont  mentionnés  en  trois  passages,  non  pas  parmi 
les  Sarrazins.  —  il  y  a  très-peu  de  Sarrazins  dans  Girart  de  Roussilton^  —  mais 
parmi  les  cootingents  amenés  i  Girart  par  son  cousin  Foique  : 

I*  Folche  entre  en  Avignon  deverz  les  jarz, 
E  lai  0  dcscendi  non  samble  ganf, 
0  lui  furent  der  mile  de[s]  Escohn, 
De  pros  e  de(s)  hardie  e  ae(s)  gaillarz, 
Nuiriz  en  la  montaignc  que  clol  Lonbarz 
Qui  durel  des  Provence,  des  pons  de  Jarz 
Desci  qu'en  Alemaigne  en  Bel-regarz, 
Aisi  con  le  devis  Mons  Beliarz. 


CHENBUU5,   CANINEUS 


44» 


III.  —  CHENELIUS,  CANïNEUS. 


Les  ChantUuSy  ChâneliaSy  CaneliuSt  Qaatelius,  ne  sont  pas  moins  fré- 
quents que  les  Aroparts  dans  nos  anciens  poèmes  : 

I    —  Rolant  : 

]2jS  La  pretnicre  est  des  Canelius,  des  \ùi,.. 
{269  Dis  Canetiu  chevalchent  environ. 

~  —  Aie  d* Avignon  : 

Assez  i  ol  païen  et  Turc  de  pute  caingne, 
1699  Et  félons  Canclicas  et  Mors  de  Morienne. 

).  ^  Jerusatem  (éd.  Hippeau)  : 
74]  1  Chttulcx  Dissiez  glatir  et  abaihier... 
81  }0  Cbe  sont  et  GaulTrc  et  Bogre  et  Chaideu  pultenl. 

4.  Cirart  de  Roussilhn  (ms.  d'Oxford,  fol.  27)  : 
Qu*en  er  vius  recréant  li  Cheneluas^ 
{Oxi.  fol.  1 2 1 } Don  Chanelai  ». 

U  y  a  aussi  dans  le  ms.  de  Paris  du  même  poème  [v.  }9)9)  : 
Si  cum  fai  Sarazis  ni  Cantneus, 

oîi  le  ms.  d'Oxford,  pour  le  second  hémistiche,  a  0  /(/  tbnus,  et  de 
même  le  ms.  de  Londres,  0  fel  ibriex. 

).  Dans  une  chanson  de  croisade  composée  vers  1 146;  publiée  pour 


Li  marcheis  Amadeus,  Pons  e  Ricarz, 
Furent  scignor  d'aicheste,  c  Folchc  es  cari, 
Lor  cusin  es  germainz  lo  cons  Girarz, 
Fer  ço  viennent  secorre  de  tantes  parc. 

(Ms.  d'Oxford,  dans  Mahn,  CcdithU,  !,  2îi,  cf.  IV,  t.  — 

Ms.  de  Paris,  éd.  Hofmann,  v.  î  57-48;  éd.  Michel,  p.  18.) 

Ce  sont,  comme  on   voit,  des  montagnards  habitant  les  Alpes,  cl  à  une 

assez   grande  dislance    la  contrée  avoisinanle  ;   les  *  pons  de  Jarz  >    icf.    v. 

^699)  me  paraissent  désigner  le  pont  du  Gard.  Le  marquis  Amadeu  est  Amé> 

aée  de  Turin,  qui  tigure  ailleurs  dans  le  même  poème. 

2«  Le  second  et  le  troisième  sont  beaucoup  moins  précis.   L'on  des  compa- 
gnons de  Girart  menace  de  mort  le  roi  Charles  : 
Nom  poirie  caler  cauz  iust  li  arz 
Ab  que  l'ogis  ocis  uns  Escohrz. 

(Mahn,  Ged.  IV,  îjz;  Hofm.   v.  4709-10,  Mich.  p.  148  et 
ÎS>.) 
j'  Ere  coït  de  Girart  que  trop  si  tart, 
Lai  on  lo  cons  encontre  los  Escobar: . 

(Mahn,  Gcd.  IV,  2^9  ;  Hofm.  v.  5270-1  ;  Mich.  p.  166. > 

1.  Cantfuus^  ms.  de  Paris,  éd.  Hofmann,  v.  919. 

2.  Caniiuu,  ms.  de  Paris,  v.  6416. 


44'  MÉLANGES 

la  première  fois  par  Haupt.  et  reproduite  dans  mon  Choix  d'anciens  texies, 
partie  française,  n*  ^9,  on  iit  ce  couplet  : 

DcLS  livra  sun  cors  a  Judeus 

Pur  melre  nus  fors  de  prisun  ; 

Plaies  li  ârent  en  cinq  lieus 

Que  mort  sutTrit  et  passiun. 

Or  vus  mande  que  ChamUaSt 

Et  la  gens  Sanguin  le  felun 

Mult  li  ont  fait  des  vilains  jeus  : 

Or  lur  rendez  lur  gucrrcdun. 

6.  —  Vie  de  sainte  Thaïs  (B.  N.  fr.  24429,  f.  146)  : 

Pour  ce  qu'il  ont  leur  cuer  ou  siècle  trop  endin 
Et  pire  vie  mainnent  que  juif  ne  Sarrasin, 
Et  pEus  horz  ne  sont  tnlc  Chaneliu*  barbarin 
Por  ce  les  suefîre  Diex  venir  a  maie  fin. 

7.  —  J.  Bodel,  Jeu  de  S,  Nicolas  (Montinerqué  et  Michel,  p.  ï68)  : 

Li  Kenelicu,  li  Acbopirt, 
Tout  vegnent  garni  cestepart... 
Va  moi  par  tout  semonre  Gaians  et  QueruUex, 

8.  —  Blancandin  (éd.  Michelant}  : 

Onqucs  rois  n'ot  si  riche  broigne  ; 
Forgie  fu  en  Keneloigne. 
408s  Ci]  qui  tu  rois  des  KcneUas 
Le  présenta  le  roi  des  Grios. 

9.  Rutebeuf,  Complainte  d'oulre-mer  (Jubinal,  2^  édii.,  I,  1 15)  : 

D'aulreparl  vienent  cil  de  Tharse, 
El  Coramin  et  ChcnitHer 
Revendront  por  tout  escillier. 

10  :  Peire  Vidal,  dans  une  pièce  composée  vers  1 187  (édit.  Bartsch, 
n**  j),  cf.  p.  xxxiii]  : 

Quel  Sarrazi,  desleial  Caninca, 

L'an  tout  son  regn'  e  destruîta  sa  pieu. 

)  I .  Aimeric  de  Bclenoi  [Ja  n'er  crezuiz)  : 

Pc!s  fais  desfaitz  pejors  que  Caninetu 

12,  —  Raynouard,  Lex.  rom.  II,  306,  rapporte  cet  exemple  tiré  de 
l'ancienne  traduction  provençale  du  Nouveau  Testament  contenue  dans 
lems.  Bibl.  nat.  fr.  2425  :  et  era  caninera,  qu'il  traduit  de  l'étrange  façon 
que  voici  :  u  Elle  était  aimant  les  chiens  »,  ce  qui  est  d'autant  plus  sin- 
gulier qu'il  renvoie  au  ch.  VII  de  S.  Marc  où  on  lit  (vers  a6)  :  «  Erat 


I.  Chtniia  dans  le  ms.  2162  fol.  109c. 


CHENELIUS,    CANtNEUS  44; 

mulier  gentitts  ».  Je  crois  que  caninera  est  le  féminin  de  canma  '.  Nous 
sommes  sur  la  voie  :  l'exemple  suivant  précisera  l'étymologie  du  mot. 

I  ).  —  Abrégé  d'histoire  sainte,  texte  provençal  (Lespyei  Raymond, 
Récits  d'histoire  samtt  en  béarnais^  I,  1876,  p.  142)  : 

E  eoviiiray  ti  .j.  angel  per  govemador  ticu,  [c  fara  fugir]  los  Camnitas  t  los 
Amorieus  e  los  Cercleus,  los  Parizieus^  los  Saudeus  e  los  Camposenïeus^. 

El.  XXXIIl,  a  :  El  mîtiam  prxcDrsorem  mi  mgeliun,  ut  eicûm  Cbaaanzum  cl 
Amorrhciun  et  Hethxum  ei  Pherenum  et  Herxum  et  Jebusxum. 

L'étymologie  de  Canineu  ou  du  français  Chaneliu^  Canelm,  etc.,  qui 
est  évidemment  le  même  mot,  est  démontrée  par  ce  dernier  exemple  : 
c'est  Çk^nan^as,  Ce  n'est  donc  ni  «  le  peuple  du  pays  où  croUla  canelle  *> 
(Fr.  Michel,  Rolant,  éd.  de  1869I,  ni  des  1  luminiers  »  [Génini,  ni  des 
habitants  du  Coine  P.  Parisl,  ni  une  «  race  de  chien  »  [Raynouard, 
Lex.  rom.)^  ni  le  mot  turc  chdnlô  (Haupt),  ni  le  «  soudan  tCieroel  a  iJu- 
binaJ). 

J'étais  arrivé  à  la  véritable  étymologie  longtemps  avant  la  publication 
des  Récits  d'histoire  sainte  de  MM.  Lespy  et  Raymond';  j'y  avais  été  con- 
duit par  la  forme  provençale  qui  a  consers'é  Vn  étymologique,  Canineu, 
devenu  /  en  français  par  un  fait  de  dissimilation  assez  fréquent  (comp. 
orfenin  et  orfeliny  venin  et  velin,  etc.).  Je  ne  me  suis  pas  pressé  de  publier 
cette  petite  découverte,  d'abord  parce  que  je  fus  informé  par  une  com- 
munication privée  que  M.  Tobler  l'avait  faite  de  son  côté  ;  ensuite  parce 
que  mes  recherches  n'étaient  pas  —  et  ne  sont  pas  encore  maintenant  — 
assez  complètes.  Ce  qui  me  décide  à  publier  ces  noies,  c'est  que  M .  Bœh- 
mer  vient  d'indiquer,  sans  la  démontrer,  la  même  étymologie*.  Il  reste 
â  trouver  la  voie  par  laquelle  les  Chanansi  sont  entrés  dans  la  tradition 
populaire.  Car  il  ne  me  semble  pas  que  le  caractère  défavorable  qui  est 
donné  dans  la  Bible  aux  Chananéens  suffise  pour  expliquer  t'introduc- 
lion  de  ce  nom  dans  les  récits  épiques  où  des  populations  de  l'Orient 


1.  Le  traducteur  a  probablement  èlè  inâuencé  par  le  <  moHcr  Chaïunaà  » 
du  récit  parallèle  de  S.  Mathieu,  XV,  22. 

2.  Ces  derniers  noms  sont  biea  corrompus.  Voîcl  les  textes  béarnais  (Lespy 
«  Raymon,  p.  2)  et  catalan  <éd.  Amer,  Barcelone,  iSyj,  p.  8$): 

Bramais  :  e  fan  fugir  tlaUnt  tu 

los  Caitdbeuj  et  los  Amorcus  «  los  Filist« 
n  loi  Gebuseus. 

La  forme  Canabeus  du  texte  béarnais  semble  indiquer  une  mauvaise  lecture 
de  CùiiûUa,  auquel  cas  l'original  de  cet  abrégé  d'histoire  sainte  serait  français. 
C'est  peut-être  par  suite  de  la  même  erreur  que  Conrad,  l'auteur  du 
Rolandsiiedj  a  aussi  Canabeus  au  lieu  des  Canelias  du  poêrae,  ce  qui  l'a  entraîné 
  d'autres  modificaiions  ;  voy.  la  nouvelle  édition  du  Rolant  de  M.Tb.  Mûller, 


Catalan  :  qui  fara  fugir  denant  tu 

los  Canantus  e  los  Amorreus  e  los  Aiaon 
e  los  Phamem  e  los  Ccbascus. 


P'  3S7- 

3.  Romaniû,  vk  44,  n 

4.  Romanisckc  Simien,  Itl, 


3.  kommû,  VI,  44,  note  1. 


170. 


444  N ÉLANCES 

sont  mises  en  scène  ;  d'autant  plus  que  Canetiu  n'est  pas  usité  ordi- 
nairement comme  traduction  de  Chamndi  dans  les  anciennes  versions 
françaises  de  la  Bible,  les  traducteurs  employant  de  préférence  des 
formes  calquées  sur  le  latin,  ChananeuSj  par  exemple,  III,  Rois,  ix,  16. 
Le  provençal  Can'tneu  conduit  à  supposer  l'existence  d'une  forme  popu- 
laire où  un  i  avait  remplacé  le  second  a  du  mot  latin,  peut-être  par  suite 
de  quelque  fausse  étymologie  qui  aurait  rattaché  Chanan^as  àca/iiî'. 
L'auteur  de  la  chanson  de  Jérusalem,  qui  fait  aboyer  \esCheneUaSt\maxt 
pour  cette  étymologie  (exemple  }).  Je  n'attribue  aucune  valeur  à  Kene- 
toigne  (dans  l'ex.  de  Blancandin),  qui  me  semble  fait  sur  Keneïiu  =.  Il  fau- 
drait donc  trouver  des  exemples  de  Chananaus  avec  un  sens  moins  préds 
que  dans  la  Bible.  J'ai  vainement  cherché  ces  exemples  dans  la  littéra- 
ture ecclésiastique  et  historique  du  moyen  âge. 

P.  M. 

P.  S.  Au  moment  où  je  corrige  cette  épreuve,  G.  Paris  me  signal? 
un  passage  dans  la  vie  de  saint  Macaire  {ViU  Patram,  éd.  Rosweyd, 
p.  22$),  011  on  voit  déjà  opérée  la  transformation  des  Chananéens  en 
êtres  fantastiques  :  a  Itaque  exeunies  inde,  terram  Chananaeorum  ingressi 
<i  sumus  qui  ab  aliis  Cynocephali  dicuntar,  et  videntes  illos,  in  aspcau 
■  eorum  valde  mirati  sumus.  Ipsi  vero,  cum  muHeribus  suis  et  subtus 
n  in  pétris  habitantes,  nos  omnino  non  teiigcrunt,  Christi  nos  protcgentc 
«  gratia.  » 


1 .  L'e  du  français  Canchu  représente  fort  régulièrement  Va  placé  entre  deux 
toniques  de  Chânanàeus.  mais  Vi  du  provençal  Canmu  ne  peut  pas  avoir  la 
même  origine,  du  moins  immédiatement. 

2.  Centloignc  figure  encore  dans  Maùict,  1,  yj  ;  voir  la  note  de  G.  Paris, 
Romaniaj  IV,  }i-j. 


COMPTES-RENDUS. 


The  Troabadoors,  a  htstory  of  provençal  life  ând  litenture  in  thc  middte 
âges,  by  Francis  Hleffer.  London,  ChaUo  and  Windus,  8%  xviij-j67  p. 

M.  HuelTcr  explique  dans  sa  préface  que  son  intention  a  été,  non  pas  de 
traiter  U  littéraure  des  troubadours  d'une  façon  approfondie  et  «  scientifique  a, 
nais  d'écrire  à  l'usage  du  grand  public  un  livre  lisible  {a  readabU  hok)^  ce  qui, 
dit-il^  ■  selon  un  préjugé  répandu,  est  incompatible  avec  le  principe  scienti- 
<  fique  ».  Je  ne  sais,  pour  ma  part,  si  ce  préjugé  existe  réellement.  Le  public, 
même  le  public  anglais  duquel  M.  Hueffer  parait  se  défier,  trouve  les  livres  de 
Max  Màller,  de  Freeman^  du  doyen  Stanley,  fort  «  lisibles  t  et  cependant  la 
méthode  de  ces  auteurs  a  tout  droit  k  la  qualification  de  <  scientifique  ■>.  Le 
grand  public  ne  peut  certainement  pas  goûter  une  monographie  scientifique, 
parce  qu'en  général  il  ignore  les  faits  qui  en  sont  le  point  de  départ,  faits  que 
Fauteur  de  la  monographie,  écrivant  pour  des  savants,  suppose  connus.  Mais 
i        le  cas  n'est  pas  le  même  pour  un  ouvrage  d'ensemble  sur  (a  littérature  et  llits- 

»toire  d'un  pays,  Le  public  instruit  et  lisant  —  et  ce  public  est  plus  nombreux 
en  Angleterre  que  nulle  autre  part  —  a  une  préparation  suffisante  pour  être  en 
état  de  lire  avec  profit  et  plaisir  tout  livre  de  ce  genre,  pourvu  que  l'exposition 
I  en  soit  claire  et  attachante,  ce  qui  peut  parfaitement  se  combiner  avec  un  trai- 
tement (  scientifique  >  du  sujet.  En  somme,  quand  il  s'agit  d'une  composition 
qui  embrasse  la  totalité  d'un  sujet  considérable,  la  différence  entre  un  ouvrage 
«  scientifique  >  et  an  ouvrage  de  vulgarisation  me  paraît  perdre  beaocoup  de 
sa  réalité.  Quiconque  voudra  écrire  une  histoire  suivie  de  la  littérature  de  n'im- 
porte quel  pays  européen  n'aura  rien  autre  i  faire,  en  beaucoup  de  cas,  que  de 
présenter  sous  une  forme  plus  ou  moins  nouvelle  des  faits  connus.  Qu'il  ait  en 
vue  les  savants  seulement  ou  te  grand  public,  son  rôle  sera  nécessairement, 
pour  beaucoup  de  parties  du  sujet  traité,  le  r6te  d'un  vulgarisateur,  tandis  que 
pour  d'autres,  U  où  le  sujet  exigera  des  recherches  nouvelles,  il  devra  faire 
ceuvre  de  savant. 

Eo  ce  qui  concerne  la  littérature  provençale  en  particulier,  le  nombre  des 
cas  où  l'historien  peut  se  borner  i  résumer  les  travaux  d'autrui  est  encore  assez 
limité  :  une  grande  partie  du  champ  est  à  peine  défrichée  j  de  sorte  qu'un  livre 
tel  que  celui  dunt  nous  rendons  compte  exige  —  s'il  prétend  être  d'aucun  ser- 
vice —  une  assez  grande  dose  de  recherche  personnelle.  Que  l'auteur  traite 
son  sujet  i  la  manière  d'une  monographie  scienti5que,  n'avançant  rien  sans  le 


446  COMPTES-RENDUS 

démoQlrerf  ou  que,  gardant  par  devers  lui  tout  l'appareil  de  la  recherche,  il  le 
borne  à  donner  au  public  les  résultats  obtenus,  c'est  presque  une  affaire  de 
forme.  Eo  l'un  et  l'autre  cas  il  est  nécessaire  que  des  recherches  aient  été  faîtes 
de  première  main,  sous  peine  de  Isisser  en  blanc  d'importantes  parties  du  sujet. 
M.  H.  ne  paraît  pas  du  tout  s'être  rendu  compte  de  cette  nécessité.  Il  semble 
croire  (voy.  sa  préface)  qu'il  lui  eôl  suffi  de  changer  un  peu  la  forme  de  sou 
livre,  de  préciser  quelques  faits,  d'ajouter  des  noies  et  des  références  au  bas  des 
pages  pour  faire  un  livre  c  scientifique  m.  En  quoi  —  comme  en  bien  d*atitres 
choses  —  il  se  fait  itluston.  Car  Don*seulemcnt  il  ne  se  montre  point  en 
état  de  traiter  de  première  main  aucune  partie  du  sujet,  mais  même  U  s'en  faut 
de  beaucoup  qu'il  sache  tout  ce  que,  sans  recherche  personnelle,  on  peut 
apprendre  sur  les  troubadours.  M.  H.,  quia  publié  en  1869,  à  Berlin,  une  disser- 
tation de  doctorat  sur  le  troubadour  Guillem  de  Capestalng^  parait  être  depuis 
lors  resté  entièrement  étranger  au  progrès  des  études  provençales.  Je  ne  crois 
pas  qu'il  connaisse  aucune  des  publications  provençales  faites  dans  ces  dix 
dernières  années,  sinon  l'édition  du  Moine  de  Montaudon,  par  le  D'  Philipson, 
qui  n'est  certes  pas  un  travail  remarquable.  Non-seulement  il  ne  soupçonne  pas 
qu'il  puisse  y  avoir  rien  concernant  les  troubadours  dans  les  revues  romanes  d'AU 
lemagne,  de  France  ou  d'Italie,  mais  je  doute  mime  qu'il  connaisse  le  Grandriss 
de  M.  Bartsch.  Cette  ignorance  trouve  dans  une  certaine  mesure,  non  pas  son 
excuse,  mais  son  explication  dans  la  façon  dont  le  livre  a  été  composé.  Depuis 
1871  M.  H.  avait  publié  dans  des  revues  anglaises,  le  North  Briùsh  Rmew^  le 
Macmilléin'i  Magazine^  etc.,  quelques  asays  sur  différents  points  de  littérature 
provençale.  Ces  essais,  dont  deux  ou  trois  me  sont  tombés  sous  les  yeux  Ion 
de  leur  publication,  ne  se  recommandent  pas  par  une  grande  originalité,  mais 
en  somme  sont  écrits  avec  assez  de  soin  et  restent  dans  la  moyenne  de  la 
littérature  des  magatines.  Je  me  rappelle  notamment  un  essay  assez  bien  tourné 
sur  Flamenta,  qui  parut  dans  le  Macmillati*s  de  juillet  1877.  Ces  différents 
articles,  reliés  entre  eux  par  des  chapitres  additionnels,  ont  formé  le  livre  de 
M.  Huetîer.  Mais  les  articles  réimprimés,  qui  sont  certainement  ce  qu'il  y  a  de 
mieux  dans  le  livre,  sont  déjà  quelque  peu  arriérés,  et  quant  aux  chapitres 
additionnels,  qui  ont  été  écrits  avec  hdte  et  sans  aucune  préparation,  ils  sont 
au-dessous  du  médiocre.  De  tout  cela  est  résulté  un  livre  sans  proportions  et 
qui,  sur  aucun  point,  n'est  au  courant  de  la  science.  Quant  au  manque  de 
proportions,  je  me  bornerai  à  citer  ce  fait  que  M.  H.  ayant  intitulé  un  de  ses 
chapitres  île  troisième  de  la  première  partie)  «  Artistic  Epie  »,  consacre  douze 
pages,  sur  treize  dont  se  compose  le  chapitre,  à  Fiamtnca,  tandis  que  sur  tes 
autres  novas  de  la  littérature  provençale,  il  y  a  simplement  ceci  :  •  Parmi  les 
•  productions  de  ta  poésie  des  cours,  on  peut  mentionner  le  célèbre  roman 
I  de  Jauffre,  décrivant  les  amours  de  ce  chevalier  avec  la  belle  Bnioesen  et 
■  autres  aventures  ;  aussi  l'histoire  de  Guillem  de  la  Bar  {sic,  lisez  Barre) 
«  rendue  publique  il  n'y  a  pas  longtems  par  M.  P.  Meyer  d'après  le  manuscrit 
I  unique  du  marquis  de  La  Grange  *■  L'auteur  est  Arnaut  Vidal  qui  gagna  la 
f  violette  d'or  aux  jeux  floraux  de  Toulouse,  pour  un  doux  chant  à  la  Vierge.  » 


I .  Non,  maU  du  marquis  de  ia  Carde. 


HUEFPER,   Thé  Troubadours  447 

Pas  une  date!  JâujriAn  moins  méritait  mieax,  et  peut-être  eât-il  été  â  propos 
de  dire  un  mot  de  Blandin  de  CornouailU. 

L'ordre  suivi  par  M.  H.  dans  son  exposition  est  de  telle  nature  qu'il  serait 
impossible  d'en  donner  une  idée  sans  reproduire  (a  table  des  chapitres  —  ce 
qui  serait  faire  un  mauvais  emploi  de  la  place  dont  nous  disposons,  —  Qu'il 
suf&se  de  dire  que  cet  ordre  n'est  ni  l'ordre  chronologique  ni  l'ordre  de  matières. 
Ainsif  dans  ta  seconde  partie,  intitulée  a  biographique  1  et  qui  se  compose  d'une 
suite  d'essûjs  sur  uue  demi-douzainc  de  troubadours,  on  voit  avec  étonnement 
Beatrix  de  Die  et  Rambaut  d'Orange  prendre  place  après  Folquet  de  Marseille, 
Gaillaume  Figueira  et  Peîre  Cardinal,  qui  sont  plus  récents.  M.  H.  n'a  évidem- 
ment aucune  notion  de  la  chronologie  des  troubadours,  ce  qui  peut  d'ailleurs 
être  constaté  presqu'i  chaque  page.  Ainsi  dans  le  chapitre  (le  huitième  de  la 
première  partie)  sur  la  pastourelle,  je  vois  avec  étonnement  Guiraut  Riquier  men- 
tionné en  premier  lieu  :  •  No  bettcr  sign  of  thc  sterling  value  of  Guiraut 
€  Riquier's  talent  could  be  required  than  the  fact  that  the^rif  namewemeet  in 
t  this  new  field  (the  pastonîa)  is  bis  >.  Et  cependant,  un  peu  plus  loin,  dans  le 
même  chapitre,  il  est  question  —  sans  aucune  indication  de  date  —  de  Marca- 
brun,  antérieur,  comme  on  sait,  de  plus  d'un  siècle  i  Guiraut  Riquier.  C'est  à 
croire  que  M.  H.  n'a  jamais  ouvert  les  Ltken  aiul  Wakt  4tr  Tfoabadoan  de 
Oiez. 

Nous  De  pouvons  pas  entrer  dans  la  critique  détaillée  d'un  livre  aussi  faible  : 
il  nous  suffit  d'avoir  mis  le  lecteur  en  état  de  l'apprécier.  Je  m'abstiendrai  donc 
de  relever  une  infinité  d'erreurs  de  détail  soit  dans  les  faits,  soit  dans  tes  noms, 
dont  beaucoup  sont  abominablement  écorchés.  Je  citerai  cependant  encore  on 
lait  qui  prouve  le  peu  de  bonne  foi  scientifique  de  l'auteur.  M.  H.  mentionne 
dans  sa  préface  le  nom  de  G.  Paris  parmi  ceux  des  érudits  qui  ont  apporté  leur 
contingent  aux  éludes  provençales.  Mais  c'est  là  une  indication  en  l'air  querîea 
dans  le  livre  ne  vient  confirmer.  Il  y  avait  pour  M.  H.  deux  occasions  au  moins 
de  faire  usage  des  travaux  de  G.  Paris,  dans  le  chapitre,  assez  singulièrement 
intitulé  Apocr-ypha^  où  il  traite  de  l'épopée  provençale  et  d'Arnaul  considéré 
comme  auteur  d'un  Lancelot  :  or  il  est  de  toute  évidence  que  M.  H.  n'a  connu 
ni  le  travail  de  G.  Pans  sur  Ulrich  de  Zazikhoven  et  Amaut  Daniel  {Bibi.  dt 
l'Et.  du  c&.f  iit6j)  ni  V Histoire  poàitjoe  de  CfmrUmagru. 

En  somme  l'ouvrage  que  nous  venons  d'examiner  sommairement  ne  peux 
donner  au  public  anglais  qu'une  bien  imparfaite  idée  de  l'érudition  et  de  la  cri- 
tique avec  laquelle  les  compatriotes  de  M.  Hueffer  ont  étudié  la  littérature  pro- 
vençale. [)épourvu  des  qualités  que  l'on  s'accorde  à  reconnaître  aux  Allemands, 
cet  ouvrage  ne  se  recommande  pas  davantage  par  cette  clarté  dans  l'esposition, 
cette  habileté  à  grouper  les  faits  et  à  en  faire  sortir  des  idées  générales,  ce 
talent  à'tssay'ut  en  un  mot,  qui  est  si  fréquent  outre  Manche.  —  Le  cartonnage 
est  fort  élégant  et  rend  le  livre  propre  à  figurer  avantageusement  sur  la  table 
d'un  sUUng  foom*. 

P.  M. 


I.  AD  moment  où  j'écris  cet  anicle,  je  reçois  le  n*  de  VAcademy  du  i  \  juin,  et  je  sots 
étonné  de  lire  dam  ce  journal,  ^m  est  généralement  csiimé  pour  la  sûreté  et  rimpanïa- 
Hlé  de  set  appricuttons,  un  article,  du  reste  signé  d'un  nom  inconna,  oft  )l  est  tait  un 


448 


COMPTES-RENDUS 


Ad.  BiRcii-HrBSCHTCtD,  tTeber  die  den  Provensallschen  Trouba- 
dours des  XII  and  Xm  Jabrhnaderts  bekannten  epischeo 
Stofle.  Leipzig,  1878  i  in-8',  92  pages. 

L'auteur  de  cette  brochure  s'est  proposé  de  réunir  et  de  commenter  lesooiD' 
breuses  allusions  que  les  poètes  provençaux  ont  faites  i  des  compositions  épiques. 
C'est  li  un  travail  dont  M.  Birch-Hirschfeld  n'est  pas  le  premier  â  avoir  recûonu 
l'utilité.  Il  y  a  bien  longtemps  que  Raynouardj  dans  le  tome  II  de  son  Chou  àa 
poésies  éts  Troubadours,  et  Fauriel,  dans  le  tome  III  de  son  Histoire  de  la  Potiu 
pravcnçalt,  ont  dressé  des  listes  de  ces  allusions.  Mais  leurs  recherches,  si  méri-  j 
loires  qu'elles  soient,  sont  loin  d'avoir  épuisé  la  matière,  et  on  ne  s'en  étonnera  ' 
pas  si  on  considère  {|,ue  de  leur  temps  les  poésies  provençales  étaient  en  grande 
partie  inédites.  En  outre,  les  études  sur  toutes  les  parties  de  la  littérature  du 
moyen  Age  ont  pris,  depuis  la  mort  de  ces  deux  savants,  un  immense  développe- 
ment ;  nombre  de  poèmes,  dont  ils  ne  soupçonnaient  pas  l'existence,  ont  vu  le 
jonr,  et  ceux  qu'ils  connaissaient  ont  été  examinés  de  plus  près,  de  telle  sorte 
qu'il  est  maintenant  aisé  non  seulement  de  dresser  une  liste  beaucoup  plus  com- 
plète que  celles  de  Raynouard  et  de  Fauriel,  mais  encore  d'expliquer  beaucoup 
de  témoignages  qui  pour  eux  étaient  obscurs,  Le  sujet  choisi  par  M.  B.~H,  est 
donc  des  plus  intéressants,  et,  entre  les  mains  d'un  homme  soigneux  et  au  cou- 
rant des  travaux  modernes  sur  la  littérature  narrative  du  moyen  ige,  il  pouvait 
donner  lieu  â  une  sorte  de  répertoire  où  on  aurait  trouvé  commodément  grou- 
pées el  classées  une  infinité  de  notions  jusqu'à  ce  jour  éparses  en  un  très-grand 
nombre  d'ouvrages. 

Nous  sommes  malheureusement  obligés  de  constater  que  le  soin  et  les  con- 
naissances nécessaires  ont  fait  défaut  dans  une  grande  mesure  A  M.  Birch- 
Hirschfeld. 

Après  quelques  observations  préliminaires  sur  quelques-uns  des  textes  pro- 
vençaux qui  fournissent  le  plus  d'allusions  i  la  littérature  narrative  du  moyen 
Age,  notamment  sur  les  pièces  si  souvent  citées  de  Guiraut  de  Cabreira,  de 
Gniraul  de  Calanson  et  de  Bertran  de  Paris,  M.  B.-H.  entre  en  matière,  et 
répartit  tes  témoignages  qu'il  a  réunis  en  trois  séries  :  i*  allusions  à  des  sujets 
pris  de  l'aotiquité  ou  de  la  Bible  Cp*  6*38)  ;  2*  allusions  à  des  sujets  du  cycle 
breton  (p.  38-551  ;  5"  allusions  i  des  sujets  de  l'épopée  française  (p.  56-79).  Au 
troisième  chapitre  Tauteur  a  joint  les  allusions  aux  récits  relatifs  k  Renart  et  à 
Isengnn,  et  celles,  en  assez  grand  nombre,  qu'il  n'a  pu  déterminer.  Ilefitmicox 
valu  former  de  ces  deux  séries  deux  chapitres  i  part. 

Un  premier  défaut  du  travail  de  M.  B.-H.  est  d'être  d'un  usage  pca  com- 
mode. Tout  répertoire  doit  être  conçu  de  telle  sorte  que  les  recherches  s'y 
puissent  laire  sans  perte  de  temps.  Or,  les  témoignages  empruntés  aux  trouba- 
dours se  suivent  dans  chacune  des  trois  séries  sus-indiquées  sans  qu'aucun  signe 
typographique  —  tel  qu'un  espace  ou  un  titre  placé  en  vedette  —  annonce 


éloge  oreiqne  ridicule  du  livre  de  M.  Hueffer.  J'y  ai  pounani  apprû  que  j'avais  récem- 
ment tditè  (Utety  tdiUà)  le  romaa  de  «  Guillem  de  Ij  Barr  >  \stc).  L'autenr  de  cet 
article  josttne,  en  ce  qui  te  concerne,  la  rcmaroue  qu'il  liii  en  lermînani,  que  M.  Hnef- 
fer  a  écrit  sur  un  suiet  m  whkh  is  Icnonrn  to  ili  roen,  and  famtltar  to  none  i>. 


BmcH-HiRSCKPELD,  Die  dtti  Trouttathi^s  hekannUn  epischtn  Siogc  449 

qa'on  passe  d'un  sujet  à  un  sutre.  On  aurait  pu  remMier  i  cet  inconvénient  i 
t'aide  d'une  table  des  sujeti,  mais  de  tiible  M  n'y  en  a  point  dans  cette  disser- 
littoo.  J'ai  été  obligé  d'en  confectioaner  une  i  mon  usage,  oon  sans  profit  pour 
le  présent  compte-rendu,  car  le  rapprochement  des  passages  ob  M.  B.-H  repro- 
duit les  mêmes  témoignages,  m'a  lait  reconnaître  dans  son  travail  diverses 
erreurs  dont  autrement  je  ne  me  serais  probablement  pas  aperçu. 

Le  principal  mérite  d'un  travail  de  ce  genre,  c'est  d'être  aussi  complet  que 
possible;  M.  B.-H.  n'a  pas  prétendu  épuiser  la  matière,  mais,  en  reconnaissant 
qu'il  a  borné  ses  recherches  aux  textes  provençaux  qui  sont  publiés  (p.  }),  il 
donne  \  entendre  qu'il  les  a  dépouillés  complètement.  Il  s'en  faut  de  beaucoup, 
cependant,  qu'il  en  soit  ainsi^  et  je  pourrais  dresser  une  liste  assez  longue  des 
illusions  qu'il  n'a  pas  relevées,  et  qu'il  aurait  pu  trouver  dans  des  poèines  impri- 
més. Comme  il  y  a  beaucoup  d'autres  critiques  à  adresser  i  ce  travail,  je  me 
bornerai  i  noter,  à  titre  d'exemple,  que  M.  B.-H.  n'a  pas  connu  le  plus  ancien, 
et  par  conséquent  te  plus  important,  des  téroognages  que  nous  avons  sur  Aiol^ 
celui  de  Rambaut  d'Orange,  qui  a  été  relevé  dans  la  préface  de  l'édition  don- 
née récemment  par  la  Société  des  anciens  textes  français.  Ce  texte  a  pourtant 
été  imprimé  deux  fois  dans  les  Gtdichu  des  Troubadours  de  Mahn,  sous  les  n-  jiO 
et  624. 

II  est  facile  de  se  rendre  compte  de  la  façon  dont  M.  B.-H.  a  procédé.  Il  a 
pris  comme  base  ta  liste  de  Faurtelf  et  l'a  complétée  par  des  lectures  faites  au 
hasard.  Le  défaut  de  soin,  qui  est  le  défaut  capital  de  cette  dissertation,  a  été 
poussé  à  ce  point  que  l'auteur  n'a  pas  pris  la  peine  de  vérifier  les  textes  de 
Fauriel  en  des  cas  où  la  vérification  était  nécessaire,  en  même  temps  que  très- 
facile.  Ainsi,  à  propos  de  Flotre  a  Bhnchtfior  {p.  ja),  M.  B.-H.  cite  ces  vers 
de  Fiamtnia  : 

va  sus,  Aliz,  e  contrafai 
Quem  àoRos  pis,  si  con  il  Fai  : 
Pren  le  romani  de  Btanuflor. 

Donos  est  une  faute  d'impression  du  livre  de  Fauriel.  Il  n'est  personne,  parmi 
tes  érudils  qui  s'occupent  des  littératures  romanes,  qui  ne  sache  que  ce  livre, 
ayant  été  publié  après  la  mort  de  l'auteur,  est  rempli,  surtout  dans  les  textes 
provençaux,  de  fautes  d'impression  dont  Fauriel  ne  saurait  être  rendu  respon- 
sable. Si  M.  B.'H  ne  savait  pas  assez  de  provençal  pour  corriger  ^onoi  en 
donts,  il  aurait  pu  prendre  la  peine  de  recourir  à  l'édition  de  Ftaimnca,  ob  il 
aurait  trouvé  la  bonne  leçon.  Mats  il  y  a  plus  :  non  content  de  reproduire  les 
fautes  d'impression  de  la  liste  dressée  par  Fauriel,  M.  B.-H.  est  négligent  i  ce 
point  qu'il  ajoute  de  son  crû  des  fautes  qui  ne  sont  pas  dans  Fauriel.  Ainsi  on 
lit  dans  Fauriel  {Poésie  prov.  111,  465)  : 

Senhors  remembre  vos  GmUutme  al  cort  oes 
Co  ab  leti  d'Aurenu  surric  uns  desturbicn. 

Ces  deux  vers  sont  tirés  du  poème  de  ta  Croisade  albifieoisc.  Si  M. B.-H. 
avait  vérifié  cette  citation  dans  l'édition  de  Fauriel  il  aurait  lu  au  premier  vers 
Cuitkcimet  nécessaire  pour  la  mesure  ;  s'il  avait  consulté  mon  édition  il  aurait 
lu  au  second  vers  al  au  lieu  de  ah.  Mais  il  n'a  pas  suffi  à  M.  B.-H.  de  repro- 
duire nn  mauvais  texte,  il  a  fallu  qu'il  y  ajoutât  deux  fautes  (p.  67)  :  itcc 
Romania,  Vil  jû 


4$0  COMPTGS-RENOUS 

un  égal  mépris  de  la  meure  et  de  U  rime,  il  »  change  sat  en  stSj*  ce  tau  «i- 

turburs  en  tan  destruction  ! 

Il  est  peu  probable  que  M.  B.-H.  ait  ignoré  l'existence  des  deux  idJXkmk. 
poëme  de  la  Croisade.  A  coup  sûr  il  connaissait  mon  édîtioD  de  Fùmaa, 
puisqu'il  la  cite  occasionnellemeat,  p.  j  ;  mais  il  De  paraît  pas  s'en  êtte  nsn, 
ou  du  moins  en  avoir  fait  un  dépouillement  régulier.  Il  y  aurait  tmiiè,  « 
dans  le  texte,  soit  dans  les  cotes,  de  quoi  enrichir  sa  liste,  une  allusioo  4  M^ 
girr  par  exemple  (v.  191  ])*;  it  y  aurait  trouvé  aussi  (p.  zSa)  que  M.  H^teM 
n'est  pas  le  premier  i  avoir  reconnu  que  la  fin  de  Joardam  dt  Blajt  étaâ  i» 
tèe  de  l'histoire  d'Apollonius. 

Beaucoup  d'autres  travaux,  plus  importants  daos   l'espèce  que  cBonédiui 
de  Flamenca,  ont  été  comptêtemeat  ignorés  de  M.  Birch-Hirschfeld.  t* 
querai  quelques-uns. 

M.  6. -H.  a  cité  la  pièce  de  Guiraut  de  Cabreira  d'après  l'édition  dcnoc* 
M.  Bartsch  dans  ses  DcnkmttUr  ;  cette  édition,  faite  sur  une  copie  de  SaolK* 
Falaye,  présente  une  lacune  non  sans  importance,   et  de  plus  diverses  fim- 
M.  Mussafia  a  rempli  cette  lacune  et  corrigé  ces  fautes  d'après  lents,  on^^ 
ce  qu'a  ignoré  M.  Birch-Hirschfeld.   La  lacune  consiste   en  rotnissioa  de 
deux  vers  qui  doivent  prendre  place  dans   l'édition  de  M.  Bartsch  aprésWpn- 
mier  vers  de  la  p.  91  : 

Ki  d'Elias  ni  de  Drogoo 
Ni  de  Maurin. 


\ 


Notre  épopée  connaît  plusieurs  Elle  {par  ex.  Elie  de  Saint-Gille)  et  pi 
Droon  ;  quant  3  Maurin,  je  ne  vois  pas  à  qui  l'allusion  pourrait  se  rapport». 
sinon  au  comte  Maurin,  l'un  des  principaux  personnages  de  l'étran^  pote 
auquel  appartiennent  les  fragments  récemment  publiés  par  M.  Schel^  sm  Ir 
titre  d'^igar  et  Maurin.  Dans  ces  fragments  5gure  précisément  un  comte  Dm^ 
—  Entre  autres  corrections  qu'il  importait  i  M.  B.-H.  de  connaître,  ft  dtm 
Olivj  au  lieu  d*Otiûa  que  porte  l'édition  de  M.  Bartsch  (p.  91  v.  )t;  [ac«T» 
lion  était  d'ailleurs  tout  indiquée  par  la  présence  de  Dovon  dans  le  nênciw 
et  il  y  a  bien  des  années  que  F.  Wolf  l'avait  faite.  Oliva  t  DoYoa,  c'est  kMflK 
bien  connu  de  Dpon  de  (a  Rocke  '  ;  ce  n'est  pas  du  tout,  cotnRie  le  dit  au 
M.  B.-H.  Ip.  68),  le  roman  perdu  de  Doon  de  NanteuU. 

M.  B.-H.  parait  avoir  mis  un  certain  soin  à  assembler  et  i  contii 
allusions  relatives  i  la  légende  d'Alexandre.  Seulement  le  même  travail  inkiÊt 
fait  d'une  façon  encore  plus  complète,  et,  ce  me  semble,  avec  plus  d'ontre.  i  1 
a  vingt  ans,  par  M.  Bartsch  dans  la  Girmania  (11,  ^\^  ss.),  à  propos  d  AI&M 
de  BÔançon*.  Sur  Thonias^de  ICent,  quia  composé  un  roman  d'Aleuate 
M.  B.-H.  (p.  24)  aurait  pu  consulter  mes  Rapporu,  p.  8j  et  87. 


I.  Notons  en  passant  que  ce  poème  burlesque  a  d^  être  fort  goûté  an  mom  Igc,  cr 
U  y  est  fait  allasion  dans  ^10/,  v.  9})  et  ^991  ;  dans  U  Violeite.  p.  11  ;  ;  daaa  fttfièetfl, 
{"éd.  I,  38],  y  M.  Il,  90;  dans  Robin  rt  Marion  (Vonincrqué  et  'wicbd,  TM^ 
frmçâis  au  moy.  âgr,  p.  H)). 

a.  Del  codict  Esttnst,  dam  les comptei-rendiu  de  l'Acadimie  de  Vienne,  LV,  41*4. 

).  Sachs,  Btitr^t,  p.  i-io.  —  J'ai  une  copie  du  mi.  unique  de  ce  poime,  «t  JcfOH 
en  donoer  bientôt  une  édition  pour  la  Sodéiè  des  anciens  icttcs  français. 

4.  On  q'b  pas  relevé  un  ténK>igna;ge,  da  reste  peu  tntèreuant,  que  fnnrnimM  «mIim 


BiRCH-HiRSCHFELD,  Die  (Un  Troubadours  hekannten  epischen  Stoffe  4c  i 
Constantin  (p.  2S-6).  M.  B.-H.  ne  sait  pis  qu'il  y  a  dans  Ir  Jahrb.  f.  roman. 
\LittT.  Xlli,  ro4-8,  un  travail  spécial  de  M.  Tobler  sur  ce  roi  Constantin  qui  fut 
Itrompé  par  sa  femme.  L'article  du  caUilogue  de  Gui  de  Be<tuch3mp',  comte 
Warwick,  cité  en  note,  appartient  à  on  tout  autre  sujet  :  *  Un  volume  de) 
Iromaunce  deu  Brute  del  roy  Costentine  ■  est^  selon  toute  apparence,  cette  his- 
■  toire  en  prose  de  Brut  et  de  ses  successeurs  dont  on  possède  une  douzaine  de 
TDSs.,  et  qui,  continuée  par  diverses  mains,  est  l'original  de  la  chronique  anglaise  à 
laquelle  on  donne  ordinairement,  et  bien  à  tort,  le  nom  de  Caxlon  Cronicle.  Dans 
fsa  première  forme  celte  Chronique  de  Brut  s'arrête  i  1272,  On  y  voit,  naturel- 
|lement,  figurer  Constantin  parmi  les  rois  d'Angleterre. 

Ci/art  Je  Roassilhn  {p.  67).  Superficiel  et  incomplet.  L'idée  que  le  Raînier 
mentionné  par  G,  de  Cabreira  serait  Rainier  de  Valbeton  n'a  aucune  vraisem- 
blance. Bainier  de  Valbeton  joue  un  rôle  beaucoup  trop  épisodique  dans  le 
poème  pour  que  G.  de  Cabreira  ail  pu  songer  A  le  citer. 

Au  d'Avignon  et  Gui  dt  Nanuuil  |p.  68>7o).  M.  B.-H,  qui  comiall  mon  édi- 
Iwn  de  ces  deux  poèmes,  puisqu'il  la  cite,  aurait  pu  l'étudier  de  plus  près.  11  y 
[aurait  trouvé  réunis  tous  tes  témoignages  qu'il  transcrit,  et  sous  une  Forme  plus 
I  correcte.  Ainsi,  le  premier  des  deux  vers  de  Paulet  de  Marseille,  qu'il  rapporte 
>|p,  60)  d'après  Fauriel,  est  inintelligible,  et  l'édition  donnée  en  iSCm  par 
|M.  Gucssard  et  par  moi  en  donnait  la  bonne  leçon.  Tout  ce  que  dit  M.  B.-H. 
[du  rapport  de  Lanàric  e  Aio  avec  Ait  d'Avignon  est  peu  vraisemblable.  A  propos 
rde  ce  Landric  M.  B.-H.  cite,  après  moi,  ce  vers  de  VAUxanârt  ledit.  Michc- 
llant,  p.  2)  : 

Je  ne  vos  commanc  mie  de  Landri  et  d'Auchier. 

J'avais  de  plus  cité  ce  vers  de  Vtspaùtn  ou  la  Priit  dt  Jérusalm  ; 

Barons,  ceste  chançons  n'est  mie  de  folles, 
D'Auchier  ne  de  Ljndri... 

J'ajoute  maintenant  un  nouveau  témoignage  tiré  du  poème  de  Tibaut  de 
Marly  (B.  N.  (r.  2J40J,  fol.  1 1  it)  : 
I  Ce  que  je  vos  vueil  dire  et  ce  qu'avez  ot 

I  Sacliici  que  ce  n'est  pas  d'Auchier  ne  de  Landri'.  , 

Mais  je  doute  fort  que  ce  poème  d'Auchier  et  de  Landri  ait  aucun  rapport  avec 
Landric  fi  Aia. 

Ogier  le  Danois  (p.  7î).  Selon  M.  B.-H.,  Guiraut  de  Cabreira  serait,  parmi 
les  troubadours,  le  seul  qui  ait  nommé  ce  héros  épique.  Il  y  a  pourtant  soixante 
ans  que  Rochegude  a  publié  une  pièce  de  Raimond  Miraval,  où  on  lit  ces  vers 
qui  auraient  droit  de  figurer  en  plus  d'un  lieu  dans  la  dissertation  de  M.  Bircfa- 
Hirschfeld  : 


vers  cités  par  Im  Irjs  d'Amors  I,  294.  «  III,  184.  il  faut  encore  ûgnafer  ces  ver»  d'Au- 
eicr  de  Saint- Oonai,  dont  la  pensée  se  retrouve  dans  plusieurs  pAisages  cités  depuis 
îongiemps  :  Qa'ab  darfo  Alixandru  jua,  £  dairu  per  ttncr  ncaHUs  (Steugel,  J*i.  Çhigit 
n'  176). 

I .  Non  pai  Gai  Btauckamjn,  comme  dit  M.  B.-H.  i  deux  reprises  (p.  36  et  87). 

1.  Ces  oeux  vers  et  qaelques  autres  sont  dtés  d'après  le  même  mi.  p4r  Faucbei, 
Œnra,  p.  1^7.  i^  même  poème  se  trouve  aussi  dans  le  ras,  ft.  i8{o.  voy.  pour  les 
vers  dtés,  fol.  96. 


4$?  COMPTES-RENDUS 

Ptt  ïo  m'eta  demen 

Oe  tou  los  autres  mes, 

Que  mon  loc  nom  tolgues 

RotUns  ni  Oliviers, 
Ni  gex  Orestains  ni  Augiers 
No  nigcra  que  »*i  meta. 

Criffert^  mentionné  sans  aucun  détail  par  G.  de  Cabrcira,  peut  bien  être, 
comme  le  suppose  M.  B.-H.  (p.  7^),  Girbert  de  Metz,  mais  rien  n'est  moins 
assuré  :  ce  peut  être  aussi  bien  le  Girbert 

Qui  guerroia  contre  le  roi  Jhesu, 

ainsi  qu'on  lit  dans  Caydon;  voy.  RomenU,  II,  jjt;  —  ou  encore  te  pape 
Gerbert  (Silvestre  II),  sur  lequel  on  sait  que  des  légendes  ont  couru  ;  voy.  par 
ex.  W,  Mapc,  de  nugis  curiaiium,  éd.  Wrîghl,  p.  lyo-O. 

Raoul  dt  Cambrai  (p.  76).  M.  B.-H.  a  omis  le  témoignage  le  plus  important, 
celui  de  Bertran  de  Born.  Il  est  vrai  que  pour  le  comprendre  il  lallail  avoir  lu 
le  poème.  Voici  cete]tte(Raynouard,  C/io/r, IV,  170)  : 

Lo  sors  Enria  dis  parauEa  coneu 

Quan  son  neboi  Wi  lomar  en  cïfrejr, 

Que  desarmatz  volgr'  aver  U  fin  preu, 

Qoan  fo  armatz  oo  vole  prendre  plaidey. 
(Puj  //  baron.) 

La  fin  de  la  même  strophe  contient  une  allusion  que  M.  B.-H.  n'a  pas  rele- 
vée, et  que  je  ne  suis  pas  eo  état  de  déterminer  : 

E  no  semblet  ges  lo  scnhor  d'Orley 
Que  dezarmatz  fon  de  peior  mercey 
Que  quant  cl  cap  ac  la  vcatalha  meza. 

il/itiofAc  (p.  76-7).  Très-insuffisant.   M.   B.H.   trouvera  d'autres  renseigne-   '' 
ments  sur  le  même  sujet  dans  la  préface  de  mon  édition  du  poème  de  la  Croi- 
sade albigeoise,  tl  ne  manque  pas  (p.  77,  note)  de  dire  CuilUm  Bechada,  quand 
le  nom  de  ce  personnage  est  Grégoire.  J'ai  déjà  corrigé  celte  erreur  plus  d'une 
fois  *,  mais  c  a  un  coup  ne  ctiiei  pas  li  chaisnes  ». 

Gormond  et  Isembart  (p.  78).  M.  B.-H.  ne  connaît  pas  ta  nouvelle  édition  du 
précieux  fragment  qui  nous  est  parvenu  de  ce  poème  ;  voy.  Romania,  V,  î77- 

Andri  de  Paris^  p.  82*4.  M.  B.-H.  ne  connaît  pas  la  note  importante  de  C. 
Parts,  Romania,  1,  loj-y,  d'oti  il  résulte  que  ce  roman  était  vraisemblablement 
français. 

Passons  maintenant  aux  allusions  que  M.  B.-H.  n'explique  pas.  Li  liste  en 
peut  être  notablement  réduite.  Commençons  par  celles  que  fournil  G.  de 
Cabrcira.  Daarel  t  Beion  |p.  87)  est  uo  pocme  provençal,  composé  en  forme  de 
chanson  de  geste,  mais  ayant  un  peu  le  caractère  d'un  roman  d'aventures.  It  en 
existe  un  grand  fragment  [219$  vers)  dont  j'ai  copie  et  que  je  publierai  quelque 
jour.  —  Viilfior  t  Merlon.  M.  Bartscb  s'est  occupé  de  ce  témoignage  dans  son 
article  précédemment  cité  sur  Alberic  de  Besançon.  —  A'i  de  Verdun  ni  Vot* 
pruon.  Il  faut  rétablir  le  passage  en  son  entier  |Bartsch,  Dtnkm.  p.  92): 


I.  Noianunenl  Korruinui,  I,  )8). 


BiRCH-HiRSCHFELD,  Die  dttt  TTouhadours  bekannUn  tpischen  Stofft  4$ ) 

Ni  d'Olivier 
Non  sabs  chinlier 
Ni  de  Verdun  ni  Vosprexon. 

Comme  Olivier,  le  compagnon  de  Rotani,  figure  à  uo  autre  endroit  de  la 
même  pièce  iBartsch,  p.  90,  v.  27),  j'ai  émis  \id'ii  i Flamenca^  p.  286)  la  conjec- 
ture qu'il  pouvait  être  question  ici  d'un  autre  personnage,  i  savoirde  l'Olivier  de 
Verdun  mentionné  dans  Flamenca*.  Il  y  a  lieu  en  outre  de  citer  ici  un  autre 
texte  qui  m'avait  échappé  lorsque  je  m'occupais  de  flamenca^  mais  que  M.  B.- 
H.  aurait  pu  connaître,  parce  qu'il  est  publié  dans  une  note  des  Trovadorti  ai 
Espana  de  M.  Milà  (p.  47Î-4),  ouvrage  dont  il  s'est  beaucoup  servi.  Ce  texte 
est  emprunté  à  un  traité  latin,  attribué  à  Alphonse  X  de  Casulte^  c  de  iis  que 
«  suni  neccssaria  ad  stabilimentum  castri  tempore  obsidionis  et  fortissime 
«  guerre  >  qui  est  conservé  en  ms.  à  l'Anenal.  M.  Milii  le  cita  en  1861  d'après 
une  communication  de  Don  P.  de  Gayangos  ;  M.  Fr.  Michel  l'avait  déjà  cité  en 
i8<[é  (Guerre  Je  Nararrc,  p.  toj)  sans  indication  de  source.  Le  votci  :  «  Item, 
«  sint  ibi  romancia  et  libri  gestorum,  videlicct  Alexandri,  Karoli  et  Rotlandi  et 
«  Otiverii  et  Verdinio  et  de  Antellmo  lo  Danter  et  de  Otonell  tOtinet)  et  de 
<  Bethon  {Daurtl  cl  Btton)  et  de  cornes  de  Manlull  (Nanttailf),  et  libri  magno- 
c  rum  et  nobilium  bellorum  et  preliorum  que  facta  sunl  in  Hispania,-  et  de  iis 
«  animabuntur  et  delectabuntur  *.  Je  me  demande  s'il  n'y  aurait  pas  eu  de  la 
part  du  copiste  une  omission  et  s'il  ne  faudrait  pas  lire  ■  et  Rotlandi  et 
Oliverîi,  et  {Oliverii  de]  Vtrdmof  » 

N\  de  CarduâU  j  A'i  dt  Marcaall  (p.  86).  Il  y  a  dans  le  ms,  Martraàl,  voy. 
Mus5a6a,  au  passage  cité  plus  haut  de  sa  notice  sur  le  ms.  d'Esté.  Plus 
loin  dans  la  pièce  de  G.  de  Cabreîra,  on  lit  :  m  Je  Marcudlt  \  Corn  pet  Jet  t'oiit 
I  A  lu  ponta  d'un  âgmUon.  M.  MussaBa  avertit  qu'ici  il  faut  lire  Martueitl,  Je 
ne  sais  pas  plus  que  M.  B.-H.  à  quoi  se  rapportent  ces  allusions.  Je  remarque 
que  dans  le  premier  cas  Martratil,  rapproché  de  Cardutill,  doit  être  un  nom  de 
lieu.  Par  suite,  ce  pourrait  être  le  même  lieu  que  le  Martuet  mentionné  dans  ces 
vers  A'Aie  d'Avignon  |p.  38,  et  cf.  les  passages  de  Ph.  Mouskel  cités  p.  xl|)  : 

Encor  abaira  Karle$  de  loi  le  gram  orguâll 

Corn  it  &xt  de  Guimar  qui  [corr,  cm]  il  toli  Manuel. 

D'Arumalu  (p.  86).  Je  ne  connais  pas  ce  personnage,  mais  ne  serait-il  pas 
possible  de  l'identifier  avec  un  Archimalu  qui  6gure  \e  l'on  d'Archimalu)  dans 
la  pièce  de  P.  Cardinal  j?)  Cd  que  fes  tôt  quant  es  (Mahn,  Ceà.  n*  1^45)^ 

Dei  caratier  \  Ne  det  l'mxer  \  Qui  $at  en  la  garda  {l'angarda^)  mort  fon  |p.  $6). 
C'est,  peut-être,  une  allusion  au  chien  d'Aubri,  qui  resta  trois  jours  auprès  du 
corps  de  son  maître  tué  par  Macaire. 

Passons  maintenant  i  la  pièce  de  Guiraut  de  Calanson..  qui  a  aussi  beaucoup 
d'obscurités  pour  M.  BirchHirschfeld.  Del  rti  Leri;  ne  serait-ce  pas  le  roi  Lear? 
—  De  Pamfili.  Est-ce  que  M.  B.-H.  n'a  jamais  rencontré  dans  ses  lectures 
aucune  mention  de  Pamphile  f  Ce  serait  n'avoir  pas  de  chance.  Ce  poème  latin, 
si  souvent  traduit  et  imité  au  moyen  âge,  a  été  réimprimé  par  un  éditeur  Tort 


I.  M.  B.-H.  suppose  (p.  i^]  que  l'Olivier  de  Verdun  de  Fiamtaca  esi  le  compagnon 
lie  Rolant,  nu»  ce  n'ett  pas  soutenablc. 


454  COMPTES-RENDUS 

iocompéteot,  il  y  a  peu  d'années;  voy.  l'art,  de  G.  Paris,  Revue  crifi^i»,  1874, 
t.  11,  art.  167.  —  E  as  Dagon  |  Com  laiaet  si  mcUis  aucir,  N'esl-ce  pas  aae 
allasion  à  l'histoire  de  l'arche  chez  !«  Philistins»  Rms  tou  Samukl)  1,  v?  — 
Aprtn  Caton.  II  s'agit  évidemment  des  distiques  du  Pseudo-Catoa,  tant  de  fois 
traduits  dans  les  langues  vulgaires*,  et  qui  étaient  au  moyen  Âge  an  livre  d'ea- 
seignement. 

Dans  la  pièce  de  Bertran  de  Paris,  de  Rooergue,  M.  B.-H.  relève  cette 
allusion,  déjl  notée  par  Fauriel.  qui  l'embarrasse:  Ni  d'en  Gtiion  4t  MaUntal 
vaîtns.  C'est  Gui  de  Mayence,  le  père  de  Doon  ;  voir  le  dèbul  de  Doon  de 
Maytnce. 

Beringuiers  de  Tors  (p.  S9),  présenté  dans  une  pièce  de  Guilhem  de  San  Gre- 
gori  comme  enchanteur,  pourrait  bien  être  le  célèbre  hérésiarque  Berenger  de 
Tours. 

Cotfier^  non  pas  de  Tors,  comme  dit  M.  B.-H.  (p.  90),  mais  de  las  Tort,  est 
un  des  plus  brillants  héros  de  la  première  croisade,  et  le  récit  qui  le  représente 
sauvant  un  lion  attaqué  par  un  serpent  a  été  très-répandu  au  moyen  âge.  M.  B.- 
H.  aurait  pu  relever  une  autre  allusion  à  ce  récit,  dans  le  poème  de  la  Croisade 
albigeoise'. 

Le  Nicbla  de  Bar  (Bari)  •>  qui  habita  longtemps  parmi  tes  poissons,  dans  la 
mer  >  (p.  90}  est  assurément  identique  au  Stcotaus  pipe  (.^),  homo  agaortus^  dont 
Gautier  Mape  raconte  l'histoire,  et  qui,  selon  lui,  ■  sine  spiraculodiu,  permen- 
scm  vel  annum,  vicinia  ponti  cum  piscibus  frequcntabat  indemnisa  ».  Cet 
habile  plongeur  est  connu  par  d'autres  témoignages,  notamment  par  Gervais  de 
Tilbury.  M.  B.-H.  deviendra  à  peu  de  frais  Irès-savanl  sur  ce  sujet,  s'il  veut 
bien  prendre  la  peine  de  lire  quelques  notes  de  M.  Liebrecht,  Â  la  suite  de  ses 
extraits  des  Otta  impcnalia  de  Gervais,  p.  94,  et  dans  la  Germanie^  V,  6i*a. 
L'histoire  de  ce  Nicolas  de  Bari,  et  celle  aussi  de  Collier,  étaient  assurément 
fort  répandues;  elles  étaient  en  quelque  sorte  proverbiales,  mais  nous  n'avons 
pas  la  preuve  qu'on  les  ait  traitées  en  forme  de  poème. 

M.  B.*H.  a  emprunté  ses  conclusions  i  mes  Reehenhts  sur  Vipopie  française. 
Il  pense  comme  moi  que  l'existence  d'une  épopée  appartenant  en  propre  au  midi 
de  U  France  n'est  nullement  prouvée  par  les  allusions  des  troubadours  à  une 
liltératare  épique,  cette  littérature  pouvant  avoir  été  importéedes  paysde langue 
d'oc.  Telle  est  encore  acluellcmcnl  mon  opinion  ;  je  ferai  remarquer  toutefois 
que  les  conclusions  que  je  présentais  il  y  a  une  douzaine  d'années  et  que 
M.  B.-H.  reprend  maintenant  s'appliquaient  à  une  question  limitée.  G.  Paris 
avait  émis  cette  hypothèse,  qu'une  partie  de  l'épopée  française,  celle  qui  con- 
cerne Guillaume  d'Orange,  était  d'origine  provençale.  Je  me  suis  attaché  â 
démontrer  que  celte  hypothèse  ne  pouvait  pas  être  prouvée,  cl  qu'en  général  un 
n'avait  aucune  raison  de  supposer  l'existence  d'une  épopée  propre  aux  régions  du 
midi  delà  France.  J'ai  depuis,dans  un  article  qui  a  échappé  i  M.  B.'H.^,  appuyé 


1.  Pour  les  traductions  en  français,  voy.  Romama^  VI,  ao. 

2.  On  trouvera  ilana  une  note  de  ma  trailaction  de  ce  pEKtne,  p.  }79,  divers  rensagne- 
menu  sur  Golricr  de  u^  Tours  et  son  aventure. 

).  Denugii  carialiam,  éd.  Th.  Wright  [Camden  Society),  p.   17?. 
4.  Voy.  Romania,  I,  61-1. 


nrRCH-HiRSCHFELD,  Die  den  Troubadours  hekannten  epischen  Sloffe  455 
celle  vue  tle  nouvelles  considérations.  Mais  je  n'ai  jamais  prétendu  qu'on  n'ait 
pas  composé  de  pocmes  narratifs,  de  chansons  de  geste  au  midi.  Si  les  allusions 
des  troubadours  o'apportent  pas  une  preuve  décisive  en  faveur  de  ce  genre  de 
compusition.,  elles  sont  bien  plus  loin  encore  de  lournir  une  preuve  à  l'enconlrc. 
En  réalité,  il  n'y  a  pas  de  conclusion  générale  à  tirer  des  allusions  des  trouba- 
dours. Elles  visent  des  rêciU  dont  beaucoup  étaient  français,  dont  un  bon 
nombre  étaient  sûrement  provençaux,  sans  qu'on  puisse,  en  bien  des  cas,  dis- 
tinguer les  uns  des  autres.  Il  n'est  pas  possible  qu'on  n'ait  pas  composé  quelque 
chanson  de  geste  en  provençal,  indépendamment  de  Cirari  dt  Rousùllon  et 

t  à' Aigar  et  Maunn  <\u'i  appartiennent  à  une  zone  intermédiaire  entre  la  langue 
d'oc  et  la  langue  d'oui.  11  serait  invraisemblable  que  les  deux  auteurs  du  poème 
de  la  croisade  albigeoise,  qui  est  bien  une  sorte  de  chanson  de  geste,  n'eussent 
pas  eu  des  devanciers.  J'imagine  que  ces  devanciers  ont  d&,  comme  l'auteur  de 
Daarcl  et  Beton^  subir  Tiafluence  des  modèles  français  répandus  dès  le  Xll«  siècle 
dans  le  midi.  J'admets  ainsi  l'existence  de  chansons  de  geste  isolées  au  raidi  de 
la  France,  sans  admettre  pourtant  l'existence  d'une  épopée  essentiel Icmenl  pro- 
vençale. 

M.  B.-H.  est  donc,  à  mon  avis,  enclin  d  donner  à  mes  conclusions  d'autre- 
lots  une  portée  trop  générale,  à  restreindre  plus  que  nous  ne  sommes  autorisés 
à  le  faire  le  domaine  de  ta  poésie  narrative  au  midi  de  la  France.  A  la  vérité 
il  fait  en  faveur  de  la  littérature  provençale  une  petite  réserve,  mais  il  n'est  pas 

■itrès-heureux  dans  le  choix  des  poèmes  qu'il  y  veut  faire  entrer.  Il  y  met  notam- 
ment  la  nouvelle  d'Andrteu  de  Paris  et  de  la  reine  de  France  (p.  92},  et  il 
est  au  contraire  probable,  comme  je  t'ai  dit  plus  haut,  que  ce  roman  était  fran- 
çiïi. 

L'intérêt  du  sujet  m'a  entraîné  à  donner  à  ce  comptc*rendu  un  développement 
un  peu  hors  de  proportion,  peut-être,  avec  l'importance  de  l'opuscule  de 
M.  Birch-Hirschfeld.  Cet  opuscule  est  une  Habililationjchn/t,  une  thèse  d'agréga- 
tion qui  donne  à  son  auteur  le  droit  d'enseigner  i  l'université  de  Leipzig.  Il  est 
d'autant  plus  essentiel  que  M.  Birch-Hirschfeld  se  persuade  le  plus  tdt  possible, 
afin  de  communiquer  i  ses  élèves  la  même  persuasion,  qu'il  n'y  a  plus  place 
maintenant  dans  les  études  romanes  pour  des  travaux  hâtifs  et  superficiels. 

P.  M. 

J'ajoute  à  l'article  qu'on  vient  de  lire  quelques  remarques,  notamment  des 
rectifications  ou  des  explications  nouvelles.  Je  dois  dire  que,  surtout  pour  l'un 
des  plus  importants  parmi  les  textes  utilisés  par  M.  B.-H.,  le  serveotois  de 
Guiraut  de  Calanson,  il  fallait,  avant  tout  travail,  essayer  d'établir  une  édition 
critique.  M.  Bartsch  a  donné  les  leçons  complètes  des  deux  manuscrits,  et  sou- 
vent celle  qui  se  lit  en  note  doit  ^ire  préférée  h  celle  qui  est  dans  le  texte  et 
que  M.  B.-H.  a  prise  pour  point  de  départ  de  ses  conjectures.  Combien  ces 
conjectures  sont  dès  lors  flottantes,  c'est  ce  que  suffira  à  montrer  la  comparai- 
son d'un  passage  dans  H  (ms.  La  Valliére)  et  dans  D  (ms.  de  Modène)  : 

R  D 

Apren  caion  Apren  deon 

E  dcl  mouton  E  de  Iton 

Com  pcr  nuistrc  saup  guérir  Com  saup  per  un  metel  guérir. 


4)6  COMPTES-RENDUS 

11  est  probable  qu'aucuoe  de  ces  deux  versions  n'est  la  bonne,  mais  pour  Avoir 
quelque  chance  de  la  retrouver,  il  faut  les  comparer  toutes  les  deux.  Plusieurs 
des  observations  qui  suivent  montrcroot  ta  oécessité  de  ce  travail  préliminaire. 
Sur  Jason«  précisément  dans  la  p>ècc  de  Gu.  de  CaUnson,  D  a  Com  anna  to 
kH  bon  i/uenr^  R  Caturon  h  vas  conqacrït^  \.  Com  anna  lo  ull  conquérir.  —  E 
d'Vlixts  Com  àiû  Vtnus  fa  périr  ;  cela  ne  signiftc  rien  ;  R  donne  E  dutairis 
Com  buenus  lot  fes  périr  ;  ce  n'est  pas  plus  cUîr,  mais  Venus  n'a  certainement 
rien  à  faire  ici  :  j'y  chercherais  plutôt  Polyphèmc.  —  Aux  passages  sur  Narcisse 
il  faut  ajouter  celui-ci  de  Bertran  de  Paris  |que  M.  B  -H.  a  oublié  ainsi  que  maint 
autre)  :  M  cos  perJet  Narcùit  (ms.  MarsiUs)  tn  la  Jon.  —  Sur  Perdu^  il  eût  été 
bon  de  remarquer  que  Bertran  de  Pans  loi  attribue  raventure  d'Icare;  cette 
confusion  de  mémoire  flagrante  doit  nous  mettre  en  garde  contre  l'exactitude  de 
plusieurs  allusions  que  nous  pouvons  moins  sûrement  contrôler.  —  Dans  un 
vers  souvent  cité  de  Flamenca^  il  faut  lire  Com  tomet  en  se  (ros.  sa)  Jorsa  Phtlits 
per  amor  Demophon^  c'est-à-dire  comment  elle  se  tua  :  on  connaît  les  ■  violents 
contre  eux-m£mes  »  de  Dante.  —  En  parlant  des  traductions  d'Ovide  par  Crestien, 
M.  B.-H.  aurait  pu  remarquer  que  toute  la  fin  du  serventois  de  G.  deCalanson 
est  vraisemblablement  empruntée  i  sa  version  des  <  Commandements  d'Ovide  », 
ou  i  quelque  imitation  de  ce  poète.  C'est  encore  à  Ovide  que  se  rapporte  ce 
vers  de  Bertran  de  Paris  :  Ni  d'Alton  lo  fol  orai  que  fc  ;  il  ne  s'agit  pas  ici 
d'Actéon,  comme  on  pourrait  le  croire,  ni  de  Thésée  {Tcion),  comme  le  suppose 
M.  B.-H.,  mais  de  Phaclon,  appelé  au  m.  i.  Félon  (I.  A'j  de  Felon)^  dont  la  de- 
mande téméraire  c^l  connue.  —  Dans  le  passage  de  Gu.  de  Cal.  sur  Virgile, 
dont  fauteur  a  bien  apprécié  l'importance,  il  explique  d'une  manière  inadmi^ 
sible  les  mots  E  âet  pesqaier,  en  écrivant  peschier  (ailleurs  pcchier)^  en  expliquant 
ce  mol  par  l'angl.  pitcher,  et  en  y  reconnaissant  Vâmpulla  vitrea^  palladium  de 
Naplcs.  dont  parle  Conrad  de  Querfurt.  Ptcket  et  ses  analogues  ont  tous  un  i 
et  n'ont  pas  d's,  et  ne  signifient  jamais  une  bouteille,  mais  une  cruche.  — 
M.  B.-H.  a,  je  crois,  bien  interprété  les  vers  qui  suivent,  De  Menelau  Com  tl  a 
Jrau  Ftl  mirait  de  Roma  frcmir^  en  y  reconnaissant  une  allusion  au  récit  Virgilius 
dans  les  Sept  Sages;  mais  il  a  tort  de  retrouver  la  même  allusion  dans  E  del 
UzavLT  Qa'Ocfavian  fes  sehelir;  ces  vers  se  rapportent  plutôt  au  récit  Caïa. 
J'ajoute  ici  que  les  vers,  cités  plus  haut  (p.  4J  j),  de  Gu.  de  Cabreîra,  DtlcavA- 
lier  Ni  del  Hvricr  Qui  sus  en  la  garda  mort  Jon,  me  paraissent  bien  se  référer,  non 
au  chien  d'Aubri,  mais  au  récit  Canis  dans  les  Sept  Sages,  où  le  chevalier  lue  le 
lévrier  auquel  il  avait  conSé  la  garde  de  son  enfant.  Cela  n'implique  pas  du 
reste  l'existence  d'un  texte  provençal  des  Sept  Si^ei  connu  de  Guiraut  de  Ca- 
breira,  car  ce  récit  a  beaucoup  circulé  indépendamment  du  roman  o{i  il  est  en- 
cadré. Il  en  est  autrement  pour  Gu.  de  Calanson  :  les  deux  allusions  qu'on  vient 
de  rapporter  doivent  avoir  été  puisées  dans  une  version  des  SepiSages^  version 
qui  différait  de  toutes  les  autres,  car  aucune  n'appelle  Ménélas  le  roi  étranger 
qui  fait  détruire  le  miroir  de  Rome  dans  Vtrgilius.  Je  crois  reconnaître  dans  le 
même  poète  une  autre  allusion  i  ce  célèbre  ouvrage  :  De  Calias  E  d'ipocras 
Com  Calias  H  saup  mentir  (non  relevé  par  M.  B.-H.);  cependant,  dans  le  conte 
Medtcus,  le  neveu  d'Hippocrate  n'est  appelé  Galien  dans  aucune  des  anciennes 
rédactions,  et  il  ne  lui  fait  aucun  mensonge  ;  peut-être  Galias  est-il  ici  le  nom  de 


BiRCH-HiRSCHFELD,  DU  dtn  TTouhadoms  bfkannUn  epischen  Stofe  457 
sa  perfide  épouse  (cf.  Rom.  VI,  299),  ou  encore  de  la  dame  des  Gaahs  qui, 
d'après  le  Roman  du  Sawt  Graal,  lui  joua  le  tour  communément  mis  sur  le 
compte  de  Virgile.  —  M.  B.-H.  remarque,  sur  le  vers  de  Gu.  de  Cabr.  où  il  est 
dit  qu'Apollonius  Estais  de  man  Je  penzon^  qu'il  semble  altéré:  il  aurait  trouvé 
la  vraie  leçon,  mar^  dans  te  travail  de  M.  Mussa&a  cité  plus  haut.  —  L'auteur 
se  borne  à  mentionner  les  noms  bibliques  cîtis  dans  les  trois  poèmes  de  Gu.  de 
Cabreira,  Gu.  de  Calanson  et  Bertran  de  Paris;  quelques-uns  auraient  appelé 
un  commentaire  :  il  est  intéressant  par  exemple  de  reconnaître  dans  ces  vers  de 
Gu.  de  Cal.  E  de  Satan  Qe  Salamon  saup  près  lemr  l'antique  légende  de  Salomon 
et  Asmodée  (cf.  Zeitschr.  fur  deuisckes  AlUithum^  N.  F.  X,  19).  —  Après  avoir 
rassemblé  les  nombreuses  allusions  à  Tristan,  M.  B.-H.  remarque  qu'elles  sont 
en  parfait  accord  avec  les  poèmes  que  nous  avons  ;  if  y  découvre  par  exemple  le 
nain  accusateur,  dont  je  ne  vois  pas  trace  dans  ces  allusions,  tandis  que  Pcire 
de  Corbiac  parle  d'un  elac  lausenger  qui  est  inconnu  aux  poèmes  :  sans  doute 
M.  B.-H.  a  reconnu  le  nain  dans  ce  clerc,  mais  cela  ne  va  pas  de  soi.  —  Dans 
ces  vers  de  Gu.  de  Cal.,  Apren,  Fûdei,  De  Lanscla,  Co  uup  gtn  landa  eonqaerir^ 
M.  B.-H.  lit  LanstioX  au  lieu  de  Lanstletj  ce  qui  détruit  la  rime  (mais  ïl  imprime 
les  detiz  premiers  vers  en  un)  et  efface  un  des  traits  intéressants  de  cette  allu- 
sion :  en  elfet  la  forme  Lanselet  indique  une  source  analogue  Â  celle  d'Ulrich  de 
Zazikhoven.  Or  le  Lanzelet  d'Ulrich  n'est  nullement  l'amant  de  Genièvre,  et 
c'est  ce  qui  explique  comment  les  troubadours,  tout  en  connaissant  ce  person- 
nage, ne  disent  rien  de  ses  amours  avec  la  reine.  —  A  propos  du  curieux  pas- 
sage où  Guillem  de  Marsan  attribue  i  Jvan  toutes  sortes  d'inventions  (ounontt, 
M.  B.-H .  aurait  dû  mentionner  ces  vers  de  Bertran  de  Paris  rqu'il  a  complètement 
négligés)  :  M  ges  non  cog  ^ue  sapialz  d'Ivan,  Qui  fol  premier  c'âdomesjel  auztl. 

—  Sur  le  vers  Ane  al  temps  d'Arias  ni  d'ara  M.  B.-H.  aurait  dû  renvoyer  i  la 
note  de  M.  Tobler  dans  la  Romania  (II,  241),  ou  il  aurait  appris  que  cette  pièce 
est  imprimée  ailleurs  que  dans  Raynouard.  —  (^ue  veut  dire,  dans  le  passage 
de  Gu.  de  Cabr.  sur  Charlemaf^ne,  le  premier  de  ces  vers  :  Cou  en  transport! 
Ptr  son  afortz  Intrtt  en  Espaign'  a  bandon?  Il  faut  sans  doute  lire  entrth  pars, 

—  Le  passage  de  la  Croisade  d'Albigeois  i  propos  de  Mainet  est,  chose  bizarre, 
incomplètement  cité.  Il  se  lit  ainsi  dans  l'édit.  de  P.  Meyer  : 

Karlcmaine  que  venquet  Agolant, 

Que  conques  Galiana,  la  filha  al  ici  Biamant, 
En  Ëspanba  de  Galafre,  lo  cônes  almirani 
De  la  terra  d'Espanha. 

Mais  il  faut  corriger,  comme  je  l'ai  fait  ailleurs,  l'tspos*  al  rti  Bramant,  La  filha 
de  Calafre.  M.  B.-H.  arrête  sa  citation  au  second  vers.  —  Sur  Fhovant  il  y 
avait  autre  chose  i  citer  que  l'introduction  de  l'édition  du  poème  français.  — 
Toutes  les  allusions  de  Gu.  de  Cabreira  à  la  geste  de  Narbonne,  si  inté- 
ressantes, auraient  dû  être  étudiées  avec  bien  plus  de  précision;  mais  je 
m'étendrais  outre  mesure  si  je  voulais  faire  ici  le  travail  de  l'auteur.  Je 
noterai  seulement  que  l'allusion  de  Bertran  de  Born  k  \viae  (Quant  vei  h  temps], 
celle  de  Rambaut  de  Vaquciras  et  sans  doute  celle  d'Arnaut  Daniel  se  rappor- 
tent i  Foacon  de  Candie^  poème  que  M.  B.-H.  ne  paraît  pas  connaître  et  qui  a 
joui  au  Xll*  siècle  du   plus  grand  succès.  —  Cest  bien  i  tort  que  dans  ce 


4^8  COMPTES-RENDUS 

vers  de  Gu.  de  CabreÏM,  M  dt  Rambaal  ni  d'en  Atmon  fou  de  JV^imDn^, 
M.  B.-H.,  d'ordinaire  si  avare  de  corrections,  change  Rambaut  en  Rauiâta,  I 
gam^aut  de  Frise  est  un  personnage  très-connu  de  la  plus  ancienne  poésie 
épique;  quant  à  Aimon,  s'il  faut  lire  ainsi,  ce  peut  être  le  Hairaon  de  Galice 
que  la  Karlamagnùs-Sagâ  mentionne  précisément  à  côté  de  Rambaul.  —  A 
propos  de  Birarl  de  Montdidier,  M.  B.-H.  fait  des  remarques  et  des  conjec-  \ 
turcs  qui  manquent  de  base  et  de  portée.  Supposer  que  ce  héros  a  pu  Hrt  ' 
originairement  provençal  est  extrêmement  invraisemblable,  car  le  Montdidîer 
d'o&  il  tire  son  surnom  paraît  bien  être  la  ville  de  ce  nom  en  Picardie.  M.  B.- 
H.  ne  l'a  rencontre  jouant  le  r6le  galant  que  lui  attribuent  les  allusions  proven- 
çales que  dansGiiu/rc),  et  il  en  conclut  que  la  partie  de  Gaufrey  où  tl  joue  ce 
rûle  est  bien  plus  ancienne  que  le  reste  du  poërae.  C'est  fort  peu  probable  : 
l'auteur  de  Gaufrey  a  simplement  donné  à  Bérart  un  rdle  qu'il  avait  dans  la  tra- 
dition. Nous  le  retrouvons  donoiant  avec  non  moins  de  succès  dans  le  GmUdïn 
de  Jean  Bodel^  que  M.  B.H.  ne  connaît  pas,  et  auquel  sa  conjecture  s'appli- 
querait avec  moins  d'invraisemblance.  Je  ne  la  lui  appliquerai  pourtant  pas. 
Les  nombreuses  allusions  à  Bérart  (on  en  trouverait  plus  d'une  autre  en  fran- 
çais) prouvent  qu'il  a  été  anciennement  le  héros  d'un  poème  aujourd'hui  perdu, 
qui  le  représentait  comme  aussi  heureux  en  amour  qu'en  guerre.  —  Rien  n'est 
moins  heureux  que  ta  correction  proposée  par  M.  B.-H.  i  ces  vers  de  Ga.  de 
Cabr.  :  Si  de  MaraU  Ni  d'Arstlot  la  conunson,  où  il  veut  lire  M  de  Careut  Ni  de 
Carlot.  Le  vers  précédent  (oublié  par  M.  B.-H.)  est  Ni  de  Riqueui  :  il  s'agit 
sans  doute  ici  d'un  poème  sur  Richeut,  ce  type  de  la  <  lecheresse  »  et  de  l'en- 
tremetteuse, ainsi  que  sa  chambrière  Herselot  ou  Hersent;  peut-être  même 
Guiraut  connaissait-il  le  poème  Français  si  curieux  de  Ricbtat;  cela  n'a  rien 
d'impossible,  car  ce  poOme  a  été  composé  vers  1 1  ^6,  mais  il  atteste  lui-même 
l'existence  de  poèmes  plus  anciens  sur  le  même  sujet.  Dans  Richtat  on  ne  voit 
pas  figurer  de  Mareut,  mais  cela  ne  prouve  rien,  puisque  nous  n'avons  de 
Richtat  qu'un  fragment.  —  On  lit  dans  Gu.  de  Cabr.  Ni  de  Faqtkni  ni  d'OrsoH: 
M.  B.-H.  lit  Valenlin^  sans  dire  que  cette  correction  a  déjà  clé  proposée  par 
M.  Hoiland  (dans  les  notes  des  DenkmttUr  de  Bartsch).  <  Nous  aurions  ainsi, 
dit-il,  un  témoignage  pour  la  haute  antiquité  de  VaUnttn  et  Orson.  »  C'est  préci- 
sément ce  qui  rend  la  correction  douteuse,  ce  roman  n'ayant  aucun  caractère 
d'ancienneté. 

Je  pense  pouvoir  éclalrcir  encore  que!ques>unes  des  allusions  restées  obscures 
à  M.  Birch-Hirschfeld.  Dans  Guiraut  de  Cabreira,  Sicart,  comme  Maiirin,  se 
rapporte  au  poème  à'Aigar  et  Maurtn  dont  M.  Scheler  a  découvert  et  publié  uo 
fragment.  —  Guasmar  est  peut-être  le  Guimar  de  Martreuil  mentionné  cî-dessus 
(les  derniers  vers  du  Roman  de  Ronce/aux  ont  un  nom  de  lîeu  analogue).  — 
VAnîelmt  nommé  dans  un  vers  de  Gu.  de  Cabreira  (voyez  aussi  le  passage  latin 
cité  plus  haut  par  P.  Meyer)  pourrait  bien  être  cet  Antiaume  qui  figure  dans  un 
poème  inconnu  dont  M.  Suchieradécouvert  et  publié  un  fragment  (voy.  Rom,  IV, 
499).  —  Lesii  figure  deux  fois  dans  la  pièce  de  Gu.  de  Calanson  :  au  premier 
passage  R  donne  Gclm;  le  second  passage  porte  :  De  Poiibus  (éd.  d'KpoUhui) 
E  dt  Uui  Cui  non  vole  lo  sers  okzir;  il  manque  dans  R,  mais,  sauf  Uus  qu'il 
faut  corriger  en  Leias,  il  n'offre  pas  de  fautes  :  il  s'agit  de  l'esclave  chargé  par 


B!RCH-HiRSCHFELD,  Dtc  Âtn  TroubadouTs  bckannUn  epischen  Stoffe  4^9 

Laius  de  tuer  son  fils  cl  qui  ne  voulut  pas  exécuter  cet  ordre,  et  de  Polybus, 
le  roi  de  Corinthe,  qui  éleva  Tenlant  (M.  B.-H.  reconnaît  dans  EpoUttus  Hippo- 
Ijrtc,  p.  16).  —  E  d<  Fdis  Si  con  lo  les  amors  morir  \D  Ftris  Ni  c);  ne  peut-on 
pas  lire  Fcnis  et  la  et  reconnaître  là  une  nouvelle  allusion  i  CItga  (cf.  B.-H., 
p.  î2)  ?  —  E  d'Olein  Que  non  roic  lo  pau  devtzir  ;  le  ms.  D  porte  E  Je  luHrty  ce 
qui  est  la  bonne  leçon;  il  s'agit  en  cfîct  d'Huelin,  qui.  étant  allé  faire  un  mes- 
sage au  roi  Gornond,  fui  invité  1  découper  un  paon,  mais  ou  l'enleva  et 
l'emporta  ou  le  lui  jeta  au  visage.  L'allusîoo  à  cet  incident  qui  se  trouve  dans 
le  fragment  du  Hoi  Louis  (w.  341  ss.)  est  assez  claire  pour  nous  permettre  de 
reconnaître  celle  qui  se  trouve  ici  :  Huelin  rencontre  le  lendemain  Cormond  dans 
la  bataille  et,  tout  en  le  serrant  de  près,  il  lut  dit  :  C'est  Huduis  tjutvoî  maiseU^ 
Qui  l'autrier  fut  a  voz  kerberges  ...  Si  vos  servi  copu  putceU^  U  poun  mis[tl  ai  ta 
s^uiele^  Unkes  n'en  mustet  la  maiscie.  —  Le  passage  de  Harobâut  de  Vaqueiras 
sur  Gui  d'Esiduoilh  parait  altéré  :  Corn  en  Guis  d'Esidaoilk,  A  cui  jon  sonnenz 
La  reine  enlrels  denz  Don  h  fa  del  vergier  Perdet.  Je  lirais  :  A  cm  fort  sonrizenz 
La  rein'  entrels  denz,  Doa  la  fad'  et  vergier  Perdtt.,  c'est-à-dîre  qu'il  s'agirait  d'une 
histoire  analogue  à  celles  de  Graelent  et  de  Lanval.  —  Le  passage  de  Guillcm 
Arnaut  de  Marun  sur  Linaure  a  déji  été  ciié  à  propos  du  lai  français  d'tgnacre 
(et  non  lgnaur't$\  dont  îl  reproduit  à  peu  pris  le  sujet  (voy.  la  notice  de  Massmann 
sur  dûi  Herz^  de  Conrad  de  Wùrzbourg,  dans  le  t.  Il  de  son  Ceiamtnla^nUaa). 
La  plupart  de  ces  explications  auraient  pu  être  données  par  M.  B.-H.  s'il 
avait  préparé  son  travail  âvec  le  soin  désirable;  mais  une  preuve  de  légèreté 
plus  sensible  est  le  grand  nombre  des  omissions  qu'on  peut  lui  reprocher.  Je  ne 
parle  pas  ici  des  recherches  plus  étendues  qu'il  aurait  pu  faire  dans  la  littéra- 
ture provençale  *  :  je  parle  de  pièces  qu'il  a  eues  constamment  sous  les  yeux, 
qu'il  dit  avoir  complètement  dépouillées,  et  oli  il  a  laissé  beaucoup  trop  i 
glaner.  J'ai  déjà  cité  plusieurs  exemples  de  cette  négligence.  En  voici  d'autres  ; 
je  ne  m'occupe  que  des  trois  servenlois,  publiés  par  M.  Barisch,  deGuiraut  de 
Cabreira,  de  Guiraut  de  Calanson  et  de  Bertran  de  Paris.  —  Dans  le  premier, 
M.  B.-H.  n'a  pas  relevé  les  passages  suivants  :  Ai  d'Au/elis  (il  faut  An/ehs, 
comme  on  te  lit  d'ailleurs  dans  la  dernière  édition  de  la  Ckrestom.  prov.;  c'est 
Anféltse,  l'héroïne  de  Foucon  de  Candu);  —  A'i  dt  Rohert  (peut-être  l'agît-ïl  de 
cet  êcuyer  Robert  et  de  sa  femme  Enguelas,  si  dévoués  i  leur  seigneur  Olivier, 
dont  Gamier  de  Nanteuil  se  faisait  chanter  la  chanson;  voy.  Aie  d'Avignon, 
p.  ji);  —  Ni  de  Loer  (sans  doute  Lohier  le  fils  de  Charlemagne)  ;  —  Ni 
d*Aldatr  Ni  de  Rainer  Nt  d'Eranbttg  ab  lofurguon  (je  lirais  volontiers  f/«  Ranberg\ 
et  je  reconnaîtrais  dans  ces  vers  une  allusion  A  une  variante  quelconque  du  thème 
si  répandu  à*Audtgier)  ;  —  Ni  de  Mainur  de  ms.  porte  ainsi  et  non  Rainier),  Ni 
de  Fol^uier,  Ni  del  bon  vassal  Rubion  (ce  dernier  nom  figure  dans  tes  poèmes  sur 
la  croisade);  —  Dt  Lonas^  etc.  —  Les  oublis  sont  moins  fréquents  pour  la 
pièce  de  Gu.  de  Calanson;  cependant  j'en  31  signalé  plus  haut  un  ou  deux. 
—  Dans  le  court  morceau  de  Bertran  de  Paris,  il  était  facile  d'être  complet; 


I.  Je  ne  puU  cependant  ne  pas  dire  combien  il  esi  étrange  que  M.  B.-H..  qni  emprunte 
deux  citations  ja  Tesatir  de  Peire  de  Corbiac,  n'ait  même  pjs  pm  la  pane  de  relever 
les  mentions  intéressâmes  qui  figurent  dans  les  derniers  vers  de  ce  pocme  ei  qui  sont 
inscrta  dani  la  chnsiomathie  de  M.  Bamdi  ()*  éd.  p.  213  u.). 


460  COMPTES-RENDUS 

toutefois  M.  B.-H.  a  oublié  les  vers  suivants  :  Ni  com  basUc  Tohta  CamuAU  ;  — 
Ni  no  sabOs  qui  valc  mois  c'om  dei  mon;  —  Ni  d'ArgUtu  h  bon  aicantador;  —  les 
deux  vers  qui  suivent  celui  où  est  mentionné  Cuic  de  Maiensa,  et  qui^  s'ils  se 
rapportent  au  même  personnage,  rendent  assez  douteuse  l'identification  proposée    ' 
plus  haut  par  Meyer;  —  De  Damas  ifuc  sujric  mant  ajan. 

Ces  trois  pièces  sont  en  réalité  la  base  du  travail  de  M.  Birscfa>Hirschfield  et 
de  tout  travail  analogue.  Elics  sont,  dans  les  DaikmaUr  de  Bartsch,  difttciles  i 
consulter  et  iacommodes  à  citer,  les  vers  étant  numérotés  d'après  la  page  et  non   ■ 
d'après  la  pièce.  Si  l'auteur  du  travail  que  nous  venons  d'examiner  avait  donné  de 
ces  pièces  une  édition  critique,  accompagnée  d'un  commentaire  et  d'un  double    f 
index,  il  aurait  fait  quelque  chose  d'utile.  C'est  un  travail  qui  pourrait  encore  t 
tenter  quelque  philologue,  et  que  le  mémoire  de  M.  B.-H.  n'a  certes  pas  rendu     1 
superflu.  Ce  mémoire,  et  les  observations  qu'il  a  suggérées,  fourniraient  au  coa- 
traire  à  un  semblable  travail  un  point  de  départ  qui  le  faciliterait  beaucoup.  Seo-   > 
lementil  ne  suffirait  pas  de  dire  à  quti  poème  paraît  se  référer  un  passage:  il  fau- 
drait expliquer  autant  que  possible  les  traits  spéciaux  mentionnés  dans  ce  passage 
(par  ex.  dans  celui-ci  de  Bertran  :  Ni  non  sabet:  per  que  stttt  son  nom  Palamida 
sal  pûlaiîz  al  prim  som).  Si  l'auteur  de  ce  travail   rattachait  aux  allusions  des 
deux  Guiraut  et  de  Berlran  celles  qu'on   peut  relever  dans  les  autres  trooba- 
dours,  s'il  les  traitait  par  la  même  méthode  et  qu'il  en  comprit  le  dépouillement  | 
dans  l'indexj  il  rendrait  i  l'histoire  littéraire  du  moyen-âge  un  service  réel  et  '  | 
durable. 

G.  P. 

Ll  Bastars  de  BolUon  (faisant  suite  au  roman  de  Baudouin  de  Selfourg]^ 
poème  du  XIV'  siècle  publié  pour  la  premiérefois  d'après  le  manuscrit  unique 
de  la  Bibliothèque  nationale  de  Paris  par  Aug.  Scukleb.  Bruxelles,  Closson, 
1877,  in-8',  xxxiii-j4i  p. 

Le  poème  que  vient  de  pubîier  M.  Scheler  forme  un  épisode  dans  l'immense 
composition  dont  Bauduin  de  Stboun  est  U  branche  immédiatement  précédente. 
II  résulte  de  nombreux  passages ,  dispersés  tant  dans  Baudain  que  dans  le  ' 
Bdtard^que  cette  composition  racontait  les  croisades  depuis  l'origine,  et  retnon* 
tait  même  sans  doute  plus  haut,  c'est'â-dife  jusqu'aux  ancêtres  fabuleux  de 
Godefroi  de  Bouillon,  et  qu'elle  descendait  jusqu'à  une  époque  à  peu  près  con- 
temporaine, c'est'à-dire  jusqu'aux  guerres  de  Philippe  le  Bel  contre  les  Pla- 
mands,  comprenant  entre  autres  morceaux  le  récit  des  croisades  de  Louis  VII, 
de  Philippe* Auguste  et  de  saint  Louis.  Des  deux  manuscrits  qui  nous  ont  con- 
servé Bauduin  de  Stbourc,  l'un  se  termine  i  l'endroit  où  M.  Boca  a  arrêté  son  édi- 
tion, l'autre  continue  pendant  6jj4  vers  que  M.  Scheïer  vient  d'imprimer.  On 
peut  se  demander  si  la  partie  du  poème  antérieure  au  Baaduin  de  Stbourc  s'est 
conservée,  si  par  exempte  on  peut  la  reconnaître  dans  l'une  des  rédactions  du 
Chevalier  ûiï  cygne  ;  c'est  une  question  que  la  critique  n'a  pas  encore  abordée  I 
sérieusement  et  qui  demande  un  examen  spécial.  M.  Scheler,  malheureusement,  ■ 
s'est  abstenu  d'entrer  dans  cet  examen,  qui  l'aurait  certainement  conduit  Â  des 
résultats  intéressants.  La  suite  de  l'ouvrage  a-t-elle  été  composée  P  c'est  là  uo 
problème  d'an  autre  genre,  et  que  nous  ne  sommes  pas  en  état  de  résoudre.  Le 


Li  Bastars  de  Buillon,  p  p.  scheler  461 

Boston  DC  nous  est  arrivé  que  dans  un  seul  manuscrit;  peut-être  quelque  volume 
qui  contenait  la  suite  aura  péri.  Si  les  promesses  dont  je  viens  de  parfer  ont 
Hi  exécutées  par  le  poète,  la  perte  de  cette  suite,  surtout  pour  la  toute  dernière 
partie,  est  assurément  fort  regrettable,  et  on  donnerait  bien  voloaliers  le  Bastan 
de  Bouillon  pour  te  récit  des  guerres  de  Flandre*. 

Ce  morceau,  en  effet,  est  loin  d'oifrir  l'intérêt  de  Bauduin  de  S^imn^  et,  bien 
que  cinq  fois  plus  court,  il  est  considérablement  plus  ennuyeux.  L'imagination 
féconde  et  plaisante  qui  brille  dans  le  premier  de  ces  poèmes  est  presque  tota- 
lement absente  du  second  :  plus  de  ces  saillies  imprévues,  de  ces  traits  mor- 
dants, de  ces  folles  aventures  qui  rendent  si  amusants  les  jo,ooo  vers  de  Baa- 
imn.  Le  style,  d'une  qualité  assez  médiocre,  est  moins  populaire  ;  le  sérieux 
est  monotone,  la  gaieté  lourde  et  terne.  C'est  au  point  qu'on  se  demande  si, 
pour  expliquer  celte  différence^  il  suffit  de  dire  que  l'auteur  de  Bauduin  avait  pris 
de  l'âge,  s'il  n'est  pas  admissible  qu'un  continuateur  a  suivi  son  plan,  mais  avec 
beaucoup  moins  de  verve  ei  d'humour.  Tous  ces  rimeurs  du  XIV*  siècle  se  res- 
semblent de  si  près  que  les  plus  grandes  analogies  dans  la  versification  et  la 
langue,  comme  dans  la  tournure  des  idées  et  le  moule  des  récits,  ne  suffisent 
pas  à  attester  l'identité.  Cependant  il  faut  reconnaître  que  le  lien  entre  les  deux 
poèmes  est  si  étroit  qu'il  est  plus  vraisemblable  de  les  attribuer  au  même 
auteur;  mais  il  n'avait  pas  seulement  vieilli,  il  avait  dû  faire  une  maladie  entre 
les  deux. 

M.  Scheler  a  donné  du  Bastart,  dont  nous  n'avons  qu'un  manuscrit,  une 
édition  intelligente  et  certainement  supérieure  à  celle  de  Bauduin.  II  y  a  joint 
un  sommaire,  de  très-abondantes  et  très-instructives  notes  philologiques,  une 
TabU  dci  noms,  un  Glossaire  et  une  Table  des  rima.  C'est  une  fort  bonne  chose 
qu'une  table  des  rimes^  et  je  recommande  l'exemple  de  M.  Scheler  (qui  d'ailleurs 
n'est  pas  le  premier)  i  l'imitation  ;  mais  je  voudrais  que  ces  tables  servissent  â 
l'éditeur  pour  tirer  quelques  conclusions.  Sous  chaque  terminaison  îl  faudrait 
signaler  les  rimes  qui  offrent  quelque  particularité.  Ainsi  ces  dépouillements 
seraient  utiles  i  la  philologie,  et  ils  seraient  à  la  fois  plus  s&rement  complets  et 
plus  commodes  à  consulter  que  ceux  qu'on  met  parfois  dans  une  préface.  —  Au 
reste,  je  n'ai  pas  l'intention  de  critiquer  l'édition  de  M.  Scheler  au  point  de  vue 
philologique  :  ce  travail  a  été  fait  par  M.  Tobler,  dans  un  article  que  j'ai  cité 
{Rom,  VII,  ijjl,  de  façon  à  ce  qu'il  n'y  ait  plus  à  y  revenir.  Je  ne  voulais 
qu'annoncer  le  livre  et  présenter  une  observation  sur  un  point  spécial. 

La  femme  du  bâtard  de  Bouillon,  Ludie,  s'est  fait  enlever  par  l'amiral  Corsa- 
brin.  Son  mari  pénètre,  déguisé  en  charbonnier,  dans  la  ville  oh  elle  habile, 
monte  au  palais  et  se  fait  reconnaître  d'elle.  Elle  le  reçoit  bien,  prétend  avoir 
été  enlevée  malgré  elle,  lui  fait  prendre  un  bain  et  lui  accorde  l'usage  de  ses 
droits  de  mari.  Mais  bientôt  Corsabrio,  qu'elle  a  fait  prévenir,  arrive  avec  des 
tommes  armés  et  saisit  l'époux  trop  crédule.  <  Que  feriez-vous  de  moi,  » 
demande*t'il  k  son  prisonnier,  •  si  vous  me  teniez  comme  je  vous  tiens.'  —  Je 


t.  La  note  fiaaie  du  nu.  de  Bauduin  qui  ne  contient  pas  le  Bastari  semble  bien  prouver 
que  ce  dernier  poème  au  mottu  a  existe  plus  complet  que  nous  ne  le  possédons-  Cette 
note  renvoie  en  effei  an  Bastart  cetuc  qui  veulent  connaître  la  mon  de  EUcdwin  de  Sebourg, 
et  le  Bastart  tel  que  ooiu  Cavou  Uisse»  en  k  (erminani,  ce  personnage  plein  de  vie. 


462  COMPTES-RENDUS 

VOUS  ferais  p«ndre  au  plus  haut  arbre  de  la  forêt  >,  répond  le  bltard.  c  Et 
c'est  ce  que  je  fera!  de  vous  »,  réplique  l'autre.  On  sort  de  la  ville,  on  arrive  à 
la  forêt,  on  cherche,  on  trouve  l'arbre  le  plus  haut.  Le  bâtard  est  hissé  à  la 
cime;  on  lui  passe  la  hart  au  cou.  Avant  de  subir  son  sort,  il  demande  comme 
seule  grâce  à  Corsabrin  de  lui  faire  donner  un  cor,  pour  qu'il  puisse  appeler  les 
anges  du  ciel  i  recueillir  son  Jme,  et  de  lui  permettre  de  faire  ensuite  une  prière. 
Corsabrin  lui  accorde  cette  demande  :  mais  les  sons  du  cor  arrivent  aux  chrétiens 
qui,  non  loin  de  là,  attendaient  dans  l'anxiété  le  retour  de  leur  maitre;  ils 
s'élancent,  et,  grâce  au  répit  laissé  au  condamné,  ils  arrivent  à  temps  pour  le 
délivrer  et  mettre  à  mort  ses  bourreaui. 

Celte  histoire  a  cela  de  curieux  qu'elle  se  retrouve,  avec  quelques  légères 
différences,  dans  le  poème  allemand,  composé  au  Xl]<'  siècle,  mais  renouvelé  au 
XIV*,  de  Sahmon  et  Moroll.  Le  récit  du  poème  allemand,  où  le  r6le  de  notre 
bâtard  est  dévolu  â  Salomon,  est  fort  supérieur  â  celui  du  poème  français,  visi- 
blement altéré,  affaibli  et  plus  éloigné  de  l'original.  Cependant  Les  antiques  réau 
relatifs  à  Marcoif  (^=  Morolt)  ne  connaissent  pas  cet  épisode,  et  le  rAle  de  libé- 
rateur de  Salomon,  que  joue  ici  ce  personnage,  est  tout  à  bit  contraire  k  sa 
véritable  physionomie.  Aussi  pourrait'On  croire  que  les  noms  de  Salomon  et  de 
Marcoif  ont  été  introduits  dans  une  histoire  qui  leur  était  étrangère,  et,  en  effet, 
les  critiques  allemands  ont  admis  que  cette  histoire  appartenait  à  t'êpopée  ger- 
manique et  n'avait  été  rapportée  que  postérieurement  au  roi  des  Juifs.  On  peut 
alléguer  comme  preuve  accessoire  la  grande  ressemblance  de  ce  récit  avec  l'épisode 
final  du  Roi  Rothtr.  Il  n'en  est  rien  cependant,  au  moins  pour  Salomon.  En  effet 
nous  retrouvons  cette  histoire  dans  plusieurs  bytina  russes  sur  Salomon  qu'a  analy- 
sées M.  Rambaud',  et  elle  remonte  certainement  â  une  source  byzantine.  Dans  les 
récits  russes,  ce  sont  des  êtres  surnaturels  qui  accourent  i  l'appel  du  cor  de 
Salomon,  et  c'est  peut-être  là  la  version  primitive.  Il  est  curieux  de  retrouver 
cette  histoire  en  France,  très>dégradée  il  est  vrai  (d'autant  plus  que  Ludie, 
baptisée  et  épousée  de  force  par  le  bâtard,  nous  paraît  être  assez  dans  son 
droit  en  essayant  de  lui  échapper,  puis  de  se  débarrasser  de  lui).  Elle  a  dû  y 
être  connue  anciennement  sous  sa  forme  primitive:  au  moins  est-ce  à  elle  que  je 
rapporte  sans  hésiter  une  allusion  du  roman  des  S<pt  Sages  (v.  436I  où  la  femme 
de  Salomun  est  comptée,  à  côté  de  celles  de  Constantin,  de  Sainson  et  d'Arthur, 
parmi  les  plus  perfides  épouses  dont  on  ait  conservé  le  souvenir.  Combien  de 
récits  de  ce  genre,  familiers  au  plus  ancien  moyen  âge,  se  sont  perdus  plus  tard» 

parfois  sans  laisser  de  traces  I 

G.  P. 


1.  La  Futsie  épiaue,  p.  J94  u.  Je  n'^i  pas  sous  la  main,  en  écrivant  cette  note,  le 
livre  de  M.  WesKlofiky  sur  Salomon  et  Kitovras. 


PÉRIODIQUES. 


I.  —  Rrvuh  xjks  LANncE»  iiOMAnsSj  2"  série,  t.  V,  n*  j  (\\  nars).  -— 
P.  106,  L'érangiU  sdon  sainl  Jean,  cd  provençal  du  XIII*  siècle,  tiré  du  ms.  j6 
de  la  Bibliothèque  du  P^Uts  des  Arts,  h  Lyon,  publié  par  W.  Fœrster  (chap. 
I-VIH),  Le  Nouveau  Testament  de  Lyon  est  connu  depuis  longtemps.  Non-5eule* 
ment,  comme  le  dit  M.  Kœrsler,  il  a  été  décrit  dans  l'ouvrage  deGilly*,  qui  en  a 
extrait  le  premier  chap.  de  S.  Jean^  mais  en  outre,  le  ritue)  cathare  qui  termine 
ce  ms.  a  été  publié  en  18^2  par  M.  Ed.Cunitz'.  M.F.  apubliéTévangite  de  S. 
)ean  i  titre  de  spécimen,  et  sans  joindre  à  ce  texte  ni  notes  ni  explications.  Il 
se  proposerait,  nous  dit-il,  de  mettre  au  jour  le  ms.  entier,  si  une  édition  com- 
mencée il  y  a  quelques  années  par  une  dame  anglaise  devait  être  définitivement 
abandonnée.  Cette  édition  a  été  en  effet  interrompue  pour  cause  de  maladie, 
vers  1875.  J'en  ai  sous  les  yeux  les  bonnes  feuilles,  qui  sont  au  nombre  de  17, 
el  conduisent  le  texte  jusqu'à  l'épître  de  S.  Jacques  inclusivement,  c'est-à-dire 
assez  prés  de  la  fin.  Il  paraît  probable,  au  moment  oti  j'écris,  qu'elle  sera  ter- 
minée et  publiée.  M.  F.  a  justement  remarqué,  dans  \t  court  avertissement  qui 
précède  sa  publication,  que  la  principale  difficulté  de  l'édition  réside  dans  la 
façon  de  résoudre  les  très-nombreuses  abréviations  du  ms.  Il  etitbien  fait,  selon 
moi,  de  conserver  certaines  de  ces  abréviations,  autant  que  cela  se  peut  faire 
en  typographie,  celles  du  moins  des  noms  propres,  et  dans  les  autres  cas  de 
mettre  en  italiques  les  lettres  abrégées  du  ms.  Je  trouve  quelques  petites 
inexactitudes  dans  sa  copie.  Il  écrit  Jouans,  Jouan;  le  ms.  porte  ordinaire- 
ment /  avec  un  0  suscrit,  mais  il  y  a  Joant  en  toutes  lettres  I,  i^.  !1  y  a 
moistn  et  non  moysen  I,  17;  htegi  et  non  tatetgt  ],  a6.  Vt  har^  \.  jo,  dans 
la  Vulgaie  «  venit  vir  >,  est  assurément  la  leçon  qu'il  faut  restituer,  mais  il 
fallait  dire  que  le  ms.  porte  vt  Ira,  La  ponctuation  adoptée  par  M.  F.  est  une 
combinaison  trés-peu  satisfaisante  de  la  ponctuation  du  ms.  et  des  usages 
modernes.  —  P.  126,  Di  Martino,  énigmes  populaires  siciliennes.  —  P.  1)8, 
Bibliographie,  Ste.nqei.,  Dtt  kiJen  attcsUn  profenzatiîchtn  Grammattkm  (C.  C). 
—  P.  1^6,  Périodiques.  P.  M. 

n.  —  Gforkalb  di  FiLOLOoiA  rouakza,  dirctto  da  Emcsto  MoNACt,  I,  I*. — 
P.  i,  Monaci,  Avv(rten:a.  —  P.  2,  A.  Canello,  Ungua  e  dmletto',  observations 


1.  Tht  nmaunt  renion  0/  tht  Gosptt  accofding  to  S   John,  1848,  in-8'. 

2.  Btitr^e  zu  âtn  xhtolifgUcHtn  Wistauchajttn,  IV,  88. 
î.  Voy.  ci-dcïïUi,  p.  J49- 


PÉRIODIQUES 

intéressantes  sur  la  distinction  entre  les  mots  populaires  el  les  roots  savants 
et  les  différentes  séries  auxquelles  appartiennent  ces  derniers.  C'est  i  tort  que 
M.  C.  range  le  fr.  Dieu  parmi  les  mots  qui  n'ont  pas  eu  une  existence  popu- 
laire ininterrompue,  i  cause  de  la  préservation  de  \'u  final  :  cet  u  (ou  o)  s'est 
conservé  en  fr.  dans  trois  cas  :  après  un  d  ou  un  e  lorsqu'il  en  était  séparé  par 
un  f  ou  fr  {ctavo,  AnJegaro,  sebo),  zptès  au  o  quand  il  en  était  séparé  par  un  g  ou  < 
i'traugo,  JocOj  loco)^  et  quand  il  suivait  immédiatement  la  voyelle  (Dco,  (udoeo, 
htbraeo,  tehnaco);  si  pour  mfui  on  trouve  mis  ou  mes  m  lieu  de/niVa;,  c'est  une 
contraction  postérieure  (cf.  mcon  dans  les  Serments).  Depuis  longtemps  je  vois 
dans  espir,  comme  M.  C,  le  substantif  verbal  de  espirtr,  —  P.  i  j,  P.  Rajna, 
RitrûUt  di una raccolta  ai  favole.  Dans  cet  excellent  article,  M.  R.  publie,  d'après 
un  ms.  de  Milan,  les  moralités  en  vers,  visiblement  détachées  des  fables  qui  sont 
perdues,  de  43  fiables  ésopiques  (plus  quelques  proverbes);  il  montre  que  le 
recueil  d'où  elles  proviennent  se  composait  des  fables  d'Aviaaus  [sans  doute 
traduites  sur  un  dc&  nombreux  rifûcimcnti  qu'on  en  avait  composé  au  moyen  âgej 
et  de  celles  de  l'anonyme  de  Nevelet  ;  il  en  étudie  la  langue  étrange,  0(1  il  recon- 
naît du  français  composé  par  un  Lombard  qui  y  a  mêlé  beaucoup  de  formes  pro- 
vençales; en6n  il  y  joint  de  très-bonnes  notes  explicatives  el  comparatives.  — 
P.  4j,  N.  Caix,  Sui  pronome  ilaliano.  M.  C.  rend  très-vraisemblable  la  prove- 
nance du  pronom  ît.  vi  de  voi  et  non  de  ïbi,  comme  on  l'enseignait  jusqu'ici;  il 
fait  voir  que  le  pron.  fém.  U  est  un  affaiblissement  de  leî  et  ne  remonte  pas 
directement  à  un  latin  vulgaire  iV/tii;;  il  réunit  les  différentes  formes  italiennes 
provenant  de  la  jonction  de  ^aem,  quod^  uki  avec  villes;  il  soutient  que  aascke- 
duno  est  ciasche  iino  avec  un  d  euphonique  intercalaire,  ce  qui  ne  paraît  pas  tout 
à  fait  sôr;  il  donne  de  nouveaux  exemples  de  quegno  et  guigna. 

Varietù.  P.  48,  N.   Caix,  Etimologit  ronan:e:  fr.  ébouri§l  rattaché  à  l'italien 
sharuffato  (cf.  l'opinion  divergente  de  M.  Bugge  dans  la  Romania);  fr.  flagorner   1 
regardé  comme  un  dérivé  de  l'a.  h.  a.  jlùthan  ou  jhkon^  ce  qui  est  fort  hypothé-   ■ 
tique;  it,  guidalesco^  excellemment  dérivé  de  l'ail.   Widcrritt;   il.   tajenâj  tiré, 
comme   l'esp.    ta/ana,   du   synonyme  arabe  taifur1ya\  esp.  urea^  it.  or«,  fr. 
houlque,  rapprochés  avec  toute  raison  de  l'a.  h.  a.  holco^  vaisseau  l^er.  — 
P.  jo,  E.  Monaci,  Sut  Libre  Rtale^  montre  la  parenté  de  ce  chansonnier  italien, 
dont  on  n'a  que  la  table  (voy.  Rom,^  VI,  628J,  avec  un  ms.  de  la  Laurentienne. 
—  P.  5},  A.  d'Ancona,  Fra  Guittone  c  il  sign.  Pcrrens;  relève  des  méprises  el  I 
des  l^éretés  inexcusables  dans  divers  passages  de  l'Histoire  de  Florence  relatif  J 
à  Fra  Guittone,  dans  une  note  entre  autres  où  M.  Perrens  donne  une  leçon  de 
philologie  italienne  à  M.  d'Ancona    lui-même;    nous   notons  en  passant  qu'il 
semble  résulter  de  quelques  paroles  du  savent  professeur  de  Pise  qu'il  ne  regarde 
pas  ta  cause  de  Dino  Compagni  comme  perdue. 

Rassegna  bibliogréifica.  P.  j  j  ,  Hajdeu ,  Fragmente  pentru  istorîa  ttmbci 
romane  (Caix);  p.  j6,  Ive,  NoveUine  popolari  rovignesi  (d'Ancona);  p.  $7, 
Canal,  Sopra  ana  camone  di  Cino  àa  Pistoia  (Canello);  p.  (S,  Morel-Fatio,  El 
Magico  prodigioso  (Mooaci);  p.  j9,  Borgognoni,  StuJi  di  erudiziont  c  d'artt 
(Navone).  —  bulUtùno  bibliografico  (annonce  sommaire  de  22  ouvrages).  — 
Paiodici.  —  Notizit.  C.  P. 


PÉRIODIQUES  465 

m.  —  ZEiTSCHniPT  rùa  ROMANtscHE  Philolooib,  II,  I.  —  p.  I.  F.  Perle; 
la  NlgûUon  en  ancien  jrançaii  ;  première  partie  d*un  travail  utile  el  fait  avec  som; 
je  ferai  remarquer  à  l'auteur  que  noit  ou  plutôt  najt  doit  bien  probablement  se 
décomposer  comme  oje,  —  car  l'ingénieuse  explication  de  M.  Tobler  me  paraît 
de  plus  en  plus  vraisemblable,  —  en  non  et  ft\  je  ne  l'ai  îusqu'îd  rencontré 
qo'en  réponse  i  une  question  relative  i  l'action  attribuée  ï  la  personne  qui 
répond;  il  est  vrai  que  I'j  est  surprenant,  d'autant  qu'on  ne  trouve  ni  nojt  ni 
neje  qu'on  attendrait,  mais  je  suppose  que  nafc  est  pour  ntn  je,  où  ê  s'est  d'abord 
changé  en  S,  puis  a  perdu  la  nasalisation;  —  nontfuts  se  trouve  plus  tard  que 
ne  le  croit  M.  P.,  bien  que  je  n'en  aie  pas  d'exemples  sous  la  main;  —  les  exemptes 
(p.  8)  cités  par  M.  Brinkmann  pour  établir  un  ne  français  répondant  à  tnde  n'ont 
pas  de  valeur  (cf.  Rom.,  VI,  504)  ;  au  v.  allégué,  pour  appuyer  la  forme  no,  de 
l'imitation  du  Cantique  àticanùquts  (Bartsch,  Chrnt.,  p,  aj),  il  (aul  n'ont  au 
lieu  de  no  jef,  comme  P.  Meyer  l'a  déjà  imprimé  dans  son  Recueil,  n«  4,  v.  57. 
—  P.  25,  A.  Tobler.l'ifiirfï/^foyriïJ.tfoponfrfflToi/i,  extraits  d'une  vie  inédite, 
surtout  précieuse  parce  qu'elle  donne  les  premiers  vers  de  toutes  les  compositions 
du  pieux  chansonnier.  —  P.  40,  O.  de  Toledo,rrj(Ofl  .if  Fj7(iwr/o,  l'auteur,  outre 
des  renseignements  bibliographiques  sur  les  différentes  versions  modernes  de  ce 
thème  si  célèbre  au  moyen  âge,  en  public  une  version  en  prose  du  xiv*  siècle, 
paraphrase  du  poème  en  vers  latins  rhythmiques,  et  une  version  en  strophes  de 
la  fin  du  même  siècle,  d'après  trois  ms^.,  dont  deux  à  Paris.  Ce  qu'il  y  a  pour 
nous  de  plus  précieux  dans  son  travail  est  une  nouvelle  édition,  revue  sur  le  ms., 
des  74  vers,  malheureusement  seuls  conservés,  du  plus  ancien  poème  espagnol  sur 
ce  sujet.  L*autcur  déclare  ne  pouvoir  décider  lequel,  de  ce  poème  ou  du  poème 
français  correspondant  iWright,  Mapes,  p.  j2i),  est  l'original,  et  reproduit, 
comme  f  tan  atendibles  y  de  tanta  valia  »  des  observations  de  Pidal  i  ce  pro- 
pos dénuées  de  toute  valeur.  Il  ne  peut  être  douteux  pour  personne  aujourd'hui 
que  la  pièce  espagnole  est  une  traduction,  libre  i  certains  endroits,  à  d'autres 
tout  à  fait  fidèle,  de  la  pièce  française,  dont  elle  a  conservé  le  rhythme  et 
souvent  tes  nmes.  Mais  elle  n'en  est  pas  moins  intéressante  pour  l'histoire 
de  la  tangue  et  de  la  littérature,  et  M.  de  T  a  rendu  un  vrai  service  en  en 
donnant  une  meilleure  édition.  Au-dessous  du  texte  diplomatique  il  a  placé 
une  restitution  sur  laquelle  on  pourrait  chicaner,  mais  que  chacun  est  libre 
de  n'accepter  que  sous  bénéfice  d'inventaire.  Dans  les  notes  explicatives 
je  relève  la  traduction  erronée  de  losenuxr  (i.  loseniar)  par  Hrvar  la  enuHa  : 
on  dirait  que  l'auteur  a  été  induit  en  erreur  par  le  français  qui  donne  par 
lûtangi  porter;  louange  est  ici  pour  losenge,  dont  le  sens  est  bien  connu.  — 
IP.  70,  K.  BartKh,  Zu  Jen  proveniûhsehen  tais.  Cet  article  est  un  supplément 
i  la  publication  de  deux  lais  provençaux  el  d'un  tai  français  faite  par  M.  Bartsch 
dans  la  première  livraison  de  la  ZtiUehnji  Rendant  compte  de  ce  travail  dans 
ta  Aomdnù  (VI,  47]-4},  i'avais  remarqué  que  l'éditeur  n'avait  pas  connu  un  ms,, 
B.  N.  2 1 9  j ,  —  fort  bien  indiqué  dans  le  catalogue  du  fonds  franc,  de  la  Bibliothèque 
nationale,  —  dont  l'importance  est  capitale  pour  rètablissemeul  du  texte  du  lai 
français.  M.  B.  a  profité  de  cette  indication  :  il  s'est  lait  copier  le  texte  toumi  par 
le  mi.  119),  et  en  donne  les  variantes,  s'elforçant  par  la  même  occasion  de  me 
dire  des  choses  désagréables.  J'avais  dit  par  exemple  que  la  pièce  Ja  no  rolgta 
Homania^  VU  jq 


4<S6  PÉRIODIQUES 

^a'om  aazis,  citée  par  lui  comme  éUnt  de  Foiquet  de  Marseille,  ne  pouvait 
aucunement  être  de  ce  troubadour;  M.  B.  me  reproche  d'avoir  consacré  à  ce 
sujet  une  demi-page,  et  représente  fort  inexactement  mon  argumentation.  Jl  est 
vrai  que  la  question  de  savoir  si  Folquet  est  ou  non  l'auteur  de  cette  chanson 
ne  touche  pas  directement  les  lais,  mais  elle  est  en  elle-même  intéressante,  et 
d'ailleurs  il  est  toujours  utile  de  savoir  quels  auteurs  on  cite.  Il  est  vrai  encore 
que  M.  Grœbcr  n'a  pas  vu  de  difficulté  à  attribuer  cetle  même  pièce  i  Foiquel, 
mais  tant  pis  pour  M.  Grœber!  Ce  ms.  219}  indiqué  par  moi  contient  une 
pièce  latine  [Veritas  —  traitas  —  târgaas  —  corrutt)  construite  sur  le  modèle  du 
lai  français  que  renferme  le  même  ms.  M.  B.  suppose  que  je  n*ai  pas  connu 
cette  pièce  latine,  que  j'aurais  pu  connaître,  dit-il.  Mais  d'abord  je  ne  vois 
pas  en  quoi  j'étais  tenu  de  la  connaître  :  je  ne  suis  pas  l'éditeur  des  lais,  mais 
simplement  le  critique  de  M.  B.,  éditeur  de  ces  lais.  C'est  M.  B.  qui  aurait 
dû  connaître  en  temps  opportun  cette  pièce,  dont  les  premiers  vers  sont  exac- 
tement ciléi  dans  le  Caïahgue,  l,  I,  p.  371,  et  qui  d'ailleurs  a  été  signalée 
depuis  longtemps  à  l'attention  des  personnes  qui  s'intéressent  à  la  poésie  rhyth* 
mique  du  moyen  âge.  Puis  il  se  trouve  que  je  suis  précisément  l'un  de  ceux  qui 
ont  coDlribué  à  la  faire  connaître*.  M,  B.  pourra  maintenant  écrire,  en  profi- 
tant des  indications  données  ci-dessous  en  note,  un  second  supplément  i  son 
premier  travail.  —  P.  M.] 

Mélanges.  —  1.  Histoire  ttttèraire.  1.  Bauquier,  Ramond  Feraaà  a  son  corn- 
put  (cette  œuvre  qu'on  croyait  perdue  est  probablement  un  comput  qu'E.  Tho- 
mas a  public  en  1847).  ~  2.  Fcersler,  le  Gligois  de  Turin  (n'est  pas  le 
Wtgalois  comme  je  l'avais  supposé;  la  publication  en  est  annoncée,  ainsi  qu'une 
nouvelle  édition  du  Bel  Desconeu,  singulièrement  arrangé,  à  ce  qu'il  parait,  par 
M.  Hippeau). —  II.  Afd/iu;crifj.  t.  Fœrster,  Sur  le  fragment  d' Alexandre  (rien  de 
nouveau).  —  [2.  H.  Varnhagen,  Sur  un  morceau  de  la  Clinstomathic  de  Bartsch. 
M.  V.,dont  nos  lecteurs  ont  pu  déjà  apprécier  les  aptitudes  (voy.  Romaitia,  VU,  t 
}44-î),  finira  par  compromettre  sérieusement  la  Zutschrift.  Il  s'agit  cetle  fois 
d'un  fragment  de  chronique  qui  est  imprimé  dans  la  Chrestomathie  de 
M.  Bartsch,  i"'éd.,  col.  321,  2*  éd.  et  j'  éd. >  col.  ^SS-  Pourquoi  M.  V.  citc- 
l-il  la  seconde  édition  plutôt  que  la  troisième.'  c'est  ce  que  je  ne  saurais  dire. 
Ce  morceau  est  extrait  du  t.  XXU  des  Histonens  de  France^  p.  }i6-8.  Comme 
en  i86f,  alors  que  M.  Bartsch  préparait  sa  Chrestomathie,  ce  volume  des  Histo- 
riens n'avait  pas  encore  paru,  j'obtins  de  l'un  des  éditeurs  communication  des 
bonnes  feuilles,  et  j'y  copiai,  pour  M.   Bartsch,  le  morceau  qui  me  parut  le 


I .  J'en  ai  cité  en  1866  deux  auires  mw.  dans  mes  Rappjnt,  voir  Areh.  des  Musions^ 
1*  sèri«,  m,  ifi^~i  ;  tiré  i  pan,  p.  )8.  KX  il  en  existe  un  quatrième  exemplaire  dam 
le  au.  146  da  fonds  fran^U.  La  copie  que  M.  11.  a  eue  à  sa  d'uposiiton  ne  me  parait 
pas  Avoir  Hi  faîte  pir  un  paléographe  bien  ucrcé.  V.  p,  u  pro»cribitur  in  folio  »,  ms. 
mfitio  qu'il  fjut  corriger,  d'après  les  autres  mss.,  en  exilio  V.  ia6,  «  crtdunt  poien- 
tie  n,  ms.  (tdant.  V.  116,  «  fit  imursh  »,  mauvaise  correction;  le  ms.  porte,  oon, 
comme  il  est  dit  en  note,  iacrasio,  mais  inlrasio.  V.  140,  w  Uutat  chrotius  »,  m*.  Natat, 
et  cht ûnus  àoil  être,  d'après  I»  autres  mss..  corrigé  en  thronui,  ce  qui  d'ailleurs  était 
évident.  V.  14),  gravioru  qui  fait  le  vers  trop  court;  en  aotc  est  proposée  une  bien 
faible  correction  due  à  M.  Crcrber;  mt.  gtatia  minons  ;cGnfirmè  par  les  autres  mu.).  La 
comparaisQii  avec  les  autres  mss.  fourniritt  quelques  autres  amèlioratioru.  La  correction 
de  M.  B.  au  V.  47  est  confirmée.  —  Pour  le  fonJs  il  y  a  une  ceruine  analogie  entre 
cette  pièce  et  un  morceau  ciié  par  tes  Leys  ^amors^  III,'  1 }  2 


PÉRIO&rQUES  467 

plus  intéressant.  Je  ne  suis  donc  pour  rien  dans  l'édition.  |e  n'ii  fait  que  copier 
un  imprimé  ;  ce  qui  est  très-clairement  indiqué  dans  la  ChreslomethU,  où 
est  cité  le  Recueil  des  Historiens  de  France*.  Or  voici  que  M.  Varnhigen, 
comparant  ces  quelques  pages  de  la  ChrestomathU  avec  le  ms.  de  Londres  d'où 
elles  sont  tirées,  en  passant  par  l'édition  des  Histontns,  me  rend  respon- 
I  sable  des  erreurs  de  copte  qu'il  y  rencontre.  Je  repousse  naturellement  toute 
responsabilité  i  cet  égard,  et  j'engage  M.  V.  à  se  montrer  dorénavant  plus  pru- 
dent. Il  faudrait  aussi  qu'il  apprît  i  distinguer  une  faute  d'impression  d'avec 
une  faute  de  lecture.  Ainsi  en  un  endroit  îl  note  tscii  quand  il  y  a  tscrit  dans 
le  ms.;  et  il  ne  s'aperçoit  pas  <\\ï'escie  est  une  faute  d'impression  propre  à  la 
seconde  édition  de  la  Chratomathie,  mais  qui  ne  se  trouve  ni  dans  la  première 
ni  dans  la  troisième.  Enfin,  le  plus  curieux  est  que  M.  V.  ne  parait  pas  savoir 
que  le  fragment  vaguement  intitulé  par  M.  Bartsch  >  Extrait  d'une  chronique 
en  prose,  ■  est  tiré  du  Ménestrel  de  Reiras,  dont  une  édition  très-supérieure 
1  celle  des  Hîstoruns  de  France  a  été  publiée  il  y  a  deux  ans  par  M.  de  Wadly=*, 
l'un  des  éditeurs  des  Hittoruns.  De  sorte  qu'en  dernière  analyse  la  critique  de 
M.  V.  retombe  sur  un  texte  publié  par  M.  de  Watlly  il  y  a  i]  ans,  mats 
annulé  depuis  par  la  nouvelle  édition  due  au  même  M.  de  Wailly.  Voilà  da 
'  papier  bien  employé!  —  P.  M.]  —  III.  Criti^ut  des  textes.  1.  Suchier,  Sur  le 
Théophile  d'AJgarj  remarques  critiques  qui  ressemblent  ^  celles  qui  ont  été 
faites  ici  (VU,  ^4;^  —  2.  Bauquier,  Corrections  au  Donal  prcensal  (dans  En- 
arbrar  —  erigere  duos  ptdts  et  in  duobus  iustuttart,  il  faudrait  suppléer  mantbas  : 
non  :  il  s'agit  d'un  cheval  qui  iaarhre,  comme  on  disait  en  a.  fr..  c'est-â-dircse 
dresse  sur  ses  deux  pieds  de  derrière;  nous  avions  effacé  cette  correction  de  la 
liste  donnée  par  M.  B.  à  la  Romania,  VI,  4  jo).  —  IV.  Étymohgus.  1 .  Focnlcr  ; 
.  V.  fr.  hanste  |non  pas  à'amts,  mais  de  hûsta;  j'accorde  la  négation,  non  l'affir- 
>  nation.  Hanste,  quoi  qu'en  dise  Dtez,  a  une  h  aspirée  et  vient  donc  de  l'allemand, 
M.  F.  croit  avoir  prouvé  t'intercatalîon  d'une  n  devant  une  1.  il  se  trompe  : 
daBS  tous  les  exemples  cités  par  lui  (Zeitscfirift,  \,  j6o),  il  y  a  non  pas  une  s, 
mais  un  c,  ce  qui  n'est  point  la  même  chose,  excepté  dans  certains  cas  où  il  ne 
s'agit  pas  d'un  phénomène  phonétique,  comme  lorsqu'il  y  a  eu  confusion  entre 
les  préfixes  en  et  es)^  it.  stordire  (ramené  avec  vraisemblance  i  turdut],  a.  tr. 
spoine  (on  trouve  aussi  tspont,  esponne;  la  forme  renvoie  bien  à  spontus  ^=  spon- 
taneas,  mais  a-t-on  le  droit  d'admettre  ce  type  latin  f'),  it.  troccia  (et  fr.  crossi, 
tiré  d'un  dérivé  ta  -ta  du  radical  crocc-;  intéressantes  observations  sur  divers 
mots  apparentés),  fr.  roche  (tiré  d'un  radical  rorr-,  auquel  l'auteur  rattache 
aussi  rosser,  ce  qui  est  peu  vraisemblable  comme  forme  et  ce  qu'il  n'essaie  pas 
d'expliquer  comme  sens),  fr.  rncr  (de  rutare,  comme  arguer  de  argatatt,  étymolo- 
n  gies  excellentes!,  maintre  (uniquement  cstté  dans  la  locution  maintre  communul- 
I  mentt  dont  M.  F.  a  réuni  tous  les  exemples  connus,  sauf  celui-ci  de  Fhavant, 
T.  j6j,  où  la  forme  e*t,  il  est  vrai,  singulièrement  altérée  :  Par  ta  ciU  s'adobent 


I.  Par  un  scrupule  peut-être  exagéré,  M.  Bartsch  a  ajouté,  dins  li  i"  a  y  édition, 
a  CofH<  d«  M.  faut  Mcyer   » 

3.  Iji  rédaction  de  la  Zeitschrift  De  devrait  pas  ienorer  rrxitten»  d<  crfte  édition, 
ponqu'cDc  en  a  derundé  un  exemplaire  ï  la  Société  de  l'Hisioirr  de  FraïKe  et  l'a  obtenu; 
voir  le  Bulletin  de  ta  Société,  séance  dn  9  jaorier  1877. 


468  PâRIODIQUES 

mmtem  commuiumant ;  l'explicatioa  qu'il  propose  me  parait  bien  douteuse;  je 
n'en  ai  pas  pour  le  moment  (l'autre  à  donner;  peut*èlre  pourra*t-il  être  utile 
de  faire  remarquer  qu'on  trouve  quelquefois  en  a.  fr.  mainte  pour  mainte  par 
exemple  dans  Paien  Gatinel).  —  P.  S9,  Bauquier,  Une  Imu/u  de  nos  dkuan- 
tuires  de  géographie  (demande  qu'on  joigne  pour  les  noms  de  lieux  du  Midi  la 
forme  dialectale  h  U  forme  française).  —  V,  Crammaue.  1.  Fœrsler,  le  Pronom 
possrsstf  fiminin  abiolu  en  anc.  //.  (très-bonne  classification  des  formes;  l'auteur 
a  rétracté  à  la  Bn  du  cahier  ce  qu'il  disait  ici  sur  mun  etc.,  qu'il  formait  avec 
Diez  â  l'aide  d'un  suffixe  -anus;  il  a  bien  fait,  mun  n'étant  que  la  forme  con- 
tractée de  m'mn,  écrit  meon  dans  les  Serments).  —  2.  Gaspary,  Si  en  a.it.  et  en 
a.  fr.  pour  /'((.  finchè,  k  jr.  jusqu'à  ce  que  {cet  usage  très-fréqucnl  en  a.  fr. 
n'avait  pas,  que  je  sache,  été  relevé  jusqu'ici  publiquement).  — VI.  Vocahahùe. 
Rausch,  Remarques  tingutstiques  sur  la  guerra  é'Muichde  CianJe  Travers  (poème 
ladin  du  .wi*  siècle). 

Comptes-rendus.  P.  1 1^,  Schuchardt,  RMorneU  undTerzine{QTtï\. —  [P.  laa, 
Recueil  d'anciens  textes,  U.  J'ai  quelques  remarques  k  faire  sur  ce  compte-rendu  df^ 
à  M.  Bartsch  :  i'  M.  B.  me  reproche  de  n'avoir  pas  compris  dans  mon  recueil  ta 
Passion  de  Clermont.  Je  réponds  que  j'ai  eu  surtout  en  vue  mon  enseignement; 
ne  disposant  que  d'un  espace  limité,  j'ai  dû  choisir  des  morceaux  utiles  A  mes  expln 
cations.  Or  il  y  a  dans  la  Passion  mainte  forme  et  surtout  mainte  rime  qui  sont 
en  désaccord  avec  l'enseignement  grammatical  que  comporte  l'état  aclud  de 
nos  éludes.  Tant  que  ces  ditflculiés  ne  seront  pas  résolues,  il  est  inutile  d'expli- 
quer aux  élèves  une  pièce  qui  ne  peut  que  jeter  la  confusion  dans  leurs  esprib, 
les  textes  étant  d'ailleurs  abondants,  i"  M.  B.  me  reproche  d'avoir  donné  les 
variantes  d'une  manière  éclectique  et  sans  système.  Je  prétends  au  contraire 
avoir  donné  un  apparatus  crittcus  plus  complet  que  personne,  M.  B.  y  compiis 
(voy.  i  cet  égard  Rom.,  IV,  1  j2i,  ne  l'a  fait  avant  moi  pour  un  ouvrage  de  ce 
genre.  Les  omissions  que  M.  B.  cite  dans  le  morceau  de  VAlais  n'ont  pas 
d'importance  :  j'ai  pu  çà  et  li  supprimer  quelques  variantes  sans  intérêt,  puis- 
qu'on les  retrouve  dans  l'éditioD  de  G.  Pans,  à  laquelle  je  renvoie.  }*  à  propos 
du  Rotant  M.  6.  s'étonne  que  je  n^aie  pas  le  texte  correspondant  du  principal 
ms.  de  Venise.  C'est  que,  —  à  moins  d'aller  tout  exprès  à  Venise',  —  j'aurais 
dû  l'emprunter  à  l'édition,  imprimée,  mais  non  encore  publiée  de  M.  Hofmann, 
ce  qui  ne  me  paraissait  pas  légitime  ;  je  croyais  d'ailleurs  que  cette  édition 
allait  paraître.  On  a  maintenant  celle  de  M.  Kœlbing.  4'  pour  Albéric  de 
Besancon  (n*  14),  M.  B.  remarque  que  j'ai  admis  dans  mon  texte  des  correc- 
tions faites  par  des  philologues  que  je  n'ai  pas  nommés.  Je  ce  les  ai  pas  nommés 
dans  les  notes,  mais  je  les  ai  nommés  en  tête  du  morceau,  en  renvoyant  Â  lean 
travaux.  En  outre,  au  moment  où  cette  partie  de  mon  Recueil  s'imprimaît| 
j'étais  persuadé  que  mes  deux  volumes  sur  la  légende  d'Alexandre  (dont  l'on 
est  entièrement  imprimé  depuis  1870)  verraient  le  jour  en  1S77.  J'espère  qu'ils 
ne  tarderont  pas  Â  paraître  :  j'y  travaille  aclivemenl.  On  y  trouvera  pour  Albé- 
ric un  commentaire  détaillé  (imprimé  en  1869),  dans  lequel  je  rends  à  chacun 


1.  Je  me  suif  contenté  dans  mon  Reeueil  de  mettre  à  profit  tout  ce  que  pouvaient  me 
fournir  les  bibliothèques  de  France  et  d'Angleterre.  M.  Bartsch  n'en  a  pas  fait  auunt  ; 
U  s'en  fautl 


PtiRIODIQUCS  469 

et  particulièrement  à  M.  B.  la  justice  qui  lui  est  due.  —  P.  M.]  —  P.  12^, 
Crœber,  tiie  Litàenammlungtn  âcr  Troubadours  ;  Stengel,  die  ftrovtnzalUclu  tih~ 
mmltse  dtf  Chigiana ,  Gisi,  dtr  TroabadouT  GaiUtm  AnclUr;  Stcngel,  dit  btidtn 
alteittn  provenxaUschtn  Crammûtiktn  iBartsch).  —  P,  ij6,  Ho&ch,  Vtbrr  dit 
rQurlUn  dcr  prov.  und  lat.  Uknsircschrrhung  dts  hdl.  Honoratus  (Stengcl;  donne 
raison  i  P.  Meyer  contre  la  thèse  de  M.  H.;  cf.  Rom.,  VI,  Î19)'.  —  P.  142, 
FoTster,  U  chevaliers  as  deas  tspies  (Tobier  ;  abondance  de  remarques  philolo- 
giques intéressantes).  —  P.  1  ja,  Liiclcing,  Dk  telltsten  franz.  Mundarttn  (Neu- 
mann). —  P.  160,  Darmestcler,  De  la  création  actuetlt  de  mois  nouveaux  iKosch- 
witz).  —  P.  162,  Mùlter,  La  chanson  de  Roland,  I  |article  important  de 
M.  Fcerster,  contenant  beaucoup  de  vues  nouvelles  et  d'utiles  observations  de 
dMail.  |e  ferai  remarquer  que  j'ai  exprimé  mon  opinion  sur  la  patrie //dWfiWK  el 
non  normande  du  Roland  il  y  a  treize  ans;  voy.  Hisl.  poit.  de  Chartemagnc, 
p.  252,  n.  4;  aujourd'hui  je  serais  moins  précis,  en  ce  sens  que  je  ne  reconnais 
plus  grande  valeur  aux  mots  ■  français  •>  et  «  normand  »  appliqués  au  langage, 
et  que  je  n'oserais  pas  déterminer  le  point  juste  dont  notre  poème  représente  le 
parler,  ojtre  qu'il  faut  tenir  compte  des  différentes  couches  dont  il  se  compose; 
je  ne  sais  d'ailleurs  si  M.  F.  a  découvert,  pour  le  xr«  siècle,  des  traits  carac- 
téristiques distinclifs  entre  le  dialecte  parlé  par  exemple  dans  le  Vexin  français 
et  dans  le  Vexin  normand  :  en  ce  cas  il  est  plus  avancé  que  moi).  —  P.  iSo, 
Compte-rendu  du  n°  22  de  la  Romania  (VI,  2),  par  MM.  Koehier.  Tohler,  Gra- 
ber,  Hehring  et  Bartsch  (le  premier  complète  les  indications  de  littérature  com- 
parée jointes  i  leurs  articles  par  MM.  Wesselofsky  et  Cosquin;  le  second  cor- 
rige quelques  passages  du  Dit  dt  Coaitant;  le  troisième  et  le  quatrième  criti- 
quent les  notes  de  M.  Cornu  sur  •itta  et  tanit .  [Le  travail  de  M.  Rajna  sur 
l'étrange  abbaye  qui  aurait  été  fondée  à  Niort  par  Guillaume  de  Poitiers  {RomO' 
nia,  VI,  249)  a  donné  à  M.  Bartsch  l'occasion  de  s'aventurer  sur  le  terrain  de 
l'histoire  et  de  la  géographie.  Rencontrant  dans  une  pièce  du  comte  de  Poitiers 
IMabn,  Ctd.^  n'  171)  ces  vers  : 

De  Ganel  ai  le  caste)  el  mandamen. 
E  per  Niot  fauc  ergaeill  a  toia  gai, 

l'idée  lui  est  venue  que  dans  le  second  vers  Niol  serait  une  faute  pour  Niort; 
idée  malheureuse  :  il  s'agit  d'un  des  nombreux  Kuul,  Nieuil^àc  la  Vienne,  de  la 
Haute- Vienne  ou  desCharcntes;  quant  à  Cun^/,  c'est  Ctmel,  dans  la  Ccrrèae,  ot 
existent  encore  les  ruines  d'un  vieux  château  Continuant  à  itrer  parti  de 
Niort  lOeui-SévresJ,  M.  Bartsch  rattache  i  cette  ville  le  Gulllem  de  Niort  qui 
gure  dans  le  poème  des  Albigeois  (vv.  8981,  918})  au  nombre  des  partisans 
;  plus  dévoués  du  comte  de  Toulouse;  autre  erreur  qu'il  eût  été  bien  facile d'èvi- 
ter.  Comment  le  comte  de  Toulouse  aurait-il  eu  un  allié  i  Niort  (Deux-Sévre-s)? 
Ce  Guillem,  qui  était  hérétique,  dont  les  biens  furent  saisis  en  I2j6  par 
Raimon  VII  sur  l'injonction  formelle  de  l'Inquiiition,  qui  prit  part  au  soulève- 
ment de  1240,  tirait  son  surnom  de  Niort  (Aude).  Assurément  M.  Bartsch 
n*esl  pas  obligé  de  savoir  ces  détails  purement  historiques,  mais  quel  besoin  a-t- 
on de  parler  de  choses  qu'on  ne  sait  pas?  —  P.  M.J  —  P.  192,  sur  notre  n»  aj 


I.  Jevieiuderrouveri  Dubtio  une  vie  laitne  que  le  croi»  l'original  de  R.  Férsut.  — P.M. 


470  PÉRIODIQUES 

(VI,  ]),  M.  Tobler  approuve  la  tlièorie  de  M,  Havet  sur  te  et  M.  Schuchardt 
la  conteste;  M.  Tobler  redrcssr  en  quatre  ou  cinq  endroits  le  texte  de  la  Vie  dt 
S.  Jtkan  Bouche  d'or;  M.  Gaster  donne  du  traitement  de  p,  b,  /,  i-  dans  le  roo- 
main  populaire  une  autre  explication  que  M.  Lambrior;  M.  Grœber,  comme 
pour  le  n'  précédent,  analyse  les  autres  articles  et  fait  quelques  observations  ï 
propos  de  celui  de  M.  Cornu  sur  la  Fhonoiogu  da  Bagnard.  G.  P. 

IV. —  RoMAMficHE  Stodien^  IU,  I  (n*  lo).  —  p.  ) ,  E.  Bœhmer,  Nonsher- 
giicha:  (exte  de  la  Val  di  Non  (Trentin).  en  vers  et  en  prose,  avec  une  mlro- 
duction  et  des  remarques  sur  la  phonétique  et  la  flexion.  —  P.  S;.  Ë.  Bixh- 
mer,  Grednenschts  ;  observations  sur  le  dialecte  du  Val  de  la  Gardena  (Tirol), 
accompagnées  de  la  réimpression  d'un  petit  texte  pieux.  —  P.  gj,  F.  Settegast, 
CaUndre  cl  su  Chronique  des  Empereurs  (Ms.  B.  N.  fr.  794I.  M.  S.  montre  que 
le  prologue  de  Calendre  a  été  mal  compris  par  A.  Duva)  dans  {'Histoire  tittirairt, 
que  le  Ferri  de  Lorraine  dont  le  poète  pleure  la  mort  récente  est  Ferri  II 
(f  taij)  et  non  Ferri  1"  (f  1207),  et  son  successeur, dont  il  parle  avec  tant  de 
mépris,  Thibaut  I";  il  interprète  aussi  avec  bonheur  la  plupart  des  noms  géo- 
graphiques qui  figurent  dans  le  prologue.  Le  poème  de  Calendre,  que  M.  S. 
analyse,  est  d'ailleurs  fort  peu  intéressant,  et  ce  travail  est  surtout  utile  parce 
qu'il  détruit  les  illusions  qu'on  pouvait  se  faire  sur  son  ouvrage  intitulé  Chro- 
nique  des  Empereurs.  L'auteur  a  mis  en  vers  français  médiocres,  avec  force  contre-  1 1 
sens,  un  ouvrage  latin  qu'il  dit  avoir  appartenu  h  l'empereur  Manuel  (ce  ne  peut 
être  que  Manuel  Comnène,  mort  en  1 180),  lequel  en  faisait  grand  cas  et  l'appe^ 
lait  ■  la  queronique  reongnie.  *  On  peut  présumer  que  ce  manuscrit  avait  été 
rapporté  de  Constantinople  par  quelque  chevalier  revenu  de  la  quatnéme  croi- 
sade. On  ne  connaît  rien  dans  nos  bibliothèques  qui  le  représente  exactement  : 
c'était  une  compilation  très-abrégéc,  ayant  pour  base  Orose,  mais  empruntant  i| 
des  traits  à  d'autres  sources.  M.  S.,  qui  a  étudié  avec  soin  l'auteur  qu'il  analyse,  ■■ 
ne  s'exprime  pas  très-clairement  au  sujet  de  la  source  de  Calendre:  il  semble  en 
maint  endroit  soutenir  qu'il  a  eu  Orose  pour  guide  unique  et  direct;  d'autres  fois 
il  signale  des  passages  qui  se  rapprochent  évidemment  plus  de  VHistoria  misceUa^ 
et  d'autres  dont  il  ne  peut  indiquer  ta  provenance  :  l'explication  qu'on  vient 
de  lire  parait  rendre  compte  de  tout.  M.  S-  termine  son  étude  par  quelqoes 
remarques  détachées  sur  les  rimes  ;  il  aurait  été  à  souhaiter  qu'il  en  dressât  le 
tableau  complet,  et  qu'il  donnât  un  petit  glossaire  du  poème  de  Calendre,  ainsi 
qu'un  relevé  des  principaux  laits  grammaticaux;  ainsi  son  volume  aurait  tenu 
lieu  d'une  édition  que  l'œuvre  du  rimeur  lorrain  ne  mérite  guère.  Un  échantillon 
de  $00  vers,  imprimé  par  M.  S.,  permet  de  juger  du  style.  — P.  Ijl,  B. 
Bœhmer,  Date  de  la  compotition  de  Guillaume  de  Paktmt;  M.  B.  relève  un  sin- 
gulier lapsai  de  M.  Michclant  dans  sa  préface  de  ce  poème;  quant  à  ta  date 
qu'il  trouve  dans  ta  désignation  du  pape  qui  marie  les  deux  amants  < le  pape 
Clément,  Qui  ju  entre  les  deux  Grégaires)  ^  elle  n'a  aucune  importance,  d'abord 
parce  qu'il  est  sûr  sans  autre  preuve  que  Guillaame  a  été  écrit  avant  1227, 
ensuite  parce  que  l'auteur  a  évidemment  mis  ses  ■  deux  Grégoires  »  au  hasard, 
sans  avoir  consulté  l'Art  de  virifttr  Us  dates.  —  P.  1  j2,  E.  Bœhmer,  Catak' 
nisehii;  l'aoteur  indique  divers  mss  de  la  traduction  catalane  de  la  Sommt  de 


PÉRIODIQUES  471 

frère  Lorens,  remarque  qu'un  traité  moral  en  dialecte  sicilien  dont  on  a  publié 
des  fragments  est  une  traduction  de  ce  même  ouvrage,  et  donne  quelques  rea- 
seignernents  sur  des  traités  catalans,  espagnols  et  luliens  de  maréchâterie.  — 
|F.  I  î },  E.  Brrhmer,  Zum  Boeci.  Suite  de  remarques  ou  sont  passées  en  revue 
la  plupart  des  diltîcultcs  qu'offre  le  Iragmeat  provençal  de  Bocce.  ExamiRcr  en 
détail  ce  travail  nous  conduirait  i  présenter  sous  une  forme  incommode  une 
véritable  réccnsion  de  ce  précieux  document;  ce  serait  surtout  nous  condamner 
i  discuter  un  assez  bon  nombre  de  corrections  qui  n'ont  pas  la  momdrc  chance 
d'être  jamais  adoptées  par  aucun  éditeur  prudent.  Bornons>nous  i  dire  que  le 
point  de  départ  de  M.  Bœhmcr  est  qu'il  faut  admettre  dans  Boéce  quatre  tirades 
lusqu'ici  non  distinguées  de  leurs  voisines,  et  formées  par  les  vers  40-},  49-J9> 
i67'9,  2)  j'i^.  D'où  il  résulte  que  B»»  est  en  nmes  et  non  en  assonances; 
car,  par  exemple,  la  tirade  28  de  mon  édition,  qui  offrait  des  rimes  en  0  et 
d'autres  en  or,  doit  se  diviser  en  deuK  tirades,  Tune  en  0,  l'autre  en  or.  Il  ne 
reste  plus  désormais  qu'un  petit  nombre  de  vers  isolés  qui  offrent  encore  des 
assonances,  et  on  peut  les  considérer  en  cela  comme  fautif.  M.  B.  est  par  suite 
conduit  à  proposer  diverses  corrections.  Je  m'empresse  de  dire  que  sans  approu' 
ver  toujours  (il  s'en  faut  même  de  beaucoup)  les  corrections  proposées  par 
M.  B.,  t'accepte  pleinement  son  point  de  départ,  l'admission  des  quatre  tirades 
ci'dcssus  désignées,  ainsi  que  la  conséquence  qui  en  découle  naturellement,  que 
le  poème  est  en  rimes.  C'est  là  un  résultat  important  qui  fournira  une  nouvelle 
base  i  la  critique  de  Boict.  —  P.  M.]  —  P.  142,  E.  Bœhmer,  Ritmo  CassitKsc; 
essai  de  reslilutton,  au  point  de  vue  de  la  langue  et  du  rhythme,  et  d'interpré- 
tation de  cette  pièce  obscure,  dont  M.  B.  avancerait  la  composition  jusqu'aux 
dernières  années  du  xiii*  siècle  (ce  qui  me  paraît  fort  peu  vraisemblable).  — 
P.  148.  E.  Bœhmer,  Sur  la  ^utslion  Je  Dino;  M.  B.  rappelle  la  controverse 
des  dernières  années,  fait  quelques  observations  personnelles,  notamment  sur  les 
poésies  attribuées  i  Dino  Compagni,  et  déclare  qu'il  rejette  complètement  l'au- 
thenticité de  la  chronique.  11  maintient  cependant  contre  M.  Scheffer-Boichorsl 
que  le  ms.  de  Florence  est  bien  du  xvi«  siècle,  et  du  premier  tiers  de  ce  siècle 
(bien  que  la  date  de  1^14,  qu'on  lui  assigne  d'ordinaire,  repose  d'après  lui  sur 
une  errcuri  ;  il  signale  une  copie  du  xviii"  siècle  chez  sîr  Thomas  Phillips; 
mais  ce  qu'il  ne  signale  pas  et  ce  que  personne  n'a  |usqu'à  présent  relevé,  c'est 
la  mention  suivante,  sur  laquelle  P.  Meyer  appelle  mon  attention,  dans  le  cata- 
logue des  manuscrits  d'A&hburnliam-Place  fcotl.  Libri)  44J  :  1  ...  Cronica  di 
Dino  Compagnie  pap.  in-fol.,  xv*  siècle.  •  Nous  donnerons  dans  notre  prochain 
numéro  des  renseignements  précis  sur  ce  manuscrit,  dont  l'existence,  si  la 
date  en  est  bien  avérée,  peut  faire  changer  singulièrement  de  face  la  question 
Dino.  —  P.  I  )9,  B.  Boehmer,  Sur  dtux  chartes  sicUitnncs  attribuies  au  douzâmt 
iitcU.  Il  s'agit  de  deux  traductions  en  sicilien  écrites  au  dos  de  chartes  arabes 
du  milieu  du  xn*  siècle  et  qu'on  a  souvent  regardées  comme  contemporaines  : 
M.  B.,  ayant  examiné  les  originaux  dans  ta  cathédrale  de  Palerme,  a  reconnu 
qu'une  troisième  traduction,  de  la  même  écriture,  se  trouvait  au  dos  d'un  autre 
diplôme  arabe  :  cette  traduction  y  est  donnée  comme  laite  par  Xamel-Mindinini, 
envoyé  more,  qui  passa  par  Palerme  en  1  (u6;  une  photographie  jointe  ï  l'ar* 
ticle  de  M  B.  ne  laisse  pas  de  doute  sur  l'identité  de  l'écriture  des  trois  textes; 


^ 


I 


^ 


473  PÉRIODIQUES 

ces  prétendus  échantillons  de  sicilien  du  douzième  siècle  apparljenoenl  donc  au 
seizième,  —  P.  ifij,  J.  Schmid,  Sur  deux  manascrtts  Je  poisu  iuiiitnne  du  xvp 
uUltt  de  VcDcziâDo  et  d'autres,  conservés  au  Briûsh  Muséum  (n*  10^22  et 
Add.  882)14  —  P.  165^  E.  Bœhmer,  Sur  la  pronûnciation  sicilienne;  observa- 
tions personnelles.  —  P.  167,  E.  B<£hmer,  /cj  deux  u.  M.  B.  dit  que  mon 
opinion  sur  l'anciennel/;^  de  la  prononciation  française  û  =  lat.  û,  »t  pour  lui 

I  incontestablement  fausse:  ■  il  en  donnera  sans  doute  les  preuves  quelque  jour. 

II  cite  quelques  exemples  de  u  =>  û  rimant  avec  u  =:  ù,  u;  je  pourrais  en  citer 
d'autres;  si  j'ai  dit  dans  V Alexis  que  »  jamais  >  cette  rime  ne  se  préscate, 
c'est  certainement    une   assertion  trop  absolue,  comme  il  y  en  a   beaucoup 
dans  cet  ouvrage,  oh  il  s'agissait  avant  tout  d'établir  des  cadres  Bxes  et  de 
marquer  des  points  de  repère.   Au  reste,  pour  paur  =:  seur,  il  faut  rappro- 
cher rit.  paara,  qui  est  également  irrégulier  et  qui    paraît  indiquer  un  latin 
vulgaire  pavura,  qui  aura  influencé  le  fr.  paor;  la  furme  paùr  (nmant  en  û\ 
est  à   la    fois  trop  fréquente    pour  être  révoquée   en    doute   et  trop    isolée 
pour  rien  prouver  sur  la  prononciation  générale  de  Vu.  Il  en  est  autrement  des 
formes  dors  {duras)  et  autres  analogues  dans  Adjm  et  quelques  autres  textes,  il 
y  a  li  évidemment  des  laits  de  phonétique  dialectale  à  approfondir.  —  P.  168, 
E.  Bœhmer,  sur  Juan  de  Vjldh;  M.  B.  annonce  qu'il  publiera  prochainement, 
d'après  un  ms.  de  l'Escorial,  le  premier  Diàhgo  de  Mercurio  y  Charon  dans  la 
première  rédaction  de  l'auteur,  différente  de  la  forme  imprimée.  —  P.  169,  E. 
Bœhmer,  iur  U  Roland  d'Oxford;  résultats  d'une  nouvelle  collation  du  ms.  faite 
par  M.  Hartmann;  M.  B.  défend  son  participe  dcvints  de  devenir  {cf.  Rom.,  U, 
107)  en  alléguant  l'existence  actuelle  de  formes  semblables  dans  le  patois  du 
Bcssin  :  cela  n'autorise  nullement  h  introduire  cette  forme  dans  le  français  du 
îci«  siècle.  —  P.  170,  remarques  critiques  de  M.  Koschwitz  sur  le  mémoire,  encore 
incomplet^  de  M.   Rambeau  (voy.  Rom.,   VU,   1  j9).  —   P.    174,  Foerster, 
Le  sort  de  l'ô  latin  franiais.  M.  E.  ne  s'occupe  pas  de  \'Ô  dans  les  cas  où  il  se 
diphthongue;  il  se  demande  i*  si  dans  les  mots  oii  u  accentué  ne  se  diphthongue 
pas,  il  est  d  ou  <i;  a"  ce  que  devient  6  atone.  Pour  le  premier  cas,  il  rencontre 
l'opinion  de  M.  Lûcking,  et  il  la  combat  avec  des  arguments  plus  nombreux  que 
ceux  que  j'ai  employés  de  mon  côte  (Rom.^  VII,  152)  à  la  réfuter,  mais  k  peu 
près  semblables.    Il  remplace  comme  moi  Hncol  dans  Alexis   par   /ico/i.    La 
partie  la  plus  intéressante  de  ce  travail  très-rîche  en  observations  et  en  retnar- 
ques  concerne  les  exceptions  apparentes  et  certains  laits  dialectaux;  M.  F.  a 
tiré  un  très-bon  parti  du  poème  d'Éliennc  de  Fougères  (voy.  Rom.,  VII,  145), 
qui  est  précisément  instructif  surtout  pour  l'histoire  de  l'd.  Il  est  impossible 
d'analyser  par  le  menu  cette  discussion  serrée;   je  dirai  en  général  que  je  suis 
de  l'avis  de  l'auteur  sur  beaucoup  de  points,  mais  non  sur  tous,  et  que  ce  qui 
est  douteux  pour  lui  le  reste  d'ordinaire  pour  moi.  Ses  remarques  sur  Va  atone 
ont  un  caractère  nécessairement  moins  précis,  et  il  faut  avouer  qu'on  ne  voil 
pas  de  raison  pour  que  eUrona  donne  crmronm  et  fUresùs  forll;  cependant  il  a 
indiqué  des  tendances  â  défaut  de  lois.  —  P.  190.  A  l'article  substantiel  de 
M.  F.,  M.  Bœhmer  a  ajouté  des  remarques  d'un  caractère  beaucoup  plus  fantai- 
siste: il  cherche  notamment  à  résoudre  les  difficultés  étymologiques  soulevées 
par  son  collaborateur;  il  dérive  rKkc  de  raadut.  tourner  de  turbiitare,  etc.;  il  lit 


PÉRIODIQUES  ^^^^  475 

dans  Eutalu  le  vers  :  EH'  ent  adunet  h  saon  (Ument  ainsi  :  lo  iuon  t  U  ment,  et 
traduit  :  ■  Elle  en  réunit  fde  la  doctrine  chrclienne]  le  son  et  l'idée  {et  illam  mat' 
tem).  p  Ci  et  li  pourtant  quelques  bonnes  observations.  M.  F.  signale  la  diffi- 
cuhé  qu'il  y  a  à  tirer  tronr  tnievc  de  tarhu  turbjt  (voy.  ci-dessus|;  M.  B. 
dit  qu'il  a  proposé  il  y  a  longtemps  (sans  doute  dans  ses  cours)  l'étymologie 
tonartf  «  rendre  fixe  ce  qui  était  mobile,  retenir,  ■  d'où  tromer!  On  voit  qu'en 
fait  d'étymologies  M.  B.  est  incorrigible  :  Quo  stnul  al  imbuta  rtctns...  — 
P.  I9Î,  BeibUtt  :  Diez-Stiftang,  Danit-Jahrbach ;  M.  B.  fait  connaître  l'état  de 
désorganisation  cl  presque  de  décomposition  de  la  DantC'Ccuihchffft, 

G.  P. 

V.  —  BoLLETlIt  DB  LA  SOGIÂTË  DBS  ATlCISNS  TEXTES  PRAKÇAI6,  1878,  Vf   I. 

—  P.  38-^9,  P.  Meyer,  Notiu  âa  ms.  F  149  de  la  Bibtioihi^ue  nationale  de 
Madrid;  ce  ms.,  du  XIII'  siècle,  et  jusqu'ici  non  signalé,  contient  1  sept 
poèmes  français  tous  inédits,  entre  lesquels  deux  ne  paraissent  pas  se  ren- 
contrer ailleurs.  »  Ces  deux  sont  une  vie  de  saint  Eustache  en  vers  de  huit 
syllabes  et  on  poème  de  6^50  vers  octosyllabiques  sur  l'histoire  de  l'abbaye 
de  Fécamp,  qui  paraît  avoir  de  l'importance.  Les  autres  morceaux  sont  une 
prière  à  la  vierge  en  quatrains  alexandrins  moaorimes,  la  paraplirase  bien  connue 
(voy,  Rom.,  VI,  9)  du  psaume  Eriutavit.,  les  Vers  de  la  mort  d'Helinand  (cf. 
Rom.j  I,  06),  une  vie  de  saint  Jean  l'Evangéliste  let  peut-être  un  autre  poème 
dévot  de  Hairi  de  Wattentinnes),  et  la  traduction  de  Caton  d'Adan  de  Suel  <c[. 
Rom,,  VI,  20).  Le  ms.  provient  de  la  riche  collection  du  marquis  de  Cambis- 
Velleron,  vendue  en  1771  et  dont  jusqu'à  présent  le  sort  était  resté  ignoré.  — 
P.  60-67,  P-  Mey«r,  Note  sur  U  ms.  de  la  btbiioth.  nat.  de  Paris  fr.  20 jg;  ce 
ms.  contient  un  autre  texte  de  la  Vie  de  saint  Jean  du  ms.  de  Madrid,  et  entre  autres 
choses,  un  fragment  de  la  Sainte  Thaïs  que  n'ont  pas  reconnu  les  rédacteurs 
du  Catalogne  des  mss.  français.  Notons  que  le  traité  sur  le  Complasion  don  cors 
selonc  nature,  contenu  dans  ce  ms.  (fol.  9  c),  a  été  publié,  d'après  un  ms.  de 
Venise,  par  M.  E.  Teza  [La  Fisiognomia,  iraltatello  in  francese  antico  colla  vcr- 
sione  italiana  del  trecento.  Bologna,  Romagnoli,  18(34). 

Vi.  —  Geruanu,  XXII.  —  P.  21-^4.  Liebrecht,  les  Pierres  jeties;  note  éni- 
dtte  sur  Tuuge  répandu  chez  divers  peuples  de  jeter  des  pierres  i  un  endroit, 
généralement  situé  prés  d'une  route,  le  plus  souvent  considéré  comme  une  sépui* 
tore.  —  P.  129-167,  Jecklin.  sur  le  Karl  du  Struirr;  observations  sur  le  rapport 
de  ce  poème  avec  le  /{o/jfliif/ifi  de  Conrad,  intéressant  en  plusieurs  points  l'his- 
toire poétique  de  Charlemagne.  —  P,  p6-{4i,  Fischer,  la  Pénitence  d'Adam  et 
Èw,  l'auteur  ne  s'est  pas  aperçu  que  ce  morceau,  tiré  par  lui  de  mss.  interpolés 
de  la  chronique  de  Rudolf  d'Ems,  avait  déjà  été  publié  par  Massmann  (Ces.  Ab., 
1,  1),  d'après  d'autres  sources,  et  était  traduit  de  la  Poenitentia  Adatni  ivoy. 
Mussafia.  Sulla  leggenda  del  Itgno  dttla  Croce,  dans  tes  Comptes-rendtu  de  l'Aca- 
démie de  Vienne,  t.  LXllI;  p.  168).  G.  P, 

VU.  —  ENQLisctfË  Studien,  I,  2.  —  P.  29J  Cl  joo,  ta  Vision  de  S.  Paul 
et  Ste  EuphrofiM,  versions  anglaises  publiées  par  C.  Horlsmann.  —  P.  j^i- 
)62,  compte^rendu  intéressant,  par  M.  Stimmmg,  du  mémoire  de  M.  Wist- 
mann  sur  les  différentes  rédactions  de  Horn. 


474  PâRtODIQUES 

I,  î-  —  p.  Î79-422,  Varnhapen,  Contributions  à  la  criti^tu  tt  ù  Pixplicotton 
de  J'Ayenbite  of  lawit  di  Dan  Michel;  montre  que  c'est  une  iraduclion  tout  i  fait 
littérale  de  la  Somme  U  Rot  de  frère  Lorens,  et  que  pour  comprendre  cl  restituer 
le  texte  anglais  il  faut  comparer  perpétuellement  l'original  français,  ce  qui  du 
reste  est  un  point  de  vue  peu  nouveau.  —  P.  jji,  K.œlbing,  Un  mot  sur  ta. 
méthode  â  suivre  dans  les  rechtrches  de  lutirature  comparée;  M.  K..  se  justifie  contre 
les  reproches  que  lui  ont  adressés»  presque  dans  les  mêmes  termes,  la  Lia, 
Zetlung  de  Jena,  la  Rotnanta,  la  Revue  cridtfue  et  ia  Zeitschn/t  Jiir  deuisckes  Alur-^ 
tham  ;  il  y  a  du  rrai  dans  son  apologie,  mais  il  doit  sentir  lui-même  que  l'accord 
de  ses  critiques  montre  qu'il  y  a  dans  son  exposition  des  défauts  réels. 

Vin.  —  Anoija  Zeitîchnft  fur  engliichc  PhitologiCy  hgg.  von  P.  WtiLCKKiij 
nebst  Itritischen  Anzeigcn  von  M,  Trautmann*,  I.  —  P.  j8,  Kœhler,  sur  U 
Millcres  Taie  de  Chauctr  ;  M.  K.  en  rapproche  un  conte  allemand  du  XVI«  s. 
—  P.  jéi,  article  de  M.  Baist  sur  le  Brai  publié  par  MM.  Hofmann  et  Voll- 
nraller. 

IX.  —  Mèhoiobs  de  Li  Société  de  UNGtrisTxotrE,  III,  5.  —  P.  371-407, 
première  partie  [ùbcie-cngnt)  du  Dictionnaire  étymologique  du  patois  bessin,  par 
M.  Joret,  travail  fort  bien  fait  et  fort  utile. —  P.  417,  Joret,  purare;  M.  J.  rat- 
tache le  nom.  pttrer,  ■  dégoutter,  »  au  Ut.  purare,  qui  serait  le  simple  de  sup- 
parare, 

X. — NuovE  EffbmebidiSiciliasb,  1877.  — T.  V,  p.  69-102,  Pitre,  Sag' 
giQ  dt  fcjte  popolart  stciltane.  —  T.  VI,  p.  6^-88,  Cranc,  la  Nonliistua  popo- 
lare  di  Skilia  (article  intéressant,  traduit  d'un  journal  américain,  sur  les  Contes 
sieiliens,  de  Pitre}.  —  P.  281-302,  Pilrè,  La  Fesla  del  Natale  in  SitHia. 

XI.  —  Re\te  de  Pmi.oî-ooir;,  II,  3.  —  P.  2j8.  L.  Havet,  Sur  la  date  du 
D'utys  de  Sepûmius  ;  ingénieuses  observations  Â  propos  du  récent  travail  de 
M.  Dunger;  M.  H.  pense  que  le  faux  Dictys  n'a  pas  été  écrit  avant  l'an  ;)0. 

Xtl.  —  Ancun'Es  historiques  du  DÉpanTBMEKT  DE  \A  GîROKDB.  Tome 
XVn,  Bordeaux,  1877,  ï°"4%  J(ii-6oo  p.  —  Les  dix-sept  volumes  des  Archives 
historiques  contiennent  une  infmilé  de  documents  précieux  dont  l'histoire  et  la 
philologie  peuvent  tirer  grand  profit,  et  l'on  ne  saurait  sans  injustice  refuser 
un  juste  tribut  d'éloges  aux  érudits  zélés  qui  ont  apporté  leur  concours  à  la 
publication  de  ce  vaste  recueil.  Toutefois  il  est  permis  de  regretter  que  cette 
publication  ne  soif  pas  conduite  avec  plus  d'ordre  et  de  méthode. Les  documents 
sont  imprimés  Â  la  suite  les  uns  des  autres  sans  aucun  classement.  C'est  une  f  ' 
vaste  série  de  mélanges.  Nous  convenons  que  dans  tout  recueil  de  documents 
variés,  il  est  à  propos  de  réserver  une  section  de  mélanges,  oh  on  fait  entrer 
les  pièces  qui  ne  prennent  pas  aisément  place  dans  des  catégories  bien  détermi-  f 
nées,  ou  que  le  hasard  fait  découvrir  alors  qu'il  n'est  plus  temps  de  les  insérer  i 


I.  Halle,  Niemeyer:  pr-   16  fr. 


PÉRIODIQUES  "^^  47Ç 

leur  vraie  place;  mais,  en  dehors  des  os  exceptionnels,  il  y  a  un  grand  nombre 
de  docunïcnts  qui  se  prêteraient  fort  bien  à  un  classement.  Ainsi,  les  dix-sept 
volumes  des  Archiva  contiennent,  éparses  ci  et  li,  de  nombreuses  coutumes 
locales.  Pourquoi  n'avoir  pas  mis  en  réserve  ces  coutumes,  de  laçon  i  en  faire 
un  ou  deux  volumes  P  Ces  documents  de  même  nature  se  seraient  éclairés  les 
uns  par  les  autres;  on  aurait  pu  confier  i  une  même  personne  le  soin  de  revoir 
les  textes  de  celte  collection  spéciale  ;  la  correction  y  efit  gagné,  l'annotation 
eût  été  plus  uniforme,  et  Téditeur  aurait  pu  joindre  au  volume  une  table-glos- 
saire qui,  pour  l'interprétation  de  documents  aussi  difficiles,  eût  été  un  secours 
in6niment  précieux.  On  eût  pu  faire  de  même  pour  les  nombreuses  lettres  du 
XVI*"  siècle  que  M.  Tamizey  de  Larroque  a  publiées  presque  en  chaque  volume, 
et  qui,  ainsi  dispersées,  sont  d'un  usage  fort  incommode.  A  la  vérité,  il  y  a  une 
table  à  la  6n  de  chaque  lome,  mais  ces  ubies  ne  renferment  que  des  noms  de 
personnes  et  de  lieux,  ce  qui  revient  i  dire  que  les  coutumes,  oh  il  n'y  a  que 
peu  de  noms  propres,  n'y  sont  pas  représentées'.  Il  est  difficile  qu'une  publica- 
tion faite  sans  ordre,  et,  i  ce  qu'il  semble,  sans  direction,  ne  pèche  pas  par 
d'autres  cAtés  encore.  Celle-ci  pèche  notamment  par  le  peu  de  soin  apporté  il 
l'édition  proprement  dite  des  textes.  Je  fais  une  exception  pour  les  documents 
publics  par  M.  Tamizey  de  Larroque,  où  l'on  reconnaît  l'exactitude  et  l'atten- 
tion soutenue  que  cet  érudit  si  méritant  a  coutume  d'apporter  à  tous  ses  tra* 
vauXj  mais  les  textes  latins  et  gascons  notamment  sont  remplis  de  fautes  de 
tout  genre.  Il  en  est  peu  où  le  lecteur  ne  soit  arrêté  par  des  passages  mal 
lus  ou  mai  ponctués.  Souvent  un  trait  horizontal  tient  la  place  de  mots  de 
Poriginal  qui  n'ont  pas  été  transcrits,  et  clans  ce  cas  aucune  note  ne  nous  avertit 
de  la  cause  des  lacunes.  Y  at-il  réellement  une  lacune  dans  l'original  f  le  ms. 
est-il  déchiré,  ou  est*ce  simplement  que  l'éditeur  n'a  pas  pu  le  lire  ?  Cela  vau* 
drait  la  peine  d'être  dit.  En  somme  les  éditeurs  des  Archtra  kistoritjues  ne  se 
sont  pas  assez  soumis,  jusqu'i  présent,  aux  régies  l«  plus  généralement  admises 
pour  l'édition  des  textes. 

Ces  remarques  peuvent  être  justifiées  par  l'examen  du  volume  dont  nous 
avons  à  rendre  compte.  Ce  volume,  dont  une  grande  partie  n'a  pas  à  être 
appréciée  ici,  contient  deux  coutumes,  l'une  et  l'autre  fort  dignes  d'être  éditées. 
La  première  est  celle  de  Pouy-Carréjelart  (Gers.  arr.  de  Lectoure),  datée  de 
i)oj,  et  publiée  d'après  une  copie  du  XV*  siècle;  elle  se  compose  de  9a  articles. 
La  seconde,  en  61  articles,  est  celle  de  Pujols  (Lot-ct-Gar.,  arrondissement  de 
Villeneuve)  ;  elle  est  datée  de  1  {09,  mais  la  copie  qui  nous  l'a  conservée  n'est 
que  du  XVII"  siècle.  J'admets  bien  volontiers  que  pour  l'une  et  l'autre  de  ces 
deux  coutumes  l'unique  copie  dont  les  éditeurs  ont  dû  se  contenter  est  fort 
défectueuse,  mais  les  éditeurs  devront  à  leur  tour  reconnaître  que,  bien  loin 
d'améliorer  le  texte  par  des  corrections  —  dont  plusieurs  comme  on  va  le  voir 


t.  Il  y  a  bien,  au  t  XI.  uo  glossaire  des  mots  gascons,  mais  il  est  ton  défertunu.  Il 
a'esl  pas  sufâsamroeni  complet;  il  rcnrerme  beaucoup  de  mou  qui  ae  doivent  leur  exis- 
tence qu'i  ie  mauvaises  lectures;  les  foimes  diverses  d'un  même  mot  l'par  ei.  le  sîng. 
et  le  ptur.,  rt  les  divers  temps  an  verbes)  ne  toni  pas  groupées,  mjîs  placées  i  leur 
rang  alpltibéiiaue,  sans  renvoi  des  unes  aui  autres;  enfin  lu  interpiétaiioiu  n'y  sont 
accompagnées  a'ajcunc  explication,  d'aucun  renvoi  k  Du  Cange  ou  i  d'autres  répcnoircs, 
et  txaucoup  sont  très  contestables. 


476  PÉRIODIQUES 

se  pouvaient  faire  aisémcfit  —  ils  ont  ajouté  aux  erreurs  de  la  copie  nombre 

d'erreurs  nouvelles  dues  à  de  fausses  lectures  ou  à  de  mauvaises  coupes  de  mots, 

sans  parler  de  leur  ponctuation  qui  est  trés-dcfeclueuse. 

Coutume  de  Pouy-Carréjelart,  préambule  :  ■  en  après  mcntanaàcras  ■»,  <  dejus 

mtnlaïudors  »,  il  faut  de  toute  évidence  lire  mentavcJcraSf  maitavedors.  —  Le 

§  1  oiïre  plusieurs  lacunes  dont  on  nr  nous  dit  pas  la  cause  ;   plusieurs  pour- 

raient  être  comblées  par  des  con)eclures  certaines.  —  Le  §  4  est  à  peu  près 

inintelligible  ;  le  voici  transcrit  presqu'en  entier  tel  qu'il  est  dans  l'édilion  : 

Item,  cstabUt  et  pausat  prr  costuma  que  lot  uselas,  cascun  e  cada  ona.  deu  jurar  lou 
SUS  les  mobles,  en  que  los  aia  ...  e  deu  )urar  tota  sa  herelat  que  ha  rn  la  lionor  del  dti 
castet,  e  toi  son  moble,  per  on  que  sol  aia  pcr  tots  locts,  e  pague  leautat  la  mtyui  mtos 
qu'eh  mobtes. 

Il  faudrait  a  pausai  e  stablit,  comme  dans  la  suite;  puis  on  et  non  en;  sot 
est-it  une  faute  d'impression  pour  los  f  Qu'est-ce  que  ianufai  f  Probablement 
une  fausse  lecture  de  latrctùt.  Enfin  il  faut  quels  (ou,  si  Ton  veut:,  que  Pu  et  non 
qu*els:  de  même,  §  12,  p'et  pour  per  to  n'est  pas  admissible;  il  faut  nécessaire- 
ment écrire  pe{  en  un  mot.  —  S  M>  *  ^"  trebalh  ne  en  guerra  •,  I.  trtbalh,  — 
§  19,  !a  y  oiif  I.  layon.  —  §  p.  Pourquoi  un  point  d'interrogation  après 
ûgnuyada?  Il  ne  peut  pas  y  avoir  de  mot  plus  clair  que  celui-U  (prov.  agreu- 
far,  voy.  L.  rom.>  III,  $10). — §  ^,  1  si  lo  damans  [pour  demans)  es  deners  >, 
restituez  [de]  avant  Heners.  —  §  J7,  «  o  escupira  sas  cara  d'autrui  »,  I.  sus.  — 
IhiJ.^  >  lo  àapnagc  e  la  aau  »,  I.  da\m]pnegi,  anta.—  §  )8,  u  o  quel  trobas 
(=  trobes)  lathan  sa  vinha...  o  castn  ab  sa  molher  >,  je  suppose  qu'il  faut  lire 
jastn,  —  S  6a,  •  se  n'es  sa  voluntat  »,  l.ii;n«(sans).  —  §  71,  »  que/y  donat  >, 
I.  fos.  —  §  79,  apderara  est  sûrement  une  fausse  lecture  (faut-il  c  se  cûptenraf],    1 

—  §  86,  I  d  qui  »,  1.  aqui.  —  §  92  idem,  ligne  de  la  p.  4^),  neysstran^  \.  ne  y 
ssetûn. 

Coutume  de  Pujols,  ^  2,  pescoresses,  1.  pisiortssts,  —  §  6^,  /'ju,  I.  laù  (ilU 
anas),  et  de  même  ailleurs.  —  §  8,  «  o  avia  aiut  dire  »,  I.  aiùl  [ûud'tlum).  — 

—  §  12,  tmuriasj  avec  un  signe  de  doute,!,  oijunas.  —  §  1  ;,  t  o  fassa  0  gral 
nier  en  qui  aques  blat  »,  I.  fossa  ...  agues.  Dans  le  même  §,  vers  la  (in  (et^  $7), 
je  ne  vois  pas  pourquoi /or/urj(z,  qui  est  fort  clair,  est  accompagné  d'un  signe 
de  doute.  —  §14,  taironiry^  I.  laironicj. — §23,  e  non  deu  prendre  alcuna 
causa  maner  »  I.  ni  avcr.  —  §  24,  •  e  si  d'aisso  era  alcus  rebelles  e  en  fazul  (.?), 
hom  platz,  >  il  ne  suffit  pas  de  mettre  un  signe  de  doute  à  ciMé  de/^rut  ;  il 
faut  encore  proposer  une  lecture  intelligible,  qui  ne  paraît  être  autre  <\Mt  jaziû.  1 
Naturellement  il  faut  :>upprimer  la  virgule  entre  jazia  et  hom.  —  §  29i  ■  Icnna  1 
mauda  »,  I.  maridada  ou  mandaàt.  —  §  31,  ■  aquel  quel  guirent  uita  t,  il  faut 
traira,  —  ^  4W  ■  ^'^  crcutz  de  tout  d'tnlre  que  on  l'en  dria  »,  que  signifie 
d'entre?  n'est-ce  pas  deute^  —  |  ^6,  fortaire^  I.  forlraire.  —  S  61  (p,  76I  frenol- 
ziTy  I.  fra-oizir,  P.  M. 

XIII.  —  NuovA  ANTOi.oTtU,  ij  gennalo  1878.  —  P.  Hajna,  /(  Letteratun^ 
neohtine  ntlU  nostre  Università:  article  spirituel  et  fort  intéressant  pour  qui  veut 
Connaître  la  place  que,  sous  des  noms  divers,  la  philologie  romane  est  déjà  arri- 
vée à  se  faire  en  Italie  dans  l'enseignement  supérieur.  11  s'en  faut  qu'elle  ait 
obtenu  en  France,  jusqu'à  présent,  de  pareils  succès. 


PÉRIODIQUES  477 

XIV.  —  La  Acadbmia^  t,  III,  n"  22  {Madrid,  ij  juin  1878). —  Ltî  Épopées 
françaises^  par  Léon  Gautier  ;  article  de  M.  Mili  y  Fontanals  ;  grands  éloges  que 
le  nom  de  l'auteur  rend  fort  précieux,  et  observations  intéressantes,  quoique 
brèves,  notamment  sur  la  théorie  des  cantilènes  et  sur  la  versification  latine 
rhythmique. 

XV.  —  Revue  critique,  avril-juin.  —  109.  Las  Ordaiansas  del  Libre  blanc, 
p.  p.  Noulet  (J.  Banquier  ;  remarques  intéressantes  sur  cette  publication  des 
plus  curieuses,  recueil  de  superstitions  toulousaines  du  XVII*  siècle).  —  N°  25. 
Réponse  (sans  portée)  de  M.  Delboulle  à  M.  Joret  (et  réplique  de  M.  Joret) 
sur  sa  critique  du  supplément  au  glossaire  de  la  vallée  d'Yères. 

XVI.  —  LiTEHARTSCHES  Centbalblatt,  avril-juin.  —  15.  Darmesteter,  de 
Flocvante  (E.  K.).  —  20.  Osthoff,  das  Verbum  inder  Nominalcompostûon.  —  21. 
La  Chanson  de  Roland,  p.  p.  Mûller.  —  22.  Breymann,  Friedr.  Diez.  —  23. 
Stengelf  Die  beiden  teltesten  provenzalischen  Grammaùken  ;  die  Provenzalische  Blu~ 
menlese  der  Chigiana.  —  24.  El  Magico  prodigioso^  p.  p.  Morel-Fatio.  —  26. 
Kœrting,  Petrarca's  Leben  and  Werke;  Eilhart  von  Oberge,  Tristan,  p.  p.  Lich- 
tenstein. 

XVII.  —  Jenaeb  LrrBRATimzErruNO,  avriUjuin.  —  21.  Lùcking,  du  altesun 
franzasischen  Mundarten  (article  intéressant  de  M.  Suchier).  —  2j.  Antkimi  de 
observatione  ciboram,  éd.  Rose. 

XVIII.  —  Thb  âthen^um,  1  j  juillet.  —  P.  42-4,  Hueffer,  7V  Troubadours, 
cf.  plus  haut,  p.  44J  ;  article  justement  sévère. 


CHRONIQUE. 


La  SiKtiié  des  mdtns  textes  français  a  tenu  le  jeudi  }0  mai  sa  quatrième 
assemblée  générale.  Ont  été  élus  président  et  vice  présidents  :  MM.  G.  Paris. 
Thurot  et  de  Montaiglon;  le  Conseil  est  resté  le  mfrre,  sauf  que  M.  G.  Paris, 
Dooimé  président,  a  été  remplacé  par  M.  Michelanl,  et  M.  Moland  par  M.  Ulysse 
Robert.  —  Le  discours  du  président  sortant,  les  rapports  du  secrétaire  et  du 
trésorier  seront  publiés  dans  le  prochain  bulletin. 

—  Ea  l'honneur  du  dixième  anniversaire  du  décret  par  lequel  elle  a  été  ios- 
ttluée(ji  juillet  1868),  l'Ëcole  des  hautes  éludes  (section  d'histoire  et  de  phi- 
lologie) offre  â  M.  Duruy  un  volume  de  Milangcs,  dont  tous  les  morceaux  se 
rapportent  directement  ou  indirectement  i  l'histoire  romaine.  L'un  de  ces  mor- 
ceaux a  pour  auteur  G.  Paris,  et  pour  sujet  la  Ugende  de  Trajan,  si  répandue 
au  moyen  âge.  Ce  volume  formera  le  XXXV*  ^scicule  de  la  BMothi^ae  de 
rEcoîe  des  hautes  études. 

—  Le  volume,  préparc  par  feu  Léopold  Pannïer,  qui  contient  l'ancienne  ver- 
sion française  du  De  LapiJibus  de  Marbode  et  plusieurs  lapidaires,  est  sous 
presse  -.  il  fera  partie  de  la  Bibltothc^ue  de  l'Ecole  des  hautes  itudts. 

—  On  annonce  un  supplément  à  l'édition  du  Canciondro  da  Vaticana  de 
M.  Monaci:  ce  savant  a  retrouvé  et  va  publier  le  ms.  qu'avait  connu  A. 
Colocci  et  qu'on  croyait  perdu. 

—  M.  Stengcl  va  publier,  chez  Henningcr,  à  Heilbronn,  une  reproduction 
diplomatique  du  ms.  d'Oxford  de  la  Chanson  de  Roland. 

—  Le  Cercle  littéraire  de  Stuttgart  va   publier  un  volume  de  M.  Knust,  coq 
tenant  des  extraits  de  manuscrits  de  l'Escorial. 

—  Il  s'est  formé  i  Leipzig,  parmi  les  clodiants,  un  1  Cercle  académique  pou 
les  langues  modernes,  ■  qui  sera  aussi  ouvert  aux  études  sur  U  période  ancienne 
{moyen  Ige)  de  ces  langues. 

—  A  la  vente  de  la  bibliothèque  de  feu  Ambroise  Firmin*Didot,  la  Biblio 
thèque  nationale  a  acquis  les  mss.  suivants  ; 

Roman  de  Joseph  d'Arimathie,  la  Vie  de  Merlin  et  la  Quête  du  saint  Craal^  mt.^ 
daté  de  ijoi  et  ayant  fait  partie  de  la  bibliothèque  du  chancelier  d'Aguesseau. 
Dictionnaire  latin-français  de  Pirmin  Le  Ver,  achevé  le  jo  avril  1440. 


CHRONIQUE  479 

Le  Combat  des  TrMe,  ms.  du  XV'  siècle  (c'est  le  s«ul  qu'on  connaisse  «vec 
celui  que  possédait  déji  la  Bibliothèque,  qui  a  servi  i  l'édition  et  qui  laisse 
beaucoup  à  désirer). 

Les  grandes  chroniques  de  France  jusqu'à  ravéoement  de  Charles  VI;  écriture 
du  temps  de  ce  roi. 

En  outre,  les  héritiers  de  M.  Didot  ont  libéralement  fait  don  i  la  Bibliothèque 
d'un  beau  manuscrit  du  XIII'  siècle,  contenant  la  dernière  partie  de  Lancelot  du 
Lûc^  la  Qaite  du  saint  Graai  et  la  Mon  d'Artus. 

—  Livres  adressés  1  b  Romania  : 
La  Poesia  popolare  italiana.  Stud]  di  Alessandro  d'Ancona.  Livoroo,  Vigo,  in- 
12,  xii-^76  p.  —  Noos  consacrerons  un  article  étendu  à  ce  volume  aussi 
agréable  qu'instructif. 

Friedrich  Dicz  Sein  Leben,  seine  Werke  und  derco  Bedeutung  fur  die  Wis- 
senschaft.  Vortrag  gehallcn  zum  Beslen  der  Diez-Sliftung  von  Prol.  D'  Her- 
raann  Brevshns.  Miinchen,  Ackermann,  in-S",  ji  p.  —  Cette  conférence, 
qui  a  rapporté  i  la  fondation  Diez  une  somme  importante,  se  lit  avec  intérêt. 
L'auteur  a  tracé  de  Diez  et  de  son  œuvre  une  esquisse  rapide,  mais  exacte 
et  intelligente. 

Zwej  lateinische  Redactionen  des  Briefes  des  Presbyter  Johannes  und  ihr  Ver- 
fazitniss  zum  franzœsischen  Texte,  von  Fr.  Zarncke  'Extrait  des  Mimoira 
de  la  Sociiti  royale  saxonne  des  sciences  pour  1877),  to-8*,  46  p.  —  Curieux 
chapitre  de  la  monographie  du  prêtre  Jean  dont  M.  Zarncke  a  déj  publié 
divers  morceaux 

Cancioneiro  portuguez  da  Vaticana.  EdîçSo  crîtica,  reslituida  sobre  0  texto 
diplomatico  de  Halle,  acompanhada  de  un  glossario  c  de  una  introducçSo 
sobre  os  trovadores  e  cancioneîros  portuguezes,  por  Theophilo  Bbaqa^ 
professor  de  litteraturas  modernas  e  cspecialmeote  de  lîtteratura  portugueza 
00  Curso  superior  de  letras.  Lîsboa,  Imprensa  nacionat,  io*4%  cx\ï-2}6  p. 

—  Nous  espérons  revenir  longuement  sur  celte  importante  publication,  qui 
met  i  la  portée  du  public  lettré  l'important  chansonnier  récemment  imprimé 
M.  E.  Monaci  ei  que  M.  Braga  a  k'A  précéder  d'une  large  étude  sur  la 
poésie  lyrique  du  Portugal  au  moyen  âge. 

Vasilie  Mamu.  Studii  asupra  scrtcrei  profesorulni  D'  I.  Inng  {sic)  intitulata  Ro- 
manii  sî  Romanii  diu  lierîlle  dunarcne  (Estrassu  d'in  Annalele  Sotielaiei  Aca- 
demice).  Bucharest,  typographie  de  la  Société  Académique,  gr   in-8,  108  p. 

—  Nous  rendrons  compte  dans  notre  prochain  numéro  du  livre  de  M.  Jung. 
La  brochure  de  M.  Maniu  n'en  est  qu'un  extrait,  accompagné  de  considéra- 
tions assez  peu  justes  et  d'étymologies  tout-i-fail  fantastiques. 

Laut-  und  Flexionslchre  des  Altfranzœsischen ,  hauplsschlich  aus  pikardis- 
cheo  L'rkunden  von  Vermandois,  von  D*  Fritz  NEtsiA.vs.  Heilbronn,  Hen- 
ninger,  in-8',  laz  p.  —  Travail  remarquable,  sur  lequel  nous  reviendrons. 

Siger  de  Brabant,  par  M.  Ch.  Potvln  (extrait  du  t.  XLV  des  Bulletins  de 
l'Académie  royale  de  Btlgitjue),  in-S",  30  p.  —  Il  s'agit  de  ce  Sij^im  que 
Dante  a  chanté,  qui,  dans  la  rue  du  Fouarrc,  stitogiid  tmridiosi  reri.  V.  Le 


480  CHRONIQUE 

Clerc,  dans  VHutoire  littéraire  de  la  France,  a  dépensé  beaucoup  de  peine  Â 
établir  que  Siger  de  Brabant  (c'est  celui-li  que  Dante  avait  en  vue  d'après 
les  anciens  commentateur}  et  Siger  de  Courtrai  étaient  une  seule  personne. 
M.  Potvin  détruit  complètement  cette  opinion,  qui  avait  rencontré  une  adhé- 
sion à  peu  près  universelle;  il  montre  que  Siger  de  Courtrai,  étant  mort  en 
1 34 1  f  —  comme  l'a  établi  M.  Delisle,  qui  toutefois  n'a  pas  tiré  d'autre  conclu- 
sion de  ce  fait,  —  ne  peut  avoir  été  mis  par  Dante  dans  le  paradis.  M.  P. 
s'occupe  ensuite  des  écrits  conservés  de  Siger  de  Brabant,  en  publie  quelques 
fragments,  et  relève  diverses  fautes  de  lecture  commises  par  V.  Le  Clerc  dans 
les  passages  qu'il  en  a  cités.  C'est  un  accident  qui  arrive  à  presque  tous 
ceux  qui  veulent  imprimer  des  manuscrits  de  scholastique  ;  on  y  trouve  une 
écriture  très-^Jifficile,  surchargée  d'abréviations  spéciales,  qu'une  longue 
pratique  apprend  seule  à  déchiffrer  sûrement. 
Chronique  de  Moldavie^  depuis  le  milieu  du  XIV*  siècle  jusqu'à  Tan  IJ94,  par 
Grégoire  Urechi,  texte  roumain  avec  traduction  française,  notes  historiques, 
tableaux  généalogiques,  glossaire  et  table,  par  Emile  Picot.  Paris,  Leroux, 
1878.  Gr.  in-8',  ixi-xxvii  et  128  pages.  —  Première  partie  d'une  impor- 
tante publication  dont  la  suite,  nous  l'espérons,  ne  tardera  pas  à  paraître. 
La  valeur  de  la  chronique  est  grande,  si  surtout  on  considère  la  pauvreté 
de  la  littérature  roumaine.  Le  commentaire,  qui  est  très-nourri,  atteste  ] 
autant  de  critique  que  d'érudition. 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


intprùnerie  Gouverneur,  G.  Daupeley  i  Nogent-le-Rotrou. 


EL 

LIBRO    DE    EXENPLOS 

POR  A.    B.   C. 

01 

CLIMENTE    SANCHEZ,   ARCHIDIACRE    DE   VALDERAS. 


Du  recueil  de  contes  moraux,  intitulé  El  libro  de  loi  enxemfihs^  on  ne  coa- 
naissait  jusqu'ici  qu'un  manuscrit  incomplet  de  la  bibibthèquc  nationale  de 
Madrid,  cclui-U  même  qui  a  été  signalé  pour  la  première  fois  au  public  érudit 
par  les  traducteurs  espagnols  de  VHistory  of  spamsb  Uttratun  de  Ticknor  •  et 
publié,  en  i36o,  par  l'un  d'eux,  D.  Pascual  de  Gayangos,  dans  la  Biblioteca  de 
autores  apanoUi  de  Rivadcneyra^.  Une  récente  acquisition  de  b  bibliothèque 
nationale  de  Paris  nous  permet  aujourd'hui  non-seulement  de  combler  les  lacunes 
de  l'exemplaire  de  Madrid,  mais  encore  de  faire  connaître  l'auteur  de  cette  pré- 
cieuse compilation,  qui,  dans  ces  dernières  années,  a  fourni  i  l'histoire  comparée 
des  Ittlcralurcs  du  moyen-ige  un  bon  nombre  de  matériaux. 

Le  manuscrit,  acheté  il  y  a  quelques  mois  par  notre  grand  établissement  scien* 
tJBque  au  libraire  Juan  Rodrigue/,  de  Madrid,  est  un  volume  sur  papier  de 
171  feuillets,  hauts  de  29s  millimètres,  larges  de  210,  et  dont  l'écriture  ne  parait 
pas  antérieure  au  dernier  quart  du  XV*  siècle  :  il  est  classé  maintenant  sous  le 
n*  4^2  du  Fonds  espagnol^.  Le  Libto  dt  los  enxcmplos^  ou,  pour  nous  conlormer 
exactement  au  titre  que  l'auteur  lui-même  a  donné  1  son  ouvrage  et  qui  est  dtt 
reste  plus  précis,  le  Ubro  Je  eunpios  pot  a.  b,  c  n'occupe  dans  notre  ms.  que 
tes  cent  cinquante  premiers  feuillets*  :  la  fia  (ff.  1  j  1  i  171  v*)  a  servi  i  la  tran»- 


1.  Voy.  l'éd.  Julius,l.  Il,  p.  670. 

2.  Escntons  en  prosa  antenorts  al  siglo  XV,  p.  44}-j42. 

).  La  reliure  en  parchemin  porte  au  dos  :  c  Sanchez  :  Exemplos.  Confesio- 
nafi.  Les  seules  annotations  qu'il  y  ait  i  relever  sont,  i  l'intérieur  du  premier 
plat  de  la  reliure  :  «  20UO.  Tasiido  por  cl  Sor  de  Pereda  ya  difunto  ■,  et  i  la  marge 
du  f.  \  :  t  Este  libro  es  del  Sr  Hermosilla  ».  —  Ce  ms.  a  été  annoncé  sous 
un  titre  de  fantaisie  et  faussement  attribué  au  xi\«  siècle  h  la  paue  2)  du 
Catàhgo  espttul  Je  obras  raras  y  J/itiguas  ijue  le  halldn  dt  Yenia  tn  la  ïibrtria  de 
Jaaa  Hodngac^  raîlt  del  Oltvo,  numéros  6  y  8,  Madnd,  (1877]. 

4,  La  page  est  â  deux  colonnes. 

Romjnia^  Vil  }  1 


482  A.    MOREL-FATIO 

criplion  d'un  traité  de  la  confession,  probablement  du  mime  auteur.  Dans  le 
court  prologue  du  premier  ouvrage,  rédigé  sous  forme  de  dédicace  à  un  chanoine 
de  Sigùenza,  Juan  Aironso  de  la  Barbolla.  le  compilateur  décline  fort  à  propos 
ses  nom  et  qualité  :  ■  Yo  Climente  Sanchcz^  arccdiano  de  Valdera^,  en  la  igle- 
sia  de  Léon.  » 

Ce  personnage  est  loin  d'être  inconnu  dans  l'histoire  littéraire  du  XV*  siècle'  : 
il  y  figure  même  pour  une  Sama  de  exemplos,  qu'an  ne  s'était  pas  encore  avisé 
d'idenlJÉer  avec  le  Lifro  de  cxenpios  et  qui  pourtant  n'est  pas  autre  chose.  Voici 
ce  qu'en  disait  Nicolas  Antonio  dans  sa  notice  sur  Sanchez  :  •  Habet  insuper 
[c'est-à'dire  outre  le  Sacramtnlû!)  eadem  regia  bibliotheca  escorialensis  eiusdem 
auctorts  alium  librum  :  Sama  de  tumpios  det  arccdtano  de  Valdcras^  in-folio 
antiquis  llteris  scriptum'.  •  Au  siècle  dernier  ce  ms.  n'existait  déjà  plus  à  l'Es* 
curi.^l,  à  ce  que  nous  apprend  Ferez  Bayer,  qui  annote  ainsi  le  passage  d'An- 
tonio :  «  Frustra  fui  in  exquîrendo  hoc  Summjt  exemptortim  codicc  in  Indicibus 
meis  Escurialensibus-*.  >  Ce  fâcheux  accident  rend  doublement  précieux  l'exem- 
plaire acquis  par  la  D)bliolhè{]uc  Nationale,  puisqu'il  e^t  aujourd'hui  le  seul  qui 
présente  la  collection  dans  son  intégrité  et  avec  le  nom  de  son  auteur.  A  l'aide 
de  cette  dernière  donnée  on  peut  essayer  d'établir  approximativement  la  date  du 
livre.  Sanchez  vivait  encore  en  14^}.  Ce  fut,  en  effet,  à  la  fin  du  mois  de  mars 
de  cette  année  qu'il  acheva,  à  Léon,  la  rédaction  de  son  Sacramentat*,  commencée 
le  5  août  1421,  à  Sigùenza.  Or,  ce  traité,  sorte  de  manuel  du  bon  prêtre,  et  qui 
suppose  chez  son  auteur  une  certaine  préparation  et  un  fonds  de  connaissances 
pratiques,  ne  peut  pas  être  l'ccnvre  d'un  jeune  homme,  il  l'aurait  donc  composé 
vtn  yHgc  de  cinquante  ans,  ce  qui  reporte  la  date  de  sa  naissance  ^  l'an  1^70 
environ.  Si  l'on  tient  compte  maintenant  qu'il  n'est  pas  fait  mention  du  Sacra- 
mental  dans  le  prologue  du  LsbTo  dt  los  excmplos,  que  ce  dernier  ouvrage  est 
dédié  à  un  chanoine  de  Sigùenza,  ville  où  résida  Sanchez.  en  tous  cas  i  partir 
du  mois  d'août  1^1,  probablement  quelques  années  auparavant,  et  qu'il  avait 
quittée  en  142;,  qu'enfin  le  manuscrit  de  Madrid  date  du  commencement  du 
XV*  siècle,  il  nous  semble  qu'on  ne  se  trompera  pas  de  beaucoup  en  désignant 


1,  Dans  le  prologue  de  son  Satranienla!,  dont  nous  parlerons  tout  i  l'heure, 
notre  auteur  se  nomme  a  Clemen  Sanchcs  de  V'ercJal  "  et  ajoute  â  son  litre 
d'archidiacre  celui  de  «  bachiller  en  leycs  ».  Vercial  ou  Bercial  est  le  nom  de 
deux  lugans  des  provinces  d'Avila  et  de  Ségovic.  —  Valderas,  le  plus  ancien 
archidiaconé  du  diocèse  de  Léon  fvoy.  Manuel  RIsco,  Iglesii  de  Lcon,  Madrid, 
1792,  p.  27),  est  aujourd'hui  un  bourg  de  la  province  du  même  nom. 

2.  Bibliotheca  hispana  vtlus,  Romac   1696,  î,  11,  p.  1  ^8. 

^.  Bibliotheca  ktspana  velus,  nouv.  éd.,  t.  II,  p.  208.  Nous  l'avons  cherché  en 
vain  aussi  dans  le  catalogue  des  mss.  de  l'Éscurial  qui  est  i  la  Bibliothèque 
Nationale,  Fonds  esp.  n^  414. 

4.  Le  Saeramental  (dont  il  existe  quelques  exemplaires  mss.,  un  à  l'Escurial, 
d'après  Antonio  et  Perez  Bayer,  et  deux  à  la  Bibl.  nal.  de  Madrid,  d'après 
Vindice  de  Gallardo)  a  été  imprimé  à  Sévllle  pour  la  première  lois  en  147^  ou 
1476  (voy.  Mendez,  Tipografu  expahola^  éd.  Hidalgo,  p.  77  et  541 1,  réimprimé 
dans  ta  même  vilfe  en  1477  et  en  1478  |/fc(i.,  p.  79  et  81),  puis  traduit  en  por- 
tugais et  imprimé  en  Portugal  trois  fois,  en  1488, 1^02  et  1  U9  (voy.  Innoccn- 
cio  Francisco  da  SWva,  Diccionario  bibliographiio  portugiuz^  Lisbonne,  iSi9,  t.  !l, 
p.  82).  L'inquisition  le  prohiba  dés  1(^9. 


EL   LIBRO   DE    EXENPLOS  48) 

les  années  1400  i  1421  comme  U  période  pendant  laquelle  notre  archidiacre  a 
dû  former  son  recueil  d'exemples. 

Les  érudiu  qui  se  sont  jusqu'ici  occupés  de  la  collection  de  Sanchex,  i  com- 
mencer par  Téditeur  du  ms.  de  Madrid,  M.  de  Gayangos,  ont  tous  reconnu 
explicitement  ou  tacitement  i  son  auteur  le  mérite  de  l'avoir  lui-même  compilée 
en  remontant  aux  sources  qu'il  cite  la  plupart  du  temps  au  début  de  chaque 
récit*.  Cette  opinion,  qui  à  première  vue  trouverait  aujourd'hui  i  s'appuyer  sur 
un  passage  de  la  dédicace  de  Sanchez,  —  t  Por  quanto  en  el  libre  que  con- 
puse...  en  fin  del  te  escrevi  que  propcnia  de  copi!ar  un  libro  de  exenpios  por  a. 
b.  c,  e  despues  reduzirle  en  romance  ■  —  ne  nous  semble  pas  suffisamment  Ion- 
dée.  Le  Uhro  n*a  pas  la  marque  d'un  travail  exécuté  en  Espagne  par  un  Espa- 
gnol. Ainsi  les  emprunts  faits  aux  écrivains  nationaux  se  réduisent  à  bien  peu 
de  chose,  et  encore  doit-on  observer  que  les  compatriotes  de  Sanchez  mis  i 
contribution,  tels  qu'Isidore  et  Pierre  Alphonse,  sont  de  ceux  qui  avaient  acquis 
au  moyen-âge  une  réputation  universelle,  qui  se  copiaient,  se  lisaient  et  se  tra- 
duisaient dans  toute  b  chrétienté.  En  second  Heu,  si  le  prêtre  espagnol  s'était 
lui-même  mis  en  quéle  des  éléments  de  son  recueil,  n'aurait-il  pas  cherché,  au 
moment  de  les  encadrer  dans  Tordre  alphabétique,  à  leur  donner  un  cachet  plus 
national,  soit  en  supprimant  certaines  circonstances  de  temps  et  de  lieu  des 
historiettes  originales,  soit  en  localtsanf  les  contes  en  Espagne  pour  dissimuler 
leur  provenance  étrangère?  Ce  procédé  bien  connu  et  suivi  par  tant  de  conteurs 
du  moyen-ige  et  de  l'époque  moderne  n'a  point  été  mis  en  pratique  par  l'archi- 
diacre de  Valderas.  Ne  résulterait-il  pas  de  là  qu'il  n'a  fait  que  traduire  un  de 
ces  Aiphûhcla  exemploram  ou  narrctionum,  guides-mémoire  Â  l'usage  des  prédica- 
teurs, comme  il  s'en  fabriqua  lant  au  XIII'  siècle?  11  n'y  a  pas  lieu,  croyons- 
nous,  de  trop  insister  sur  l'expression  topiUr  employée  par  Sanchez  pour  carac- 
tériser son  œuvrt!.  Copier  un  livre  venu  de  France  probablement,  en  le  relouchant 
çà  et  li  ou  en  l'abrégeant,  cela  peut  bien  passer  pour  un  travail  de  compilation, 
et  il  serait  aussi  puéril  de  ne  pas  admettre  cette  faible  déviation  de  sens  du  terme 
en  question  qu'injuste  de  reprocher  i  Sanchez  d'avoir  voulu  tromper  te  lecteur 
sur  la  nature  de  son  ouvrage.  La  preuve  incontestable  que  le  Ubro  de  hsexem- 
plos  n'est  qu'une  traduction  d'un  recueil  latin  analogue  nous  manque  il  est  vrai, 
pour  le  moment,  car  aucun  des  Alphabtia  que  nous  avons  examinés  i  cette  inten- 
tion n*a  pu  servir  d'original  direct  i  l'archidiacre  espagnol.  Celui  qui  s'en  rap- 
proche le  plus  au  point  de  vue  de  la  dimension  de  l'ensemble  et  du  genre  des 
historiettes  nous  paraît  être  VAtphabrtum  narraûontim  d'Etienne  de  Besançon, 
religieux  dominicain  de  la  seconde  moitié  du  XIII'  siècle',  mais  les  deux  ou- 


t.  Voy.  le  comte  de  Puymaigre,  Les  vieux  auteurs  castillans^  t.  tl,  p.  444  et 
suiy-,  06  l'on  trouve  d'utiles  rapprochements;  Amador  de  los  Rios,  Ifisi.  cnt. 
de  ta  ht.  tipamîa,  t.  IV,  p.  \o\  el  suiv.  (analyse  insignifiante  et  non  exempte 
d'erreurs,  notamment  dans  la  liste  des  sources,  p.  }o8,  note  t)  et  K.  Knust, 
Jahrbaeh  jur  romanische  Uteular,  t.  VI,  p.  12S. 

a.  Cet  ouvrage,  dont  les  exemplaires  mss.  ne  sont  pas  rares  tla  Bibl.  Nat.  en 
possède  au  moins  trots  :  lat.  12402,  1  ^IH  ^t  1  ^91  })i  (Commence  par  1  Abbas 
non  débet  esse  nimis  ngidus  *.  Dans  le  prologue  l'auteur  se  réfère  à  une  autre 
compilation  du  même  genre,  par  lui  composée,  VAlpha^tum  auctoritatum^  qu'on 
trouve  aussi  citée  sous  le  titre  de  Liber  dt  auctorilaubus  sanctorutJt  et  phiiosopho- 


484  A.    MOREL-FATIO 

Tragcs  n'ont  pour  le  fond  même  des  ricrts  que  quelques  points  de  conUct.  Espé' 
rons  qu'un  érudit,  plus  heureux  que  nous,  saura  bientôt  découvrir  la  source  otk 
a  puisé  l'auteur  espagnol.  En  attendant»  le  livre  de  l'archidiacre  conserve  toute 
sa  valeur  et  nous  avons  lieu  de  croire  que  les  amateurs  de  littérature  comparée 
nous  sauront  gré  de  combler  dès  maintenant  les  lacunes  de  l'édition  princeps. 

Les  soixante  et  onze  exemples  qu'on  va  lire  représentent  la  partie  du  texte 
que  contenaient  les  premiers  feuillets^  aujourd'hui  perdus,  du  mi.  de  Madrid. 
L'exemple  publié  à  la  suite  de  cette  première  série  et  numéroté  CCXVt^a  été 
omis  également  dans  ce  dernier  exemplaire  :  c'est,  du  reste,  le  seul  exempte  que 
le  ms.  de  Paris  ait  en  plus;  il  lui  en  manque,  d'autre  part,  un  certain  nombre, 
surtout  à  la  &n  du  texte.  Le  scribe  était,  paraît-il,  pressé  d'en  Hnir.  Comme  on 
peut  s'y  attendre,  la  langue  de  l'exemplaire  de  la  Bibliothèque  Nationale,  qui  a 
été  copié  dans  les  dernières  années  du  XV*  siècle,  présente  un  caractère  moins 
archaïque  que  le  texte  de  Madrid*.  Nous  avons  6dèlement  reproduit  la  graphie 
de  notre  ms.,  même  dans  les  passages  latins,  ne  corrigeant  sans  rien  dire  que 
les  fautes  tout-à-fait  évidentes. 


Muy  amado  fijo,  lohan  Alfonso  de  la  Barbolla,  canonigo  de  Çîguença, 
yo  Climente:  Sanches,  arcediano  de  Valderas  en  la  iglesia  de  Léon, 
le  inbio  ssalud  en  aquel  que  por  su  preçioso  sangre  nos  rredemio.  Por 
quanto  en  el  libro  que  yo  conpuse  para  tu  enfontiacion ,  que  pusc  nonbrc 
Compendium  censure,  en  fin  del  te  escreui  que  proponia  de  copilar  vn 
libro  de  fxenplos  por  a.  b.  c.  e  despues  rreduzirle  en  romance,  porque 
non  solamente  a  ti  mas  ahun  a  los  que  no  saben  latin  fuese  solaz,  por 
ende  con  ayuda  de  Dios  comienço  la  obra  que  proracii  :  In  nomine 
patris  eî  filii  et  spiritus  sancti.  Amen.  Exempla  enim  ponimus.  eciîam 
exemplis  utimur  in  docendo  et  predicando  ui  facilius  in(elligâiur  quod 
didtur. 

1. 

Abbas  primo  débet  se  tjuam  alios  iuâicare. 

El  abbat  primero  deue  a  ssi  mesmo 

Que  a  los  otros  juzgar. 

En  vn  monesierio  vn  flayre  peco.  Los  buenos  omnesviejosayumaronse 
e  inbiaron  al  abbat  Moysen  que  veniese  a  ellos.  El  quai,  sabida  la  irazon 


ram;  »oy.  Quetif  et  Echard,  Scriptom  ord.  pradicatorum,  t.  I,  p,  429*  2  4;  i». 
Ces  bibhographes  ne  mentionnent  aucun  ms.  de  ce  dernier  texte. 

I.  Il  n'entrait  pas  dans  te  plan  de  ce  travail  de  faire  connaître  les  variantes    V' 
de  la  partie  déji  imprimée  :  nous  laissons  ce  soin  au  romaniste  qui  entre- 

f 'rendra  un  jour  une  édition  critique  du  Ltbro  de  lot  cxcmplos-,  il  trouvera  dans 
e  nouveau  ms.  de  quoi  corriger  bien  des  leçons  fautives  du  texte  imprimé  1 
Madnd. 


EL   LIBRO   DE   EXENPLOS  48$ 

por  que  lo  Hamauan,  non  queria  venir,  e  desque  \o  encargaron  mucho 
que  veniesse,  ïraxo  vna  espuerta  llena  de  arena  a  cuesîas  e  los  flayres 
salieronio  a  rrescebir  e  demandaronle  que  cosa  era  lo  que  iraya  e  que 
queria  significar.  E  dixoles  :  «  Hermanos,  este  que  irayo  a  cuesîas  son  mis 
pecados  muchos  e  graues  que  vienen  en  posi  de  mi  e  non  los  veo  e  vine 
aqui  oy  judgar  los  pecados  ajenos  ».  E  desque  esto  oyeron,  perdonaron 
al  flayre  que  avia  pecado. 

Otrosi  et  abbat  que  Hamauan  loseph  pregunto  al  abbai  que  Hamauan 
Pastor  como  podria  ser  monje  e  fallar  folgança  en  esta  vida  e  en  la  por- 
venir.  E  rrcspondiole  :  «  Nunca  quieras  ser  jucz  de  les  otros  nin  judgaras 
a  alguno  salue  a  li,  mas  sïenpre  diras  entre  li  ^quien  soy  yo  n^ 

Oiro  flayle  dixo  a  aqueste  abbat  Pasior  :  «  Sy  yo  viere  a  mi  hermano 
pecar,  ^si  sera  bueno  encobrirlo?  »  Al  quai  rrespondio  :  «  En  qualquier 
manera  que  encobrieres  el  pecado  de  tu  hermano,  Dios  encubrira  el 
tuyo,  e  si  publicares  el  pecado  de  lu  hermano,  Dios  descubrira  cl 
tuyo  ». 

2. 

Abbas  primo  sua  ^tiam  alioram  peccata  vidcre  débet. 

El  abbat  primcro  sus  pecados  dcue  ver 
Que  los  de  otros  reprehender. 

En  vn  monesierio  vn  flayre  peco  e  de  consejo  de  otro  fue  lançado  dcl 
monesierio.  E  como  lo  sopo  el  abbat  Pastor,  fizo  llamar  aquel  que  fuera 
lançado  del  monesterio,  e  deque  lo  vie  coytado  e  afligido,  diole  paz  e 
fizole  corner  consigo  e  rreprehendio  mucho  a  aquel  quel  feziera  echardel 
monesterio,  porque  el,  leniendo  el  su  muerto  para  enterrar,  primero 
dexolo  e  fue  enterrar  el  muerto  ajeno. 

Otrosi  en  el  monesterio  de  institi  'sic]  fue  fecho  conuento  e  los  flayres 
fablauan  de  vno  que  pecara.  El  prior  solo  callaua  e  despues  leuantose 
en  medio  e  finchio  el  saco  de  arena  e  leuaualo  a  cuestas  e  metio  vn  poco 
de  lierra  en  vna  esporiilla  que  Icuaua  delantc  sy.  E  proguntaronle  los 
flayres  :  «  ^  Que  cosa  es  esto  "?£  dixoles:  «  Este  saco  que  irayoa  cuestas, 
que  liene  mucha  arena  c  pesada,  son  mis  pecados  e  son  muchos  c  graues 
e  lancclos  detras  de  mi  porque  non  los  vea  nin  llore  nin  me  duela  dellos. 
E  esta  arena  poca,  que  esta  ante  mis  oios>  son  los  pecados  desie  flayre,  que 
en  comparacion  de  los  mios  son  nada,  e  yo  quiero  judgarlos.  Hermanos, 
non  conuiene  fazer  assy,  mas  mis  pecados  propios  deuo  traer  delantede 
mi  e  rrogar  e  llorar  por  ellos.  E  non  deuo  curar  nin  ver  los  ajenos  a.  E 
desque  lo  vieron,  dixieron  lodos  :  w  Verdaderamente  esta  es  la  carrera 
que  lieua  a  la  vida,  e  ssy  Dios  Ubrememe  perdona^  ^  porque  el  omne  non 
perdona?» 


486 


A.   M0REL-PAT10 


î- 


Abbas  henefacere  débet  ecciam  prauis. 

Al  abbat  conuiene 
A  los  malos  bien  fazer. 

Vnde  in  Vitis  patnim  legilur  de  vn  sancto  padre  que  llamauan  Amon, 
que  moraua  en  Egipio  en  el  yermo.  al  quai  los  ladrones  tomauan  el  pan 
que  comia  e  mando  a  dos  dragones  que  guardasen  la  puerta  de  ta  camara. 
E  quando  venieron  los  ladrones  a  la  puerta  e  vieron  los  dragones  tan 
terribles  e  espaniosos,  por  grand  miedo  cayeron  en  tierra.  E  el  buen  om- 
nc  fallolos  como  muertos  e  luego  fizolcs  aparcjar  la  mcsa  e  de  corner.  E 
ellos  arrepentieronse  de  todos  los  malcs  que  avian  fccho  c  despues  vjuic- 
ron  sanctamente. 


Abbas  non  débet  addere  régule  monacltali  sed  fatum  propositum  reuocare. 

Non  deue  el  abbat  su  régla  extrechar, 
Mas  deue  et  mal  proposito  reuocar. 

Leyese  que  aparescio  el  diablo  a  vn  abbat  que  begnînamente  e  segund 
la  ley  del  euangclio  rregïa  e  gouernaua  sus  monjes  e  dixole  :  «  manda, 
manda  »,  que  queria  dezir  que  enan(?)  diesse'  mas  mandamîentos  a  su 
rregla.  E  este  fazia  el  diablo  porque  non  podiesse  enlazar  a  muchos, 
deziendo  ser  angel  de  Dios. 

Oirosy  leyesse  que  e!  diablo  en  semejança  de  angel  aparescio  a  vn 
monje  e  dixole  que  ayunase  por  ocho  o  nueue  dias.  ca  en  breue  avia  de 
morir  e  que  yria  mas  linpio  a  parayso.  E  por  auentura  eî  monje  por  tal 
ayuno  perdiera  el  cuerpo  e  el  anima,  si  el  abbat  non  rreuocara  el  loco 
proposito.  E  despucs  este  monje  viuio  algund  tiempo,  contra  la  mentira 
del  diable. 

S- 

Abbas  débet  uanam  gloriam  respuere. 

Non  conuiene  al  abbat 
Vana  gloria  copdiciar. 

Vn  joez  vino  a  ver  al  abbat  Moysen  e  vnos  clcrigos  venieron  delante  e 
dixieron  :  «  Padre,  aparejaie  que  el  joez  te  viene  a  ver  para  que  le  des  tu 
^_^_^_^^_^^^^»^^^^^^^^^^^ '  . , 

I .  Ms,  euandiesse.  Le  texte  de  ce  premier  paragraphe  parait  corrompu  :  ta  der- 
rtUre  phrase  n'a  pas  de  serts. 


EL    UBRO   DE   EXENPLOS  487 

bendicion  o.  E  t\  vestiosse  de  vn  saco  e  tenîendo  en  la  mano  pan  e 
queso  aseniosse  a  la  pueru  c  començo  a  corner.  Al  quai  veyendolo  el 
joez,  menospreciolo  e  fuesse.  Esto  âzo  el  porque  la  vana  gloria  non  le 

turbassc. 

6. 

Abstinencie  apptctitus  subiat  hostes  exteriores. 

El  que  appetito  refréna 
Excusa  mucha  pena. 

Segund  cuenta  Didimo,  que  hera  mayoral  de  los  que  biuen  en  vna 
tierra  que  tlaman  BragamanoSt  que  enbio  vna  letra  al  rey  Alexandre, 
que  dezia  assy  :  v  Nos  los  que  beuimos  en  esta  ùcrra  non  avemos  aigu- 
nos  pensamientos  raalos  e  non  apremiamos  nin  cosirenimos  algund  omne 
que  nos  sîrua.  porque  todos  somos  criados  de  vn  dios  e  por  e!  nasçemos 
todos  c  assi  somos  yguales  por  natura.  Non  hedcticamos  casas,  mas  en 
las  cueuas  de  los  monies  moramos,  onde  non  suena  vienio  nin  avemos 
miedo  de  agua  nin  de  iruenos.  E  alH  beuimos  e  moramos  e  estas  cueuas 
avemos  por  sepuliuras.  Otrossy  non  aprendemos  artcs  ningunas  para 
fablar  bien  e  fermoso,  mas,  segund  la  naiura  nos  ensena.  assi  fablanios>  e 
desque  avemos  rrespondido,  luego  callamos.  Otrossy  non  cobdiciamos 
rriquezas,  por  quanto  la  oobdicia  de  los  auarienios  non  puede  ser  farta, 
mas  por  ta  pobleza  que  auemos  somos  rricos,  ca  aquet  solo  es  rrico  que 
es  coniento  de  lo  que  liene.  Oirosi  non  somos  inuidiosos,  porque  todos 
somos  yguales.  Entre  nos  non  ay  juyao  nin  pleyto,  porque  non  somos' 
cosa  torpe  nin  mala  por  que  deuamos  ser  iraydos  a  juyzio  e  fazemos  vida 
sinpie  e  linpia  nin  queremos  cosas  supertluas  mas solamcnie  las  nesce&arias 
a  la  vida. Onde  nunca  aramos  nin  senbramos.  E  nunca  nauigamos  por  la 
mar.  E  nunca  lomamos  pesées  nin  oiras  cosas  nin  buscamos  otras  viandas, 
salvo  las  que  da  la  tierra  que  es  madré  de  todas  las  cosas  e  de  todas  las 
viandas,  e  aun  dessos  frutos  non  enllenamos  los  \*ientres^  ca  muy  inconue- 
niente  iudgamos  extender  los  vientres  por  manjares.  E  porque  assi  tem- 
pladamentevevimos,  somos  sanos  e  non  avemos  enfermedades  nin  avemos 
menester  consejo  de  fisicos  e  nunca  por  frio  estamos  a  fuego  e  nunca 
sentimos  algunos  dolorcs  e  auemos  algunos  deseos,  mas  con  paçiençia 
los  sofrimos,  e  nunca  rooriraos  muertesupitanea,  porque  nunca  rrcsccbi- 
raos  cosa  superflua  de  la  natura.  E  !as  nuesiras  mugieres  son  contentas 
de  ia  fermusura  que  la  natura  les  dio,  porque  la  obra  de  la  natura  non 
se  puede  mudar  por  banos  nin  por  lauamientos  de  aguas,  antes,  sy  alguno 
to  quiere  mudar,  es  nescessario  que  faga  ofenssa  e  injuria  al  fazedor  de 


I.  Il  faudfâà  faxemos. 


488  A.    WOREL-FATIO 

la  nalura.  E  tu,  rnuy  grand  enperador,  quieres  e  cobdicias  guerras  de 
fuera,  porque  no  quieres  judgar  los  encmigos  que  îiencs  de  demro.  E  nos, 
porque  con  abstinen<;ia  subjudgamos  los  encmigos  intcriorcs,  que  son  los 
appetictos  de  la  carne,  non  tenemos  ningunos  enemigos  defuera.  E  por 
esio  foymos  de  las  muertcs  que  se  dan  a  cochillo  c  lodos  bcuimos  fasia 
grand  vejedat  e  asperamos  con  grand  deseo  la  vida  bien  aventurada  de 
parayso. 


Accidia  operando  expelUtur  et  orando. 

La  accidia  obrando 
Se  excusa  e  orando. 

En  Las  vidas  de  los  santos padres  se  leye  que  Sant  Anion,  tentado  de  ta 
accidia,  de^^ia  :  «  Senor,  deseo  sersaluo,  mas  non  me  dexan  pensamien- 
tos,  mas,  sef^or.  niegoie  que  me  muestres  commo  me  deua  saluar  ».  E 
luego  vio  vn  omne  semcjable  a  ssy  mesmo  que  torcia  vna  cuerda  e  leuan- 
tauase  de  la  obra  e  fazia  oracio  e  despues  lornaua  a  obrar  e  oira  vegada 
tornaua  a  fazer  oracion  e  aquel  hera  el  ange!  de  Dios.  E  dixole  :  «  An- 
ton, faziendo  assy  te  podras  saluar  ». 

Onde  en  olro  lugar  en  Las  vidas  de  hs  sanctos  padres  se  leye  que  vu 
monje  pregunto  al  abbat  Achilles  :  «  ^  Porque  seyendo  en  mi  silla  padesco 
accidia  ?  »  E  rrespondio  el  abbat  :  «  Porque  avn  no  has  visto  la  folgança 
que  esperamos  nin  los  tormentos  que  tenemos;  ca  si  estas  cosas  con  dili- 
gencta  acatases,  avnque  lu  camara  cstouiese  Uena  de  gusanos  fasia  el 
techo,  avn  en  ellos  estarias  syn  accidia  ». 

8. 

Âcusans  false  in  penam  inàdit  acusati. 

El  que  a  otro  pone  pecado 
El  dano  a  el  es  tomado  ■. 

Vn  omne  mucho  bueno  fiie  accu&ado  por  inbidia  e  era  devoto  a  la  vir- 
gen  Maria.  E  fue  acusado  por  inbidia  acerca  de  su  senor  que  amaua  a  su 
mugier.  El  seftor  judgo  que  lo  echasen  en  el  fuego.  E  este  cauallero,  su 
senoff  mando  a  vno  que  ténia  su  forno  que  a  qualquier  que  el  le  enbiase 
otrodia  de  manana,  que  luego  lo  lançasse  en  el  forno.  E  otrodia  el 
seiior  enbio  a  aquel  que  hera  acusado  de  bûena  manana,  e  yendo  por  el 
camino  fallo  vna  iglesia  abierta  e  entro  en  ella  por  fazer  oracion  a  la  vir- 
gen  Maria.  E  mientra  alli  estaua,  el  cauallero  enbio  vno  de  los  que  lo 


t.  Coinp.  Romaniaj  t.  V,  p.  453  et  suiv. 


EL    LIBRO   DE   EXEHPLOS  489 

acus3uan  a  ver  si  era  fecho  lo  que  mandara.  E  los  que  esiauan  al  fomo, 
por  quanto  el  fue  el  primero  que  alli  venicra.  tomaronlo  e  lançaronlo  en 
el  fomo  ardiendo.  E  ans!  le  dio  Dios  lo  que  roerescio  e  libro  al  innocente 
devoto  a  ta  virgen  Maria, 


Adulator  eccian  turbat  bonos. 

£1  lisonjero  malo 

A  les  buenos  faze  dampno. 

La  primera  virtud  det  monje  es  menospreciar  tos  juyzîos  de  los  omnes, 
e  el  que  biue  en  el  claustro  non  se  deue  gozar  quando  le  alaban,  anie  se 
deue  lurbar  a  exenpio  del  chantre  de  Paris  de  buena  memoria.  El  quai, 
segund  dizen,  aviendo  predicado  en  vn  lugar  e  seyuadende.  vn  clerigo, 
passando  açerca  del,  dixole  :  i  Bcndicha  sea  la  palabra  de  la  tu  boca». 
E  oyendolo  el  chantre,  rrespondio  e  dixole  :  «  E  maldicha  sea  la  palabra 
de  la  luya  ».  E  a  enxenplo  de  la  Virgen,  que  quando  le  dixo  el  ange)  : 
«  Aue,  gratia  plena,  et  benedicta  tu  in  mulieribus  »,  e  fue  turbada  en  la 
palabra  del. 

10. 

Aduiatores  irridendi  sunt  et  non  audiendi. 

Los  lisonjeros  no  deuen  ser  oydos, 
Antes  deuen  ser  escarnescidos. 

El  emperador  Vaspasiano  fue  nascido  de  vil  generacion  e  rrusrica, 
ahunque  fue  muy  noble  en  scnorio  e  cosiumbres,  ca  en  comienço  que 
ouo  el  sef^ono  fasta  la  fin  sienpre  fue  muy  cortes  e  piadoso  e  non  menos- 
precio  su  nascimiento  nin  ouo  vana  gtoria  por  alabanças  vanas.  Onde 
vna  vegada,  queriendo  vtios  lisonjeros  alabar  su  iinaje,  de/ian  que  aque- 
llos  de  donde  el  veniera  fezieran  la  cibdat  de  Reatina  e  que  fueron  com- 
paiieros  de  Ercoles,  e  el  non  quiso  oyr,  antes  escarnescio  dellos.  Pues,  si 
los  paganos  non  quisieron  oyr  los  lisonjeros*  mucho  menos  lo  deuian  fazer 
los  christianos. 

II. 

Aduîatores  minime  est  credendam. 

Non  créas  lisonjero  engaiioso, 
Ssy  non  fallarte  has  perdedosso. 

Oizese  por  manera  de  fablilla  del  cueruo  e  de  la  rrapossa  que,  leuando 
el  cueruo  vn  queso  fi-esco  en  la  boca  para  corner,  pusose  encima  de  vn 


490  A.    MOREL-FATtO 

arbor.  E  la  rraposa  lisonjera,  passando  por  alli,  ouo  grand  cobdicia  del 
queso  e  dtxo  assi  al  cueruo  :  «  O  aue  muy  fermosa  sobre  todas  las  aues, 
paresce  s^me  mas  blanca  que  e1  çisne  e  mas  fermosa  que  el  pauon,esî  el 
tu  canto  me  aplaziese,  tu  sérias  sobre  todas  las  aues.  £  he  entendido  que 
has  la  boz  muyclara  e  que  fazes  fermossas  meludias  mucho  mejores  que 
los  que  taficn  cstormcntos.  E,  ^  porquc  non  me  mucstras  el  tu  canto  lan 
dulçe  e  la  concordança  del  oyr  tan  suaue,  el  quai  copdicio  grandes  tiem- 
pos  ha  oyr?  »  El  cueruo  aviendo  plazer  de  las  palabras  lisonjeras,  non 
entcndiendo  el  engaiio  del  coraçon,  apreiado  vn  poco  el  rrostro,  porque 
non  se  le  cayese  el  quesso,  començo  a  cantar  a  média  boz.  E  dîxo  la 
rraposa  :  «  Por  cierto  verdai  es  lo  que  oy  de  tu  canto  dulçe,  e  si  ansi 
me  plazc  el  tu  canto,  que  non  es  cntero,  quanto  mas  faria,  si  con  toda 
la  boz  cantasses,  que  séria  muy  mas  fermosso  lu  canto  que  de  rruyse- 
fior  D.  Estonçe  el  cueruo  creyo  ser  verdat  la  mentira  que  le  dezia  e  abrio 
la  boca  para  cantar  e  cayosele  el  queso  en  tierra  e  tomolo  luego  la  rra- 
posa e  comiolo  e  començo  a  escamesçer  del  cueruo.  E  ansy  non  es  de 
créer  a  los  lisonjeros,  porque  quieren  sacar  algo  de  aquellos  que  lison- 
jan,  e,  desque  lo  han  avido,  escamescen  detlos.  E  esiosaiates  proroeien 
cosas  para  traher  a  la  muerte. 

12. 

Aduocaii  uenak  genusdicitur  eut. 

Los  abogados,  segund  paresce. 

Es  génie  que  se  vende  e  enpesçe.     . 

Onde  leyesse  en  vnos  cantares,  que  fizo  Seneca,  que  parescio  a  vn 
omne  que  vio  al  enperador  Nero  que  se  banaua  en  los  infiemos  e  los 
seruidores  que  estauan  açerca  del  que  lançauan  sobre  et  oro  feruienie  e 
vio  venir  una  compana  de  abogados  e  dixotes  :  «  0  mis  amigos.  linaje  de , 
omnes  que  se  vcnden,  Uegat  vos  aca  e  banal  vos  aqui  conmigo  ». 

"?. 

AduiUrium  respuunt  ecian  aues. 

Las  aues  es  misterio 

Que  aborrescen  el  adulterio. 

Dizen  que  acaescio  en  Lombardia  en  el  obispado  de  Millan  que  vit* 
moço  lomo  vn  hueuo  del  nido  de  vna  cigueiia  ascondidamente  e  meiîole 
olro  de  cuerua,  e  quando  vino  al  tiempo  que  le  nascieron  los  fijos  e  que 
et  cueruo  començo  mostrar  su  color  e  su  desçendimiento'  de  los  otros,  e 


I.  //  doit  man^uir  ici  qacl^us  mots. 


EL    UDRO   DE    EXENPtOS  49I 

fuesse  et  macho  e  aduxo  tantas  de  çigueiias  que  fue  grand  marauilla.  E 
quando  ovieron  todas  visto  el  cueruo  negro  entre  tos  cigoninose  fueron 
contra  la  madré  e  raalaronla. 

14. 

Adulterii  acasata  iniaste  a  Domino  Ubtratur. 

La  mugier  inocenie  acusada 
Del  senor  Dios  es  librada. 

Vn  omne  acusaua  a  su  mugier  de  adulterio  e  dixole  que  lo  confessase 
porque  excusasse  muchos  torroentos.  Ella  rrespondio  :  «  Dios  me  estes- 
tigo,  por  ende  non  lo  quiero  negar  porque  padesca  e  non  quiero  menlir 
porque  non  peque  p.  E  quando  vino  et  que  ta  avîa  de  degollar,  en  et 
primero  golpe  salio  mi  poco  de  sangre,  e  en  el  scgundo  salto  vna  sonija, 
e  en  el  lerçero  lorçiose  el  cochillo,  E  despues  irayeron  oiroque  la  dego- 
llasc,  c  dcl  primero  e  ssegundo  goIpc  non  la  podieron  ferir,  e  en  cl  icrçero 
golpe  feriola  e  al  quarto  parescio  muerta.  E  assi  muerta  leuauanla  los 
clerigos,  e  rrebeuio  e  dende  fueledada  libertad  que  fuese  a  do  quîsiesse. 


15. 
Amans  pro  amato  lihenUr  exponit  bona  sua. 

El  que  a  otro  quiere  bien 
Por  el  pierde  lo  que  tien. 

Vn  pobre  e  vn  rrico  eran  vezinos  e  tenîan  dos  tiuertos  ayuntados.  El 
rrico  lenia  en  su  huerto  arboles  e  flores  e  el  pobre  lenia  en  el  suyo  abe- 
jas,  e  ellos  eran  henemigos.  El  rrico  querellose  que  las  abejas  del  pobre 
destruyan  sus  flores  e  rrequeriole  que  tas  tirase  de  alli.  El  pobre  non  lo 
fii^o.  El  rrico  inuidiosso  e  malo  espar/io  po^ona  por  las  flores,  e  Us  abejas, 
como  avian  aco&iumbrado,  tomaron  de  las  flores  e  raorian.  E  el  pobre, 
desque  las  vio  muertas,  como  non  ténia  otra  cosa,  sy  non  doscantoros  o 
barriles,  vno  de  olio,  otro  de  vinagre,  e  commo  amaua  mucho  sus  abe- 
jas, expendiolos  en  melezina  para  ellos.  E  el  era  bien  sabio  que  sabia  que 
era  buen  rremedio  para  la  poçona.  E  pnmero  derramo  el  vinagre  sobre 
las  abejas  e  despues  rruçiolas  con  el  olio  e  Azoles  beuir.  E  non  podria 
deur  que  este  pobre  non  amaua  mucho  a  aquestas  abe)as.  E  assy  fizo 
Jesu  Cbrisio  por  nos  pecadores  saluar,  que  derramo  su  sangre  por  damos 
vida. 

16. 

Amatores  huius  seculi  decipiuntur  caduca  spirituatibiu  preferentes, 

Los  que  las  cessas  deste  mundo  aman 
A  ssy  mesmos  enganan. 


492  A.    MOREL-FATIO 

Vn  omnc  bueno  viejo,  queriendo  dardotrina  a  su  6|o,  dîxole:  oLoi^K  { 
aman  los  délestes  deste  mundo  e  oluidân  los  bienes  spîrilualesson  $e■^  | 
jables  a  vn  omne  que  lenia  très  amigos,  de  los  quales  amaua  los  doscBf 
muy  grande  amorio  e  deseaua  mucho  que  podiesse  traba'iar  por  ca^rn  i 
deltos  fasta  la  muerte  e  del  oiro  terçero  non  curaua  mucho  c  fingbipej 
avia  con  el  muy  grande  admisiad.  E  vn  dia  venieron  muchos  cauailem 
con  grand  pricsa  para  lo  leuar  presso  al  enperador  a  que  dièse  oeeu 
de  mill  marcos  de  plata  que  le  deuia.  £  el^  desque  se  vie  assyaquoxiK 
buscaua  quien  le  acorricsse  en  aquella  cue(n)ta,  c  cl  fue  al  priaeroamp 
que  mucho   amaua  e  dixole  :  <«  Amigo,  bien   sabes   como  ;o  àeufR 
puse  mi  anima  por  ly,  agora  yo  he  menesier  tu  ayuda  oy  con  gr»n  aa- 
çcssidat.  E  rrespondio  :  <(  Omne,  yo  non  soy  el  tu  araigo  nin  w  quie 
ères.  Otros  amigos  tengo  con  quien  he  de  folgar  oy;  empcro  danek 
dos  çeliçios  o  doss  camisas  que  lieues  por  el  camino  e  non  espères  de  ni 
mas  ly.  E  desperado  de  la  su  ayuda  fuesse  para  el  ssegundo  e  ditole: 
e  Amigo,  acuerdate  quanias  honrras  e  gracias  de  mi  rrescebiste,  (  p  j 
soy  caydo  en  grand  tribulaçion  e  he  mester  tu  ayuda,  dîme  ^quamoi 
puedes  acorrer?  i»  E  rrespondiole  :  «  Non  me  vaga    estar  contigott»! 
trabajo,  ca  yo  de  muchas  panes  he  grandes  coydados  e  esto  en  tribuU-| 
cion;  empero  yre  contigo  vn  poco^  aunque  creo  que  non  le  aprooectetj 
e  luego  tomarmebe  a  mi  casa  a  fazer  mis  negocios  ».  E  el  coyudotai^l 
nose  las  manos  vazias  de  sus  amigos  e  doliase  de  si  mucho  e  de  b  vta 
esperança  de  sus  amigos  e  doliase  de  los  trabajos  que  porcUosivù 
sofrido.  E  fuesse  para  el  terçero  amigo,  del  quai  nunca  a%'ia  aridû  eof' 
dado  nin  fecho  honrra.  e  con  gran  verguença  e  la  cara  abaxada  a  ticm 
dixole  :  «  Non  tengo  boca  para  le  fablar,  yo  me  conosco  que  nunci  te 
fize  bien  nin  te  tracte  commo  a  amigo,  empero  por  la  grand  nesceiidtt, 
que  me  es  venida  c  non  falle  alguna  esperança  en  los  otros  amigoti 
a  rrogarte  ssy  puedes  ayudarme  con  alguna  cosa  poca,  non  te  acor 
de  rai  synplcza  li.  Eel  rrespondiole  con  cara  alegre  :  «  Yo  conosco  quen 
ères  mi  amigo  mucho  amado  e  non  se  me  es  oluidado  el  pequeno  bieo 
que  me  fe^Jste  e  yo  te  la  tengo  de  pagar  doblado,  e  non  ayas  ihemormn 
pauor,  ca  yo  yre  ante  ty  al  emperador  e  rogare  por  ty,  e  aue  buena  cot- 
fiança  e  non  ayas  tristeza».  Eel,  arrepentido  porel  poco  bien  que  leavâ 
fecho,  e  con  lagrimas  dezia  :  «  Hay  de  mi,  ^  de  que  avère  mas  dolor.dd 
amor  vano  que  eue  a  los  amigos  mat  agradesçidos  o  de  la  mi  locun  por 
non  fazer  bien  a  este  mi  hcrmano  o  amigo  »  ?  E  estos  dos  atnigos  priiM- 
ros  son  el  mundo  e  los  parientes.  ca  al  tienpo  de  la  muerte  desanparai 
«1  omne.  El  lerccr  amigo  es  los  bienes  que  el  omne  hzt  por  amor  de 
Dios,  que  nunca  lo  desamparan. 


EL   LIBRO   DE  BXENPLOS 


49J 


Amiens  fidelis  non  dabiUit  de  amuo. 

El  que  verdaderamenie  ama 
De  su  amigo  fia  el  aima. 

Leyesse  que  eran  dos  amigos  :  al  vno  lUmauan  Damon  e  al  oiro  Fi- 
zîas,  caualleros  nobles  e  discipulos  de  Pïtagoras  el  philosofo.  E  estos  lanto 
se  amauan  e  tamai^a  amisiança  ovieron  que  Dionisso^  rey  de  Cicilia, 
queriendo  al  vno  degoliar,  mandole  tiempo  a  que  fuesse  ordenar  su  casa, 
e  el  otro  quedo  por  fiador  que  tomaria  a  dia  çieno,  e  allegandosse  el 
tiempo  e  cl  lermino  a  que  avia  de  venir,  todos  judgauan  al  fiador  por 
loco.  Bmpero  el  dezia  que  fiando  de  la  consiancia  de  su  amigo  que  non 
avia  temor  alguno.  E  el  dia  e  la  ora  que  el  Rey  le  avia  ssenalado  vino,  e 
marauillandosse  mucho  el  Rey  de  los  coraçones  e  amistanças  de  amos, 
perdono  la  pena  al  que  avia  condenado  a  muerte  e  rogoles  que  lo  rres- 
cebiessen  en  su  compania  e  amisiança. 

i8. 

Amicus  verus  est  qui»  cam  seculum  dtjuit^  tune  suctinit. 

El  amigo  es  de  alabar 

Que  al  tiempo  de  la  priessa  quiere  ayudar. 

Vn  omne  de  Arabia,  estando  a  la  muerte,  llamo  a  su  fijo  e  dixole  : 
«  (  Quantos  amigos  tienes  ?  »>  E  el  fijo  rrespondio  e  dixo  :  «  Segund  creo, 
tengo  çiento  ».  E  dixo  el  padre  :  u  Cata  que  el  philosofo  dixo  :  non 
atabes  al  amigo  fasta  que  to  ayas  prouado.  £  yo  primero  nasci  que  tu  e 
apenas  pude  ganar  la  raeytad  de  vn  amigo,  e  pues  assi  es,  ^'como  lu 
ganaste  çiento?  Ve  agora  e  prueualos  todos.  porque  conoscas  sy  alguno 
de  todos  ellos  te  hes  acabado  amigo  ».  E  dixo  el  fijo  :  «  ^  Como  me  con- 
sejas  que  lo  faga?  »  Dixo  cl  padre  :  «  Toma  vn  bezerro  e  matalo  e  faze- 
lo  pieças  e  meteto  en  vu  saco  en  manera  que  de  fuera  paresca  sangre,  e 
quando  fueres  a  tu  amigo,  dile  assy  :  amigo  muy  amado.  irago  aquï  vn 
omne  que  mate,  rruegote  que  lo  entierres  secretamente  en  tu  casa,  que 
ninguno  non  avéra  sospecha  de  iy  e  assy  me  podras  saluar  •.  El  fijo  lo 
fizo  commo  le  mando  el  padre.  El  primero  amigo  a  que  fue  dixole  : 
a  Lieua  tu  muerto  a  cuesias,  e  como  fezJste  el  mal,  parate  a  la  pena.  En 
mî  casa  non  entraras  n.  E  assy  fue  por  todos  los  otros  amigos  e  todos  le 
dieron  aquella  misma  rrespuesta.  E  tornosse  para  su  padre  e  dixole  lo 
que  feziera  e  dixo  el  padre  :  «  A  li  acaescio  segund  dixo  el  philosofo  : 
muchos  son  llamados  amigos  e  al  tiempo  de  la  nescesidat  e  de  la  priessa 
son  pocos.  £  ve  agora  al  mi  medio  amigo  e  veras  lo  que  le  dira  *>.  E  fue 


494  A.    MOREL-PATIO 

a  el  e  dixole  :  «  Entra  aca  en  mi  casa,  porque  los  vezinos  non  entiendan 
este  secreto  ».  E  enbïo  luego  a  la  mugier  con  toda  su  conpana  fuera  de 
casa  e  cauo  vna  sepultura.  E  quando  el  mançebo  vio  lo  que  avia  fecho  e 
la  buena  votuntad  de  aquel  medîo  amigo  de  su  padre,  descobriole  el 
negoçio  confio  era,  dandole  muchas  gracias.  E  dende  tornosse  a  su  padre 
e  contole  lo  que  te  feziera.  E  dixole  el  padre  :  »  Por  tal  amigo  dize  el 
philosofo  :  aquel  es  verdadero  amigo  que  le  ayuda  quando  el  mundo  te 
fallesçe.   » 


19. 

Arnicus  verus  morii  st  exponit  pro  amico  et  omnia  hna  saa. 

El  verdadero  amigo  a  ta  muerte 
Sse  ofi'esce  por  saluar  a  su  amigo. 


4 


Dixo  el  fijo  a  su  padre  :  «  ^Viste  algund  omne  que  oviese  amigo  com- 
ptido  e  entero  P  *  Dixole  el  padre  :  u  Non  lo  vi,  mas  oyto  <>.  E  dixo  et 
fijo  :  a  Pues  cueniamelo  e  sy  por  aventura  podria  yo  ganar  vn  lai  amigo  ». 
E  dixo  el  padre  :  «<  Fueme  rrecontadode  dos  mercaderes,vno  de  Egipto, 
oiro  de  Baldac,  que  por  sola  la  fama  e  la  oyda  se  conoscieron  e  por  men- 
ssajeros  se  escriuian  para  las  cosas  que  avian  menester.  E  acaescio  que 
el  mercader  de  Baldac  ovo  de  yr  en  mercaderia  a  Egipto,  e  quando  lo 
sopo  el  egipçiano  que  venia,  salio  al  camino  a  el  a  rrcscebirlo  e  rresce- 
biolo  en  su  casa  con  grand  alegria  e  seruiolo  con  lodas  tas  cossas,  segund 
que  es  costunbre  de  los  amîgos.  E  estouo  ansi  ocho  dias  e  mostrole  todas 
las  cosas  que  en  su  casa  ténia,  e  a  cabo  de  los  oclio  dias  adolescio^  e  el 
su  amigo  ouo  grand  dolor  e  Jlamo  a  todos  los  fisicos  que  lo  viessen  e 
curassen  de).  E  los  fisicos  temptaronle  el  pulsso  vna  e  dos  e  très  vezese 
vieron  la  orina  e  non  conoscieron  en  cl  enfermedat  alguna.  E  porquatrto 
non  fallaron  enfermedat  corporal  en  el,  entendieron  que  era  de  amor 
aquetia  enfermedat.  E  quando  el  su  amigo  lo  sopo,  vino  a  el  e  dixole 
que  ^sy  avia  alguna  mugier  en  su  cassa  que  el  amasse?  E  el  enfermo 
dixole  :  «  Muestrame  lodas  las  mugieres  de  tu  casa  e  ssy  ende  alguna 
fuere,  yo  te  lo  dire  ».  E  luego  mostrogelas  todas  las  que  bien  cantauan 
e  las  moças  que  seruian»  e  dixo  que  non  le  aplazia  ninguna  délias.  E  est 
mercader  lenia  una  moça  noble,  la  quai  avia  criado  en  su  cassa  luengo 
liempo  para  la  tomar  por  mugier  e  mostrogela.  E  el  enfermo  vicndola, 
dixo  :  <*  Por  esta  es  mi  muerte  e  por  esta  es  mi  vida  ».  E  luego  el  su  amigo 
diogela  por  mugier  con  lodas  las  cossas  que  el  .avia  de  rrescebir  con  ella 
e  con  todas  las  otras  cosas  que  el  le  avia  de  dar  si  con  ella  casara.  E 
esto  asi  fecho  e  lomada  su  mugier  con  todas  las  cossas  que  con  ella  le 
dieron^eacabadasumercadoria,  boluiossea  sutierra.  E  despues  acaescio 
que  este  egipçiano,  que  avia  fecho  todas  estas  cosas  por  el  de  BaldaCi 


4 
1 


EL    LIBRO   DE    EXENPLOS  49  J 

perdio  quanto  ténia,  e  venido  a  grand  pobreza  penso  entre  ssi  de  yr  a 
Baldac  a  aquel  su  amigo  para  que  le  acorrie&se  e  ouiesse  conpassion  del. 
E  con  la  mala  rropa  e  con  fanbre  tomo  su  camino  para  Baldac  e  llego 
alla  grand  parte  pasada  de  la  nocbe.  E  por  verguença  non  fue  a  la  casa 
de  su  amigo,  ca  ouo  verguença  que  si  por  veniura  por  non  le  conoscer 
que  non  le  resceberia  en  su  cassa  a  lal  tieinpo.  E  cniro  en  vn  templo 
por  estar  alli  aquella  noche.  E  esiando  ansi  muy  cuytado  e  pensando 
entre  sy  muchas  cosas,  acerca  de  aquel  templo  en  la  çibdat  enconira- 
ronssc  dos  omnes  e  e)  vno  maio  al  otro  e  fiiyo.  E  muchos  de  la  çibdat, 
oyendo  el  rroydo,  venieron  alli  e  fallaron  aquel  muerto  e  demandando 
quien  avia  fecho  este  omicidio,  entraron  en  el  templo  pensando  fallar  a 
quien  lo  avia  fecho  e  fallaron  a  aquel  mercader  egipcîano.  E  demanda- 
ronle  que  quien  avia  muerto  aquel  omne.  Eel  rrespondio  :  «  Yolomate  «, 
que  cobdiciaua  escapar  de  ta  pobreza  por  la  muerte.  E  prendieronlo  e 
leuaronto  a  la  carcel.  E  otro  dia  trayeronlo  ante  los  juezes  e  condepna- 
ronlo  a  la  muerte  e  leuaronlo  a  ta  força  e  muchos  desta  çibdat  salieron  a 
ver  esta  jusiiçia,  entre  los  quales  salîo  su  amigo,  por  el  quai  veniera  a 
aquella  çibdat.  e  el  acatando.  cognoscio  que  era  su  amigo  de  Egipto  e 
acordandose  de  los  bîenes  que  le  feziera  en  su  casa  e  que  despues  de  su 
muerte  non  le  podrta  dar  galardon  por  eltos,  propuso  en  su  voluntad  de 
rrescebir  la  muerte  por  el.  e  a  grandes  bozes  dixo  :  v  ^  Porque  conde- 
nays  este  ynosceme  o  donde  lo  Ieuays!*que  non  merescc  muerte,  ca 
quel  omne  yo  lo  mate  ».  E  luego  tomaronle  e  leuaronlo  a  ta  força  e  aso- 
iuieron  al  otro  de  la  muerte.  E  aquel  que  lo  avia  muerto  yva  entre  la 
gente  e  pensando  entre  si  :  «  Yo  mate  este  ome  e  este  ynnoçenic  es 
condepnado  a  la  muerte,  e  yo  que  lo  Aze  esto  libre,  ^jque  razon  es  desta 
injustiçîaPe  non  se  cira  cosa  saluo  que  sea  sola  paçtençia  de  Dios. 
Empero  Dios  es  justo  joez  que  non  dexa  ningund  pecado  syn  pena;  pues 
assy  es,  porque  non  me  [de;  mas  duras  penas  despues  desta  vida,  quiero 
magnifestarme  que  yo  fize  este  pecado  e  por  la  muerte  pagare  lo  que 
fize  n.  E  dixo  :  «  Yo  lo  fize,  dexat  aquesie,  que  non  ha  culpa  ».  Los 
joezes  marauillaronsse  mucho  e  ataron  aqueste  e  dexaron  al  otro,  e  dub- 
dando  del  iuyzio  leuaron  aqueste  c  los  otros  dos  que  eran  ya  sucltos  de  la 
rouerie  ante  el  Rey  e  contaronie  todas  las  cossas  commo  avian  acaes- 
çido,  c  el  esso  mcsmo  dubdo  e  de  conscjo  de  lodos  perdono  a  todos  très 
con  condiçion  que  te  dixiessen  la  razon  desle  delito.  E  luego  cada  vno 
dellos  dectaro  su  rrazon.  E  eltos  asy  sueltos,  et  amigo,  que  se  ofrescio  a 
ta  muerte  por  su  amigo  que  lo  veniera  a  ver,  leuolo  a  su  casa  e  fizole 
mucha  honrra  e  dixote  :  <^  Sy  tu  aqui  quieres  estar,  todas  las  mis  cossas 
sean  tuyas  e  mias,  e  ssy  quisieres  yr  a  lu  tierra,  tante  quanto  yo  tengo 
partamoslo  por  medio.  n  E  assy  rresçebio  la  meyiad  de  lo  que  lenia  su 
amigo,  e  luego  tornosse  a  su  tierra.  E  todas  estas  cossas  assî  reconia- 


4^6  A.    MOREL-FATIO 

das,  dixo  el  fijo  al  padre  :  «  Apenas  o  nunca  podria  ser  falbdo  ul 
amîgo  ». 

20. 

Amicus  non  débet  malum  creden  de  amico. 

Toraa  vn  buen  castigo  : 
Nunca  aeas  mal  de  tu  amigo. 

Vno  que  parescia  ser  amigo  de  Plaion  philosofo  e  era  lisonjero  e  dixole 
que  Xenocratos,  el  discipjlo  mayor  que  lenia,  dezia  mai  dci.  E  en  nin- 
guna  manera  non  creya  ser  verdai  e  dixole  :  «  ^  Pienssas  que  miento  o 
si  creys  que  digo  verdat  ?  »  E  dixole  :  v  Non  es  de  créer  que  aquel  que 
yo  tanto  ame  e  tan  fielmente  lo  ensene  e  umos  bienes  le  di,  que  de  mi 
dixiesse  lo  que  tu  me  cuentas  ».  Esionçe  aquel  maldiziente  juroque  todas 
aqueltas  cossas  que  el  dixiera  eran  verdat.  E  estonçe  Platon,  por  non 
le  dezir  que  juraua  falsso,  dixole  :  «  Si  verdat  es  lo  que  tu  me  cuentas, 
creo  que  lo  dezia  porque  creya  que  me  conplia  assi  ».  E  sy  por  et  mal- 
deziente  non  pudo  ser  inclinado  nin  induzido  este  Platonique  erapagano, 
quanto  mas  deuia  fazer  el  christiano. 


21. 

Amor  niUlus  durai  nisi  fructas  senei  amorem. 

Non  dura  mas  el  amor  de  fecho 
De  quanto  dura  el  prouecho. 

Vn  sabio  dixo  vna  fablilla  fermossa,  sy  fuere  bien  entendida,  ssegund 
se  por  ella  entiende.  Vn  seiior  ténia  vn  can  muy  noble  de  muy  grand 
forlaleza  e  de  muy  grand  tigereza  e  avia  los  dientes  tan  fuertes  e  tan 
agudos  que  non  avia  animalia  de  su  caça  que  se  le  fuesse.  E  seruio  grand 
tiempo  a  este  senor  e  a  la  fm  vino  la  veiedat  e  perdio  los  dientes  tan 
ftieries  e  la  fuerça  e  los  pies  eran  fracos  para  correr  e  los  dientes  podri- 
dos  para  tener.  E  acaescio  que  vna  vegada  ouo  de  tomar  vna  alimalia 
par  mandado  de  su  seiior,  e  fuesele,  porque  non  pudo  tener  por  fallesci- 
miento  de  los  dientes,  e  el  senor  diole  de  palos  e  non  lo  perdono  por  ser 
viejo  nin  se  acordo  de  los  seruiçios  que  le  avia  fecho  quando  mançebo. 
E  dixole  el  can  :  <t  ^Porque  tu,  desagradcsçido,  assy  me  lieres?ca 
quando  fue  mançebo  nunca  se  me  fue  la  caça,  e  sy  agora  non  fago  lo 
que  fazia  quando  mançebo,  este  faze  el  non  poder,  e  sy  lu  me  fuesea 
agrades^ido  el  seruiçio  de  la  mançebia  que  fize,  deuias  escusar  el  falles- 
cimiento  de  la  vejedat,  e  si  lo  que  fue  otro  tiempo  alabas,  crudo  e  mal 
es  culpar  lo  que  agora  soy,  e  ssy  amaste  la  mi  juuentud,  fea  cosa  es 
echarme  de  ti  agora  que  soy  viejo.  Mas,  segund  veo,  verdat  es  lo  que  el 


EL   LIBRO   DE    EXENPLOS  497 

sabio  dixo  :  Ningund  amor  de  fecho  non  dura  mas  que  dura  el  prouecho. 
Ca  yo  era  grande,  quando  fazîa  grandes  cossas,  mas  agora  (que)  non  se 
faze  mençion  de  las  cosas  passadas  e  del  serviçio  passado.» 


32. 

Amor  Christi  naturatem  superat  et  mundanum. 

El  amor  del  ssaluador 
Ssobrepuja  a  todo  amor. 

El  rey  de  los  Vulgados,  queriendo  seruir  a  Dios,  dexo  el  poderio  e 
senorio  c  el  reygno  e  los  6jos  e  los  parienies  e  tomo  el  habito  de  monje 
en  vn  monastcrio,  e  el  fijo  mayor  tomo  el  rreygno  e  fizose  coronar  por 
rrey.  E  desque  se  vio  rrey  cosirenîa  e  apremiaua  el  pueblo  que  adorassen 
L  jdolos,  e  el  padre,  desque  lo  sopo,  con  grand  amor  que  avia  a  Jesu 
Chrisio,  dexo  el  habito  de  monje  e  tomo  e)  habito  de  caualleria  e  peleo 
con  el  fijo  e  vençiolo  e  prendiolo  e  mando  sacarlc  los  ojos  e  pusote  en 
vna  carcel  e  fizo  coronar  por  rey  al  fijo  menor  e  tomo  a  lomar  su  abilo 
de  monje.  E  an&i  vei  commo  el  amor  de  Jesu  Christo  sobrepuja  todo  amor 
del  mundo  natural. 

Amore  vehementm  niifaroris, 

Locura  non  ha  mayor 
Que  de  raugier  aver  amor. 

Vn  ombre  muy  honrrado,  que  avia  nombre  Eradio,  ténia  vna  sola  fiia, 
la  quai  ténia  propuesto  de  poner  en  vn  monesterio  de  monjas  por  seruir 
a  Dios,  mas  el  diable  que  es  enemigo  del  humanal  linaje,  desque  enten- 
dio  este,  encendio  vn  sicruo  del  dicho  Eradio  muy  fueriemcnte  en  amor 
de  aquella  moça.  E  el  entendiendo  [no]  ser  postble,  seyendo  el  sieruo  de 
Eradio,  poder  casar  con  su  fija  tan  noble,  fuesse  para  vn  encmiador 
matîfico  e  prometiole  muy  grand  quantia  de  moneda  &y  le  quisiese  ayu- 
dar  para  casar  con  esta  moça,  e  et  encantador  le  dixo  que  non  lo  podria 
fazer  :  «  Mas,  sy  tu  quieres,  enbiarte  he  a  mi  seiior  el  diablo^  e  ssi 
fezieres  lo  que  te  el  dixiere,  tu  avéras  lo  que  deseas  >.  E  dixo  el  man- 
çcbo  :  <  Qualquier  cosa  que  me  mandare  fare  ».  E  el  encantador  fizo 
vna  carta  para  el  diablo  e  ynbiola  por  aquel  mançebo  en  esta  manera  : 
a  Por  quanio  a  mi  conviene  con  grand  acuda  e  diligencia  a  quantos 
[podiere  quitar  e  mudar  de  la  fee  e  religion  de  los  christianos  e  traherlos 
a  lu  voluntad,  porque  tu  parte  sea  acrescentada  de  cada  dia,  embiote 
este  mançebo  ençendido  en  amor  de  tal  moça.  Pidote  que  se  cunpia  su 
deseo  e  que  en  esto  aya  gloria  e  de  aqui  adelanie  puedas  mas  ligera- 

Romaitia,  VU  j2 


MOREL-r*TIO 

mente  allegar  a  ti  otros  » .  E  diol«  la  letra  e  dJxole  :  «  Ve,  e  a  tal  ora  de  ta 
nochc  esta  sobre  la  sepultura  de  vn  gentil  o  moro  e  alli  Ilama  a  los  dia* 
blos  e  lança  esta  caria  en  el  ayre  e  luego  seran  contigo  ».  E  fizo  lo  que 
le  mando.  E  luego  vino  alli  el  principe  de  las  teniebras  aconpanado  de 
muchedunbre  de  demonios,  e  deque  ouo  leydo  lacarta,  dîxo  al  man- 
cebo  :  «  Tu  creyes  en  mi,  porque  cunpla  tu  voluniad  ».  Dixo  el  man- 
cebo  :  «  Ssenor,  creo  ».  E  dixo  el  diablo  :  u  Reniegas  de  Jcsu  Chrisio  •» 
Dixo  :  n  Reniego  ».  Dixole  el  diablo  :  o  Vosotros  los  chrisiîanos  sodés 
malos  e  syn  verdat,  porque,  quando  me  avedes  mester,  venis  a  mi, 
e  desque  avedes  conpiido  vuestro  deseo, renegades  de  mi  e  vos  tornades 
a  Jesu  Christo  e  el,  como  es  muy  piadoso.  rreçibeuos.  Mas  si  tu  quieres 
que  yo  cunpla  tu  voluntad,  faze  vn  escrilo  de  tu  mano  en  que  contlesses 
rrenegar  de  Jesu  Christo  e  del  bautismo  e  de  la  fe  cbristiana  e  que  scas 
mi  siervo  e  condenado  conmîgo  el  dla  del  juyzio  ».  E  luego  fizo  el  escrlio 
por  su  mano  como  rrenegaua  de  Jesu  Chnsio  e  se  daua  al  seruido  del 
diablo.  E  estonçe  el  diablo  mando  a  los  spiritos  malos  de  la  fomicadon 
que  fuessen  aquella  moça  e  le  encendïessen  el  coraçon  en  amor  de  aquel 
mançebo.  Los  quales  encendieron  el  coraçon  délia  tan  fuertememe  que 
U  moça  se  derribaua  en  tierra  c  con  grandes  lloros  daua  bozes  e  deîua  : 
n  Padre,  auet  merçed  de  mi,  que  fuenemente  soy  atormentada  por  amor 
de)  tai  moço  vuestro,  auet  merçed  de  mis  entranas  e  mostradme  amor 
de  padre  c  dalme  por  mugier  aquel  moço  que  amo,  por  el  quai  soy  mu- 
cho  aiormemada,  e  si  lo  non  fazeys,  de  aqui  a  poco  me  vereys  muerta  e 
dareys  cuenta  de  mi  el  dia  del  juyzio  ».  El  padre  llorando  dezta  '•  «  |  Ay 
mesquino  de  mi  !  i  que  comescio  a  la  mesquina  de  mi  fija,  quien  me  furto 
et  mi  thesoro,  quien  cego  la  mi  lunbre  dulçe  de  mis  ojos  ?  Fija,  yo  te 
queria  casar  con  Jesu  Chnsio  e  pensaua  ser  saJuo  por  li  e  lu  lomasie 
toca  por  amor  del  mundo.  Dexame,  (i]à,  que  te  ayunte  a  Oios  commo 
tcngo  ordenado  e  non  lieues  mi  ve)edai  con  dolor  a  los  tnfiemos  m.  E 
ella  daua  grandes  bozes  e  dezia  :  «  O  mi  padre^  o  cunplc  luego  mi  deseo 
0  ayna  me  veras  muerta  ».  E  el  padre  commo  la  viesse  amargossamente 
Itorar  e  fazer  como  loca,  puesto  en  grand  deseo nssolacion  e  enganado 
por  consejo  de  sus  amigos  conplio  su  voluntad.  ûiola  por  mugier  aaquei 
moço  e  diole  todos  sus  biencs.  deziendo  :  «  Vêle,  fija,  verdadera  mes- 
quina n.  E  estando  ellos  asy  casados,  aquel  mançebo  no  entmua  en  la 
iglesia  nin  se  santiguaua  nin  sse  encomendaua  a  Dios  e  algunos  parauan 
mientos  a  esto  c  dixieron  a  su  mugier  :  «  Sabe  que  el  marido  que  esco- 
giste  que  non  es  chrisiiano  ».  E  elta,  desque  lo  oyo,  ouo  grand  temor  e 
derribosse  en  el  suelo  e  començosse  de  rrescunar  e  darsse  golpes  en  los 
pechos  e  deziendo  :  a  |  Ay  de  mi,  mesquina!  î  porque  fue  nascida  e  non 
fue  luego  muerta^  »  E  dende  dixo  al  marido  lo  que  oyera  e  el  nego  que 
nunca  tal  cossa  fuera,  mas  que  era  grand  falssedat  lo  que  oyera.  E  dixo 


4 


EL    UIBRO    DE    EXESPLOS  499 

ella  :  »  Ssi  quîeres  que  yo  créa  )o  que  dizes,  yo  e  tu  eniremos  en  la 
iglesia  >.  E  el  veyendo  que  non  sse  podria  encobrir,  contole  el  fecho  por 
orden,  e  quando  etia  lo  oyo,  ouo  muy  grand  dolor,  e  fiiesse  para  Sam 
Basilio  e  contole  todo  lo  que  le  acaesçicra  a  su  marido,  e  Sani  Basilio 
enbio  por  el  mançebo,  e  desque  lo  vio,  dixole  ;  «  Fijo,  ^  quieres  te  lor- 
nar  a  Dios?  »  E  rrcspondio  :  «  Si,  scnor,  mas  non  puedo,  ca  fize  pro- 
fession al  diablo  e  denegue  a  Jesu  Christo  e  desta  denegaçion  fize  vn 
escriio  e  diolo  al  diablo  ».  E  dixole  Sant  Basilio  :  «  Non  ayas  coydado. 
El  senor  es  tan  benigno  que  te  rrescibera  si  te  arrepeniieres  ».  E  luego 
tomo  el  moço  e  fizole  la  senal  de  la  cruz  en  la  fruenle  e  encerrolo  por  très 
dias.  e  acabado  los  très  dias,  fuelo  a  visiur,  e  dixole  :  «  Fijo,  ^commo 
estas?  »  E  rrespondio  :  «  En  muy  grand  fallescimiento,  nin  puedo  ssofrir 
los  damorcs  e  cspantos  e  amenazas  de  los  demonios,  ca  leniendo  mi 
escrito  en  la  mano  acusanme,  deziendo  :  lu  veniste  a  nos  e  nos  non 
fucraos  a  ti  ».  E  dixole  Sani  Basilio  :  «  Fijo,  non  ayas  miedo,  creye 
sotamente  ».  E  diole  vna  poca  de  vianda  e  fizole  la  senal  de  la  cruz  e 
encerrolo  otra  vez  e  rrogo  a  Dios  por  el.  E  despues  de  algunos  dias  fue 
lo  a  visiiar  e  dixole  :  «  Fijo,  ^commo  te  va  ?  »  E  rrespondio  ;  «  Padre, 
oyo  los  clamores  e  amenazas  dellos,  mas  non  los  veo  ».  E  drôle  oira 
vegada  de  corner,  e  santiguolo  e  çerro  la  puerta  e  fuesse  e  fizo  oracion 
por  el.  E  a  los  cuarenta  dias  tomo  e  dîzo  ;  a  ^Como  te  va?  »  E  dixo  : 
Bien,  sancio  de  Dios.  Vile  pelear  oy  con  el  diablo  e  vencerlo  ».  E  des- 
pues desto  sacolo  donde  estaua  encerrado  e  llamo  a  toda  ta  derezia  e 
rreligiosos  c  al  pucblo  e  amonesiolos  que  feziesscn  oracion  porel,  e  tomo 
al  moço  por  la  mano  e  leuolo  a  la  iglesia,  e  luego  el  diablo  con  muche- 
dunbre  de  diablos  vino  a  el  e  irauo  del  moço  e  qucrialo  arrebatar  de  su 
mano.  E  el  moço  començo  a  dar  bozes  e  dezir  :  t  Sancto  de  Dios,  ayu- 
dame  ».  E  tan  fuertememe  irauo  del  que  tirando  del  moço  ouiera  de 
derribar  al  sancto  omne,  e  dixole  :  <>  Matdiio,  ^  non  te  abasta  la  tu  per- 
dicion,  mas  avn  quieres  leniar  la  fechura  de  Dios  mio  »  ?  E  dixole  el 
diablo,  que  lo  oyeron  muchos  :  «  0  Basilio,  tu  me  fazes  gran  prejuizio >). 
Estonce  lodos  començaron  de  dezir  kirieleyssonf  e  dixole  Sant  Basilio  : 
t  Maldigaie  Dîos.  diablo  ».  H  el  dixo  a  Basilio  :  «  Tu  me  fazes  pcrjuy- 
zio.  Yo  non  fuy  a  el,  mas  el  vino  a  mi  e  denego  a  Jesu  Christo  e  fizo 
profession  a  mi.  Ves  aqui  su  escrito,  que  tengo  en  mi  mano  ».  E  dixole  : 
ff  Non  cesaremos  de  fazer  oracion  fasta  que  des  este  escrîpto  ».  E  tizicndo 
oracion  Sani  Basilio  e  teniendo  las  manos  aiçadas  al  çielo.  vieron  venir  la 
carta  todos  por  et  ayre  e  pusose  en  las  manos  de  Sant  Basilio,  e  desque 
la  tomo,  dixo  al  moço  :  <«  Hcrmano,  conosçesesta  letra  ».  E  rrespondio  : 
a  Si,  senor,  que  de  mi  mano  es  escripta  ».  E  Sant  Basilio  hizola  pedaços, 
e  digno  de  misterio  de  spiritu  sancto  enscnolo  bien  e  tomoto  a  su  mu- 
gîer. 


A.   HOREL-PàTIO 
24. 

Anima  efaippe  inmsibilis  est  nature. 

Tu  deues  saber 

Que  el  anima  non  se  puede  ver. 

Dize  Sam  Gregorio  en  el  Dialogo  que  Pedro,  el  que  le  preguntava,  le  ' 
dixicra  :  <c  Assy,  yo  présente,  acaescio.  Vn  flayre  fablando  conmigo  se  le 
salio  el  anima  e  yo  vi(a)  al  que  primeramente  fablara  a  desora  muerto, 
mas  si  la  anima  salio  non  la  vi,  e  cossa  dura  paresce  que  et  orne  créa  que 
es  alguna  cosa  que  ninguno  non  la  pueda  ver  n.  E  rrespondio  Sant  Gre- 
gorio :  «  Pedro,  ^que  marauilla  es  ssi  non  viste  el  anima  salir,  la  quai 
non  veyes  estando  en  el  cuerpo  P  E  tu  fablas  conmigo  e  non  puedes  ver 
mi  anima,  ca  naiura  del  anima  esinvisyble,  eansy  quando  sale  del  cuerpo 
non  puede  ser  vista  assy  como  quando  esta  en  el  cuerpo  ». 

Anima  aliquando  uisibilis  est  post  mortem. 

El  anima  que  non  se  puede  ver 
Despues  de  la  muerte  puede  aparesc«r. 

Dize  Sant  Gregorio  en  el  Diaîogo  :  «  Yo  deprendi  de  algunos  discipu- 
los  de  Sant  Benito  que  eran  dos  varones  nobles  e  hermanos  c  sabios  en 
las  cosas  del  mundo  :  al  vno  llamauan  Spcciosso,  al  otro  Gregorio,  e 
tomaron  la  rregla  de  monjes  en  sancta  conversacion  e  raorauan  en  vn 
monesterio  que  Sant  Benito  feziera  acercade  la  cibdat  de  Terrazina;  los 
quaies  ouieron  muchas  rîquezas  en  este  mundo,  mas  lodas  las  dieron  a 
los  pobres,  por  redempcion  de  sus  animas,  e  vinieron  en  aquel  mones- 
terio. E  vna  vegada  enbiaron  a  Spacioso  a  la  cibdat  de  Capua  por  négo- 
cies del  monesterio.  E  vn  dia  estando  su  ermano  Gregorio  aseniado  a 
corner  a  la  tabla  con  los  monjes  e  acaio  contra  arriba  e  vio  el  anima  de 
su  hermano  Specioso  salir  del  cuerpo,  avnque  estaua  muy  iueiîe,  e  luego 
le  dixo  a  los  monjes,  e  partie  para  la  cibdat  de  Capua,  e  quando  alla 
llego,  fallo  a  su  hermano  enterrado,  e  sopo  como  aquella  ora,  que  el  vîera 
salir  el  anima  de  su  ermano^  finara. 

26. 

Anima  aliquando  aisibilis  est  adfidei  firmitatem, 

La  anima  algunas  vezes  es  mostrada 
Porque  nuestra  fee  ssea  mas  affirmada. 

Dize  Sant  Gregorio  en  el  Dialogo  que,  seyendo  el  monje  e  estando  en 


EL    U8R0   DE   EXENPt-OS  50I 

SU  tnonesterio,  vn  buen  rreligioso  rauy  caïholico  e  fiel  le  rreconio  commo 
vnos  omnes  veniendo  de  las  partes  de  Çeçilia  para  Roma,  estando  en 
medio  de  la  mar,  vieron  leuar  el  anima  de  vn  sieruo  de  Dîos  al  cieto  que 
estaua  muy  luene  dellos  en  la  rribera  de  la  mar.  E  quando  descendieron 
a  tierra,  preguntaron  ssy  raoricra  aquel  sieruo  de  Dios  e  fallaron  que  aquel 
dia  mesmo  finara.  E  ansi  conoscieron  que  la  su  anima  fue  leuada  e  sobida 
a  los  çielos. 

27. 
Anima  in  columbe  sptcU  ati(juociens  fuit  visa, 

Esio  puedes  bien  créer 

En  fegura  de  paloma  el  anima  aparesçer. 

Dize  Sam  Cregorio  que  el,  estando  en  su  monesterio,  le  rreconto  vn 
omne  muy  vénérable  que  vn  sancto  padre.  que  avia  nonbre  Spes,  hedifico 
vn  monesterio  en  vn  lugar  queliaman  Canple,  a  seys  millas  de  la  cibdat 
de  Nursia  e  este  sancto  padre,  Dios,  que  es  poderosso  e  tnisericordiosso, 
dando  a  este  enfermedat  e  trabajo,  sienpre  le  dio  gracia  e  to  guardo.  £ 
quanio  lo  guardo,  dandole  trabajo  e  enfermedat,  tante  mosiro  despues 
sanandole  acabadamente.  E  este  fue  ciego  por  espacio  de  quarenta  aiïos 
continues  e  ninguno  en  la  tribulacion  syn  gracia  non  podria  sofrirla,  si 
Dios  misericordioso,  que  da  la  pena,  non  le  diesse  la  penitencia.  E  por 
ende  Dios  caiando  a  nuesira  flaqueza  mas  que  '  la  guarda  con  los  açoies 
que  nos  da.  Eassy  aquel  buen  orne  viejo,avnque  le  diotrabajo  de  cegue* 
dat,  dîole  consolacion  por  guarda  del  spiritu  sancto.  E  este  omne^  seyendo 
ya  ciego  por  quarenta  anos,  rrestituyole  Dios  ta  vîsta  e  denunciole  que  en 
breue  avia  de  morir,  e  mandole  que  predicasse  la  palabra  del  [sic]  vida  a 
los  raonesterios  que  estauan  enderredor  del.  E  pues  el  avia  rresçebidola 
luz  del  cuerpo,  que  visitasse  los  omnes  religiosos  de  aquellos  monesterios 
e  tes  abriesse  e  tes  déclarasse  la  luz  e  claridat  del  coraçon.  Et  quai  le 
cunplîo  luego  assy  e  andando  por  los  monesterios  predico  los  manda- 
mientos  de  la  vida,  los  quales  el  aprendiera  faziendolos.  El  al  quinzeno 
dia,  acabada  ta  predicacion,  tomose  a  su  monesterio  c  alli  llamo  los 
monjes  e  estando  en  medio  dellos  rrescebio  el  sacramenio  del  cuerpo  de 
Dios  e  rrezo  con  ellos  los  psalmos  e  eltos  alli  caniando  e  el  muy  intento 
e  deuoto  en  la  oracion  dio  cl  anima  a  Dios  c  todos  los  monjesque  es- 
tauan présentes  vieron  ssalîr  vna  paloma  de  su  boca,  la  quai,  abierto  el 
techo  det  oratorio,  salio,  e  viendola  los  monjes,  subio  at  cielo.  E  es  de 
créer  que  el  anima  de  aquel  sancto  padre  por  ende  aparescio  en  figura 
de  paloma,  porque  Dios,  que  es  poderoso,  les  mostrasse  por  esta  figura 
de  paloma  con  quanta  synpleza  de  coraçon  este  le  avia  seruido. 

I.  //  mandat  iâ  plutiears  mots.  Cf.  Dialog.  Mb.  IV,  cap.  10. 


îoa 


A.    MOREL-PATIO 
28. 


Anima  propter  midta  (?)  '  débita  in  yinculis  àttiMtur. 
Por  la  deuda  non  pagada 
La  anima  es  encerrada. 

Vnos  pescadores  andando  pcscando  vna  vcgada,  pensando  que  sacaaan 
un  grand  pez,  sacaron  vn  muy  grand  pedaço  de  yelo  e  mas  les  plugo 
que  sy  tomaranpez,  porque  ei  su  obispo,  que  cra  omne  sancto,  padesda 
graue  enfermedat  de  gota  en  los  pies  e  auîa  grand  rrefrigerio  quando 
ponia  alguna  cossa  fria  so  los  pies,  e  leuaron  aquel  ycio  al  obispo,  por  lo 
quai  les  dio  muchas  gracias  e  el  ténia  sienpre  aquel  pedaço  de  yelo  so 
los  pics  e  amansauale  mucho  e!  dolor  e  marauillauase  mucho  comroo 
non  se  desataua  aquel  yelo  con  el  grand  calor  del  estio  e  con  el  ardor 
de  los  pies.  Mas  non  era  marauilla,  ca  la  jusiicia  de  Dîos  lo  fazia  durar 
que  non  se  desaïasse,  e  vn  dia,  lenïendo  los  pies  sobre  cl  yelo,  oyo  salir 
del  vna  voz  de  omne  e  conjurola  que  le  dixiese  quien  era,  e  rrespon- 
diole  :  «  Yo  soy  vna  anima  que  esio  en  este  yelo  en  pena  por  los  pecados 
que  cometi  e  podria  ser  librada  desia  pena  si  me  dïxiesen  treynta  misas 
continuadamente  cada  dia  e  non  cntrcposiesen  dia  en  medio  ».  £1  sancto 
obispo  por  compasion  délia  dixo  estas  misas  e  luego  et  yelo  se  rresoluîo 
en  agua  e  esio  mostro  que  era  anima. 

29. 

Animalibus  brutis  eciam  acrecundia  est  innata. 

Las  animalias  brûlas  que  non  han  entender 
Han  verguença  de  mal  fazer. 

Vn  sancto  omne  (que}  moraua  en  el  desierto,  al  quai  cada  dia  venia 
vna  toba  en  la  tarde  e  dauale  vn  pan.  F.  vn  dia  el  yendo  aconpanar  vnos 
monjes  non  vino  a  la  ora  de  la  cena  e  la  loba  vino  segund  solia,  e  desque 
non  fallo  alguno,  con  la  grand  fambre  que  auia,  tomo  vn  pan  de  la  çesta 
e  comiolo  e  fuesse,  e  por  verguença  de  lo  que  avia  fecho  non  lorno  mas 
al  hermiiano.  El  sancto  omne  quando  tomo,  vio  que  fallescia  vn  pan, 
mas  non  pudo  saber  quien  lo  feziera,  c  deque  la  loba  non  tomaua  a  el 
commo  solia,  entendio  que  ella  comiera  el  pan  e  ouo  pessar  e  rrogo  a 
Dios  que  le  tomasse  a  su  conpaiiera.  E  oiro  dia  vino  la  loba  a  la  ora 
que  solia  e  non  osaua  llegarsse  acerca,  mas  abaxados  los  oios  en  tierra 
non  osaua  otear  al  buen  omne^  mas  por  seiiales  parescia  que  le  pedia 
perdon.  E  e!  sancto  omne  llamola  e  llegola  a  ssy  e  començoia  de  falagar 
e  despues  vino  commo  solia  de  primero  venir. 

I.  Ms.  mortra. 


EL    LIBRO    DE   EXENPUOS 


30. 


W 


Angeli  sunt  honorandi,  qui  semper  nos  deftndert  sunt  parati. 

Los  angeles  merescen  grandes  honores, 
Porque  sienpre  son  nueslros  défend edorcs. 

EnLasvidas  de  /oxjancfof/^d^r» se leye que  elabbatMoyseseramucho 
lemado  del  diablo  e  vino  at  abbat  Ysidoro,  omne  bueno  viejot  a  detnan- 
dar  consejo  e  ayuda,  e  el  leuolo  a  su  cassa  e  dixole  que  parase  mientes  e 
otease  conira  oçidente,  que  es  onde  se  pone  el  ssoi.  E  fizolo  asi  e  vio  muy 
grand  conpana  de  diablos,  que  esiauan  aparejados  para  pelear.  E  dixole  : 
«  Buelue  la  cara  contra  oriente  ».  E  acato  c  vio  lanta  muchedunbre  de 
^Angeles,  que  non  podia  ser  contada,  aparejados  para  ayudar  a  pelear 
contra  los  diablos.  K  estonçe  et  viejo  dixole  :  «  Vête,  e  de  aqui  ade- 
lante  non  les  ayas  miedo  nin  temor,  ca  muchos  mas  son  los  que  nos 
ayudan  que  los  que  pelean  contra  nos  ».  E  el  con  gran  fiuu  seguro  tor- 
nosse  a  su  cclda.  E  pues  si  assi  con  grand  diligcncia  nos  guardan  los 
angeles  e  nos  defenden,  dcuemos  ser  rreprehendîdos  de  ser  desagrauiados 
(sic)  si  los  non  amamos  e  los  non  honrramos  ;  mas  \  mal  pecado  !  ante  los 
ofcndemos  por  los  maies  que  cometemos.  E  ^qual  séria  tan  desagrades- 
^do  que  non  amase  al  que  lo  defendiesse  e  guardasse  de  su  enemigo, 
del  quai  el  non  sse  podria  defender^  E  dizen  que  quando  toman  al  ele- 
'fente,  vno  de  los  caçadores  lo  açota  e  otro  lo  lieua  por  fuerça  e  otro  to 
pdefende  e  lo  ayuda,  al  quai  syenpre  le  es  agradescido  esta  besiia,  e  luego 
lo  comiença  de  amar  e  toma  el  roanjar  de  sus  manos  e  de  alli  adelanie 
es  obediente  e  manso.  E  ssy  esto  faze  el  animalia,  i  porque  tu  non  lo 
faras  al  angel  que  te  defiende  e  guarda  de  todo  trabajo  i 


Aijua  iastos  et  santos  etiarn  nuiretar. 

El  agua  cata  rreuerençia 

A  les  justos  de  buena  conçençia. 

Dizc  Sant  Gregoiio  en  el  Dialogo  que  acaescio  en  Roma  que  el  rrio 
de  Tibri  salio  de  madré  e  crescio  lanto  que  el  agua  llego  ssobre  los  mu- 
res de  la  cerca  de  la  çibdat,  e  estonçe  en  la  cibdat  de  Verona  el  rrio  que 
llaman  Ateses  crescio  en  lanto  que  llego  a  la  iglesîa  de  Sani  Zeon  que 
fue  obispo  e  martir.  E  estando  las  puertas  de  la  iglesia  abicrtas,  non  enlro 
demro,  e  a  poco  e  a  poco  fue  cresciendo  fasta  las  fenistras  de  la  iglesia 
que  estauan  acerca  del  techo  e  cerro  la  pueria.,  assy  commo  sy  fuera  paret, 
e  los  que  estauan  dentro  yuan  a  ta  puena  e  tomauan  el  agua  para  bcucr 
e  en  ninguna  manera  non  entraua  denlro.  e  podian  tomar  délia,  mas  non 


Î04  ^A.    MOREL-FATIO 

corria  como  agua  e  cstaua  firme  delanie  la  puerta  a  demostrar  a  lodosU 
sanctedat  d«  aquel  sancto  martir  Zeon.  E  esta  agua  era  para  aprouecfaâr 
e  non  para  enpesçer  a)  tugar. 

Arma  spiriîualia  pr tuaient  quam  terrena. 

Mas  valen  las  armas  spirituales 
Que  valen  Las  terrenales. 

Es  vn  enxenplo  de  Tcodosio  principe  que,  veyendo  estar  la  batalta  con- 
tra sy  e  los  suyos  desfallesçerj  lanco  las  armas  en  lierra  e  «chose  en  ora- 
cion  veyendolo  todos  [e]  alcanço  ayuda  de  Dios.  E  cosa  marauillosa  fue 
que,  el  estando  en  oracion  e  perseuerando  en  pregarias,  los  caualleros  que 
dauan  lugar  e  querian  fuyr  tanto  se  esforçauan  que  rronpieron  las  hazes 
e  el  rreal  de  los  enemigos  e  mataron  e  ferieron  muchos  dellos  en  manera 
que  ouieron  victoria  e  gloria  complida.  E  pues  mas  valen  las  armas 
espirituales  que  las  temporales.  E  ssi  los  caualleros  guardan  estas  cossas 
en  sus  baîallas,  ensenan  a  nos  por  enxenpios  que  non  dexemos  las  nues- 
tras  armas,  que  son  spirituales,  mas  guardarlas  contlnuamente  en  los 
tiempos  de  tan  gran  pelea  que  avemos  con  el  encmigo  del  humanal 
linaje. 

^^■ 

Armis  respubitca  est  ecciam  a  sdcerdoUbus  dejtndcnda. 

La  rrepublica  todos  deuen  defender 
E  avn  los  saçerdotes  assi  deuen  fazer. 

Deuedcs  saber  que  la  rrepublica  deue  ser  defcndida  por  armas  e  todo 
omnc  deue  pelear  por  su  tierra.  E  leyesse  en  la  Coronka  Marliniana  que 
el  papa  Gregorio  sexto^  quando  fue  elegido  el  papa,  fallo  que  todas  las 
pldossessiones  e  lierras  de  la  iglesia  estauan  ocupadas  por  los  grandes 
caualleros,  e  al  papa  non  avia  quedado  cossa  alguna  por  negligencia  de 
sus  anteçessores.  E  luego  lo  priraero  amonesio  a  los  que  lenian  ocupadas 
las  lierras  que  las  rreslituyessen,  e  desquc  lo  non  fezieron,  puso  en  ellos 
sentencia  de  cxcomunion,  la  quai  raenospreciaron.  E  deque  esto  vio,  con 
gente  de  armas  peleo  con  los  ocupadores  e  venciolos  e  rrescebïo  todos 
los  castillos  e  heredades  de  la  iglesia  que  eslauan  perdidas.  E  los  Roma- 
nos  non  lo  llamauan  papa  mas  omiçida  muy  malo.  Asi  que,  quando  vino 
al  tiempo  de  la  muerte,  ordenaron  los  cardenales  que  non  era  digno  de 
ser  enterrado  en  la  iglesia  omne  que  por  lantas  muertes  de  omnes  avia 
ensuziado  eloficio  sacerdotal.  Estonçe  el  papa,  avnque  era  muy  enfermo, 
dandoie  Dios  esfuerço  en  el  spiritu  sancto,  fizo  vn  luengo  sermon  a  los 


EL    LIBRO    DE   EXENPLOS  \0^ 

cardenales  e  rreprehendioles  que  locamente  avjan  pensado  contra  el,€ 
moslroles  por  scripturas  e  derechos  que  cl  avia  fecho  bien.  E  dixoles  : 
«  Quando  fuere  muerto,  ponei  cl  mï  cuerpo  delanie  las  puertas  de  la 
yglesia  e  çerrailas  bien  con  çerraduras  e  fcrrojos,  e  si  por  veniura  de 
Dio3  fueren  abîertas,  metei  mi  cuerpo  en  la  iglesia,  e  siquedaren  cerra- 
das,  fazct  dcl  mi  cuerpo  lo  que  quisicrdcs.  E  dcsquefue  muerto  fezieron 
lo  que  el  dîxo,  e  a  desora  vino  vn  viento  tan  fuerte  que  non  solamenie 
abrio  las  puertas  mas  quebrantolas  e  lançolas  fasu  la  paret. 

H- 

Âstacia  recta  in  belU  negociis  muUum  proJest. 

La  asiucia  que  es  derecha 
En  las  guerras  aprouecha. 

Dizen  que  eï  rrcy  Alexandre  en  fegura  de  cauallero  simple  fue  ver  la 
corte  del  rrey  Porc  para  ver  e  ssaber  el  arte  e  el  estado  e  la  caualleria 
sua.  E  fue  rrescebido  del  rrey  honrradamenie,  pensando  que  non  era 
Alexandre  mas  Antigono,  cauallero  de  Alixandre,  e  preguntole  de  las 
maneras  e  costunbres  de  Alexandre  e  conuidolo  a  comer,  e  cl  deziendo 
que  hera  Antigono,  la  baxilla  que  le  trayan  de  oro  e  de  ptata  e  tomauala 
a  ssy  coramo  suya  e  guardauala.  E  despues  los  seruldores  acusaronlo  de 
lo  que  auia  fecho  delante  el  Rey^  e  vino  delanie  del  e  preguntado  porquc 
feziera  aquello,  dizen  que  rrespondio  assy  :  <  Senor,  rruegote  que  los 
caualleros  fuertes  e  nobles  que  esian  cerca  de  ti  vengan  e  oyan  las  cos- 
tunbres e  larguezas  de  Alexandre  ».  E  deque  venieron,  començo  a  fablar 
e  diio  :  «  Ssenor  rrey,  yo  oyendo  la  tu  grand  faraa  ser  mayor  que  la  de 
Alexandre  asi  en  caualleria  commo  en  espenssa,  yo  Antigono  solo  vine 
fuyendo  para  ti  asy  commo  a  mayor  porque  te  podicssc  servir  e  non  a 
el,  e  por  quanto  la  coslunbre  de  Alexandre  es  que  todo  cauallero  despues 
del  manjar  toda  la  baxilla  de  oro  e  de  plata  en  que  iraen  los  manjares 
que  la  tome  para  si.  e  yo  entendiendo  que  tu  non  ères  menor  '  que  se 
guardaria  esta  costunbre  en  tu  corte  ».  E  oyendo  esto  los  caualleros  de 
Poro  dexaronlo  e  pasaronsse  para  Alexandre  e  honrrados  de  muchos 
dones  en  vno  con  el  venieron  contra  Poro  e  maiaronlo  e  subjudgaron  a 
loda  India  al  seiiorio  de  Alexandre. 

Auaricia  ptnas  infert, 

Penas  da  la  auaricia 

Al  que  rretiene  con  codicia. 


I.  H  mandat  ici  an  vttbt  comme  entendi. 


S06  A.    MORKL-FATIO 

Dizen  que  vn  omne,  cauando  vu  cimiento  en  vna  torrCj  fallo  trec 
planchas  de  oro.  En  la  primera  cstauan  escriptas  estas  palabras  :  «  Tengo, 
toue.  perdi,  soy  atormentado  ».  La  segunda  ténia  escriptas  estas  paU- 
bras  :  «  Espendi,  donc,  guarde,  a!çe  d.  La  tercera  ponia  la  declaraçîon 
dcstas  dos  en  esta  manera  :  u  Lo  que  expendi  esso  oue,  lo  que  done 
esso  lengo,  !o  que  guarde  esso  perdi.  Por  lo  que  alçe  que  detoue,  por 
esso  padesco  agora  ». 

Auaricia  pessima  est  lusorum. 

Dios  aborresce  los  judgadores 
Que  rreniegan  con  rrancores. 

Vn  cauallero  con  grand  ssana,  porque  perdiera  al  juego  de  las  tablas, 
lanço  vna  saeta  contra  el  çieto  coramo  que  se  queria  vengar  de  Dios.  E 
despues  otro  dia  este  cauallero,  estando  at  tablero  jugando,  cayo  la  saeta 
llena  de  sangre  ssobre  el  tablero. 

E  otro  enxenplo  de  la  auaricia  dize  Valerio  :  que,  estando  los  rregi- 
dores  de  Roma  en  su  ayuntamiento,  demandaron  de  dos  —  el  vno  era  rauy 
pobre,  el  otro  muy  rrico  e  escasso  —  quai  séria  mejor  para  rregir  e  jud- 
garaEspai^a.  £  dizen  que  rrespondio  vn  conssiliaro,  que  Ilamauan  Ci 
pic  Emiliano  ' ,  que  le  parescia  que  ninguno  dcllos  non  era  de  inbiar,  ca 
el  vno  non  ténia  cosa  alguna  e  el  otro  non  avia  cosa  en  el  mundo  que 
abastase,  e  esio  dexo  rreprobando  la  pobreza  e  la  avaricia  en  los  joezes, 
ca  ellos  non  podian  judgar  bien»  el  vno  con  la  pobreza,  el  otro  con  la 
escasseza. 

Avaras  sua  magis  diligit  tfuam  se  ipsum. 

El  loco  avariento  a  ssy  mesmo  disfama. 
Sus  cossas  mas  que  a  ssi  ama. 

Dize  Sant  Agosiin,  ^  que  cosa  es  que  tu  non  quieres  tener  cosa  mala  ? 
Non  la  mugier  nin  el  fijo  nin  el  sieruo  nin  la  saya  e  avn  nin  la  caiça.  El 
escasso  mas  se  duele  de  perder  vna  miaja  que  perder  a  si  mesmo,  e  cada 
dia  alinpia  sus  çapatos  e  dexa  a  si  mesmo  estar  en  suzidat  e  fazc  escudo 
de  su  coraçon  a  las  cosas  suyas  porque  rresciba  todo  el  danpno  délias.  E 
es  semejable  a  vn  loco  que  ténia  vnos  çapatos  nueuos  e  tanto  los  amaua 
que  se  descalço  para  pasar  por  vnas  espinas  e  quiso  mas  guardar  sus 
çapatos  que  guardar  sus  pies.  Tal  es  el  que  faze  ihesoro,  conuiene  a  saber 
en  este  mundo,  onde  todos  ssus  ^  anteçesores  perdieron  los  thessoros. 


I,  M$.  Cimilîarlo.  —  2.  Ms.  sson. 


CL   LIBRO  DE  EXENPLOS 


ÏÙ7 


?8. 

Avarus  alitiuando  penam  in  se  retorquit. 

El  que  acusa  con  copdicia 
En  el  se  toma  su  malicîa. 

Leyesse  que  vn  rromero»  yendo  a  rromeria  a  Santiago^  en  la  cibdal 
de  Tolosa  poso  en  vna  posada  de  vn  mal  omne  e  cobdiçioso,  e  por  aver 
tos  dineros  del  rromero  puso  vn  vaso  de  plala  en  ta  mata  de  vn  fijo  de 
aquel  rromero  que  venia  con  el  e  despues  fue  en  pos  dellos,  e  leuo  con- 
sigo  los  omnes  de  la  justicia  e  comen^o  acusar  al  fijo  que  era  ladron,  e 
el  dezia  que  eran  ynnoçentes  el  e  su  padre  e  ouieron  de  catar  la  mata  e 
fallaron  el  vasso  en  ella  e  traxieronio  a  la  jusiiçia  e  fue  condepnado  a  la 
força,  e  lodas  las  cosas  suyas  que  fuesen  del  huespede  cuyo  era  el  vasso. 
E  el  padre  peregrino  acabo  su  camino  e  su  via  que  ténia  començada  a 
honor  de  Santiago,  e  acaescio  que  a  la  tomada  ouo  de  pasar  por  aquel 
lugar  onde  el  fijo  cstaua  enforcado  e  començo  de  penssar  porque  Dios 
consentia  fazer  taies  cosas.  E  luego  el  fijo  que  esiaua  enforcado  començo 
de  fablar  e  dixo  que  Santiago  lo  avia  guardado  vîvo  e  sano  e  dixo  que 
fuessc  luego  al  Joez  e  le  contase  cl  miragio,  e  fizolo  assy.  E  vino  cl  joez 
con  muchos  e  descendieron  al  fijo  del  peregrino  de  la  força,  e  tractada 
e  visia  la  causa  e  fecha  la  confession  e  conoscido  por  el  huespede  de 
Tolosa  que  lo  fezîera  e  acusara  por  cobdicia  e  por  aver  la  moneda  del 
peregrino,  e  enforcaronlo  en  la  força  a  do  estaua  el  peregrino  enforcado. 


Ï9- 
Auarus  ptcuniam  pro  Deo  adorât. 

El  auariento  es  mal  artero 
Que  por  Dios  adora  el  dinero. 

Era  vn  omne  mucho  rrico  que  adoraua  el  dinero  comrao  a  Dios  e  vna 
vegada  Hamo  a  su  mugier  e  a  sus  fijos  e  mando  traher  todo  su  thesoro 
ante  ellos  e  mandolo  echar  sobre  tapetes  todo  e  mando  salir  fuera  a  ta 
mugier  e  a  los  fijos  e  a  loda  su  familia  fuera  de  la  camara,  e  fizo  cerrar 
la  puerta  e  los  familiares  pararon  mientes  por  vn  forado  ver  que  queria 
fazer,  e  vieron  que  fincaua  tos  ynojos  e  adoraua  aquel  dinero,  deziendo 
asy  :  «  Vos  sodés  mi  sperança,  mi  gloria  e  mi  rrefugio  e  non  demande 
ayuda  a  otro  dios  ».  E  tcndiosse  sobre  et  thesoro  e  entre  los  otros  dine- 
ros vie  vn  dinero  de  oro.  E  fablando,  dixole  asi  :  «  j  0  quan  fermosso  tu 
ères  »  1  E  creya  que  era  muy  bueno  para  comer,  c  pusolo  en  la  boca  c 
tragolo.  E  vio  otro  mayor  e  mas  fermosso  e  cobdiciolo  esso  mesmo  e 
comiolo.  E  despues  vio  otro  mayor  e  mucho  mas  fermoso  e  dixo  entre 


J08  A.    MOREt-FATIO 

ssy  :  <  jO  si  tu  podieses  tragar  este,  mucho  mas  viuirias  jj  !  E  pusolo  en 
la  boca  e  vino  fasta  la  gargania;  mas,  porque  era  muy  grande^  non  Lo 
pudo  tragar.  E  assi  afogole  e  el  anima  fue  sepultada  en  el  inhemo  e  el 
cuerpo,  yaziendo  sobre  los  dineros,  fallaronlo  muerio. 


40. 

Avarus  post  mortem  eciam  punitar. 

El  escasso  mal  aventurado 
Vissiblemente  sera  penado. 

l.eyasse  que  vna  raugier  viuia  sola  e  ayunio  grand  quanùa  de  oro  e 
fizo  vna  foya  en  su  casa  en  tierra  e  ascondio  el  oro.  E  despues  de  su 
muerte,  veniendo  esto  a  noiiçia  del  obispo,  mando  sacar  et  oro  e  meierlo 
en  et  sepulcro  con  ella.  E  desque  estouoen  el  très  dias  oyeron  dar  bozes 
en  el  sepulcro  a  aquella  mugier,  dezicndo  que  se  quemaua  de  fuego,  c 
enoiando  muchas  vezes  a  los  vezinos,  de  mandamiento  del  obispo  venie- 
ron  a  dcsterrarla  e  avieno  el  sepulcro  fallaron  el  oro  dcrreiido  c  fun- 
dido  de  fuego,  de  sufre  e  en  la  boca  délia,  porque  sea  verdat  aquello  que 
se  dize  :  del  oro  ouiste  set,  oro  beue.  E  el  cuerpo  de  aquella  mugier 
auarienla  que  fallaron  con  fedor  de  fumo  tiraronle  del  monumento  e 
echaronio  en  vna  priuada. 


4>- 

Aaes  proximos  ecian  et  exteros  amant. 

Aues  ha  que  son  virtuosas  a  los  suyos  ' 
E  a  los  estranos  son  piadossos. 

Leyesse  en  el  libro  de  proprietatibus  rerum  que  las  conejas  han  tan 
grande  amor  a  sus  padres  que,  quando  por  vejedat  se  tes  caen  las  prumas 
e  las  pendolas,  calienlanlos  con  sus  propias  prumas  e  los  cubren  e  danles 
de  corner  [e]  son  reparados  e  reduddos  a  su  estado  e  nascidas  sus  prumas. 
E  no  solaraente  el  amor  de  las  animalias  es  a  los  parientes  mas  avn  a  tos 
extranos,  ca  en  esse  mismo  libro  se  levé  que  el  milano  que  es  muy  ligero 
en  el  bobr  e  sufre  mucho  el  trabaio,  quando  ha  de  pasar  de  Espana  a 
Ytalia,  por  grand  amor  que  ha  con  los  coclillos,  ponelos  cncima  de  sy  e 
tieualos  fasta  Italia.  Ë  al  tiempo  de  la  tomada  assy  los  trae,  e  lo  que 
deximos  de  las  comejas  esso  mcsmo  fazen  las  cigueiias. 


I .  //  faudrait  Aues  ha  que  a  los  suyos  son  vtrtuosos. 


EL    LIBRO   DE    EXENPLOS 


43. 


509 


Audaces  forîtina  iauat. 

Los  que  mucho  son  esforçados 
De  fortuna  son  ayudados. 

Dize  Sant  Agostin  en  libro  de  ta  çibdat  de  Bios  que  era  vn  omne,  que 
llamauan  Dionides,  que  con  vna  galea  caliuaua  muchos  omncs  e  los  rro- 
baua  por  la  mur.  E  por  muchos  lienpos  andando  assy  rrobando  fue  dicho 
al  grand  Alexandre  e  el  mande  aparejar  galeas  e  que  lo  buscasen  e  gelo 
traxiessen  presso,  e  fexieronio  assy  e  traxierongelo  presso  delante  e 
Alexandre  pregunio  a  Dionides  :  «  (  Porque  tu  robauas  e  fazes  tanio 
mal  en  la  mar  *  P  E  rrespondio  Dionides  :  «  Esto  fago  por  lo  que  tu  Cazes 
en  todo  el  mundo^  mas  porque  yo  lo  fago  con  vn  nauio  soy  llamado 
ladron,  e  porque  tu  lo  fazes  con  grand  flota  de  naos  ères  dicho  enpera- 
dor,  mas  ssy  la  mi  fortuna  amansasse,  yo  séria  mejor,  e  tu  al  contrario: 
que  quanto  la  tu  furtuna  fuere  mejor  lanto  tu  seras  peor  ».  E  rrespondio 
Alexandre  :  «  Yo  te  mudare  la  fortuna  porque  non  pongas  tu  maliçia  e[n] 
ella  mas  a  tus  merescimîenios  ».  E  pusolo  dende  en  grand  estado.  E  assi 
fue  que  et  que  primero  era  ladron  de  la  mar  fue  despues  principe  e 
inarauillosâo  conservador  de  jusijçia. 


Al- 
Ane  Maria  oracio  ncepta  est  apat  Deum, 

El  Aue  Maria  dicha  con  deuocion 
Muestra  aquel  que  la  dixo  ser  en  saluaçion. 

Vn  monje  fue  elegido  por  obispo,  e  yendo  para  tomar  el  obispado, 
acaescio  de  venir  a  folgar  so  vn  arbor,  e  yaziendo  de  espaidas,  acato  suso 
al  arbor  e  vio  que  en  cada  foja  del  estaua  escripto  Aue  Maria.  E  demando 
a  los  que  morauan  alli  çerca  sy  en  algund  liempo  ouo  estado  alli  algund 
santo  omne.  E  dixieron  que  otro  Uempo  fuera  alli  vn  espital  e  avia  vn 
buen  omne  que  Ilamauan  Johan,  que  en  todas  tas  cosas  que  queria  fazer 
sienpre  dezia  Aue  Maria  primero.  E  este  fixo  cauar  al  pie  de  aquel  arbor 
e  fallo  vn  cuerpo  entero  sin  corrupcion  e  parescia  que  la  rrayz  del  arbor 
saLiâ  de  su  boca. 

44- 
Aiu  Maria  oracio  tantam  valet  sicutplures  oraciones, 

Ave  Maria  con  grand  deuocion 
Tanto  vale  commo  mucha  oradon. 

Vn  noble  cauallcro  dcxo  el  raundo  e  cntro  en  la  orden  de  Cestel,  e 


s  10  A.    MOREL-FATIO 

queriendo  saber  leer,  dieronle  vn  maestro  que  lo  cnsena&se,  enunca  mas 
pudo  aprender  de  dos  palabras  :  Aue  Maria.  E  con  lanta  cobdiçia  c 
deuocion  de^ia  estas  palabrai  que  onde  quiera  que  yua  e  en  qualquier 
cossa  que  fazia  syenpre  dezia  Aue  Maria.  E  quando  vino  a  la  muerte 
enierraronlo  en  el  monesterio  honiradamente,  e  dende  a  poco  lietnpo 
de  la  su  sepuliura  nascio  e  crescJo  vn  lirio  muy  fermosso  c  en  cada  foja 
del  era  escripto  de  leiras  de  oro  Aue  Maria.  E  muchos  venieron  a  ver 
tan  grand  marauilla,  c  cauando  la  scpultura,  fallaron  que  la  rrayz  de 
aquel  lirio  salîa  de  la  boca  de  aquel  cauallero. 


45- 

Au£  Maria  oracio  contimu  dicta  a  mortt  libirai  senpittrna, 
La  oracion  del  Aue  Maria 
Libra  al  omne  de  ta  mala  vida. 

Vn  omne  muy  poderoso  e  mucho  rrico  ténia  vn  casiillo  en  vn  camhio 
no  mucho  vsado  e  rrobaua  e  fazia  despojar  a  muchos  de  los  que  por  aj 
pasauan.  Enpero  era  mucho  deuoto  a  la  virgen  Sancta  Maria  e  cada  dia 
a  cierto  tiempo  dezia  el  Aue  Maria,  e  por  cosa  o  ocupacion  que  le 
veniesse  nunca  la  dexaua  de  dezîr.  £  vn  dia  por  inspiracion  de  Dios 
vino  a  el  vn  sancio  omne  e  rrogole  que  feziesse  ayuntar  loda  ta  gente 
de  su  casa.  El  cauallero  mandolos  todos  ayuntar  e  llamar.  El  sancto 
omne  por  spiritu  sancto  vio  que  alguno  fallescia  e  estonce  llamaron  el 
cellerizo  que  solamenie  fallescia.  K  veniendo  a  mal  de  grado,  desque  lo 
acato  aquel  sancto  omne  terri btemente,  los  ûjos  bueItos>  mouia  la  cabeça 
e  queria  se  llegar  e  non  osaua.  E  djxole  el  sancto  onme  :  «  Conjurote 
por  el  nonbre  de  Dios  que  digas  quien  ères  e  para  que  fueste  aqui  venido.u 
E  el  dixo:  v  iAy  de  mi,  mesquino,  que  conjurado  conuiene  mostrarme 
contra  mi  voluntad!  »  E  dixo  :  «  Yo  non  soy  mio,  ca  tome  esta  forma 
de  omne  e  treze  anos  ha  que  more  mansamente  con  este  cauallero,  espe- 
rando  sienpre  sy  atgund  dia  dexana  la  su  saludacion,  porque  yo,  scgand 
el  poderio  a  mi  dado  en  el,  luego  lo  podiesse  affogar  e  fundir  el  castillo 
so  la  lierra  con  todos  los  que  en  el  estan.  E  porque  ningund  dia  non 
dezo  de  dezir  la  salutacion,  non  pude  auer  poderio  en  el,  »  Ësto  dicho, 
desaparescio  e  el  cauallero  echosse  a  los  pies  del  sancto  omne  deman- 
dandote  perdon  de  los  maies  que  avia  fecho.  E  dende  adelantc  emendo 
su  vida  e  acrescento  las  laudes  de  la  virgen  Maria. 

46. 

Aue  Maria  âeuote  dicta  ad  salutcm  peccatorem  adducit. 

Aue  Maria  dîcha  con  deuocion 
Trahe  al  omne  a  coniricion. 


EL   UBRO    DE    EXENPLOS 


sn 


En  Florencia  vn  omne  fue  judgado  a  muerte  que  deuia  ser  descabe- 
çado  c  traxieron  vn  Hayre  que  to  confessasse.  E  despues  de  la  confes- 
sion, pregunto  al  frayre  sy  prodria  aver  esperança  de  perdon  e  que  cossa 
podria  dezir  que  fuesse  prouechosa  al  anima.  E  esionçe  et  flayre  comen- 
çolo  de  confortar  e  induzir  a  paçiençia  e  que  espérasse  perdon  e  non 
ouiesse  temor  e  ensenole  que  dixiesse  el  Aue  Maria,  porque  la  ouiese 
por  abogada  anie  su  fijo  Jesu  Chrisio.  E  desque  la  començo  a  dezir 
deuotameme,  luego  sobrevino  tanta  gracia  en  el  que  lodo  puesto  en 
lagrimas  en  unto  aparescio  ser  contriio  e  arrepentido  que  anie  todos 
publicamente  dixo  que  en  ninguna  manera  non  podia  escussar  desta  pena, 
afirmando  sser  muy  pecador.  E  assi  leuandolo  a  ta  pena,  por  todo  el 
caniino  fue  deziendo  Aue  Maria.  E  vei  que  marauilla  fue  a  lodos  los  que 
alli  estauan,  que,  despues  que  cortada  la  cabeça,  dixo  muchas  vezes  Aue 
Maria. 

47- 

Aae  Maria  valet  ut  pecator  non  sine  penitencia  moriatar. 

El  que  a  la  Virgen  saluda  con  paçiençia 
Non  lo  dexa  morir  syn  peniiencia. 

En  Cerdena  fue  vn  omne  que  se  confesso  a  vn  flayre  que  sse  tirara 
!as  bragas  e  mosirara  el  posadero  a  Jesu  Christo  e  luego  fucron  todos 
sus  mienbros  dissolutos  e  muertos  e  non  quedo  en  su  poderio  raienbro 
mnguno  sano  saluo  solamente  la  lengua.  Epreguntole  cl  frayre  que  por- 
que creya  que,  muertos  todos  los  mienbros,  le  ouîese  dado  este  don  que 
le  quedasse  la  lengua.  E  dixole  que  por  mcrescimicnto  de  la  virgen 
Maria,  a  la  quai  con  la  lengua  el  saludaua  e  le  dezîa  sienpre  Aue  Maria. 


48. 

Aue  Maria  deuote  dicentem  a  suspendio  libérai. 

Al  que  deuotamente  dixo  el  Aue  Maria 
De  la  muerte  lo  libra  Sancta  Maria. 

Vn  ladron  fue.  el  quai,  ahunque  todo  era  dado  a  ladronicios  e  rrobos, 
empero  era  muy  dcuoto  a  la  virgen  Maria,  a  la  quai  muchas  vezes  salu- 
daua con  el  Aue  Maria.  E  acaescio  vn  dia  que  fue  tomado  en  furto  e  fue 
judgado  a  la  força  c  enforcaronlo,  e  luego  fue  alli  la  virgen  Maria,  e  con 
sus  manos  benditas  sostuuolo  por  très  dtas  en  manera  que  non  rrescebio 
dano  nin  enojo.  E  pasando  por  alli  los  que  le  avian  enforcado,  pensaron 
que  no  fue  bien  apretada  la  soga  e  quesieronlo  degollar  con  vn  cochillo. 
E  la  virgen  Maria ,  que  lo  avia  sostemdo  con  sus  manos,  parauasse  delante 
en  manera  que  le  non  podian  enpesi^er,  e  demandaronle  que  cosa  era 


513  A.    MOItKL-FATlO 

esta.  E  dixoles  que  la  senora  Sancta  Maria  to  ténia  e  deffendîa,  e  lo^ 
etios  con  grand  deuocion  detia  e  acatando  rreuerencia  a  la  su  sâocu 
piedat  descendteronlo  de  la  força,  e  dexaionlo  que  se  fuese  adonde  qui- 
siesse.  £  el  considerando  la  grand  piedai  e  misericordia  de  ta  virgen 
Maria,  con  grand  contricion  de  su  coraçon  entro  en  \'n  raonesterio  de 
monjes  e  seruio  a  su  fijo  Jesu  Chrisio  en  quanto  viuio.  E  vedes  quantos 
bienes  el  nuestro  saluador  da  a  los  deuotos  de  la  su  madré  piadosa,  por 
lo  quai  sienpre  es  de  alabar  su  fijo  e  saludarla  muchas  vezes,  deziejido 
Aue  Maria. 

49' 

Beatos  qui  nos  dicunt  ipsi  nos  seducimt. 

Los  que  nos  alaban, 
Esos  nos  enganan. 

Vn  monje  fue  que  tanto  se  menospreciaua  a  ssi  mesmo  que  solamenie 
queria  estar  con  los  que  le  dezian  o  fazian  injurias.  E  dezia  :  n  Esios  ules 
omnes  nos  da  Dios  para  que  converssen  con  los  viriuossos  que  ayan  en 
vsso  la  paçiençia.  n  E  dezia  :  u  Los  que  nos  dtzen  que  somos  buenos, 
essos  nos  mienten  e  nos  fazcn  négligentes  ».  Onde  el  propheta  dizc  :  puc- 
blo  mio  los  que  le  dizen  bienaveniurado,  essos  te  enganan;  e  nos  dcue- 
mos  ser  taies  que  podamos  vençer  a  nos  mismos,  mas  algunos  son  que 
non  se  pucden  domar  e  son  subjectos  a  la  yra  que  non  puede  auer 
paçiençia. 

$0. 

Bénéficia  eciam  bruta  animalia  reconoscunt. 

Las  animalias  de  fecho 
Reconoscen  el  bienfecho. 

En  el  libro  xviii  de  proprietatihus  rerum  se  leye  que  la  hycna  es  vna 
bestia  cruel  semejable  al  lobo  en  el  corner  e  saca  los  cuerpos  de  loa 
rouenos  de  so  la  lierra  e  comclos  c  seyendo  muy  cruel,  scgund  cuema 
vna  hystoria,  que  dize  que  estaua  en  vna  cueua  cerca  de  Sanct  Machario, 
la  quai  vna  vegada  pario  los  fijos  ciegos  e  ieuolos  a  este  sancto  omne  e 
por  senales  que  le  dezia  parescia  que  le  rrogaua  que  le  sanasse  sus  fijos. 
E  el  entendio  lo  que  queria  e  fizo  la  senal  de  la  cruz  en  elles  e  veyeron, 
e  tornossecon  sus  fijos  a  su  cueua.  E  ella  por  darle  gracias  del  bien  que 
avia  fecho,  leuole  quantas  pellejas  ténia  de  las  ouejas  que  avia  comîdo 
dias  avia  e  pusolas  a  los  pies  de  Sanct  Machario,  dando  a  entender  que 
non  ténia  otra  cossa  que  le  dar. 


LtBRO   DE  RXENPLOS 
5»- 

Bîbendum  non  est  incongrnis  horis  et  oppoTtunis. 

Los  onbres  non  deuen  beuer 
Ssaluo  al  liempo  deJ  corner. 

Dize  Sant  Agostin  en  et  viiiio  libro  de  las  Confessiones  que  la  que  crio 
a  su  tnadre  era  muy  >  vieja,  que  por  la  grand  vejedat  e  buenas  costumbres 
era  muy  honrrada  e  ténia  cura  de  la  madré  de  Sani  Agostin  e  de  otra 
tnoça  e  non  la  dexaua  beuer  saluo  a  las  horas  que  los  padres  comian  e 
ella  dauales  decomer  muy  templadamcntc,  e  haun  que  moriessen  de  set, 
3gua  non  les  dexaua  beuer  porque  non  lomassen  mala  costumbre,  e  dezia- 
les  :  u  Agora  beuedes  agua  porque  non  lenedes  vino  en  vuesiro  poder, 
mas.  quando  fueredes  casadas  e  senoras  de  las  bodegas  e  de  los  celleros, 
aborresceredes  el  agua,  mas  quedara  la  cosiunbre  de  beuer.  »  E  assi 
rrefrenaua  la  cobdicia  de  la  pequena  hedai  e  assi  traya  la  set  de  las 
moças  a  manera  honesia  porque  non  beuiessen  quando  non  cunplyesse. 
E  entonçe  su  madré  de  Sant  Agostin  beuia  blno  quando  al  comer  de  sus 
padres  e  poco  de  la  laça  que  ellos  beuian,  e  anadieron  cada  dia  poco  a 
poco  vino  a  tiempo  que  beuia  los  vassos  Ilenos.  E  vn  dia  aviendo  con- 
tîenda  con  la  mûça,  Uamola  enbriaga,  e  ella  parc  mientes  en  sy  e  en  su 
roengua  e  propuso  desde  alli  de  non  beuer  vino.  E  assi  mucho  vale  para 
la  atemperança  f  e]  honestidat  ser  los  omoes  en  la  mocedat  bien  enseôa- 
dos  e  bien  criados. 

Blasfemans  de  Deo  et  eius  maire  siaiim  punisar. 

Al  que  rreniega  de  Dios  e  de  su  madré 
Non  le  den  la  pena  tarde. 

En  la  çbdat  de  Ssena  vn  omne  que  estaua  stonçe  ay  poderosso, 
jugando  delanie  vna  igtesia,  porque  perdio,  rrenego  de  la  virgen  Maria, 
e  luego  se  le  salio  la  lengua  de  fuera  quanio  vn  palmo.  E  todos  quantos 
lo  vieron  con  temor  ovieron  muy  grand  espamo  e  luego  perdio  la  fabla 
e  sin  penitencia  raorio  mala  muene.  E  bien  podedes  entender  a  quai 
lugar  séria  leuada  su  anima. 

Otro  cnxemplo.  Dize  Sanct  Gregorio  en  el  Dialogo  que  vn  omne  bien 
conoscido  e  natural  ténia  vn  fijo  de  cinco  anos,  al  quai  amaua  mucho  e 
criaualo  en  malas  costunbrcs.  E  este  moço,  lo  que  es  grauc  de  deztr, 
luego  comroo  alguna  cossa  fazia  que  le  desploguiesse,  rrenegaua  de  Dios 


I.  Corrig.  vna? 


H 


$14  A.    MOREL-FATIO 

e  assi  lo  ténia  en  costumbre.  E  acaescio  que  en  aquella  çibdat  ouo 
lencia  de  mortandat  e  este  moço  hie  fcrido  de  vna  pestilençia  e  ténia* 
dolo  su  padre  en  los  braços,  segund  dizen  los  que  eran  présentes, 
venir  los  spîritus  malignos.  E  començo  a  dar  bozes  e  dezir  :  u  Padr 
guardaroe,  padre,  guardame.  »  E  deziendo  esto,  abaxaua  la  cabeça  p«i1 
sse  esconder  dellos.  F.  eî  padre  demandoie  que  via.  E  el  fijo  dixo: 
tt  Venieron  vnos  moros  e  querianme  leuar.  »  E  deziendo  esto  renego  de 
Dios.  E  luego  fue  arrebatado  de  los  diables,  porque  Dios  mostrasse  que 
por  tal  pecado  fue  dado  a  taies  execuiores.  E  al  que  su  padre  non  quisso 
corrigir  viuiendo,  dexolo  rrenegar  moriendo.  El  que  bibiera  blasfeniando 
moriesse  rrenegando.  E  el  padre  crio  a  su  fijo  para  et  fuego  del  inficma 

Bksfemans  de  Deo  a  quolibet  est  puniendas. 

El  que  veye  a  otro  rrenegar 
Luego  !o  deue  penar. 

Vn  cauallero  dcl  rey  Luis  de  Francia  passando  por  la  puente  de  Paris 
vio  comrao  vn  çibdadano  rauy  rrico  e  de  grand  fama  rrenego  de  Dios  e 
perjurosse  e  descendio  del  cauatlo  e  diole  vna  grand  bofeiada  e  luego 
fue  presso  e  leuado  anie  el  Rey  a&i  comme  malfechor.  E  el  cauailcro 
dixo  :  (c  Seîîor,  si  yo  viese  alguno  que  blasfemasse  e  dixiesse  mal  de  ti, 
yo  defenderia  tu  nonbre  e  tu  fama  £asta  la  muerte.  Quanio  mas  deuo 
fazer  por  el  senor  de  todo  el  mundo.  »  E  el  Rey  plogole  de  todo  lo  que 
dezia  e  por  esto  mandolo  soltar.  E  diole  poderio  en  todo  el  rreygno  de 
Françia  que  podiesse  dar  pena  a  los  perjuros  e  rrenegadorcs.  Mas  en 
este  tiempo  j  mal  pecado  I  pocos  lo  fazen.  Que  el  tauernero  que  vende 
su  vino  mas  ayna  consiente  que  digan  mal  de  Dios  e  de  Sancta  Maria 
que  non  de  su  mugier  nin  de  su  madré. 


H- 
Blasfemus  non  peniiens  descendit  continuo  ad  infera. 

El  rrenegador  muere  sin  confession 
E  para  sienpre  sera  en  dapnacion. 

En  las  partes  de  Lonbardia  cra  vn  jugador  de  dados  que  mâchas  vega- 
das  rrenegaua  de  Jesu  Christo  e  de  su  madré,  e  vna  vegada  jugando  con 
otros  fue  contienda  entrellos  de  vn  punto  e  aquel  mesquine  e  malo  dixo 
assi  :  «  j  Touiesse  este  cochillo  por  el  vientre  de  la  puia  de  Sancta  Maria 
como  es  verdat  lo  que  yo  digo!  »  E  luego  con  gran  yra  finco  el  cochillo 
en  tierra  commo  que  feria  a  la  virgen  Maria.  E  desque  sacaron  el  cochillo 
de  tierra,  salie  Iteno  de  ssangre.  E  desque  lo  vieron  los  que  heran  pre- 


EL   LIBRO   DE   EXEKPLOS  515 

sentes,  tuego  fuyeron.  Mas  aquel  desauenturado  de  onine  leuantosse  del 
juego,  mas  porque  de  todo  coraçon  non  se  arrepeniio,  luego  la  yra  e 
vengança  de  Dîos  le  ferio,  ca  yendosse  para  su  cassa  e  enirando  por  la 
puerta  cayo  e  morio  e  assy  rrescebio  lo  que  raerescia  por  el  pimto  que 
rrenego  e  en  vn  pumo  descendio  al  infiemo. 


55. 

Blasfemas  uirgims  expirât,  atii  perdunl  occuhs  et  îinguam. 

Los  blasferoadores  de  la  Virgen 

Vnos  perecen,  otros  los  ojos  e  la  lengua  pîerden. 

En  Cerdena  avia  vn  jugador  que,  jugado  les  dados,  lançolos  e  dixo  : 
a  jO  deshonrrada  de  Sancta  Maria!  n  Esio  dicho,  morio.  E  luego  tanto 
fedor  salie  del  coraçon  del  que  ninguno  de  los  companeros  non  sse  pudo 
a  et  llegar.  E  assi  quanta  offenssa  fi/o  a  Dios  el  fedor  lo  mostro. 

Otrossi  vn  marinero  Fue  que,  jugando  los  dados,  rrenego  de  Dios  e  de 
su  madre  e  dezîendo  sus  blasfemias  abaxo  la  cabeça  contra  el  tabiero  e 
saltaronie  tos  oios  del  casco  e  cayeron  en  el  tabiero. 

En  la  cibdai  de  Sena  vn  noble  de  linaje,  mas  muy  vil  en  costunbres  e 
en  vida,  jugando  vna  vegada  ante  la  puerta  de  Ssant  Pablo,  porque  el 
punto  non  le  dixo  a  su  voluntad,  començo  a  rrenegar  de  Dios  e  de  su 
madre,  e  luego  se  le  rrompieron  las  venas  de  dentro  e  començo  alançar 
sangre  por  la  boca  airas  e  perdio  la  fabla.  E  muchos,  yendolo  a  ver, 
alabauan  los  juizios  de  Dios  e  trayeron  al  mesquino  a  su  cassa.  E  luego 
morio  syn  confessyon  e  non  es  dubda  que  se  fucsse  para  el  ynfiemo. 


S6. 

Bona  a  Deo  omnia  smi  creata. 

Todas  las  cossas  por  Dios  fechas 
Son  buenas  e  derechas. 

Dîze  Sant  Agostin  que  todas  las  cossas  son  fermossas  a  su  criador  e 
fazedor,  porque  de  todas  vsa  en  prouecho  vniversal.  E  pone  enxenplo. 
Sy  alguno  entrasse  en  casa  de  algund  ferrero  e  fallasse  muchas  ferra- 
roientas  e  se  feziesse  [dampnoj  en  algunas  délias  e  por  csto  eniendiesse 
que  ci  ferrero  era  malo,  que  ténia  aqucllas  ferramientas,  séria  loco,  ca  el 
ferrero  dene  instrumentes  nescesarios  para  su  obra.  E  assi  séria  loco  cl 
que  dixiesse  que  algunas  animalias  o  criaturas  son  maUs,  porque  en 
alguna  cosa  enpeçen  e  fazen  dampno. 


jt6 


A.   MORBL-FATrO 


$7' 

Bonorum  non  est  disputandam  quîs  meîior  s'tt  (aadandus. 

De  los  sanaos  non  es  de  disputar 
Quai  dcUos  sera  mas  de  alabar. 

Grandes  maestros  en  theologia,  el  vno  alabaua  a  Sanct  Johan  Baptîsu 
e  deûa  que  cra  mejor,  e  cl  oiro  alabaua  a  Sanct  Johan  euangelista  enten- 
diendo  que  era  meyor.  E  acordaron  de  auer  disputacion  sotenpne  sobre 
esta  question.  E  cada  vno  estudiaua  con  grand  deligencia  de  buscar 
abioridades  e  rrazones  suficientes  para  abbar  cada  vno  al  que  era 
deuoto  e  que  era  mayor.  En  la  noche  ante  del  dia  de  la  disputacion  cada 
vno  destos  sanctos  aparescïo  al  su  deuoto  que  ténia  su  parte  e  dixole  : 
«  Nos  en  el  çielo  bien  somos  concordes  e  vos  en  la  tierra  non  seades 
discordes.  »  Estonçes  anbos  concordes  publicaron  esta  rrazon  e  esta 
vision  al  pueblo  e  dieron  laudes  a  Dios. 

S8. 

Bonus  et  sanctos  quant  potens  exercitas  pïures  habet, 

A  los  buenos  e  sanctos  mas  ha  que  ayudar 
Que  a  los  principes  grandes  para  pelear. 

Dizen  que  el  rrey  de  Sirîa  puso  assechanças  e  celadas  al  rrey 
Israël  por  lo  lomar,  mas  el  propheia  Eliseo  descobria  la  çelada,  de  lo 
quai  fue  muy  turbado  el  rrey  de  Sirîa.  Ë  embio  muchos  caualleros  e 
gentc  de  armas  que  tomasscn  al  propheta  c  venieron  e  ccrcaronio,  e  en 
la  manana  [el  moço  del  propheia]  '  vlo  tanta  muchedunbre  de  gente  e 
ouo  grand  lemor  e  començo  a  dar  bozes  asusenoredezir  :  a  îHay,  hay, 
hay!  misefior,  ^quefaremos?  1.  E  dLxoleel  propheta:  «  Non  ayastemor, 
ca  mas  son  con  nosotros  que  con  ellos.  n  E  faziendo  oracion  Eliseo, 
Dios  abrio  los  ojos  det  moço  e  vio  que  vn  monte  staua  muy  Ueno  de 
cauallos  e  de  carros  de  fuego  al  rrededor  de  Eliseo. 

59- 

Canis  fidum  animal  dicUar  esse. 

El  can  es  de  buena  amlsiad 
E  de  muy  grand  fieldat. 

Segund  cuentan  las  hystorias,  en  Roma  auia  vn  can  que,  seyendo  su 


I.  «  Consurgens  autem  diluculo  minister  viri  Det,  egressus,  vidit  exerci- 
Uiin  I,  etc.  Rûis  IV,  6,  v.  i  j. 


EL  LlflRO  DE  EXENPLOS 


vy 


senorpreso,  nuncalodesainparo  en  la  carcel,  enlaqualmorio,  eelmuerto, 
esso  mesmo  nunca  lo  desamparo,  dando  muy  grandes  aullidos  en 
manera  de  Iloros,  E  los  que  !û  veyan,  aviendo  conpassion  dcl  e  veyendo 
su  grand  ficldai,  dauanle  de  corner.  E  el  can  teuaualo  en  la  boca  a  su 
senor  e  fazta  senales  que  lo  comiesse,  e  veyendo  que  su  senor  non  lo 
comia,  nin  el  lo  queria  corner  e  asy  esiaua  con  el  ayuno.  E  despues  lan- 
çaron  el  cuerpo  en  el  rrio  de  Tibri.  E  cl  can  por  sustentar  el  cuerpo  del 
muerto^  Unçosse  en  el  rrio  e  leuantaualo  et,  yendo  so  el  agua  quanto 
pudo,  e  muy  mucha  gente  de  Roma  salieron  ver  aquella  marauilla  del 
amor  e  ûeldat  de  aquel  can. 

60. 

Caritas  gruum  hominibus  ist  eumplum. 

El  amor  de  tas  gruas  e  bondat 
Enxemplo  es  de  caridat. 

Todo  ombre  que  tiene  conpana  deue  trabajar  a  todo  su  poder  de 
poner  piedra  de  caridat  entre  sus  fijos  e  sus  conpanas,  e  ssy  fallarc 
alguno  que  non  es  bien  otTcdiente,  deuelo  echar  de  sy  a  enxenpio  de  las 
gruas.  Di/.esse  en  el  tibro  de  las  Ethimologias  de  Sanct  Ysidro  e  en  el 
libro  âe  proprietulibus  remm  que  las  gruas  son  grandes  aues  e  amanse 
las  vnas  a  tas  otras  e  biuen  en  conpania  e  en  vno  bolan  ordenada- 
inente  e  en  vno  van  de  vnas  tierras  a  otras  e  en  vno  asosiegan  e  toda 
la  vida  biuen  son  vn  rrey.  E  esto  ensena  que  los  omnes  deuen  fazer,  ca 
deuen  t>euir  so  vn  padre  0  vn  sseHor  e  estar  a  su  amor,  e  et  en  amor  de- 
ttos.  E  quando  acaesce  que  las  gruas  pelean  vnas  con  oiras^  acabada  su 
pelea,  luego  se  loman  en  el  primero  amorto,  e  sy  alguna  se  pierde  de 
la  conpana,  dando  bozes,  busca  las  otras.  Assy  deuen  los  omnes  fazer. 

61. 

Caritatem  habens  ipsum  pro  proximo  se  exponit. 

El  que  a  su  proximo  tia  caridat 
A  muertc  se  expone  por  picdat. 

En  et  tiempo  que  Ytalia  fue  despoblada  de  los  Vandalos  e  muchos  de 
las  partes  de  Canpania  fuessen  leuados  cautiuos  at  rreyno  de  Africa  era 
vn  orane  sancio  obtspo  :  de  todas  cossas  que  pudo  aver  de  obispado  dio 
a  los  cauliuos  e  a  los  pobres.  E  non  teniendo  ya  cossa  alguna  que 
podiesse  dar  a  tos  que  le  pedian,  acaescio  que  vn  dia  vino  a  el  vna  viuda 
que  te  dixo  commo  el  yerno  del  rrey  de  tos  Vandalos  teuara  a  su  fijo 
captiuo  e  pedio  al  sancio  omne  el  precio  que  oviesse  de  dar  por  et,  que 
gelo  dièse,  sy  aquel  senor  que  lo  ténia  lo  quisiese  rrescebir  e  dexarto 


JlS  A.    MOREL-FATIO 

tomar  a  su  tierra.  El  sancto  omne  penssando  entre  si  que  daria  aquella 
mugier  e  non  fallo  cossa  que  le  pudiesse  dar,  saluo  a  el  mesmo.  E  rm- 
pondio  a  la  mugier  :  «  Non  tengo  cosa  que  te  pueda  dar,  mas  toma  a  mî 
e  di  que  so  tu  sieruo  e  dame  en  logar  de  tu  fijo  porque  lo  puedas 
cobrar.  »  E  ella  pcnso  que  escamescia  mas  que  non  aWa  conpasîon.  El 
sancto  omne  que  era  muy  bien  fablantc,  segund  que  lo  avia  aprendido 
en  los  estudios,  dixo  a  la  mugier  que  non  dubdasse  e  crcycsse  lo  que  le 
dezia  e  que  le  dicssc  en  seruîcio  e  en  lugar  de  su  fijo.  E  luego  hieron 
anbos  al  rreyno  de  AlTrica  e  quando  llegaron  ante  et  yemo  del  Rey  que 
ténia  el  fijo  de  la  biuda  e  ella  rogote  que  le  diesse  su  fijo,  e  con  grand 
soberuia  non  solamente  la  menosprecio  mas  avn  non  la  queria  oyr.  E  la 
biuda  dixo  :  «  Ves  aqui,  este  omne  te  do  por  el  e  aue  piedat  de  mi  e 
tomame  mi  fijo.  »  E  el  quando  acato  a  sancto  Paulino  preguntole  que 
arte  sabla.  E  rrespondio  el  sancto  omne  :  a  Non  se  arte  alguna,  mas  se 
bien  labrar  vn  huerto,  ')  E  aquel  cauallero,  avnque  era  gentil,  deque  oyo 
que  era  sabio  en  labrar  ortaliza,  rrescebiolo  de  buena  voiuntad  e  lomolo 
por  sieruo,  e  dio  su  fijo  a  la  biuda.  La  quai  se  tomo  luego  para  su  tierra. 
E  Paulino  tomo  cura  de  labrar  en  la  huerta.  E  este  yerno  del  Rcy 
muchas  vezes  entraua  en  el  huerto  e  rrequeria  a  su  oriolano  c  deman- 
dauale  sobre  algunas  cossas.  E  veyendole  omne  muy  sabio^  començo  a 
dexar  sus  amigos  familiares,  e  muchas  vegadas  fablaua  con  su  ortolano 
e  deleytauasse  mucho  con  sus  palabras.  E  Paulino  avia  por  costunbre 
de  leuar  cada  dia  yeruas  odorlfeas  e  verdes  a  la  mesa  de  aquel  senor.  E 
dauanle  pan  e  tornauasse  al  huerto,  e  faziendo  esto  muchos  tiempos, 
acacscio  que  vn  dia  fablando  en  grand  secreto  con  su  senor,  dixole  : 
«  Para  mienies  que  has  de  fazer  e  commo  has  de  disponer  deste  rrey- 
gno,  ca  el  Rcy  en  breue  ha  de  morir  ».  E  por  quanto  el  Rey  amaua  mucho 
a  este  su  yemo  mas  que  a  todos  tos  otros,  non  lo  qutsso  callar,  mas  to 
que  le  dixo  su  ortolano,  que  era  omne  sabio,  luego  gclo  rreuelo.  El  Rey, 
oyendo  esto,  rrespondio  :  «  Mucho  qucrria  ver  a  este  omne  que  dizcs.  » 
E  el  yemo,  que  era  senor  de  Paulino,  dixo  :  «  El  me  suele  traer  yeruas 
bien  olientes  al  tîempo  del  corner;  yo  le  mandare  que  las  traya  aca 
porque  lo  conoscas.  »  Otro  dia  et  Rey  ssentandosse  a  corner,  vino 
Paulino  con  sus  yeruas  bien  olientes,  e  veyendolo  el  Rey  a  desora  ouo 
temor  e  mando  a  su  fija  que  llamasse  al  yerno  e  descobriole  vn  secretto 
que  non  le  avia  rreuelado  e  dixole  :  «  Verdat  es  lo  que  oysie  a  tu  orto- 
lano, ca  esta  noche  vi  joezes  en  sueûos  en  cathedras  contra  mi,  entre 
los  quales  este  estaua  e  cl  açote  que  algunas  vegadas  yo  tome  por  su  sen- 
tençia  mandaron  que  me  lo  tirasscn.  Mas  sabc  quien  es  este  tu  ortolano, 
ca  segund  yo  piensso  e  segund  paresce  por  el,  omne  de  tanto  bien  non 
deuia  ser  de  pequeiio  esiado.  »  E  estonçe  su  senor  pregunto  a  Paulino 
en  secretto  cl  que  omne  era.  E  rrespondio  :  •  Yo  so  tu  sieruo  que  rrece- 


EL   LIDRO  DB   EXENPLOS  p9 

biste  en  lugar  del  fijo  de  la  biuda.  »  El  dixo  que  non  le  pregunuua 
quien  fuesse,  mas  que  le  dixiese  que  quien  era  el  en  su  tierra.  E  esto 
deniandogelo  muchas  vezes.  El  sancto  ornne  constrenido  por  muchas 
conjuraciones,  ya  non  to  podicndo  negar,  dixo  que  avja  seydo  obispo. 
E  quando  el  lo  oyo,  ouo  muy  grand  temor  e  homîlmente  se  le  ofrescio, 
dezicndole  :  «  Pideme  lo  que  quîsicrcs  porquc  tomes  a  tu  tierra  con 
grandes  dones.  a  E  dixo  Pautino  :  «  Vn  grand  bien  me  puedes  tu  fazer 
que  suelies  a  todos  los  captiuos  que  tienes  de  mi  cibdai.  »  E  luego  fue- 
ron  buscados  por  toda  AfTrica  e  por  satisfacion  de  Paulino  fueron  todos 
suclios  e  dierongclos  con  muchas  naos  cargadas  de  irigo.  E  dende  a 
pocos  dias  morio  el  rrey  de  los  Vandalos.  E  asy  perdio  el  açote  que 
ouiera  para  su  destrucion  c  para  correpcion  de  los  ficles  por  consenti- 
roienio  de  Dios.  E  assy  fuc  que  Paulino,  sieruo  de  Dios,  dixiesse  verdat, 
e  el  que  solo  en  seruiçio  se  dio,  tomose  a  libertad  del  seruicio  con  mu- 
chos  otros,  queriendo  parescer  aquel  que  lomo  forma  de  sieruo  porque 
nosotros  non  fuesemos  sieruos  del  pecado.  Del  quai  seguiendo  la  via, 
Paulino  se  fizo  de  voluniad  sieruo  solo  por  algund  tiempo  porque  des- 
pues fuesse  libre  con  muchos  e  non  con  vno. 


62. 

Costa  maîier  pociui  eligit  mori  quam  diffamari. 

La  buena  mugier  e  honesta 

Mas  quiere  morir  que  bcuir  dcshonesta. 

Dise  Sant  Agosiin  en  el  Libro  de  la  çibdat  de  Dios  que  ouo  vna  duena 
en  Roma  que  auia  nonbre  Lecresda,  muy  noble  en  costunbres  e  en 
linaje.  E  el  su  raarido  avia  nonbre.  Colatinos,  el  quai  conbido  al 
fijo  del  cmpcrador  Tarquino,  que  avia  nonbre  Fesius^  para  ver  vn  su 
castillo  que  auia  nonbre  Colacio.  E  quando  entro  en  el  castillo  vio  a 
Lucrcscia  entre  otras  muchas  nobles  dueiias  assentada,  e  conssi- 
derando  las  costunbres  c  honestidat  c  gesto  de  Lucrescia  e  la  muy 
grand  fermosura  del  cuerpo,  fue  presso  de  grand  amor  loco  délia  e 
guardo  tiempo  quando  cl  Rey  partio  de  Roma  por  la  guerra  e  Colatinos, 
marido  de  Lucrescia,  con  el.  Este  Festus,  fijo  del  Rey,  fue  para  aquel 
castillo  onde  viera  a  Lucrescia  con  sus  duenas  e  fue  rresçebido  honrra- 
damente.  E  al  tiempo  del  dormir  en  la  noche  fizole  aparejar  camara  e 
cama,  scgund  que  pertenescia  a  fijo  de  rrey,  e  el  ssopo  la  cama  donde 
dormta  Lucrescia.  E  non  commo  huespede  mas  commo  enemigo,  seyendo 
todos  adormidos,  emro  en  la  camara  de  Lucrescia  e  pusote  la  mano 
ezquierda  en  la  garganta,  e  teniendo  la  espada  en  la  mano  derecha, 
dixo  :  «  Calla,  Lucrescia,  que  yo  so  Festus,  fijo  de  Tarquino.  Sy  die- 
res  bozes,  luego  moriras.  »  E  elta  fue  muy  espantada.    Esionçes  el 


)20  A.   NOREL-FATtO 

comen^o  ora  por  promissiones,  bora  por  cspanto,  ora  por  amenazas  ira* 
bajar  por  adozirla  que  le  consscnticsc.  E  quando  vio  que  en  mngunz 
roanera  non  podia  con  ella^  dîxole  :  v  Sj  non  me  consientes,  yo  dego- 
Uare  vn  sieruo  tuyo  e  a  ti  e  desnudo  el  su  cuerpo  con  el  tuyo  ayuntare 
en  este  tu  lecho  porque  ssea  fama  por  todo  el  mundo  que  Lucresda, 
porque  conietio  adulterio  con  vno  de  sus  sieruos,  fue  degoUada.  »  Estonce 
eUa,  temiendo  la  infama  desle  mundo,  consentio.  Ella  oiro  dia  lu^o 
enbio  cartas  a  su  padre  e  a  sus  hermanos  e  a  su  marido  e  a  BniTo, 
sobrino  de  Tarquino,  que  era  stonce  consul,  que  luego  sin  tardança 
veniesen  a  ella.  E  desque  todos  fueron  ventdos,  començo  a  fablar  assy  : 
«  jAy  que  Fesius,  fijo  del  Rey,  eniro  en  mi  cassa  non  corao  huespede 
mas  comme  enemigo!  Tu,  Colatino,  mi  marido,  sabe  que  pisadas  de 
oiro  varon  estraiio  sson  en  lu  lecho.  Empero  el  cuerpo  fue  forçado,  et 
coraçon  esta  ssaluo.  Onde  quanio  a  la  culpa  yo  me  absueluo,  de  la  pena 
non  quiero  ser  librada.  E  et  que  esto  fizo,  maguer  que  en  mi  dano  e 
desonrra  lo  fizo,  en  su  daiio  e  desonrra  sera  tornado,  sy  vosoiros  omnes 
sodés  para  ello.  E  porque  alguna  duena  non  viua  non  castamenie  por 
enxenplo  de  Lucrescia  que  quisiessc  rrescebir  cxemplo  de  la  cuLpa  non 
menosprecie  rrescebir  enxemplo  de  la  pena.  »  E  saco  vn  cochillo  que 
traya  ascondido  so  la  vestidura  e  metioselo  por  el  cuerpo  e  assy  cayo 
muerta.  Estonce  Brulo  proconsul  e  Colatino  su  marido  e  su  padre  e  sus 
hermanos  e  sus  amigos  tomaron  el  cochillo  con  que  se  mato  e  juraron 
sobre  la  sangre  de  I.ucrcscia  de  nunca  cessar  fasta  que  lançassen  de 
Koma  la  generacion  de  Tarquino  e  que  nunca  consentiessen  que  délia 
rreynasse  alguno  en  Roma  de  alli  adelante.  E  assy  fue  fechoquc  ieuaron 
el  cuerpo  de  Lucrescia  a  Homa  e  tante  alborço  fue  feche  en  la  çibdat 
que  dcsterraron  a  Tarquino.  E  fue  fuyendo  a  vna  cibdat  que  tlamauan 
Ardua,  acerca  de  Cabies,  e  a  Festo  su  fijo,  que  avia  fecho  el  malefiçio, 
degollaronio.  E  la  mugier,  perdida  la  verguença,  luego  con  ella  pîerde 
la  casiidat  e  onestidat. 

6î. 

Castus  non  creditur  corde  cuius  est  occulis  tmpudicus. 

Non  es  casto  de  coraçon 
Quien  en  los  oios  ha  corrupcion, 

Oizen  que  vn  sancto,  que  llamauan  lohan,  que  avia  spiritu  de  profecia, 
al  quai  vino  vn  grand  omne  de  Roma  con  su  mugier,  que  era  enferma,  e 
non  la  quisse  ver,  mas  sanola,  sseyendo  ella  absente^,  e  mandole  assi  : 
K  Nunca  cures  de  ver  la  presencia  corporal  de  los  sieruos  de  Dios»  mas 
demanda  e  rrequiere  sus  oracienes.  o 

E  el  abbat  que  llamauan  Syluano,  sy  le  fazian  salir  de  su  celda, 


CL    UBRO    DE   EXENPLOS  Ç3I 

cobriasse  la  cara  e  dezia  :  a  i  Que  nescessidat  es  ver  esta  lunbre  tempo- 
ral en  que  non  ha  prouecho  alguno  ?  n  E  assy  los  omnes  sanaos  apar- 
lauanse  de  ver  las  cosas  vanas  e  non  curauan  desta  vida. 

E  por  esta  rrazon  Sanci  Anïon  pregunio  a  vno  que  Uaroauan  Didimo 
si  le  pesaua  porque  avia  pcrdido  la  visia.  E  el  callando  por  verguença, 
dixole  Sanct  Anton  :  o  Non  te  pesse  porque  non  tienes  oios,  los  quales 
lienen  los  mosquîtos  e  las  serpicnies,  mas  gozaie  porque  tienes  aqueltos 
ojos  con  que  puedes  ver  a  los  angeles  e  a  Dios.  » 

E  otrossi  se  leyc  en  Las  vidas  de  los  sanclos  padres  que  fuc  dicho  a  Santa 
Sincletite  :  »  Non  te  pesse  porque  perdiste  los  ojos.  ca  te  fue  quitada  la 
maieria  de  los  pccados,  ca  el  ojo  es  mensajero  de!  coraçon  c  demuesira 
lo  que  dentro  esta.  »  Onde  non  es  de  créer  que  aquel  es  casto  en  el  cora- 
çon que  la  vista  del  quai  non  es  casta.  Ca,  segund  dize  Sant  Agusiin, 
que  el  ojo  que  non  es  casto  mensajero  es  del  coraçon  non  casto. 

Onde  cuenta  Valerîo  que  vn  onine  rromano  mato  a  su  mugier  porque 
la  vio  acatar  a  los  ornes  por  vna  feniestra  e  judgandola  por  esto  non 
ser  casta. 

64. 

Ceco  animas  comitere  fataum  esse  uiàetar. 

Quien  al  dego  animas  encomienda 
Es  locura  magnifiesta. 

Dizen  que  vn  omne  dio  vn  puerco  a  muchos  ciegos  con  condicion  que 
lo  rnatassen  a  palos.  E  el  puerco  andaua  del  vn  cabo  al  otro  e  los  ciegos, 
pensando  dar  al  puerco,  dauanse  los  vnos  a  los  otros  en  manera  que  que* 
daron  muy  mal  feridos.  E  assy  fazen  los  pecadores  deste  roundo  que 
deuen  matar  el  puerco  que  es  el  pecado,  mas  por  el  puerco  los  vnos  a 
los  oiros  se  atormientan.  E  assy  fazen  los  perlados  que  cometen  cura 
de  animas  a  los  ynnorantes,  que  son  çiegosquanto  a  los  ojos  corporales 
e  quanio  a  los  spiriiuales  que  non  han  deuoçion,  por  non  eniender 
lo  que  leyen  e  los  perlados  loman  en  si  el  pecado. 


Celebrare  cotidie  nimium  placei  Deo. 

Quien  célébra  con  deuocion 
A  Dios  plaze  con  su  oracion. 

Vn  obispo  de  la  çibdat  de  Carmesia,  que  avia  nonbre  Cassîo,  omne  de 
buena  vida,  auia  por  costunbrc  de  dezîr  cada  dia  misa,  en  manera  que 
pocos  dias  0  ninguno  pasauan  que  non  célébrasse.  E  la  su  vida  concor- 
daua  con  el  sacreticio  que  fazia  a  Oios  e  todo  quanto  auia  daua  en  limos- 


532  A.   MOREL-FATIO 

nas.  E  quando  venîa  celebrar,  con  ixiuchas  Jagrimas  paresda  $o  i 
cion. 

K  dize  Sanct  Gregorîo  que  vn  diachono  de  buena  vida,  que  bxn\ 
criado  deste  sancto  obispo,  le  conto  e  dixo  que  vna  noche  Dk»  ap 
ciera  en  vision  a  vn  su  presbiiero  e  le  dixîera  :  «  Ve  e  di  al  obtspo,  iu 
îo  que  fâzes,  obra  lo  que  obras,  non  cessen  tus  pies^  non  ccsmo  BS 
manos,  el  dia  de  los  apostolos  vemas  a  mi  e  dartehe  tu   galardooi.  »B 
leuantosse  el  sacerdote,  mas  por  quanio  venîa  acerca  el  dia  de  lotaptft- 
tolos  ouo  lemor  de  dezir  al  oblspo  el  dia  de  su   fin  tan  acerca.  Om 
noche  aparesciole  Dios  e  rreprehendiole  rauy  fuene  porque  non  fejtim 
lo  que  le  mandara.   E  dîxole  oira  vcgada  las  palabras  sobredidat.  E 
eslonçe  el  sacerdote  leuantosse  para  yr  a  dczîr  al  obispo  lo  que  k  en 
rreuelado,  mas  la  fra(n}queza  del  coraçon  lo  enbargaua  de  yr  alla  e  por- 
que suele  la  negligençia  e  menosprecio  traher  yra  a  los  que  son  maïuoi 
e  beguinos.  La  terçera  vegada  aparesciole  el  senor  e  diole  rauchos  açoîcj, 
en  manera  que  ablando  la  dureza  del  coraçon.   E  assy  leuantosse  d 
sacerdote  castigado  por  açotes  e  fue  al  obispo  e  fallolo  acerca  del  sepol- 
cro  de  Sant  Jouenal,  martir,  que  queria  dezir  misa,   segund  ssolii.  E 
rrogo  a  los  que  ende  estauan  que  se  apartassen  que  queria  dezim 
secreto  al  obispo.  E  lançosse  a  sus  pies  e  llorando  fuertemente  que  ipe- 
nas  el  obispo  lo  podia  leuantar  para  ssaber  la  causa  de  aquellas  !agnnus,e 
el,  para  fazerle  la  rrelacion  de  la  vision  por  orden,  tirosse  la  ve&tidun  qoe 
traya  en  cima  de  los  ombros  e  mostro  las  llagas  del  cuerpo  para  test^ 
de  la  verdat  e  de  la  culpa  en  que  avia  caydo,  e  vio  que  ténia  Us  esp^ 
das  llagadas  e  cardenas  de  tes  açotes,  e  quando  el  obispo  lo  vîo,  ouo 
grand  pauor  e  marauillandosse  mucho  demandole  que  qiifen  se  atrenen 
a  fazer  taies  cossas.   Kl  ssacerdoie  le  rrespondio  que  por  ci  avia  rreace- 
bido  aquellas  llagas.    El  obispo  marauUlosse  mucho^    mas  con  grsod 
lemor.  E  luego  el  ssacerdoie  dixole  el  secreto  e  la  vizion  que  vien  por 
tas  palabras  mesmas  que  oycra  :  «  Faz  lo  que  Taxes,  obra  lo  que  ofcnSi 
non  cessen  tus  pies,  non  cessen  tus  manos,  el  dia  de  la  fiesu  de  lot 
apostolos  vernas  a  mi  e  yo  te  dare  el  tu  galardon.   >  Las  quales  comi 
oydas,  el  obispo  echosse  en  oracion  con  grand  contricion,  emaguerqae 
avia  venido  a  dezir  missa  a  la  tercia,  por  la  grand  tardança  de  la  ondoi 
allongosse  la  missa  fasta  la  ora  de  la  nona.  E  desde  aquel  dia  fienpn 
acrescento  en  las  obras  de  piedat.  E  fue  fecho  tan  fuerte  en  U  ota 
quanto  era  cierto  en  el  galardon.  E  este  obispo  avia  por  costanbrrdf 
venir  el  dia  de  la  fiesta  de  los  apostolos  a  su  iglesia  e  desde  aqarib 
rreuelaçion  ouo  mas  coydado  de  venir.  El  segundo  ano  e  el  lefcero  " 
pensando  de  su  muerte.  El  quarto  e  quinto  e  sexto,  entendtendo  êtfd 
dia  morir,  c  ya  podicra  créer  que  non  era  verdat  la  rreueladoo.  E  d 
sepiimo  aiio  vino  a  las  vigitias  de  la  fiesia  sano  e  en  la  vigtUa  locB0ki> 


EL    UBRO   DE    KXBNPLOS  Jl] 

dotor.  E  el  dia  de  la  solepnidat  «perando  los  sus  deuotos  la  missa  que 
auia  de  celebrar,  dixo  que  non  la  podia  deur.  E  ellos  que  pensauan  de 
la  $u  muertCj  segund  lo  que  avian  oydo,  lodos  en  vno  venieron  a  el  e 
de  vna  concordia  e  ajuntamiento  dixieron  que  non  averian  folgança  nin 
gozo,  saluo  si  cl  obispo  fucsse  rrogar  a  Dios  por  eltos.  E  esionçe  el  por 
su  rruego,  dixo  la  missa  en  su  oratorio  e  con  su  mano  propia  totno  el 
cuerpo  de  Jesu  Chrislo  e  dio  paz  a  todos.  E  acabada  la  missa,  Tomosse 
al  lecho  e  yaziendo  alli  vio  que  estauan  sus  saçerdotes  e  ministros  ender- 
redor  del,  e  por  manera  de  espedirse  dellos  e  para  sîenpre  rrogoles  que 
guardassen  toda  via  caridai  e  predicoles  quanto  deuian  guardar  e  honr- 
rar  la  concordia.  E  deziendo  estas  santas  palabras  de  amonestaciones  dio 
vna  grand  boz,  deziendo  :  «  Agora  es  ora.  n  E  luego  con  sus  manos  dio 
el  pano  que,  segund  costunbre  de  los  que  mueren,  lo  lendiesse  ssobre  su 
cara.  E)  quai  tendido,  dio  el  anima  a  Dios. 

66. 
CUmencia  inaU  regibus  débet  esse. 

Piedat  deue  auer  en  et  Key, 
Segund  que  lo  manda  la  ley. 

Recuenta  Valérie  vn  enxemplo,  en  el  libro  quinte,  de  la  clemencia  e 
piedat  de  Marcelo,  consul  de  Roma,  que  conquisto  e  tomo  a  Çaragoça 
de  Çeçilia,  que  estando  en  vna  torre  alta  mirando  la  fertilïdat  e  habun- 
dança  de  la  cibdat  e  muchedunbre  de  gente  afrigida  e  coytada,  non  pudo 
tener  las  lagrimas  e  lloro. 

Cuenta  otrossi  ende  que  quando  César  vio  la  cabeçi  de  Ponpeyo  que 
filera  degoUado,  al  quai  avia  vençido,  con  grand  conpassion  lloro. 

Recuenia  ahun  onde  de  la  piedat  de  Ponpeyo  con  cl  rrey  de  Armonia 
que  feziera  guerra  conira  el  rreygno  rromano.  E  yaziendo  delante  del 
vencido^  non  le  consentie  star  as»y,  mas  con  buenas  palabras  lo  leuanio  e 
mandole  poner  la  corona  en  la  cabeça  e  rresiiiuyolo  en  su  primero  es- 
tado,  deziendo  que  era  cossa  fermossa  vencer  los  rreyes  e  perdonar.  E 
commoquier  que  a  todos  los  omnes  pertenesçe  de  perdonar^  mucho  mas 
al  prindpc  e  al  que  liene  poderio  es  nescesario  en  perdonando  e  îempe- 
rando  las  penas  a  los  coytados  c  culpados,  ca  la  misericordia  e  piedat  es 
lemperança  del  coraçon  en  poderio  del  que  liene  poder  de  sse  vengar  o 
de  amenguar  îa  pena  contra  el  menor. 

67. 
Clemencia  e  hamilitat  principibus  inesse  débet, 

Piedat  deue  sser  e  bondat 
En  los  principes  e  humildat. 


S34  A*   MOREL-FATIO 

Oizen  que  vn  duque  de  Atenas,  que  auia  nonbre  Pissîstarcus,  avîa  via 
fija  muy  ferrnosa  de  la  quai  se  enamoro  mucho  vn  mançebo.  E  vn  dia 
pasando  con  su  madré  por  la  calle,  el  manccbo  encomrandolas,  bessoa 
la  donzella.  E  la  madré  muy  turbada  pedio  al  duque  que  le  feziese  ju^ 
ticia  del  e  que  le  mandase  matar.  Rcspondio  cl  duque  :  <  Si  los  que  nos 
aman  e  nos  quieren  bien  matamos,  ^que  faremos  a  los  que  nos  han  odio 
e  quieren  mal  ?  »  Esta  palabra  salîo  de  la  boca  del  principe  de  entendon 
de  humildat  e  piedat  e  en  esta  manera  dissimulo  la  injuria  de  la  fijae 
mucho  mas  la  suya. 

E  este  mesmo  principe  avia  vn  amigo  que  llamauan  Aristo,  e  vna 
vegada  ouo  tanta  yra  e  malenconia  que  lo  escopio  en  la  cara,  e  el  non 
mudo  la  voluntad  nin  el  gesio  mas  que  sy  non  ouiera  rrescebido  nin  avido 
injuria,  e  sus  fijos  querian  vengar  la  injuria  e  non  lo  conseniîo.  Otro  dii 
este  Aristo,  penssando  la  ofenssa  e  culpa  que  comeiiera  en  el  principe, 
quisose  matar.  E  oyendolo  Pissîstarcus  fue  a  el  e  fizo  segurança  con 
juramento  de  nunca  le  demandar  injuria  e  que  esiaria  en  el  primero 
estado  de  amistança  en  que  primeramente  staua  e  assy  le  rreuoco  de  la 
rauerte. 

68. 

CUmencia  uatde  in  principibm  est  laudanda. 

La  piedat  es  mucho  de  notar 
E  en  los  principes  de  alabar. 

Titus  fue  vn  noble  emperador  e  de  tanta  clemencîa  e  piedat  acerca  \ 
sus  subditos  que  orne  que  a  el  veniesse  nunca  lo  enbîo  dcsconsolado  nin 
triste.  E  en  su  tienpo  aviendo  muy  grand  pestilencia  de  muettes,  nia$ 
affecion  mostraua  a  todos  los  que  morian  que  non  a  los  principes.  E  a 
todos  consolaua  con  sus  cartas  e  a  lodos  acorria  dandoles  grandes  dones 
e  para  melezina  les  daua  muchas  ayudas.  E  este  prometio  de  rrescebir 
profession  de  obispo  porque  sien pre  guardasse  sus  manos  de  muene  de 
omne.  F  de  alli  adclante  nunca  mando  matar  nin  fue  consentidor  en  muerte. 
E  dos  caualleros  de  grand  Itnaje  de  Roma,  queriendo  ser  emperadores  e 
trahcrîo  a  la  muerte,  non  les  dixo  otra  cossa  seyendo  [conlvencidos 
ante  el  de  la  traycion  saluo  que  se  enmendassen  e  dexassen  de  fazerlo 
que  lenian  pensado,  mostrandoles  commo  el  inperio  otro  ninguno  non  lo 
podia  aver  saluo  al  que  Dios  lo  daua,  e  ssy  alguna  cosa  ellos  deseauan, 
prometio  de  gela  dar.  E  luego  enbio  mensajeros  a  la  madré  de  vno  dellos 
que  estaua  muy  luef^e  coytada  e  triste  porque  sopo  que  su  fijo  era  acu- 
sado  e  que  le  dixiesen  commo  era  libre.  Otra  vegada  su  hermano  camal, 
el  quai  se  dezia  Domiciano,  le  trataua  la  muerte  e  alboroço  el  pueblo 
conua  e).  E  seyendo  acusado,  pensso  de  foyr  e  el  emperador  non  lo  mato 


EL  LtBRO  DE   EXENPLOS  52  f 

nin  \o  desterro  nin  lo  toao  en  mcnor  honira  que  solia,  ante  le  estables- 
cio  por  su  conpanero  e  despues  dd  que  fuesse  emperador. 

69. 

Cogita  ijaid  accidere  semper  possit. 

Sienpre  deues  pensar  e  ver 

Las  cosas  que  le  pueden  acaescer. 

Dizen  de  vn  principe  que  vna  vegada  le  diera  vn  filosofo  vna  cedula 
en  que  cran  escriptas  estas  palabras  :  a  En  todas  las  cosas  que  ouieres 
de  fazer  ssienpre  pienssa  lo  que  te  puede  acaescer.  n  Este  principe  mando 
que  esta  cedula  que  la  escreuiessen  de  leiras  de  oro,  e  mandola  poner 
en  las  puerias  de  su  palacio.  E  dende  a  poco  vnos  de  sus  enemigos  tra- 
taron  con  su  baniero  que  lo  dcgollasse.  E  el  barucro  veniendole  a  fazer 
la  barua,  vîo  la  escriptura  en  la  puerta  e  leyola  e  quando  vino  anie  el 
principe  començo  a  tcmblar  e  mudarssele  la  color  e  mandolo  prcndcr,  e 
por  amenazas  e  tormentos  conoscio  la  verdai.  El  principe  conoscio  e 
perdonolo  e  mande  degollar  a  los  que  tratauan  la  maldat.  Por  lo  quai 
paresce  que  es  muy  grand  prouecho  en  todas  las  cosas  penssar  el  ffin. 

70. 

Cogitacio  tua  sit  talis  tfuaiis  incarcerati. 

Sy  cnpre  ssea  el  tu  penssar 
Como  el  que  han  de  malar. 

En  La  vida  de  los  sanctos  padrts  se  leye  que  vn  monje  rrogo  a  vn  abbat 
que  le  dixiesse  algund  buen  consejo.  Dixole  :  «  Veie  [e]  sienpre  pie[n]- 
san'  lo  que  pie[n]ssan  los  malfechores  que  cstan  en  la  carccl,  que  syenpre 
pregunian  a  los  orones  que  donde  esta  el  joez  c  quando  vema.  E  assi 
lïoran  esperando  las  penas  que  han  de  rrescebir.  E  assi  et  monje  deue 
rreprehcnder  a  su  anima,  deziendo  :  j  Ay  de  mi!  ;  quando  he  de  esiar 
ante  el  juyzio  de  Jesu  Christo  e  dar  rrazon  de  mis  obras  ?  Si  esto  sienpre 
pcnsares,  podras  ser  saluo.  u 

7». 

Confessio  contra  cogitaciones  multum  prodest, 

Mucbo  vale  la  confession 

Para  los  pensaroiemos  del  coraçon. 

Vn  monje  pregunto  a  vn  omne  bueno  :  «  i  Que  fare  que  me  turban 


1.  Pienuo  pour  piensa  en. 


528  K.  COSQUIN 

du  diable  une  fée  qui  lui  dit  :  a  VoiU  une  fontaine,  dans  laquelle  il  y  a 
trois  plumes  qui  se  baignent  :  la  Plume  verte,  la  Plume  jaune  et  b 
Plume  noire  :  tu  tâcheras  de  prendre  la  Plume  verte,  de  lui  enlever  sa 
robe  et  de  lui  donner  un  baiser.  » 

Jean  se  rendit  près  de  la  fontaine  et  prit  la  Plume  verte  ;  il  lui  donna 
un  baiser,  malgré  sa  résistance,  u  Le  diable  est  mon  père,  »  lui  dil-eUe 
alors,  u  Quand  vous  serez  dans  sa  maison,  s'il  vous  oiïre  une  chaise, 
vous  en  prendrez  une  autre;  s'il  vous  dit  :  Mettez-vous  à  cette  table, 
vous  vous  mettrez  à  une  autre  ;  s'il  vous  dit  :  Voici  une  assiette,  ne  ta 
prenez  pas  ;  s'il  vous  présente  un  verre,  refusez-le  ;  s'il  vous  dît  de 
monter  à  la  chambre  haute,  comptez  les  marches  de  l'escalier  jusqu'à  la 
dix-huitième;  s'il  vous  montre  un  lit,  couchez-vous  dans  celui  d'A  côté. 
Et  s'il  vous  demande  pourquoi  vous  faites  tout  cela,  vous  répondrez  que 
c'est  la  coutume  de  votre  pays.  ;> 

Le  jeune  homme  entra  dans  la  maison  du  diable.  <>  Bonjour,  monsieur. 
—  Bonjour.  Tiens,  voici  une  chaise.  —  J'aime  mieux  celle-ci.  —  Voici 
un  verre.  —  Je  prendrai  celui-là,  —  Voici  une  assiette.  —  Je  n'en  vei« 
pas.  —  Tu  es  bien  difficile.  —  On  est  comme  cela  dans  mon  pays.  — 
Allons,  viens,  que  je  te  conduise  où  tu  dois  coucher,  n 

En  montant  l'escatier,  Jean  compta  les  marches,  une,  deux,  trois, 
jusqu'à  dix-huit.  «  Pourquoi  compies-tu  ainsi  ?  —  C'est  la  coutume  de 
mon  pays.  »  Ils  entrèrent  dans  une  chambre  à  deux  lits.  «  Mets-toi  dans 
ce  lit,  »  dit  le  diablei  —  «  C'est  bon,  «  dit  Jean,  c  je  vais  m'y  mettre.  » 

Le  diable  parti,  Jean  se  coucha  dans  l'autre  Ht.  Pendant  toute  b 
nuit,  le  diable  ne  cessa  de  secouer  et  d'agiter  dans  tous  les  sens  le  lit 
dans  lequel  il  pensait  que  le  jeune  homme  s'était  couché.  Le  lendemain 
matin,  il  entra  dans  la  chatnbre.  c  Te  voilà  ?  »  dit-il  à  Jean  ;  «  tu  n'es 
pas  mort  ?  —  Non,  »  dit  Jean.  —  «  Maintenant,  »  reprit  le  diable,  «  ta 
vas  aller  couper  ma  forél.  Voici  une  hache  de  carton,  une  scie  de  bois  et 
une  serpe  de  caoutchouc.  H  faut  que  pour  ce  soir  le  bois  soit  coupé,  mis 
en  corde  et  rentré  dans  la  cour  du  roi.  » 

Le  jeune  homme  s'en  alla  bien  triste  dans  la  forêt.  Vers  le  milieu  de 
la  journée,  la  Plume  verte  vint  lui  apporter  à  manger.  «  Qu'avez-vous, 
mon  arai  ?  »  lui  dit-elle.  —  «  Votre  père  m'a  commandé  de  couper  tout 
son  bois,  de  le  mettre  en  corde  et  de  le  rentrer  pour  ce  soir  dans  la 
cour  du  roi.  »  La  Plume  verte  donna  un  coup  de  baguette  :  voilà  le  bois 
coupé,  mis  en  corde  et  transporté  dans  la  cour  du  roi. 

Le  diable,  étant  venu,  fut  bien  étonné.  «  Tu  as  fait  ce  que  je  t'avais 
commandé  f  —  Oui.  —  Oh  !  oh  !  tu  es  plus  fort  que  moi  !  Eh  bien  ! 
maintenant  tu  vas  me  bâtir  un  beau  château  bien  sculpté  en  face  de  ma 
maison,  avec  une  belle  flèche  au  milieu.  » 

La  Plume  verte  vint  encore  apporter  à  manger  au  jeune  homme  et  le 


CONTES  POPULAIRES  LORRAINS  pÇ 

trouva  couché  par  terre.  «  Qu'avez-vous  ?  »  lui  dît-elle  ;  «  qu'est-ce 
que  mon  père  vous  a  commandé  ?  —  Il  m'a  commandé  de  lui  bâtir  en 
face  de  sa  maison  un  beau  château  bien  sculpté  avec  une  belle  flèche  au 
milieu.  —  Eh  bien  !  i»  dit-elle,  <•  je  vais  me  changer  en  chatte  blanche. 
Vous  me  tuerez;  vous  ferez  bouillir  ma  peau  dans  de  l'eau  ;  vous  déta- 
cherez mes  os,  en  regardant  bien  comment  ils  sont  placés,  parce  qu'il 
faudra  les  rajuster  ensuite  ;  vous  trouverez  dans  mon  corps  une  belle 
flèche,  que  vous  mettrez  au  faite  du  château.  » 

Le  jeune  homme  fit  tout  ce  qu'elle  lui  avait  dit  ;  seulement,  quand  il 
rajusta  les  os,  il  y  en  eut  un  au  petit  doigt  qui  ne  fut  pas  bien  remis. 
D'un  coup  de  baguette,  le  château  se  trouva  bâti. 

«  Tu  as  fait  ce  que  je  t'ai  commandé  ?  •>  dit  le  diable.  —  «  Oui,  »  dit 
Jean.  —  «  Oh I  oh!  tu  es  plus  fort  que  moi!  »  Alors  il  banda  les  yeux  à 
Jean  et  lui  dit  :  «  Voilà  la  Plume  verte,  la  Plume  jaune  et  la  Plume  noire. 
Si  tu  mets  la  main  sur  celle  qui  a  été  changée  en  chatte  blanche,  tu 
l'auras  en  mariage.  »  Le  jeune  homme  mit  la  main  sur  celle  du  milieu  : 
c'était  bien  la  Plume  verte. 

Le  soir  venu,  le  diable  dit  à  Jean  :  <  Tu  vas  coucher  dans  ce  lit.  > 
Jean  se  coucha  dans  l'autre.  Pendant  la  nuit,  il  s'éleva  un  grand  vent; 
la  Plume  verte  dit  au  jeune  homme  :  «  Voulez-vous  fuir  avec  moi  ?  — 
Je  le  veux  bien,  t.  dit  Jean.  Aussitôt,  ils  s'envolèrent  au  vent. 

Quand  ils  furent  près  de  la  maison  de  Jean,  ta  Plume  verte  embrassa 
le  jeune  homme,  et,  de  laid  qu'il  était,  il  devint  beau,  u  Si  vos  parents 
veulent  vous  embrasser,  »  lui  dit-elle,  «  ne  vous  laissez  pas  faire,  car 
votre  beauté  s'en  irait.  »  Lorsque  Jean  fut  entré  dans  la  maison,  on 
voulut  l'embrasser,  mais  il  s'en  défendit  ;  il  n'y  eut  que  sa  vieille  grand* 
mère  qui  le  voulut  absolument  ;  aussitôt  il  redevint  laid,  comme  devant. 
La  Plume  verte  lui  dit  :  «  Je  vais  donc  vous  embrasser  encore.  »  Elle 
l'embrassa,  et  il  redevint  beau. 

Le  matiii,  le  diable,  étant  monté  à  la  chambre,  ne  trouva  plus  per- 
sonne; il  se  mita  la  poursuite  des  deux  jeunes  gens.  Sur  son  chemin^  il 
vit  un  casseur  de  pierres.  U  lui  dit  :  «  Avez-vous  vu  un  garçon  et  une 
fille  qui  volaient  au  vent  ?  —  Ah  !  les  pierres  sont  dures  !  —  Ce  n'est  pas 
cela  que  je  vous  demande.  Avez-vous  vu  un  garçon  et  une  fille  qui 
volaient  au  vent  ?  —  Elles  sont  bien  difficiles  à  casser.  —  Ce  n'est  pas 
de  cela  que  je  parle.  » 

Le  diable  poursuivit  son  chemin  et  rencontra  un  laboureur.  «  Avez- 
vous  vu  un  garçon  et  une  fille  qui  volaient  au  vent  ?  —  Oh  !  la  terre  est 
malaisée  à  labourer.  —  Avez-vous  vu  un  garçon  et  une  fille  qui  volaient 
au  vent  i*  —  L'ouvrage  ne  va  pas  aujourd'hui.  —  Je  ne  parle  pas  de 
cela.  •  Le  diable,  impatienté,  s'en  retourna. 

Cependant  beaucoup  de  beaux  messieurs,  qui  ne  savaient  pas  que 
Rmania,  VU  ;4 


$)0  E.  COSQUIN 

Chatte  Blanche  était  ta  femme  de  Jean,  la  recherchaient  en  mariage.  Il  en^ 
vint  un  qui  lui  donna  cent  mille  francs,  a  Attendez,  *  lui  dii-elle, 
faut  que  je  sorte  ;  j'ai  oublié  de  fermer  la  porte  du  buffet,  n  Pendan 
qu'elle  était  sortie,  son  mari,  qui  avait  tout  entendu»  tomba  sur  le  pré- 
tendant à  coups  de  bâton.  Il  en  vinx  un  autre  qui  donna  quatre-ving 
mille  francs  â  Chatte  Blanche.  «  Excusez-moi,  »  lui  dit-elle,  »  j'ai  oublié 
d'aller  couvrir  mon  feu.  p  Elle  sortit  ;  Jean  arriva  avec  un  fouet  et 
fouailla  d'importance  le  beau  monsieur.  Un  troisième  vint,  qui  donna 
soixante  mille  francs,  n  11  faut  que  je  sorte,  »  lui  dit  Chatte  Blanche  ; 
i<  j'ai  laissé  la  porte  de  ma  chambre  ouverte.  »  Jean  mit  le  galant  à  la 
porte  à  coups  de  trique.  Il  se  trouvèrent  alors  assez  riches,  et  Us  firent 
une  belle  noce. 


Ce  conte  est,  en  raison  des  éléments  qui  le  composent  et  des  transformations 
p2r  lesquelles  plusieurs  de  ces  éléments  ont  passé,  un  des  plus  curieux  de  notre 
cullecliun.  I)  présente,  pour  l'ensemble,  le  thème  que  M.    R.   Kœhier  déugnc 
sous  te  nom  de  thème  de  la  FiatiUc  oabliie^  et  dont  voici  l'idée  générale,  sous  sa 
forme  la  plus  fréquente  :  —  Un  jeune  homme,  prisonnier  de  certain  être  inal- 
Ëiîsant  (diable,  ogre,  géant,  sorcier,  ondîne,  etc.),  en  reçoit  l'ordre  d'exécuter      ^ 
plusieurs  tâches  en  apparence  impossibles.  Il  est  aidé  par  une  jeune  fille,  ordif^^l 
nairement  la  fille  de  son  maître,   laquelle  ensuite  s'enfuit  avec  lui.  Poursutvit^^l 
par  le  diable,  géant,  ou  autre,  ou  par  quelqu'un  des  siens,  les  deuic  jeunes  gens 
leur  échappent  par  des  moyens  magiques,  le  plus  souvent  par  des  transforma- 
tions. Une  fois  revenu  chez  ses  parents,  le  jeune  homme  oublie  sa  lancée, — 
ordinairement  par  suite  d'un  baiser  que  lui  donne  sa  mère,  —  et  sa  fiancée 
trouve  en6n  le  moyen  de  lui  rendre  la  mémoire. 

Ce  thème,  auquel  se  rattachent  les  contes  allemands  n"  il},  19),  et  aussi 
n"  j6  de  la  collection  Grimm,  s'est  déjà  offert  à  nous,  écourté,  dans  notre  n»  9,,^^_ 
VO'ueaa  vtrt.  Il  a  été  étudié  par  M.  Kœhler  en  18Ë2  dans  la  revue  Ori^run^^H 
Occident  (t.  tl,  p.  10;  seq.)  ;  en  1869,  dans  ses  remarques  sur  un  voionie  ds^^ 
contes  csthoniens(Fr.  Kreutzwald,  Ekstnische  Marchtn,  ûbersetzt  von  K.  Lœwe, 
p.  562),  et  en  tSyo  dans  ses  remarques  sur  les  contes  siciliens  tf^  }4,  j^  et  14 
de  la  collection  Gonzenbach. 

Nous  examinerons  successivement  chacune  des  parties  de  notre  conte  lor- 
rain. 

Prenons  d'abord  l'introduction.  Dans  un  grand  nombre  de  contes  de  ce  type, 
c*est  par  suite  d'une  promesse  extorquée  à  son  père,  qui  souvent  n'en  a  pas 
compris  la  portée,  que  le  héros  est  tombé  entre  les  mains  d'un  être  malfaisant. 
Il  en  est  ainsi  dans  un  conte  écossais  (Campbell,  n^  2),  dans  deux  contes  sué- 
dois (Cavallius,  n"**  14  A  et  148  de  la  trad.  allemande),  dans  un  conte  estho* 
nien  (Kreutzwald,  n°  14),  un  conte  russe  (Ralston,  p.  120},  un  conte  da  •  pays 
saxon  »  de  Transylvanie  (Hattrich,  n'  26),  un  conte  des  Tsiganes  de  la  Bukch 
vine  (Mém.  de  l'Ac.  de  Vienne,  t.  aj  I1874I,  p.  324),  un  conte  grec  moderne 
(Hahn,  n°  ^4).  Dans  un  conte  danois  (Grundtvig,  p.  46  de  la  trad.  ail.  publiée 


CONTES   POPUUIRES   LORRAINS  JJI 

en  1878K  c'est  par  ses  frères,  en  danger  de  périr  sur  mer,  que  le  jeune  prince, 
dès  avant  sa  naissance ,  a  èlé  promis  à  une  sorcière.  —  Ailleurs,  le  jeune 
homme  est  enlevé  par  un  démon  (conte  hongrois  ;  Gaal*Stier,  n'  })  ou  par  une 
magicienne  (conte  sicilien  :  Gopzenbach,  n"  ^^);  tl  esi  attiré  par  un  cerf  dans 
un  bois  où  il  est  lait  prisonnier  pr  un  certaîa  roi  (conte  westphalien  :  Grimm, 
0'  1 1  )|  ;  ou  bien,  égaie  dans  une  forêt,  il  arrive  chez  un  ogre  Iconte  sicilien  : 
Gonzenbach,  n**  {4K  enfin  il  entre  tout  simplement  au  serrice  d'un  géant 
(conte  norwégien  :  Asbjœmsen,  t.  II,  p.  140  de  la  trad.  ail.)  ou  va  demander  4 
un  géant  et  une  géante  la  main  d'une  de  leurs  filles  (conte  catalan  :  Rondalïajn 
t.  I,  p.  8^),  etc.  —  Parmi  les  contes  du  type  que  nous  étudions,  il  en  est  aussi 
un  certain  nombre  dont  le  commencement  est  à  peu  près  celui  de  notre  conte 
lorrain.  Nous  nous  arrêterons  un  peu  en  détail  sur  ers  derniers  contes,  et, 
comme  ils  se  rapprochent  également  beaucoup,  pour  la  plupart,  de  cet  épisode 
si  bizarre  des  trois  ■  plumes  »  qui  se  baignent  et  i  l'une  desquelles  il  faut 
enlever  sa  robe,  nous  donnerons  en  mfime  temps  l'analyse  des  passages  qui  cor- 
respondent   cet  épisode  et  l'éclairent. 

Dans  un  conte  du  Tyrol  italien  (Schneller,  n'  27),  un  jeune  homme,  grand 
joueur,  se  trouvant  un  jour  dans  le  pays  des  païens,  perd  tout  ce  qu'il  possède 
contre  un  aubergiste  qui  est  enchanteur,  et  joue  enfin  son  âme.  L'autre,  ayant 
encore  gagné,  lui  hisse  une  année  au  bout  de  laquelle  le  jeune  homme  doit  venir 
le  trouver.  Il  veut  y  aller  avant  le  temps  fixé  pour  tâcher  de  se  racheter.  Saint 
Antoine  de  Padoue,  qu'il  a  invoqué  devant  sa  statue,  lui  apparaît  sous  la  figure 
d'an  moine,  et  lui  dit  d'aller  près  d'un  certain  pont.  U  il  verra  arriver  à  lire 
d'ailes  trois  blanches  colombes,  qui  déposeront  leur  plumage  et  se  changeront  en 
jeunes  filles.  Le  jeune  homme  devra  s'emparer  du  plumage  de  la  plus  jeune,  le 
cacher,  puis  revenir  le  soir  et  le  lui  montrer  dès  qu'elle  le  demandera.  Il  suit  ce 
conseil,  et,  quand  la  jeune  fille  cherche  son  plumage,  il  lui  dit  qu'il  le  lui 
montrera,  mais  qu'il  faut  qu'elle  lai  promette  de  venir  â  son  aîde.  Alors  elle  lui 
dit  que  l'enchanteur  est  son  père  ;  il  imposera  trois  tâches  au  jeune  homme, 
mais  elle  l'atdera,  etc.  —  Un  conte  grec  moderne,  que  nous  avons  mentionné 
plus  haut  rHahn,  n'  ^),  jette  encore  plus  de  jour  sur  cet  épisode  des  trois 
t  plumes  >,  si  obscur  dans  notre  conte  lorrain.  Un  jeune  homme,  promis  au 
diable  dès  avant  sa  naissance,  se  met  en  route  pour  l'aller  trouver.  Une  source 
infecte,  dont  il  a  vanté  l'eau  par  complaisance,  lui  donne  pour  le  récompenser 
ce  conseil  :  c  A  tel  endroit,  il  y  a  un  lac  ;  trois  néraides  {sic)  viendront  s'y 
baigner.  Cache*toi,  et,  tandis  qu'elles  seront  dans  l'eau,  saisis  leurs  vêtements 
de  plumes,  qu'elles  auront  laissés  sur  le  rivage,  et  ne  rends  pas  les  siens  i  la 
plus  jeune  avant  qu'elle  ne  t'ait  juré  de  ne  jamais  l'oublier,  même  dans  la  mort.  » 
Os  «  néraides  >  sont  les  filles  du  diable,  comme  le  sont  aussi,  dans  un  conte 
basque  de  ce  type  (W.  Webster,  Bas^tu  Legatiis,  p.  120),  les  trois  jeunes  filles 
à  l'une  desquelles  le  héros,  d'après  le  conseil  d'un  tdrliiro  (ogre),  dérobe  ses 
vêtements  de  colombe.  —  De  même,  dans  le  conte  russe  indiqué  plus  haut 
(Ralston,  p.  1201,  le  prince,  qui  a  été  promis  par  son  père  au  Roi  des  eaux, 
rencontre  une  Baba  Yaga  (sorte  de  sorcière  ou  d'ogresse).  Celle-ci  lui  dit  de 
prendre  les  vêtements  de  l'alaée  de  douze  jeunes  filles  qui  arriveront  sur  le  bord 
de  la  mer  sous  forme  d'oiseaux.  Qumd  il  le  fait,  U  jeaoe  fille  le  supplie  de  lui 


))2  E.  COSQUIN 

restituer  ses  vêtements  :  elle  est  la  fille  du  Roi  des  e^ux  et  die  rendra  service 
au  jeune  homme. 

On  le  voit  :  dans  notre  conte  lorrain,  l'idée  première  est  parfaitement  recoD- 
naissable  ;  les  éléments  en  existent  à  peu  près  tous,  mais  le  sens  en  est  perdu  ; 
on  ne  sait  plus  ce  que  c'est  que  celte  *  plume  i  personniBéc,  i  laquelle  il  laut 
enlever  sa  robe.  Du  reste,  même  ce  souvenir  à  demi  effacé  du  thème  primitif  i 
disparu  des  contes  de  ce  type  dont  il  nous  reste  à  parler  dans  cet  eodroit  de 
nos  remarques.  Ainsi,  dans  un  conte  catalan  [RonJatlayre^X.  1,  p- 4O»  — 
après  une  introduction  oti  le  héros,  un  comte  très-joueur,  perd  en  une  Duit  sa 
fortune  et  sa  vie  et  reçoit  de  celui  qui  a  gagné  l'ordre  d'aller  au  Château  du 
Soleil,  d'oEi  jamais  personne  n'est  revenu,  —  on  voit  tout  simplement  trois  jeunes 
filles  qui  se  baignent  :  le  héros,  suivant  le  conseil  d'une  géante,  s'empare  des 
vêtements  de  la  plus  jeune  et  ne  les  lui  rend  que  quand  elle  lut  a  indiqué  ob  est 
le  Château  du  Soleil.  —  Dans  un  conte  milanais  (V.  Imbriani.  La  Noveilâft 
fiorcntina  c  la  Narcllaja  milantse,  2*éd.,  Livoumc,  1877,  p.  411),  le  héros  doit 
aussi  se  rendre  chez  le  Roi  du  Soleil,  contre  qui  il  a  gagné  une  partie  de 
billard  [sic),  dont  l'enjeu  est  la  main  d'une  des  filles  du  roi.  Un  vieillard  indique 
au  jeune  homme  où  est  le  palais  du  Roi  du  Soleil^  et  lui  conseille  de  dérober 
les  vêtements  des  filles  de  celui-ci,  pendant  qu'elles  se  baignent  ;  il  ne  devra 
les  leur  rendre  que  si  elles  consentent  à  le  mener  â  leur  père.  —  Dans  un  conte 
allemand  (Prœhie,  KinJer-  und  Volksmarchen,  n"  8),  un  prince  dépense  tout  son 
argent  dans  les  auberges  ;  il  perd  au  jeu  contre  an  étranger,  au  pouvoir 
duquel  il  doit  aller  se  remettre  tel  jour,  i  tel  endroit.  Il  rencontre  une  vieille 
qui  lui  dit  qu'il  trouvera  un  étang  où  se  baignent  trois  jeunes  filles,  deux 
noires  et  une  blanche  [on  se  rappelle  la  Plume  verte,  la  Plume  jaune  et  la 
Plume  noire  de  notre  conte  lorrain/.  Il  faudra  prendre  les  habits  de  la  blanche. 
Ici,  comme  dans  le  conte  catalan,  le  jeune  homme  cherche  i  obtenir  du  père 
de  la  jeune  fille  ta  main  de  celle-ci.  —  Comparez  enfin  le  conte  picard  publié 
dans  Mihsine  (1877,  col.  446)  *. 

Cet  épisode  des  Jtuna  fillts  oistaax,  si  l'on  peut  s'exprimer  ainsi,  qui  manque 
dans  le  plus  grand  nombre  des  contes  du  type  de  Chniu  Bhncht^  appartient  en 
réatiTé  â  un  autre  thème  très-répandu.  Là,  le  héros  refuse  de  rendre  à  la  jeune 
fille  le  vêtement  de  plumes  dont  il  s'est  emparé,  et  il  la  garde  elle-même  comme 
sa  femme;  mais,  un  jour,  la  jeune  femme  trouve  moyen  de  reprendre  son  vête- 
ment et  elle  s'envole  vers  son  pays.  Après  diverses  aventures,  le  héros  parvient 
i  la  rejomdrc,  et  désormais  ils  vivent  heureux.  —  Notons  que  plusieurs  contes 
de  ce  type,  par  exemple  un  conte  du  Tyrol  altemand  (Zingerle,  I,  n"  j?),  un  conte 
bohème  ^Waldau,  p.  248),  présentent  vers  la  fin  une  suite  d'épreuves  que  les 
parents  de  la  jeune  femme  font  subir  à  son  mari,  i  son  arrivée  dans  leur  pays, 

I .  Un  conte  allemand ,  également  du  type  de  la  Fiancée  ouhl'Ut  (  Wolf,  Dtutsekt 
Hausmarchen^  p.  186),  a,  lui  aussi,  celte  introduction.  Un  prince,  toueur 
enragé,  tombe  au  pouvoir  du  chasseur  vert  Grùnus  Kravalle,  le  diable.  Il 
n'obtiendra  sa  liberté  que  s'il  trouve  le  château  de  celui-ci  dans  un  an  et  an 
jour.  Voir  encure  un  conte  écosuis  du  même  type  (Campbell,  n»  2,  var.  ;)  06 
un  jeune  homme,  ayant  perdu  une  partie  de  cartes  contre  uo  chien  noir^  se  voit 
obligé  de  le  servir  pendant  sept  ans. 


4 


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CONTES  POPULAIRES   LORRAINS  5;^ 

et  dans  lesquelles  il  est  aidé  par  elle.  Cet  ipisode  rapproche  ce  thème  du  thème 
principal  de  notre  conte  lorrain,  et  il  n'e^t  pas  étonnant  qu'ayant  ainsi  une 
partie  commune,  ces  deux  thèmes  $e  soient  paKois  fusionnés. 

Nous  avons  dit  que  le  thème  des  Jtunts  fillts  oiseaux  était  très-répandu  ;  il  ne 
sera  pas  sans  mtèrét  de  le  montrer.  Aux  contes  européens  que  nous  avons 
indiqués,  on  peut  ajouter,  par  exemple,  des  contes  allemands  l^Simroclc,  n*  6^, 
Gnmin,  n*  19}),  un  conte  italien  (Comparetti,  n"  ^o),  un  conte  grec  moderne 
(Hahn,  ta  i^,  un  conte  bohème  iWaldau,  p.  555),  un  conte  valaque  fSchoU, 
n"  19),  un  conte  polonais  (Tceppen.  AUrghaben  aus  Masurett,  2'  éd,  Dantzig, 
1867,  p.  140),  un  conte  finnois  (Bcauvois,  Conta  popalains  de  la  FinhnHe,  de  la 
Norwigt  tt  de  la  Bourgogne,  p.  181),  un  conte  Ijpon  (n*  j  des  contes  lapons 
trad.  par  F.  Liebrecht,  Germama^  tome  1  ^)  *.  On  a  recueilli  également  un  conte 
de  ce  type  chez  tes  Elsquimaux  du  Groenland  méridional  et  du  Labrador 
{Taies  and  Traditions  of  the  Eskimo,  by  H.  Rinlt,  187J,  tfl  ij). 

La  littérature  européenne  du  moyen  Age  présente  aussi  ce  même  thème,  plus 
ou  moins  bien  conservé.  Ainsi,  d'après  M.  Liebrecht  {Zeitsckrift  fur  verglei- 
tthende  Sprach/orschung^  t.  XVIll.  p.  59I,  dans  te  poème  allemand  de  Fridinc  de 
Souabe^  le  héros,  qui,  par  suite  d'une  désobéissance  de  sa  part,  a  vu  s'éloigner 
de  lui  la  princesse  Angelburge»  trouve  ensuite  l'occasion  de  dérober  Â  celle-ci, 
pendant  qu'elle  se  baigne,  ses  vêtements  de  colombe,  et  il  ne  les  lui  restitue 
qu'après  lui  avoir  fait  promettre  del'épouser. Dans  les  M^/ungCT(Aventure2s), 
Hagen  s'empare  des  vêlements  de  deux  ondines  pendant  qu'elles  se  baignent,  et 
il  ne  consent  à  les  leur  rendre  que  si  elles  lui  révèlent  l'avenir.  Enfin,  dans 
VEdda  Scandinave  [Us  Eddas,  trad.  de  M"*  R.  du  Pugel,  2'  éd.,  i86j, 
p.  27s),  trois  frères,  fils  de  roi,  étant  à  la  chasse,  rencontrent  sur  le  bord  d'un 
lac  trois  femmes  qui  filaient  du  lin  ;  <  auprès  d'elles  étaient  leurs  formes  de 
cygnes  ».  Ces  femmes  étaient  des  Valltyries.  Les  trois  frères  les  emmènent  chez 
eux:  ils  passent  sept  hivers  ensemble;  •  puis  les  femmes  s'envolèrent  pour 
chercher  les  batailles,  et  ne  revinrent  pas.  • 

En  Orient,  le  nombre  des  rapprochements  à  faire  est  considérable.  Ce  thème 
éta  Jeunes  filles  oueaux,  nous  le  trouvons  d'abord  chez  tes  Samoyèdes  (voir  le 
conte  samoyéde  publié  par  M.  Ant.  Schiefner  dans  les  Eihnologisckc  Vortesungen 
ùber  die  aitaisthtn  Vceiker,  d'Alexander  Castren.  Saint-Pétersbourg,  i8j7, 
p.  I73>.  Une  vieille  dit  à  un  jeune  homme  d'aller  auprès  d'un  lac  qui  est  au 
milieu  d'une  sombre  forèl.  Il  y  verra  sept  jeunes  filles  se  baignant;  leurs  vête- 
ments seront  déposés  sur  le  bord  du  lac.  Il  faudra  qu'il  prenne  les  vêtements 
de  l'une  d'elles  et  les  cache.  Le  jeune  homme  suit  ce  conseil.  La  jeune  fille 
dont  il  a  pris  les  vêtements  le  supplie  de  les  lui  rendre.  <  Non,  •  répond-il, 


I.  Comparez  la  légende  suivante  des  îles  Shetland  et  des  Orcades  (P.  Ken- 
nedy,/^^<n</dry  ficfio/jj  0/ (Ar/riiA  C«/(j.  London,  (866,  p.  12J).  Un  pêcheur 
aperçoit  un  jour  deux  belles  femmes  qui  se  [ouent  sur  le  bord  de  la  mer.  Non 
loin  de  lui  se  trouvent  par  terre  deux  peaux  de  phoques  ;  il  en  prend  une  pour 
l'examiner.  Les  deux  femmes  remarquent  sa  présence,  courent  vers  l'endroit  où 
étaient  les  peaux.  L'une  saisit  celle  qui  reste,  s'en  revêt  en  un  clin  d'œil  et  dis- 
paraît dans  la  mer  ;  l'autre  supplie  le  pêcheur  de  lui  rendre  la  sienne,  mais 
tl  refuse  et  il  épouse  la  femme.  Quelques  années  après,  alors  qu'elle  a  déji 
deux  enfants,  la  femme  retrouve  sa  peau  de  phoque  et  s'enfuit  avec  un  de  ses 
pareils. 


(^4  ^-  COSQUIN 

«  car  si  je  te  les  rends,  tu  t'envoleras  de  nouveau  vers  le  cid.  >  ]J  fiait  pouN 
tant  par  les  lui  rendre,  et  elle  devient  sa  femme. 

Dans  la  Sibérie  méridionale,  chez  les  tribus  tarUres  do  bassin  de  U  Tobol,)! 
a  été  recueilli  un  récit  du  même  genre  (W.  Radloff,  o^.  fif.,  1.  IV,  187a,  p.  pt)- 
Le  héros  de  ce  conte,  Zyhanza,  ou,  selon  la  transcription  de  M.  Pavet  de 
Courteilles  (Journal  asiatiqui,  aoClt  1874,  p.  3^9),  DjihÂn-ChÂh,  est  arrivé,  après 
diverses  aventures,  dans  an  magnifique  château,  et  il  a  été  adopté  pour  fils  par 
une  bonne  vieille,  ï  qui  appartient  ce  château.  Pendant  l'absence  de  cdie-a,  il 
ouvre  une  porte  qu'elle  lui  avait  défendu  d'ouvrir  '  Derrière  cette  porte  était 
une  plaine  avec  un  étang  au  milieu.  Il  s'assit  au  pied  d'un  peuplier.  Trois  qrgne 
arrivèrent  du  haut  des  airs  et  se  posèrent  sur  le  bord  de  l'élang.  Deux  d'entre 
eux  descendirent  dans  l'eau  et  parurent  sous  la  forme  de  jeunes  filles  :  ■  Viriu 
avec  nous,  »  dirent-elles  d  leur  compagne.  —  «  Il  y  a  ici  une  odeur  d'hommes,  • 
répondit  celle-ci.  —  «  Que  parles-tu  d'hommes?  Leur  pays  est  bien  loin  d'ici.  • 
La  jeune  fille,  ne  pouvant  plus  leur  résister,  déposa  elle  aussi  son  vêtement  de  , 
plumes  et  se  mit  1  l'eau.  Djihân-Châh,  soruni  de  sa  cachette,  s'empara  d«| 
vêlement.  «  Ne  l'avais-je  pas  bien  dit?  >  s'écria-t-cllc.  ■  El  vous  prétendiez 
qu'il  n'y  avait  rien.  >  Les  deux  autres  |eunes  filles  s'enfuient,  mais  la  troisième 
est  obligée  de  suivre  Djihin-Châh  et  de  devenir  sa  femme.  —  11  n'est  pas  diffi-^ 
cile  d'établir  l'origine  de  ce  conte  sibérien.  Kecueilli  chez  des  Tartarcs  musuU> 
mans,  il  est  certainement  arrivé  en  Sibérie  avec  l'islamisme.  Le  nom  seul  du 
héros  suffit  à  le  prouver  :  la  plus  grande  partie  du  conte  tartare,  en  effet,  est 
la  reproduaion  abrégée  d'un  conte  arabe,  dont  les  MilU  el  une  Nuits  doobetit 
deux  versions,  dans  l'une  desquelles  le  lièros  s'appelle  Djanschdh,  nom  qui  cor- 
respond exactement  au  D)ihân-Chdh  du  conte  sibérien,  et  l'introduction  de  ce 
conte  sibérien,  —  introduction  dont  nous  n'avons  pas  i  nous  occuper  ici»  et  qui, 
à  vrai  dire,  forme  un  conte  distinct,  —  est  également  un  écho  des  MtlU  et  u< 
Naits:  car  elle  n'est  autre  qu'un  épisode  des  Voyages  de  Sindbad  le  Marin. 

Ces  deux  variantes  des  Mille  ei  une  Nuits  seraient  curieuses  à  examiner  en 
détail  si  nous  avions  i  nous  occuper  directement  du  thème  des  Jtuius  fiiies 
oiseaux.  Elles  présentent  ce  thème  d'une  façon  bien  plus  complète  que  le  conte 
sibérien.  Ainsi,  dans  VHiitoire  de  Djanschah,  la  jeune  fille,  dont  te  père  est  un 
roi  des  génies^  parvient,  après  avar  épousé  Djanschah^  i  rentrer  en  possession 
de  son  plumage  de  colombe,  et  elle  s'envole  en  disant  i  son  mari  que,  s'il 
l'aime,  il  faut  qu'il  l'aille  rejoindre  à  la  Citadelle  de  diamant.  Djanschah 
s'adresse  successivement  au  roi  des  oiseaux,  au  roi  des  animaux  et  au  roi  des 
génies  pour  savoir  où  est  la  Citadelle  de  diamant  ;  mais  personne  n'en  a  jamais 
entendu  parler.  Enfin  un  grand  magicien  lui  dit  d'attendre  l'assemblée  générale 
des  génies,  des  animaux  et  des  oiseaux,  qui  tous  lui  obéissent.  A  cette  assem- 
blée un  oiseau,  arrivé  le  dernier,  sait  seul  où  la  Citadelle  de  diamant  se  trouve, 
et  il  y  porte  Dianschah  qui  est  très-bien  accueilli  par  son  beau-père,  le  roi  des 
génies,  et  retrouve  sa  femme.  Dans  l'autre  variante  arabe,  le  hèros^  au  moment 
d'arriver  au  terme  de  son  expédition,  rencontre  des  enfants  qui  se  disputent  des 
objets  merveilleux  ;  il  trouve  moyen  de  s'en  emparer  par  ruse',  et  ces  talismans 


I .  Nous  avons  dit  quelques  mots  de  cet  épisode  dans  une  note  des  remarques 
de  notre  n'  1 1,  Li  Bourse,  U  Sifflet  il  le  Chapeau, 


CONTES  POPULAIRES   LORRAINS  $35 

lui  pennetlent  de  mener  i  bonne  6n  son  entreprise.  Il  n'est,  pour  ainsi  dire, 
pas  un  des  traits  de  ces  deux  contes  arabes  qu'il  ne  soit  aisé  de  retrouver  dans 
quelqu'un  des  contes  européens  du  thème  des  Jtuna  filUs  oiseaux^  que  nous 
avons  mentionnés  tout  à  l'heure. 

Un  livre  persan,  le  Bahar-Danash,  dont  l'origine  est  indienne  (Th.  Benfey, 
Parttschatantray  t.  1,  p.  26}},  nous  montre  des  péris  (sortes  de  fées)  qui  parais* 
sent  sous  la  forme  de  colombes,  déposent  leurs  vêtements  de  plumes  et  devien- 
nent de  belles  jeunes  filles.  Pendant  qu'elles  se  baignent,  un  jeune  homme  leur 
dérobe  leurs  vêtements,  et  il  ne  conseot  Â  les  leur  rendre  que  si  la  plus  jeune 
et  la  plus  belle  veut  l'épouser.  La  péri,  ayant  eu  des  enfants,  commence  i 
s'habituer  k  la  vie  des  hommes.  Mais  son  mari,  étant  par  la  suite  obligé  de 
partir  en  voyage,  la  confie  i  une  bonne  vieille,  à  qui  il  montre  en  grand  secret 
l'endroit  où  il  a  caché  les  vêtements  de  plumes.  Un  {our  que  la  vieille  admire  la 
rbeautê  de  la  pén,  celle*ci  lui  dit  qu'elle  la  trouverait  bien  plus  belle  encore  si 
elle  la  voyait  avec  ses  premiers  vêtements.  La  vieille  les  lui  donne,  et  la  péri 
s'envole.  [Bahar-Damsh,  or  GarJm  oj  Knovttdgt,  iranslaud  Jrom  the  paùc^  bj 
Jonathan  Scott.  Shrewsbury,  179^,  t.  Il,  p.  21}  seq.) 

Bien  loin  de  la  Perse,  dans  les  îles  Lieou-K.hieon,  tributaires  de  la  Chine, 
un  envoyé  chinois  recueillait  au  commencement  de  ce  siècle  et  transcrivait 
comme  un  fait  historique  le  conte  dont  voici  le  résumé  :  Un  fermier  non  marié, 
'  Ming*ting-tzu,  avait  près  de  sa  maison  une  fontaine  d'eau  excellente.  Un  jour 
qu'il  allait  y  puiser,  il  vit  de  loin  dans  cette  fontaine  comme  quelque  chose  de 
brillant  :  c'était  une  femme  qui  s'y  baignait,  et  ses  vêtements  étaient  pendus  à 
an  pin  voisin.  Très-mécontent  de  voir  amsi  troubler  son  eau,  Mmg-Iingtzu 
enleva,  uns  se  laire  voir,  les  vêtements,  qui  étaient  d'une  forme  et  d'une  couleur 
extraordinaires.  La  femme,  ayant  pris  son  bain,  se  mit  i  crier  toute  en  colère  : 
«  Quel  voleur  a  pu  venir  ici  en  plein  jour?  Qu'on  me  rende  mes  vêtements!  > 
Ayant  aperçu  Ming-ling-izu,  die  se  jeta  par  terre  devant  lui.  Le  fermier  lui 
reprocha  de  venir  troubler  son  eau.  A  quoi  elle  répondit  que  les  fontaines, 
comme  les  arbres,  avaient  été  faifs  par  le  Créateur  pour  l'usage  de  tous.  Le 
fermier  lia  conversation  avec  elle  et,  découvrant  que  sa  destinée  était  de 
l'épouser,  il  refusa  absolument  de  lui  rendre  ses  vêtements,  sans  lesquels  elle 
ne  pouvait  s'en  aller.  Finalement,  ils  se  marièrent.  La  femme  vécut  avec  lui  dix 
ans  et  lui  donna  un  fils  et  une  fille.  Au  bout  de  ce  temps,  sa  destinée  fut  accom- 
plie; elle  monta  sur  un  arbre  pendant  l'absence  de  son  mari,  eL,  après  avoir 
dit  adieu  à  ses  enfants,  elle  se  mit  sur  un  nuage  et  disparut  (N.  B.  Dennys,  Tke 
Folk-tort  oj  China.  Hong-Kong,  1876,  p.  140). 

Plus  au  sud,  en  Ocèanie,  dans  l'Ile  Cèlèbes,  la  tribu  des  Bantik  raconte,  au 
sujet  de  l'origine  de  s^  ancêtres,  une  légende  qui  est  également  au  fond  notre 
conte.  La  voici  (Zettschrtft  der  Dtutichtn  Morgatl^ndkchtn  Gtteltschaft,  t.  VI, 
iSp,  p.  ij6.  —  Cf.  L.  de  Backer,  L'Archipet  indien^  1874,  p.  98)  :  Une  créa- 
ture i  moitié  divine,  Ouiahagi,  descendait  du  ciel  avec  sept  de  ses  compagnes 
pour  se  baigner  dans  une  fontaine  de  l'île.  Un  certain  Kasimbaha  les  aperçoit 
planant  au-dessus  de  lui  et  les  prend  pour  des  colombes  ;  il  est  bien  surpris  en 
voyant  que  ce  sont  des  femmes.  Pendant  qu'elles  se  baignent,  il  prend  un  de 
leurs  vêtements,  par  le  moyen  desquels  on  pouvait  s'élever  en  l'air.  Outa- 


)j6  E.  COSQUEN 

hjgi  est  obligée  de  rester  sur  terre  ;  il  Tépouse  et  eo  j  no  fils.  Elle  lai  recommude 
de  prendre  garde  qu'un  cheveu  bUrtc  qu'elle  a  soit  arraché.  Kasimbaha  l'jrracbe 
néanmoins,  et  Outahagi  disparait  au  milieu  d'un  aiîreux  ouragan  et  retourne  au 
ciel.  Le  mari^  ne  sachaot  comment  soigner  son  enfant,  chercheàraller  rejoindre. 
Il  veut  grimper  après  un  rotang  qui  allait  de  la  terre  au  ciel  ;  mais  il  essaie  en 
vain  :  te  roung  est  tout  couvert  d'épioes.  Heureusement  un  mulot  vient  i  soo 
aide  et  ronge  toutes  les  épines.  Kasimbaha  peut  donc  grimper  avec  son  fils  snr 
le  dos  et  il  arrive  au  ciel,  o£i  divers  animaux,  —  on  ne  voit  pas  trop  pourquoi, 
—  lui  rendent  encore  service  :  un  petit  oiseau  lui  indique  la  demeure  d'Outa- 
hagi  ;  un  ver  luisant  va  se  poser  sur  la  porte  de  sa  chambre.  Le  Irère  d'Oola- 
hagif  lequel,  lui  aussi,  est  une  sorte  de  demi-dieu,  veut  voir  si  son  beau-frère 
n'est  qu'un  mortel.  Il  l'éprouve  au  moyen  de  neuf  plais  couverts  ;  mais  une 
mouche  montre  à  ICasimbaha  le  plat  qu'il  ne  faut  pas  ouvrir.  On  le  garde  donc 
dans  le  ciel,  et  plus  tard,  il  fait  descendre  son  fils  sur  la  terre  au  bout  d'une 
longue  chaîne.  C'est  ce  fils  qui  est  U  tige  des  Bantilcs  '. 

Cette  légende  de  rttc  Cclébcs  présente  bien  évidemment  un  trait  qoe  nous 
avons  signalé  dans  certaines  variantes  européennes  du  thème  des  Jeunes  fitkt 
oiseaax  et  qui  forme  lien  entre  ce  thème  et  celui  auquel  se  rattache  plus  pani- 
culièrement  notre  conte  lorrain;  nous  voulons  parler  des  épreuves  auxquelles  \t 
héros  est  soumis.  Ce  trait,  qui  faisait  défaut  dans  les  contes  orientaux  ^ue  nous 
avons  analysés  avant  cette  légende,  nous  allons  le  retrouver  dans  d'autres  contes 
ou  oeuvres  littéraires,  également  orientaux,  du  type  des  Jeunes  filles  oiseaux. 

Prenons  d'abord  un  drame  birman  dont  l'analyse  a  été  publiée  dans  le  Jour- 
nal  ojlhe  Aiiatic  SocUtj  ofBtngclj  t.  VIII  (18591,  P-  Sî6.  *  Les  neuf  princesses 
de  la  ville  de  la  Montagne  d'argent,  séparée  du  séjour  des  mortels  par  une  triple 
barrière  (la  première,  une  haie  de  roseaux  épineux  ;  la  seconde,  un  torrent 
de  cuivre  en  fusion  ;  la  troisième,  un  Bdoa  ou  démon),  ceignent  leurs 
ceiotures  enchantées  qui  leur  donnent  le  pouvoir  de  traverser  l'air  avec  ta 
rapidité  d'un  oiseau,  et  visitent  une  belle  forêt  dans  les  limites  de  \'ile  du  Saà 
{\i  terre).  Pendant  qu'elles  se  baignent  dans  un  lac,  elles  sont  surprises  par  un 
chasseur  qui  lance  sur  la  plus  jeune,  Mananhurry,  un  nœud  coulant  magique 
et  l'amène  au  jeune  prince  de  Pyenlsa.  Celui-ci  e:it  si  frappe  de  sa  merveilleuse 
beauté  qu'il  en  fait  sa  «  première  reine  i,  quoiqu'il  ait  épousé  tout  récemment 
la  fille  de  l'astrologue  royal.  Le  prince  est  obligé,  peu  de  temps  après,  par 
ordre  du  roi  son  père,  de  marcher  à  la  tète  de  l'armée  contre  les  rebelles.  L'as- 
trotogue  profite  de  son  absence  pour  expliquer  un  songe  qu'a  eu  le  roi,  en  lui 
persuadant  qu'il  n'a  d'autre  moyen  d'apaiser  le  mauvais  génie  qui  en  veut  i 


I.  Le  conte  suivant,  qui  a  été  recueilli  dans  la  Nouvelle-Zélande,  nous  par^t 
être  une  version  défigurée  de  cette  légende.  Une  jeune  fille  de  race  céleste  a 
entendu  vanter  la  valeur  et  la  beauté  du  grand  chef  Tawhalci.  Elle  descend  du 
ciel  pour  être  sa  femme.  Plus  tard,  offensée  d'une  réflexion  que  son  mari  fait 
au  sujet  de  la  petite  fille  qu'elle  a  mise  au  monde,  elle  prend  I  enfant  et  s'envole 
avec  elle.  Tawhaki  grimpe  à  une  plante  qui  s'élève  jusqu'au  ciel  •  arrivé  li,  ii 
est  traité  avec  mépris  par  les  parents  de  sa  femmt-  ;  mais  à  la  fin  celle-ci  le 
reconnaît  et  il  devient  dieu  iZemchrift  fur  nrglachindt  Sprachforsckung, 
t.  XVm,  p.  61). 


CONTES  POPUUIRES  LORRAINS  5  J7 

soti  pouvoir,  qu'en  lui  sacrifiant  la  belle  Mananhurry,  La  nfièredu  prince,  dyani 
appris  \t  danger  dont  la  bien-aimée  de  son  fils  est  menacée,  va  la  trouver  et 
lui  rend  sa  ceinture  enchantée,  qui  avait  été  ramassée  par  le  chasseur  sur  le 
bord  do  lac  et  offerte  par  lui  i  la  reine-mère.  La  princesse  retourne  aussildl  â 
la  Montagne  d'argent  ;  mais,  en  chemin,  elle  s'arrête  cher  un  vieil  ermite  qui 
s'est  relire  sur  tes  confins  de  la  forêt,  cl,  après  lui  avoir  raconté  ses  aventures, 
elle  lui  confie  une  bague  et  quelques  drogues  magiques  qui  permettent  à  celui 
qui  les  possède  de  franchir  sans  danger  les  barrières  de  la  Montagne  d'argent. 
Le  jeune  prince,  ayant  terminé  son  expédition,  retourne  k  Pycntsa  et,  n'y 
retrouvant  plus  sa  chère  Mananhurrj,  il  repart  immédiatement  pour  aller  à  sa 
recherche.  Arrivé  auprès  de  ta  belle  forèl,  il  y  entre  seul,  visite  l'ermite,  qui 
lui  remet  la  bague  et  les  drogues  enchantées  -  puis  il  franchit  les  terribles  bar- 
rières et,  après  bien  des  aventures,  arrive  enfin  â  la  ville  de  la  Montagne  d'ar* 
gent  *.  Il  fait  connaître  sa  présence  à  Mananhurry  en  laissant  tomber  ta  bague  de 
celle-ci  dans  un  vase  rempli  d'eau  que  l'une  des  servantes  du  palais  va  porter  au 
bain  de  la  princesse.  La  nouvelle  de  son  arrivée  étant  parvenue  au  roi,  père  de 
'  Mananhurry,  celui*ci  est  irès-irrité  qu'un  mortel  ait  l'audace  de  pénétrer  dans 
son  pays  et  d'élever  des  prétentions  sur  sa  fille  ;  il  ordonne  de  le  soumettre  i 
diverses  épreuves.  Le  pHnce  doit  d'abord  dompter  des  chevaux  et  des  éléphants 
sauvages  ;  il  les  dompte.  Alors  le  roi  promet  de  lui  donner  sa  fille  s'il 
parvient  à  tirer  une  flèche  avec  un  des  arcs  du  palais  ;  le  prince  le  lait  avec 
une  aisance  cl  une  adresse  merveilleuses.  Le  roi  exige  une  dernière  épreuve  : 
il  faut  que  le  prince  distingue  le  petit  doigt  de  Mananhurry  parmi  les  doigts  des 
princesses  ses  sœurs  qui  lui  sont  présentés  au  travers  d'un  écran.  Grâce  au  roi 
des  moucherons  qui  lui  donne  les  indications  nécessaires,  le  prince  réussit  encore 
dans  cette  épreuve,  et  rien  ne  s'oppose  plus  â  sa  réunion  avec  la  belle  Manan- 
hurry. 

Les  Birmans  ayant  reçu  de  l'Inde  avec  le  bouddhisme  la  plus  grande  partie 
de  leur  littérature,  on  pouvait  affirmer  d'avance  que  tout  le  plan  de  ce  drame 
devait  avoir  été  calqué  sur  quelque  récit  indien.  Ce  qui,  du  reste,  le  démontre, 
c'est  que  nous  trouvons  dans  un  livre  thibétam,  le  Kandioui^  dont  l'origine  est 
indienne  et  bouddhique,  un  récit  presque  identique  pour  le  fond  au  drame  bir- 
man (Mim.  dt  t'Ac.  Je  Saint-Piursboarg^  t.  XIX,  n*  6  [1875],  p.  sxiv  seq.). 
L'identité  va  jusqu'au  nom  de  l'héroïne  :  Manoharâ,  dans  le  récit  thibétain  : 
hiananhusT),  dans  le  drame  birman  ;  preuve  certaine  d'emprunt  à  une  source 
commune,  qui  ne  peut  être  qu'indienne. 

On  a  remarqué  que  dans  le  drame  birman,  —  et  aussi  dans  son  pendant,  le 
récit  thibétain,  —  il  est  bien  question  des  épreuves  imposées  au  héros,  mais 
non  pas  du  secours  que  sa  femme  lui  apporte.  Ce  détail  caractéristique  s'est 
conservé  dans  un  conte  populaire  de  ce  type,  qui  a  été  recueilli  dans  l'Inde  chez 
les  Santals  et  qui,  sur  d'autres  points,  est  altéré  {îndian  Anli^ajrj.  Bombay, 


t.  M  est  curieux  de  constater  que  dans  le  conte  bohème  de  même  type  indi- 
qué plus  haut  (Waldau,  p.  248),  c'est  i  la  Mofilignt  d'or  que  le  héros  doit 
aller  re)oindre  sa  femme.  Dans  un  conte  tyrolien  (Zingerle,  I,  o*  }7),  c'est  A  la 
MonUgne  de  renc. 


J}8  E.  COSQUIN 

C.  IV,  187),  p.  to).  J)  s'agit  U  d'un  berger,  nommé  Toria,  qui  tiisxrl 
paître  ses  chèvres  sur  le  bord  d'une  rivière.  Or,  les  âlJes  du  soleil  avatent  cou- 
tume de  descendre  chaque  jour  du  ciel  le  long  d'une  toile  d'araignée  pour  aUtf 
se  baigner  dans  cette  rivière.  Voyant  un  jour  Toria,  elles  l'invitent  à  se  bai- 
gner avec  elles,  puis  elles  remontent  au  ciel.  Toria,  ayant  ainsi  tait  connais- 
sance des  filles  du  soleil,  devient  au  bout  de  quelque  temps  amoureux  de  l'aoe 
d'elles  et,  pour  l'obtenir,  il  s'avise  d'une  ruse.  Un  |our  qu'il  se  baigne  avec 
elles,  il  leur  propose  de  jouer  h  qui  restera  le  plus  longtemps  sous  l'eau,  et 
pendant  que  les  filles  du  soleil  plongent,  il  sort  de  la  rivière,  prend  \t  t^rkl 
{vêlement  de  dessus)  de  sa  bien-aimée  et  s'enfuit.  La  jeune  6lle  le  suit  jusqa'i 
sa  maison  ;  Toria  lui  rend  le  sârhi  cl  n'ose  lui  demander  sa  main,  mais  la  jeune 
611e,  voyant  ses  sœurs  parties,  dit  à  Toria  qu'elle  restera  avec  lui  et  sera 
sa  femme.  Malheureusement  pour  Toria,  un  mendiant,  qui  a  été  hébergé  dans 
sa  maison,  vante  au  roi  la  beauté  de  la  6ltc  du  soleil,  et  le  roi,  Tayaut  rut, 
cherche  un  moyen  de  se  débarrasser  du  mari  pour  faire  de  la  femme  <  sa  reine  t. 
Il  mande  auprès  de  lui  Toria  et  lui  ordonne  d'avoir,  en  une  seule  nuit,  creusa 
et  rempli  d'eau  un  grand  étang,  dont  les  bords  doivent  être  plantés  d'arbres; 
sinon,  il  sera  mis  à  mort.  La  femme  de  Toria  indique  à  celni-ci  un  moyen 
mt^gique  d'exécuter  ce  travail.  Ensuite  le  roi  fait  ensemencer  de  graine  de 
moutarde  une  grande  plaine,  et,  quand  tout  est  mûr,  il  commande  à  Toria  de 
récolter  la  graine  et  de  l'amasser  en  un  tas  ;  s'il  ne  l'a  pas  fait  en  un  jour,  îl 
sera  mis  i  mort.  La  fille  du  soleil  appelle  ses  colombes,  et  en  une  heure  ia 
besogne  est  terminée.  Viennent  ensuite  un  épisode  dont  nous  avons  donné 
l'analyse  dans  les  remarques  de  notre  n'*  20,  Ruhtdcau,  et  une  dernière  partie 
extrêmcmenl  bizarre  et  qui  ne  se  rapporte  pas  au  thème  que  nous  examinons. 
Il  est  inutile  de  relever  dans  ce  conte  indien  les  altérations  qu'a  subies  le  thème 
des  Jeanes  filles  oiseaux,  les  lacunes  qui  s'y  rencontrent  et  la  manière  toute  par- 
ticulière dont  est  amené  le  passage  relatif  aux  tâches  imposées  au  héros. 

Un  autre  conte  populaire  indien,  recueilli  dans  le  Bengale,  et  dont  nous 
avons  résumé  tout  l'ensemble  i  propos  de  notre  numéro  19,  le  Pait  Bossa, 
contient  épisodiquement  l'élément  principal  du  thème  des  Jmnes  filies  oiseaux 
{Inditin  Anti^uary,  X.  W,  187^,  p.  jy).  Parti  à  la  recherche  de  rd/r^rii  (dan- 
seuse céleste)  que  son  père  a  vue  en  songe,  le  prince  Siva  Dâs  consulte  un 
ascète  qui  lui  dit  :  «  Dans  la  forêt  il  y  a  un  étang  :  la  nuit  de  la  pleine  lune, 
cinq  apsaras  viendront  s'y  baigner;  elles  descendront  de  leur  char  enchanté  et 
déposeront  leurs  vêtements  sur  le  bord  de  l'étang;  pendant  qu'elles  seront  dans 
l'eau,  tu  prendras  leurs  vêtemerls  et  tu  resteras  caché,  »  Et  il  lui  indique  i 
quel  signe  ÏI  reconnaîtra  l'apsara  Tillottama,  dont  le  roi  a  rêvé.  Siva  Dâs  suit 
les  instructions  de  l'ascète,  et  les  apsaras  s'engagent,  s'il  leur  rend  leurs  vêle- 
ments, â  le  laisser  choisir  parmi  elles  pour  femme  celle  qu'il  voudrai 


1 .  Un  conte  des  Avares  du  Caucase  {Mim.  de  l'Ac.  de  St-PHershcurg,  t.  XJX, 
187J,  n"  6,  p.  7),  que  nous  avons  eu  également  i  rapprocher  de  notre  conte  le 
Petit  Bossa^  a  un  épisode  analogue.  Ce  sont  les  trois  filles  du  Roi  de  la  mer  qui 
chaque  jour,  à  midi,  arrivent  sous  forme  de  colombes  oour  se  baigner  dans  la 
mer.  Le  héros  s'empare  des  vêtements  de  plumes  de  la  plus  jeune  et  elle  est 


rOMTES  POPULAIRES   LORRAINS  5^9 

Enfin,  dans  un  livre  de  l'iode,  le  Çaiapatha  Brahmane,  cité  par  M.  Bcnfey 

(PantschatanUa,  1.  I,  p.   264K   l'apjara  Urtâçi  et  «$  compagnes  se  baignent 

dans  un  lac  sous  la  forme  de  canes  et  elles  i  se  rendent  visibles  >  au  roi  Paru* 

ravas,  c'est-à-dire  évidemment  se  montrent  â  lui  sous  leur  forme  véritable. 

Tels  sont  les  principaux  rapprochements  que  l'on  peut  faire,  à  notre  connais- 
sance, au  sujet  du  thème  des  Jeunts  filles  (Vitaux.  Cette  étude  spéciale  n'était 
évidemment  pas  étrangère  â  notre  sojet  :  il  fallait  bien,  par  des  atations  snffi- 
sammcni  développées,  montrer  que,  comme  nous  l'avons  dit,  l'épisode  des 
«  trois  plumes  qui  se  baignent  •  de  notre  conte  lorrain  n'appartenait  pas 
originairement  au  thème  principal  de  ce  conte,  et  qu'il  avait  été  emprunté  &  un 
thème  distinct,  où  il  était  encadré  dans  une  tout  autre  série  d'aventures. 

Venons  maintenant,  avec  quelques  détails,  au  passage  06  il  est  question  des 
épreuves  imposées  au  héros.  Ce  trait,  que  nous  avons  rencontré  dans  le  drame 
birman,  dans  le  récit  thibétam  et  dans  le  conte  populaire  du  Bengale,  —  se 
rattachant  tous  les  trois  au  thème  des  Jeanti  filla  oijmux,  —  nous  allons  le 
trouver  dans  un  conte  indien  tout  à  fait  du  type  de  Ckaitt  Blanche.  Voici  le 
résumé  de  ce  conte,  qui  fait  partie  de  la  grande  collection  fermée  par  Soma- 
deva  de  Cachemir  au  XI"  siècle  de  notre  ère,  la  KatkJ-Sara-Sàgjra,  V  #  Océan 
des  Histoires  »  (voir  l'analyse  du  7' livre  dans  les  comptes-rendus  de  l'Académie 
de  Leipzig,  1S61,  p.  2i\  seq.)  :  Le  jeune  prince  Çringabhuya  arrive  un  jour 
au  chJteau  d'un  ràkshûsa  (sorte  d'ogre  ou  de  mauvais  génie),  situé  au  milieu 
d'une  forêt.  Ce  râbhasa,  nommé  Agniçikha,  a  une  fille  nommée  flbpacikU. 
Les  deux  jeunes  gens  s'éprennent  l'un  de  l'autre,  et  la  fille  du  râkhasa  déclare  â 
son  père  qu'elle  mourra  si  celui-ci  ne  la  donne  pas  pour  femme  au  prince.  Agni- 
çikha consent  au  mariage,  mais  à  la  condition  qu'auparavant  le  prince  exécu- 
tera tous  les  ordres  qu'il  lui  donnera.  Ce  que  te  pnnce  a  d'abord  i  faire,  c'est 
de  reconnaître  sa  bien-aimée  au  milieu  de  ses  cent  scrurs  qui  toutes  lui  ressem- 
blent absolument  j  et  de  lui  poser  sur  le  front  la  couronne  de  fiancée.  RÛpaçikhâ 
a  prévu  cette  épreuve  et  le  prince  sait  d'avance  qu'elle  portera  autour  du  front 
un  fil  de  perles.  «  Mon  père,  ■  lui  a-t-cile  dit,  •  ne  le  remarquera  pas  ;  comme 
il  appartient  k  la  race  des  démons,  il  n'a  pas  beaucoup  d'esprit.  >  Çringabhuya, 
s'étani  bien  tiré  de  cette  première  épreuve,  reçoit  ensuite  l'ordre  de  labourer 
assez  de  terrain  pour  y  semer  cent  boisseaux  de  sésame  ;  labour  et  semailles 
doivent  être  terminés  pour  le  soir.  Grlce  â  RûpacikhÂct  i  son  pouvoir  magique, 
le  soir  le  tout  se  trouve  fait.  Alors  le  rAkshasa  exige  que  Çringabhuya  ramasse 
en  un  tas  toutes  les  graines  qu'il  vient  de  semer  ;  en  un  instant,  Rûpaçikhâ 
fait  venir  d'innombrables  fourmis,  et  les  graines  sont  vite  ramassées.  Enfin  le 
prince  doit  aller  inviter  au  mariage  le  frère  du  rikshasa,  un  autre  rikshasa^ 
nommé  Dtitlmaçikha.  Sa  fiancée  lui  donne  un  cheval  très-rapide  et  divers  objets 
magiques,  et  elle  lui  dit  de  s'enfuir  à  toute  bride  une  fois  son  invitation  faite. 
Suit  l'épisode  de  la  poursuite  et  des  objets  magiques,  que  nous  avons  étudié  i 
propos  d'un  passage  de  notre  n*  12,  U  Ptince  et  son  Cheval.  Le  râksh.asa  Agni- 
çiklia,  fort  étonné  de  voir  le  jeune  homme  échappé  à  un  si  grand  péril,  se  dit 


forcée  de  rester  sur  la  terre.  Nous  aurons  l'occasion  de  revenir  sur  cet  épisode 
du  conte  avare  et  sur  les  aventures  qui  le  suivent. 


540  E.  COSQUIN 

qu'il  doit  être  un  dieu  et  lui  donne  sa  fille.  Au  bout  de  quelque  temps,  le  prince 
désire  retourner  dans  son  pays,  mais  sa  femme  lui  conseille  de  quitter  secrète- 
inent  le  chJiieau  du  r^kshasa.  Le  lendemain  donc,  les  deux  jeunesgens  s'enhiicnt 
sur  leur  bon  cheval.  Bientôt  Agntçikha,  furieux,  se  met  à  leur  poursuite.  Quand 
il  est  près  d'eux,  RÛpacikhA  rend  invisibles  son  mari  et  le  cheral,  cl  elle  se 
change  elle-même  en  paysan  ;  elle  prend  la  hache  d'un  bûcheron  et  se  met  i 
fendre  du  bois.  Agniçikha  demande  au  prétendu  bûcheron  s'il  n'a  pas  vu  les 
fugitifs.  €  Nous  n'avons  vu  personne,  »  répond  RùpaçilchJI  ;  t  aussi  bien  nos 
yeux  sont  remplis  de  larmes  à  cause  de  la  mort  du  prince  des  rÂkshasas,  Agnî- 
çtkha,  qui  est  trépassé  au{Ourd'htii.  Nous  sommes  en  train  de  couper  du  boîs 
pour  son  bûcher.  —  Ah  !  malheureux,  »  se  dit  Agniçikha,  «  je  suis  donc  mort! 
Maintenant  que  m'importe  ma  fille  ?  Je  retourne  â  la  maison  et  je  vaisdemander 
à  raei  gens  comment  la  chose  est  arrivée.  »  H  retourne  chez  lui;  mais,  ses  geos 
lui  ayant  dit  qu'il  était  encore  en  vie,  il  reprend  sa  poursuite.  Alors  sa  fille  se 
change  en  un  messager,  tenant  une  lettre  à  la  main,  et  quand  le  rikshasa  lui 
demande  des  nouvelles  des  fugitifs,  le  messager  lui  dit  qu'il  a  bien  d'autres 
choses  en  léte  :  le  prince  des  râkshasas  Agniçikha  vient  d'ttre  mortellement 
blessé  dans  une  bataille  et  il  l'envoie  en  toute  hâte  appeler  son  frère  auprès  de 
lui,  pour  qu'il  lui  transmette  son  royaume.  Voilà  le  rÂkshasa  de  nouveau  tout 
bouleversé  ;  il  retourne  vite  i  son  château,  où  ses  gens  parviennent  à  le  con^ 
vaincre  qu'il  est  en  parfaite  santé  ;  mais  il  renonce  à  poursuivre  les  jeunes  gens 
et  ceuX'Ci  arrivent  heureusement  dans  le  pays  de  Çringabhuya. 

Nous  réservant  de  revenir  sur  quelques  traits  de  ce  curieux  conte  indien,  nous 
désirerions  nous  arrêter  un  instant  sur  les  diverses  tâches  imposées  au  jeune 
homme  dans  notre  conte  lorrain.  La  première  se  retrouve  exactement  dans  un 
conte  westphalien  de  même  type  (Grimm,  n'  1 1  j),  où  le  héros  reçoit  l'ordre  de 
couper  une  grande  forèi  et  n'a  d'autres  outils  qu'une  hache,  un  coin  et  une 
cognée  de  verre,  Dans  un  autre  conte  allemand  (Grimm,  n'  19J),  où  notre 
thème  et  celui  des  Jeunes  filles  oiseaux  se  mélangent  très- intimement,  le  jeune 
homme  n'a  qu'une  hache  de  plomb  et  des  coins  de  fer  blanc  et  il  doit,  comme 
dans  notre  conte,  mettre  tout  te  bois  en  corde.  Dans  l'un  des  contes  catalans 
mentionnés  plus  haut  [Ronâallajn^  I,  p.  8^),  dans  le  conte  basque,  dans  le 
conte  transylvain,  le  prince  doit  non-seulement  abattre  une  grande  forêt,  mais, 
dans  les  deux  premiers,  y  semer  du  blé  et  faire  la  moisson;  dans  le  dernier,  la 
mettre  en  corde  et  planter  à  la  place  une  vigne  qui  donne  dêjidu  raisin.  Voyez 
encore  le  conte  picard  mentionné  plus  haut  {Miiasine,  1877,  col.  446),  un  conte 
breton  du  même  type,  assez  altéré  (F.  M.  Luzel,  \'  rapport,  p.  26),  un  conte 
allemand  (MiillenhofT,  p.  J9^),  le  conte  grec  moderne  également  mentionné 
(Hahn,  n»  ^)  et  un  conte  du  Tyrol  allemand,  du  type  des  Jeunes  filks  oiseaux 
(Zingerle,  I,  n"  n)- 

Dans  le  conte  westphalien,  l'une  des  tâches  est,  comme  dans  notre  conte 
lorrain,  de  bJitir  un  château  (cf.  Grimm,  n"  186)  ;  mais  il  n'y  est  pas  question 
du  singulier  moyen  qu'il  faut  employer  pour  avoir  la  a  belle  flèche  >.  Ce  bizarre 
passage  se  retrouve  sous  diverses  formes  dans  plusieurs  autres  contes  de  ce  type. 
Ainsi,  dans  le  conte  du  Tyrol  italien  n"  27  de  la  collection  Schneller,  l'enchan- 
teur ayant  ordonné  au  jeune  homme  d'enlever  un  rocher  qui  est  au  milieu  d'un 


CONTES   POPULAIRES   LORRAINS 


54' 


lac,  sa  fille  indique  au  jeune  homme  ce  qu'il  faut  faire  :  il  prendra  une  épée  et 
an  seau,  coupera  la  tète  Â  la  jeune  6lle  et  fera  coûter  le  sang  dans  te  seau  ; 
mais  il  aura  soin  qu'il  n'en  tombe  point  par  terre.  II  en  tombe  trois  gouttes  ;  ta 
jeune  fille  disparait,  mais  bientôt  après  elle  revient  et  dit  au  jeune  homme  que, 
par  son  inattention,  il  avait  rendu  la  chose  presque  impossible,  mais  en6n  elle 
a  réussi.  —  Dans  ce  conte,  comme  dans  le  nôtre,  cet  incident  n'entraîne 
aucune  conséquence.  Il  n'en  est  pjs  de  même  dans  les  contes  qui  vont  suivre. 
Dans  les  deux  contes  catalans  déjà  meutionoés  {Rondallayre^  \,  p.  41  et  p.  8)) 
et,  i  peu  de  différence  près,  dans  le  conte  basque,  le  héros  doit  retirer  un 
anneau  du  fond  de  la  mer.  Sa  bien-aimée  lui  dit  de  la  couper  en  morceaux,  de 
mettre  le  sang  dans  une  fiole,  la  chair  dans  une  autre,  en  prenant  bien  garde 
de  rien  laisser  tomber  par  terre,  et  de  jeter  le  tout  ï  la  mer.  Malgré  tout  le 
soin  du  héros,  il  tombe  par  terre  une  goutte  de  sang.  Néanmoins  la  jeune  fille 
retire  l'anneau.  Ensuite  son  père  dit  au  jeune  homme  qu'il  lui  faudra  reconnaître 
sa  fiancée  entre  ses  deux  saurs  :  elles  seront  placées  toutes  les  trois  derrière 
une  cloison  et  passeront  i  travers  un  trou  le  petit  doigt  de  leur  main  droite 
(c'est  tout  Â  fait,  comme  on  voit,  le  drame  birman).  Comme,  depuis  que  la 
goutte  de  sang  est  tombée  par  terre,  il  manque  une  phalange  au  petit  doigt  de 
la  jeune  fille,  le  héros  n'a  pas  de  peine  à  la  reconnaître.  —  Le  conte  picard 
présente  cet  épisode  d'une  autre  façon.  Le  diable  ayant  ordonné  au  jeune 
homme  d'aller  chercher  un  nid  au  sommet  d'une  haute  tour  de  marbre,  la  fille 
du  diable  dit  i  son  ami  de  la  couper  en  morceaux,  qu'il  fera  cuire  dans  une 
chaudière.  Avec  ses  os  il  fera  une  échelle  et  il  pourra  grimper  à  la  tour.  Quand 
le  jeune  homme  remet  les  os  \  leur  place,  il  oublie  ceux  du  petit  doigt  du 
pied.  C'est  ce  qui  lui  permet  de  distinguer  sa  fiancée  quand  le  diable  lui  dit 
de  choisir  par  la  nuit  noire  parmi  ses  trois  filles  couchées  i'une  prés  de  l'autre. 
—  Dans  te  conte  écossais  o*  2  de  la  collection  Campbell,  la  fille  du  géant  fait 
au  prince  une  échelle  avec  ses  propres  doigts,  pour  qu'il  puisse  dénicher  un  nid 
et,  comme  elle  y  a  perdu  son  petit  doigt,  le  prince  peut  ensuite  la  dislmguer 
entre  ses  deux  sœurs.  —  Le  conte  milanais  cité  plus  haut  a,  lui  aussi,  cet 
épisode,  mais  incomplet.  Le  vieillard  qui  enseigne  au  jeune  homme  comment  il 
devra  se  comporter  chez  le  Roi  du  Soleil,  lui  dit  que  ce  dernier  lui  bandera  les 
yeux,  quand  il  s'agira  de  choisir  une  de  ses  filles  ;  il  faudra  que  te  jeune  homme 
leur  prenne  i  chacune  les  mains,  et  celle  qui  aura  un  doigt  coupé,  ce  sera  la 
plus  belle. 

Il  y  a  donc  à  cet  endroit,  dans  notre  conte  lorrain,  une  lacune  tris-facile  du 
reste  à  remplir.  Le  jeune  homme,  qui  a  les  yeux  bandés,  reconnaît  évidemment 
la  >  Plume  verte  •  en  lui  prenant  la  main,  i  l'os  qu'il  lui  a  mal  remis.  —  Dans 
divers  autres  contes,  le  héros  doit  aussi  reconnaître  sa  fiancée  ;  mais  les  circoos* 
tances  sont  différentes. 

La  transformation  de  la  Plume  verte  en  chatte  blanche  rappelle  de  loin  le 
conte  suédois  U  Prime  ci  Maièria,  n**  14  de  la  collection  Cavallius,  oli  Mes&é- 
ria  dit  au  prince  qui  doit  la  reconnaître  au  milieu  de  ses  sœurs,  métamorphosées 
comme  elle  en  animaux,  qu'elle  sera  changée  en  petit  chat. 

Quant  au  conseil  donné  à  iean  par  la  Plume  verte  de  ne  pas  accepter  la 
chaise  que  )e  diable  lui  offrira,  il  but,  croyons-nous,  pour  le  comprendre,  le 


(43  E.  cosqym 

rapprocher  d'un  trait  d'un  autre  conte  suédois  du  mSme  genre  (CmlfiDL 
n"  14  B).  Dans  un  épisode  oâ  le  héros  est  envoyé  par  l'ondine  chez  une  sor^ 
cièfp,  sa  sœur,  sous  préteite  d'en  rapporter  des  c^ideaux  ôq  noce  (comparer 
plot  h^ut  le  conte  indien  de  Soraadéva),  Il  s'abslienl,  d'après  tes  conseils  de  ta 
fiancée,  de  s'asseoir  sur  diverses  chaises  qui  lui  sont  ofTerles  ;  car  si  l'on  s'assMd 
sur  telle  ou  telle  chaise,  on  est  exposé  i  tel  ou  le!  danger.  —  Dans  le  conte 
picard,  la  fille  du  diable  recommande  au  jeune  homme  de  ne  pas  manger  de 
viande  et  de  ne  pas  boire  de  vin  chez  le  diable;  sinon  il  serait  empoisonne.  (Le 
conte  suédois  renferme  également  le  conseil  de  ne  rien  manger,  sous  peine  de 
mourir.) 

Nous  ne  sommes  pas  encore  au  bout  des  altérations  que  présente  notre  conte 
lorrain.  Dans  le  passage  ofi  le  diable  se  met  à  la  poursuite  des  deux  [eunes 
gens,  l'idée  première  est  encore  tout  i  fiait  obscurcie.  Dans  le  tiième  primitif, 
ce  ne  sont  pas  des  personnages  étrangers  jusque-là  à  l'action,  —  casseur  de 
pierres,  laboureur  —  qui,  on  ne  sait  trop  pourquoi,  répondent  au  diable  lont 
de  travers  et  l'amènent  h  renoncer  à  sa  poursuite  ;  c'est  l'un  des  deux  jeinies 
gens,  après  que,  grAce  au  pouvoir  magique  de  la  fille  du  diable,  ils  ont  prs 
l'un  et  l'autre  diverses  formes,  comme  on  l'a  vu  dans  notre  n'  9  VOistau  vert. 
Ainsi,  dans  un  conie  allemand  [Wolf,  p.  3Ç}))>  l3  fille  du  diable  se  change  en 
rocher  et  transforme  !e  jeune  homme  en  casseur  de  pierres  qui  feint  d'être  sourd 
et  parle  de  son  travail  et  de  sa  misère  en  réponse  à  toutes  les  questions  qu'on 
lui  adresse  ;  dans  un  conte  tyrolien  (Schneller,  n"  27),  la  fille  de  l'enchanteur 
change  son  mari  en  jardin  et  prend  elle-même  la  forme  d'une  vieille  jardinière 
qui  répond  aux  questions  :  Achetez  de  la  belle  salade,  etc.  ;  puis  viennent  les 
transformations  suivantes  :  lac  et  pécheur  qui  offre  sa  marchandise,  église  et 
prêtre  qui  demande  à  l'enchanteur  de  lui  servir  sa  messe.  Voyeï  encore  le 
contecatatan,  t.  I  p.  8^,  du  Rondaliayre  ;  un  conte  toscan  iRivista  di  lettentara 
popoiûre.  Vol.  I,  fasc.  II.  Roroa,  1878,  p.  Sj)  ;  les  contes  siciliens  n"  S4  et  ^^ 
de  la  collection  Gonzenbach,  n'  1  j  de  la  collection  Pitre  ;  le  conte  picard  publié 
dans  Mélusiiii.  Le  conte  indien  de  Somadeva  présente  cette  même  idée  sous  une 
forme  particulière  *.  —  D'autres  contes  de  ce  type  (conte  russe,  conte  csthonien) 
ont,  comme  notre  Oiseau  vert,  les  transformations,  mais  non  les  réponses  de 
travers.  D'autres  enfin  (parc.KcmpIc  le  conte  écossais,  le  conte  norn-égien,  le 
conte  danois,  le  conte  catalan,  l'autre  conte  basque),  au  lieu  des  transforma- 
tions, ont  l'épisode  des  objets  magiques  qui  opposent  des  obstacles  à  la  pour- 
suite, épisode  dont  nous  avons  parlé  à  propos  de  notre  n"  1  a  Z.^  Prince  et  son 
Cheval  et  que  nous  avons  retrouvé,  mais  différemment  encadré,  dans  le  conte 
indien  de  Somadeva. 

Vers  la  fin  de  notre  conte  de  Chatte  Blanche^  la  défense  faite  à  Jean  par  la 
Plume  verte  de  se  laisser  embrasser  par  ses  parents,  sous  peine  de  perdre  sa 
beauté,  amène  un  épisode  qui  semble  assez  inutile.  C'est  que,  là  aussi,  la  don- 
née primitive  est  altérée.  Dans  les  contes  de  ce  type  oti  elle  a  été  Bdèlement 


i.  Un  conte  toscan  (V.  Imbriani.  La  ^ovelhja  fiorenltriii ,  p.  4ÛJÎ  offre,  dans 
un  passage  analogue,  la  même  altération  que  notre  conte  lorrain.  —  Cf.  ua 
conte  grec  moderne  (Hahn,  n"  41,  p.  248  du  i^  volume). 


CONTES  POPULAIRES  LORRAINS  54^ 

conservée,  quand  te  jenoe  homme  va  revoir  ses  parents,  sa  fiancée  le  supplie 
de  ne  se  laisser  embrasser  par  personne,  sinon,  il  l'oubliera  et  l'abandonnera. 
Sa  mère  l'ayant  embrassé  pendant  qu'il  dort,  les  choses  arrivent,  en  elTet, 
comme  la  '[«une  611e  l'a  prédit,  et  le  jeune  homme  est  au  moment  d'en  épouser 
une  autre,  quand  la  vraie  fiancée  trouve  moyen  de  triompher  de  cet  oubli  (sou- 
vent en  faisant  paraître  devant  lui  deux  oiseaux  enchantés  qui,  par  les  paroles 
qu'ils  échangent  entre  eux,  réveillent  ses  souvenirs).  Voir  les  contes  mentionnés 
par  M.  iCœhler  dans  la  revue  Orient  und  Occident  [\i,  p.  to})  et  dans  ses 
remarques  sur  te  n*  14  de  ta  collection  Gonzenbach.  Nous  y  ajouterons  le  conte 
breloQ,  le  conte  basque  et  le  conte  toscan  ci-dessus,  un  conte  italien  de  Rome 
(Busk,  p.  8|,  un  conte  sialien  (Pitre,  n'>  ij),  un  conte  grec  moderne  (B.  Schmidt, 
Griechisciu  Marchai,  Sagtn  und  Volkiludtr^  Leipzig,  1S77). 

La  fin  de  notre  conte  lorrain  est  encore  défigurée.  La  forme  véritable  se 
trouve,  par  exemple,  dans  le  conte  suédois  n*>  14  B  de  la  collection  Cavallius. 
Trois  seigneurs  font  à  Singorra,  la  fiancée  oubliée,  réfugiée  chez  de  pauvres 
gensj  des  propositions  désbonnétes.  Elle  les  laisse  venir  l'on  telle  nuit,  l'autre 
telle  autre,  et  dit  au  premier  qu'elle  a  oublié  de  fermer  sa  fenêtre;  au  second, 
que  sa  porte  est  restée  ouverte  ;  au  troisième,  que  son  veau  n'est  pas  enferme. 
Ils  s'offrent  à  aller  fermer  l'un  la  fenêtre,  l'autre  la  porte,  le  troisième  i 
enfermer  le  veau;  mais,  par  l'effet  magique  de  quelques  paroles  prononcées  par 
Singorra,  ils  restent  attachés,  l'un  â  la  porte,  l'autre  i  la  fenêtre,  l'autre  au 
veau,  et  passent  la  nuit  la  plus  désagréable.  (Voir  les  remarques  de  M.  ICcehIer 
sur  le  a^  6^  de  La  collection  Gonzenbach.)  —  Cet  épisode  n'existe,  à  notre 
connaissance,  que  dans  les  contes  suivants  de  ce  type  :  le  conte  sicilien  et  le 
conte  suédois  qui  viennent  d'être  indiqués,  le  conte  norwégien,  les  deux  contes 
islandais,  le  conte  écossais  n'  2  de  la  collection  Campbell,  le  conte  allemand 
p.  )9J  de  la  collection  Mûtlenholf,  le  conte  du  Tyrol  italien,  le  conte  toscan, 
le  conte  basque  et  le  conte  picard.  Dans  ces  deux  derniers,  il  est  altéré, 
surtout  dans  le  conte  picard,  où  il  est  presque  méconnaissable.  Comparez  un 
conte  irlandais  (P.  Kennedy,  Ugendary  Futioni  oj  ihe  Insh  Ctlls,  p.  6]),  un 
conte  allemand  résumé  par  Guillaume  Grimm  (t.  III.  p.  jjo)  et  aussi  <ibid. 
p.  I  ^4]  un  autre  conte  allemand  (variante  du  n°  88  de  ta  collection  Grimm). 

Au  XVtl*  siècle,  Basile  insérait  dans  son  Ptntamtront  (n**  17  et  2<))  dcov 
contes  de  ce  genre.  Dans  le  premier  se  trouve  l'épisode  des  tâches,  parmi  les- 
quelles celle  de  fendre  et  scier  un  tas  énorme  de  bois,  et  aussi  l'épisode  de  la 
fiancée  oubliée  et  de  la  colombe  qui  reproche  cet  oubli  au  prince^  comme  dans 
les  contes  indiqués  plus  haut.  Dans  le  second,  l'onbli  seolemeni  et  l'aventure 
des  trois  seigneurs  mystifiés. 

Il  semble  naturellement  indiqué  de  rapprocher  de  notre  conte  l'idée  générale 
du  mythe  grec  de  Jason  et  Médée,  qui,  du  reste,  a  bien  l'air  d'un  conte  popu- 
laire. Jason,  pour  obtenir  la  toison  d'or,  doit  accomplir  plusieurs  travaux  ; 
Médée,  fille  de  celui  qui  les  lui  a  imposés,  vient  à  son  secours  par  des  moyens 
magiques.  Ils  s'enfuient  ensemble  et  échappent  i  la  poursuite  du  père  de  Médée. 
Plus  tard,  —  bien  des  années  après,  il  est  vrai,  et  tout  i  fait  de  galtéde  conir, 
—'  Jason  abandonne  sa  libératrice  {Apollodori  fiiMtoiAfa,  It  9,  a)  seq.). 


S44 


.f..cosQum 


XXXIll. 

LA  MAISON  DE  LA  FORÊT, 

Il  était  une  fois  un  soldat,  nonuné  La  Ramée.  Il  dît  un  jour  à  son 
capitaine  qu'il  voulait  aller  parler  au  roi.  Le  capitaine  lui  accorda  an 
congé  de  quelques  jours,  et  La  Ramée  se  mit  en  route.  Il  avait  déji  fait 
une  quarantaine  de  lieues,  lorsqu'il  retourna  sur  ses  pas.  ■  Te  voilà 
revenu  de  ton  voyage?  »  lui  dit  le  capitaine.  —  «  Non,»  répondit 
La  Ramée  ;  «  c'est  que  j'ai  oublié  ma  ration  de  pain  et  deux  liards  qui 
Rie  sont  dus.  —  Au  lieu  de  deux  liards,  »  dit  te  capitaine,  a  je  vais  le 
donner  deux  sous,  d  La  Ramée  mit  les  deux  sous  dans  sa  poche,  te 
pain  dans  son  sac,  et  reprit  le  chemin  de  Paris. 

Comme  il  traversait  une  grande  forêt,  il  rencontra  un  chasseur.  «  Bon- 
jour, n  lui  dit-il,  '(  où  vas-iu  ?  —  Je  vais  à  tel  endroit.  —  Moi  aussi. 
Veux-tu  faire  route  avec  moi  ?  —  Volontiers,  »  dit  le  chasseur. 

La  nuit  les  surprit  au  milieu  de  la  forêt  ;  ils  finirent  par  trouver 
une  maison  isolée  où  ils  demandèrent  à  loger.  Une  vieille  femme  qui 
demeurait  dans  cette  maison  avec  une  petite  fille  leur  dit  d'entrer  et  leur 
donna  à  souper.  Pendant  qu'ils  mangeaient,  l'enfant  s'approcha  de  La 
Ramée  et  lui  dit  de  se  tenir  sur  ses  gardes,  parce  que  cette  maison  était 
un  repaire  de  voleurs. 

Après  le  souper,  le  chasseur,  qui  n'avait  rien  entendu,  paya  iranqufl- 
lemeni  l'écot,  et  laissa  voir  l'or  et  l'argent  qu'il  avait  dans  sa  bourse. 
Puis  la  vieille  les  fit  monter  dans  une  chambre  haute.  Le  chasseur  se 
coucha  et  fut  bientôt  endormi  ;  mais  La  Ramée,  qui  était  prévenu,  poussa 
une  armoire  contre  la  porte  pour  la  barricader. 

Au  milieu  de  la  nuit ,  les  voleurs  arrivèrent.  La  vieille  leur  dit  qu'il  se 
trouvait  là  un  homme  très-riche  et  qu'ils  pourraient  faire  un  bon  coup. 
Mais  La  Ramée  ne  dormait  pas,  et,  quand  les  voleurs  essayèrent  d'en- 
foncer la  porte,  ils  ne  purent  y  parvenir.  Ils  dressèrent  alors  une  échelle 
contre  la  fenélre  de  ta  chambre,  et  La  Ramée  entendit  Pun  d'eux  deman- 
der dans  l'obscurité  :  «  Tout  est-il  prét.^  —  Oui,  »  dit  La  Ramée. 

Le  voleur  grimpa  à  l'échelle  et,  comme  il  avançait  la  tète  dans  la 
chambre,  La  Ramée  la  lui  abattit  d'un  coup  de  sabre.  Un  second  voleur 
vint  ensuite  et  eut  le  même  sort  ;  puis  un  troisième,  et  ainsi  des  autres 
jusqu'à  huit  qu'ils  étaient.  Quand  La  Ramée  eut  fini,  il  voulut  compter 
les  têtes  coupées;  mais,  comme  il  faisait  sombre,  il  crut  qu'il  y  en  avait 
neuf,  «  Bon!  »  dit-il,  n  voiU  que  j'ai  tué  mon  compagnon  avec  les 
autres  !  »  Cependant  il  chercha  partout,  et  finit  par  trouver  le  chasseur 
sous  le  lit,  où  il  était  blotti,  plus  mort  que  vif. 


CONTES   POPULAIRES    LORRAIKS  545 

Le  lendemain  matin,  La  Ramée  jeta  la  méchante  vieille  dans  un  grand 
feu  et  fit  un  beau  cadeau  à  la  petite  fille.  La  maison  était  pleine  d'or  et 
d'argent,  mais  il  n'en  fut  pas  plus  riche  :  le  chasseur  avait  tout  empoché. 
La  Ramée  lui  dit  adieu  et  continua  son  voyage. 

Arrivé  à  Paris,  il  entra  dans  un  beau  café  pour  se  rafraîchir.  Quand  il 
voulut  payer,  on  lui  dit  qu'il  ne  devait  rien,  o  Tant  mieux  !  »  se  dit-il  ; 
tt  c'est  autant  de  gagné.  »  Il  entra  plus  loin  dans  un  autre  café,  et,  après 
qu'il  se  fut  bien  régalé,  on  lui  dit  encore  qu'il  ne  devait  rien.  >i  Voilà  qui 
va  bien,  n  pensa  La  Ramée;  «  qu'il  en  soit  toujours  ainsi  I  «  Il  alla  se 
loger  à  l'hôtel  des  princes,  et,  là  encore,  il  n'eut  rien  à  payer. 

Pendant  qu'il  était  à  réfléchir  sur  son  aventure,  il  vint  à  penser  au 
chasseur  qui  avait  pris  tout  l'argent  dans  la  maison  de  la  forêt.  <>  Ah!  » 
dit-il,  «  que  je  le  rencontre,  ce  gredin-là,  cl  je  lui  en  ferai  voir  de 
belles  !  » 

Au  même  instant,  une  porte  s'ouvrit  et  le  chasseur  parut  devant  lui. 

(t  Attends,  coquin,  »  cria  La  Ramée,  »  que  je  te  tue  !  u 

Le  chasseur  s'esquiva  ;  mais,  quelques  instants  après,  il  revint,  vêtu  en 
prince.  «  Ah  !  sire,  n  lui  dit  La  Ramée>  u  je  vous  demande  pardon,  je 
ne  savais  pas  qui  vous  étiez.  »  Le  roi  lui  dit  :  <r  Tu  m'as  sauvé  la  vie  ; 
en  récompense  je  te  donne  ma  sœur  en  mariage.  >  La  Ramée  ne  se  fît 
pas  prier,  et  les  noces  eurent  lieu  te  jour  même. 

Ce  petit  conte  se  retrouve  en  Allemagne  et  en  Vénétîe. 

Comparczd'abord,  dans  la  collection  Wolf(Û«(ï«Ac  WdUJffirfrcA^n), le contealle- 
mandp.  6^.  Un  soldat  qui  a  déserté  rencontre  dans  une  forêt  un  chasseur  et  arrive 
avec  lui  dans  un  repaire  de  brigands.  Il  se  fait  passer,  lui  et  son  compagnon, 
pour  des  voleurs  d'une  autre  bande  et  trouve  moyen  de  tuer  les  brigands  par 
surprise.  Son  compagnon  s'est  caché  pendant  le  combat  ;  le  soldat  le  raille  de 
sa  poltronnerie.  Arrivé  seul  i  la  capitale  du  pays,  il  voit  avec  étonnement  tous 
les  factionnaires  lui  présenter  les  armes.  Le  roi,  i  qui  il  va  demander  du  ser- 
vice^  le  reçoit  fort  bien  et  se  fait  reconnaître  i  lui  pour  le  chasseur  de  la  forêt. 
Le  soldat  se  confond  en  e.tcuses.  Finalement,  il  est  nommé  colonel  dans  U 
garde  du  roi  et  devient  bientôt  feld-maréchal. 

La  collection  Grimm  renferme  un  conte  tout  i  fait  du  m^me  genre  (a"  199). 
Compare2  aussi  an  troisième  conte  allemand,  n*  10  de  la  collection  Sïmrock. 

Dans  le  conte  italien  de  Vénétie  Uahrb.  fur  rom.  unâ  engt.  Lit.^  année  1866, 
p.  )2i),  Beppo  Pipelta,  soldat  du  roi  d'P.cosse,  s'en  allant  en  congé  chez  ses 
parents,  rencontre  sur  une  montagne  le  roi  qui  faisait  un  voyage  i  pied.  Se 
doutant  que  c'est  un  grand  personnage,  Beppo  s'offre  Â  l'accompagner.  Ils  entrent 
ensemble  dans  une  auberge  mal  famée,  dont  l'hôte  les  prévient  que  le  soir  il 
doit  venir  des  brigands.  Beppo  mange  le  dîner  des  brigands;  puis  on  conduit 
les  deui  compagnons  dans  une  chambre  haute.  Arrivent  les  brigands.  Beppo, 
qui  est  resté  aux  aguets,  tue  un  des  hommes  envoyés  i  la  découverte,  pub  un 
tecond,  on  troisième,  un  quatrième.  Restent  trois  brigands  qui  se  présentent  i 
ttomâMiOj  VU  j  } 


f4<3  E.  COSQUIM 

leur  toor.  Beppo  casse  la  tète  i  l'un  d'un  coup  de  pistolet  et  coucbt  par  Um 
les  deux  autres  d'un  coup  d'épée.  Le  roi  se  sépare  amicalement  de  B^ppo,  ifni 
s'en  va  dans  sa  famille  et  revient  ensuite  à  son  régiment.  A  peine  d«  rctoor  i  b 
caserne,  il  est  mandé  auprès  do  roi.  Dans  la  salie  d'audience  il  trcmve  le  sei- 
gneur, son  ancienne  connaissance.  ■  Que  faites-vous  ici?  >  lui  demande-t-H. 
—  <  Je  suis  appelé  auprès  du  roi.  —  Moi  aussi,  >  dit  Beppo.  Le  seigneur  ! 
relire,  et  bientôt  Beppo  est  appelé  prés  du  roi  qui  le  reçoit  en  grand  appareil, 
avec  sa  couronne  et  son  manteau  royal,  et  l'interroge  sur  l'affaire  des  brigands. 
Il  lui  demande,  entre  autres  choses,  s'il  a  des  témoins,  t  Oui,  sire,  ■  répond 
Beppo,  qui  ne  le  reconnaît  pas.  c  J'ai  pour  témoin  uo  seigneur  qui  doit  être 
en  bas  dans  le  pabis.  —  Ce  n'est  pas  vrai,  i  dit  le  roi,  t  car  le  voici  devant 
vous.  »  Le  roi  récompense  généreusement  Beppo. 


XXXIV. 


POUTIN  ET  POUTOT. 


Ç'ataut  Poutin  et  Poutoi  que 
falaini  ménage  assane.  Ain  joû  1 
s'disèreni  : 
«  J'allons  allée  à  fraises.  » 
Lo  v'ià  partis  â  fraises.  Poutot 
ataut  bé  pu  hébéle  à  maingée  que 
Pûuiin.  Qua  \  feui  plein,  1  H  dise  : 

«  A  cl' heuoure, veux-tu  rev'né? 

—  Niant,  je  n'veume  rev'né  que 
je  n'fù  aouss'  plein  qu'té. 

—  Eh  bé!  j'm'a  vas  dére  aou 
leuou  de  te  v*né  maingée. 

a  Leuou,  va-t-a  maingée  Poutin. 
Pouiin  n'veume  rev'né  que  n'fû 
aouss'  plein  qa'mé. 

—  I  n'm'é  rin  fâ,  je  n'H  veux  rin 
faîire. 

—  Eh  bel  i'm'a  vas  dére  aou 
p'tiot  ché  de  te  v'né  abaiée. 

«  P'tiot  ché ,  va-t-a  abaiée  le 
leuou  :  le  leuou  n'veume  maingée 
Poutin;  Poutin  n'veume  rev'né 
que  n'fû  aouss'  plein  qu'mé. 

—  I  n'm'érin  fâ,  je  n'ii  veux  rin 
failre. 


C'étaient  Poutin  et  Poutot,  qui 
faisaient  ménage  ensemble.  Un  jour 
ils  se  dirent  : 

«  Nous  allons  aller  aux  fraises.  □ 

Les  voilà  partis  aux  fraises.  Pou- 
tot allait  bien  plus  vite  à  manger 
que  Poutin.  Quand  il  fiit  plein,  il 
lui  dit  :  . 

«  Maintenant,  veux-tu  revenir?' 

—  Non,  je  ne  veux  revenir  que 
je  ne  sois  aussi  plein  que  toi. 

—  Eli  bien  !  je  m'en  vais  dire  au 
loup  de  te  venir  manger. 

t'  Loup,va-t-€n  manger  Poutin. 
Poutin  ne  veut  revenir  qu'il  ne  soit 
aussi  plein  que  moi, 

—  Il  ne  m'a  rien  fait,  je  ne  lui 
veux  rien  faire. 

—  Eh  bien!  je  m'en  vais  dire  au 
petit  chien  de  te  venir  aboyer. 

«  Petit  chien,  va-t-en  aboyer  le 
loup  :  le  loup  ne  veut  manger  Pou- 
tin; Poutin  ne  veut  revenir  qu'il 
ne  soit  aussi  plein  que  moi. 

—  Il  ne  m'a  rien  fait,  je  ne  lui 
veux  rien  faire. 


^^^^^^^                        CONTES  POPULAIRES  LORRAINS                                  (47        ^^^^^^| 

■        —  Eh  bé!  i'm'a  vas  dére  aou 

—  Eh  bien  !  je  m'en  vais  dire  au          ^^^^H 

1     bâton  de  te  v'né  batte. 

bâton  de  te  venir  battre.                         ^^^^| 

1         «  Bftton,  va-t-a  batte  le  pHiot 

1  Bâton,  va-t-en  battre  le  petit            ^^^^^ 

1     ché  :  le  p'iiot  ché  n'vcume  abaiée 

chien  :  le  petit  chien  ne  veutaboyer             ^^^^| 

1     le  leou  ;  le  leuou  n'veutne  maingée 

le  loup;  le  loup  ne  veut  manger            ^^^H 

F     Pouiin;   Poutin    nVeume  rcv'né 

Poutin;  Poutin  ne   veut  revenir            ^^^^| 

que  n'fû  aous^'  plein  qu'mé. 

qu'il  ne  soit  aussi  plein  que  moi.           ^^^^Ê 

—  I  n'm'é  rin  fâ,  je  n'ii  veux  rin 

—  Il  ne  m'a  rien  fait,  je  ne  lui           ^^^^| 

faiIre. 

veux                                                     ^^^^H 

—  Eh  bel  j'm'a  vas  dére  aou 

—  Eh  bien  !  je  m'en  vais  dire  au            ^^^H 

feuil  de  te  v'né  brûlée. 

feu  de  te  venir  brûler.                             ^^^^M 

«  Feuil,  va-i-a  brûlée  l'bâton  : 

((  Feu,  va-t-en  brûler  le  bâton  :            ^^^H 

l'bâton  n'veurae  batte  le  p'tiot  ché; 

le  bâton  ne  veut  battre  le  petit            ^^^^| 

le  p'iiot   ché   n'veume  abaïée  le 

chien  ;  le  petit  chien  ne  veut  aboyer           ^^^^| 

leuou;  le  leuou  n'veume  maingée 

le  loup;  le  loup  ne  veut  manger            ^^^^| 

Poutin  ;  Poutin  n'veurae  rev'né  que 

Poutin;   Poutin  ne  veut  revenir           ^^^^| 

n*fû  aouss'  plein  qu'mé. 

qu'il  ne  soit  aussi  plein  que  moi.               ^^^^| 

—  1  n'ra'a  rinfâ,  je  n'Ii  veux  rin 

—  H  ne  m'a  rien  fut,  je  ne  lui           ^^^^H 

faîïre. 

veux                                                      ^^^^1 

—  Eh  bé!  j'm  a  vas  dére  à  lé 

—  Eh  bien  !  je  m'en  vais  dire  à           ^^^^| 

n'vère  de  te  v*né  doteindre. 

la  rivière  de  te  venir  éteindre.                  ^^^H 

«  Rivère,  va-t-a  doteindrerfeuil: 

a  Rivière,   va-t-en  éteindre  le            ^^^^| 

le  feuil  n'veume  brûlée  l'bâton;  le 

feu  :  te  feu  ne  veut  brûler  le  bâton;-           ^^^H 

bâton  n'veume  batte  le  p'tiot  ché  ; 

le  bâton   ne   veut  battre  le  petit            ^^^^^ 

le  p'tiot  ché  n'veume   abaiié  le 

chien  ;  le  petit  chien  ne  veut  aboyer           ^^^H 

leuou;  le  leuou  n'veume  maingée 

le  loup;  le  loup  ne  veut  manger             ^^^^| 

Poutin;  Poutin  n'veume  rev'né  que 

Poutin;  Poutin  ne  veut   revenir            ^^^H 

n'fû  aouss'  plein  qu'mé. 

qu'il  ne  soit  aussi  plein  que  moi.            ^^^^| 

—  1  n'm'é  rin  fà,  je  n'Ii  veux 

—  11  ne  m'a  rien  fait,  je  ne  lui            ^^^H 

rin  faîïre. 

veux  rien                                               ^^^^| 

—  Eh  bé!  je  m'a  vas  dére  aou 

—  Eh  bien!  je  m'en  vais  dire           ^^^^| 

bieu  de  te  v'né  boueïre. 

au  bœuf  de  te  venir  boire.                        ^^^^| 

«  Bieu,  va-t-a  boueîre  lé  rivère  : 

«  Bœuf,va-t-en  boire  la  rivière:           ^^^^| 

lé  rivère  n'veume  doteindre  i'feuil; 

la  rivière  ne  veut  éteindre  le  feu;            ^^^^| 

le  fenil  n'veume  brûlée  l'bSton; 

le  feu  ne  veut  brûler  le  bâton  ;  le           ^^^^| 

l'bâton   n'veume    batte   le  p'tiot 

bâton  ne  veut  battre  le  petit  chien;           ^^^^| 

ché;  le  p'tiot  ché  n'veume  abaïée 

le  petit  chien  ne  veut  aboyer  le           ^^^^^ 

le  leuou  ;  le  leuou  n'veume  maingée 

loup  ;  le  loup  ne  veut  manger  Pou-           ^^^^^ 

Poutin;  Poutin  n'veume  rev'né  que 

tin;  Poutin  ne  veut  revenir  qu'il           ^^^H 

n'fû  aouss'  plein  qu'mé. 

ne  soit  aussi  plein  que  moi.                      ^^^^| 

—  Elle  n'm'é  rin  fâ,  je  n'Ii  veux 

—  Elle  ne  m'a  rien  fait,  je  ne           ^^^H 

rin  fanre. 

lui  veux  rien  faire.                                   ^^^^| 

—  Eh  bé!  je  m'a  vas  dére  aou 

—  Eh  bien  !  je  m'en  vas  dire  au           ^^^H 

boucher  de  te  v'nétiée. 

boucher  de  te  venir  tuer.                          ^^^H 

)48  E.   COSQUIN 

«  Boucher,  va-t-a  liée  l'bieu  :1e  «  Boucher,  va*t-en  tuerlebosaf; 


bieu  n'veume  boueire  lé  rivère;  lé 
rivère  n'veuine  doteindre  l'feuîl;  le 
fcuil  nVcumc  brûlée  l'bâton;  le 
bâton  n'veume  batte  le  p' liot  ché  ; 
le  p'tiol  ché  n'veume  abaiée  le 
leuou;  le  leuou  nVeume  maingée 
Poutm;  Poutin  n'veume  rev'né 
que  n'fû  aouss'  plein  qu'mé. 

Le  boucher  tié  l'bieu,  le  bieu 
beuvé  lé  rivère,  lé  rivère  doteindé 
l'feuit,  le  feuil  brûlé  l'bÂton.  Tbâton 
bané  le  p'tiot  ché,  le  p'tiot  ché 
abaïé  le  leuou,  le  leuou  maingé 
Poutin,  et  tourtout  feut  fâ. 


le  bœuf  ne  veut  boire  la  rivière;  U 
rivière  ne  veut  éteindre  le  feu;  le 
feu  ne  veut  brûler  le  bâton;  le  h4- 
lon  ne  veut  battre  le  petit  chien; 
le  petit  chien  ne  veut  aboyer 
loup  ;  le  loup  ne  veut  manger  Pc 
tin;  Poutin  ne  veut  revenir  qu 
ne  soit  aussi  plein  que  moi.  n 

Le  boucher  tua  le  boeuf,  le  bœuf 
but  la  rivière,  la  rivière  éteignit  le 
feu,  le  feu  brûla  le  bAton,  le  biton 
battit  le  petit  chien»  le  petit  chien 
aboya  te  loup,  le  loup  mangea  Pou- 
tin, et  tout  fut  fini. 


L'introdaction  ie  notre  conte  se  retrouve  à  peu  près  identiquement  dins  i 
conte  de  la  Gruyère^  que  la  Romania  a  publié  dans  sa  livraison  d'avril  i87tj 
p.  232,  cl  qui  commence  ainsi  :  «  Félon  et  Peluna  sont  allés  aux  framboises; 
ont  regardé  lequel  serait  le  plus  vite  plein.  Peluna  a  été  pleine  avant  Pelra; 
Pelon  n'a  pas  pu  aller  k  sa  maison.  >  La  suite  présente  plusieurs  différences  : 
on  va  chercher  un  char  pour  mener  Pelon;  le  char  ne  veui  pas  mener  Pdon; 
le  cheval  ne  veut  pas  tratner  le  char,  ni  le  pieu  battre  le  cheval,  ni  le  feu  brûler 
le  pieu,  ni  l'eau  éteindre  le  feu,  ni  la  souris  boire  l'eau,  ni  le  chat  manger  II 
souris,  ni  le  chien  manger  le  chat;  mais  le  loup  veut  bien  manger  le  chien,  et 
alors  les  autres  personnages  consentent  à  la  file  à  faire  ce  qu'on  leur  deman- 
dalL 

Nous  trouvons  dans  la  collection  Kuhn  et  Schwartz,  n'>i6, un  conte  allemand 
qui,  après  une  introduction  particulière,  nous  offre,  moins  le  loup,  la  nème 
série  que  notre  conte  lorrain  :  chien^  bdton,  fat,  eau^  haaf,  hacher.  D'autres 
contes,  qui,  pour  la  plupart,  n'ont  pas  non  plus  le  loup,  ajoutent  un  dernier 
chaînon  :  juge,  qui  veut  bien  pendre  ou  battre  le  boucher  (voir  une  chanson 
parisienne,  citée  par  M.  Gaston  Paris,  Romania,  1872,  p.  120,  et  un  conte  bon* 
grois  de  la  collection  Ga^l-Stier,  n"*  20).  Ailleurs,  au  lieu  du  juge,  c'est  le  ^ur- 
rtm  (conte  alsacien,  EUassisches  Volksbùchlein  d'Aug.  Stoeber,  1  "  éd. ,  Strasbourg, 
1842,  p.  9]  ;  conte  souabe  de  la  collection  Meier,  n»  82;  conte  de  Saxe-Mei« 
ningen,  cité  par  M.  R.  Koehier,  C^rmanù,  t.  V,  1860,  p.  466)  ou  le  diahit 
(variante  du  conte  souabe,  op.  cit. ,  p.  3 1 7,  et  chanson  vosgienne,  citée  par  M.  G.l 
Paris,  loc.  cit.),  ou  enfin  la  Mon  fcbanson  bourguignonne,  Romanis^    '872,1 

p.  2I9I- 

Dans  plusieurs  contes  de  ce  type,  après  le  bauf,  vient  une  suite  différente 
d'acteurs  du  petit  drame.  Ainsi,  dans  un  conte  sicilien  (Pitre,  n'  1  j  1  )^  une  petite 
fille,  Piiidda,  ne  voulant  pas  aller  balayer  la  maison,  sa  mère  appelle  successi* 
vemcnt  le  loup,  le  chien,  le  gourdin,  le  feu,  Teau,  la  vache;  puis  la  corde,  pour 
étrangler  la  vache;  la  lourù,  pour  ronger  la  corde,  et  eafin,  le  cft«I,  pour  man* 


CONTES  POPULAIRES   LORRAINS  549 

gef  la  souris.  Un  coote  provençal  (Rerae da  hngius  romanes,  t.  W ,  i87j,p.  114), 
induit  cette  mètnc  série  jusqu'au  lien  et  fioit  brusquement;  un  coate  languedo* 
d'en  de  THérauli  {lind.,  p.  1 12)  a  la  série  complète,  mais  il  intercale  assez  bizar* 
rement,  entre  le  chien  et  le  biton,  le  poulet,  qui  veut  piquer  le  chien,  et  le 
renard,  qui  veut  manger  le  poulet.  Dans  un  conte  allemand  (Mùllenhofl,  Sûgat^ 
Mitnhin  und  Luder  der  Herzoglkûmer  SehUswig,  Holstan  nnd  Lautnburg^  ■^4t( 
n*  )o],  on  s'adrcue  successivement  au  cbien, au  bâton,  au  Jeu,  i  l'eau,  au  bonif, 
au  lien,  ï  la  souris  et  6nalement  au  chat.  De  même  dans  un  conte  flamand  et 
dans  un  conte  de  la  Frise  septentrionale,  cités  par  M.  Kœhlcr  {hc.  ai.f  p.  46) 
el  466).  Un  conte  toscan  (V.  Imbriani,  la  NmeUaja  fiortntma,  2"  êd.,Livoame, 
1877,  n*  40},  un  conte  du  pays  napolitain  (V.  Imbriani,  Xlt  Conti  pomigliamsi^ 
1876,  p.  2j2)  et  un  conte  flamand  (n"  6  des  contes  flamands  publiés  par  M.  F. 
Liebrecht  dans  la  revue  Ctrmania,  année  1868),  ne  commencent  leur  série  qu'au 
bjton,  mais  la  poursuivent  exactement  comme  les  précédents. 

Il  faut  ajouter  à  ce  groupe  de  contes  un  conte  anglais  de  la  collection  Halli- 
well,  analysé  par  M.  G.  Paris  {ioc.  cit.,  p.  aii)  :  ici,  ta  corde  Intervient  pour 
pendre  le  boucher  et  non  pour  lier  ou  étrangler  le  bœuf.  Même  chose  dans  deux 
contes  allemands  cités  par  M.  Kcehier  [Ioc.  cil.f  p.  46) }.  Comparez  un  conte 
norwégien  de  la  collection  Asb|cernsen  (p.  2]8  de  la  trad.  anglaise  publiée  sous 
le  titre  de  Taies  of  \bt  Fjeld-,  1874.)  :  pour  faire  rentrer  une  chèvre  au  logis,  on 
met  en  mouvement  le  renard,  le  loup,  l'ours,  le  Finnois  Ipour  llrer  sur  l'ours), 
Je  pin  (pour  tomber  sur  le  Finnois),  le  feu,  l'eau,  le  boeuf,  le  joug,  la  hache,  le 
forgeron,  la  cordc^  la  souriSy  le  chat.  Dans  ce  dernier  conte  et  dans  le  conte 
anglais,  le  chat  ne  consent  ï  manger  la  souris  qui  si  on  lui  donne  du  lait,  et  — 
dans  le  conte  anglais,  —  la  vache  ne  donne  son  lait  que  si  la  vieille  lui  apporte 
une  botte  de  foin.  Cette  fin,  comme  M.  G.  Paris  l'a  tait  remarquer  irès-juste- 
roent,  est  empruntée  i  un  conte  appartenant  à  un  genre  analogue  de  poésie 
populaire  et  que  nous  avons  étudié  à  l'occasion  de  notre  conte  lorrain  n*  2%  la 
Pomllolte  a  le  CouckerUlot. 

Un  conte  russe  (Gubcrnatis,  Zoohgical  Mytkologj,  t.  I,  p.  405)  nous  offre 
une  forme  particulière  du  conte  qui  nous  occupe.  La  chèvre  ne  voulant  pas  rêve* 
nir  du  bois,  le  bouc  envole  après  elle  le  loup,  puis  l'ours  après  le  loup,  les 
hommes  après  Tours,  le  bÂton  après  les  hommes,  la  hache  après  le  bJlton,  la 
pierre  i  aiguiser  après  la  hache,  le  feu  après  la  pierre  à  aiguiser,  Teau  après  le 
feu,  et  enfin  l'ouragan  après  l'eau. 

D'après  M.  Kshler  et  M.  Liebrecht,  notre  conte  existe  également  chez  les 
Grecs  modernes.  M.  Kœhler  {Ioc.  «r,  p.  467)  renvoie  i  Sanders,  Volkihbtn 
étr  Neugruchtn  (Mannheim,  1844,  p.  56  et  94),  et  M.  Liebrecht  i  Passow, 
TpctTO-ioux  *Pw(tai»«,  n"*  27J-276. 

Un  détail  pour  terminer  cette  revue  des  contes  européens  de  ce  genre  actuelle- 
ment vivants,  Dans  le  conte  alsacien  mentionné  plus  haut,  nous  avons  retrouvé  la 
formule  de  notre  conte  lorrain  :  ■  11  ne  m'a  rien  fait,  je  ne  lui  veux  rien  faire.  • 

Dans  la  première  moitié  du  siècle  dernier,  on  imprimait  dans  le  Ncu-vermehrtes 
ikTg-Ueder-Bûchlem,  unt  sorte  de  chanson  où  se  retrouve  notre  thème  (Crfrmdrtid, 
t.  V.  1860,  p.  46Î).  Le  fermier  envoie  Jïckel  couper  les  orges;  Jxckel  ne  vent 
pas  couper  les  orges,  il  aime  mieux  rester  à  la  maison.  Le  fermier  envole  son 


5^0  E.   COSQUtN 

valet  chercher  Jafckel,  puis  le  chien  mordre  le  valet.  Suit  la  sirie  : 

feu,  eaa,  txruf,  boucher,  diable,  sorcière  (pour  chasser  le  diable),  bourreau  (pou 

brûler  la  sorci^e)  et  enfin  docteur  (pour  tuer  le  bourreau). 

Dans  son  article  de  la  Romania  auquel  nous  avons  dé\h  renvoyé,  M.  G.  Pvs 
rapproche  des  contes  ou  chansons  appartenant  à  notre  thème,  on  chant  hé- 
braïque qui,  chez  les  Juifs  de  divers  pays,  se  récite  ou  se  chante  le  second  soir 
de  la  Pâque,  avant  qu'on  ne  se  retire,  et  qui  figure  dans  certains  manuscrits  — 
assez  récents,  ii  est  vraH  —  du  Scpher  Haggadah^  sorte  de  rituel  contenaot  les 
hymnes  et  récits  que  les  Juifs  lisent  et  chantent  en  famille  lors  de  la  fête  de  la 
Pâque.  M.  G.  Paris  a  donné,  d'après  M.  Darmesteter,  une  traduction  de  ce 
chant,  faite  sur  le  texte  hébraïque;  nous  en  reproduirons  ici  une  version  proven- 
çale qui  se  transmet  traditionnellement  chez  les  Jui^  du  midi  de  la  France  ^ 
{Chansom  hèbraho-provcnçalcs  du  Jutjs  comladins^  réunies  cl  transcrites  par  E.  ! 
batier  (Ntmes,i874,  p.  7.). 

•  Un  cabri,  un  cabri,  qa'avié  acheta  moun  pêro  un  escu,  dous  escuf.  —  . 
gadja!  Had  gadja !  (Un  chevreau!  un  chevreau!) 

c  Es  vengu  lou  cat  qu'a  manja  lou  cabri  qu'avié  acheta  moun  përoj  un  escs, 
dous  escus.  —  Had  gadja!  Had  gadyal 

i  Es  vengu  lou  chin  qu'a  mourdu  lou  cat,  qu'avié  manja  lou  cabri^  etc. 

■  Es  vengu  la  vergo  qu'a  pica  lou  chin  qu'avié  mourdu  lou  cat,  etc. 
«  Es  vengu  lou  fi6  qu'a  brûla  la  vergo  qu'avié  pica  lou  chin,  etc. 
«  Es  vengu  l'aigo  qu'a  amoussa  lou  fi&  qu'avié  brûla  ia  vergo,  etc. 
I  Es  vengu  lou  bi6ou  qu'a  begu  l'aïgo  qu'avié  amoussa  lou  fiô,  etc. 
c  Es  vengu  lou  chohet  (le  boucher)  qu'a  ckahata  (qui  a  tué)  lou  biàou  qti'avié 

begu  l'aîgo,  etc. 

■  Es  vengu  lou  malach  hammaveth  (l'ange  de  la  mort)  qti'a  chahaia  lou  choha 
qu'avié  chahata  lou  bi^ou,  etc. 

<  Es  vengu  kakkadosch  baroucH  (le  saint,  béni  soit-il  I)  qu'a  chahata  lou  maUck 
kammavttk  qu'avié  chahata  lou  chohet,  qu'avié  ihahata  lou  bièou  qu'avié  begu 
l'aîgo,  qu'avié  amoussa  lou  fi6  qu'avié  brûla  la  vergo,  qu'avié  pica  lou  ckio 
qu'avié  mourdu  lou  cat,  qu'avié  manja  lou  cabri  qu'avié  acheta  moun  pèro  uo 
cscu,  dous  escus.  —  Had  gadyat  Had  gadya!  » 

Le  Magasin  piiioraqat  a  publié,  dès  1841,  dans  un  article  sur  les  Mann  û'd^l 
tila  de  lu  Lombard'u  (t.  XI,  p.  267),  la  traduction  d'une  version  de  ce  chant, 
recueillie  chei:  les  Juits  de  Ferrare  et  qui,  paraît-il,  se  récite  dans  le  patois  de 
cette  ville  dans  les  communautés  juives  de  toute  la  Lombardie^. 

Ce  chant  juif  avec  sa  série  :  chat,  chicn^  vtrge,  feu,  eau,  Atru/,  ^cher,  ange  de 


1.  Ces  manuscrits  ne  remontent  pas  au-delà  de  la  fin  du  XVI»  siècle, 

2.  Cette  version  ferraraise  présente  quelques  difrêrences  avec  le  chant  traduit 
par  M.  Darmesteter.  Ainsi,  voici  le  commencement  :  1  Choit  itrangtf  chost 
hrangef  un  chevreau,  un  chevreau,  mù  a  achtti  mon  ffère  pour  deux  petits  écus. 
Un  chevreau!  un  chevreau!  —  Le  cnien  est  venu,  et  il  a  mordu  le  chevreau 
parce  que  le  chevreau  a  acheté  mon  père  pour  deux  petits  écus  ..  »  Le  chant  du 
Sephtr  Haggadûh,  d'après  M.  Darmesteter,  présente  ainsi  ces  deux  couplets  ; 
Un  chevreau,  un  chevreau,  que  mon  pire  a  aenetè  pour  deux  zuz  (petite  monnaie), 
—  un  chevreau,  un  chevreau  I  —  Et  est  venu  le  chat,  et  a  mangé  le  chevreau 
que  mon  pére^  etc.  > 


CONTES   POPULAIRES   LORRAINS  ÇJ| 

U  mon  et  saint,  se  ratuche  bien  évidemment  aux  contes  que  bous  venons  d'exa- 
miaer  et,  pour  préciser,  au  premier  groupe  de  ces  contes,  celui  dont  fait  partie 
notre  conte  lorrain.  Mais  est-ce  de  là  qu'il  dérive,  ou  ces  contes  viendraient- ils 
eaz-m^mes  du  chant  juif?  Nous  n'hésitons  pas  i  affirmer,  avec  M.  Gaston  Pans, 
que  cette  dernière  hypothèse  n'est  pas  souieoable.  M.  G.  Paris  lait  remarquer 
que  i  U  forme  hébraïque  ne  mentionne  pas  la  résistance  opposée  par  chacun 
des  personnages  de  ce  petit  drame.  »  <  Or,  >  ajoute-t-il,  t  cette  résistance  est 
le  vrai  sujet  de  ta  pièce,  et  il  est  peu  probable  qu'on  l'ait  ajoutée  après  coup  à 
une  traduction  du  chant  |uif.  Il  faudrait  que  cette  altération  fût  bien  ancienne,  et 
il  serait  bien  surprenant  qu'aucune  version  française  de  la  lorme  primitive  ne  se 
fût  conservée*.  Au  contraire,  on  peut  très- bien  comprendre  qu'un  Juif  ayant 
entendu  chanter  celte  chanson  singulière^  y  ait  découvert  un  sens  allégorique  et 
l'ail  adaptée,  en  en  retranchant  la  circonstance  inutile  (i  son  point  de  vue)  de 
la  résistance  des  dilTerents  êtres  qui  y  figurent,  à  l'expression  symbolique  des 
destinées  de  sa  nation,  i 

Du  reste,  ce  n'est  pas  seulement  en  Europe  qu'on  a  recueilli  des  contes  de  ce 
type;  on  en  a  constaté  Teicistence  i  la  source  même  d'où  se  sont  répandus  dans 
le  monde  entier  tant  de  contes  de  tout  genre  ;  nous  en  avons  un  spécimen  indien. 
Mais,  avant  de  le  faire  connaître,  il  f.iut  dire  quelques  mots  d'un  conte  qui  a  été 
recueilli  dans  l'Afrique  australe,  chez  les  Hotlentols  (voir  dans  la  Zeitschrift  fur 
Valkcrptychologit  und  Sprachwissenschûft^i,  V  11868),  p.  6;,  t'analyse  donnée 
par  M,  F.  Liebrecht,  d'après  un  livre  anglais  de  M.  H.  Bleelcj.  Dans  ce  conte 
hotientot,  un  tailleur  se  plaint  au  singe  de  ce  que  la  souris  mange  ses  habits.  Le 
singe  envoie  le  chat  mordre  la  souris;  puis  le  chien  mordre  le  chat,  le  bJlton 
battre  le  chien,  le  feu  brûler  le  bÂton,  l'eau  éteindre  le  feu,  l'eléphaol  boire 
l'eau  et  enfin  la  fourmi  piquer  l'éléphant,  qui  se  décide  alors  Â  boire  l'eau,  etc. 

Voici  maintenant  le  conte  indien,  emprunté  à  la  Bombay  Gazttu  par  la 
Calcutta  Rtview,  t.  U  (1870),  p.  1 16  : 

fl  II  était  une  fois  un  petit  oiseau  qui,  en  passant  à  travers  les  bois,  ramassa 
un  pois  et  le  porta  au  barbkuRJa  (?)  pour  le  casser  ',  mais  le  malheur  voulut  qu'une 
moitié  du  pois  restit  engagé  dans  l'embolture  de  la  manivelle  du  moulin  à  bras, 
et  le  barbhunja  ne  put  parvenir  à  la  retirer.  Le  petit  oiseau  s'en  alla  trouver  le 
charpentier  et  lui  dit  :  ■  Charpentier,  charpentier,  venez  couper  la  manivelle 
du  moulin  à  bras  ;  mon  pois  est  engagé  dans  la  manivelle  du  moulin  à  bras- 


I. Nous  dirons,  —  cequi  rend  encore  plus  fortie  raisonnement  deM.  G.  Paris, — 
<  aucune  version  A^aueun  pap.  »  Pour  un  observateur  superficiel,  le  conte  pro- 
vençal et  le  conte  languedocien,  que  nous  avons  mentionnés  ci-dessus,  pour- 
raient au  premiT  abord  paraître  reproduire  la  forme  hébraïque.  Il  n'y  est  pas, 
en  etfpt,  parlé  de  résistance  des  divers  personnages  :  c  Le  loup  vient  qui  voulait 
manger  U  chèvre  >,  puis  le  chien  1  qui  voulait  mordre  le  loup  >.  etc. Mais  il  y 
a  U,  certainement,  une  altération,  ainsi  que  le  montre  l'introciuction  oh  l'on  dit 
k  la  chèvre  de  sortir  d'un  champ  de  mil  qu'elle  mange.  Evidemment,  dans  la 
forme  primitive,  on  appelait  le  loup  contre  U  chèvre,  puis  le  chien  contre  le 
loup,  etc.  D'ailleurs, —  et  ceci  est  décisif,  —  la  fin  de  ces  deux  contes,  avec  la 
série  Iten,  souns^chat^  les  rattache  précisément  au  groupe  de  contes  oui  s'éloi^c 
le  plus  du  chant  juîl  et  dont  nous  ferons  oonnattre  tout  i  l'heure  une  tonne  orien* 
talc. 


5SÎ  E.  COSQUIH 

que  mangerai'jeP  que  boirai'je?  et  que  porterai-je  en  piys  étranger.^  —  Altei 
vous  promener,  •  dit  le  charpentier,  a  y  a-i-W  du  bon  sens  de  penser  que  je  vu 
couper  U  manivelle  du  moulin  à  bras  i  cjiuse  d'un  poUT  » 

t  Alors,  le  petit  oiseau  alla  trouver  le  roi  el  lui  dit  :  c  Roi,  roi  t  grondez  le 
charpentier  ;  le  charpenlierne  veut  pas  couper  la  manivelle  du  moulin  1  bras,  etc. 
—  <  Allez  vous  promener,  »  dit  le  roi;  «  pensez-vous  que  pour  un  pois  je  vais 
gronder  le  charpenlier?  ■ 

a  Alors  le  petit  oiseau  alla  trouver  la  reine  :  <  Reine,  reine  1  parlez  3U  roi; 
le  roi  ne  veut  pas  gronder  le  charpentier^  etc.  —  Allez  vous  promcfieTp  • 
dit  la  reine;  *  pensez-vous  que  pour  un  pois  je  m'en  vais  parler  an  roi?  » 

Le  petit  oiseau  va  ensuite  trouver  successivement  le  serpent,  pour  piquer  là 
reine;  te  blton,  pour  battre  le  serpent;  le  feu,  pour  brûler  le  bÂton;  ta  mer, 
pour  éteindre  le  feu;  l'éléphant,  pour  boire  la  mer;  le  bhaunr  isorte  de  liaoe), 
pour  enlacer  l'éléphant;  la  souris,  pour  ronger  le  bhaunr;  le  chat,  pour  manger 
la  souris.  Alors  le  chat  va  pour  manger  ta  souris,  et  la  souris  va  pour  ronger  le 
bhaunr,  le  bhaunr  pour  enlacer  l'éléphant,  et  ainsi  de  suite,  jusqu'au  charpen- 
tier. •  Et  le  charpentier  retira  le  pois;  le  petit  oiseau  le  prit  et  s'en  alla  bîea 
content.  > 

Ce  conte  indien  se  relie,  comme  on  voit,  au  second  groupe  que  nous  avons 
signalé  plus  haut,  groupe  qui  se  distingue  par  toute  la  6n  de  celui  dont  se  ra|>- 
proche  le  chant  juif.  Nouvelle  preuve  que  ce  n'est  pas  dans  ce  chant  juif  qu'il 
faut  chercher  l'origine  du  thème  que  nous  étudions. 

D'ailleurs,  la  forme  de  notre  conte  est  toute  indienne.  Comparez,  dans  le 
Panlckatantra,  ce  conte  bien  connu  ofi  le  soleil  renvoie  le  brahmane  au  nuage, 
qui  est  plus  fort  que  lui  ;  le  nuage  au  vent;  celui-ci  à  la  montagne  et  la  mon- 
tagne au  rat  iPanukatantra,  trad.  Th.  Benfey,  t.  Il,  p.  264.  —  Cf.  La  Fon- 
taine, FabUs^  liv.  IX,  7}.  Cela  est  si  vrai  que,  dans  un  conte  provençal  (Roma- 
lûa,  1. 1.  p.  108),  à  ta  série  de  personnages  du  PanUhaiimtra  vient  se  juxtaposer 
celle  de  notre  conte.  La  g!ace  d'une  rivtère  ayant  coupé  ta  patte  i  la  burmi,  la 
mouche,  compagne  de  celle-ci,  interpelle  d'abord  ta  glace,  puis  le  soleil^  le  rcnt, 
le  nuagc^  le  rttl,  et  alors  le  c/uf,  le  chUti,  le  b4toaf  le  /ru,  t'cdu,  le  hauj,  yhommt, 
la  mon. 

XXXV. 

MARIE  DE  LA  CHAUME  DU  BOIS. 

Il  était  une  fois  une  femme  qui  avait  deux  filles  :  Païnée  servait  dans 
ime  maison  de  ta  ville  voisine  ;  la  plus  jeune  demeurait  avec  sa  mère 
dans  une  chaumière  isolée  au  milieu  de  ta  forêt. 

Un  jour  que  cette  dernière,  qu'on  appelait  Marie  de  la  Chaume  du 
Bois,  était  seule,  occupée  à  filer,  elle  entendit  frapper  à  la  porte;  elle 
ouvrit  et  vit  entrer  un  beau  jeune  liomme  habillé  en  chasseur,  qui  U  pria 
de  lui  donner  à  boire»  lui  disant  qu'il  était  le  roi  du  pays.  Il  fut  si  frappé 
de  la  beauté  de  la  jeune  fiUei  que  peu  de  jours  après  il  revint  à  la  chau- 


CONTES   POPUUIRES    LORRAINS  553 

mière  pour  demander  sa  main.  La  mère,  qui  n'aimait  que  sa  fiile  aînée, 
aurait  bien  voulu  la  faire  épouser  au  roi;  elle  n'osa  pourtant  pas  s'oppo- 
ser au  mariage  de  la  cadette,  et  les  noces  se  firent  en  grande  céré- 
monie. 

A  quelque  temps  de  U,  le  roi  fut  obligé  de  partir  pour  la  guerre.  Pen- 
dant son  absence,  la  mère  de  la  reine  vint  au  château  avec  son  autre 
fille.  Celle-ci^  qui  enviait  le  bonheur  de  sa  sœur  et  la  haïssait  mortelle- 
ment, voulut  profiter  de  l'occasion  pour  se  venger.  Elle  se  jeta  un  jour 
sur  la  reine,  lui  arracha  d'abord  les  yeux,  puis  les  dents,  enfin  lui  coupa 
les  mains  et  les  pieds  et  la  fit  porter  dans  une  forêt,  où  on  l'abandonna. 
Comme  elle  ressemblait  à  sa  sœur,  elle  se  fit  passer  pour  la  reine. 

Cependant,  la  pauvre  reine  n'attendait  plus  que  la  mon.  Tout  à  coup, 
un  vieillard  se  trouva  près  d'elle  et  lui  dit  :  «  Madame,  qui  donc  vous  a 
abandonnée  dans  cette  forêt  ?  »  La  reine  lui  ayant  raconté  ce  qui  lui  était 
arrivé  :  u  Vous  pouvez,  »  dit  le  vieillard,  u  faire  trois  souhaits  ;  ils  vous 
seront  accordés.  — Ah  !  »  répondit  la  reine,  «  je  voudrais  bien  ravoir  mes 
yeux,  mes  dents,  mes  mains,  et,  s'il  m'était  permis  de  faire  un  souhait 
de  plus,  mes  pieds  aussi.  » 

Le  vieillard  dit  à  un  petit  garçon  qui  était  avec  lui  :  «  Prends  ce  rouet 
d'or,  et  va  le  vendre  au  château  pour  deux  yeux.  »  Le  petit  garçon  prit 
le  rouet  et  s'en  alla  crier  devant  le  chAteau  : 

f  Au  tour,  au  tour  i  filer! 

i  Qui  veut  acheter  mon  tour  i  filer?  t 

La  fausse  reine  sortit  au  bruit  et  dît  au  petit  garçon  :  v  Combien 
vends-tu  ton  rouet?  — Je  le  vends  pour  deux  yeux.  »  Elle  s'en  alla 
demander  conseil  à  sa  mère,  u  Tu  as  mis  les  yeux  de  ta  sœur  dans  une 
boite,  A  dit  la  vieille;  «  tu  n'as  qu'à  tes  donner  à  cet  enfant.  »  Le  petit 
garçon  prit  les  yeux  et  les  rapporta  au  vieillard.  Celui-ci  ne  tes  eut  pas 
plus  tôt  remis  à  leur  place,  que  la  reine  recouvra  la  vue. 

«  Maintenant,  »  dit-elle,  «  je  voudrais  bien  ravoir  mes  dents.  »  Le 
viallard  donna  une  quenouille  d'or  au  petit  garçon  et  lui  dit  :  «  Va  au 
château  vendre  celte  quenouille  pour  des  dents,  o  L'enfant  prit  la  que- 
nouille et  s'en  alla  crier  devant  le  château  : 

•  Quenouille,  quenouille  i  filerl 
I  C^i  veut  acheter  ma  quenouille.'  • 

«  Ah!  «  pensa  la  fausse  reine,  «  que  cette  quenouille  irait  bien  avec 
le  rouet  d'or  !  a  Elle  descendit  de  sa  chambre  et  dit  au  petit  garçon  : 
V  Combien  vends-tu  ta  quenouille  ?  —  Je  la  vends  pour  des  dents.  ■ 
Elle  retourna  trouver  sa  mère.  «  Tu  as  les  dents  de  ta  sœur,  >  dit  la 
vieille  ;  «  donne-les  à  cet  enfant.  »  Le  petit  garçon  rapporta  les  dénis  et 
le  vieillard  les  remit  à  la  reine,  si  bien  qu'il  n'y  parut  plus.  Ensuite  îl 


VS4  E.  cosQum 

donna  une  bobine  d'or  à  Tenfant.  «  Va  au  cbâieau,  i>  loi  dit-il,  «  vendre 

cette  bobine  pour  deux  mains.  » 

La  fausse  reine  acheta  la  bobine  pour  les  deux  mains  de  sa  soeur. 
Il  ne  manquait  plus  à  la  reine  que  ses  pieds.  «  On  ne  peut  tilcr  sans 
épingletie  ei  sans  mouilloir,i>dii  le  vieillard  à  l'enfani;  u  va  vendre  celle 
épingleite  et  ce  mouilloir  d'or  pour  deux  pieds.  » 

La  fausse  reine,  charmée  d'avoir  toutes  ces  belles  choses  à  si  bon  mar- 
ché, courut  chercher  les  pieds  de  sa  sœur,  que  l'enfant  rapporta.  La 
reine  ne  savait  comment  témoigner  sa  reconnaissance  au  vieillard.  Celui-ci 
la  conduisit  derrière  le  jardin  du  château,  lui  dit  de  ne  pas  se  montrer 
encore  et  disparut. 

Ce  jour-là  même,  le  roi  revint  de  la  guerre.  En  voyant  la  fausse  reine, 
il  crut  que  c'était  sa  femme;  il  la  trouva  changée,  mais  il  supposa  que 
c'était  parce  qu'elle  avait  eu  du  chagrin  d'être  restée  longtemps  sans  le 
voir.  Elle  lui  montra  le  rouet  d'or,  la  quenouille  et  tout  ce  qu'elle  avait 
acheté  ;  puis  ils  descendirent  ensemble  au  jardin. 

Tout  à  coup,  on  entendit  frapper  à  la  porte  :  c'était  le  vieux  men- 
diant. La  fausse  reine  voulait  le  chasser,  mais  le  roi  lui  6t  bon  accueil 
et  lui  demanda  s'il  n'avait  rien  vu  dans  ses  voyages  qui  méritât  d'être 
raconté. 

t(  Sire,  B  dit  le  mendiant^  n  il  n'y  a  pas  longtemps,  j'ai  rencofttré 
dans  une  forêt  une  dame  à  qui  l'on  avait  arraché  les  yeux  et  les  dents, 
coupé  les  pieds  et  tes  mains.  C'était  sa  sœur  qui  l'avait  traitée  ainsL  J'ai 
envoyé  à  cette  méchante  sœur  un  petit  garçon  qui  lui  a  vendu  un  rouet 
d'or  pour  ravoir  les  yeux,  une  quenouille  d'or  pour  les  dents,  une  bobine 
d'or  pour  les  mains,  une  épinglette  et  un  mouilloir  d'or  pour  les  pieds. 
Si  vous  voulez,  sire, en  savoir  davantage^  vous  trouverez  1à-bas,  au  bout 
du  jardin,  une  femme  qui  vous  dira  le  reste.  i> 

Le  roi  suivit  le  mendiant  et  fut  bien  surpris  et  bien  joyeux  en  recon- 
naissant sa  femme.  Il  la  ramena  au  château;  puis  il  ordonna  d'enchaîner 
ia  roére  et  la  sceur  de  la  reine  et  de  les  jeter  aux  bêles. 

Notre  conte  présente  ta  plus  frappante  ressemblance  avec  un  conte  tchèque 
de  Bohème  tWenzig,  Wclslawucher  Marchensckatz,p.  ^\).  Ce  dernier  n*a  de 
vraiment  différent  que  le  dénouement,  oti  c'est  le  rouet  d'or  qui,  mis  en  mouve* 
ment  par  la  fausse  princesse,  en  présence  du  prince,  se  met  à  parler  et  révèle  le 
crime.  Ajoutons  que,  dans  ce  conte  tchèque,  les  dents  n'ayant  pas  été  arrachées 
à  la  princesse,  te  petit  garçon  ne  va  vendre  au  château  que  trois  objets  :  uo 
rouet  d'or,  un  fuseau  d'or  et  une  quenouille  d'or. 

Le  même  thème  se  trouve  traité  d'une  façon  plus  ou  moins  particulière  dans 
plusieurs  autres  contes. 

Ainsi,  dans  un  conte  grec  moderne  d'Epire  (Hahn,  n"  28),  une  jeune  reine  se 
mei  en  route,  accompagnée  de  sa  nourrice  et  de  sa  sœur  de  lait,  pour  aller  cdé- 


9 

É 


CONTES  POPULAIRES  LORRAINS  5  J  Ç 

brer  su  noces  dans  le  pays  de  son  mari .  Mourant  de  soif,  elte  lupplie  sa  nourrice 
de  lui  donner  à  boire.  Cette  méchante  Terame  lui  dit  que  dans  ce  pays  t'eau  est 
si  chère,  que  chaque  gorgée  se  paie  au  prix  d'un  œÎI.  La  reine,  pour  avoir  i 
boire,  s'arrache  d'abord  un  œil,  pais  l'autre.  Alors  la  nourrice  l'abandonne  et 
Uit  passer  sa  propre  fille  pour  la  reine,  Cette  dernière  est  recueillie  par  une  vieille 
femme  charitable.  Or,  la  vraie  reine  avait  ce  don  singulier  que  des  roses  s'échap* 
paient  de  sa  bouche  toutes  les  fois  qu'elle  souriait.  Elle  dit  â  la  bonne  vieille  de 
prendre  de  ces  roses  et  d'aller  crier  devant  le  palais  :  Achetez  des  roses  I  •  Si 
l'on  te  demande,  »  ajoute>t-elle,  t  combien  tes  roses,  tu  répondras  qu'elles  ne 
sont  pas  à  vendre  pour  de  l'argent,  mais  pour  des  yeux.  •  La  vieille  femme  va 
crier  ses  roses  devant  le  chiteau  ;  la  nourrice  se  hâte  de  descendre  pour  en  ache- 
ter, car  te  prince  était  fort  surpris  de  voir  que  a  femme  avait  perdu  le  don  de 
laisser  échapper  des  roses  de  ses  lèvres.  La  bonne  vieille  ayant  déclaré  qu'elle  ne 
donnera  ses  roses  que  pour  des  yeux,  la  nourrice  fait  arracher  un  œil  d  une 
chienne  et  le  lui  donne;  le  lendemain,  elle  lui  en  donne  encore  un  autre.  La  reine 
alors  met  les  deux  yeux  â  la  place  de  ceux  qu'elle  avait  perdus  et  recouvre 
la  vue. 

Ce  dernier  passage,  —  le  détail  des  yeux  de  chienne,  —  présente  évidemment 
une  altération.  Nous  avons,  du  reste,  dans  tin  conte  sicilien  jPitrè,  n»  62),  une 
fume  bien  conservée  de  la  même  idée.  Une  jeune  fille  doit  épouser  un  roi;  sa 
tante,  qui  s'est  offerte  i  la  conduire  dans  le  pays  du  fiancé,  lui  substitue  sa  propre 
611e  et  l'abandonne  dans  une  grotte  après  lui  avoir  arraché  les  yeux.  Passe  un 
vieillard,  qui  accourt  aux  cris  de  la  jeune  fille.  Celle-ci  l'envoie  sous  le  balcon 
du  roi  avec  deux  corbeilles  pleines  de  roses  magnifiques  qui,  par  suite  d'un  don 
i  elle  fait,  tombent  de  ses  lèvres  quand  elle  parle,  et  lui  dit  de  crier  qu'il  les 
vend  pour  des  yeux.  Qle  rentre  ainsi  en  possession  de  ses  yeux,  recouvre  la  vue 
et  finit  par  se  bire  reconnaître  du  roi  son  fiancé. 

Dans  un  conte  italien  {Comparetti,'n*  2}),  une  jeune  fille  a  reco  divers  dons 
d'un  serpent  reconnaissant,  et  un  roi  veut  l'épouser.  Les  sœurs  de  la  jeune  fille, 
jalouses  de  son  bonheur,  lui  coupent  les  mains  et  lui  arrachent  les  yeux. et  l'une 
d'elles  se  fait  passer,  auprès  du  roi,  pour  sa  fiancée.  La  jeune  fille  est  recueillie 
par  de  braves  gens.  Un  jour,  au  milieu  de  l'hiver,  le  serpent  vient  lui  dire  que 
la  reine,  qui  est  enceinte,  a  envie  de  figues.  D'après  les  indications  du  serpent, 
la  jeune  fille  dit  2  l'homme  chez  qui  elle  demeure  où  il  en  pourra  trouver  et  elle 
l'envoie  au  palais  en  vendre  pour  des  yeux;  puis,  un  autre  jour, des  pt-ches  pour 
des  mains.  Elle  se  fait  enfin  reconnaître  par  le  prince. 

En  Italie  encore,  nous  trouvons  un  conte  du  même  genre  (Gubernatis,  NoivI' 
Une  di  S.  Sltfaao  di  CaUtnaja,  n'  i}).  Le  voici  dans  ses  traits  essentiels  :  La 
belle-Rière  d'une  jeune  reine  hait  mortellement  sa  bru.  Pendant  l'absence  du 
roi,  elle  ordonne  i  deux  de  ses  serviteurs  de  conduire  la  reine  dans  un  boîs  elde 
la  tuer.  Émus  de  ses  larmes,  les  serviteurs  se  contentent  de  lui  arracher  les  yeux 
pour  les  porter  à  la  reine-mère  comme  preuve  de  l'exécution  de  ses  ordres.  La 
jeune  femme  est  recueillie  par  un  vieillard.  Ayant  reçu  en  présent  d'un  serpent 
trois  objets  merveilleux,  elle  se  fait  conduire,  le  visage  voilé,  devant  le  palais  de 
son  mari,  et  met  eu  vente  le  premier  objet  pour  un  œil,  puis  le  second  aussi 
pour  un  œil;  pour  prix  du  troisième  objet,  elle  demande  (comme  dans  \'Oàaa 


Çî6  B.  COSQUIH 

bim,  de  M"-»  d'AuInojr,  et  dans  les  «utres  contes  de  ce  type,  Griinm,  n»  88,  etc.) 
h  permission  de  passer  la  nuit  dans  la  chambre  voisine  de  celle  du  roi,  et  se  fart 
ainsi  reconnaître  de  son  mari. 

Voyez  aussi  un  conte  catalan  (Rondallayn^  t.  III,  p.  [14).  Ici,  les  yeux  de  )a 
vraie  fiancée  d'un  roi,  fille  d'un  charbonnier,  lui  sont  arrachés  par  une  jeune 
611e,  envieuse  de  son  bonheur.  C'est  encore  un  serpent  reconnaissant  qui  vient 
à  son  secours;  il  donne  à  sa  bienfaitrice  une  pomme  magnifique  qu'elle  devra 
aller  vendre  i  ta  nouvelle  reine  pour  <  des  yeux  de  chrétienne,  t  La  fausse  reine 
ta  trompe  et  lui  donne  des  yeux  de  chat;  mais  ensuite,  en  échange  d'une  poire 
qui  vient  paiement  du  serpent,  la  vraie  reine  rentre  en  possession  de  ses  yeux. 

On  peut  enfin  rapprocher  de  ces  différents  récits  un  passage  d'un  conte  roumain 
de  Transylvanie  (dans  la  revue  Ausland^  1856,  p.  2122).  Par  suite  de  ta  trahison 
de  sa  mère,  le  héros,  Frounsc-Wcrdyé,  a  été  tué  et  haché  en  mille  morceaux 
par  un  dragon.  La  1  Sainte  Mère  Dimanche  •,  protectrice  de  Frounsé-Werdyé, 
rassemble  tous  ces  morceaux  et  ressuscite  Frounsé;  mais  il  manque  les  yeux, 
que  !e  dragon  a  gardés.  La  «  Sainte  Mère  Dimanche  a  prend  un  violon,  se  déguise 
en  musicien  et  se  rend  au  château  du  dragon.  Justement  celui-ci  célèbre  ses  noces 
avec  la  mère  de  Frounsé;  il  appelle  le  prétendu  musicien  pour  qu'il  les  fasse 
danser.  A  peine  la  <  Sainte  Mère  Dimanche  •  a-t-ellc  commencé  à  jouer,  qu'une 
corde  de  son  violon  casse.  Elle  dit  qu'elle  ne  peut  raccommoder  celle  corde  qu'au 
moyen  d'yeux  d'homme.  <  Donne-lui  un  œil  de  mon  fils  »,  dit  la  mère  de  Frounsé 
au  dragon.  Une  seconde  corde  casse,  et  la  *  Sainte  Mérc  Dimanche  ■  obtient  de 
la  même  façon  le  second  œil.  —  Comparez  la  fin  d'un  conte  grec  moderne  de 
même  type  que  ce  conte  roumain  (Hahn,  n^  24). 


XXXVI. 
JEAN  ET  PIERRE. 

Il  était  une  fois  une  pauvre  femme  qui  avait  deux  fils,  Jean  et  Pierre. 
Pierre,  voyant  sa  mère  dans  la  misère,  alla  se  mettre  au  service  d'un 
laboureur.  «  Combien  demandes-tu?  »  lui  dit  le  laboureur.  —  <f  Cent 
écus,  »  répondit  Pierre.  —  "  Tu  les  auras  ;  mais  voici  mes  conditions  : 
à  la  première  dispute,  celui  de  nous  deux  qui  se  f&chera  aura  les  reîns 
cassés.  ~~  Maître,  je  ne  me  fâche  jamais.  » 

A  peine  s'était-il  passé  huit  jours  que  Pierre  eut  une  discussion  avec 
son  maître;  il  se  fâcha,  et  le  laboureur  lui  cassa  tes  reins.  Il  s'en  retourna 
chez  sa  mère  et  raconta  à  son  frère  Jean  ce  qui  lui  était  arrivé.  Jean  se 
fit  indiquer  la  maison  du  laboureur  et  s'ofTrit  à  le  servir,  sans  dire  qu'il 
était  frère  de  Pierre,  o  Combien  veux-tu? —  Mahrc,  vous  me  donnerez 
cent  écus.  —  Tu  les  auras  ;  mais  voici  mes  conditions  :  à  la  première 
dispute,  celui  de  nous  deux  qui  se  fâchera  aura  les  reins  cassés.  —  Maître, 
je  ne  me  fâche  jamais.  » 


CONTES  POPUUIRES  LORRAINS  ^57 

Le  lendemain,  le  roaltrc  envoya  Jean  conduire  au  marché  un  chariot 
de  grain  attelé  de  quatre  chevaux.  Jean  vendit  le  chariot  et  les  quatre 
chevaux  et  porta  l'argent  à  son  frère.  Quand  il  rentra  chez  son  maître, 
celui-ci  lui  dit  :  «  Qu'as-tu  fait  du  chariot  et  des  chevaux?  —  Maître,  » 
répondit  Jean,  u  je  les  ai  vendus  à  un  homme  que  j'ai  rencontré  sur  la 
route.  —  Et  l'argent?  —  L'argent,  je  l'ai  porté  à  mon  frère,  à  qui  vous 
avez  cassé  les  reins.  —  Tu  veux  donc  me  ruiner?  —  Matire,  est-ce  que 
vous  vous  fâchez  ?  —  Je  ne  me  fâche  pas  pour  si  peu,  —  Vous  savez  que 
celui  qui  se  fâchera  aura  les  reins  cassés.  —  Oh!  je  ne  me  fÂche  pas  du 
tout.  » 

Le  jour  suivant,  le  maître  dit  à  sa  femme  :  «  Je  vais  envoyer  Jean 
chercher  le  plus  gros  chêne  de  la  forêt  ;  il  ne  pourra  pas  le  rapporter,  et 
quand  je  lui  ferai  des  reproches,  il  se  mettra  en  colère.  »  Jean  partit 
avec  un  chariot  à  quatre  chevaux,  vendit  tout  l'équipage  comme  la  pre- 
mière fois,  puis  revint  à  la  maison,  u  Eh  bien!  »  lui  dit  le  laboureur, 
«  où  est  le  chariot.''  —  Le  chariot?  je  l'ai  laissé  dans  la  forêt:  je  n'ai  pu 
l'en  faire  sortir.  —  Oh  !  tu  nous  ruineras,  tu  nous  ruineras!  »  La  femme 
criait  encore  plus  haut  :  o  Tu  nous  ruineras!  n  —  «  Maître,  »  dit  Jean, 
cf  est-ce  que  vous  vous  fâchez?  —  Je  ne  me  fâche  pas  pour  si  peu.  — 
Vous  savez  que  celui  qui  se  fâchera  aura  les  reins  cassés.  —  Oh  !  je  ne 
me  fâche  pas  du  tout.  » 

Un  autre  jour,  tandis  que  Jean  battait  en  grange,  le  laboureur  et  sa 
femme  allèrent  déjeuner  sans  l'appeler.  Jean  ne  fit  pas  semblant  de  s'en 
apercevoir;  il  alla  vendre  le  blé  qu'il  avait  battu,  fit  un  bon  déjeuner  à 
l'auberge  et  revint  à  la  maison,  u  Jean,  »  dit  le  maître,  a  qu'as-tu  fait 
du  grain?  —  Vous  ne  m'avez  pas  appelé  pour  déjeuner;  j'ai  été  vendre 
le  grain  et  j*ai  déjeuné  avec  l'argent.  —  Tu  nous  ruineras,  Jean,  tu  nous 
ruineras  !  —  Maître,  est-ce  que  vous  vous  fâchez  ?  —  Je  ne  me  fâche  pas 
pour  si  peu. —  Vous  savez  que  celui  qui  se  fâchera  aura  les  reins  cassés. 
—  Oh  !  je  ne  me  fâche  pas  du  tout.  » 

La  femme  du  laboureur  dit  â  son  mari  ;  «  Envoyons-le  mener  les  petits 
porcs  au  pâturage  :  l'ogre  le  mangera  et  nous  serons  débarrassés  de  lui.» 

Jean  partit  donc  avec  le  troupeau,  et,  arrivé  près  de  la  maison  de 
l'ogre,  il  y  entra.  Il  tenait  un  petit  moineau  dans  sa  main.  <  Tu  ne  mon- 
terais pas  si  haut  que  ce  petit  oiseau  ?  »  dit-it  en  le  montrant  à  l'ogre. — 
«Oh!  non,  »  dit  l'ogre.  —  *  J'ai  faim,  n  reprit  Jean.  —  «  Moi  aussi.  Qu'est- 
ce  que  nous  allons  faire  pour  déjeuner  ?  —  Si  nous  faisions  de  la  bouillie  ?  n 
dit  Jean. 

La  bouillie  faite,  ils  se  mirent  â  table.  Jean,  qui  s'était  attaché  sur 
l'estomac  une  grande  poche,  y  faisait  entrer  une  bonne  partie  de  sa 
bouillie,  tandis  que  l'ogre  avalait  tout.  Quand  la  poche  de  Jean  fut  pleine, 
il  la  fendit  d'un  coup  de  couteau,  et  toute  la  bouillie  se  répandit;  puis  il 


j;8  E.  cosqyiN 

recommença  à  manger.  «  Tiens  !  »  dit  i'ogrc,  «  je  voudrais  bien  pouvoir 

me  soulager  comme  toi.  Fends-moi  donc  aussi  l'estomac.  «  Jean  ne  se 

le  fit  pas  dire  deux  fois,  et  il  lui  fendit  si  bien  l'estomac»  que  l'ogre  en 

mourut. 

Cela  fait,  Jean  retourna  près  de  ses  cochons,  et,  après  leur  avoir  coupé 
à  tous  la  queue,  il  les  alla  vendre;  ensuite  il  enfonça  les  queues  dans  la 
vase  d'un  marais  et  revînt  chez  son  maître.  «  Où  sont  les  cochons  ?  »  lui 
demanda  le  maître.  —  «  Us  sont  tombés  dans  un  marécage.  —  Eh  bien! 
il  faut  les  en  tirer. —  Maître,  il  n*y  a  pas  moyen  d*y  entrer.  »  Le  maître 
alla  pourtant  voir  ce  qu'il  en  était  ;  mais  quand  il  voulut  retirer  un  des 
cochons  par  la  queue,  la  queue  lui  resta  dans  la  main,  et  il  tomba  à  la 
renverse  dans  la  bourbe.  «  Tu  nous  ruineras,  Jean,  tu  nous  ruineras  !  — 
Maître,  est-ce  que  vous  vous  fâchez  ?  —  Je  ne  me  fâche  pas  pour  si  peu. 

—  Vous  savez  que  celui  qui  se  fâchera  aura  les  reins  cassés.  —  Oh!  je 
ne  me  fâche  pas  du  tout.  » 

La  femme  dit  à  son  mari  :  «  Il  faut  l'envoyer  mener  les  oies  au  pâtu- 
rage. I»  Jean  partit  avec  les  oies.  Le  soir,  il  en  manquait  deux  ou  trois 
qu'il  avait  vendues.  «  Jean,  »  dit  le  laboureur,  «  il  manque  des  oies.  — 
Maître,  je  n'en  suis  pas  cause  :  c'est  une  béie  qui  les  a  mangées.  —  Tu 
nous  ruineras,  Jean,  tu  nous  ruineras!  —  MaUre,  est-ce  que  vous  vous 
fâchez?  —  Je  ne  me  fâche  pas  pour  si  peu.  —  Vous  savez  que  celui  qui 
se  fâchera  aura  les  reins  cassés.  —  Oh  !  je  ne  me  fâche  pas  du  tout.  » 

«  Voilà  un  singulier  domestique,  n  dit  le  lendemain  la  femme;  «  il  va 
nous  ruiner.  J'irai  me  cacher  dans  un  buisson  pour  voir  ce  qu'il  fait  des 
oies.  »  Jean  avait  entendu  ce  qu'elle  disait;  avant  de  partir  pour  le  pâtu- 
rage, il  dit  au  laboureur  :  v  MaUre,  je  prends  votre  fusil  ;  si  la  bête 
vient,  je  la  tuerai.  »  Quand  il  vit  la  femme  dans  le  buisson,  il  fit  feu  sur 
elle  et  la  tua.  Le  soir,  il  ramena  les  oies  à  la  maison.  «  Maître,  »  dit-il, 
«  comptez,  il  n'en  manque  pas  une;  j'ai  tué  la  bète  qui  les  mangeait. 

—  Ah  !  malheureux,  tu  as  tué  ma  femme  I  —  Je  n'en  sais  rien;  toujours 
est-il  que  j'ai  tué  une  grosse  bète.  Mais  vous,  est-ce  que  vous  vous  fâ- 
chezP  — Ah!  certes  oui,  je  me  fâche!  »  Là-dessus,  Jean  lui  cassa  les 
reins;  puis  il  revint  chez  lui,  et  mot  aussi. 


Le  thème  principal  de  ce  conte, —  la  convention  entre  le  matire  et  son  valet^— 
se  retrouve  sous  une  forme  plus  ou  moins  ressemblante  dans  des  contes  recueillis 
en  Bretagne  (F. -M.  Luzel,  j*  rapport,  p.  29,  elMèlaîtrje,\H-j-j,  n°  20,  col.  465), 
dans  le  pays  basque  (W.  Webster,  p.  6  et  p.  1 1 1,  dans  diverses  parties  de  l'Italie 
(Jahrft.  fur  rom.  und,  <nglische  Utcraturj  t.  VIII,  p.  246,  et  Propagnaton,  t.  IX, 
2"  partie,  1876,  p.  256),  dans  le  Tyrol  allemand  (Zingcrte,  II,  p.  32?),  en 
Allemagne  (Prœhie,  M.erchtn  fâr  dit  Jugcnd^n'*  16),  chez  les  Lithuaniens  (Schlci- 
cher,  Ùtamcht  yUrchen,  p.  4^),  chez  les  Slaves  de  Moravie  (Wenzig,  Wtstsk- 
tischer  MarcfunuhaU^  p.  {},  en  Valachie  (Schott,  Walachinkc  Marchen^  n'  2} 


CONTES  POPULAIRES  LORRAINS  ÇÇ9 

p.  339),  chez  les  Grecs  d'Epire  (Hahn,  n»  :i  et  n«  j^,  p.  333),  en  Irlaïkle  (F. 
Kennedy,  the  Firuidt  Storus  of  Ireland^  p.  74),  en  Ecosse  (Campbell,  n"  4^),  et, 
d'après  M.  R.  Kœhler  {Mélusute^  loc.  cil.,  col.  473),  en  Danemark  et  en  Nor- 
wége. 

Dans  presque  tous  ces  contes,  la  condition  qui  doit  être  observée  par  les  deux 
parties,  c'estj  comme  dans  notre  conte  lorrain,  de  ne  point  se  fâcher;  dans 
qudques-uns  {conte  écossais,  premier  conte  basque,  second  conte  grec),  il 
faut  oe  pas  manifester  de  regrets  au  sujet  de  l'engagement;  enfin,  dans  le  second 
conte  basque,  il  est  dit  simplement  que  le  valet  s'engage  à  faire  tout  ce  que  son 
maître  lui  ordonnera. 

Quant  i  la  punition  de  celui  qui  aura  manqué  i  ta  convention,  c'est,  dans  le 
plus  grand  nombre  des  contes,  de  se  voir  enlever  par  l'autre  une  ou  plusieurs 
lanières  dans  le  dos,  1  un  ruban  de  peau  rouge  depuis  le  sommet  de  la  tète  jus- 
qu'aux talons  *,  dit  un  des  contes  bretons.  Dans  le  premier  des  deux  contes 
Haiiens,  il  doit  être  ècorché  vif;  dans  le  conte  de  la  Moravie,  il  doit  perdre  le 
nez;  dans  les  contes  tyrolien  et  allemand,  les  oreilles. 

Ajoutons  que  dans  plusieurs  de  ces  contes  (conte  écossais,  second  conte  bre- 
ton, contes  tyrolien,  valaque,  second  conte  grec),  le  héros  n'a  pas,  comme  le 
nAlre,  de  frère  qui,  avant  lui,  ait  mal  réussi  dans  l'entreprise.  Dans  tous  les 
autres  contes  européens,  il  y  a  trois  frères  ;  nous  n'en  avons  rencontré  deux  que 
dans  le  premier  conte  breton. 

Parmi  les  mauvais  tours  que  Jean  joue  à  son  maître  pour  le  mettre  en  colère, 
l'histoire  des  queues  de  cochons,  fichées  dans  le  marais^  figure  dans  le  second 
conte  breton,  les  deux  contes  basques,  le  conte  allemand  de  Prœhie  (où  ce  sont 
des  queues  de  vaches),  et,  d'après  M.  KcEhler  (Jahrb.  fur  rom.  und  tngL  Lit.,  VllI, 
p.  aj  I),  dans  un  conte  norwégien.  Elle  se  retrouve  dans  plusieurs  contes  qui 
n'ont  pas  le  cadre  du  nâtre  et  qui  se  composent  simplement  d'aventures  de 
voleurs  ou  d'adroits  fripons,  par  exemple  dans  un  conte  piémontais  (Gubernatis, 
Zoûiogical  Mjthology,  I,  p.  234),  un  conte  sicilien  (Gonzenbach,  n*  37,  P- 354), 
un  conte  islandais  ^Arnason,  trad.  angl.,  2'  série,  p.  ;j2),  un  conte  allemand 
(Prœhie,  Kinder-  anà  Volksmitrcha^  n*  49),  et  un  conte  russe  (Gubematis,  foe. 
cit.).  Dans  le  conte  allemand,  c'est  une  queue  de  bccuf  que  le  voleur  plante  dans 
le  marais;  dans  le  conte  russe,  une  queue  de  cheval. 

Le  conte  slave  de  Moravie  a,  comme  le  conte  lorrain,  un  épisode  où  te  valet, 
voyant  ses  maîtres  dé{eunersans  l'appeler,  va  vendre  un  sac  de  grain  qu'il  vient 
de  battre  et  fait  un  bon  déjeuner  avec  l'argent.  Dans  te  conte  tyrolien,  son 
maître  lui  ayant  dit  d'aller  travailler  au  lieu  de  dîner,  il  vend  deux  vaches  et 
s'en  va  dtrter  à  l'auberge. 

L'épisode  de  l'ogre  ne  se  rencontre,  en  dehors  du  conte  lorrain,  que  dans  trois 
des  contes  mentionnés  ci-dessus,  le  premier  conte  italien  et  tes  dt^ux  contes 
basques.  En  réalité,  c'est  un  thème  tout-à-fait  indépendant  du  thème  principal 
et  qui  s'y  trouve  intercalé.  Nous  avons  déjà  fait  connaissance  avec  ce  thème  dans 
le  conte  n-  2  ^  de  notre  collection,  U  CorJonntir  et  Us  VoUurs.  L'oiseau  que  Jean 
montre  à  l'ogre  est  évidemment  un  souvenir  obscurci  de  l'oiseau  que  le  cordon- 
nier tance  en  l'air  comme  si  c'était  une  pierre,  pour  donner  aux  voleurs  une  hante 
idée  de  sa  force.  D'ailleurs,  cet  épisode  se  trouve  sous  ddc  forme  bien  plus 


j6o  L  cosQurn 

complète  et  bien  mieux  consenrèe  dans  le  conte  italien  et  dans  le  premier  conte 
basque  :  nous  y  retrouvons  i  peu  près  tous  les  traits  qui  figurent  dans  les  conte» 
du  type  de  notre  conte  U  Cordonnitr  et  les  Voleurs.  Dans  le  conte  écossais,  tu 
lieu  d'être  intercalé  dans  le  thème  principal,  cet  épisode  lui  est  simplement  juxta- 
posé. Après  avoir  réussi  à  mettre  son  maître  en  colère  et  lui  avoir  taillé  dassie 
dos  une  lanière  de  peau,  le  héros  entre  au  service  d'un  géant,  etc. 

L'épisode  en  question  présente  dans  le  conte  écossais  un  trait  qui  le  rap- 
proche toul-à-fait  de  notre  conte  lorrain.  Mac-a-Rusgaich  et  son  maître  le  géant 
se  portent  réciproquement  un  défi  i  qui  mangera  le  plus.  Mac-a-Rusgalch  s'at- 
tache sur  la  poitrine  un  sac  de  cuir  où  il  fait  entrer  la  plus  grande  partie  de  ce 
qu'il  doit  manger,  et  enfin  il  fend  ce  sac  en  disant  qu'une  telle  bedaine  l'empèche 
de  se  baisser.  Le  géant  veut  rimiter  cl  il  meurt.  Nous  ferons  remarquer  que  cet 
épisode  se  rencontre  encore  dans  un  autre  de  nos  contes  lorrains,  variante  de 
notre  n«  i.  Dans  cette  variante,  Jean-sans-Peur,  Jean-de-l'Ours  et  Tord-Chène 
arrivent  chez  un  ogre,  pendant  l'absence  de  celui-ci.  Quand  il  rentre,  les  troa 
compagnons,  sans  se  déconcerter,  lui  disent  qu'ils  ont  faim.  La  femme  de  l'ogre 
préparc  des  grimées*  et  l'on  se  met  à  table.  Les  trois  compagnons  se  sont  atta- 
ché des  poches  sur  l'estomac  et  ils  y  introduisent  tes  grimées.  L'ogre,  croyant 
qu'ils  avalent  tout,  ne  veut  pas  avoir  le  dessous, et  il  mange  tant  qu'il  en  meurt. 
Plusieurs  contes  du  type  de  notre  n'  2^  U  Cordonnur  ei  /«i  VoUun  présentent 
un  passage  analogue.  Ainsi,  dans  un  conte  suédois  (CavalIJus,  p.  7  de  la  Irad. 
ail.),  dans  un  conte  norwégien  (Asbjœrnsen,  n"  6  de  la  irad.  ail.),  c'est  absolu- 
ment le  trait  de  Jean  et  Pierre  :  trompé  par  la  même  ruse,  le  géant  veut  aussi  se 
soulager  en  s'ouvrant  l'estomac  et  il  se  tue.  Comparez  un  conte  suisse  (Suter- 
mrister,  n'  41),  un  conte  sicilien  (Gonzenbach,  n*  41)  et  ^ussi  un  conte  gascon 
de  la  collection  Cénac-Moncaut  (1861,  p.  90}.  Dans  un  second  conte  sicilien 
(Pitre,  n'  B{),  le  héros,  après  avoir  fait  disparaître  force  macaroni  dans  son  sac, 
feint  également  de  s'ouvrir  le  ventre  ;  mais  ici,  c'est  sous  prétexte  de  pouvoir 
mieux  courir.  Ce  dernier  détail  rattache  sur  ce  point  au  conte  sicilien  et,  par 
suite,  à  noire  conte  lorrain,  le  premier  des  deux  contes  basques  cités  plus  haut. 
Dans  ce  conte  basque,  le  héros.,  en  s'enfuyant  de  chez  le  iartaro  (ogre),  fait  sem- 
blant de  s'ouvrir  le  ventre  cl  jette  sur  la  roule  les  entrailles  d'un  cochon  qu'il 
tenait  cachées,  afin  de  faire  croire  au  lartarù  que  c'est  là  un  moyen  de  devenir 
plus  agile.  Il  en  est  de  même  dans  un  conte  du  Tyrol  allemand  (Zingerle,  11, 
p.  III).  —  Notons  encore  un  passage  d'un  livre  populaire  anglais  du  siècle 
dernier,  Jack  U  Tueur  de  géants,  déjà  cité  par  nous  dans  les  remarques  de  notre 
n'  2^.  Jack,  déjeunant  avec  le  géant,  attache  sous  ses  vêtements  un  grand  sac 
de  cuir  et  y  jette  sans  être  aperçu  tout  le  pudding  qui  lui  est  servi.  Ensuite,  il 
dit  au  géant  qu'il  va  lui  faire  voir  un  tour  d'adresse.  D'un  coup  de  couteau  il 
fend  le  sac  de  cuir,  et  tout  le  pudding  tombe  par  terre.  Le  géant  se  croit  obligé 
de  faire  comme  Jack,  et  il  se  tue. 

Le  dernier  épisode  de  notre  conte,  —  celui  de  la  femme  tuée,  —  a  subi  une 
altération.  Dans  tes  autres  contes  où  il  existe,  voici  comment  il  se  présente  : 


I .  CrimitSt  ailleurs  grumtlets  (comparez  le  mot  ^rarmaax).  C'est  un  mets  du 
pays,  composé  d'un  mélange  de  Earine  et  d'oeufs,  cuit  dans  du  tait. 


COKTES  POPULHIRES  LORRAINS  jôl 

L'année  du  vilet  doit  se  terminer  au  premier  chant  du  coucou.  Pour  se  débar- 
rasser de  lui  plus  vite,  la  femme  du  maître  grimpe  sur  un  arbre  et  imite  k 
coucou;  le  va)?t  tire  sur  le  prétendu  oiseau  et  le  tue.  Voyez,  parmi  les  contes 
mentionnés  plus  haut,  le  premier  conte  breton^  le  conte  tyrolien,  le  conte  alle- 
mand, le  conte  slave  de  Moravie,  le  second  conte  grec,  et,  d'après  M.  Kcchlcff 
te  conte  danois  trt  le  conte  norwégien.  Il  faut  ajouter  enfin  un  passage  d'un 
conte  sicilien  d'un  autre  type,  que  nous  avons  dèj  eu  occasion  de  citer  i  pro- 
pos de  l'épisode  des  queues  de  cochon  (Gonzenbach,  n*  )7,  p.  2J4). 

En  Orient,  nous  rencontrons  d'abord  ce  dernier  épisode  dans  un  conte  recueilli 
par  M.  RadIofT  chez  les  tribus  tartares  de  la  Sibérie  méridionale,  riveraines  de 
la  Tobol,  tribus  chez  lesquelles  des  contes  sont  venus  du  sud  avec  l'islamisme, 
ainsi  que  nous  t'avons  montré  dans  les  remarques  de  notre  n**  ja,  Chatte  blanchi. 
Un  fripon  (Radlofî,  op.  cit.,  t.  IV, p.  282)  propose  à  un  laboureur  de  conduire 
sa  charrue.  Pendant  que  le  laboureur  va  lut  chercher  à  manger^  il  dételle  le  bœuf, 
lui  coupe  la  queue  et  le  fait  emmener  par  un  compère;  puis  il  fiche  la  queue  en 
terre  et,  quand  il  voit  revenir  le  laboureur,  il  la  tire  de  toutes  ses  forces»  si  bien 
qu'il  tombe  â  la  renverse.  Le  laboureur  étant  accouru,  le  fripon  lui  dit  que  le 
bœuf  s'est  tout-i-coup  enfoncé  dans  la  terre  et  qu'en  essayant  de  le  retenir,  la 
queue  lui  est  restée  dans  la  main. —  Chose  à  noter,  ce  même  conte  tartare,dont 
le  cadre  n'est  nullement  celui  de  notre  conte  lorrain, renferme  encore  un  épisode 
qui  fait  partie  de  certains  contes  européens  du  type  de  Jejti  et  Pierre,  Après  avoir 
été  hébergé  par  un  brave  homme,  le  fripon  du  conte  tartare  donne  sa  coiffure  à 
un  compérc  et  s'en  va  tête  nue  remercier  son  hôte,  qui  travaille  aux  champs  4 
peu  de  distance  de  sa  maison.  Celui-ci  lui  ayant  demandé  pourquoi  il  n*a  rîen 
sur  la  tète,  le  fripon  lui  dit  :  ■  C'est  parce  que  votre  femme  m'a  retenu  macoif- 
hjre  pour  se  faire  payer  de  m'avoir  hébergé.  »  L'hôte,  trés-fiché  contre  sa  femme, 
dit  au  fripon  d'aller  lui  réclamer  sa  coiffure  :  >  Si  elle  s'obstine  â  la  garder,  * 
ajoute-t-il,  <  je  lui  crierai  de  la  rendre.  »  Arrivé  i  la  maison,  le  fripon  dit  i  ta 
femme  que  l'hôte  lui  a  donné  sa  fille,  et  il  se  met  en  mesure  d'emmener  celle- 
ci.  La  mère  faisant  résistance,  le  fripon  crie  au  bonhomme  :  f  On  ne  veut  pas 
me  la  donner.  *  Alors,  ce  dernier,  brandissant  sa  pelle  :  ■  Donnez-la  !  donnez- 
la!  sinon,  je  vous  tue!  •  La  femme  est  donc  obligée  de  lui  donner  sa  fille. —  Dans 
l'un  des  contes  bretons  mentionnés  ci-dessus  (Âft/uji/it,  1877,  col.  471),  le  sei- 
gneur qui  est  aux  champs  avec  son  serviteur  Fanch,  dit  à  celui-ci  d'aller  vile 
au  chiteau  chercher  deux  pelles  et  de  les  mettre  dans  un  sac  parcequ'il  ne  veut 
pas  qu'on  les  voie.  Fanch  se  rend  au  château  et  dit  i  la  dame  et  à  sa  Elle  que 
son  maître  lui  a  ordonné  de  les  mettre  toutes  les  deux  dans  un  sac.  Puis^  cou- 
rant i  la  fenêtre  :  <  Toutes  les  deux  dans  un  sac,  n'est-ce  pas,  Monseigneur? 
—  Oui,  toutes  les  deux,  »  crie  le  seigneur,  pensant  aux  deux  pelles,  •  et  dé- 
péche-toi.  •  Comparez  le  premier  conte  basque  mentionné  au  même  endroit. 

Pour  t'ensemblei  on  peut  rapprocher  de  notre  conte  lorrain  et  de  ses  pen- 
dants européens  un  conte  recueilli  chez  les  Afghans  roahométans  qui  forment  la 
population  du  Bannu,  province  traversée  par  l'Indus  et  conquise  en  1848  par 
l'Angleterre  (Thorburn,  Bannu,  or  our  Afghan  Frontier,  London,  187C,  p.  199). 
Nous  en  reproduirons  l'abrégé  tout  i  fait  écourré  qu'en  donne  l'auteur  anglais.  Un 
jeune  homme  un  peu  simple  entre  au  service  d'un  maître  aux  conditions  suivanlei  : 
Komanid,  Vtl  7^ 


;62  E.  cosquiN 

le  maître  doit  lui  focrnir  une  charrue  et  une  paire  de  bœuts,  et  le  serritevr  doit 
tous  les  jours  semer  une  corbeille  de  grain  et  aller  chercher  on  panier  de  bois 
de  chauffage  et  la  nourriture  de  la  famille;  celui  des  deux  qui  ne  tiendra  pas 
son  engagement,  doit  perdre  le  nez.  Dés  le  premier  jour,  le  serviteur  nt  peut 
remplir  tout  son  otfice.  et  le  maître  lui  coupe  le  nez.  fl  retourne  chez  loi  et 
raconte  sa  mésaventure  à  son  frère  qui  entre  au  service  du  mime  maître  auji 
mêmes  conditions.  Ce  second  serviteur,  arrivé  aux  champs,  répand  tout  le 
grain  par  terre,  tue  un  des  bœufe  et  brise  la  charrue,  et,  rentré  à  la  maison,  d 
dit  au  roattre  qu'il  a  rempli  ses  engagements.  II  en  fait  autant  le  second  jour. 
Le  troisième  |our,  le  maître  ne  peut  lui  fournir  ni  grain,  ni  charrue,  ni  barufs,  et 
perd  son  nez. 

Autant  qu'on  en  peut  juger  par  cet  abrégé,  ce  conte  afghan  est  évidemmeol 
altéré.  Nous  avons  découvert  une  autre  forme  orientale  très-bien  conservée  de 
notre  thème.  C'est  un  conte  qui^  paratt*il,  est  un  des  plus  populaires  pamî  les 
Mahométans  de  l'Inde.  Il  a  été  publié  en  1870  dans  la  CaUutU  Rtriiw  (t.  LIj 
p.  126).  Le  voici  :  •  II  y  avait  une  fois  deux  frères,  Hatâlzâ^ah  et  Haràmzâilah, 
Dans  le  même  pays  habitait  un  Qdzi  (sorte  de  magistrat,  de  juge).  Hal&lzidah 
alla  trouver  ce  Qâzi  pour  entrer  à  son  service.  Le  Qâzî  lui  dit  :  «  Si  vous 
entrez  i  mon  service,  ce  sera  à  la  condition  que,  si  vous  me  quittez,  je  vous 
couperai  le  nez  et  les  oreilles,  et,  si  je  vous  renvoie,  vous  m'en  ferez  anta&l. 
Quant  à  votre  nourriture,  vous  en  aurez  par  jour  plein  une  feuille.  >  Halâl- 
zadah  accepta  ces  conditions.  Chaque  jour,  le  Qizi  l'envoyait  h\rt  paître  les 
vaches  et  les  chèvres,  et  il  lui  donnait  de  nourriture  plein  une  feuille  de  tama- 
rin. Cela  ne  faisait  guère  l'affaire  de  Kalfilzàdah,  et  il  dit  au  Qàzi  qu'il  ne 
pouvait  travailler  l'estomac  vide.  Le  Qâzi  lui  répondit  tout  simptemeot  que, 
s'il  n'était  pas  content,  il  pouvait  s'en  aller.  A  la  fin,  HalàJi^adah,  ayant  dépensé 
tout  son  argent  et  se  voyant  au  moment  de  mourir  de  faim,  demanda  son  congé. 
Sur  quoi,  le  Qazi  prit  un  couteau  et  lui  coupa  le  nez  et  les  oreilles,  et  l'autre 
s'en  alla. 

«  Son  frère,  Haràmzâdah,  le  voyant  dans  ce  triste  état,  lui  demanda  ce 
qui  lui  était  arrivé,  et,  ayant  appris  la  façon  d'agir  du  Qâzi,  il  demanda  à  Halil- 
zâdah  de  lui  montrer  où  il  demeurait.  Il  se  rendit  chez  le  Qàzi  et  s'engagea  i 
son  service  aux  mêmes  conditions  que  son  frère.  Le  Qazi  lui  donna  les  vaches 
et  les  chèvres  â  mener  paître.  Harumziûlah  les  conduisit  aux  champs;  de  retour 
au  logis,  il  alU  prendre  dans  le  jardin  une  feuille  de  bananier  et>  la  présentant 
au  Qôzi,  il  lui  demanda  son  dîner.  Le  Q^zi  fut  bien  obligé  de  lui  remplir  sa 
feuille  de  bananier.  Hardmziidah  s'en  fut  encore  avec  le  troupeau  au  pâturage  ; 
il  tua  une  des  chèvres,  invita  ses  amis  et  fit  avec  eux  un  festin,  puis  il  ramena 
i  la  maison  le  reste  du  troupeau. 

«  Le  lendemain  matin,  Harémzadah  mena  de  nouveau  paître  le  troupeau; 
cette  fois ,  il  vendit  une  douzaine  de  chèvres  et  quatre  vaches;  puis,  courant  A 
la  maison,  il  dit  au  Qizi  :  •  Dieu  est  miséricordieux  !  Il  vient  de  me  sauver  la 
TÎel  —  Comment  cela?  ■  dit  le  Quzi.  —  ■  Il  est  venu  des  loups  qui  ont  em- 
porté douze  chèvres  et  quatre  vaches,  et  je  n'ai  pu  leur  échapper  qu'en  grin- 
pant  sur  un  arbre.  ■ 

■  Le  Qâzi  l'accabla  d'injures  et  lui  demanda  de  quel  côté  il  avait  menépattre 


CONTES   POPUUIRES   LORRAINS  56  î 

le  troupeaa.  t  Du  côté  da  couchant^  ■  répondit  l'autre.  Le  Qizi  lui  ordontij  de 
le  conduire  désormais  du  c<^té  du  nord.  Harâmzddah,  en  attendant,  s'en  fut  nu 
[ardin  cueillir  une  teuillc  de  bananier,  se  la  6t  remplir,  et,  après  avoir  mangé 
tout  son  soûl,  donna  le  reste  aux  mendiants.  Puis  il  prit  avec  lui  le  troupeau 
et  s'en  alla  du  côté  du  nord. 

I  Cette  fois,  il  vendit  le  troupeau  tout  entier  d'un  coup  et  courut  trouver 
son  mattre.  «  Hél  ^àzi!  hé!  Qâzi!  voilà  un  bel  ordre  que  vous  m'avez  donné 
de  conduire  le  troupeau  du  côté  du  nord!  —  C^'esl-il  arrivé^  >  dit  le  Qàzi. 
—  ■  Une  bande  de  tigres  a  emporté  tout  le  troupeau,  et  je  ne  me  suis  sauvé 
qu'en  me  cachant  dans  une  caverne  de  la  montagne.  ■ 

*  Le  lendemain,  le  Qazi  dit  à  Harâmzadah  d'aller  promener  son  cheval.  Ha- 
râmzâdah  partit  avec  le  cheval  et,  ayant  rencontré  en  chemin  un  marchand  de 
chevaux,  il  lui  vendit  la  béte  sous  cette  condition  qu'il  garderait  la  queue;  il 
coupa  donc  la  queue  du  cheval,  et,  de  retour  à  ta  maison,  il  l'enfonça  dans  un 
trou  de  rat  qui  se  trouvait  dans  un  coin  de  l'écurie  et  battit  la  terre  tout  autour 
pour  qu'elle  tint  bien.  Puis  il  alla  se  faire  remplir  par  le  Qâzj  sa  feuille  de 
bananier. 

■  Le  lendemain  malin,  Harâmzadah  courut  trouver  le  QiUÏ  en  poussant  les 
hauts  cris  :  1  0  Qdzi!  venez  dans  Técurie  voir  le  malheur  qui  vient  d'arriver! 
les  rats  sont  en  tram  d'emporter  le  cheval  ;  il  n'y  a  plus  que  la  moitié  de  la 
queue  qui  soit  encore  hors  de  leur  trou.  H^tez-vous,  hâtez-vous!  »  Le  QÂzî 
courut  à  l'écurie  et  se  mit  à  tirer,  tirer  la  queue,  jusqu'à  ce  qu'elle  sortît  du 
trou,  mais  hélas!  point  de  cheval  avec.  Harûmzàdah  dK  que  les  rats  devaient 
avoir  mangé  le  reste.  > 

Bref,  continue  la  Calcutta  fUview^  le  Qâzi  est  complètement  ruiné,  et,  qui  pis 
est,  sa  famille  est  déshonorée  par  Harimzadah,  qui  6nalement  s'en  va  avec  son 
coogé  et  aussi  avec  te  nez  et  les  oreilles  de  son  maître. 


XXXVIL 
LA  REINE  DES  POISSONS. 

Il  éiaii  une  fois  un  pécheur.  Un  jour  qu'il  était  h  la  pèche,  il  prit  la 
reine  des  poissons.  «  Rejette-moi  dans  l'eau,  n  lui  dii-elle,  «  et  lu  pren- 
dras beaucoup  d'autres  poissons.  »  Il  la  rejeta  dans  l'eau  et  prit  en  effet 
une  grande  quantité  de  poissons,  si  bien  qu'il  fit  une  bonne  journée. 

De  retour  à  la  maison,  il  dit  à  sa  femme  :  u  J'ai  pris  la  reine  des 
poissons  ,  elle  m'a  promis  que  j'attraperais  beaucoup  de  poissons  si  je  la 
laissais  aller.  Je  l'ai  rejetée  dans  Peau,  et,  en  etfct,  j'en  ai  pris  en  quan- 
tité. —  Que  tu  es  nigaud  !  u  dit  la  femme,  >  j'aurais  bien  voulu  la  man- 
ger. Il  ^udra  me  l'apporter.  » 

Le  pécheur  retourna  à  la  rivière  et  prit  une  seconde  fois  la  reine  des 
poissons.  «  Laisse-moi  aller,  pécheur,  »  lui  dit-elle,  •  et  lu  prendras 


$64  e.  cosQuiN 

beaucoup  d'autres  poissons.   »  Il  la  rejeta  dans  l'eau  et  revint  cbei  loi 

après  avoir  fait  une  bonne  pèche. 

u  Tu  ne  me  rapportes  pas  la  reine  des  poissons  ?  »  lui  dit  sa  femnie; 
«  une  autre  fois  j'irai  avec  loi,  et  je  la  prendrai.  —  Si  je  l'attrape 
encore,  u  répondit  le  pêcheur,  ■  tu  l'auras.  » 

Il  jeta  de  nouveau  le  filet  et  ramena  la  reine  des  poissons.  «  Laisse- 
moi  aller,  »  lui  dit-elle,  tt  et  tu  prendras  beaucoup  d'autres  poissons. 
—  Non,  ma  femme  veut  te  manger.  —  Eh  bien  !  qu'il  soit  fait  selon 
votre  désir  ;  mais  quand  vous  m'aurez  mangée,  meciez  de  mes  arêtes 
sous  la  chienne,  mettez-en  sous  la  jument  et  mettez-en  aussi  sous  un 
rosier  dans  te  jardin,  i* 

Le  pécheur  fit  ce  que  lui  avait  dit  la  reine  des  poissons,  et,  le  lende- 
main, étant  allé  dans  le  jardin,  il  trouva  sous  te  rosier  trois  garçons  déji 
grands  ;  il  trouva  trois  chiens  sous  la  chienne,  et  trois  poulains  sous  la 
jument.  Dans  le  cas  où  il  arriverait  malheur  aux  jeunes  garçons,  urtc  rose 
devait  tomber  du  rosier. 

Un  jour,  Talné  prit  avec  lui  les  trois  chiens  et  se  mit  en  route.  Étant 
arrivé  dans  un  village,  il  vit  tout  le  monde  en  pleurs  ;  il  en  demanda  la 
cause.  On  lui  dit  qu'une  pi  incesse  allait  être  dévorée  par  une  béie  à 
sept  têtes.  Le  jeune  homme  se  ht  indiquer  l'endroit  où  l'on  avait  conduit 
la  princesse  ;  il  la  trouva  qui  pleurait  près  d'une  fontaine,  o  Qu'avez- 
vous,  ma  princesse  ?  »  lui  demanda-i-il.  —  «  Hélas  !  »  dit-elle,  »  je  vais 
être  dévorée  par  une  bête  â  sept  têtes.  —  Si  je  pouvais  vous  délivrer  ?  » 
dit  le  jeune  homme.  ^  Pour  moi,  je  ne  crains  rien,  je  n'ai  pas  d'Âme  à 
sauver  > .  » 

La  bête  à  sept  têtes  arriva  bientât.  Le  jeune  homme,  qui  avait  amené 
ses  trois  chiens,  lança  contre  la  béte  le  premier,  nommé  Brise-Vent, 
Après  avoir  combattu  longtemps,  Bnse-Vent  abattit  trois  têtes  à  la  bète. 
1  Je  m'en  vais,  dit-elle,  mais  je  reviendrai  demain.  » 

Le  lendemain,  le  jeune  homme  se  rendit  encore  à  la  fontaine.  «  Oh  !  » 
dit  la  bête,  "  il  est  donc  toujours  ici  !  »  Le  jeune  homme  lança  contre 
elle  le  second  de  ses  chiens,  Brise-Fer,  qui  lui  abattit  encore  trois  têtes. 
«  Remettons  la  partie  à  demain.  »  dit-elle. 

Le  jour  suivant,  le  jeune  homme  lança  contre  cite  son  troisième  chien, 
Brise,  qui  n'était  pas  si  fort  que  les  autres,  mais  il  n'y  avait  plus  qu'une 
tête  à  abattre,  et  il  l'abattit. 

Quand  la  bête  fut  morte,  la  princesse  invita  le  jeune  homme  à  venir 
avec  elle  chez  le  roi  son  père;  mais  il  refusa  et  s'en  retourna  chez  lui. 

Le  roi  fit  publier  à  son  de  caisse  que  celui  qui  avait  délivré  la  prin- 
cesse vtni  se  présenter  au  château  avec  les  sept  têtes  de  la  bête.  Le 

1 .  Voir  les  reroarque^. 


CONTES   POPULAIRES    LORRAINS  j6'5 

plus  j'eune  des  trois  frères  aurait  bien  voulu  les  avoir  ;  mais  Vs&né  les 
cacha  el  en  fit  faire  de  pareilles  en  bois.  Le  plus  jeune  prit  celles-ci  ci 
les  porta  au  roi,  qui,  voyant  que  ce  n'étaient  pas  les  vraies  têtes,  entra 
dans  une  grande  colère  et  fit  jeter  le  jeune  homme  en  prison,  disant  quil 
serait  pendu  le  lendemain. 

Cependant  le  second  des  trois  frères  était  allé  se  promener  au  jardin  ; 
il  vit  une  rose  tombée  du  rosier.  «  11  est  arrivé  malheur  à  mon  frère,  » 
se  dit-il.  Aussitôt  il  alla  trouver  le  roi.  «  Que  viens-tu  faire  ici  ?  "  lui  dît 
le  roi.  —  «  Je  viens  pour  délivrer  mon  frère.  »  Le  roi  ordonna  qu'on  le 
mit  en  prison  lui-même,  et  qu*on  le  pendit  le  lendemain. 

Une  rose  tomba  encore  du  rosier.  »  Il  faut,  a  se  dit  l'alné,  u  qu'il  soit 
arrivé  malheur  à  mes  deux  frères.  »  Il  prit  les  sept  tètes  et  les  sept 
langues  de  la  bète  et  se  rendit  au  château.  «  Que  viens-tu  faire  ici  P  )»  lui 
demanda  le  roi,  — «  Je  viens  pour  délivrer  mes  frères.  Voici  les  sept  tètes 
et  les  sept  langues  de  la  bèic.  —  C'est  bien,  »  dit  le  roi  ;  «  à  cause  de 
toi  je  leur  ferai  grâce,  et  tu  épouseras  ma  fille.  » 

Le  jeune  homme  épousa  donc  la  princesse,  et  ses  frères  se  marièrent 
avec  deux  dames  d'honneur.  Les  parents  ne  furent  pas  oubliés,  et  tout  le 
monde  fut  heureux. 

Ce  conte  est  une  variante  de  notre  n*  j,  Us  FUs  éti  Ptchtur  ;  mais,  iodèpen- 
datnmeol  de  diverses  altérations  que  l'on  reconnallra  aisément,  il  s'y  est  intro- 
duit un  élément  nouveau  qu'il  faut  signaler  :  nous  vooIods  parler  des  trois 
chiens,  dont  chacun  j  ion  nom  et  qui  luait  ta  bélt. 

A  propos  d'un  conte  italien  de  la  Vènétîe,  du  même  genre  que  notre  conte 
lorrain  {Jahrbuch  fur  rom.  und  engl.  Uuratar^  1866,  p.  rji),  M.  R.  Kœhier  a 
bit  observer  uès- justement  que  ce  trait  appartient  proprement  ï  un  type  de 
contes  différent  de  celui  auquel  se  rapportent  notre  conte  Ut  Fllt  du  Péehear 
et  les  variantes.  Dans  les  contes  auxquels  il  fait  allusion,  l'idée  générale  est  i 
peu  près  celle-^  :  Un  jeune  homme,  sur  la  proposition  d'un  inconnu,  échange 
trois  brebis,  toute  $a  fortune,  contre  trois  chiens,  dont  chacun  est  doué  de  qua- 
lités merveilleuses.  Grâce  à  leur  aide,  il  s'empare  d'une  maison  habitée  par  des 
brigands,  que  ses  chiens  tuent,  et  s'y  établit  avec  sa  saur.  Celle-ci  l'ayant  trahi 
et  livré  k  un  des  brigands  échappé  au  carnage  et  qu'elle  veut  épouser,  les  trois 
chiens  le  sauvent.  Ce  sont  eux  encore  qui  tuent  un  dragon  auquel  est  eiposée 
une  princesse.  M.  Kœhier  cite  diven  contes  dans  lesquels  ce  thème  est  déve- 
loppé, parfois  avec  nombre  d'altérations,  et  qui  ont  été  recueillis  dans  le  <  pays 
saxon  >  de  Transylvanie,  en  Ekthême,  dans  différents  endroits  d'Allemagne, 
chez  les  Lithuaniens,  dans  te  Tyrol,  en  Suède,  en  Danemark,  en  Grèce.  Nous 
ajouterons  à  l'énumération  faite  par  M.  ICahler  un  conte  véoilies,  publié  depuis 
lors  [Bernoni,  FiaU  popoUn  vcneztune.  Venise,  187;,  n*  lo). 

Parmi  les  noms  donnés  aux  trois  chiens  dans  ces  contes,  il  en  est  qui  res- 
semblent, parfois  identiquement,  i  certains  des  noms  de  notre  conte  lorrain. 
Ainsi,  dans  le  conte  bohème  iWaldau,  p.  4691,  les  noms  sont  «  Brise  (Brith), 


E.  COSQUIN 

Mords,  Attention;  «  dans  un  conte  allemand  (Grimm,  t.  III,  p.  104).  <  Arrête, 
Attrape,  Brisc-ftr-tt-acur  {BrUhàsenundstûhl)  ;  »  ce  dernier  nom  se  retrouve  dans 
d'autres  variantes  allemandes.  Dans  le  conte  vénitien  de  la  collection  Beraoni, 
c'est,  tout  à  fait  comme  dans  notre  conte  lorrain ,  «  Brîse-Fer  1  {Shranajirroi. 
Enfin,  on  peut  rapprocher  de  notre  «  Brise-Vent  »  le  «  Vite-comine-Ifr-tent  • 
[CeschwinJwiederwind)  du  conte  tyrolien  et  d'un  conte  allemand. 

Ce  n'est,  i  notre  connaissance,  que  dans  notre  conte  lorrain  de  la  RoBt  àa 
poUsons  qu'il  s'est  opéré  une  fusion  aussi  complète  entre  les  deux  thèmes  dont 
nous  avons  parlé.  Sans  doute,  certains  des  contes  indiqués ci-dessasparM.  Kœîiler 
présentent,  après  le  combat  contre  le  draf^on  et  la  délivrance  de  la  princesse,  toute 
une  suite  d'aventures  appartenant  au  thème  des  Fils  du  Plchcat  ( l'intervention 
d'un  imposteur  qui  se  donne  pour  le  libérateur,  l'arrivée  du  héros  dans  la  rille 
de  la  princesse  le  jour  où  doivent  avoir  lieu  les  noces  de  celle-ci,  tes  moyens  quil 
prend  pour  faire  connaître  sa  présence  à  la  princesse  et  ensuite  pour  démasquer 
l'imposteur);  mais,  dans  aucun  de  ces  contes,  —  que  nous  sachions,  —  les  trois 
chiens  ne  sont,  comme  dans  notre  Rivic  des  Poissons,  et  conformément  au  thème 
des  Fth  du  Pêcheur^  nés  du  poisson  merveilleux.  En  un  mot^  c'est  dans  notre 
conte  seul  que  l'introduction  du  thème  des  Fils  du  Picheur  (ob  se  trouvent  déjA^ 
du  reste,  les  trois  chiens,  mais  comme  simple  accessoire),  s'est  fondce  avec  on 
des  éléments  du  second  thème  signalé  par  M.  Kœhler. 

Dans  notre  conte  lorrain,  on  a  remarqué  le  curieux  passage  oâ  le  jeune 
homme  dit  qu'il  t  n'a  pas  d'ime  1  sauver.  »  Le  récit  indique  bien  ici  qu'il  est, 
comme  ses  chiens,  une  incarnation  de  la  reine  des  poissons. 

Pour  tout  l'ensemble  de  notre  conte,  nous  renverrons  à  nos  remarques  sur 
notre  n*  f,  les  Fils  du  Pichtur.  Aux  rapprochements  que  nous  avons  faits,  il 
faut  ajouter  un  conte  basque  (Wentworth  Webstrr,  p.  87)  et  la  dernière  partie 
d'un  conte  également  basque  {ibid.^  p.  jj)  ;  de  plus,  un  conte  breton  iMèlasine. 
1877,  n"  j,  col.  {7),  où  nous  rencontrons  la  combinaison  des  deux  thèmes 
indiqués  plus  haut,  mais  avec  exclusion  du  trait  qui,  dans  notre  conte  lorrain, 
faisait  lien  entre  eux,  les  trois  chiens. 

Nos  remarques  sur  notre  n°  j  présentant  diverses  omissions,  nous  les  complé- 
terons ici. 

En  Orient,  nous  avons  i  citer  un  épisode  d'un  conteavare  que  nous  avons  déjà 
en  partie  analysé  dans  les  remarques  de  nus  n**  1  {Jean  de  t'Oiirs)  et  14  {U  Fils  du 
Diable),  Oreille-d'Ours,  se  trouvant  dans  une  grande  ville  du  «  monde  iofériear,  9 
demande  de  l'eau  à  une  vicitle  femme.  Celle-ci  lui  répond  qu'elle  ne  peut  lui  ot 
donner  :  un  dragon  A  neuf  têtes  se  tient  auprès  de  la  source  ;  chaque  année  on 
lui  livre  une  jeune  hlle  et,  ce  jour-li  seulement,  il  laisse  puiser  de  l'eau.  Oreille- 
d'Ours  prend  deux  cruches  et  se  rend  h  U  fortaine,  od  il  les  remplit  ;  le  dragon 
le  laisse  faire.  Il  y  retourne,  toujours  sans  être  inquiété  par  le  dragon.  Le  bruit 
s'en  répand,  et  le  roi  du  •>  monde  inférieur  »  promet  i  DreilIc-d'Ours  de  lui 
donner  ce  qu'il  voudra,  s'il  tue  te  dragon.  Oreilte-d'Ours  se  fait  deux  oreillères 
de  feutre  qu'il  met  sur  ses  oreilles  et  s'en  va  avec  ses  cruches  â  1.1  fontaine.  Le 
dragon  lui  demande  comment  il  a  le  front  de  venir  une  troisième  fois.  Oreille^ 
d'Ours  lui  repond  en  lui  reprochant  de  priver  la  ville  de  l'eau  que  Dieu  a  faite 
pour  tous  et  de  dévorer  des  jeunes  Slles.  Alors  le  dragon  se  lève  et,  jetant  ses 


CONTES  POPULAIRES  LORRAINS  567 

griffes  sur  0^ei^l^d'Ours,  lui  arrache  ses  orfillèrw  de  feutre;  mais  Orcille- 
d'Ours  brandit  une  épée  de  diamant  qu'il  avait  conquise  dans  une  aventure,  et 
d'un  coup  il  abat  les  neuf  tètes  du  dragon.  Il  coupe  les  dix-huit  oreilles  cl  les 
porte  au  roi.  Celui-ci  lui  offre  en  mariage  sa  fille  qui  devait  cette  année-là  raimc 
être  livrée  au  dragon;  mais  Oreille-d'Ours  demande  pour  toute  récompense  que 
le  roi  loi  donne  le  moyen  de  revenir  dans  le  monde  supérieur. 

Dans  un  conte  arabe  des  Mille  et  une  NuUs  (t.  XI,  p.  177  de  la  trad.  alle- 
mande dite  de  Breslau),  dont  nous  avons  donné  le  résumé  dans  les  remarques 
de  notre  n<*  19,  le  Petit  BosiU,  le  plus  jeune  fils  du  sultan  d'Yémen  arrive  dans 
une  ville  ob  tout  le  monde  est  plongé  dans  la  douleur.  Il  apprend  que  chaque 
année  on  est  obligé  de  livrer  à  un  monstre  une  belle  jeune  6IIe ,  cette  année  le 
sort  est  tombé  sur  la  fille  du  sultan.  Le  prince  se  rend  i  l'endroit  où  le  monstre 
doit  saisir  sa  viaiœe  ;  après  un  terrible  combat,  il  le  tue  el  laisse  la  princesse 
s'en  retourner  seule  chez  son  père.  Le  sultan,  pour  connaître  le  libérateur  de 
sa  fille,  ordonne  k  tous  les  hommes  de  la  ville  de  comparaître  devant  elle  ;  mais 
elle  n'en  reconnaît  aucun  pour  celui  qui  l'a  sauvée  du  monstre.  Alors  on  apprend 
qu'il  y  a  encore  dans  telle  maison  un  étranger  ;  on  le  fait  venir,  et  la  princesse, 
remplie  de  joie,  fe  salue  comme  son  libérateur.  — Comparez  un  autre  conte 
des  Mille  et  une  Nuits,  ot  la  même  idée  se  présente  sous  une  forne  moins  bien 
conservée  (iM.,  t.  X,  p.  107). 

Un  conte  indien,  qui  se  trouve  dans  un  manuscrit  en  langue  hala  canara  et 
qui  a  été  analysé  par  le  célèbre  indianiste  Wilson,  offre  plusieurs  traits  de  nos 
contes  /«  Fils  da  PUkcur  et  la  Reine  des  Poissons  {Asiatic  Journal.  New  itnes, 
I.  XXIV,  i8j7,  p.  196)  :  Deux  princes,  Somasekhara  et  Chitrasckhara,  ont 
(ait  toute  sorte  d'avanies  i  Ikrama,  roi  de  Lilavati,  pour  forcer  celui-ci  à  accor- 
der à  l'un  d'eux  la  main  de  sa  lîlle  Rupavati.  Le  roi  consent  enfin  à  donner  la 
princesse,  mais  â  la  condition  que  le  prétendant  tuera  certain  lion  des  plus  ter- 
ribles. Les  princes  tuent  le  monstre  et  emportent  une  partie  de  la  queue  comme 
trophée.  Le  blanchisseur  du  palais  ayant  trouvé  le  corps  du  lion,  lui  coupe  la 
lète  et  va  la  présenter  au  roi  en  réclamant  pour  prix  de  son  prétendu  exploit  la 
main  de  la  princesse.  Le  mariage  est  au  moment  d'être  célébré  quand  les  princes 
se  font  connaître,  et  te  blanchisseur  est  mis  i  mort.  La  princesse  épouse  le 
prince  cadet,  Chitrasekhara.  Quelque  temps  après,  l'alnè  se  met  en  campagne 
pour  aller  délivrer  une  princesse  prisonnière  d'un  géant.  En  partant,  il  donne 
X  son  trére  une  fleur  qui  se  fanera  s'il  lui  arrive  malheur.  Les  aventures  qui 
suivent  n'ont  plus  de  rapport  avec  nos  contes;  mais  cette  première  partie  du 
conte  indien,  dont  les  héros  sont  là  aussi  des  frères,  ne  nous  en  a  pas  moins 
offert,  réunis  d'une  manière  qui  évidemment  n'est  pas  fortuite,  deux  des  princi- 
paux traits  de  notre  thème  :  l'épisode  du  monstre  tué  et  de  l'imposteur  démas- 
qué, et  la  particularité  de  l'objet  qui  annonce  le  malheur  de  celui  qui  l'a  donné. 

On  a  signalé  dans  la  littérature  chinoise  un  récit  qui  n'est  pas  sans  quelqueanalogie 
avec  un  des  ëlcracnts  des  contes  précédents  (TAf^'o/i'/oriro/CAi/ni.by  N.  B.  Dcn- 
nys,  Hong-Kong,  1 S76,  p.  1 1  o).  Les  montagnes  de  la  province  deYueh-Min  étaient 
hantées  jadis  par  un  énorme  serpent  qui  un  jour  signifia  aux  habitants  du  pays, 
pir  l'intermédiaire  de  personnes  versées  dans  la  divination,  qu'il  avait  envie 
de  dévorer  une  ^udc  &lle  de  douze  i  treize  ans.  On  lui  en  livra  jusqo'l  neuf, 


(68  E.  COSQUIN 

qu'on  avait  prises  parmi  les  6|les  des  criminels  et  des  esclaves,  une  chaque  anoêe. 
Alors,  comtne  on  ne  pouvait  trouver  de  nouvelle  victimet  la  fille  d'un  magistrzt 
chargé  d'enfants  se  présenta,  demandant  seulement  qu'on  lui  donnât  une  boaoe 
épée  et  un  chien.  Elle  avait  aussi  préparé  plusieurs  mesures  de  riz  bouilli  m^ 
de  miel,  qu'elle  plaça  i  l'entrée  de  l'antre  du  serpent.  Pendant  que  celui-d 
mangeait  le  riz,  Ki  (c'était  te  nom  de  la  jeune  fille)  lança  sur  lui  son  chien  qui 
le  saisit  avec  sa  gueule,  tandis  qu'elle  le  frappait  par  derrière.  Bref,  elle  tua  le 
monstre,  et  le  prince  de  Yueh,  apprenant  ce  haut  fait,  l'épousa. 

Nous  avons  oublié  de  mentionner,  à  propos  da  détail  relatif  aux  langues  de 
la  bëte  â  sept  icies,  déiail  qui  existe  dans  la  plupart  des  contes  du  genre  de 
nos  Fils  du  PUluar,  un  trait  de  la  mythologie  grecque.  D'après  Pausanns 
(I,  41,  if],  le  roi  de  Mégare  avait  promis  sa  fille  en  mariage  à  celui  qui  tuerait 
certain  lion  qui  ravageait  le  pays.  Alcathus,  61s  de  Pélops,  tua  le  monstre; 
après  quoi,  suivant  le  scholiaste  d'Apollonius  de  Rhodes  jsur  1,  jijl^illui 
coupa  la  langue  et  la  mit  dans  sa  gibecière.  Aussi,  des  gens  qui  avaient  été 
envoyés  pour  combattre  le  lion  s'étant  attribué  son  exploit,  Alcathus  n'eut  pas 
de  peine  i  les  convaincre  d'imposture. 


xxxvin. 


LE  BÉNITIER  D*OR. 


Il  était  une  fois  de  pauvres  gens,  qui  avaient  autant  d'enfants  qu'il  y 
a  de  trous  dans  un  tamis.  Ils  venaient  d'avoir  encore  une  petite  fiUe, 
lorsqu'ils  virent  entrer  chez  eux  une  dame  qui  s'offrit  à  être  marraine  de 
Tenfant  ;  ils  acceptèrent  bien  volontiers.  Cette  dame  était  la  Sainte 
Vierge.  «  Dans  huit  ans,  »  dit-elle,  «  je  viendrai  chercher  Tenfant.  n 
Elle  revint,  en  effet,  au  bout  de  huit  ans,  et  emmena  la  petite  fille. 

Un  jour,  elle  lui  dit  :  «  Voici  toutes  mes  clefs,  mais  vous  n'irez  pas 
dans  celte  chambre.  »  Puis  elle  alla  se  promener. 

A  peine  fut-elle  sortie,  que  la  petite  fille  ouvrit  la  porte  de  la  chambre 
OLi  il  lui  était  défendu  d'entrer.  Voyant  un  bénitier  d'or,  elle  y  trempa 
les  doigts  et  les  porta  à  son  front  ;  aussitôt  ses  doigts  et  son  front  furent 
tout  dorés.  Elle  se  mit  un  bandeau  sur  le  front  et  des  linges  aux  doigts. 

Bientôt  la  Sainte  Vierge  revint.  «  Eh  bien  !  »  dit-elle  à  l'enfant,  1  étes- 
vous  entrée  dans  la  chambre  où  je  vous  ai  défendu  d'aller  ?  —  Non,  ma 
marraine.  —  Si  vous  ne  dites  pas  ta  vérité,  vous  aurez  à  vous  en  repen- 
tir. —  Non,  ma  marraine,  je  n'y  suis  point  entrée.  » 

Il  arriva,  dans  la  suite,  que  la  jeune  fille  épousa  un  roi.  Le  premier 
enfant  qu'elle  mit  au  monde  disparut  aussitôt  après  sa  naissance,  et^  son 
mari  lui  ayant  demandé  ce  qu'il  était  devenu,  elle  ne  put  le  lui  dire.  Le 
roi,  furieux,  sortit  en  menaçant  la  reine  de  U  faire  mourir. 


CONTES  POPULArRES  LORRAINS  569 

Tout  à  coup,  [a  Sainte  Vierge  parut  devant  clic  et  lui  dit  :  a  Ètes-vous 
entrée  dans  la  chambre  ?  —  Non,  ma  marraine.  —  Si  vous  me  dites  la 
vérité,  je  vous  rendrai  votre  enfant.  —  Non,  ma  marraine,  je  n'y  suis 
point  entrée.  » 

Au  bout  d'un  an.  la  reine  eut  un  second  enfant,  qui  disparut  comme 
le  premier.  Le  roi,  encore  plus  fiirieux  que  la  première  fois,  dit  qu'il 
voulait  absolument  savoir  oti  étaient  les  enfants ,  la  reine  ne  répondit 
rien.  Un  instant  après,  la  Sainte  Vierge  parut  devant  elle  et  lui  dit  : 
•  Ma  fille,  ôtes-vous  entrée  dans  la  chambre  ?  —  Non,  ma  marraine. 

—  Si  vous  me  dites  la  vérité,  je  vous  rendrai  vos  deux  enfants.  —  Non, 
ma  marraine,  je  n'y  suis  point  entrée.  » 

La  reine  ayant  mis  au  monde  un  troisième  enfant,  le  roi  aposta  des 
gardes  pour  voir  ce  qui  se  passerait.  Tout  à  coup  on  entendit  au  dehors 
une  musique  si  agréable  que  tout  le  monde  y  courut  i  or,  cette  musique 
s'était  fait  entendre  par  Tordre  de  la  Sainte  Vierge,  qui  enleva  l'enfant 
pendant  qull  n'y  avait  plus  personne  dans  la  chambre.  Le  roi,  outré  de 
colère,  déclara  que,  pour  le  coup,  il  allait  faire  dresser  un  bûcher  et 
que  sa  femme  y  serait  brûlée  vive. 

La  Sainte  Vierge  se  présenta  une  troisième  fois  devant  la  reine. 
«  Ma  fille,  )>  lui  dit-elle,  "  étes-vous  entrée  dans  la  chambre  ?  —  Non, 
ma  marraine.  —  Dites-moi  la  vérité  et  je  vous  rendrai  vos  trois  enfants. 

—  Non,  ma  marraine,  je  n'y  suis  point  entrée.  » 

On  conduisit  la  reine  au  bûcher.  Au  moment  d'y  monter,  elle  vil  encore 
la  Sainte  Vierge,  qui  lui  dit  :  1  Si  vous  me  dites  la  vérité,  je  vous  ren- 
drai vos  trois  enfants.  —  Non,  je  n'y  suis  point  entrée,  a  La  Sainte 
Vierge  lui  apparut  de  nouveau  pendant  qu'elle  montait  ;  elle  persista  à 
nier  ',  mais,  quand  elle  se  vit  en  haut  du  bûcher^  le  cœur  lui  manqua,  et 
elle  avoua. 

La  Sainte  Vierge  la  fit  alors  descendre  du  bûcher  et  lui  rendit  ses 
enfants.  Depuis  ce  temps,  la  reine  vécut  heureuse  avec  son  mari. 


Ce  conte  offre  la  plus  grande  ressemblance  avec  le  conte  hessois  n»  5  de  la 
collection  Grimni,  VEajanl  de  Marie,  dont  il  est  pour  ainsi  dire  l'abrégé.  Pour- 
tant il  est  deux  ou  trois  points  où  il  en  diffère.  Ainsi,  dans  le  conte  allemand, 
U  Sainte-Vierge  n'est  pas  la  marraine  de  Tenfant  (disons  dès  maintenant  que  ce 
trait  de  noire  conte  lorrain  se  retrouve  dans  d«  contesctrangersdu  même  type; 
dans  un  conte  norwégien  de  la  collection  Asbjœrnsen,  o~  8  de  la  irad.  ail.; 
dans  un  conte  weode  de  la  Luuce  mentionné  par  Grimm,  III,  p.  8)  ;  —  dans 
le  conte  allemand,  la  jeune  fille,  en  ouvrant  la  porte  de  la  chambre  défendue, 
est  éblouie  des  splendeurs  de  la  Sainte  Trinité;  elle  touche  du  doigt  les  rayons 
de  la  gloire,  et  son  doigt  est  tout  doré.  On  a  vu  que  ce  détail  singulier  est 
remplacé  dans  notre  conte  par  un  autre  plus  simple,  celui  du  bénitier  d'or. 
Enfin,  dans  Grimm,  l'épisode  de  la  musique  qui  attire  les  gardes  hors  de  la 


Sjo  E.  cos<iyiN 

chambre  n'existe  pas.  Du  reste^  ce  conte  de  Gritoni  est  plus  complet  que  le 
ndlre  ;  là,  ainsi  que  dans  la  plupart  des  contes  de  ce  genre^  on  voit  comment 
la  jeune  fille  devient  reine  :  chassée  du  Paradis,  privée  de  la  parole,  die  virait 
misérablement  dans  une  forêt  quand  uo  roi  la  rencontre  et  l'épouse. 

Guillaume  Grimm  et  M.  Reinhold  ICcchler  ont  donné  Tindication  de  divers 
contes  se  rapportant  à  ce  thème  et  qui  ont  été  recueillis  dan*  plusieurs  pays 
d'Allemagne,  en  Suède,  en  Norwége,  chez  les  Wcndes  de  la  Lusace,  en  Bohême, 
en  Valachic  (voir  Grimm,  III,  p.  7,  et  les  remarques  sur  le  conte  sicHien  n'  30 
de  la  collection  Gonzenbach).  A  ces  contes  nous  pouvons  ajouter  un  conte 
italien  recueilli  d  Pise  (Gomparetti,  n»  j8). 

Dans  la  plupart  des  contes  indiqués  plus  haut,  nous  retrouvons  la  défense 
d'entrer  dans  une  certaine  chambre  ;  mais  c'est  seulcnient  dans  le  conte  alle- 
mand de  Grimm,  i  notre  connaissance^  qu'il  reste  au  doigt  de  la  jeune  fille, 
comme  dans  notre  conte  lorrain,  des  traces  de  sa  désobéissance  (comparez  La 
tache  ineffaçable  de  la  clef,  dans  la  Barbe  BUue)>  Dans  le  conte  norwégieo, 
la  filleule  de  la  Sainte  Vierge  ayant  ouvert  une  première  chambre  dans  le  Pi- 
radis,  il  s'en  échappe  une  étoile;  d'une  seconde  s'échappe  la  lune;  d'une 
troisième,  le  soleil.  Partout  ailleurs,  croyons-nous,  la  désobéissance  de  la  jeune 
fille  n>st  point,  si  l'on  peut  parler  ainsi,  matériellement  constatée;  mais, 
presque  toujours,  en  enlr'ouvrant  la  porte  défendue,  clic  aperçoit  dans  h 
chambre  sa  protectrice.  —  Dans  un  conte  souabe  |Meier,  n'  56),  oc  qvt  est 
défendu  i  la  jeune  fille  par  le  petit  homme  noir  qui  l'a  prise  chez  lui.,  c'est 
de  cueillir  des  roses  d'un  certain  rosier. 

Il  serait  trop  long  de  nous  arrêter  encore  sur  d'autres  traits  de  ces  contes. 

Faisons  seulement  remarquer  en  terminant  que  le  doigt  doré  de  notre  conle 
lorrain  et  du  conte  hessois  forme  lien  entre  les  divers  contes  de  ce  thème  et 
certains  contes  orientaux  que  nous  avons  résumés  à  propos  de  notre  n*  \2  U 
Prince  tt  son  Cheval  (voir  dans  les  remarques  de  ce  conte  le  conte  du  Cambodge 
et  celui  de  111e  de  Zanzibar).  Du  reste,  la  défense  d'ouvrir  telle  porte,  de  péné- 
trer dans  tel  endroit,  et  les  malheurs  qui  résultent  de  la  désobéissance,  — 
malheurs  différents,  sans  doute,  de  ceux  que  retrace  notre  conte,  —  se  retrou- 
vent dans  plusieurs  récits  de  l'Orient.  On  se  rappelle  VHistoire  Ja  Trotsûau 
CaUnAtr^  fils  de  roi,  dans  tes  Mille  tt  ur\e  Nuits  (comparez  encore  un  autre  coale 
arabe  de  ce  même  recueil,  t.  XV,  p.  194,  de  la  trad.  ait.  dite  de  Breslas). 
Dans  un  conte  indien  de  ta  grande  collection  formée  au  Xh  siècle  de  oolre 
ère  par  Somadeva  de  Cachemir  (trad.  ail.  de  H.  Brockhaus,  t.  II,  p.  t66  itq.U 
une  Yi^hyadhari  (sorte  de  génie),  qui  a  épousé  un  mortel,  Saktideva,  lui  dit 
qu'elle  va  s'absenter  pour  deux  jours  :  pendant  ce  temps,  il  pourra  visiter  lOBt 
le  palais  ;  mais  il  ne  faudra  pas  qu'il  monte  sur  telle  terrasse.  Sakiideva  cède 
i  la  curiosité.  Quand  il  est  sur  la  terrasse,  il  voit  trois  portes  ;  il  les  ouvre 
l'une  après  l'autre  et  trouve,  étendus  sur  des  lits  de  diamant,  les  corp^  de 
trois  jeunes  filles.  Puis,  de  la  terrasse,  il  aperçoit  un  beau  tac  et,  sur  le  bord, 
un  superbe  cheval.  U  va  pour  le  monter  ;  mais,  dès  qu'il  est  en  selle,  le  dwnl 
se  cabre,  jette  son  cavalier  dans  le  lac,  et  Saktideva  se  retrouve  dans  son  pays 
natal,  bien  loin  du  palais  de  la  Vidhyavari,  etc.  (Cf.  l'introductioti  de  H.  H- 
Bentey  à  sa  traduction  du  Pûnttkatantra^  §  )3.J 


CONTES  POPULAIRES  LORRAINS  57I 

XXXIX, 
JEAN  DE  LA  NOIX. 

Il  était  une  fois  un  homme,  appelé  Jean  de  b  Noîx«  qui  avait  beau- 
coup d'enfants,  et  rien  pour  les  nourrir.  Il  se  dit  un  jour  :  «  3e  vais  aller 
demander  du  pain  au  paradis.  »  Le  voil  donc  parti;  mais  il  se  trompa 
de  chemin  et  arriva  à  la  porte  de  l'enfer.  Il  y  ftappa  du  genou  ;  point 
de  réponse.  «  Peui-^trc,  »  se  dît-il,  «  ai-je  frappé  trop  fort.  »  El  il 
frappa  de  la  pointe  du  pied.  Lucifer  ouvrit  la  porte  et  lui  demanda  ce 
qu'il  voulait.  «  Je  viens  voir  si  l'on  veut  me  donner  du  pain  pour  ma 
femme  et  pour  mes  enfants.  —  On  ne  donne  point  de  pain  ici,  n  répondit 
Lucifer;  «  va-t-en  ailleurs.  —  Oh!  oh  !  n  dit  Jean,  o  comme  on  parle 
ici  I  Je  vois  que  je  me  suis  trompé  de  porte  ;  je  m'en  vais  trouver  saint 
Pierre.  « 

11  prit  cette  fois  le  bon  chemin,  et,  arrivé  à  la  porte  du  paradis,  il 
frappa  en  disant  d'une  petite  voix  douce  :  «  Toc,  toc.  »  Saint  Pierre 
vint  lui  ouvrir  et  lui  dit  ;  k  Que  demandes-tu  P  —  Je  suis  Jean  de  la 
Noix,  et  je  viens  demander  du  pain  pour  ma  femme  et  pour  mes  enfants. 
—  Tu  arrives  à  propos,  »  dit  saint  Pierre  :  «  c'est  justement  ma  fêle 
aujourd'hui;  tu  en  profiteras.  Tiens,  voici  une  serviette;  empone-la, 
mais  ne  lui  demande  pas  ce  qu'elle  sait  &ire.  ■ 

Jean  prit  la  serviette  et  partit  en  disant  :  «  Merd,  monsieur  saint 
Pierre.  )>  Il  se  disait  en  lui-même  que  c'était  un  singulier  cadeau.  A 
peine  eut-il  fait  quelques  pas,  qu'il  dit  à  la  serviette  :  u  Eh  bien  !  ma 
pauvre  serviette,  que  sais-tu  faire  ^  On  m'a  défendu  de  te  le  demander, 
mais  dis-le-moi  tout  de  même,  n  Aussitôt  la  serviette  se  couvrit  de  mets 
excellents. 

«  Voilà  qui  est  bien,  »  dit  Jean  de  la  Noix  ;  «  mais  cet  endroit-ci  ne 
me  plait  pas.  Je  mangeiai  quand  je  serai  à  la  maison.  »  Il  replia  la  ser- 
viette et  tout  disparut.  Il  redescendit  la  c6te  et  regagna  son  logis.  U  dit 
en  rentrant  à  sa  femme  :  <>  Je  viens  du  paradis.  C'était  la  fête  de  saint 
Pierre;  tout  le  monde  y  était  dans  ta  joie.  Saint  Pierre  m'a  donné  une 
serviette  que  voici;  mais  ne  va  pas  lui  demander  ce  qu'elle  sait  faire,  n 

u  Pourquoi  me  fait-il  cette  recommandation .''  »  pensa  la  femme.  Dès 
qu'elle  fut  seule,  elle  dit  â  la  serviette  :  <  Serviette,  que  sais-tu  faire  ?  a 
La  serviette  se  trouva  aussitôt  garnie  de  plats  de  toute  sorte.  «  C'est 
trop  beau  pour  nous,  a  dit  la  femme  ;  «  je  n'ose  pas  y  toucher.  Je  vais 
vendre  cette  serviette.  »  Elle  la  vendit  pour  un  morceau  de  pain.  Son 
mari,  de  retour,  lui  demanda  où  était  la  serviette.  «  Nous  ne  pouvons 
vivre  de  chitfons,  n  répondit-elle  ;  «  je  l'ai  vendue  pour  un  morceau  de 
pain.  T> 


'572  E.  COSQUIN 

Jean,  bien  fâché,  se  décida  à  retourner  au  paradis,  u  C'est  encore 
tnoi,  Jean  de  la  Noix,  »  dît-il  à  saint  Pierre;  a  ma  femme  a  vendu  b 
serviette,  et  ie  viens  vous  prier  de  me  donner  quelque  autre  chose. 

—  Eh  bien  !  voici  un  âne  ;  mais  ne  lui  demande  pas  ce  qu'il  sait  faire. 

—  Merci,  monsieur  saint  Pierre....  Vraiment,  »  pensait  Jean,  «  on  rap- 
porte de  singulières  choses  du  paradis  !  Après  tout,  le  chemin  du  paradis 
est  si  rude  et  si  raboteux  !  cet  âne  m'aidera  toujours  à  le  descendre  plus 
facilement,...  Or  çà,  bourrique,  que  sais-tu  faire  ?  >  L'ine  se  mit  à  faire 
des  écus  d'or.  Jean  de  la  Noix  en  ramassa  plein  ses  poches  et  dit  à  PAne 
de  s'arrêter  pour  ne  pas  tout  perdre  en  chemin.  Il  amena  l'ànc  dans  sa 
maison  et  dit  à  sa  femme  :  «  Voici  une  bourrique  que  saint  Pierre  m'a 
donnée  ;  ne  lui  demande  pas  ce  quelle  sait  faire.  » 

Tandis  que  Jean  dormait,  sa  femme  n'eut  rien  de  plus  pressé  que  de 
dire  à  l'àne  :  «  Bourrique,  que  sais-tu  faire  ^  »  Et  les  écus  d'or  de  pleu- 
voir, a  Oh  !  »  dit-elle,  a  qu'est-ce  que  cela  ?  c'est  trop  beau  pour  nous,  o 
En  ce  moment,  un  marchand  de  verres  passait  dans  la  rue  en  criant  : 
«  Jolis  verres,  jolis  !  »  Il  avait  un  âne  qui  portait  sa  marchandise.  La 
femme  l'appela  et  Lui  demanda  s'il  était  content  de  son  àne.  t  Pas  trop,  i> 
répondit  le  marchand  ;  «  il  m'a  déjà  cassé  plusieurs  verres.  —  Eb  bien  ! 
voudriez-vous  acheter  le  mien  ?  m'en  donneriez-vous  bien  dix  francs  ? 

—  Quinze,  si  vous  le  voulez.  »  Bref,  elle  vendit  l'âne  pour  dix  francs. 
A  son  réveil,  Jean  demanda  des  nouvelles  de  l'âne.  «  Je  l'ai  vendu  pour 
dix  francs,  «.dit  la  femme,  —  «  Ah!  malheureuse!  il  nous  en  aurait  donné 
bien  autrement  de  l'argent  !  Quand  le  pauvre  Job  eut  perdu  tout  son 
bien,  pour  comble  de  misère  on  lui  laissa  sa'  femme.  Je  crois  que  le  bon 
Dieu  me  traite  comme  il  a  traité  Job.  » 

Il  ne  restait  plus  à  Jean  de  la  Noix  d'autre  parti  à  prendre  que  de 
retourner  une  troisième  fois  au  paradis.  Arrivé  à  ta  porte,  il  entendît 
saint  Pierre  qui  disait  ;  «  C'est  ennuyeux  d'être  si  souvent  dérangé  ; 
hier,  c'était  Jean  de  la  Noix;  aujourd'hui....  —  N'achevez  pas,  »  cria 
Jean,  u  c'est  encore  lui.  Ma  femme  a  vendu  la  bourrique.  —  Tiens,  o  dit 
saint  Pierre,  «  voici  une  crosse  ;  mais  ne  lui  demande  pas  ce  qu'elle  sait 
faire,  et  ne  reviens  plus.  i> 

Jean  repartit  avec  la  crosse.  «  Qu'est-ce  que  je  ferai  de  cela  ?  »  se 
disait-il  ;  «  ceiie  crosse  ne  pourra  me  servir  que  de  bâion  de  vieillesse. 
Eh  bien  1  ma  crosse,  que  sais-tu  faire  f  »  Aussitôt  la  crosse  se  mit  à  le 
battre.  «  Arrête,  arrête,  *  cria  Jean,  <(  ce  n'est  plus  comme  avec  la 
bourrique!....  Cette  fois,  »  pensa-t-il,  «  ma  femme  pourra  s'en  régaler.  » 

Rentré  chez  lui,  il  dit  à  sa  femme  :  «  Saint  Pierre  m'a  donné  une 
crosse  ;  ne  lui  demande  pas  ce  qu'elle  sait  faire.  »  La  femme  ne  répon- 
dit rien,  mais  elle  pensait  :  u  C'est  bon;  quand  tu  seras  couché 

—  Je  suis  bien  las,  »  dit  Jean,  «  je  tombe  de  sommeil  !  >  Il  se  coucha 


CONTES  POPUUIRES  LORFUtNS  57J 

auBsii6t  et  6t  semblant  de  dormir.  Dès  que  u  femme  rentendit  ronfler, 
elle  dit  à  la  crosse  :  «  Crosse,  que  sais-tu  ùire  ?  o  La  crosse  se  mit  A  la 
battre  comme  plâtre.  «  Tape,  tape,  ma  crosse,  »  cria  Jean  de  la  Noix, 
<  jusqu'à  ce  qu'elle  m'ait  rendu  ma  serviette  ci  ma  bourrique  !  u 


Ce  conte  est  une  variante  de  notre  n*  ^,  TjpaUpaotaa.  Voir,  dit»  les  remar- 
ques de  ce  a'  4,  les  rjpprocbetnents  que  dous  avons  faits  avec  divers  contes 
européens  et  avec  des  contes  orientaux.  Nous  ajouterons  à  ces  contes  un  conte 
champenois,  VHutoiu  4u  Bonhomme  Maugréant,  qui  a  été  publiée  par  M.  Cb. 
Marelle,  dans  VArchhf  fur  das  Studiam  âtr  ntuertn  Sprachai  und  LiUraturcaf 
de  L.  Hcrrig,  t.LV,  }•  et 4»!ivr. (Brunswick,  1876),  p.  jôj  seq. 

Au  sujet  de  l'âne  aux  écus  d'or,  voir  l'Introduction  au  Ranticlutantraj  de 
M.  Th.  Benfey  {PantscHatantra^  I,  p.  J79).  D'après  Ip  savant  orientaliste,  il  se 
trouve  dans  on  livre  bouddhique  thibétain,  le  Diangloun,  un  éléphant  aussi 
extraordinaire  («  ein  goldkackaider  und  goldhatnendtr  Eléphant  »). 

On  aura  remarqué  dans  Jean  dt  la  Noix  diverses  altérations  du  thème  primitif. 
Ainsif  on  ne  comprend  pas  pourquoi  saint  Pierre  dit  à  Jean  de  ne  point  deman- 
der k  la  serviette  et  à  l'âne  ce  qu'ils  savent  faire,  i  moins  qu'ils  ne  doivent 
remplir  leur  office  sans  en  être  requis  et  que  les  mésaventures  de  Jean  ne  soient 
une  punition  de  sa  désobéissance.  Ainsi  encore,  c'est  i  la  sottise  de  sa  femme 
et  non  â  la  h-iponnerie  d'en  aubergiste  qu'il  doit  la  perte  des  objets  mer- 
veilleux. 

Nous  avons  recueilli,  A  Montiers-sur-Saulx,  une  seconde  variante  du  même 
conte,  La  première  partie  de  cette  variante  tient  à  la  fois  de  Tapalapautaa  et  de 
Jean  de  la  Noix.  Comme  dans  le  premier  conte,  c'est  du  bon  Dieu  que  le  pauvre 
homme  reçoit  successivement  une  serviette^  un  âne  et  une  crosse  d'or,  à  laquelle 
on  dit  :  Tapaatau.  tape  dessus^  pour  la  faire  agir,  ti  A  la  pautau  pour  l'arrêter  ; 
comme  dans  Jean  de  ta  Noix ,  défense  est  faite  de  demander  â  ces  objets  mer- 
veilleuk  ce  qu'ils  savent  faire  ;  mais  la  curiosité  de  la  femme  n'a  pas  ici  les 
rotmcs  conséquences.  Les  trois  objets  merveilleux  restent  en  la  possession  de  la 
famille,  qui  bientût  se  trouve  très-riche.  Un  jour,  l'homme  veut  mesurer  son  or 
et  son  argent  ;  il  envoie  ses  enfants  emprunter  un  boisseau  1  la  voisine.  Un 
louis  reste  au  fond  du  boisseau  (voir  les  remarques  de  notre  a*  20,  Richcdeau), 
et  la  voisine  va  dénoncer  l'homme  i  la  justice,  qui  le  condamne  i  être  pendu. 
Quand  il  est  au  pied  de  la  potence,  il  se  met  à  pleurer  en  regardant  sa  femme 
et  ses  enfants.  <  Hélas  I  •  dit-il,  •  si  {'avais  seulement  mon  pauvre  bâton,  que 
je  l'embrasse  encore  une  fois  avant  de  mourir  I  «  Oo  lui  apporte  sa  crosse  d'or. 
Aussitôt  il  lui  dit  : 

f  Tapaulau,  tape  dessus,  corrige-les  bé  (bien)  I 

■  Tape  sur  celle  qui  m'a  prêté  le  boissé  (boisseau)  t  9 

On  le  supplie  de  rappeler  son  bâton  ;  i  la  fin  il  consent  â  le  faire  et  il  rentre 
tranquillement  chez  lui. 

Le  denouemeni  de  cette  variante  est  à  peu  pr^  celui  d'un  conte  espagnol  de 
même  type  (F.  Caballero,  Cutnios  y  poesias  popularei  anJahtces.  Leipzig,  collec- 
tion Brockhaus,  1866,  p.  46),  dont  voici  l'aniljrse  :  Le  père  Curro  a  dépensé 


i74  K-  COSQUIN 

tout  son  bien  eo  bombances.  Disespéré  des  avanies  que  loi  font  iabir  sa  feouoe 
et  ses  enfants,  il  veut  se  pendre  i  un  olivier.  Un  lotlet  vêtu  en  rioîdc  rarréteri 
lui  donne  une  bourse  qui  ne  K  vide  jamais.  En  retoumani  chez  lui,  il  entn 
dans  une  auberge,  y  tait  grande  chère  el  s'y  endort  sous  la  table.  L'aubergiste 
faK  faire  par  sa  femme  une  bourse  semblable  i  celle  du  père  Curro  el  la  nbs- 
litue  à  celle-ci.  Arrivé  chez  lui,  le  père  Curro  dit  à  sa  famille  de  se  réjouir  et 
met  la  main  dans  h  bourse  sans  en  rien  retirer.  Roué  de  coups  par  sa  femme, 
il  reprend  la  corde  pour  se  pendre.  Le  follet,  sous  la  figure  d'un  aibalUro^  lai 
donne  une  nappe  qui  lui  fournira  toujours  de  quoi  manger.  La  nappe,  étendoe 
par  terre,  se  couvre  de  mets  excellents.  Le  père  Curro  entre  dans  l'auberge,  et 
sa  nappe  lut  est  dérobée.  Sa  femme  et  ses  enfants,  voyant  que  ta  nappe  reste 
vide,  tombent  sur  lui  et  le  laissent  bon  pour  l'hôpilal.  Le  père  Curro  s'ea 
retourne  avec  sa  corde.  Cette  fois,  le  follet  lui  donne  une  petite  massue^  1 
laquelle  il  doit  dire  certaines  paroles,  s'il  veut  qu'on  le  laisse  en  paix.  It  restre 
chez  lui  ;  ses  enfants  viennent  lui  demander  du  pain  en  l'injuriant  ;  il  envoie  sa 
massue  contre  eux,  et  les  voiU  sur  le  carreau.  La  mère  vient  au  secours  de  ses 
enfants  ;  la  massue  tombe  sur  elle  et  la  tue.  L'alcade  arrive  avec  ses  alguazîLs  ; 
l'alcade  est  tué  et  les  alguazils  s'cntuicnt.  Le  roi  envoie  un  r^imenl  de  grena- 
diers, qui  sont  fort  maltraités  et  qui  se  retirent  en  désordre.  Le  père  Curro 
s'endort  avec  sa  massue  sur  lui.  Il  se  réveille  pieds  et  poings  liés  ;  on  le  mène 
en  prison,  et  il  est  condamné  A  mourir  par  le  garrot.  Sur  l'échafaud  onluidélîe 
les  mains;  il  prend  sa  massue  et  l'envoie  tuerie  bourreau.  Le  roi  ordonne  de  le 
laisser  aller  et  lui  donne  une  propriété  en  Amérique.  Il  s'en  va  dans  [Ile  de 
Cuba  et  y  bMit  une  ville.  11  y  tue  tant  de  monde  avec  sa  massue  que  la  ville 
en  garde  le  nom  de  Mjtanzâs  |du  moi  maiar,  *  tuer  »). 

Dans  ce  conte  espagnol  il  n'est  point  question,  comme  dans  la  variante  lor- 
raine, de  dernière  grâce  demandée  par  te  condamné.  Ce  trait,  ainsi  que  tout  le 
dénouement,  nous  le  rencontrons  dans  des  contes  qui  se  rapportent  â  d'autres 
thèmes.  Ainsi,  dans  un  conte  allemand  de  la  collection  Ey  {p.  122),  dont  nous 
avons  donné  t'analyse  à  propos  de  notre  n°}  1, l'Homme  </e/rr,lesoldat,  au  piedde 
U  potence,  obtient  du  roi  la  permission  d'allumer  une  certaine  bougie.  Aussitôt 
paraît,  un  gourdin  A  la  main^  l'homme  de  fer,  serviteur  de  la  bougie,  et  il 
assomme  le  bourreau  et  les  spectateurs.  L^  roi  crie  au  soldat  de  faire  trêve  «t 
lui  donne  sa  fîlle  en  mariage.  (Cf.  Grimm,  n*  1 16.)  —  Ailleurs,  par  exemple  dan 
un  conte  allemand  (Grimm,  n<*  1  loj,  dans  un  conte  polonais  (Tceppen,  Abcrgiaabta 
MIS  Masuren,  Danzrg,  1867,  p.  148I,  c'est  en  se  faisant  donner  la  permission 
de  jouer  une  dernière  fois  de  son  violon,  que  le  condamné  sauve  sa  vie.  Forcé, 
ainsi  que  tous  les  assistants,  par  la  vertu  du  violon  merveilleux,  de  danser  et  de 
danser  toujours»  le  juge  tui  crie  de  cesser  de  jouer  et  lui  tait  grâce. 

XL. 

LA  PANTOUFLE  DE  LA  PRINCESSE. 

n  était  une  fois  un  homme  et  sa  femme,  qui  avaient  deux  fils  et  qui 
éiajeni  bien  pauvres.  Le  père  étant  mort,  sa  femme  et  ses  enfants  ne 


4 

I 

■ 


CONTES  POPULAIRES  LORRAINS  J71 

purent  lui  faire  dire  une  messe»  faute  d'argent.  Depuis  ce  moment,  on 
entendit  chaque  soir  des  coups  frappés  dans  divers  endroits  de  la  maison  : 
c'était  le  père  qui  revenait  et  demandait  des  prières. 

Un  jour  que  le  plus  jeune  des  deux  61$  priait  sur  la  tombe  de  son 
père,  il  vit  un  petit  oiseau  voltiger  près  de  lui;  il  voulut  l'attraper,  l'oi- 
seau s'envola  à  quelque  distance.  Le  jeune  homme  se  mit  à  sa  poursuite, 
et  il  se  laissa  entraîner  si  loin,  qu'à  la  fin  de  la  journée  il  se  trouva  au 
milieu  d'un  grand  bois.  La  nuit  vint;  te  jeune  homme  monta  sur  un  chêne 
pour  y  dormir  en  sûreté,  et  il  y  était  à  peine  qu'il  vit  trois  hommes 
s'approcher  de  l'arbre  :  l'un  portait  du  pain,  l'autre  de  la  viande  et  du 
vin^  le  troisième  du  feu.  Ils  ramassèrent  du  bois,  rallumèrent  et  6rent 
un  grand  brasier  pour  y  cuire  leur  viande.  Or^  ces  hommes  étaient  des 
voleurs. 

Ils  vinrent  à  parler  d'un  château  qu'ils  voulaient  aller  piller  ;  une  seule 
chose  les  embarrassait,  c'était  un  petit  chien  qui  gardait  la  porte  du  châ- 
teau et  aboyait  à  tout  venant.  Il  s'agissait  de  savoir  qui  tuerait  ce  chien; 
aucun  d'eux  ne  voulait  s'en  charger.  Comme  ils  se  disputaient, ils  levèrent 
les  yeux  et  aperçurent  le  jeune  homme  sur  son  arbre.  lis  lui  crièrent  de 
descendre,  k  C'est  toi,  >  lui  dirent-ils,  «  qui  tueras  le  petit  chien  ;  ti  la 
ne  veux  pas,  nous  te  tuerons  toi-même.  —  Je  ferai  ce  qu'il  vous  plaira,  » 
répondit  le  jeune  homme. 

En  effet,  il  tua  le  petit  chien  et  s'introduisit  dans  le  chMeau  par  un 
trou  qu'il  fit  dans  le  mur.  Les  voleurs  lui  passèrent  une  hache  afm  qu'il 
brisât  la  pone  ;  mais  il  les  engagea  à  entrer  par  le  trou  qu'il  venait  de 
faire.  Un  des  voleurs  s'y  étant  glissé,  le  jeune  homme  lui  abattit  la  tête 
d'un  coup  de  sa  hache  et  tira  le  corps  en  dedans.  «  A  votre  tour,  u  dit- 
il  au  second  ;  «  dépêchons.  >  Et  il  lui  coupa  aussi  la  tête.  Le  troisième 
eut  le  même  sort. 

Cela  fait,  le  jeune  homme  entra  dans  une  chambre,  où  il  trouva  une 
belle  princesse  qui  dormait.  Il  passa  dans  une  autre  chambre,  où  était 
■usa  une  princesse  endormie,  plus  belle  encore  que  la  première.  Par- 
venu dans  une  dernière  chambre,  il  vit  une  troisième  princesse,  égale- 
ment endormie,  qui  était  encore  plus  belle  que  les  deux  autres.  Le  jeune 
homme  prit  une  des  pantoufles  de  cette  princesse  et  sortît  du  château. 
De  retour  à  la  maison,  il  fit  dire  une  messe  pour  son  père. 

Cependant,  la  plus  belle  des  trois  princesses  aurait  bien  voulu  savoir 
qui  avait  pénétré  dans  le  château  et  enlevé  sa  pantoufle.  Elle  lii  bâtir  une 
hôtellerie,  sur  la  porte  de  laquelle  était  écrit  :  Ici  /'on  boit  et  mange  pour 
rien,  moyennant  qa'on  raconte  son  histoire.  Un  jour,  le  jeune  homme  s'y 
trouva  avec  sa  mère  et  son  h'ère.  Survint  la  princesse,  qui  demanda 
d'abord  â  Talné  de  raconter  son  histoire.  L'aîné  dit  :  m  Je  suis  charbon- 
nier ;  tous  l«s  jours  de  ma  vie  je  vais  au  bois  pour  faire  du  charbon  : 


576  E.   COSQUtN 

voilà  toute  mon  histoire.  —  Et  vous^  »  dit-elle  au  plus  jeune,  •  qn'avez* 
vous  à  raconter  ^  » 

Le  jeune  homme  commença  ainsi  :  «  Un  jour,  des  voleurs  vouluma 
entrer  dans  un  château  ;  ce  château  était  gardé  par  un  petit  chien,  qui 
aboyait  à  tout  venant.  Us  m'ordonnèrent  de  tuer  ce  petit  chien,  ce  que 
je  fis.  j» 

La  mère  du  jeune  homme  lui  disait  de  se  taire,  mais  la  princesse 
Pobligea  à  poursuivre. 

«  Quand  les  voleurs,  «  coniinua-t-il,  «  voulurent  ensuite  pénétrer 
dans  le  château,  je  les  tuai  l'un  après  l'autre.  J'entrai  dans  une  chambre, 
où  je  trouvai  une  belle  princesse  qui  dormait  ;  puis  dans  une  seconde, 
où  était  aussi  une  princesse  endormie,  plus  belle  encore  que  la  première; 
enfin,  dans  une  dernière  chambre,  où  je  vis  une  troisième  princesse, 
également  endormie,  encore  plus  belle  que  les  deux  autres.  Je  pris  la 
pantoufle  de  cette  princesse,  et  je  sortis  du  château.  Cette  pantouile,  la 
voici,  s 

A  ces  mots,  la  princesse,  toute  joyeuse,  montra  l'autre  pantoufle. 
Quelque  temps  après,  elle  épousa  le  jeune  homme. 


Ce  conte  se  rencontre  en  Allemagne  {Grimm,  n'  1 1 1),  dans  leTyrolallemîifld 
(Zingerle,  I,  n"  jj),  dans  le  <  pays  saxon  »  de  Transylvanie  (HaUrich,  n*  22), 
en  Hongrie  (GaaI-Slier,  n'  1,  et  Busk,  The  Folk-Lon  oj  Romty  p.  léy-iôS), 
en  Serbie  (Archiv  fur  Slaviscfu  Philoiogit^  t.  11^  1876,  p.  6  [4  et  616),  en  Italie 
{Jahrbuch  fur  romatnscht  und  englischt  Uteratur,  t.  VU,  p.  584),  en  Grèce 
(Hahn,  n'  J2>  et  J.-A.  Buchon,  la  Grue  contmentaU  et  U  Mûrit.  Paris,  184J, 
p.  267). 

De  toutes  ces  versions,  c'est,  ce  nous  semble,  la  version  transylvaine  qai 
présente  te  thimc  sous  la  forme  la  mieux  conservée.  En  voici  le  résumé  :  — 
Un  riche  marchand  meurt  en  faisant  promettre  à  sa  femme  et  à  ses  trots  6t5  de 
faire  un  pèlerinage  à  telle  chapelle  en  expiation  de  ses  péchés.  Ceux-d  ayant 
oublié  d'exécuter  leur  promesse,  on  entend  pendant  trois  nuits  un  grand  bruit 
dans  la  maison.  Un  prêtre,  appelé,  dit  que,  si  l'on  ne  s'acquitte  pas  dès  le 
lendemain  du  pèlerinage,  l'esprit  reviendra  encore.  Les  trois  frères  se  mettent 
donc  en  route  avec  leur  mère.  La  nuit  venue,  ils  s'arrêtent  dans  une  forêt,  et 
les  trois  frères  conviennent  qu'ils  veilleront  tour  à  tour.  Le  plus  jeune,  qui 
passe  pour  un  peu  simple,  veille  le  dernier,  et  pendant  ce  temps  il  tue  succes- 
sivement avec  sa  sarbacane,  sans  que  ses  frères  se  réveillent,  un  lion,  un  ours 
et  un  loup.  Puis  étant  monté  sur  un  arbre  pour  voir  s'il  n'y  aurait  pas  une 
maison  dans  le  voisinage,  il  aperçoit  dans  le  lointain  un  grand  feu.  Il  marche 
dans  cette  direction  et  voit  trois  géants  assis  auprès  du  feu  et  en  train  de  roaa< 
ger.  Le  jeune  homme  se  réfugie  sur  un  arbre;  mais  bientôt  il  lui  vient  la  fan- 
taisie d'éprouver  sur  les  géants  son  adresse  à  se  servir  de  sa  sarbacane,  en 
faisant  voler  bien  loin  tantôt  le  morceau  de  viande,  tantdt  le  gobelet  que  l'un 
ou  l'autre  portait  à  sa  bouche.  Les  géants  finissent  par  te  découvrir  et  lui 


CONTES  POPUUIRBS   LORRAINS  Ç77 

disent  quNIs  vont  lui  donoer  occasion  d'exercer  tes  talents  :  U»  toot  en  roule 
pour  le  chilean  du  roi^  d'où  ils  veulent  enlever  la  princesse;  mais  il  y  a  U  un 
petit  chien  qai  veille  la  nuit  et  qui  au  moindre  bruit  donne  ralaroïc;  il  but 
que  le  jeune  homme  tue  ce  petit  chien,  Le  jeune  homme  l'ayant  tué,  les  géants 
font  un  trou  dans  le  mur  du  château  et  disent  â  leur  compagnon  d'entrer  par  là 
et  de  leur  apporter  la  princesse.  Il  traverse  la  chambre  du  roi,  puis  celle  de  la 
reine,  et  arrive  dans  la  chambre  de  la  princesse.  A  la  muraille  est  pendue  une 
èpèe  auprès  de  laquelle  est  une  fiole,  et  il  est  dit  sur  un  ècriteau  que  celui  qui 
boira  trois  fois  de  cette  Ëole,  sera  en  état  de  manier  l'èpée  et  pourra  tout 
tailler  en  pièces.  Le  jeune  homme  boit  trois  fois  de  la  fiole,  saisit  T^pée  et  va 
dire  aux  géants  qu'à  lui  seul  il  ne  peut  emporter  la  princesse.  Pendant  que  les 
géants  se  glissent  par  le  trou,  il  leur  coupe  la  tète;  puis  il  va  remettre  l'épée  à 
sa  place  et  s'en  retourne,  emportant  l'anneau  de  la  princesse  et  les  trois  langues 
des  géants.  Un  capitaine,  qui  a  vu  le  premier,  au  lever  du  jour,  les  trois 
géants  étendus  morts,  se  donne  pour  le  libérateur  de  la  princesse,  et  le  roi 
loi  accorde  la  main  de  celle-ci.  Mais  la  princesse  obtient  de  son  père  que  le 
mariage  soit  remis  à  un  an  et  un  jour,  et  qu'on  lui  fasse  bâtir  sur  la  grande 
roule  une  hôtellerie  où  elle  habitera  avec  ses  suivantes.  Au-dessus  de  la  porte 
de  l'hôtellerie  elle  fait  mettre  une  enseigne  avec  ces  mots  :  i  ici  on  ne  loge  pas 
pour  de  l'argent,  mais  on  est  bien  hébergé  si  l'on  raconte  son  histoire.  »  Cepen- 
dant le  jeune  homme,  après  son  aventure,  est  revenu  dans  la  forêt  auprès  de  sa 
raére  et  de  ses  trères  qu'il  trouve  encore  endormis  ;  il  leur  dit  ce  qui  lui  est 
arrivé,  mais  personne  ne  veut  te  croire.  Après  avoir  fait  leurs  prières  dans  la 
chapelle  où  ils  se  rendaient,  les  trois  jeunes  gens  ei  leur  mère  s'en  retournent 
chez  eux.  Chemin  faisant,  ils  passent  auprès  de  l'hôtellerie  de  la  princesse.  Ils 
y  entrent;  le  jeune  homme,  interrogé,  raconte  son  histoire  et  montre  â  la 
princesse  l'anneau  qu'il  lui  a  enlevé.  Justement  l'époque  fixée  pour  le  mariage 
de  la  princesse  avec  le  capitaine  est  arrivée;  les  trois  frères  et  leur  mère  y  sont 
invités.  Pendant  le  repas,  le  plus  jeune  demande  au  capitaine  comment  il  peut 
prouver  qu'il  a  tué  les  géants.  Celui-ci  fait  apporter  les  trois  têtes  ;  mais  c'est 
le  jeune  homme  qui  a  les  trois  langues  :  l'imposture  du  capitaine  est  dévoilée; 
il  est  mis  à  mort,  et  le  jeune  homme  épouse  la  princesse^. 

Dans  le  conte  italien,  une  pauvre  famille  a  résolu  d'aller  en  pèlerinage  à 
Saint  Jacques  de  Compostellc  ;  mais,  avant  qu'elle  ait  pu  le  faire,  le  père  meurt 
et  bientôt  son  âme  vient  demander  que  l'on  s'acquitte  de  son  vœu.  Suit  l'épi- 
sodé  de  la  nuit  passée  dans  la  forêt.  L'alné  des  fils,  pendant  qu'il  veille,  tue  un 
serpent;  le  cadet,  un  tigre;  le  plus  jeune  se  laisse  entraîner  1  la  poursuite  d'un 
aigle,  et  tl  ne  retrouve  plus  sa  route.  Un  géant  qu'il  rencontre  lui  dit  qu'il  le 
remettra  sur  le  bon  chemin  si  le  jeune  homme  lui  rend  un  service  :  il  s'agit  de 
pratiquer  un  trou  dans  le  mur  d'un  palais.  Le  jeune  homme  le  fait  et  parvient 
en  même  temps  Jk  tuer  le  géant.  I)  pénètre  dans  le  palais^  trouve  une  princesse 
endormie  et  emporte  en  se  retirant  les  bagues  de  la  princesse  et  ses  pantoufles. 


I.  Pour  cet  épisode  de  l'imposture  du  capitaine  et  des  langues  des  géants, 

voir  les  remarques  de  nos  contes  n"  j,  la  Fils  tiu  PUhtur^  et  n*  j;,  ia  Reint 
dts  poiiions. 

Romania^  VU  ly 


S 


J78  E.  COSQUIN 

II  rejoint  sa  faratlle^  s'acquitte  avec  elle  du  pilerioage,  puis  il  etitre  dans  l'aa- 
berge  où  l'on  ne  paie  qu'en  contant  son  histoire,  se  fait  reconnaître  de  la  prin- 
cesse comme  son  libérateur  et  l'épouse. 

Nous  avons  dans  ce  conte  italien  deux  détails  de  notre  conte  lorrain  qsi 
n'existaient  pas  dans  le  conte  transylvain  :  Voiieau  qui  attire  le  jeune  hoome 
bien  avant  dans  la  forêt,  el  les  pantouflts  qu'il  emporte  du  palais. 

Le  conte  grec  moderne  recueilli  par  J.-A.  Buchon  traite  également  notre 
thème,  mais  en  le  combinant  avec  un  autre.  Là,  un  roi,  en  mourant,  ordonne 
à  ses  trois  fils  de  passer,  chacun  à  son  tour,  une  nuit  d  prier  sur  sa  tombe 
et  de  donner  ses  deux  fitles  k  ceux  qui,  tes  premiers,  les  demanderont  en 
mariage.  L'atné  étant  allé  prier  sur  la  tombe,  il  arrive  le  lendemain  un  men- 
diant qui  demande  et  obtient  la  main  de  l'aînée  des  princesses.  Après  la  nuit 
passée  par  le  cadet,  la  seconde  princesse  est  donnée  à  on  autre  mendiaoC. 
La  troisième  nuit,  le  plus  jeune  prince,  ayant  eu  ses  cierges  éteints  par 
on  cocp  de  vent,  se  dirige  vers  une  grande  clarté  qu'il  aperçoit  dans  le  loin- 
tain. Il  trouve  couchés  autour  d'un  grand  feu  quarante  dragons  qui  surveilteat 
une  énorme  chaudière.  Le  prince  enlève  la  chaudière  d'une  seule  main,  et, 
après  avoir  allumé  ses  cierges^  il  la  remet  sur  le  feu.  Frappés  de  sa  force, 
les  dragons  le  chargent  d'enlever  une  princesse  qui  est  enfermée  dans  une 
haute  tour  et  dont  ils  voudraient  depuis  longtemps  s'emparer.  Le  jeune 
homme  se  fait  une  sorte  d'échelle  avec  de  grands  clous  qu'il  enfonce  dans 
le  mur  ;  parvenu  tout  en  haut,  il  s'introduit  dans  la  tour  par  une  petite  fenêtre; 
alors  il  engage  les  dragons  i  le  suivre  et,  i  mesure  qu'ils  cherchent  à  entrer 
par  la  fenêtre,  il  les  tue.  Puis  il  pénètre  dans  la  chambre  de  la  princesse 
endormie,  échange  sa  bague  contre  celle  de  la  jeune  fille  et  s'en  retourne 
sur  la  tombe  de  son  père.  Le  roi,  père  de  la  princesse,  voulant  savoir  qui  a 
tué  les  dragons  et  pénétré  dans  la  tour,  fait  annoncer  dans  tous  les  pays 
de  grandes  ré}aui5sanccs  :  chacun  y  pourra  prendre  part  à  condition  de  racon- 
ter son  histoire.  Les  trois  princes  se  rendent  à  ces  fêtes,  et  le  roi  reconnaît  au 
récit  de  ses  exploits  le  libérateur  de  sa  fille.  Après  le  mariage  du  prince,  le 
conte  passe  à  une  autre  série  d'aventures  :  la  princesse  est  enlevée  par  m 
magicien  et  son  mari  parvient  à  la  délivrer,  grâce  à  ses  beaux-frères,  les  deux 
mendiants,  qui  sont  en  réalité,  l'un,  le  roi  des  oiseaux  ^  l'autre,  le  roi  des  ani- 
maux. 

Ce  conte  grec  peut  servir  de  lien  entre  notre  conte  lorrain  et  no  conte 
oriental.  Dans  un  conte  des  Avares  du  Caucase  {op.  cit.,  n*  ^),  un  père  dit  sur 
son  lit  de  mort  à  ses  trois  fils  :  n  Quand  je  serai  mort,  que  chacun  de  vods 
garde  trois  nuits  mon  tombeau  ;  et  ensuite,  si  quelqu'un  vient  demander  la 
main  d'une  de  mes  filles,  ffit-ce  un  oiseau  ou  une  bête  des  champs,  donnez-la 
lui.  >  Le  plus  jeune  des  trois  frères  obtient,  mais  par  d'autres  exploits  que  les 
héros  du  conte  grec  et  du  conte  lorrain,  la  main  d'une  princesse.  Celle-ci  ayant 
été  enlevée  par  certain  être  malfaisant,  il  trouve  du  secours  auprès  de  ses  trois 
beaux-frères,  le  loup,  le  vautour  et  le  faucon,  ou  plutôt  les  êtres  mystérieux 
qui,  sous  ces  diverses  formes,  sont  venus  demander  la  main  de  ses  sœurs. 

Les  autres  contes  dont  nous  avons  donné  l'indication  n'ont  pas  le  pèlerinage 
ou  les  prières  dites  pour  l'ime  du  père  ;  maïs,  dans  les  deux  contes  hongrois, 


CONTES   POPULAIRES   LORRAINS  J79 

BOUS  retrouvons  les  trois  Itères  qut  veillent  successivement  et  dont  chacun  ttie 
on  monstre  pendant  qa'it  monte  sa  garde*.  Le  plus  jeune,  voyant  son  feu 
éteint,  veut  aller  chercher  de  quoi  le  rallumer.  Après  divers  incidents,  il  arrive 
auprès  de  trois  géants.  Comme  dans  les  récils  précédents,  il  Eue  le  coq  cl  le 
petit  chien  qui  gardent  un  chiteau  ;  i!  prend  les  anneaux  de  trois  princesses 
endormies  {trois,  comme  dans  le  conte  lorrain),  coupe  la  tète  aux  géants  quand 
ils  veulent  passer  sous  la  porte  du  château,  et  rerient  auprès  de  ses  frères.  Dans 
le  second  de  ces  contes,  le  roi  et  les  uois  princesses,  pour  savoir  qui  a  tué  les 
géants,  s'établissent  dcgaisés  dans  une  auberge  et  font  raconter  leurs  aven- 
tures â  ceux  qui  passent.  —  Comparez  les  deux  contes  serbes  mentionnés 
ci'dessus,  qui,  l'un  et  l'autre,  ont  l'épisode  de  l'auberge. 

Le  conte  grec  moderne  de  la  collection  Hahn,  malgré  de  notables  lacunes, 
se  rattache  bien  évidemment  à  notre  groupe  de  contes.  Veillée  des  trois  frères; 
monstres  tués  par  chacun  d'eux  pendant  leur  temps  de  veille^  rencontre dequa- 
rante  voleurs  par  le  plus  jeune,  qui  est  allé  chercher  du  feu,  voilà  dé^à,  sans 
parler  d'autres  traits,  suffisamment  de  rapprochements*.  Les  quarante  voleurs, 
voyant  la  force  extraordinaire  du  troisième  frère,  lui  proposent  de  s'associer  â 
eux  pour  aller  piller  le  trésor  d'un  roi.  Le  jeune  homme  entre  le  premier  dans 
la  chambre  par  un  trou  fait  dans  le  mur,  et  il  décapite  successivement  tous  les 
voleurs,  à  mesure  qu'ils  passent  par  ce  trou.  Le  roi,  surpris  de  voir  ces  qua- 
rante voleurs  décapités,  veut  savoir  qui  les  a  tués.  Suit,  comme  dans  les  contes 
précédents,  l'épisode  de  rhfttellerie  ^. 

Il  est  inutile  de  nous  arrêter  longtemps  sur  le  conte  tyrolien  et  sur  le 
conte  allemand.  Le  premier  a  conservé,  sous  une  forme  altérée,  l'épisode  des 
trois  frères  et  de  leurs  explcùts  ;  d^ns  le  conte  allemand,  il  n'est  plus  question 
que  d'un  habile  tireur.  Du  reste,  dans  l'un  et  dans  l'autre  figurent  les  trois 
géants,  le  chien  qu'il  faut  tuer,  tes  objets  emportés  du  château  (entre  autreSj 
une  pantoufle,  dans  le  conte  allemand)  et  finalement  l'hdtellerie  de  la  princesse*. 

Rappelons  que,  dans  un  récit  oriental,  —  un  ronun  hindoustani  analysé  par 
nous  dans  les  remarques  de  notre  n*  19,  le  Petit  Bossu,  —  te  héros  pénètre  dans  le 
jardin  de  Bakawali,  fille  du  roi  des  fées,  pour  y  prendre  une  rose  merveillcnse  ; 
puis  il  entre  dans  le  château  de  Bakawali  endormie  et  emporte  l'anneau  de 


1.  Dans  le  premier  de  ces  contes  hongrois,  un  roi,  prés  de  mourir,  dit  i  ses 
trois  fils  de  donner  leurs  trois  sœurs  aux  premiers  qui  les  demanderont,  et  il 
leur  recommande,  si  jamais  ils  s'attardent  à  la  chasse,  de  ne  point  passer  Ij 
ouït  sous  ceriam  peuplier.  Les  jeunes  gens  veulent  voir  pourquoi  leur  père  leur 
3  fait  cette  recommandation,  et  c'est  sous  ce  peuplier  qu'ils  ont  leur  aventure. 
—  Il  nous  semble  que  la  seconde  partie  de  cette  introduction  est  une  altération 
de  la  veillée  de  prières  du  thème  primitif. 

3.  Ce  conte  a  aussi  de  commun  arec  le  premier  conte  çrec,  fun  des  deux 
contes  hongrois  et  le  second  ccnle  serbe,  un  trait  tout  i  bit  particulier.  Dans 
ces  divers  contes,  en  allant  chercher  de  quoi  rallumer  son  feu,  le  héros  ren- 
contre un  personnage  qui  *  dévide  le  jour  et  la  nuit  d,  ou  bien,  successive- 
Aient  la  Nuit  et  l'Aurore.  Il  les  lie  à  un  arbre  pour  retarder  la  venue  du  jour. 

5.  Ce  coDle  n'a-t-il  pas  quelque  rapport  avec  l'histoire  égyptienne  de  Rhamp- 
sinite  et  des  fils  de  l'architecte  dans  Hérodote  (II,  121)  ? 

4.  L*hdtellerie  de  la  princesse  se  trouve  encore  dans  un  conte  allemand  d'un 
type  tout  différent  (Wolf,  Dcuttche  Hausmarchcn,  pp.  154,  1  (8). 


jSo  E.    COSQUIN 

celle-ci.  Bakawjli,  surprise  de  la  disparition  de  sa  rose  et  de  son  inneau,  se 
met  à  la  recherche  du  ravisKur,  qu'elle  finit  par  trouver  cl  ()u*elle  épouse. 
(Voir  aussi,  dans  les  remarques  de  ce  même  n'  19,  le  conte  arabe  dans  leqae! 
le  héros  pénètre  aussi  dans  le  chAieau  d'une  princesse  endormie.) 


XLl. 


LE  PENDU. 


Il  était  une  fois  un  homme  qui  avait  cinq  ou  six  enfants.  Un  îoîF" 
qu'une  de  ses  filles  était  malade,  il  voulut  aller  à  la  foire;  il  dit  â  ses 
enfants  :  <<  Que  voulez-vous  que  je  vous  rapporte  de  la  foire  ?  —  Un 
mouchoir,  »  dit  l'un.  —  «  Des  souliers,  »  dit  l'autre.  —  «  Moi,  une  robe. 
—  Moi,  une  robe  aussi.  —  Et  toi,  ma  pauvre  malade  ?  —  Mon  père,  je 
voudrais  de  la  viande  pour  me  guérir,  n 

Airivé  à  la  foire,  le  père  acheta  les  robes,  le  mouchoir,  les  soulier» 
qu'il  avait  promis  à  ses  enfants^  mais  il  oublia  la  viande  que  sa  &Ue 
malade  lui  avait  demandée  ;  il  ne  s'en  aperçut  qu'en  retournant  à  la 
maison.  «  Quel  malheur  !  »  se  dit-il,  w  c'était  ce  qui  pressât  le  plus.  » 

A  la  nuit  tombante,  traversant  une  forêt,  il  lui  sembla  voir  des  pen- 
dus; comme  il  ne  distinguait  pas  bien,  il  s'approcha  et  s'assura  qu'en 
effet  c'étaient  des  pendus.  Il  coupa  une  cuisse  à  l'un  d'eux  et  revint  à  la 
maison.  Il  donna  à  ses  enfants  ce  qu'il  avait  acheté  pour  eux  et  dit  à  la 
malade  :  «  Tiens,  mon  enfant,  voici  de  la  viande  pour  toi.  —  Oh  !  la 
belle  viande  !  1  dit  la  jeune  fille.  On  en  6t  du  bouillon,  qu'elle  trouva 
excellent. 

Sur  le  soir,  la  malade  vit  entrer  dans  sa  chambre  un  homme  qui 
n'avait  qu'une  cuisse.  «  Vous  avez  ma  cuisse,  »  lui  dit-il,  «  vous  avez 
ma  cuisse  !  —  Que  voulez-vous  dire  ?  »  demanda-t-cUe.  —  «  Vous  le 
saurez  un  autre  jour.  » 

Le  lendemain,  l'homme  revint  encore.  •  Où  donc  est  votre  cuisse  ?  » 
demanda  la  jeune  fille.  —  «  MAIS  C'EST  TOI  QUI  L'AS  MANGÉE  !  » 

A  ces  mots,  il  disparut.  La  jeune  fille  demanda  à  son  père  si  Thomme 
avait  dit  vrai  ;  il  fut  bien  forcé  de  l'avouer.  Vous  pensez  si  la  pauvre 
enfant  fut  épouvantée  ! 

Ce  conte  correspond  au  conte  allemand  publié  par  les  frères  Grimm  dans  leur 
troisième  volume  (p.  267)  et  qualifié  par  eux  de  ■  fragment.  ■  En  18(6,  Gait- 
laume  Grimm  ne  connaissait  aucun  rapprochement  à  faire.  Il  en  existait 
pourtant  dès  ce  tcraps-li,  et,  depuis  lors,  des  récits  analogues  ont  été  recueillis 
dans  divers  pays.  Ainsi,  la  petite  collection  de  contes  populaires  de  l'Agenais, 
formée  par  M.  Bladé  (Paris,  1S74),  renferme  un  conte  (n*  7),  mlituli  la 


CONTES  POPULAIRES   LORRAINS  $8l 

Omht,  qui  au  fond  est  tout  i  fait  le  nôtre,  si  ce  o'est  qu'à  U  fin  b  ■  Goulue  • 
est  emportée  par  le  mort  dont  ses  parents  ont  coupé  la  jambe  pour  la  lui 
donner  i  manger.  Citons  encore  un  conte  allemand  de  la  collection  Kuhn  et 
Schwartz  {Nonldeatsche  Sagen,  Marchen  und  Gebrauche.  Leipzig,  1848,  n**  17}: 
Un  jour,  une  femme  fait  cuire  du  foie  pour  son  mari,  Ahtcmann,  qoî  aime 
beaucoup  ce  mets.  L'envie  lui  prend  d'y  gobter,  et  elle  goûte  tant  et  si  bien 
qu'elie  finit  par  tout  manger.  Craignant  le  mécontentement  de  son  mari,  elle 
va  prendre  le  foie  d'un  pendu,  qu'elle  fait  cuire.  Ahlemann  le  trouve  excellent, 
Le  soir,  pendant  qu'elle  est  couchée  et  que  son  mari  est  au  cabaret  avec  ses 
quatre  fiis,  elle  entend  des  pas  s'approcher  et  une  voix  crier  :  t  Où  est  Ahle- 
mann ?  où  est  Ahlemann?  >  Elle  répond  qu'il  est  au  cabaret.  Les  pas  se 
rapprochent  ;  éperdue,  elle  appelle  son  mari  â  son  secours  ;  peine  inutile. 
Tout  à  coup  l'apparition  est  près  d'elle  cl  lui  lord  le  cou.  —  Le  Rondattajrc 
catalan  (t.  II,  p.  100)  donne  un  conte  tout  à  bit  du  même  genre  que  ce  conte 
allemand. 

La  même  idée  se  retrouve,  un  peu  affaiblie,  dans  uo  conte  anglais  (Halliwell, 
PopuUr  Rhjmes  and  Nursery  TaUs,  1 849,  p.  aj).  M,  Kœhlcr,  dans  ses  remarques 
sur  la  collection  Bladé,  mentionne  encore  un  autre  conte  anglais  iHunt,  Popular 
Romanus  0/  iht  Wai  oj  England,  t.  Il,  p.  268)  et  un  second  conte  catalan 
(Mila  y  Fontanals,  Ohservaciones  sobre  ta  pcesia  poputar,  p.  186). 

Il  existe  aussi  un  autre  thème  très-voisin  de  celui-ci.  Là,  c'est  la  «  jambe 
d'or,  >  le  <  bras  d'or  ■  d'une  personne  morte  et  enterrée  que,  par  cupidité, 
quelqu'un  va  voler,  et  que  le  mort  vient  réclamer.  On  peut  voir,  i  ce  sujet,  le 
conte  agenais  n"  4  de  la  collection  Bladé,  la  Jambe  d'or^  et  les  remarques  de 
M.  Koehier  qui  cite  trois  contes  allemands  et  un  conte  anglais. 

Dans  la  collection  Pitre  (n*  128^  nous  trouvons  un  conte  sicilien  qui  tient, 
pour  ainsi  dire,  le  milieu  entre  ces  deux  types  de  contes,  tout  en  se  rapprochant 
davantage  du  second. 

XLIL 

LES  TROIS  FRÈRES. 

Il  était  une  fois  trois  cordonniers  :  c'étaient  trois  frères,  fils  d'une 
pauvre  veuve.  Voyant  qu'ils  ne  gagnaient  pas  assez  pour  vivre  cl  pour 
nourrir  leur  mère,  ils  s'engagèrent  tous  les  trois  et  donnèrent  leur  argent 
à  leur  mère,  afin  qu'elle  vécût  plus  à  l'aise.  L'alné  s'appelait  Plume- 
Patte,  le  second  Plume-cn-Patie  et  le  troisième  Bagnoleï. 

Quand  ils  furent  au  régiment,  le  colonel  dit  un  jour  à  Plume-Patte 
d'aller  monter  la  garde  à  minuit  dans  une  tour  où  il  revenait  des  esprits  : 
tous  ceux  qui  y  étaient  allés  monter  la  garde  depuis  dix  ans  y  avaient 
été  retrouvés  morts.  Quand  Plume-Patte  fut  dans  la  tour,  il  entendit  un 
bruit  de  chaînes  qu'on  traînait;  d'abord  il  eut  peur,  mais  il  se  remit 
presque  aussitôt  et  cria  :  ■  Qui  vive  ?  »  Personne  ne  répondit.  «  Si  tu 
ne  réponds  pas,  je  te  brûle  la  cervelle.  —  Ah  !  tu  as  du  bonheur  de 


$82  E.    COSQIMN 

bien  faire  ton  service!  o  dit  l'homme  qui  traînait  les  chaînes  ;  «  sans  cela 
i!  t'arrivcrait  ce  qui  est  arrivé  aux  autres.  Tiens,  voici  une  bourse  : 
plus  tu  prendras  d'argent  dedans,  plus  il  y  en  aura.  —  Mcts-Ia  au  pied 
de  ma  guérite,  »  dît  Plume-Patte;  *  je  la  prendrai  quand  j'aurai  fini  ma 
faction.  »  Sa  faction  terminée,  il  ramassa  la  bourse. 

Le  soldat  qui  tous  tes  jours  depuis  dix  ans  venait  à  la  tour  voir  ce  qui 
s'était  passé  et  qui  n'avait  jamais  retrouvé  personne  en  vie,  arriva  te 
matin  pour  savoir  ce  que  Plume-Patte  était  devenu  ;  il  fut  fort  surpris 
de  le  trouver  vivant.  «  Tu  n'as  rien  vu  ?  »  lui  demanda-i-il.  —  «  Non,  je 
n*ai  rien  vu.  »  Ses  frères  lui  demandèrent  aussi  :  «  Tu  n'as  rien  vu  ?  — 
Non,  je  n'ai  rien  vu.  »  A  son  tour,  le  colonel  lui  dit  :  <i  Tu  n'as  rien 
vu  ?  —  Non,  mon  colonel,  je  n*ai  rien  vu.  n  11  ne  parla  de  la  bourse  à 
personne. 

Le  lendemain,  à  minuit,  Plume-en- Patte  fut  envoyé  dans  la  tour.  Il 
entendit  un  bruit  épouvantable  de  chaînes  ;  il  fut  d'abord  effrayé,  mais 
presque  aussitôt  il  cria  :  a  Qui  vive  ?  »  Personne  ne  répondit,  o  Si  tune 
réponds  pas,  je  te  brûle  la  cervelle.  —  Ah  !  tu  as  du  bonheur  de  bien 
faire  ton  service  !  n  dit  l'homme  qui  traînait  les  ctiaines  ;  «  sans  cela  ii 
l'arrivcraii  ce  qui  est  arrivé  aux  autres.  Tiens,  voici  une  giberne  :  quand 
tu  voudras,  tu  en  feras  sortir  autant  d'hommes  qu'il  y  en  a  dans  tout 
l'univers.  »  Il  la  tint  ouverte  pendant  une  demi-heure,  et  il  en  sortit  quatre 
mille  hommes.  —  «  Mets-la  au  pied  de  ma  guérite,  »  dit  Plume-en- 
Patie  i  it  je  la  prendrai  quand  j'aurai  fini  ma  faction.  »  Sa  faction  ter- 
minée, il  ramassa  la  giberne. 

Le  matin,  le  soldat  vint  voir  si  Plume-en-Patte  était  mort.  «  Tu  n'as 
rien  vu  ?  »  lui  dit-il,  bien  étonné  de  le  trouver  vivant.  —  «  Non,  je  n'ai  rien 
vu.  —  Tu  n'as  rien  vu  ?  n  dirent  ses  frères.  —  «  Non,  jen'ai  rien  vu.  » 
Le  colonel  lui  demanda  aussi  ;  «  Tu  n'as  rien  vu?  —  Non,  mon  colonel, 
je  n'ai  rien  vu.  »  Il  ne  parla  point  de  sa  giberne  ;  seulement  il  dit  à  son 
frère  Bagnolet  :  «  Tu  tâcheras  de  bien  faire  ton  service,  quand  tu  iras 
dans  la  tour.  » 

Lorsqu'il  s'agit  le  lendemain  de  monter  la  garde  à  la  tour,  le  sort 
tomba  sur  un  jeune  homme  riche  ;  il  était  bien  triste  et  bien  désolé,  car 
il  craignait  d'y  périr.  Bagnolet  lui  dit  :  «  Si  tu  veux  me  donner  deux 
mille  francs,  j'irai  monter  la  garde  à  ta  place.  »  Le  jeune  homme  accepta 
la  proposition  ;  il  remit  les  deux  mille  francs  entre  les  mains  du  colonel 
et  fit  un  écrit  par  lequel  il  s'engageait,  si  Bagnolet  ne  revenait  pas,  à 
donner  l'argent  à  ses  frères.  Quand  Bagnolet  fut  dans  la  tour,  il  entendit 
un  bruit  épouvantable  de  chaînes;  d'abord  îl  eut  peur,  mais  il  cria  pres- 
qu'aussitôi  :  «  Qui  vive  ?  »  Personne  ne  répondît.  «  Si  tu  ne  réponds  pas, 
je  te  brûle  la  cervelle.  —  Ah  !  tu  as  du  bonheur  de  bien  faire  ton  ser- 
vice! n  dit  l'homme  qui  traînait  les  chaînes,  «  sans  cela  il  t'arriverait  ce 


(" 


CONTES   POPULAIRES    LORRAINS  ç8j 

qui  est  arrivé  aux  autres.  Tiens,  voici  un  manteau  :  quand  ta  le  mettras, 
tu  seras  invisible.  Voici  encore  un  sabre  :  par  le  moyen  de  ce  sabre,  tu 
auras  tout  ce  que  tu  désireras  et  tu  seras  transporté  où  tu  voudras.  — 
Mets-les  au  pied  de  ma  guérite,  »  dit  Bagnolet  ;  a  ie  les  prendrai  quand 
j'aurai  fmi  ma  faction,  n 

Sa  faction  terminée,  il  mit  le  manteau  et  tira  le  sabre.  «  Mon 
maître,  «  lui  dit  le  sabre,  «  qu'y  a-t-il  pour  votre  service  ?  —  Je  vou- 
drais une  table  chargée  des  meilleurs  mets,  un  beau  couvert  et  un  beau 
fauteuil.  —  Mon  maître,  retournez-vous,  vous  êtes  servi.  »  Bagnolet  se 
mit  à  table  et  mangea  de  bon  appétit,  puis  il  ôta  son  manteau.  Le  sol- 
dat, qui  était  venu  plusieurs  fois  sans  le  voir,  à  cause  du  manteau,  lui 
dit  alors  :  «  Où  donc  étiez-vous  P  je  suis  venu  plus  de  vingt  fois  sans 
vous  trouver.  Vous  n'avez  rien  vu  dans  la  tour  ?  —  Non,  je  n'ai  rien 
vu.  —  Tu  n'as  rien  vu  ?  n  demandèrent  ses  frères.  —  «  Non,  je  n'ai  rien 
vu.  »  Le  colonel  lui  demanda  aussi  :  «  Tu  n'as  rien  vu  ?  —  Non,  mon 
colonel,  je  n'ai  rien  vu.  »  H  ne  paria  pas  du  sabre  ni  du  manteau. 

Bagnolet  engagea  ses  frères  à  venir  au  bois  avec  lui,  et  leur  dit  qu'il 
leur  donnerait  à  diner.  Arrivés  au  bois,  ses  frères  ne  virent  rien  de  pré- 
paré. Bagnolet  tira  tout  doucement  son  sabre  et  lui  dit  :  u  Je  voudrais 
une  table  chargée  des  meilleurs  mets,  trois  beaux  couvertset  trois  beaux 
fauteuils,  les  plus  beaux  qu'on  puisse  voir.  —  Mon  maître,  retournez- 
vous,  vous  êtes  servi.  »  Les  trois  frères  se  racontèrent  alors  leurs  aven- 
tures :  Plume-Patte  dit  qu'il  avait  une  bourse  toujours  remplie  d'argent; 
Plume-en-Paite  ouvrit  sa  giberne,  et  il  en  sortit  un  grand  nombre 
d'hommes,  qui  se  rangèrent  sur  deux  lignes  j  il  fil  un  signe,  et  les  hommes 
rentrèrent  dans  la  giberne.  Bagnolet  montra  à  ses  frères  son  manteau 
qui  le  rendait  invisible,  et  leur  apprit  tout  ce  qu'il  pouvait  faire  avec 
son  sabre. 

Bagnolet  savait  que  le  roi  d'Angleterre  avait  trois  filles  à  marier.  Le 
repas  fini,  il  tira  son  sabre.  «  Mon  maître,  qu'y  a-t-il  pour  votre  service? 
—  Je  voudrais  être  transporté  avec  mes  frères  dans  le  château  du  roi 
d'Angleterre.  —  Retournez-vous,  vous  y  êtes.  » 

Les  trois  frères  se  présentèrent  aussitôt  devant  le  roi  et  lui  deman- 
dèrent ses  filles  en  mariage.  Le  roi  leur  dit  :  «  Je  ne  donne  pas  mes 
filles  à  des  capitaines  :  il  faut  être  maréchal.  Entrez  à  mon  service  pour 
cinq  ou  six  mois.  —  Vous  ne  savez  donc  pas,  «  dirent  les  trois  frères, 
V  que  nous  avons  des  dons  ?  —  Moi,  »  dit  Plume-Patte,  u  j'ai  une 
bourse  :  plus  on  prend  d'argent  dedans,  plus  il  y  en  a.  —  Moi,  j'ai  une 
giberne,  >t  dit  Plume-cn-Patte  ;  «  j'en  peux  faire  sortir  autant  d'hommes 
qu'il  y  en  a  dans  tout  l'univers,  et,  si  je  voulais,  je  vous  ferais  périr 
vous  et  toute  votre  cour,  n  Le  roi  fut  bien  en  colère  en  entendant  ces 
paroles.  —  «  El  moi,  »  ajouta  Bagnolet,  a  j'ai  un  manteau  qui  me  rend 


$$4  K.  cosQyiN 

invisible.  »•  Il  ne  parla  pas  du  sabre.  —  «  Revenez  demain  à  dix  heures 
du  matin,  »  dit  le  roi,  «  je  vais  demander  à  mes  Elles  si  elles  veulent 
se  marier,  r  Là-dessus  les  jeunes  gens  se  retirèrent. 

Le  roi  fit  part  aux  princesses  de  la  demande  des  trois  frères  et  leur 
dît:  «  Quand  ils  viendront,  vous  les  prierez  de  vous  montrer  leurs  dons,  et, 
dès  qu'il  vous  les  auront  remis,  vous  donnerez  un  coup  de  sifflet-  Aus- 
sitôt il  viendra  deux  hommes  qui  les  enchaîneront  et  les  jeneront  en 
prison,  a 

Le  lendemain,  Plume-Pattc  arriva  le  premier.  «  Mais,  mon  ami,  n 
lui  dit  le  roi,  w  dépêchez-vous  donc.  Voilà  au  moins  une  heure  que  ma 
fille  aînée  vous  attend.  »  Plume-Patte  alla  saluer  la  princesse.  Après 
avoir  causé  quelque  temps  avec  lui,  la  princesse  lui  dit  ;  <*  Vous  sérier 
bien  aimable,  si  vous  me  montriez  votre  bourse.  — Volontiers,  ma 
princesse.  »  Aussitôt  qu'elle  eut  la  bourse,  elle  donna  un  coup  de  sifflet  : 
deux  hommes  entrèrent,  saisirent  le  pauvre  garçon  et  le  jetèrent  dans  un 
cachot  pour  l'y  laisser  mourir  de  faim. 

Bientôt  après,  Plume-en-Paite  arriva.  «  Dépêchez-vous  donc,  »  lui 
dît  le  roi,  «  ma  fille  cadette  vous  a  attendu  plus  de  deux  heures  en  se 
promenant  dans  le  jardin.  Maintenant  elle  est  dans  sa  chambre.  >  Plume* 
en-Patte  alla  saluer  la  princesse  qui  lui  parla  d'abord  de  choses  et  d'au- 
tres et  lui  dit  enfin  :  «  Voudriez-vous  me  montrer  votre  giberne  ?  — 
Volontiers,  ma  princesse.  »  Une  fois  qu'elle  eut  la  giberne  entre  les 
mains,  elle  donna  un  coup  de  sifflet  :  les  deux  hommes  entrèrent,  sai- 
sirent Plume-en- Patte,  et  le  jetèrent  en  prison  avec  son  frère, 

Quand  Bagnolet  se  présenta,  le  roi  lui  dit  :  n  Dépêchez-vous  de  mon- 
ter dans  la  chambre  de  raa  plus  jeune  fille  ;  voilà  bien  longtemps  qu'elle 
vous  attend.  «  Bagnolet  salua  gracieusement  la  princesse  et  lui  parla 
avec  politesse  ;  ils  causèrent  très-longtemps,  car  Bagnolet  parlait  mieux 
que  ses  frères.  Enfin  la  princesse  lui  dit  :  «  J'ai  entendu  dire  que  vous 
aviez  un  manteau  qui  rend  invisible  ;  voudriez-vous  me  le  montrer .'  — 
Volontiers,  ma  princesse.  >•  Klle  saisit  le  manteau  cl  donna  un  coup  de 
sifflet  :  les  deux  hommes  vinrent  enchaîner  Bagnolet  et  le  mirent  en 
prison  avec  ses  frères,  pour  l'y  laisser  mourir  de  faim. 

Ils  étaient  tous  les  trois  bien  tristes,  quand  Bagnolet  se  souvint  qu'il 
avait  encore  son  sabre  ;  il  le  tira,  a  Mon  maître,  qu'y  a-t-il  pour  votre 
service  f  —  Je  désire  que  tu  nous  apportes  une  table  chargée  des  meil- 
leurs mets,  trois  beaux  couverts  et  trois  beaux  fauteuils,  et  que  lu 
changes  notre  prison  en  un  beau  palais,  n  Tout  cela  se  fit  à  l*instanl,  et 
ils  avaient  de  plus  beaux  salons  que  le  roi. 

Le  roi,  étant  venu  voir  ce  qu'ils  faisaient,  tes  trouva  à  table  ;  il  fut 
dans  une  grande  colère  et  les  fil  mettre  dans  une  autre  prison.  Bagnolet 
tira  son  sabre.  «  Mon  maître,  qu'y  a-i-il  pour  votre  service?  —  ie 


CONTES   POPULAIRES   LORRAINS  j8ç 

voudrais,  s'il  était  possible,  être  transporté  avec  mes  frères  à  vingt 
lieues  de  la  ville.  —  Retournez-vous,  vous  y  êtes,  n 

11  y  avai:  par  là  un  château  où  personne  n'habitait  parce  qu'il  y  rêve- 
naît  des  esprits  \  les  trois  Frères  s'y  établirent.  Bagnolet  dit  au  sabre  : 
«  Peux-tu  faire  venir  la  princesse  qui  a  pris  la  bourse  ?  —  Mon  maître, 
elle  sera  ici  i  minuit  avec  la  bourse,  u  Quand  la  princesse  fut  arrivée, 
ils  lui  reprirent  la  bourse,  la  maltraitèrent,  lui  cassèrent  les  reins  et  la 
renvoyèrent.  Le  roi  entra  dans  une  colère  effroyable;  il  aurait  bien  voulu 
savoir  où  étaient  les  trois  frères. 

Bagnolet  tira  encore  son  sabre  et  lui  dit  :  «  Je  désire,  s'il  est 
possible,  que  tu  nous  amènes  la  princesse  qui  a  pris  la  giberne.  —  Mon 
maître,  elle  sera  ici  à  minuit  avec  la  giberne.  >  Quand  elle  arriva,  ils  lui 
reprirent  la  giberne,  la  maltraitèrent,  lui  cassèrent  les  reins  et  la  ren- 
voyèrent. Le  roi,  encore  plus  furieux,  dit  à  sa  plus  jeune  6lle  :  «  Je 
pense,  ma  fille,  que  tu  vas  avoir  le  même  sort  que  tes  sœurs  ;  mais  il 
faudra  marquer  de  noir  la  porte  de  la  maison  où  l'on  te  conduira.  ». 

Le  lendemain,  Bagnolet  dit  au  sabre:  a  Je  désire  que  tu  fasses  venir 
la  princesse  qui  a  pris  le  manteau.  —  Mon  maUre,  elle  sera  ici  à  minuit 
avec  le  manteau.  Son  père  lui  a  recommandé  de  marquer  de  noir  la 
porte  de  la  maison  où  on  la  conduirait  ;  mais  j'irai  marquer  toutes  les 
maisons  du  quartier^  et  l'on  ne  pourra  rien  reconnaître.  >  A  minuit,  la 
princesse  se  trouva  au  château  ;  les  trois  frères  lui  reprirent  le  manteau, 
la  maliraiièrent  encore  plus  que  les  autres,  parce  qu>lle  était  la  plus 
méchante,  lui  cassèrent  les  reins  et  la  renvoyèrent  chez  son  père,  qui  ne 
se  sentit  plus  de  fureur.  Puis  ils  dépêchèrent  au  roi  un  ambassadeur 
pour  lui  déclarer  ia  guerre. 

Le  roi  fit  marcher  contre  eux  une  grande  armée.  Les  trois  frères 
étaient  seuls  de  leur  côté,  u  C'est  vous  qui  êtes  le  plus  âgé,  »  dirent- 
ils  au  roi,  «  rangez  vos  hommes  le  premier,  d  Ensuite  Plume-en- 
Paite  ouvrit  sa  giberne  et  en  fit  sortir  un  grand  nombre  d'hommes  armés. 
Les  soldats  d'Angleterre  eurent  beau  tirer  ;  les  hommes  de  Pluroe-en- 
Patte  étaient  ainsi  faits  qu'ils  ne  pouvaient  être  tués.  Le  roi  d'Angleterre 
perdit  toute  son  armée  et  s'enfuit.  Les  trois  frères  allèrent  piller  son 
ch&ieau,  puis  ils  allumèrent  un  grand  feu  et  y  jetèrent  la  reine  et  ses 
trois  filles. 

lU  retournèrent  ensuite  en  France,  mais  ils  furent  arrêtés  comme 
déserteurs  et  on  les  mit  en  prison.  Bagnolet  tira  son  sabre,  «i  Mon 
maître,  qu'y  a-t-il  pour  votre  service  ?  —  Je  voudrais,  s'il  était  possible, 
être  transporté  avec  mes  frères  à  la  cour  du  roi  de  France.  —  Retour- 
nez-vous, vous  y  êtes.  »  Le  roi  de  France  n'avait  qu'une  fille;  ils  b 
demandèrent  en  mariage.  «  Je  ne  donne  pas  ma  fille  à  des  capitaines,  > 
leur  dit  le  roi  ;  <  mais  dans  deux  ou  trois  mois  chacun  de  vous  peut  être 


;86  E.  cosQum 

maréchalf  et  celm  qui  se  sera  le  plus  distingué  aura  ma  fille.  >  Les  trois 
frères  lui  dirent  alors  qu'ils  avaient  des  dons»  et  lui  parlèrent  de  la 
bourse,  de  ta  giberne,  du  sabre  et  du  manteau.  Au  bout  de  deux  mois* 
P|umc-en-Patte,  celai  qui  avait  la  giberne,  devint  maréchal  et  épousa  la 
princesse  ;  ses  frères  se  marièrent  le  même  jour.  Le  roi  d'Angleterre  se 
trouvait  aux  noces  ;  il  se  dit  que  les  mariés  ressemblaient  fort  aux  trois 
frères  qui  lui  avaient  fait  tant  de  mal,  mais  il  ne  les  reconnut  point. 

Moi,  j'étais  de  faction  à  la  porte  de  la  princesse,  comptant  les  clous 
pour  passer  le  temps.  Je  m'y  suis  ennuyé,  et  je  suis  revenu. 


Ce  conte  vient  d'un  régiment,  comme  les  n^  j  et  15.  11  se  compose,  ainsi 
qu'on  a  pa  le  remarquer,  d'éléments  qut  se  sont  présentés  à  nous  dans  deox  de 
nos  contes  lorrains.  L'Inlroduction  et  la  première  partie  du  récit  se  rapprochent 
de  notre  n*  n^  la  Bourse^  U  Sifflet  tt  le  Chapeau,  et  la  dernière  partie,  —  j'ea- 
lèvement  de  la  princesse,  le  moyen  employé  par  le  sabre  pour  déjouer  la  ruse  de 
celle-ci,  la  guerre  des  trois  frères  contre  le  roi,  —  de  notre  n"»  ji,  l'Homme  di 
fer.  Nous  renverrons  aux  remarques  de  ces  deux  contes  et  nous  y  ajouterons 
quelques  observations  sur  divers  traits  particuliers  au  conte  que  nous  venons 
de  donner. 

Ainsi,  l'introduction  d'un  conte  roumain  de  Transylvanie  (dans  la  revue  Mi' 
land,  iS{6,  p.  716)  présente  beaucoup  de  ressemblance  avec  celle  du  nâtre. 
Deux  frères  servent  dans  l'armée;  l'un  est  capitaine,  l'autre,  appelé  Hsrstaddai, 
simple  soldat  et  grand  buveur.  Ennuyé  de  le  voir  constamment  ivre,  le  capitaine 
envoie  Hzrstxldai  monter  la  garde  devant  une  maison  abandonnée,  hantée  par 
le  diable.  A  minuit,  Hxrstjeldai  entend  un  grand  fracas  dans  la  maison  ;  te  diable 
parait  devant  lui  et  lui  dit  de  décamper.  Hxrstxldai,  sans  s'effrayer,  décharge 
sur  lui  son  fusil.  Alors  le  diable  lui  demande  grâce  et  lui  donne  une  bourse  qoi 
ne  se  vide  jamais  et  un  chapeau  d'oîi  il  sort,  quand  on  le  secoue,  autant  de 
soldats  que  l'on  veut.  Le  reste  de  ce  conte  roumain  se  rapporte  bien  moins  i 
notre  conte  des  Trois  Frires  qu'à  notre  n"  1 1 ,  /n  Bourse,  U  Siffla  et  U  Chapeau. 

Dans  un  conte  sicilien  (Pitre,  n'  26),  se  trouve  un  épisode  que  l'on  peut 
comparer  au  passage  de  notre  conte  français  où  les  trois  frères  mènent  joyeuse 
vie  dans  la  prison.  Pctru,  qui  possède  trois  objets  merveilleux,  une  bourse,  une 
serviette  et  un  violon,  est  )eté  en  prison  pour  avoir  perdu  une  partie  d'échea 
contre  une  princesse  qui  triche  (comme  dans  notre  n'  11).  Avec  son  violon  qui 
met  tout  en  branle,  il  fait  danser  ses  compagnons  de  captivité  et  les  régale  au 
moyen  de  sa  scrvielte  magique. 

Les  objets  merveilleux  qui  figurent  dans  notre  conte  français  jouent  également 
un  rôle  dans  nombre  de  récits.  Nous  nous  bornerons  à  quelques  rapprochements 
tirés  de  la  littérature  orientale.  Indépendamment  des  contes  Icalmouk  elhindous- 
lani,  analysés  dans  les  remarques  de  notre  n"  1 1,  nous  citerons  un  conte  persan 
du  Tati-Nameh  (trad.  ail.  d'après  la  version  turque,  par  G.  Rosen,  Leipfig, 
iSfS,  t.  H,  p.  349),  où  se  trouvent  une  bourse  inépuisable,  une écuelle de  bois, 
d'où  l'on  peut  tirer  toute  sorte  de  bonnes  choses  à  boire  et  i  manger,  une  paire 
de  sandales  qui  transportent  en  un  clin  d'oeil  où  l'on  désire  aller.  —  Dans  do 


CONTES  POPULAIRES  LORRArNS  587 

9uUe  conte  persan  {le  Tr6iu  tAchanii,  conte  indien  traduit  du  persan,  par  le 
baron  Lescallier.  New-York,  1817,  t.  U,  p.  91),  il  est  parlé  de  trois  objets 
merveilleoi  :  on  petit  chien,  on  bâton  et  une  bourse.  «  Le  petit  chien  avait  la 
vertu  de  faire  parallrc,  au  gré  de  son  possesseur,  tel  nombre  d'hommes  de 
guerre,  d'éléphants  et  de  chevaux  qu'il  pouvait  lui  demander.  En  prenant  le 
bâton  de  la  main  droite^  et  le  tournant  vers  ces  hommes,  on  avait  la  faculté  de 
lear  donner  à  tous  la  vie  ;  en  prenant  ce  même  bâton  de  la  main  gauche  et  le 
dirigeant  vers  cette  troupe  armée,  on  pouvait  la  rendre  au  néant  Quant  i  la 
bourse,  elle  produisait,  au  commandement  de  son  mattre,  de  l'or  et  des  bijoux.  ■ 
(Comparez  un  troisième  conte  persan  du  Bahar  Danash,  trad.  angl.  de  Jonathan 
Scott. Shrewsbury,  1799, t.  II,  p.  2^0,  oùseretrouventàpeu  près  les méraesob|ets 
que  dans  le  premier.)  —  Un  conte  arabe  des  MiiU  ti  unt  Nuits  (Histoire  de  Mazen 
du  Khorassan,  p.  741,  éd.  du  Panthéon  littéraire)  met  en  scène  un  bonnet  qui 
rend  invisible,  un  tambour  de  cuivre,  par  le  moyen  duquel  on  peut  faire  venir 
i  son  aide  les  chefs  des  génies  et  leurs  légions,  et  une  boule  qui  rapproche  les 
distances.  Dans  un  conte  indien  de  la  grande  collection  de  Somadeva,  déji  citée 
(I.  I,  p.  19  de  la  trad.  allemande  de  H.  Brockhaus),  les  objets  merveilleux 
sont  ceux-ci  :  une  paire  de  babouches,  un  b5ton  et  une  tasse.  La  tasse  se  rem- 
plit, au  gré  de  celui  qui  la  possède,  de  tous  les  mets  qu'il  désire;  tout  ce  qu'on 
écrit  avec  le  biHton  s'exécute  à  l'instant  même,  et  les  babouches  donnent  la 
faculté  de  traverser  les  airs. 

On  a  remarqué  que  le  sabre  de  Bagnolet  a  une  double  propriété  :  <■  Avec 
ce  sabre,  tu  auras  tout  ce  que  tu  désireras  et  tu  seras  transporté  où  tu  vou- 
dras. »  Dans  un  conte  populaire  indien  résumé  dans  les  remarques  de  notre 
n*  19,  /^  Petit  Bossu,  le  dieu  Siva  donne  à  son  protégé  Siva  DÂs  un  sabre,  qui, 
entre  autres  vertus,  a  aussi  celle  de  transporter  son  poîsesseur  partout  oii  celui-ci 
lui  ordonne  de  le  faire. 

Ce  trait  des  objets  merveilleux,  nous  allons  encore  le  renconler,  toujours  en 
Orient,  dans  deux  récits  qui  offrent  une  frappante  ressemblance  avec  un  conte 
populaire  allemand  de  la  collection  Grimm,  ie  Hinre-Sac,  le  Chiipeaa  et  tt  Corna 
{n*  J4I,  irès-voisin  de  nos  Trois  Frirts.  Rappelons  le  plus  brièvement  possible 
l'ensemble  du  conte  allemand  :  —  Le  plus  jeune  de  trois  frères  trouve  dans 
une  forêt  une  serviette  merveilleuse,  qui  se  couvre  de  mets  au  commandement. 
Un  charbonnier,  chez  lequel  il  s'arrête  et  qu'il  régale.,  lui  propose  en  échange 
de  la  serviette  un  havre-sac  sur  lequel  il  suffit  de  frapper  pour  faire  paraître  i 
chaque  coup  un  caporal  et  six  hommes'.  Le  jeune  homme  accepte  ;  puis,  quand 
il  est  an  peu  loin,  il  fait  paraître  les  six  hommes  et  le  caporal,  et  leur  commande 
d'aller  reprendre  sa  serviette.  Il  l'échange  encore,  d'abord  contre  an  vieux  cha- 
peau qu'on  n'a  qu'A  tourner  autour  de  sa  tête  pour  faire  tonner  toute  une  bat- 
terie de  canons,  auxquels  rien  ne  peut  résister,  et  enfin  contre  un  cornet  dont 
le  son  fait  crouler  les  forteresses  et,  si  l'on  continue  â  soufRcr,  les  villes  et  les 
villages.  Par  le  moyen  de  ses  soldats,  il  se  remet  chaque  fois  en  possession  de 
sa  serviette.  Revenu  au  pays,  il  est  mal  accueilli  par  ses  frères  et  les  (ait  cor- 

).  Dans  un  conte  danois  du  même  genre,  c'est  une  giberne,  comme  dans  le 
conte  français. 


$88  E.  COSQUtN 

riger  par  ses  soldats  ;  les  voisins  accourent  ;  grand  tapage.  Le  roi,  averti,  esvoie 
un  capitaine  avec  sa  compagnie  pour  mettre  le  hoU.  Mais  le  capitaine  et  sa 
gens  sont  battus,  et  battues  aussi,  grAce  aux  canons  que  le  chapeau  met  en  jeu, 
toutes  les  troupes  envoyées  contre  le  jeune  homme.  Celui-ci  fait  dire  au  roi 
qu'il  ne  fera  ta  paix  que  si  te  roi  lui  donne  sa  6lle  en  mariage.  Il  faut  bien  en  passer 
par  ti.  La  princesse,  peu  satisfaite  de  se  voir  mariée  i  un  homme  du  commun, 
toujours  coiffé  d'un  vieux  chapeau,  avec  nn  vieux  havre-sac  en  bandoulière, 
finit  par  se  demander  s'il  n'y  a  pas  quelque  magie  dans  ce  havre^sic  Par  tes 
cajoleries,  elle  réussit  k  se  faire  révéler  le  secret;  puis  elle  s'empare  du  havre- 
sac  et  ordonne  aux  soldats  d'aller  arrêter  leur  ancien  mattre.  Mais  ce1ui<i  a 
recours  au  vieux  chapeau,  et  les  soldats  sont  balayés  par  son  arltMerie.  Alors 
la  princesse  va  lui  demander  pardon  et  elle  sait  si  bien  s'y  prendre  que  bientôt 
elle  connaît  la  vertu  du  chapeau  et  s'en  saisit.  Le  jeune  homme  serait  perdu 
s'il  ne  lui  restait  son  cornet,  comme  il  reste  à  Bagnolet  son  sabre.  Il  souRle 
dans  le  cornet,  et  forteresses,  palais,  tout  s'écroule,  écrasant  sous  leurs  mines 
le  roi  et  la  princesse.  —  Ici,  comme  on  voit,  la  trahison  de  la  princesse  et  la 
bataille  contre  les  troupes  du  roi  ne  sont  point  placées,  dans  le  récit,  au  même 
endroit  que  dans  notre  conte  français;  mais  la  ressemblance  n'en  est  pas  moins 
certaine. 

Ce  conte  allemand  forme  lien  entre  notre  conte  français  et  les  deux  réats 
orientaux  dont  nous  allons  donner  l'analyse.  Le  premier  est  un  conte  kalmouk 
de  la  collection  du  Siiidki-Kùr  (6«  récit,  p.  j6  de  la  trad.  ail.  de  B.  Jùlg)  : 
Dans  un  certain  pays,  vivait  un  homme  d'un  caractère  intraitable;  il  en  fait 
tant  que  le  khan,  son  souverain,  se  voit  obligé  de  le  bannir.  Traversant  un 
steppe,  noire  homme  trouve,  après  divers  incidents  que  nous  avons  racontés 
dans  les  remarques  de  notre  n"  32,  une  coupe  d'or,  qui  procure  i  volonté  i 
boire  et  â  manger.  Il  la  prend  et  s'en  va  plus  loin.  Bientôt  il  rencontre  an 
homme  tenant  à  la  main  un  bAlon,  et  apprend  que  ce  bâion  a  la  propriété 
d'aller,  au  commandement  de  son  possesseur,  tuer  les  gens  et  reprendre  ce  qu'ils 
ont  volé*.  Il  lui  propose  d'échanger  sa  coupe  d'or  contre  le  bâton  ;  puis^  quand 
il  a  le  bâton,  il  l'envoie  tuer  l'homme  et  reprendre  la  coupe  d'or.  Il  se  met  de 
ta  même  manière  en  possession  de  deux  autres  objets  merveilleux  :  un  marteau 
de  fer  qui,  si  l'on  en  Irappe  neuf  fois  ta  terre,  fait  surgir  une  tour  de  fer  â  neuf 
étages,  et  un  sac  de  cuir  qui  fail  pleuvoir  aussi  fort  que  l'on  veut  quand  on  le 
secoue.  Muni  de  ces  quatre  talismans,  il  retourne  dans  son  pays  pour  se  venger 
du  khan.  Il  arrive  vers  minuit  derrière  le  palais;  par  la  vertu  de  son  marteau, 
le  lendemain  matin,  une  tour  de  fer  â  neuf  étages  s'élève  à  cette  place.  Le  khan, 
farieux,  rassemble  ses  sujets  et  leur  ordonne  d'entasser  du  charbon  contre  cette 
tour  et  de  l'allumer;  mais  l'homme  secoue  son  sac  de  cuir,  des  torrents  de 
pluie  tombent  et  le  brasier  s'éteint.  —  Le  conte  kalmouck  se  termine  brus- 
quement à  cet  endroit. 

Voili  bien,  outre  l'introduction  du  conte  ailemand,  ta  lutte  du  possesseur  des 


I 


I,  Dans  un  conte  lithuanien  qui  correspond  au  conte  allemand  de  Grimm 
(A.  ChoâzVo,  Contes  dts  paysans  et  des  pMrts  slûves,  Paris,  1864,  p.  349), 
c'est  également  un  bâton  qui  remplace  le  havre-sac  et  ses  soldats. 


CONTES    POPULAIRES    LORRAINS  589 

'objets  merveilleux  contre  le  roi,  épisode  commun  au  conte  allemand  et  au  conte 
français.  Mais  ce  dernier  trait  va  se  retrouver,  plus  nettement  accusé  encore, 
dans  le  second  récit  oriental. 
Ce  récit  est  un  djJîûka,  c'est-i-dire  une  légende  bouddhique,  rédigée  dans  la 

•  langue  sacrée  du  bouddhisme,  le  pâli,  et  relative  aux  aventures  du  Bouddha 

Ldans  ses  précédentes  existences.  [Fne  Jatjkas^  wtth  a  translation  by  V.  Faïuholl. 
Çûptahdgtnf  1861,  p.  30  seq.)  Li,  un  habitant  du  royaume  de  tCasi,  chassé 
par  ses  parents,  est  jeté  par  un  naufrage  dans  une  Ile,  au  milieu  de  la  mer.  Il  y 
trouve  un  sanglier,  possesseur  de  joyaux  qui  loi  permettent  de  s'élever  en  l'air  i 
il  les  lui  dérobe  pendant  son  sommeil  et  le  lue.  Puis,  voyageant  à  travers  l'es- 
pace, il  arrive  sur  les  hauteurs  de  t'Himavanta.  Voyant  de  U  plusieurs  ermi- 
tages, il  descend  et  entre  chez  un  premier  ascète,  qui  possède  une  hache, 
laquelle  coupe  du  bois,  allume  du  feu  et  exécute  les  ordres  qu'on  lui  donne.  Il 
offre  ses  joyaux  i  l'ascète  en  échange  de  cette  hache,  et,  quand  il  l'a  entre  les 
mains,  il  lui  ordonne  d'aller  couper  la  tète  k  l'ascète  et  de  lui  rapporter  ses 

[joyaux.  Il  se  rend  ensuite  chez  un  second  ascète  ;  celui-là  a  un  tambour  magique 
qui,  frappé  d'un  cdlè,  met  en  fuite  l'ennemi,  et  qui,  frappé  de  l'autre  cAté, 
fatt  paraître  une  armée  entière.  L'homme  fait  aussi  un  échange  avec  cet  ascète, 
puis  il  envoie  la  hache  lui  couper  la  iftte  et  reprendre  ses  joyaux.  Il  agit  de 
même  avec  un  troisième  ascète,  possesseur  d'une  lasse  qui,  si  on  U  retourne, 
fournil  tout  ce  que  l'on  souhaite.  Maître  alors  des  quatre  objets  merveilleux^ 
l'homme  fait  porter  une  lettre  au  roi  de   Baranasî  pour  le  sommer  de  lui 

Labandonoer  son  royaume.  Le  roi  envoie  des  gens  avec  ordre  de  se  saisir 
de  ce  I  brigand.  ■>  Mais  l'autre  frappe  un  des  calés  de  son  tambour,  et 
aussitAt  il  se  trouve  entouré  d'une  année;  il  retourne  sa  tasse,  et  une  grande 
rivière  se  met  â  inonder  tout  le  terrain  ob  se  déploie  l'armée  royale.  Enfin  il 
ordonne  i  sa  hache  de  lui  rapporter  la  tète  du  roi.  Il  entre  avec  tout»  ses 
forces  dans  la  capitale  et  monte  sur  le  trône,  sous  le  nom  de  Dadhivahana. 


APPENDICE. 


Depuis  la  publication  de  notre  n*    i  j,  Reni  a  soa  Stigiuur,  de  sa  variante 
Richtdeaa  (d<>  20)^  et  de  notre  n*  22^  Juuine  a  Brimhcriau^  nous  avons  trouvé 
de  nouveaux  récits  orientaux  i  rapprocher  de  ces  contes.  Ce  sont  deux  contes 
.  <|ui  ont  été  recueillis  par  M.  Thorburn  chez  tes  Afghans  du  Bannu,  comme 
^  celui  que  nous  avons  dé|i  cité  i  propos  de  notre  n'  jG.  Voici  le  premier  (Thor- 
burn, Bannu,  or  cur  Afghan  FronluTy  p.  1S4)  : 

<■  Un  jour,  le  bceuf  d'un  vieux  bonhomme  s'en  étant  allé  sar  le  champ  du 
voisin,  celui-ci  lui  coupa  la  langue,  et  la  pauvre  btle  mourut.  Le  fils  du  bon- 
homme écorchj  le  boeuf  et  emporta  la  peau  ;  mais,  comme  le  soir  vint  avant 
['qu'il  eût  r^agné  son  village,  il  grimpa  sur  un  arbre  avec  ion  fardeau  pour  y 
passer  ta  nuit.  Il  y  était  i  peine,  qu'une  bande  de  volcort,  revenant  d'opédt- 


590  E.  cosqyiN 

tjon,  s'arrêta  sous  l'arbre  poor  partager  te  butin.  «  Puisse  la  foudre  tomber  str 
celui  qui  détournera  quelque  chose  1  ■  dit  le  chef  d'une  voix  rude.  En  renlen- 
dant,  le  jeune  homme  fut  si  effrayé  qu'il  lichi  sa  peau  de  btmf^  qui  tombaavec 
fracas  â  travers  les  branches  et  les  feuilles  sèches  (on  ^tait  en  hiver).  «  Di«uiWM 
punit  de  vouloir  nous  attraper  les  uns  les  autres  !  >  crièrent  les  voleurs,  dont 
aucun  n'avait  fidèlement  mis  son  butin  dans  la  massecommune.  et  ilss'enfutrent 
i  toutes  jambes.  Le  lendemain  malin,  le  jeune  homme  dt^sccndit  de  son  arbre  et 
ramassa  tout  l'argent  des  voleurs.  —  Revenu  dans  son  village,  il  dit  qu'il  avitt 
échangé  sa  peau  de  bœuf  dans  un  bazar  voisin  contre  une  valeur  de  cent  rou- 
pies. Aussnût  les  gens  du  village  tuèrent  tout  leur  bétail  et  en  portèrent  les  peaui 
au  marché;  mais  on  leuf  en  offrît  seulement  quelques  pièces  de  cuivre.  De 
retour  chez  eux,  ils  s'emparèrent  du  jeune  homme,  l'attachèrent  i  un  poiea 
sur  le  bord  de  la  rivière  pour  le  noyer  ta  nuit  venue,  et  s'en  allèrent  i  leurs 
affaires.  Le  jeune  homme  ne  cessait  de  crier  :  i  Je  ne  veux  pas!  je  ne  veux 
pasi  ■  Vint  i  passer  un  montagnard,  qui  lui  demanda  ce  qu'il  faisait  là.  •  Le 
roi  veut  me  forcer  i  épouser  sa  fille,  et  moi  je  ne  veux  pas  ;  il  ni*a  attaché  à 
ce  poteau  pour  m'y  faire  consentir.  —  Je  serais  bien  content  d'être  i  votre 
place,  »  dit  le  montagnard.  —«  Mettez-vous-y.  »  Il  s'y  mit,  et,  quand  les  villa- 
geois arrivèrent,  ils  jetèrent  à  Teau  le  pauvre  montagnard.  Le  lendemain  matin, 
ils  furent  bien  étonnés  de  voir  le  jeune  homme  arriver  avec  trois  moutons, 
f  D'où  viens-tu  ?  i  lui  dirent-ils.  —  «  Eh  !  parbleu,  de  la  rivière,  et  j'ai  joliiDeot 
froid  !  ■  dit-il  en  tordant  ses  habits,  qu'il  avait  eu  la  précaution  de  mouiller. — 
s  Mais  est-ce  que  nous  ne  t'avons  pas  jeté  Â  l'endroit  le  plus  profond?  —  Je 
n'en  sais  rien  ;  mais  là  ob  vous  m'avez  jeté,  il  y  .1  de  grands  troupeaux  de 
moutons  ;  j'en  ai  pris  trois  que  voici,  et  j'y  retournerai  après  déjeuner.  1  U- 
dessus,  les  villageois  coururent  se  jeter  i  la  rivière,  et  ils  s'y  noyèrent  tous,  i 

On  aura  remarqué  que  ce  conte  afghan  offre  la  combinaison  du  thème  Sntl 
de  notre  n*  22,  Jcaniu  et  Bnmbonaa,  qui  forme  ici  le  début,  avec  te  thème  des 
n"^  I  )  et  20,  qui  constitue  la  seconde  partie.  Le  début  ressemble  surtout  au 
conte  de  l'Amiénois  cité  dans  les  remarques  de  notre  n*  22,  où  c'est  aussi  une 
peau  de  vache  qui  tombe  sur  les  voleurs.  A  propos  de  ce  conte  picard,  nous 
jaisions  observer  qu'il  était  assez  curieux  de  voir,  dans  notre  n'  1  j.  Riné  ei  »n 
Seigneur,  une  peau  de  vache  effrayer  également,  quoique  d'une  autre  façon,  des 
voleurs  et  devenir  aussi  l'origine  de  la  fortune  de  René,  Nous  nous  demandions 
si  cette  ressemblance  entre  les  deux  contes  était  fortuite.  Le  conte  afghan 
montre,  ce  nous  semble,  qu'elle  ne  l'est  pas. 

Le  second  conte  afghan,  qu'il  nous  reste  à  faire  connaître,  complète  le  pre- 
mier. En  voici  l'analyse  :  Dans  un  village,  il  y  avait  deux  frères,  l'un  irès- 
avisé,  nommé  Tagga-Khan  ;  l'autre,  niais.  Un  jour,  Tagga-Khan  envoie  son 
frère  conduire  une  chèvre  au  marché.  L'innocent  rencontre  successivemenl  six 
fripons  qui  se  sont  échelonnés  le  long  de  la  route  ;  chacun  d'eux  lui  dit  à  son 
tour  que  c'est  un  chien  qu'il  conduit  et  non  pas  une  chèvre  ;  sur  quoi  le  pauvre 
garçon,  ahuri,  laisse  U  sa  béte.  Tagga-Khan,  ayant  appris  le  tour  joué  à  son 
frère,  jure  de  le  faire  payer  au  centuple.  Le  lendemain,  il  se  met  en  route  pour 
le  marché,  monté  sur  un  méchant  Ane  qu'il  a  splendidement  caparaçonné.  Les 
six  fripons,  qui  sont  frères,  se  trouvent  également  sur  son  chemin,  et  loi  deman* 


CONTES  POPULAIRES  LORRAINS  ^9» 

dent  pourquoi  ils  si  magnifiquement  harnaché  son  âne.  <  Ce  n'est  pas  on  Sne,  9 
<l'ï  Tagga-Khan  ;  •  c'est  on  botukaki.  —  Qu'est-ce  qu'un  huchakif  —  C'est  un 
animal  qui  vit  ceci  ans  et  qui  fait  de  l'or^  qu'on  trouve  chaque  malin  dans  son 
fumier.  •  Tagga-Khan  s'itant  arrangé  pour  ne  pouvoir  arriver  le  soir  à  ta  ville 
est  invité  par  tes  frères  à  passer  la  nuit  chez  eux,  et,  te  lendemain  ma- 
tin, ceux-ci,  qui  l'observent  en  cachette,  te  voient  ramasser  sur  le  fumier  de 
J'âne  un  morceau  d'or  qu'il  y  avait  adroitement  déposé,  ils  se  rendent  quelques 
jours  après  chez  Tagga-Khan  et  lui  achètent  son  âne  pour  cinq  cents  roupies. 
BieotAt,  natureliement,  ils  revienoent  se  plaindre  du  marché  qu'ils  ont  fait. 
Mais  Tagga-Khan  a  prévu  la  chose  et  il  a  donné  ses  instructions  à  sa  femme. 
Celle-ci  dit  aux  frères  que  son  mari  est  sorti  et  qu'elle  va  l'envoyer  chercher 
par  son  lapin  gris.  Et  elle  liche  le  lapin  en  lui  disant  de  ramener  son  matlre. 
Une  heure  après,  Tagga-Khan,  qui  avait  emporté  un  autre  lapin  gris  tout  pareil  au 
premier,  revient  avec  l'animal  sous  te  bras  et  répond  aux  questions  des  frères  que  le 
lapin  est  venu  en  effet  l'appeler.  Les  six  frères,  émerveillés,  achètent  encore  le 
lapin  pour  cinq  cents  roupies.  Quand  ils  reviennent  pour  chercher  querelle  à 
Tagga-Khan,  celui-ci  fait  semblant  d'être  mécontent  de  sa  femme  et  de  la  tuer; 
puis,  se  radoucissant,  il  prend  un  certain  bâton,  en  touche  sa  femme»  et  elle  se 
relève  sur  ses  pieds.  Les  six  frères  achètent,  toujours  pour  cinq  cents  roupies^ 
le  bâton  magique.  Kenlrés  chez  eux,  ils  ont  une  dispute  avec  leur  mère  et  la 
tuent,  comptant  sur  le  bâton  pour  la  ressusciter  ;  mais  ta  bonne  femme  reste 
morte.  Alors  ils  s'enfuient,  l'un  d'un  c6té,  l'autre  de  l'autre,  et  on  ne  les  revoit 
plus. 

Il  est  curieux  de  constater  que  la  première  partie  de  ce  conte  afghan  *,  qui,  dans 
aucun  conte  moderne,  i  notre  connaissance,  n'est  jointe  au  thème  de  nos  n**  1 3 
et  20,  se  trouve  combinée  de  cette  façon  dans  un  conte  iulieo,  publié  au 
XVÏI"  siècle  T)ar  Straparola  et  mentionné  dans  les  remaïques  de  notre  n'  20. 
Ce  conte,  comme  le  conte  afghan,  donne  d'abord  le  tour  joué  par  les  fripons, 
et  ensuite  la  revanche  prise  sur  eux.  Dans  la  seconde  partie  du  conte  italien, 
figurent  les  deux  épisodes  de  l'animal  qu'on  envoie  faire  des  commissions,  et  de 
la  femme  tuée  et  re&suscitée.  La  fin  correspond  i  celle  du  premier  coate 
afghan. 

Enfin,  dans  le  compte-rendu  très-bienveillant  que  M.  R.  Kœbler  a  fait  de  la 
quatrième  partie  de  notre  collection  {Zeitschn/t  fur  romamscht  Philologie,  I.  Il, 
p.  })0|,  nous  apprenons  qu'un  conte  de  ce  genre  a  été  recueilli  à  Madagascar 
et  publié  par  M.  W.-H.-l.  Bleck  dans  le  Capt  Montklj  Magazine  (déc.  1871, 
p.  3î4).  Il  s'agit  dans  ce  conte  malgache  des  exploits  de  deux  fripons,  Ikoto- 
fetsy  et  Mahaka.  Ikotofeisy  est  pris  au  moment  ob  il  commet  un  vol  dans  un 
village.  On  le  coud  dans  une  natle  pour  le  jeter  à  l'eau.  Pendant  qu'il  est 
laissé  sans  gardien,  vient  i  passer  une  femme.  Il  fait  si  bien  qu'il  la  déctde  i  le 
délivrer;  puis  il  la  met  à  sa  place  et  s  enfuit.  La  femme  est  jetée  à  l'eau,  et 
quelques  lours  après,  Ikotofetsy  reparaît  dans  le  village,  portant  une  quantité 


I.  Voir  les  observations  de  M.  Th.  Benfey  sur  ce  passage  qui,  dans  le  Pan- 
uhjiantra  indien  et  ailleurs,  forme  un  conte  a  lut  seul  [Panischatantrj^  1,  p.  jj), 
II,  p-  ajSj. 


fc)3  E.  cosqyw 

de  bijoux  qu'il  a  volés,  et  it  dit  aux  gens  qu'il  les  a  trouvés  au  fond  de  l'ai. 

Alors  tes  villageois  lui  demandent  tous  de  les  jeter  à  l'eau,  ce  qu'il  s'empresse  de 

faire. 


Nous  avons  également  découvert,  depuis  la  publication  de  nos  n"*  2;  et  24 
{Le  Pointrd'or  etla  Lûidc  el  la  Belle},  un  conte  indien  qu'il  convient  de  rapprocher 
de  ces  deux  récits.  Ce  conte  offre  une  grande  ressemblance  avec  la  ibrroc  serbe  du 
thème  de  Cauirillon,  forme  trés-voisine  elle-même  de  nos  deux  contes  lorrains  et 
dont  nous  avons  parlé  à  leur  occasion.  Malheureusement,  la  Calcutta  Rtvicw,  Ji 
laquelle  nous  devons  cette  communication,  ne  nous  donne  qu'une  analyse  fort 
incomplète  du  conte  indien,  publié  originairement  dans  la  Bombay  GdzetU.Voiâ 
ce  qu'elle  nous  en  fait  connaître  (I.  Ll,  [rHyo],  p.  121)  : 

Comme  dans  le  conte  serbe,  c'est  une  vache  (ou,  dans  une  autre  version, 
évidemment  à  cause  du  préjugé  religieux  des  Hindous,  un  poisson),  qui  vient  au 
secours  de  la  jeune  fille  persécutée  par  sa  marâtre.  1  Quand  la  marâtre  apprit 
que  la  vache  nourrissait  de  son  lait  la  jeune  faille,  elle  résolut  de  la  faire  tuer.  La 
vache,  l'ayant  appris,  dit  à  ta  jeune  fille  :  <  Ma  pauvre  enfant,  voici  la  dernière 

■  fois  que  vous  boirez  de  mon  lait;  votre  marâtre  va  me  faire  tuer.  Ne  pleurez 
f  pas  et  ne  vous  affligez  pas  à  cause  de  moi;  il  n'y  a  pas  moyen  d'empêcher 

■  ma  mort.  Je  ne  vous  demande  qu'une  chose,  et,  si  vous  m'écoutcz,  vous  o'an-  , 

•  rez  pas  â  vous  en  repentir.  >  A  ces  paroles,  la  jeune  fille  se  mil  à  pteurtf 
amèrement,  et  tout  d'abord  le  chagrin  l'empêcha  de  répondre;  elle  pria  enlÏB  la 
vache  de  lui  dire  ce  qu'elle  avait  i  lui  demander,    f  Le  voici  a,  dit  la  vache  : 

•  quand  on  me  tuera,  ramassez  avec  soin  mes  os,  mes  cornes,  ma  peau  et  tout 
t  ce  qu'on  jettera  de  calé,  et  enterrez-le;  mais,  sur  toutes  choses,  ne  nuo^ 

■  pas  de  ma  chair.  »  Le  lendemain,  on  tua  la  vache,  et  la  jeune  fille  ramasa 
soigneusement  les  os,  les  cornes,  la  peau  et  ce  qui  restait,  et  enterra  le  tout.  * 

La  Cakutta  Rtvifw  nous  apprend  que  le  conte  indien  renferme  l'épisode  du 
fils  de  roi  qui  veut  faire  choix  d'une  femme  :  la  jeune  fille  est  laissée  à  la  roaison 
pour  préparer  le  souper,  tandis  que  la  fille  de  sa  marâtre  se  reod  au  pilaii; 
puis  la  vache  revient  à  la  vie  et  donne  à  sa  protégée  de  beaux  habits  et  des 
sandales  d'or;  poursuivie  par  le  prince,  la  jeune  fille  laisse  sur  la  route  une  de 
ces  sandales;  quand  le  prince  arrive  pour  chercher  la  jeune  fille,  celle-d  est 
cachée  dans  le  grenier,  et  un  coq  trahit  sa  présence  (voyez  les  remarques  de 
notre  n'  24).  Le  prince  se  la  fait  amener  et  l'épouse.  Le  conte  se  termine  ptr 
le  châtiment  de  la  marâtre  et  de  sa  fille. 


{A  suivre.) 


Emmanuel  Cosquin. 


MÉLANGES. 


MIEN  =  MEUM. 

On  doit  s'étonner  que  personne  que  je  sache  n'ait  réfuté  l'idée  émise 
par  Diez,  Cramm.  II,  p.  109»  sur  l'origine  de  mien,  qui  serait  '  meanum. 
Si  cette  hypothèse  était  fondée,  on  ne  pourrait  rencontrer  tuen  et 
siun  dans  les  plus  anciens  textes,  mais  on  devrait  y  trouver  tuain  et 
saaln.  It  est  de  plus  tout  à  fait  impossible  de  regarder  fuf/i  et  ïuf/t comme 
des  créations  de  l'analogie,  comme  le  sont  en  effet  Ucn  et  sien  :  tuen  et  saen 
rendent  son  pour  son  tuum  et  sauntf  IV  répondant  à  u  comme  à  la  troi- 
sième personne  du  pluriel  de  l'indicaiif  présent  des  verbes  de  la  seconde 
et  de  la  quatrième  et  à  la  même  personne  du  parfait  de  toutes  les  conju- 
gaisons. Mien,  dans  les  Serments  meon,  ne  peut  être  que  meum^  dont  la 
forme  théorique  serait  *mieen*.  Cette  explication  est  mise  hors  de  doute, 
si  un  doute  était  possible,  par  les  mêmes  possessifs  du  Jorat  (Vaud), 
myon,  t)on  et  ton  dont  la  base  ne  peut  avoir  eu  un  a. 

J.  Cornu. 

II. 

COUTUME,  ENCLUME, 

M.  J.  Cornu  {Romania,  VH,  1878,  p.  ^6$)  explique  le  passage  de 
-tidinem  i  -ume^  dans  les  mots  comme  consuetudinem  coutume^  par  les 
intermédiaires  -unine  et  -umine.  Le  d  serait  devenu  n  par  assimilation, 
\'n  m  par  dissimilation.  U  y  a  là  quelque  chose  de  contradictoire. 


I.  fA  mon  avis,  mton  dans  les  SermeAts  équivaut  à  muon;  Vo  provient  de  l'a 
latin  de  mtum  prononcé  en  une  seule  syllabe,  l^a  forme  mteon^  suivant  qu'elle 
avait  ou  n'avait  paii  l'accent,  s'est  plus  tard  différenciée  en  mttn  d'une  part  et 
mon  de  Tautrc.  —  G.  P.] 

Romenia,  Vil  ^S 


'594         ■  MÉLANGES 

Je  crois  que  les  vrais  inierraédiaires  sont  -uhine,  -ubne,  -umnt.  La 
dissimilation  [h  pour  â  à  cause  de  Vn)  a  lieu  quand  la  consonne  influencée 
ei  la  consonne  qui  influence  commencent  deux  syllabes  consécutives. 
L'assimilation  (m  pour  b  à  cause  de  Vn)  a  lieu  quand  les  deux  consonnes 
sont  en  contact.  Il  n'y  a  plus  contradiction. 

Ainsi  le  groupe  bn  aboutit  à  m/i^  d'où  m.  Il  en  est  de  même  du  groupe 
pn  dans  carpinum  charme, 

L'/  de  enclume  s'explique  par  la  série  suivante  :  incudinem,  'e/tcumiu^ 
'encnume^  enclume.  Cette  /  rappelle  IV  de  ordre,  diacre,  pampre  etc. 

L.  Havet. 

ru. 

ANT,  EN  LANGUE  D'OC. 

Je  connais  trois  exemples  de  ce  mot  qui  manque  à  Raynouard. 

1.  Coutume  de  Pujols  en  Agenais,  arrondissement  et  canton  de  ViUe- 
neuve-sur-Lot,  1 309  : 

Art.  19,  —  Iteu],  es  coustuma  a  Pujolz  que  li  senhor  ni  lors  bailbes  ni  lors 
offici^ris  no  d(vo  penhorar  home  ni  fenna,  draps  de  son  legs  ni  de  son  corps, 
si  no  era  en  percha  ou  en  plega,  ni  sos  antz  ni  sos  ferramens  ab  que  ganhi 
son  pa... 

{Archna  àe  la  Gironde,  XVIÏ,  61.) 

2.  Coutume  de  Gontaud  (Lot-et-Garonne)  : 

Art.  127.  —  E  donel  atressi  en  franquessa  que  draps  de  leyl  ni  derpalha 
d'orne  ni  de  fempna,  ni  menuda  baysseta  en  que  hom  adobia  a  mingar,  ne  li 
ara  ni  ferramenl  am  quel  menestrayrat  guazanhara  sa  bila,  ni  fer  ni  ordilha  de 
molin,  ni  cstrumenta  d'arec  no  sia  pcnhorat  pcr  guatgc  ni  pcr  autres  afars. 

Obid.Vn,  losO 

3 .  Chanson  de  la  Croisade  albigeoise  : 

E  lo  pobles  aporta  pics,  palas  e  espleitz^ 
E  no  i  renias  nulh  antz  ni  cutihs  ni  martdetz 
817s  Ni  semai  ni  caudeira  ni  cuba  ni  paletz. 

À  la  vérité,  il  y  a  autz  dans  le  ms.  où^  en  général,  les  u  et  les  n  sont 
formés  d'une  manière  assez  distincte.  Aussi  ai-je  en  187^,  de  même  que 
Fauriel,  imprimé  autz,  ne  connaissant  pas  encore  les  deux  autres 
exemples.  Le  copiste,  à  qui  antz  était  vraisemblablement  inconnu,  aura 
mal  lu  son  original. 

Que  signifie  ce  mot?  Fauriel,  au  glossaire  de  son  édition  de  la  chan- 
son, le  traduit  par  «  levier  »,  j'ignore  d'après  quelle  autorité.  Je  croirais 
plutôt  que /«rrwmenj,  dans  les  exemples  1  et  2.  désignant  les  outils  en 
fer,  antz  doit  désigner  les  outils  en  bois,  peut-être  les  manches  en  bois 
des  pelles,  picSj  bêches,  etc. 


ÊTYMOLOCISS   ESPAGNOLES  595 

Cette  interprétation  ne  deviendrait  certaine  que  si  on  trouvait  te  même 
mot  dans  quelque  patois  ou  dans  des  exemples  plus  décisifs  que  les 
trois  rapportés  ci-dessus.  Quoi  qu'il  en  soit,  elle  n'est  pas  en  désaccord 
avec  l'éiymologie  que  je  vais  proposer.  Cette  étymologie^  c'est  le  latin 
amesj  amitis^  qui  a  le  sens  général  de  n  perche  n^  et  qui,  selon  Ménage 
ei  Diez,  se  serait  conservé  dans  le  français /ja/iiïr  ou  hanu;  mais,  comme 
M.  Littré  l'a  fait  remarquer  is.  v°  hampe),  la  plus  ancienne  forme  est 
hansUf  qui  ne  se  peut  expliquer  par  amitemj  et,  selon  lui,  conduirait 
à  hasta  '.  Le  prov.  ant  serait  donc  à  rapprocher  de  Tesp.  andas,  bran- 
cards, plus  anciennement  andes,  que  0'icz{Etym.  tVd'rf.,  II J;)  a  également 
rattaché  au  plur.  amiUs. 

P.  M. 


IV. 


ETYMOLOGIES   ESPAGNOLES. 

burdo-  a  =  brutum-  am. 
Diez  £.  W,  II  b,  burdo  -d,  qui  d'après  le  dictionnaire  de  l'Aca- 
démie espagnole  signifie  tosco^  basto,  grossero,  como  lana  barda,  pano 
burdo,  proviendrait  d'un  mot  arabe  bord.  Ne  serait-ce  pas  plutôt  l'in- 
verse ?  Burdo  -a  n'est  autre  chose  pour  moi  que  le  latin  brutum-  am 
avec  une  métathèse  de  Vr  tellement  fréquente  que  ce  serait  perdre  son 
temps  que  d'en  fournir  des  exemples.  Ce  doublet  de  bruto  n'a  pas  été 
signalé  par  madame  Carolina  Michaëlîs  de  Vasconcellos  dans  ses  études 
si  soignées  sur  la  création  de  mois  nouveaux. 

Port,  descer,  esp.  dizer  et  decir  =  decidere. 

Diez  E.W.  Ub  assigne  au  port,  descer  et  à  l'espagnol  decir,  fréquent 
dans  les  anciens  textes,  la  base  latine  LESioëRE.  Cette  étymologie,  pho- 
nétiquement impossible,  n'est  guère  recommandable  quant  au  sens.  Je 
m'étonne  qu'il  ne  se  soit  pas  arrêté  à  decidere  dont  l'emploi  est  le  même, 
comme  l'ont  reconnu  les  auteurs  des  glossaires  qui  servent  d'appendice 
aux  Poetas  castelknos  anterwres  al  si^to  XV  {Biblioteca  de  autores  cspa- 
noies]. 

A  ma  connaissance  la  forme  dizer,  qui  se  rapproche  davantage  du 
verbe  portugais,  n'a  pas  été  signalée  jusqu'à  ce  jour.  On  la  rencontre 
dans  un  passage  de  la  Vision  de  Fitiberto  que  l'éditeur,  M.  Ociavio  de 
Toledo,  ne  parait  pas  avoir  compris,  passage  qui  est  à  la  page  54, 1.  ^7, 
de  la  Zeitschrift  fur  romanische  Piùloiogie^  1S78,  où  il  faut  lire  quando 


I.  On  .1  vu  dans  notre  précédent  numéro  (p.  ^67)  que  M.  Fcerstrr  a  proposa 
pour  hansit  la  même  élymologie,  ignorant  qu  elle  se  Trouvit  déji  dans  Lilirc. 


59^  MÉLANGES 

veyas  ijue  yo  queria  faser  algo  que  non  conpita  dévieras  me  dizer  m*£nt  (au 
lieu  de  dizermente)  e  castigar  con  fanbre  e  con  sed  et  con  açotts, 

J .  Cornu. 


V, 

LE  DIT  DE  JEAN  LE  RIGOLÉ. 

Le  Dit  que  nous  publions  et  qui,  croyons-nous,  a'a  pas  été  signalé  eacore,  se 
trouve  au  folio  i  ^o  fr  du  ms.  (r.  iS^AS  i^^^-  N.-D.  274  bis)  de  U  Bibliothèque 
nationale  de  Paris.  Le  trouvère  qui  l'a  composé^  Jean  le  Rigolé,  ne  nous  est 
connu  par  aucune  autre  production  portant  son  nom,  et  malheureusement  cette 
pièce  ne  nous  donne  sur  lui  aucune  information;  tout  ce  que  nous  pouvons  en 
conclure  c'est  que,  comme  les  autres  poètes  ses  confrères,  il  vivait  des  largesses 
d'un  grand  seigneur,  et  son  Dit^  ob  il  blAme  l'ingratitadc  et  l'ambition,  n'avait 
peut-être  d'autre  but  que  de  rappeler  à  son  protecteur  que  lui,  Jean  le  Rigolé, 
n'était  pas  de  ceux  qui  s'csmuatnî  vers  lor  signors  por  tus  travillur. 

Gaston  Raynaud. 


Oez  dit  de  petit  volume  : 
Je  di  qu'il  est  fous  qui  alume 
Le  feu  pour  ardoir  ce  qu'il  a, 
Et  dlz  est  fous,  qui  de  la  reunie 
Se  puet  garir  et  d'apotume, 
6  Qui  tantost  ne  s'en  garira  ; 
Mais  folie  ne  mourra  ja  : 
Par  cest  siècle  va  ça  et  la. 
Cist  mondes  ne  vaut  une  plume, 
Chascuns  couvoite  ce  qu'il  n'a  ; 
Mais  on  recorde  de  pièce  a  : 
1 2  Teus  cuide  haut  monter  qui  tume. 

Cilz  alume  le  feu  por  voir 
Por  lui  brûler,  por  lui  ardoir, 
Qui  a  sa  chevance  establie, 
Son  biau  vivre,  son  biau  manoir, 
Selonc  le  cours  son  estouvoir, 
1 8  Senz  dongier  trestote  sa  vie, 
Viandes  et  bons  vins  sor  lie, 
Et  il  fait  tant  que  par  envie. 
Pour  ce  qu'il  a  un  pou  d'avoir, 


(fol.  150^ 


Ms.  2  \\z  —  s  Ce  —  la  Vers  cité  par  U  Roux  de  Lincy,  Livre  des  proverbes, 
■  éd. ,  II,  41 1  —  I }  L'tniitalc  de  chaque  strophe  manque 


d: 


LE   DIT   DE  JEAN    LE   RIGOLÉ  597 

S'esmuet  a  ce  qu'il  ne  doit  mie, 
Et  prant  contre  celui  atie 
24  Qui  Ta  mis  en  si  grant  pouoir. 

Qui  a  biau  boire  et  biau  mengier^  (c) 

Riche  hostel  por  lui  herbergier, 

Rente  noblement  a  tous  jors, 

Son  bel  palefroi  riche  et  chier, 

Roucin  por  vallet  chevauchier 
jo  Devant  lui  le  pas  ou  le  cors, 

Son  prevost,  eschevins,  maiors, 

Ilcil  qui  ont  teles  honnors 

Et  ont  lor  hommes  por  taillier, 

Ne  se  doivent  vers  lor  signors, 

De  cui  lor  vient  toz  lor  secors, 
36  Esmovoir  por  eus  travillier. 

.e  teuz  connois,  jou  di  a  plain, 
'Que  lor  hostel  avoient  plain 

De  vins»  d'argent  et  de  fromens; 

Foy  que  je  doye  saint  Germain, 

Que  s'il  y  venoient  demain, 
42  H  n'i  venroient  pas  a  tens 

Par  lor  orguel,  par  lor  contens 

Qu'il  ont  ja  maintenu  lonc  tens, 

Et  si  croi  que  ce  soit  en  vain; 

Dont  je  di,  quant  je  me  porpens, 

Qu'il  ont  mené  sî  grans  despens 
48  Qu'il  ont  fait  de  lor  or  estain. 

Qui  voit  ses  vignes  et  ses  prez 
Au  matin  quant  il  est  levez, 

Et  son  hostel  riche  et  garni. 

Et  est  sires  partout  dammez, 

Et  il  devient  si  forcenez 
$4  Que  son  signor  et  son  ammi 

Rappelle  con  son  annemi, 

En  la  6n  en  doit  dire  hemi! 

Et  si  doit  estre  fous  nommez  ; 

Ne  on  ne  doit  avoir  de  li 

Pitié,  devant  chascun  le  di  : 
60  Se  je  di  mal,  si  m'en  blasmez. 

34  ce  —  36  p.  lui  —  41  cil  —  4i  Et  se  c.  q.  se  —  48  tQ]uiI 


^^8  MÉLANGES 

J'ai  oy  pieça  recorder  (d) 

Qu'il  se  vaudroit  mieus  reposer 

Que  luitier  a  plus  fort  de  lui, 

Car  on  n'i  puet  riens  conquester, 

Si  vaudroit  mieus  laissier  ester  ; 
66  Je  ne  veil  cy  nommer  nelui  ; 

Li  uns  est  plus  fors  que  li  dui, 

Ç'avient  souvant,  certains  en  sui  : 

Si  se  feroit  bon  racorder 

Et  faire  pais  envers  celui 

Avant  que  cheissent  endui 
7a  A  terre,  sen  plus  relever. 


AI 
i 


mon  prologue  revenrai  : 
i'L'apotume,  que  bien  le  sai, 
E^et  tant  cover  que  tue  l'omme  : 
A  orgueil  le  raporterai 
Qui  au  cuer  se  joint  par  essai, 

78  Et  destruit  chasc'  an  maint  prodomme. 
Se  ja  mon  signor  abandonne, 
Qui  richesse  et  honnor  me  donne, 
Et  li  fais  dou  pis  que  porrai, 
Foy  que  doy  saint  Pierre  de  Romme, 
Je  n'i  doi  gaingnier^ne  pomme, 

84  Mais  perdre  honnor  et  quant  que  j'ai. 

Se  j'avoie  planté  monnoie, 
Si  m'aist  Deus,  santé  et  joie^ 
Et  ma  rante,  si  con  on  dit, 
Celui  de  cui  je  la  tenroie 
Je  serviroie  et  garderoie 

90  De  bon  cuer  et  sens  contredit  : 
Si  me  venroit  plus  a  porfit 
Que  faire  a  mon  signor  despit, 
Que  la  force  n'en  est  pas  moie  ; 
Cilz  est  trop  fous  qui  s'aastit 
A  son  signor,  se  Deus  m'aist  : 

96  Se  li  meschiet  ce  est  granz  joie. 


61-4  Idée  originairement  empruntée  à  Sénlqtu;  voy.  Remania,  IV,  ijj  — 
68  Sauient  —  77  ce.  —  79  s.  mabandonne  —  89  Je  mamiue  —  94  qui  se.  Cf. 
Le  Roux  ie  Uncy,  Livre  des  proverbes,  2"  éd.,  Il,  99  —  96  Si  1.  m.  se 


d: 


LE   DIT    DE   JEAN    LE    RIGOLÉ  599 

>e  teus  a  on  veu  souvam  (fol,  i  $  i) 

Qui  vers  lor  signors  malement 

Mesfont  :  por  coi?  qu'il  sont  trop  gras. 

Grans  moes  font  premièrement 

Et  despendent  si  largement 
1 02  Et  donnent  a  lor  advocas, 

Et  puis  sont  si  vais  et  si  chas 

Qu'i  lor  convient  crier  helas! 

Pour  coi?  car  il  vont  a  nient. 

Por  c'est  fous  qui  se  met  au  bas 

De  ce  qu'i  puet  estre  a  solas 
1 08  En  son  hostel  privéement. 

Entre  vos  qui  honnor  avez 
Et  chevance,  bien  vous  gardez 

De  mespenre  vers  vo  sîgnor, 

Ainsi  toujours  vos  meintenrez 

Et  de  haut  en  haut  monterez, 
I  (4  Et  si  croitrez  en  grant  valour  : 

Mais  cilz  doit  avoir  deshonnour, 

Sens  avoir  los,  pris  ne  honnour, 

Qui  a  son  signour  s'est  mêliez, 

N'il  n'en  doit  avoir  le  mîUour  : 

L'example  en  voit  on  chascun  jor. 
120  Ce  dit  Jehans  li  Rigolez. 


VI. 

n,  SIGNE  D'INTERROGATION. 

La  particule  interrogative  ti,  dont  M.  G.  Paris  a  expliqué  l'origine 
(^Roman.  1877,  p.  4^8),  est  devenue  en  certains  cas,  dans  le  lan- 
gage populaire,  complètement  indépendante  de  tout  verbe  et  de  toute 
.     locution  comme  voilà.  Je  n'en  ai  il  est  vrai  qu'un  exemple,  mais  il  me 
I      semble  caractéristique.  On  lit  dans  le  Journal  de  Gaignol,  v^  année 
(Lyon,  186$),  n<»  2,  p.  2,  i"  col.:  «  Noos  sommes  ttaccord,  t'y  pas, 
z^enfanis?  » 
I         En  parcourant  mes  notes  je  trouve  trois  exemples  de  la  forme  inter- 
rogative voulep'Vous  fy. 

E.  Rolland. 


CORRECTIONS. 


LA  VIE  SAINT  JEHAN  BOUCHE  D'OR. 


M.  A.  Lûtlge,  ancien  élève  de  )*Ëcole  des  hautes  études,  a  bien 
voulu  nous  envoyer  la  copie  d'un  second  manuscrit  de  cet  intéressant 
petit  poème,  manuscrit  qui  se  trouve,  comme  le  premier»  à  la  biblio- 
thèque de  l'Arsenal,  mais  qui  avait  échappé  aux  recherches  de  M.Weber. 
Nous  croyons  devoir  communiquer  les  variantes  de  ce  ms.  (B),  en  nous 
reportant  au  texte  de  A  {Rom. y  VI,  jjoss.).  Le  poème  en  question 
commence  au  f**  216  r°  a  du  ms.  de  l'Arsenal  coté  BdUs  Lettres  fran- 
çaises 289.  Il  y  est  précédé  de  cette  rubrique  :  Chi  après  coumtnche 
la  vie  saint  Jehan  bouche  (for.  M.  Lùttge  estime  avec  raison  que  le  ms. 
A  offre  un  texte  supérieur  à  celui  de  B  ;  les  variantes  de  B  n'en  sont 
pas  moins  préférables  en  plus  d'un  endroit,  et  elles  permettent  souvent 
de  restituer  le  texte  là  oh  l'éditeur  avait  dû- le  corriger  ;  le  tns.  B  con- 
tient en  outre  en  plus  que  A  une  cinquantaine  de  vers,  qui  pour  la 
plupart  sont  certainement  authentiques.  —  Nous  ne  tenons  pas  compte 
des  variantes  de  simple  forme  '. 


2  fournis 
Aprh     2  Des  estours  morteux  et  des 
guerres 
Et  des  destructions  des  terres 
4  A  dire  de  dieu  vente 
i  Ile. 

7  f.  quest  t. 

8  conrors 

9  Et  acheatâbles  auoec  lame 
10  Plaisans  a  dieu  et 


1 3  Bons  us  por  toutes 

14  El  bon  e. 
I  (  Et  ea  doit  on  tenir  plu&  cb. 

17  vitas 

18  o.  escouter  le 
(9  et  20  intervertis 
i9Car[nolt  est  li  m.  h;ius 

20  Che   dist  au  coumcnchier 

renaus 

21  Que  il  fu  jadis  .i.  haus 


I.  D;ins  une  lettre  en  date  du  j  octobre  rS/S,  M.  Suchier  nous  annonçait 
qu'il  avait  également  copié  les  variantes  du  ms.  B  et  il  voulait  bien  les  mettre 
à  notre  disposition  ;  mais  il  avait  été  devancé  par  M.  Llittge. 


^^^^^^^^^^         LA  VIE  SaWT  JEHAN 

BOUCHE  d'or                             601                  ^H 

^^^P             22  Qui  namoil  gu.  oc  tournois 

^^^1 

^H      33 

7(  Deable  en  ot  molt  gr.                ^^^^H 

^^^1               37  De  .V.  hesans 

^^^^H 

^H              a8II 

77              se                                 ^^^^H 

^^^H             29  Que  3  In  peust  doubles 

78  Lengingna                                ^^^^H 

^^^1             31  S.  ce  que     a  d.iuoir 

81  Que                                         ^^^H 

^^^H              33  Que  droit  conte  felstsauoir' 

bon                                          ^^^H 

^^^H              ]3        ou        ou 

deables  a                             ^^^H 

^^^V              3J  par 

92  Ltin  aluinc  lautre  estincele             ^^H 

^^^H               )G  c.  par  mesure 

93-96  Lidamotsiaustant  liencaote         ^^^^H 

^^^1              }7  QB'*^^  c^  v^i'^  ' 

De  sa  folie      lencante               ^^^^H 

^^H              38  Saos 

Tant    sathanas  portscha           ^^^^H 

^^^1             39      Ico 

Quil  jut  3     si  lengroîssa           ^^^^H 

^^^1             40  Et  qui  ne  le  veut  deseroîr 

Le  Iruit  que  li  asemenclia         ^^^^H 

^^^H             41  mar 

Dontlecuerdurmentmari  a              ^^M 

^^^H             42  corn 

97  Ne  pot  couurir  car  gr.                     ^^M 

^^^1             44  le 

99  b.  set  que  ele  tert  enchiute         ^^^^H 

^^^H             46  Del  raconter 

100  aperchute                                 ^^^^^| 

^H              47  On 

loz  Kcleoessement  li                      ^^^^H 

^^H             48  Tant  par  cr. 

107  L.  e^teres  m.  a  jehine             ^^^^H 

^^^1             49 

10  cautrui  en                                ^^^^^| 

^^^H               51  A  tous  biens  faire  iert  s. 

1 1 3  Metes  le  sour  le  capclain           ^^^^H 

^^^H              {2  Lame  estoit  dame* 

1 1 3  D.  que  TOUS  estes                   ^^^^H 

^^^H               SS  ^  i^^^'i 

1 14                                              ^^^1 

^^H              57 

1 1  {  A  .ii.  oues  ne  vous  en  puet        ^^^^| 

^^^V              60  a.  dedeos  le  cuer 

1 16  Se  II  rois  fait                            ^^^^Ê 

^         Aprh    60  Lebienpiantemoltnetement 

m.  est  bien                               ^^^^^| 

^^^^                     Ou  dex  le  veoit  clcrcment' 

124                                  ^^^^H 

^^^b             61  Bien  viuoit  seloncleaangilc 

le                                             ^^^^H 

^^^^              62  Sans  ypocrisie  cl  sans  gile 

129                                                 ^^^^1 

^M         Aprh    62  Bel  sauoit  bestorner  le  cose 

130  La  roinesotquertenchainte              ^^H 

^^^K              Fors  iert  ortie  et  dcdcns  rose 

1  ;  1  El                                         ^^^^1 

^^^H              64  Mais  le  cuer 

132       la  conte  a  droiture              ^^^^H 

^^^H             67  P.  le  saintee  quil 

134  le                                             ^^^^H 

^^^H              68  venoit 

1             nos                                     ^^^^1 

^^m           II 

138  sougnentage                            ^^^^| 

^^^1        70 

141                                                  ^^^^H 

^^^1              72  engiens 

142  Gdiis  verte  pas  ne  le  oie         ^^^^H 

^M               1.  M.  Lûnge  pense  que  .y.,  faute  commune  1 

A  B,  doit  ^re  corrige  oon  en  JTw,  mats               ^^H 

^M           en  taiaj   Dts  sains  b..;  il  rapproche  une  fiuie  analogue  conimise  par  B  au  v.   \%t.               ^^H 
^K           Toutcfbii  'accord  dea  Jeux  mis.  rend  toute  corrcaion  oouteme.                                                    ^^H 

^^^H         3.  La  le^oQ  de  A  pour  )t-|3  diffère  Knsiblemcnt  de  celle  de  B;  quelle  que  soit  la               ^^H 

^^^1    fbnae  i  restituer,  il  faudra  lans  doute  garder  Qur  (a  Kt\  et  ne  pas  corriger  K"a  avec               ^^| 

^^^V    M.  Tobler  [Ztiuchri/t  u,  18S}. 

^^^1 

^m              ).  Confirme  U  lecture  de  M.  Tobler,  (O  lenra 

au  lieu  de  tonnra.                                            ^^H 

^M                4.  Au  T.  j}t  A  et  B  ont  également  ut  pour  t 
■          cable. 

^B               f.  M.  Tobler  corrige  très  ingénieuiement  au 
^H           plus  piobable  que  la  tecoo  de  B  est  auez  rappr 

•rt,  faute  certaine  maii  Cactlement  expti-                ^^H 

V.  60  dtdant  en  Ùi  dant;  maii  U   cA               ^^H 

ochie  de  l'originaL                                               ^^H 

^H               6.  Au  ?.  Il]  B  a  cootme  a  tjatli  pour  quel  1 

_^H 

^^^^^^ 

^^^^^1 

^^^^^    602                                               CORRECTIONS                                                   ^^^| 

^^^^^^              14)  nomme  lomc 

3;o  C  porTaaaoirsuisiai)che.^^^H 

^^^^^K             144  M.  ert 

2j  i  Car  it  el  vrai                  ^^^^| 

^^^^^H 

3}  3                                        ^^^^^ 

^^^^^H             I  ^  1  Qui  le  lenre  face  li  moulle* 

3  j  j  Ains  est  tous  jors  pr.  a  d.        ^^M 

^^^^^HF              1)2  Et  deuant  ses  pie$ 

2)4  r.  la  commande                      ^^Ê 

^^^^^B              1  j  j  Si  la  baisie  molt  doucement 

2)5  Por  destrmre  et  por              ^^Ê 

^^^^^^h 

236  Ne  li                               ^^^^M 

^^^^^H             1  j6  V.          il  me  convient 

257  isnel  le  pas                      ^^^^^ 

^^^^^H                         trop 

2)9  Laidement  el  vilainement        ^^M 

^^^^^H            161  Hora        lert 

Et  si  sen  vient  molt  liement      ^H 

^^^^^H             162  II  ma  tolu 

Sans  maltalcntctsans  arvale     ^H 

^^^^^^             164  Et  a  deerrains  me  pria 

240  en  la  sale                               ^H 

^^M             167 

241  Se,                                        ^^Ê 

^^H           Aprls  170  He  dex  qui  kerra  jamais 

24)  Dans  pr.  m.  foTs  L          ^^^^Ê 

^^^^                              home 

24s  Qu.  il  entendi                 ^^^^| 

^^^^^K                    Ne  cuidicmes  de  si  a  roume 

246  II                      ^^H 

^^^^^H              171  Un  s.      h.  corn 

247                         ^^^^1 

^^^^^H             174  a 

^^^^1 

^^^^^H            17s 

2J0                                                        ^^^^H 

^^^^^H                   na  votu 

3J2  Jou  d.  au  souuerain              ^^M 

^^^V             180      te 

2}3  r.  dont  tu  tes  pi.            ^^^^Ê 

^^^^^ï               181  Li  capetarna  qui  ne 

1^6  Dusca  tant  que  tu          ^^^^^ 

^^^^r                    184  LI  a  pourcachie 

257                                        ^^^^^ 

^^^L^^     AprU  184  Li  rois  a  venir  le  commande 

2J9  ri  2<Jo  inUmrtis              ^^^^H 

^^^^^^L                     II  vint  3  iui  lues  qucle  mande 

261  Apres  te  trouèrent  le        ^^^B 

^^^^^^B              190  Por  cas  tu 

262  Bêlement                          ^^^H 

^^^^^H             191  meruellouse 

264  s.  molt  très  bien             ^^^^f 

^^^^^H             J92  pestclouse 

266  a  piain                            ^^^^H 

^^^^^K             193      con  soruoit 

267  Dusquen  liste  que  il  veut     ^H 

^^^^B             194 

querre                                 ^H 

^^^^^H             196  Bon 

269  P.  se  resont  a.  e.                  ^^Ê 

^^^^^H             200 

274  en                                   ^^^^1 

^^^^^H             202  a 

277  f.  hors  boutes  m.           ^^^^| 

^^^^^H             20 1  De  cested.  a.  droit 

279  menias  tu                              ^^| 

^^^^^^H                         quex 

280  Compère  lont  trestout      ^^^H 

^^^^^H            207  11  estoit        en 

23i  Qui                                ^^^H 

^^^^^H            208  e. 

284  p.  fu  en                        ^^^^H 

^^^^^H              309  Tr.      en 

285  En  ténèbre  et  e.              ^^^^H 

^^^^^^1              212  Qu.  repris  iert  a.  serians 

El  en                              ^^^H 

^^^^^^H              216  gr.  tourment  iluec  moroient 

287           lame                       ^^^^| 

^^^^^H             317  En  cest          en  cest 

289  Dolereus  de  t.                ^^^^| 

^^^^^H              21S  Fera             mener 

290                                       ^^^^H 

^^^^^H              219              de 

292  a          un                       ^^^^H 

^^^^^H              33}  de  bonc 

29)                           ^^^H 

^^^^H                    23( 

294  e.  enuoies  vies  salus             ^H 

^^^^^^              22S  Ne  redoute 

297  lé  martijuc                               ^H 

^^^H                  1.  Faute  diiférenle  de  celle  de  A  el  qui  ne  tend 

pas  la  correction  moins  vraisemblable.     ^H 

^^^H                 2.  A  et  B  ont  en  commun  la  mauvaise  graphie 

terra  au  v.  19;.                                     ^^M 

^^^^^^^^^^           LA  VIE  SAINT  JEHAN   BOUCHE                                        6o)           ^^^| 

^^V           298  Qui  molt  fort 

373  Si  dormi  un  peu                        ^^^^H 

■                   300  C.  connut  e. 

374  Piecha                                       ^^^^H 

H         AprU  )Oo  Cuns  roii  est  venus  a  nas- 

378  Prime  tierche  none  miedi          ^^^^H 

1                              sence 

381                                                  ^^^1 

^^H                   Qui  scur  tous  rois  ara  pois- 

383  apreste                                   ^^^^H 

^^H 

pas                                        ^^^^1 

^^H-           J03  Par 

388  Souuenl  pense                           ^^^H 

^^H            304  Diuerse 

ÂprU  }88  Or  veutli  salmistresvellier              ^H 

^^H           306  Et  V.  les  pr. 

Et  labourer  et  trauellier                    ^H 

^^H           J09  remplis 

Faire  veut  soo  commende-     ,    ^^^^M 

^^H           j  1 1  Et  li  respont  que  bien  s. 

^^^^M 

^^^1            j  1 2  Que  sans  respit  fait  1. 

Il  apreste  molt  bêlement            ^^^^| 

^^^1            j  1 3  presist  se  ùce 

389  p.  se  p.                                   ^^H 

^^^H            314  Verroit  le  fil  dieu  e. 

390  Puis  entre  en  le  haut  estage         ^^^H 

^^^H            }i(  vit  ains  le  âncment 

391                                                 ^^H 

^^F            316  c.      le 

392  U  commencbe  une  sainte           ^^^^H 

^^L            )  '  7  ^^^  ^*  ^'  ^^^^  '' 

394                                               ^^^^H 

^^^1            )  1 8  vos  manque 

397  Set                                         ^^H 

^^^M 

398  il  ouenre  et  tant  d.                  ^^^^B 

^^^1            )2]  LourisoD  dieu  e. 

399                                               ^^^^H 

^^^1           32^  le  sachent  entendre 

401  te                                           ^^^H 

^^H           326  Fremeretlorcuersaprendre 

402  tu  as                                      ^^^^H 

^^^H 

40)       es                                       ^^^^H 

^^M          330  Est 

405  Toute  lenke  a                          ^^^^| 

^^H          3]2  se  met  en 

409  m.  cornes  g.  a                         ^^^^| 

^^^B           33J  Haute  h.  en  le  d. 

410  He  dex                                    ^^^^H 

^^^H            336  sauvechiae 

411a        entoor                            ^^^^H 

^^^B            337  manijac 

412  warde                                     ^^^^| 

^^H           338  D.  el  bois  ot 

41 3  Le  deable  et  v.  jou&te               ^^^^| 

^^H          339  Contre  le  s.  h.  venoient 

4>4  a                                           ^^H 

^^^1           340  Aouroient 

^^^^H 

^H            H4 

417                               ^^H 

^^^P           346  Molt  estoil  lerbe  clere  e. 

419                                      ^^^^H 

^^H            347  est  manque 

420       tu                       ^^^^^^H 

^^H            348  La  SCSI 

42  r  Ton  enqae  as  espaadu         ^^^^^^^ 

^^^B          3  jo  La  fist  II  preodom 

^^^^H 

^^^r           3  j  1  Destrains  et  de  fuellcs 

423  Que                                          ^^^1 

^[        AprU  3 {2  Tant  a  pêne  a  lapiiacle 

424  nas  tu                                       ^^^^H 

^^H                  Quil  i  a  fait  .i.  tabernacle 

Car                                        ^^^H 

^^^B           3(4  II  se  segne 

427                                               ^^^^H 

^^^B           3  }û  M.  oe  set  don  se  doie 

428  conuers  tai  abatu                      ^^^^H 

^^^B            363  et  364  intervertis 

429  La  ou     na                               ^^^^| 

^^H            364  Du 

0.  aras  el                                  ^^^^| 

^^^B          366  Li  bons  hom  ' 

432  Par  moi  es  tu  mis  a                 ^^^^B 

^^^B           369  ouure 

437-38  Lieve  sa  nain  sorti  imcroif         ^^^H 

H            ).  Les  deux  mu.  ayant  rain,  on  ne  doit  sans  doute  pas  corriger  ratns irtc  M.  Tobler.          .^^^^1 

H              a.  Li  est  ont  fauu  conunune  i  A  B*  maû 

t'ibsurde  le^oo  de  B  lai  eii  propre.                     ^^^^H 

■             ;.  Il  vaui  minu  idojitn  ce  vers  que  la  correoion  propotée.                                            ^^^^H 

^^M       604 

CORRECTIONS 

^^H 

^^^^^ 

Lors  sasoare  demanots 

49  >                    ^^^^^1 

^^^^H 

De  vraie  crois  quist  tant 

492                           ^^^^H 

^^^^H 

digne 

49  j  Ce  fu                            ^^^H 

^^^^^1 

A  .iii.  lois  (ait  sur  sa  poi- 

496 et             tr.                 ^^^H 

^^^^^ 

trine 

497                                        ^^H 

^^L_            4Ï9 

Quant  a.  ni  0. 

498  Mats  m.  icrt  p.  sa  sustanœ       ^H 

^^^H            44' 

Qui                                        ioo- 

;os  Mais  les  dames  et  les  meS'      ^H 

^^^H 

Del  saint  cors  qui  en 

chines                                   ^M 

^^^H 

Etr. 

Les  mangaisscnt  bien  a  envii       ^^ 

^^^H 

Por  home  jeter 

Mais  ce  faisoit  sains  esperis 

^^^B      ^^^ 

Quen  infer  que  rcmete  en 

Qui  en  celé  vertu  le  tenoit 

^^■^             4S0 

lost,  Iricherre 

Miex  que  jehan  herbe  pais-     ^^ 

^■^                    4W 

sali  fors 

^H 

^^H            Aprls  i^2 

Qui  cuîdoit  taire  desnoier 

Car  dex  le  sauueour  metoit    ^H 

^^H 

Fuit  sent  sans  plus  del  atar* 

{07  venoit  v.                                 ^H 

^^^^^ 

gier 

en                                         ^H 

^^^^H         ^^^ 

lec. 

{to  li  mist  SDS                              ^H| 

^^^H             4Sf 

Deprie  que  s. 

;ii  Quede  lui  icrtli  ireticrs                ■ 

^^^^1 

Einsi  soit  il  et  dex  te  fâche 

;i2  .ii.  anspassaet  puis  U  tiers    ^1 

^^^H            4)7 

;  1 1  Quele  ne  pooit                        ^^Ê 

^^H 

b.  a  mis 

m  s.  auoit  gr.                            ^^M 

^^^H            419 

tournoie  et  boute  et  ire 

;i6  La  meskeance  iert                 ^^H 

^^^^^H        4^0 

De  parfont  cucr  pleure  et  s.         s  17- 

,19  C'au  saint  home  mist  sus  a   ^^M 

^^^^^H        462 

Le  pêne  de  sa  b.  trait  f. 

tort  2                                 ^M 

^^^^^H           464  alenpree 

J2I  T.  dolor  a  p.                        ^H 

^^^H           46^ 

le  tn. 

12}  Con  or  abat  s.                        ^H 

^^^^^^1            467  lesgarde 

;2â  Or  voi  jo  bien  le  prouve-     ^H 

^^^H 

d.  fait  il  que  p.  e. 

menche                              ^^Ê 

^^^H       470 

Por  essaier  c. 

P7  De  le  proierc  que  il  fist         ^H 

^^^H            47> 

quist  0. 

)J3  Desca  tant  que  jel                   ^H 

^^^H        472 

oire 

136  C.  li  sains  hatn  est                  ^H 

^^^^1            47<' 

Ton  bel  esc  rit 

ij8  Miex  aim  monr  que  ainsi       ^H 

^^^H            477 

cor* 

140  Ades  ist  nule  fois  ne                ^H 

^^^^^^1             47S  Qu.  ot  escril  se  pence 

142  Que  il  ne  loi  ne  ne  le  toû      ^B 

^^^H            479 

Se  pêne  eus  en  sa  bouce  b. 

)44  E.  comme  une  enduse            ^H 

^^^^m        4^0 

Li  buhos  vint  plains  dau- 

J4S  A.  gisoit  en  1.                        ^^M 

^^^^V 

telg. 

^46  poure  f.                                  ^^M 

^^^T            Âpris  480 

Con  il  en  auoil  dcuant  trait 

147  Qui  li  a.  se  prouende            ^^Ê 

^^^^^_ 

De  letre  dor  son  escrit  fait 

54$  Ele  1.  ele                         ^^^Ê 

^^B            48> 

comme  de  tel 

)49  nus  ne  le  puet  d.             ^^^^^ 

^^^^              482 

Trestout  son  f.  et 

;  )  1  Ne  porra  en  tele  m.         ^^^^^ 

^^^L^^    ^^rb  484 

Tantost  con  il  voloit  escrire 

$53  Des  acomplir  ta  pr.          ^^^^| 

^^^^^K 

Molt  par  lauoit  chier  nostre 

^S3  Comme  bons  sire               ^^^H^ 

^^^^V 

sire 

{)  t  La  se  gist  en  molt  grant  L      ^K 

^                    48S 

Si  comme  dcuoit 

)6o  V.  voles                                   ^H 

^^^H                  1.  n  confinne  ici  la  conjecture  de  M.  Tobler. 

H 

^^^H                2 .  La  supposition  d'une  lacune  de  deux  vers  entre 

1 1 7  et  { 20  est  rendue  inutile  par     ^H 

^^^B             cette  lefOD. 

-   .       J 

U  VIE  SAINT  JEHAN 

{61  enchainte 

j62  blasmee 

(63  S.  de  vo  groise 

568  D.  entendes  p. 

569  Ai  parmi  le  mal  porcachai 
{70  bons  drois 

573  Qh^  a  tort  mis 

574  ot  c. 

$77  Q«''I 

S78  En  e.  j.  a 

(79  et  (80  interterûs 

J79  en  en  sans  plus  faire 

$80  pr.  U  vi 

jSi  A  .ii.  qui  b; 

\%i  ja  n. 

S8j  que  reueisse 

$84  tr.  en  nule  manière 

$86  le  s. 

J87  Par  mon  mesFait  ai  I. 

j88  La  roinesegnes. 

)92  bons  hom 

$9j  esld. 

J98  vaurroit 

599  fors  et  os 

600  en  tr. 

601  qui  ont  este 

602  a.  en  ont  esconchis 
60}  Si  conlisent  et  mal  et  bien 
604  Si  troueroit  on  .1.  des  siens 
60s  On  feroit  tout  i, 

606  Se  jen  beuoie 

607  Dont  a  ses  os  fu 

608  Bete  mère  bien  le 

609  D.  en  iere 

610  Chou  est 

611  pitié 

612  F.  girai  parler 
615  Cest  iniure  conter 
614  d.  dontl. 
61  j  E.  en  pi. 

617  Voiant 

618  m,  quil  li 

619  L.  sus  fait  il  douce 

620  ne  I. 
622  vo  talent 


BOUCHE  d'or  60$ 

623  poes 

624  S.  jen  seure 
62  (  d.  que  quil 

626  r.  a  itant 

627  de  sorelle 

628  Ledit 

629  mesEait 

630  Tout  si 

63 1  La  verte  en  a 

632  Or  conpere  chier  le  d. 

633  Del  prendome  qui  dieu 

634  Et  qui  de  loial  cuer 
63)  damna 
640  s.  me  d. 

642  Le  fousse  a  m. 

643  Qui  le  p.  s.  pardon 

644  s.  ou  est 
64$  parlai 
649  C.  ce  sui  je  m. 
6)0  El  deuisede  s. 
652  a  moi  1. 
6j4  El  li  deuise 
6)6  Bien  le  voit  cler  n. 
6i7  Car 

6$8  Dusca  tant  que  e!e  verra 
6$9  Aucune  rien  qui  de  li  soit 

660  Tout  maintenant  deliuerroit 

661  =  6i9 

662  Enuoies  i  sans  nule  atente 

663  Son  porroit  nient  de  lui 
trouer 

664  =  662  « 

665  Toutcepuetdezfaireauenir 

668  Cilsapresterentesraument 

669  De  b.  armes  p. 

671  Dnscas 

672  b.  garnir 

673  Por  les  crueus  b. 

674  boscages 
683  quil  1. 
686  Je  V. 

688  manqut 

689  Chi  voi  aprochier  mon  t. 

690  mame 
AprU  690  Ausi  bêle  ame  i  aues  mis 


I.  L'interrenioD  admise  pour  les  ven  663*4  n'est  pas  confirmée  par  B;  cependant  la 
leçon  assez  confuse  de  ce  nu.  poiurait  bien  être  te  prodoit  d'une  coneoioa  motivée  par 
cette  intenrersion,  qui  aniaît  existé  dans  l'autenr  common  de  A  B. 


^^H                606                                                       CORRECTIONS                                                 ^^^^^^| 

^^^^^^                      Girai  contre  mrs  sncmis 

se      le                   ^^^^^1 

^^^^^K             693  Puis  que  vostres  pi. 

776  le  folor                         ^^^^B 

^^^^^H             6«;}            a 

Apris  780  Por  le  grand  torment  de  se     ^H 

^^^^^H            696  se  mcnieillent 

fille                                H 

^^^^^^B            697 

Que  le  roaleichoas  perille       ^H 

^^^^^^1            698  Scgnor  b.  p.  vus 

782  c.  tost  le  relieue                     ^H 

^^^^^^H            699  PI.  vus 

78)  p.  si  me  redoute                    ^^Ê 

^^^^^H            702  BUu  segneargi  fui  amenés 

787  pi.  scstres  confortée               ^^M 

^^^^^H                       viues  eocor 

788  c.  lont  portée                  ^^^^| 

^^^^^H                   le 

789             gr.                     ^^^^H 

^^^^^^H            709  Quant  ilfurenttrestoat  venu 

792  Ni  vaut  laissier  fors  1.      ^^^H 

^^^^^^H             71 1  Car  t.  e.  menmenres 

79J  dolour                               ^^^H 

^^^^^H             714  Post  reuint  ne  vaut  pas  a. 

794  0.  pries  an                     ^^^^| 

^^^^^H            71 1            0  eus 

79)  Que  il  vus  doinst  c.         ^^^H 

^^^^^H            7>^  A  gr.  j.  arrière  sen  vont 

79^  Et  mourison  e.  a  joie            ^^H 

^^^^^^H            718  Que  a  terre 

798  Les  g.  a  m.  a  la  t.                 ^^M 

^^^^^^1            720  Le  gaainy  cont 

799  Si  commencha  une  ourison      ^H 

^^^^^^H            721  en 

800  Qui  fu  de  m.  s.                      ^H 

^^^^^H             722  plus 

802  noas                                     ^H 

^^^^^H             72  j       con 

Aprh  802  Sustance  et  sain  len  jetas      ^H 

^^^^^H            726  U  sains  hom  dont  graai 

^H 

^^^^^H 

Et  comme  tu  saouas  mon      ^H 

^^^^^^B            727  Sains      saus  et  plains 

cors                                     ^^Ê 

^^^^^^1           728  Com  il  fes  ot  bien  a  batu 

80 j  En  lilleenuerslescrueusb.      ^H 

^^^^^H           729  Son  pis  en 

804  Qui  vers  moi  furent  si  ho-      ^H 

^^^H        m 

nestes                                ^H 

^^^^^H            7)£  A  pie        encontre  I. 

Apris  804  Qui  ne  me  pooient  destniîre      ^H 

^^^H 

Enke  me  dounas  a  escrire         ^H 

^^^^^H            740      lentree  a 

Si  que  ceus  de  ton  trésor          ^H 

^^^^^H            74       segnies  et  beneis 

Que  de  ma  bouce  sachai  for       ^H 

^^^^^H 

80  )  Dont  mainte  bêle  ktre  en      ^H 

^^^^^H           74Û  M.  proient  tnolt 

ai  traite                             ^^Ê 

^^^^^H           747  Del  mal  qull  li  ont  fait  auoir 

807  Te  prie  d .                              ^^Ê 

^^^^^^            748  espoir 

808  Que  ce  ca  0.                   ^^^^H 

^^^L^            7S1  le  menteresse 

810       en                             ^^^^1 

^^^^^H           7^2  m.  est  molt  pécheresse 

^^^^1 

^^^^1            7U 

81  j  tout  maintenant              ^^^^H 

^^^^^H           7}4  Conduient 

8i3  Comme  de  parole  denfans       ^^M 

^^^^^H           7{j 

819  Je  cuer  en  descrti  et                 ^^M 

^^^^^^T             7)7  M.  a  gr.  d.  du  venir 

820  nus  hom  d.                              ^^M 

^^^^^1             7)^  Que  P*»*  lui  doit  secours 

822  Eu  ot  bone  nourreture             ^^M 

^^^^^^ 

Apris  822  Si  deuini  saine  la  dansele        ^^M 

^^^^B 

Con  le  jour  quele  fa  pucele      ^^M 

^^^^^H            760        le 

825  Du  lit  saut  sus                         ^^Ê 

^^^^^H            76$       balle 

834  Con  celé  qui  n.                        ^^Ê 

^^^^^H            768  Biiius  c.  dous 

Aprh  826  Haute  nouuele  li  aconte          ^H 

^^^^^1            770 

Jehan  entendes  3  mon  conte      ^H 

^^^^^H           77            que 

Par  biau  miracles  le  tiennon       ^H 

^^^^^^1           772  En  mon  p.  ne  ne  s. 

Esgarde  con  bel  conpaignon      ^H 

LA   VIE   SAINT  JEHAN 

BOUCHE  d'or                      607 

Dex  U  enuoie  et  tramis 

844  Bouche  dorée 

Voirement  est  il  ses  amis 

84$  Por  celé  aventure  en  seur- 

827  Garie  sui  riens  n. 

non 

8jo  II  la  baisie  et  s. 

846  ot  n. 

Aprls  830  Dieu  en  loe  le  roi  celestre 

847  V.  est  n.  et  molt  s. 

Sire  Jehan  fait  il  biau  mestre 

848  Pleust  a 

8^1  De  par  dieu  vus  requier  b. 

8}o  En  se  vie  nous  est 

832  Faitesmeauoiretoeîeetcr. 

85 1  Que  quant  finer  dut 

83^-834  Je  lotroî  fait  li  capelains 

8j3  Por  f.  qui  e.  portassent 

Il  le  baptisa  de  ses  mains 

8j4  reclamaissent 

Son  non  li  enposa  et  mist 

8(6  Dusquen  sains  f. 

Trestoute  la  chites  fremist 

8j7  feist 

83$  Quant  il  cent  legr. 

8j8  ce  que  r. 

836  Que  d.  ot  f.  par  son  s. 

8s9  T.  Icn 

837  li  pr. 

862  Depries  tout  communau* 

839  mist 

ment 

840  oie  f. 

863  Gel  s. 

841-842  De  ses  escris  quil  aporta 

865  dr.  counissance 

Et  corne  dex  le  conforta 

866  De  son  saint  cors  qai  a  p. 

Qui  en  se  bouche  li  posa 

867-68  maïujiunt 

Or  destempre  dont  escrisoit 

869  Nous  doinst  tous  p. 

Dont  le  bêle  letre  foisoit 

Expluit. 

843  Toutes  les  gens  dieu  e. 

A  la  suite  du  poème,  le  copiste  a  écrit  quatre  vers,  disposés  comme 
suit.  C'est  sans  doute  ici  le  livre  qui  parle,  et  le  Mainart  dont  il  s'agit 
avait  probablement  maltraité  quelque  volume  emprunté  par  lui.  On 
remarquera  les  quatre  sens  (multi,  me  ametj  manet^  'minet)  du  mot  maint 
qui  sert  de  rime  commune. 


Goulonse     mont     maintes     et  ' 
Biaus  sui  et  bons  sest  drob  con 
Mais  li   baus    dex  ki   la  sus  | 
Es  mains   mainart  ja   ne  me . 


maint. 


COMPTES-RENDUS. 


Rœmer  nnd  Romanen  In  den  Donanlnndem.  Historisch-ethaogra- 
phische  Studi«n  von  OJulius  Juso.  Innsbruck,  Wagner,  1877,  in-4»,  XLtv- 

Les  pays  riverains  du  Danube  sur  lesquels  les  Romains  avaient  établi  leur 
domination  et  où  l'empreinte  de  cette  domination  s'est  maintenue  d'une  façon 
plus  ou  moins  durable  sont  d'abord  ce  qu'on  appelle  TAIemannie,  —  c'est-i- 
dire  le  pays  situé  entre  le  Rhin,  le  Mein  cl  le  Danube,  —  puis,  en  descendant 
toujours  le  fleuve,  !a  Rhélie,  le  Norique,  la  Pannonie  et  la  Mésie  sur  la  nve 
droite^  et  la  Dacie  sur  la  rive  gauche.  M.  Jung  ne  s'est  cependant  pas  égale- 
ment occupé  de  toutes  ces  contrées  :  il  réserve  pour  une  autre  occasion  une 
étude  sur  TAlemannie,  et  il  ne  parle  qu'en  passant  de  la  Mèsie,  la  plus  vaste  de 
toutes  ces  provinces,  celle  dont  l'organisation  a  été  le  plus  souvent  modifiée 
par  les  Romains  eux-mêmes,  et  dont  l'histoire,  depuis  qu'ils  l'eurent  perdue, 
est  la  pîus  complexe.  L'auteur  de  l'ouvrage  dont  je  rends  compte  ne  s'est  réel- 
lement attaché  qu'à  l'histoire  de  la  Dacie  d'une  part,  et  d'autre  part  du  groupe 
central,  qui  correspond  â  une  partie  de  la  Suisse,  à  la  Bavière,  à  la  partie 
méridionale  de  la  Cisleithanie  et  de  la  Hongrie.  Plusieurs  de  ces  pays,  qui  ont 
particulièrement  attiré  son  attention,  comme  le  canton  des  Grisons  et  le  Tyrol, 
ont  à  peine  droit  au  nom  de  Donauîanâ.  Le  titre  du  livre  est  donc  Â  la  fois  un 
peu  trop  étendu  et  un  peu  trop  restreint.  C'est  Id  sans  doute  une  question 
accessoire  ;  mais  celte  légère  violence  faite  au  sens  naturel  du  mot  Donau- 
iandir  indique  déjà  ce  qui  tait  la  préoccupation  constante  de  l'auteur  et  la 
tendance  de  son  livre,  l'idée  d'établir  un  parallélisme  constant  entre  les  deux 
masses  de  territoire  et  les  deux  groupes  d'hommes  dont  il  a  voulu  étudier  le 
passé,  la  Dacie  et  les  Roumains  d'une  part,  —  les  provinces  centrales  du  sud  du 
Danube  et  les  Ladins  {ou  Welchcs,  ou  Roumanches)  de  l'autre.  Il  y  a  évidem- 
ment dans  ce  rapprochement  une  grande  part  de  vérité  ;  mais  M.  Jung,  à 
mon  avis,  l'a  faussé  en  le  forçant  :  il  ne  peut  surtout  servir,  comme  tl  le  pré- 
tend, à  soutenir  ce  qui  fait  la  grande  nouveauté  et  le  principal  intérêt  de  son 
ouvrage,  Â  savoir  la  réfutation  de  la  théorie  de  Rttsicr  sur  l'origine  des 
Roumains. 

Le  livre  est  divisé  en  neuf  chapitres,  dont  les  six  premiers  sont  les  suivants  : 
L  La  conquête  romaint  |p.  1-21).  11.  L'administration  des  provinces  romainu 
(p.  32-}9).  III.  InsiUutions  miliiains  de  l'empire  (p.  40-f  {|.  IV.  La  consiitution 
des  Barbara  (les  Gauen)  et  les  institutions  urbaines  des  Rorrjains  dans  Us  pays 


J.  Jung,  Ramer  und  Romanen  tn  den  Donautandfrn  609 

ianuhitns',  la  Dacit  comme  province  romaine  (p.  {6-107).  ^*  ^t^'^^'om,  Comment^ 
Rtltgion  et  Uttirotart  ;  les  documents  hagiograpfùqius  commt  tourcts  kistomjatf 
(p.  108-141).  ^1-  Conditions  sociales  des  Romans  du  Danube  aux  iV°  eS  V'  siktes 
MprU  J.'C.  (p.  142-178}.  Lfis  cinq  premiers  chapitres  sont  en  dehors  du  cercle 
de  nos  études  ;  nous  n'en  parlons  que  pour  mémoire.  Ils  contiennent  beaucoup 
de  faits  intéressants  qui  gagneraient  ç  et  là  à  èlre  plus  condensa  ;  la  forme  de 
M.  Jung  est  un  peu  lâche,  il  a  parfois  le  ton  du  journalbte  plus  que  de  l'hlsto- 
rien,  et  le  contraste  de  son  exposition  avec  celle  de  Rœsler,  si  sobre  et  si 
élégante,  n'est  pas  à  son  avantage.  Mais  l'auteur  possède  une  connaissance 
approfondie  du  sujet,  une  bonne  méthode  et  une  intelligence  historique  remar- 
Iquable.  Il  est  un  point,  dans  cette  première  partie,  qui  doit  être  signalé,  parce 
qu'il  touche  déjà  à  la  question  capitale  sur  laquelle  je  ne  me  trouve  pas  d'ac- 
cord avec  l'auteur.  Quelles  élaient  les  limites  de  la  province  de  Dacie,  telle  que 
Trajan  la  constitua?  M.  J.  ne  s'explique  pas  sur  ce  point.  Si  l'on  compare  une 
carte  de  l'Or 6/5  romanus  avec  une  carte  de  l'Europe  orientale  actuelle,  on  remarque 
que  l'ancienne  Dacie  occupe  i  peu  prés  exactement  le  terrain  où  se  parle  aujour* 
d'hui  le  roumain  :  grand  argument,  semble-t*il,  en  faveur  de  la  conùnuité  de  la 
langue  latine  dans  ces  limites  !  Celle  correspondance  repose  cependant  sur  une 
erreur.  Mon  ami  bien  regretté  C.  de  la  Berge^  dans  son  Essai  sur  lerigRtde  Traian, 
qui  vient  de  paraître  après  sa  mort  {Bibliothique  de  VÈcok  des  hautts  études^ 
t.  XXXII 1,  a  démontré,  si  je  ne  me  trompe,  que  la  province  romaine  de  Dacie  n'avait 
iamais  compris  que  le  pays  situé  entre  la  Thciss  (ou  probablement  la  Temes)^  les 
Carpathes,  l'Aluta  et  le  Danube,  c'cst-i-dire  le  Banat,  la  Petite-Valachîe  et  la 
Transilvanie  M.  Jung  se  borne  à  reconnaître  dans  cette  région  le  centre  et  le 
point  de  départ  de  la  vie  romaine  ;  il  semble  voir  la  vérité  quand  il  écrit 
(p.  100  :  •  Les  colons  romains  n'habitaient  pas  eux-mêmes  toute  la  Dacie, 
mais  principalement  le  Banal,  l'ouest  et  le  centre  de  la  Transilvanie  et  la 
Petite-Valachie.  d  Mais  il  ajoute,  sans  en  donner  aucune  espèce  de  preuves  : 
c  La  romanisaiion  finit  par  pénétrer  de  plus  en  plus  [dans  l'est  et  le  sud  du 
pays],  aussi  loin  que  s'èttndait  ta  province.  Ce  progrés  ne  se  laisse  malheureuse- 
ment pas  suivre  en  détail  à  l'aide  de  nos  sources,  t  II  y  a  pour  cela  la  bonne 
raison  qu'il  n'a  pas  eu  lieu.  Dominé  par  l'opinion  courante  qui  étend  fort  au- 
deli  de  la  réalité  les  frontières  de  la  Dacie  trajane,  M.  J.  dit  (p.  104)  :  ■  Les 
inscriptions  nous  montrent  des  habitants  de  race  dace  dam  ta  province  cntOre  : 
i  AIso  Itosva,  i  Thorda,  à  Karisburg,  dans  le  district  aurifère,  à  Varhely,  i 
Crosspold,  à  Tumsevcrin.  •  Ces  localités,  comme  toutes  celles  où  on  a  trouvé  des 
inscriptions  romaines  en  Dacie,  sont  limitées  à  l'espace  circonscrit  par  De  b 
Berge*.  Or  il  est  clair  que  si  la  province  romaine  ne  comprenait  que  le  tiers 
environ  du  pays  au  nord  du  Danube  ob  se  parte  aujourd'hui  le  roumain,  la 
continuité  de  l'usage  du  latin  vulgaire  est  inadmissible  au  moins  pour  les  deux 
tiers  de  ce  pays,  c'est-à-dire  pour  la  Moldavie  tout  entière  avec  la  Boukovina, 
b  Bessarabie  et  ta  plus  grande  partie  de  ta  Valachie.  Elle  n'en  devient  pas 
assurément  plus  vraisemblable  pour  la  Transilvanie  et  tes  deux  autres  provinces. 


i.  Il  y  aurait  3  examiner  de  près,  si  cela  n'était  un  peu  trop  en  dehors  da  cadre  de 
la  RonuiMia,  l'opinioD  de  H.  J.  sur  les  rapporu  des  Daca  avec  les  Romains  après  la 
soiumttioa. 


AMIUÙj  VII 


i9 


6lO  COMPTES-RENDUS 

Le  chapitre  VII  a  pour  titre  :  La  piriode  des  imûsions.  Ut  Romatu  a  Us 
Germains  sur  le  Danube  dans  leurs  rapports  ta  uns  arec  les  autres  ip.  179-20J). 
II  aurait  fallu  indiquer  par  le  litre  qu'on  ne  traitait  ici  qoe  de  la  Rhétie,  do 
Norique  et  de  la  Pannonie,  et  même  presque  exclusivement  du  Norique,  tur 
lequel  la  vie  de  S.  Séverin  fournit  des  renseignements  si  prideux.  Je  ne  repnxite 
pas  à  l'auteur  de  n'avoir  rien  dit  des  rapports  entre  Romains  et  Barbares  eo 
Dacie^  puisqu'il  n'en  pouvait  rien  savoir  ;  mais  je  lui  reproche  précisément  de 
chercher  toujours  à  persuader  à  ses  lecteurs  que  les  choses  ont  dCt  se  paiser 
exaaement  de  mjrae  sur  la  rive  gauche  du  bas  Danube  et  sur  la  rive  droite  du 
Danube  moyen.  Ce  que  je  lui  reproche  surtout,  c'est  d'avoir  complètement 
laissé  de  côlê  la  Mésie,  province  danubienne  assurément,  et  dont  les  destinées 
importent  beaucoup  plus  à  l'histoire  des  Roumains  que  celles  du  Norique  et  de 
la  Rhétie.  L'auïeur,  dans  les  rares  allusions  qu'il  y  fait,  se  borne  en  général  i 
renvoyer  à  VHtstoire  des  Baîgarts  de  M.  Jirecck  :  il  y  avait  pourtant  U  matière 
à  des  recherches  personnelles  :  l'établissement  ou  le  passage  de  tant  de  peuples 
germaniques  dans  ces  contrées,  l'inondation  slave  du  Vl**  siècle,  la  donmaiion 
tartare  qui  suivit,  .méritaient  d'appeler  l'attention  d'un  historien  des  Romains 
et  des  Romans  du  Danube.  Il  aurait  notamment  été  utile  de  montrer  comment 
les  Slaves,  en  venant  se  jeter  entre  le  monde  romain  et  les  Romans  de  l'est, 
coupèrent  pour  ceux-ci  les  communications  avec  la  source  de  leur  civilisalioa 
comme  de  leur  religion  et  ne  leur  laissèrent  guère  que  la  langue  latine  comme 
souvenir  de  leur  ancienne  culture.  On  oublie  presque,  en  lisant  M.  ).,  qu'entre 
la  Pannonie  et  la  Dacie  il  y  a  eu,  sur  la  rive  méridionale  du  Danube,  une 
immense  étendue  de  pays  ronianisée  au  moins  en  partie,  et  qui  Test  restée  en 
tout  cas  beaucoup  plus  que  la  première,  sans  parler  de  la  seconde. 

Le  chapitre  VIH  a  pour  titre  :  t  Ladlns  t  ou  c  WeUhes  «^  t  Roamains  »  ra 
Vclaqaes  »  et  leurs  dtstinUs  au  moyen  dge  (p.  206-182).  Toujours  soumis  au 
même  parallélisme,  il  se  divise  en  deux  parties.  La  première  relève  les  traces  de 
survivance  du  romanisme  en  Bavière,  en  Autriche  et  en  Hongrie  ;  tJ  y  a  pcn  de 
faits  nouveaux^  mais  ceux  qu'avaient  signalés  Steub  et  d'autres  sont  réunis  avec 
soin  et  bien  expliqués  ;  il  aurait  été  intéressant  de  joindre  k  ces  faits  ceux  qui 
concernent  l'Alemannîc,  —  c'est-i-dire  le  nord  de  la  Suisse  et  le  Wurtlemberg 
(voy.  Romania^  U  7)  '■,  —  '^^  aurait  ainsi  un  tableau  curieux  du  lent  effacement 
des  vestiges  romains  dans  l'Allemagne  du  Sud.  Ce  qui  concerne  le  pays  de 
Coire  est  ici  fort  incomplet  ;  il  y  a  plus,  et  des  choses  plus  intéressantes,  sur 
le  Tirol  ;  en  somme  les  vingt-cinq  pages  consacrées  par  M.  J.  à  ce  sujet  sont 
instructives,  bien  qu'un  peu  confuses. 

La  réfutation  du  système  de  Rœsler,  en  ce  qui  touche  l'origine  des  Rou-  * 
mains,  en  occupe  près  de  cinquante.  M.  J.  l'avait  déjà  faite  une  première  fois 
dans  un  article  de  la  ZeUschnft  fur  asterrachische  Gymnasien,  mtitulé  ■  les 
Commencements  des  Roumains.  »  En  la  reprenant  ici,  il  a  laissé  de  cfilé  les 
arguments  dont  on  lui  avait  montré  la  faiblesse,  et  il  a  ajouté  ceux  qu'il  avait 
trouvés  depuis.  Je  ne  m'attacherai  qu'à  cette  édition  revue  et  corrigée.  Elle  oe 
m'a  nullement  convaincu.  Le  raisonnement  de  Rœsler  m'a  paru  plus  solide  1 
encore  qu'avaat,  après  ta  lecture  du  livre  de  M.  Jung,  parce  que  celui-ci  Vê 


J.  Jung,  Rœmer  and  Romantn  in  den  DonaaUndern  6l  l 

attaqué  aussi  vivement  que  possible  sans  réussir  i  l'ébranler.  Touchons  quel- 
ques-uns des  puinls  en  litige. 

Rœster  a  pour  sa  théorie  une  base  très-forte  dans  les  paroles  de  Vopiscus  et 
d'Eutrope,  qui  disent  expressément  qu'Aurélien  fit  évacuer  la  Dacie  i  tous  les 
Romains.  Là-dessus,  M.  J.  accable  le  pauvre  Vopiscus  de  son  mépris,  sans 
faire  attention  qu'il  a  puisé  i  une  source  plus  ancienne  (ce  qui  le  met  hors  de 
cause),  et  que  cette  source,  comme  l'a  remarqué  Rcesler,  est  également  celle  où 
Eutrope  a  pris  sa  notice.  Or  Eutrope,  qui  représente  donc  indépendamment  de 
Vopiscos  la  source  commune,  a  ces  quelques  mots  signiâcatifs  :  ix  urbtbut  et 
agris^  qui  manquent  dans  Vopiscus.  Les  a-l-il  ajoutés  de  son  chef,  ces  mots  si 
intéressants,  que  M.  J.  passe  sous  silence?  Assurément  non  :  cet  abréviateur  i 
outrance  n'était  pas  homme  à  allonger.  Le  témoignage  unique,  —  représenté 
par  les  deux  historiens  postérieurs,  —  que  nous  ayons  sur  l'évacuation  de  la 
Dacie  est  donc  aaui  formel  qu'on  peut  le  désirer  :  Aurélien  transporta  sur  la  rive 
droite  du  Danube  les  légions  et  tous  les  pronmialu^  tx  arbibus  tt  jgrù.  M.  J.  veut 
que  ce  soit  li  une  formule  officielle,  destinée  à  atténuer  la  douleur  et  l'humilia* 
tioo  de  ta  perte  d'une  prorince  en  faisant  croire  que  tous  les  habitants 
avaient  été  ramenés  dans  la  nouvelle  Dacie  qu'on  leur  créait  au  sud  du  Danube. 
Mais  pour  attaquer  une  assertion  formelle  qui  remonte  certainement  i  une 
source  contemporaine,  il  but  au  moins  des  vraisemblances,  et  M.  J.  n'en 
indique  pas  une.  Il  se  borne  à  affirmer  (p.  107)  avec  une  assurance  incompa- 
rable :  I  Les  colons  romains,  dit-il,  et  les  Daces  romansés  des  hautes  classes 
suivirent  les  légions  en  Mésie  ;  mais  la  masse  du  peuple  dace.  qui  n'avait  connu 
que  tes  charges  sans  tes  avantages  de  la  dominatioa  romaine,  sous  laquelle  elle 
n'était  qu'une  matière  à  impôts  et  à  recrues^  la  f  bète  brute  de  peuple  p,  comme 
l'appelle  Shakespeare,  qui  n'est  de  tout  temps  préoccupée  que  d'intérêts  maté- 
riels, resta  attachée  i  la  glèbe,  payant  tribut  au  nouveau  maître  comme  jadis  i 
l'ancien,  ne  gardant  de  l'époque  romaine  de  son  existence  que  le  dialecte  qu'on 
lui  avait  inoculé  :  voili  les  ancêtres  des  Roumains  actuels.  *  Ne  semblerait- 
il  pas  que  M.  J.  ait  assisté  au  départ  des  provinciaUs^  et  qu'il  ait  distingué  les 
Daces  bien  élevés,  qui  partaient  avec  les  Romains,  et  tes  Daces  indigents,  mais 
pourtant  si  profondément  romanisés  que  leurs  descendants  parlent  encore  latin, 
attendant  l'arrivée  des  Goths  et  des  Sarmates  pour  renouveler  leun  baux  ?  C'est 
delà  pure  fantaisie.  Ailleurs,  M.  J.  nous  parte  des  Romans  réfugiés  dans  les  mon- 
tagnes (p.  2  {4K  soutenant  ainsi  tour  i  tour  les  deux  hypothèses  des  partisans  de 
la  continuité  du  tatm  en  Dacie,  qui  toutes  deux  semblaient  avoir  été  décidément 
écartées  par  Rœsler.  Ces  Ronhini  des  classes  infimes,  qu'il  nous  présente  ainsi 
comme  demeurant  dans  le  pays  pour  y  survivre  à  toutes  les  invasions  et  i 
tontes  les  dominations  qu'il  eut  à  subir,  étaieot-ce  des  hommes  libres  ou  des 
esclaves?  Dans  le  premier  cas«  on  ne  comprend  pas  qu'ils  aient  préféré  rester 
dans  un  pays  d'où  avait  disparu  toute  sécunté  et  que  menaçaient  des  ennemis 
sans  pitié  ;  dans  le  second,  on  ne  comprend  pas  que  leurs  maîtres  ne  les  aient 
pas  emmenés.  Tout  cela  est  aussi  vague  qu'arbitraire.  M.  J.  s'appuie,  il  est 
vrai,  sur  son  rapprochement  favori  :  Eogippe  (l'auteur  de  la  Vtta  Sctennii  dit 
que  tous  les  Homam  du  Norique  furent  transportés  en  lulie  par  Odoacre,  et 
nous  trouvons  des  Romani  bien  plus  lard  en  Norique,  —  donc  la  source  de 


6r2  COMPTES-RENDUS 

Vopiscus  et  d'Eutrope  exagère  comme  Eugippe,  et  les  Roumains  que  ana^ 
trouvons  aujourd'hui  en  Oacie  sont  les  descendants  des  Romani  restés  li  Ion 
de  l'évacuation  soi-disant  complète.  Il  serait  oiseux  de  discuter  minutieusemon 
cette  assimilation  qui  pèche  par  plus  d'un  endroit  :  il  suffît  de  rappeler  que 
comparaison  n'est  pas  raison.  L'autorité  du  texte  qu'ont  résumé  pour  dods 
Vopiscus  et  Eutrope  reste  entière  ;  Rcesler  a  montré  qu'une  évacuation  com- 
plète n'avait  en  soi  rien  d'impossible  :  elle  devient  encore  bien  plus  vrauem- 
blable,  comme  l'a  remarqué  C.  de  la  Berge,  si  l'on  considère  que  ta  province 
de  Dacie  était  trois  fois  moins  grande  qu'on  ne  l'a  cru  jusqu'ici. 

Un  argument  de  Rceslcr  qui  a  particulièrement  frappé,  c'est  celui  qu'il  a  tiré 
de  U  toponymie.  Nous  connaissons,  soit  par  les  historiens,  soit  par  les  inscrip- 
tions, un  grand  nombre  de  noms  de  villes  romaines  ;  pas  un  seul  n'a  vécu 
lusqu'â  nos  jours.  Partout  où  le  fait  se  rencontre,  il  est  l'indice  d'une  période 
de  dépopulation  complète  pendant  un  temps  pour  le  pays  où  jl  se  produit.  En 
Rhétie,  en  Norique,  en  Pannonie  même,  on  trouve  encore  aujourd'hui  des 
noms  de  villes  romaines  :  les  barbares  ont  occupé  les  emplacements  où  vivaient 
les  habitants  romains,  et  ces  habitants  y  sont  peut-être,  en  quelque  partie,  restés 
avec  eux.  Ici  rien  de  pareil  :  de  Sarmizcgethusa,  d'Apulum,  de  Tibiscum,  de 
Porolissum,  de  tant  d'autres,  le  nom  jadis  célèbre  n'a  laissé  aucun  souvenir  i  ces 
Roumains  qui  descendraient  des  anciens  habitants  de  la  Oacie  romaine  ;  les 
efforts  laits  par  certains  slavistes  pour  rattacher  à  Tierna  ta  ville  actuelle  de 
Zernets  sont  regardés  comme  vains  par  M.  J.  lui*mémef  qui  fait  preuve,  quand 
il  le  veut  bien,  de  la  critique  la  plus  judicieuse  (p.  263).  Aucune  des  villes 
actuelles  de  la  Roumanie,  de  ta  Transilvanie,  du  Banat  ne  se  trouve  sur  Teffl* 
placement  des  anciennes  cités  romaines  ;  les  ruines  de  celles-ci  sont  sous  terre, 
oubliées  depuis  seize  siècles  et  utilisées  seulement  par  les  archéologues  modernes. 
S'il  est  resté  quelques  Romani  en  Dacie,  comme  le  veut  M.  J.,  il  faut  qulls 
aient  été  bien  rares  et  bien  misérables,  pour  traîner  leur  vie  dans  les  chanps 
sans  même  prendre  possession  des  villes  abandonnées  ;  il  faut  que  les  nouveaux 
maîtres,  pour  lesquels,  d'après  M.  J.,  ils  travaillaient  comme  jadis  ils  avaient 
fait  pour  les  anciens,  aient  été  bien  stupides,  habitant  le  pays,  pour  ne  pas 
s'emparer  de  ces  belles  cités  qu'on  leur  laissait.  C'est  qu'en  réalité  les  maîtres 
de  la  Dacie  étaient  des  nomades,  qui  n'avaient  pas  plus  besoin  de  villes  que  de 
fermiers,  et  qui,  s'il  resta  quelques  traînards  dans  U  province  après  le  dépail 
des  habitants,  les  tuèrent  sans  doute  ou  les  emmenèrent  comme  esclaves.  Com- 
ment des  malheureux,  assez  isolés  pour  ne  pouvoir  habiter  une  seule  des  villes 
toutes  bâties  qu'ils  avaiint  Â  leur  disposition,  auraient-ils  avec  le  temps  fondé 
la  nationalité  roumaine,  quand  après  les  Sarmates,  les  Gépides  et  les  Goths, 
vinrent  les  Avares,  puis  les  Cumans,  puis  les  Petchénègues,  toutes  ces  hordes 
dévastatrices  qui,  exterminées  enfin,  laissèrent  le  pays  i  l'état  de  désert?  Aucune 
ville  roumaine  n'est  plus  ancienne  que  le  XIV"  siècle  :  pendant  mille  ans^  il  n'y 
a  certainement  eu  dans  ces  pays  aucune  vie  civilisée.  —  La  réfutation  de  l'argu- 
ment tûponymique  que  donne  M.  J.  n'est  pas,  je  suis  forcé  de  le  dire,  d'une 
complète  bonne  foi.  Qu'on  en  juge.  Voici  le  texte  (p.  240-241).  <  Rtfsicr  a 
prétendu  qu'il  ne  s'éuit  conservé  en  Dacie  aucun  nom  de  lieu  de  l'époque 
romaine  :  c'est  encore  erroné.  Ici  aussi,  en  effet,  comme  dans  d'autres  ré^oi 


b 


J.  JuNC,  Ramer  und  Romanen  in  den  DonaaUndern  613 

de  l'anciett  Orhu  romanus,  un  certain  nombre  de  cours  d'eau  a  conservé  les 
noms  de  villes  et  de  localités  romaines  :  c'est  assurément  un  témoignage  pour 
\à  continuité  ininterrompue  de  la  population.  Récemment,  quelques  savants, 
Vappuyant  sur  ce  fait,  ont  même  essayé  de  déterminer  la  place  de  villes 
antiques,  dont  on  ne  connaît  que  le  nom,  d'après  celui  de  localités  modernes. 
Au  reste,  on  avait  depuis  longtemps  appelé  l'attention  sur  cette  continuité  de 
la  nomenclature  en  Transilvanie  :  Rœsler  n'a  pas  relevé  te  fait  ou  plutôt  il  a 
altéré  le  véritable  état  des  choses  en  faveur  de  sa  théorie,  procédé  qu'on  ne 
peut  guère  approuver,  i  Ce  qu'on  ne  peut  approuver,  c'est  le  reproche  fait  ici 
à  Rœsler  :  on  l'accuse  de  ne  pas  avoir  tenu  compte  des  observations  faites 
avant  lui  sur  la  continuité  de  la  nomenclature  romaine  en  Transilvanie,  et  en 
note,  après  avoir  cité  li-dessus  Krepert.  Tomaschelc  et  Massraann,  on  avoue 
que  leurs  rapprochements  n'ont  ncn  de  probant  et  que  *  nach  dem  gegenvrxr- 
ligen  Stande  der  Forschung,  hcechsiens  eine  oder  die  andere  der  ronnischeti 
Mansionen  und  Stardte  ihren  Namen  bewahrle  >,  et  comme  on  ne  cite  même  pas 
ces  exceptions  prétendues,  on  avoue  par  là  qu'on  n'en  connaît  aucune.  Il  est  vrai 
qu'on  affirme  que  ■  la  nomenclature  rurale  est  restée  ce  qu'elle  était  »,  mais  c'est 
U  une  assertion  gratuite,  sur  laquelle  nous  reviendrons  plus  loin  :  une  nomenclature 
roumaine  n'est  pas  une  nomenclature  roma'mt.  De  même,  le  texte  nons  dit  que  des 
savants  contemporains  ont  essayé  de  retrouver  des  villes  antiques  à  l'aide  des  noms 
modernes  :  la  note  nous  apprend  que  ces  essais  se  bornent  à  une  hypothèse  de 
Irt  Hirschfeld,  hypothèse  dont  M.  Schuchardt  a  montré  le  peu  de  fondement 
Reste  donc  la  première  affirmation  :  Roesler  a  dit  que  la  nomenclature  de 
l'époque  romaine  avait  disparu  de  la  Dacw  :  c'est  une  erreur;  plusieurs  cours 
d'eau  ont  conservé  les  noms  des  villes  romaines.  Les  exemples  sont  :  l'Ompoly, 
la  Berzava,  la  Czerna,  le  Motru^  qui  représenteraient  les  noms  d'Ampelun, 
Bersovia,  Tierna  et  Amutrta  ;  le  pays  riverain  du  Szamos  s'appelait  du  temps 
des  Romains  Samus.  Je  doute  que  toutes  ces  identifications  soient  assurées  : 
Cztrna  par  exemple  est  un  nom  de  rivière  slave  si  fréquent  qu'à  moins  de 
regarder  le  nom  dace  de  Turna  comme  slave,  ce  que  M.  J.  se  refuse  à  faire 
avec  raison,  il  faut  renoncer  à  tout  rapprochement  entre  les  deux  ;  la  relation 
entre  Ampetum  et  Ompoly  (pr.  Ompàlj)  est  assez  incertaine  ;  il  n'est  pas  très 
sûr  qu'Amutha  fût  au  confluent  du  Motru  avec  la  Schyl.  Mais  ce  qui  n'est  pas 
douteux,  c'est  ta  persistance  des  noms  de  rivières  Maros,  Theiss,  Ternes,  Aluta 
et  quelques  autres,  Cela  ne  prouve  pas  grand'chose  :  tous  ces  cours  dVau  sont 
des  affluents  ou  de  prochains  sous-affluents  du  Danube  :  leurs  noms  ont  été 
conserves  par  les  habitants  de  la  rive  méridionale.  Un  seul  fait  exception  :  c'est 
le  Szamos,  qui  se  jette  dans  la  Theiss  après  avoir  arrosé  tout  te  nord  de  la 
Transilvanie.  Mais  le  Samus,  qui  figure  dans  une  inscription  très  mutilée 
(C.  I.  L.  m,  S27),  est-il,  comme  te  veut  M.  J.  après  les  éditeurs  du  Corpus^ 
h  région  riveraine  du  Szamos  actuel''  Rien  n'est  moins  assuré  :  c'est  un  simple 
rapprochement  qui  s'offre  naturellement  à  l'esprit,  mais  qui  disparaîtrait 
peut-être  si  nous  avions  t'insaiplion  en  entier.  D'ailleurs,  si  on  évacua  la  Dacîe, 
c'est  que  les  Barbares  y  faisaient  des  incursions  incessantes  :  il  n'y  a  rien 
d'étonnant  i  ce  qu'ils  aient  appris  ainsi  et  transmis  i  ceux  qui  leur  succédèrent 
quelques  dénominations  de  géographie  purement  physique.  Le  gnnd  tait  indiqué 


6l4  COMPTES-RENDUS 

ftr  Roflcf  reste  donc  avec  loate  u  signiftcalioa  :  la  nomenclature  roDuiac 
dei  lieux  hibit^,  qui  nous  est  très  richement  connue,  a  coniplétenicnt  dispan 
de  celle  partie  du  pjy(,  hjbité  aujourd'hui  par  les  Roumains,  <]tti  foniait 
jadis  la  province  de  Dacie. 

La  nomcoclalure  roumaine  des  montagnes  de  Transilvanie  [ainsi  que  œtleda 
Hthar,  i  laquelle  M.  J.  consacre  un  appendice)  ne  saurait  absolasKal  ricH 
prouver.  Rtrslcr  a  diji  remarqué  que  cette  oomenclature  contient  en  gmd 
nombre  des  éléments  formatifs  d'origine  slave  :  on  n'a  donc  aucun  droit  de  II 
faire  remonter  plus  haut  que  l'époque  oti  le  roumain  s'est  imprègne  de  slivt. 
Toutes  les  subtilités  de  M.  J.  sur  cette  question  du  mélange  des  Otiats 
slaves  et  roumains  ne  peuvent  aflaiblir  celte  évidence.  Il  n'y  aurait  qu*m  oajti 
d'y  arriver,  ce  serait  de  regarder  les  Daces  comme  des  Slaves,  et  de  nir  éam 
l'élément  slave  de  la  toponymie  et  de  la  langue  roumaine  un  reste  de  rêtiseM 
indigène  de  la  Dacie.  C'est  ce  que  fait  un  savant  traosilTamea  cilé  fat 
M.  Jung  ;  mais  celui-ci  a  été  i  trop  bonne  école  pour  accepter  sne  porcAe 
opinion  :  il  faut  donc  qu'il  reconnaisse,  comme  il  paraît  d'aillean  le  iaîre  i  ■ 
endroit  (p.  299),  que  cette  'nomenclature  doit  être  prise  conuoe  U  bapcn»- 
maine  elle-même,  avec  un  fort  mélange  de  slave  ;  dès  lors  elle  perd  loai  âflUi 
pour  la  question  des  origines. 

Rœsler  avait  constaté  que  du  111*  aa  XIll*  siècle  il  n'était  pas  fil  a  BMéa 
Romans  au  nord  du  Danube,  tandis  que  ceux  du  sad  i|niiii  liiiiiiii  pfen  Ml 
M.  i,  répond  que  ceux-U  même  ne  sont  pas  nommés  avast  Tis  fy6.  Cest  mt 
erreur.  Sans  parler  des  soldats  de  Comentiobs  en  {79  (Rceskr,  p.  i«^  i  te 
rappiler  ce  que  Covsuitin  Porphyrogénéte,  qui  écrÎTak  an  mSm  et  X«  aèdt, 
dit  dcf  Romans  dn  s«d  dn  DaMbe  an  VI*  sîêde,  dass  des  poK^^s  fi^  diB 
M.  SchttcKardt  {Wti.  Àts  Vatgdrl.,  m,  (2)  et  ^  f ai  d^  ioàt^aà  ks  0,  t«. 
Puis,  «ne  fois  qu'ils  OM  tait  kureMrèe  su  U  seèae,  ces  «  Bbs  •  4e  Tteafe. 
de  MacMoNie  et  de  Mésie  y  jonesl  as  rdie  împortameA  sobc  ooitfHdlvA 
■MtioMili  :  sNli  cfaKM  et  te  iiiagJpîni  de  Tamn  €àtà  àê  DHite,  tahi 
pwtrtW  ^*m  iVi  dit  rie»  dÀ?  Oe  mil  pecnfate  à  b  ii§^im  s  m  ac  p«^ 
MliMMÀét  larpqrt.  ■»«■  cb  parie  trèMon^  cmhc  haAriièpvfes 
Ommb  et  la  McMstfMS^  k  «afte  part  <m  «e  fait  iMiua  fi 
iMPil»  et  ai»ii— i  \mmàu  i  on  ariba  ovdL  M.  J.  àfc.  a  m 
difrk  Rarivr,  mt  cfcvte  4e  1 1  $4  fa  pnnc  qpe  é^  le  Mri  ée  %  l 

^BVHBMBIH  pis  VMi  9^*  I^B  «aanSIB  T    ^^BB  K  ^^B  ^K  M^B  S^^Kf^B 

sèdnliiRMaB  4eDKac  ■■■■■  è^  fiiinnliH  4s  T>n  ■-!   ^n 
!««•  «mmAi  pm  mL.  —  Mdw  MfipiK  fK  rCa^p^M  es  TaitaiBs 

Mp«^  «1 CB  ««SB  Vdifin,  «B  as  Bi^a,  asMa^ui  ,»^i 
K  CavriM.  par  «M«^  4  nuif  y  i     «i  ii  \   a-^tfn:   . 


J.  JuKG,  Ramer  und  Romantn  in  dtn  Donaulandern  61 5 

refuge  ;  mais  il  fut  saisi  par  des  VaUques  auxquels  le  bruit  de  sa  fuite  était 
arrité,  et  qui  le  ramcn^ent  i  l'emperear  :  xol  -tCm  tîk  PodccCic  Apfwv  X«6o(Uvoc, 

c;  to'intW  np-ôi;  pa-nVéa  t:a>iv  àTT^ycro.  Il  résulte  évidemment  de  ee  passage  que 
des  Valaqucs  arrêtèrent  Andronïc  i  l'entrée  des  montagnes  gallicicnnes,  c'est- 
i'dire  vers  le  nord-ouest  de  la  Moldavie.  Faut-il  en  conclure  que  la  Moldavie 
était  alors  rouniaine?  Assurément  non.  Il  résulte  de  textes  que  j'aurai  occasion 
de  citer  dans  un  autre  article  qu'au  XVIII'  siècle  cocorc  la  Moldavie  était  occu- 
pée par  des  peuples  variés,  dont  les  Roumains  ne  formaient  qu'une  partie. 
Mais  les  populations,  de  race  quelconque,  qui,  ayant  adopté  la  langue  latine, 
sont  devenues  les  populations  roumaines  actuelles^  ont  manifesté  pendant  des 
siècles  et  manifestent  encore  partiellement  le  goût  le  plus  vif  pour  la  vie 
nomade.  Ce  sont  des  vagabonds  vataques  qui  occasionnent  en  976  la  plus 
ancienne  mention  du  mot  D>&-/ot  ;  dans  presque  toute  la  région  du  sud  du 
Danube,  les  Valaques  mènent  une  vie  errante,  généralement  comme  pâtres , 
c'est  comme  pâtres  qu'ils  apparaissent  à  peu  près  partout  où  leur  apparition  a 
été  notée  par  les  historiens  ou  constatée  par  des  chartes  (cf.  Jung,  p.  348)  ; 
c'est  coinine  pâtres  que  Roesler  admet  qu'ils  ont  traversé  le  Danube  pour 
prendre  possession  des  vastes  prairies  de  la  Roumanie  et  des  vallées  alpestres 
de  la  Transtivanie.  Que  Rœsler  ait  un  peu  trop  avancé  l'époque  de  cette  inva- 
sion lente,  insensible  et  continue,  qu'il  y  ait  eu  des  nomades  parlant  roumain 
au  nord  du  Diinubedês  le  XII*  siècle,  c'est  ce  qui  n'importe  pas  essentiellement 
i  sa  thèse  :  rien  ne  prouve  que  ces  nomades,  parcourant  ta  Moldavie,  laquelle 
n'a  jamais  appartenu  aux  Romains,  descendissent  des  anciens  colons  de  la  Dacie 
plutAt  que  de  ceux  de  la  Mésie. 

Le  chapitre  IX  du  livre  de  M.  J.  est  un  appendice  contenant  quatre  digres- 
sions relatives  au  district  montagneux  de  Bihar  (limitrophe  entre  la  Hongrie  et 
la  Traasitvanie)  :  la  dernière,  due  i  un  savant  du  pays,  donne  une  liste  de 
noms  d'arbres  et  de  plantes  dans  la  forme  du  dialecte  roumain  de  ce  district  ; 
ces  noms  ne  diffèrent  en  général  des  noms  roumains  ordinaires  que  par  l'ortho- 
graphe adoptée  ici  ;  ils  ne  justifient  assurément  pas  les  réflexions  admiratives 
de  M.  J.  sur  €  l'énergie  avec  laquelle  le  génie  du  latin  s'est  enraciné  sur  le  sol 
dacique  et  s'y  est  perpétué  pendant  plus  de  quinze  siècles.  »  Ceux  de  ces 
noms  qui  sont  latins  d'origine  se  trouvent  aussi  bien  dans  tout  le  domaine 
roumain  et  ont  été  importés  dans  le  Bihar  avec  te  reste  de  la  langue.  —  Ce 
petit  vocabulaire  mal  rangé  est  précédé  d'une  liste  de  noms  de  lieux  roumains 
dans  le  Bîhar  qui  n'offre  également  que  peu  d'intérêt,  dénuée  comme  elle  l'est 
de  toute  explication.  On  en  peut  dire  encore  plus  de  ta  seconde  t  digression  i», 
qui  prétend  prouver  que  les  Magyares  altèrent  sciemment  tes  noms  de  lieux 
roumains  pour  tes  déguiser,  et  qui  prouve  seulement  qu'ils  en  rendent  le 
son  avec  leur  orthographe.  —  Enfin  la  première  digression,  faite  à  t'aide  des 
travaux  récents  des  statisticiens,  tend  à  établir  et  n'établit  nullement  que  les 
Roumains  du  Biliar  y  sont  plus  anciens  que  les  Szelcler,  les  <  Saxons  d  et  les 
Magyares.  Pour  appuyer  son  opinion,  M.  J.  va  jusqu'à  insérer  des  observations 
L  sans  aucune  valeur,  par  exemple  le  prétendu  style  roman  dans  lequel  les  Mozes 


ïl6  COMPTES-RENDUS 

(nom  des  habitanls  roumains  de  ces  régions)  bâiissent  leurs  maisons  :  *  Porte  et 

fenêtre sont  en  plein  cintre,  etc.  i  Je  ne  savais  pas  que  le  style  roman  reinon* 

tait  au  temps  de  Tempire  romain!  Ailleurs  on  signale  les  ressemblances  entre 
le  système  des  pâtures  des  montagnes  en  Transilvanie  et  en  Suisse,  ressemblances 
qui  doivent  tenir  i  ce  que  dans  les  deux  pays  les  populations  sont  originairement 
romaines  ;  ou  on  déduit  l'établissement  des  Roumains  dans  le  Bihar  au  Xlll"  siècle 
de  ce  qu'une  espèce  de  kermesse,  commune  k  plusieurs  villages  hongrois  et  rou- 
mains, remonte,  d'apris  la  tradition^  à  une  victoire  remportée  en  commun  sur  les 
Mongols  en  [  342  ou  1 246  1  Les  Roumains,  si  nombreux  aujourd'hui  enTransil- 
vanie,  n'ont  pas  de  nom  ï  eux  pour  ce  pays  :  ils  l'appellent  Ardila,  ce  qui  est 
évidemment  le  mag.  Erdtïy  (=  pays  des  forétsK  M.  J.  a  l'air  de  douter,  avec 
un  auteur  qu'il  cite,  de  l'identité  des  deux  noms,  puis  en  note  il  explique,  avec 
un  autre,  ce  nom  par  le  fait  que  f  les  Valaques  occupaient  les  montagnes  et 
les  vallées,  mais  n'étaient  pas  les  maîtres  du  pays.  *  fl  est  cependant  probable 
que  si  le  pays  avait  été  habité  lors  de  la  conquête  magyare,  il  aurait  eu  un 
nom,  et  on  n'aurait  pas  eu  besoin  de  lui  en  fabriquer  un  différent  en  latin 
(Trens-iUvania)^  en  hongrois  {Erdily)  et  en  allemand  {Siehtnbûrgtn}.  Tous  les 
faits  que  rapporte  M.  h  concordent  d'ailleurs  Â  prouver  que  les  Roumains  sont 
arrivés  en  Transilvanie,  comme  ailleurs,  par  petites  troupes,  surtout  comme 
pâtres,  et  qu'ils  se  sont  d'abord  restreints  aux  pâturages  de  montagnes  qui 
n'avaient  pas  de  maîtres.  Au  reste,  qu'ils  y  soient  venus  avant  ou  après  les 
autres  occupants  du  pays,  cela  peut  avoir  un  intérêt  pour  les  luttes  actuelles 
entre  ces  diverses  nalionatilés,  mais  cela  ne  touche  pas  à  la  question  de  savoir 
s'ils  y  sont  restés  depuis  le  111*  siècle.  Les  Magyares  et  les  Saxons  ne  sont  li 
que  depuis  le  XII"  siècle  ;  auparavant  le  pays  était  désert,  et  quand  quelques 
bergers  valaques  y  auraient  mené  des  troupeaux,  cela  ne  changerait  rien  i  la 
question. 

M.  Jung  dit  assez  mal  à  propos,  en  parlant  du  témoignage  de  Vopiscos  sur 
l'évacuation  de  la  Oacie  :  c  C'est  dommage  que  ceux  qui  voulaient  y  faire 
croire  les  autres  n'y  crussent  pas  eux-mêmes  (p.  242)  •;  et  ce  qui  le  prouve, 
d'après  lui^  c'est  que  Renier  a  écrit  un  livre  pour  démontrer  un  fait  que  le 
témoignage  de  Vopiscus,  s'il  y  avait  cru,  aurait  suffi  à  établir.  On  peot  se 
demander  avec  plus  de  raison  si  M.  J.  croit  lui-même  à  la  thèse  qu'il  soutient. 
Il  réduit  les  débris  des  Romani  restés  en  Dacie  à  quelque  chose  de  si  insigni- 
fiant qu'en  vérité  on  ne  comprend  pas  qu'ils  aient  pu  avoir  jamais  la  moindre 
importance  ethnographique.  Il  reconnaît  qu'il  y  a  eu  une  forte  émigration  rou- 
maine du  sud  au  nord  du  Danube  (p.  248),  seulement  pas  une  émigration  f  au 
sens  de  Rcesler  »  ;  il  constate  aussi  (p.  2^8)  •  que  le  centre  de  gravité  des 
masses  roumaines  s'est,  dans  le  cours  du  temps,  transporté  du  sud  au  nord  •>, 
Il  essaie  Irés-mullement  d'atfaiblir  la  portée  des  remarques  de  Roesler  sur  le 
caractère  ancien  et  bulgare  des  mots  slaves  si  nombreux  en  roumain  '  ;  et  il  ne 
trouve  rien  à  répondre  à  l'objection,  décisive  en  effet,  de  M.  Schuchardt»  liréc 
de  l'étroite  ressemblance  du  roumain  du  sud  et  du  roumain  du  nord,  non  plus 


I.  ce  qae  M,  J  dit  là-dessus  d'iprèa  le  livre  de  Jirecek  (p,  2f4,  aj?,  218)  est  trop 
vague  pour  être  sérieusement  discuté.  Notoru  d'ailleur»  que  M.  Jire»k  ic  range,  sur 
l'origine  des  Roumains,  à  l'opinion  de  Rosier. 


3.  Jung,  Ramer  und  Romanen  in  dtn  DonaaUndern  617 

qu'i  celle,  également  fone,  qui  résulte  de  l'influence  albanaise  constatée  dans  la 
grammaire  et  le  vocabulaire  du  roumain  ;  il  se  borne  i  dire  que  •  la  th^  de 
l'iramigration  doit  alors  se  formuler  autrement  (?)  et  se  fonder  exe lusi veinent 
sur  une  base  linguistique  (p.  343)  ».  C'est  presque  abandonner  la  partie. 

Si  on  veut  que  Rœsler  la  gagne  tout  1  fait,  il  faut^  après  avoir  lu  l'ouvrage 
de  M.  Jung,  relire  dans  les  Romanischt  Staiiien  (cf.  Rom,,  I,  2^8)  le  chapitre 
qu'il  a  prétendu  réfuter.  On  y  trouvera  une  loule  d'arguments  subsidiaires  dont 
M.  J.  o'a  rien  dit,  par  exemple  l'absence  de  toute  mention  de  la  régioo  rou- 
maine au  nord  du  Danube  dans  les  documents  ecclésiastiques  du  moyen  âge. 
Ces  Romani  demeurés  en  Dacie  étaient-ils  restés  païens?  adora-t-on  Jupiter  en 
TransilvanJe  jusqu'au  XII"  siècle?  S'ils  étaient  chrétiens,  qui  lésa  convertis? 
Comment  n'avaient-ils  pas  d'évéques?  Où  prenaient-ils  leurs  prêtres?  Quand 
Vnlftla  eut  baptisé  quelques  Goths  dans  le  pays  qui  est  aujourd'hui  le  Banat  ou 
la  Valachie,  il  dut  passer  le  Danube  avec  eux,  en  348,  pour  échapper  i  la  colère 
de  ses  compatriotes;  et  cependant  une  population  chrétienne  aurait  vécu  li,  sans 
que  personne  en  ait  jamais  dit  un  mot  (Rccsler,  p.  88)!  —  Outre  les  argu- 
ments présentés  par  Rœsler,  ceux  qu'on  lui  a  opposés  et  qu'il  a  réfutés  sont 
pnit'ètre  aussi  frappants  en  sa  faveur  :  tous  les  faits  qu'on  a  cru  découvrir  à 
plusieurs  reprises,  attestant  l'existence  de  Roumains  au  nord  du  Danube  avant 
le  XII*  siècle,  se  sont  trouvés  être  des  erreurs  grossières  (comme  l'ornement 
d'église  dont  l'inscription  porte  1^7;  et  non  la;}},  ou  des  fabrications  (comme 
la  fameuse  chronique  hongroise  du  notaire  anonyme  du  roi  Bêla  ')■  £t  cependant 
les  Roumains  sont  presque  tous  convaincus  qu'ils  habitent  leur  pays  actuel 
depuis  l'époque  romaine  :  ils  cherchent  avec  ardeur  les  preuves  de  leur  antique 
établissement  dans  ce  pays,  et  ils  n'ont  pu  réussir  k  en  découvrir  un  seul 
vestige. 

Les  Roumains  accueineront  avec  empressement  l'appui  inattendu  qui  leur 
vient,  comme  le  coup  qui  les  avait  frappés,  d'une  université  autrichienne^.  Je 
sais  cependant  qu'il  commence  i  y  en  avoir  parmi  eux  qui  préfèrent  la  vérité  et 
la  science  aux  inspirations  d'un  patriotisme  mal  dirigé,  et  qui,  au  lieu  de 
s'évertuer  à  prouver  leur  antique  établissement  en  Dade,  ont  i  cœur,  ce  qui 
est  d'un  intérêt  bien  plus  grand,  même  au  point  de  vue  national,  de  préparer, 
par  des  recherches  historiques  et  linguistiques,  un  rapprochement  entre  eux 
et  leors  frères  du  sud  du  Danube,  encore  si  mal  connus,  et  qui  cependant 
ont  eu  au  siècle  dernier  une  si  intéressante  période  d'activité  intellectuelle. 
J'ai  déjà  eu  occasion  de  dire,  en  rendant  compte  du  livre  de  Rœsler,  que 
les  Romans  de  l'est  s'abusaient  en  voyant  dans  la  thèse  de  l'immigration  une 
offense  pour  leur  sentiment  national.  Tout  homme  éclairé  parmi  eux  doit  com- 
prendre aujourd'hui  qu'il  ne  peut  plus  s'agir  d'être  des  «  Romains  »  et  des 
■  fils  de  Trajan  ».  Si  c'est  un  grand  honneur  de  descendre  des  Romains  de 
l'Empire,  je  ne  saurais  trop  le  dire  :  en  général,  on  ne  nous  fait  pas  du  «  peuple- 
roi  t  de  ce  temps  un  portrait  extrêmement  flatteur;  mais  ce   qui  est  pariaite- 


I .  M.  J.  essaie  (p.  399)  de  prouva-  que  ce  romancier  atteste  l'opTaJon  de 
il  eit  fon  possible  qu'au  xm*  siècle  les  Magyares  a'aieoi  pas  su  que  les  Aoun 
de  nouvuux  venus  en  Transilvinie. 

1.  lli  l'om  déji  hit  :  voy.  nom.,  vil,  479. 


Eon  temps; 

Aoumaioi  éuieot 


6i8 


COMPTES-RENDUS 


ment  sbr^  c'est  que  les  Roumains  n'en  descendent  pas.  Les  colons  amenés  en 
Dade  par  Trajan  avaient  été  appelés  de  toutes  les  parties  du  monde  romain 
(surtout  d'Orient),  excepté  précisément  d'Italie  ^voy.  Jung,  p.  91).  Au  reste» 
avec  la  théorie  de  M.  Jung,  ce  ne  serait  que  la  lie  de  ce  peuple  mélangé  qui 
serait  restée  adhérente  au  sol  de  la  Dacic  :  belle  succession  i  revendiquer!  Je 
ne  crois  pas  non  plus  que^  fussent-ils  demeurés  immobiles  dans  l'ancienne  pro- 
vince de  Oacie,  les  Roumains  eussent  des  droits  à  s'appeler  Daco-Romans  :  je 
pense  qu'il  resta  bien  moins  de  Daces  dans  la  province  que  ne  le  suppose  M.  Jung, 
et  quant  aux  Daces  demeuras  indépendants  hors  des  limites  de  la  province,  ils 
n'ont  évidemment  pas  plus  d'importance  dans  la  question  que  les  Cumaos  ou 
les  Pelchénègues.  Mats  quel  avantage  y  aurait-il  pour  les  Roumains  i  avoir 
dans  leurs  veines  du  sang  dacc  plutôt  que  du  sang  illyrien,  thrace  et  peut- 
être  cdte  (car  les  Celtes  de  Pannonic  ont  dû  pénétrer  en  Mésie)?  Si  ce  sont  les 
descendants  1  la  cinquième  ou  sixième  génération  des  colons  amenés  par  Trajan 
en  Dacie  qu'ils  tiennent  à  avoir  pour  ancêtres,  la  thèse  de  Timmigration  ne  les 
leur  enlève  pas  :  en  effet,  ces  cotons,  transportés  en  Mésie.  contribuèrent  assu- 
rément pour  une  très-large  part  à  la  formation  de  ces  Romans  ou  Valaques  de 
l'empire  d'Orient  qui,  aujourd'hui,  sont  partagés  en  deux  groupes  inégaux',  l'un 
au  sud,  l'autre  au  nord  du  Danube.  L'un  de  ces  groupes  a  réussi  i  fonder  une 
nation,  au  moins  dans  sa  masse  la  plus  importante;  il  a  une  littérature;  il 
vient  de  conquérir  son  indépendance.  L'autre,  qui  au  moyen  âge  a  eu  de  bril- 
lantes destinées,  est  aujourd'hui  dispersé  et  n'a  pas  conscience  de  lui-même.  Il 
n'en  est  pas  moins  le  tronc  primitif  dont  celui  du  nord  s'est  lentement  détaché. 
Placés  entre  les  Illyriens,  obstinément  fidèles  A  leur  idiome  et  à  leurs  mours 
nationales,  et  les  populations  grecques  ou  grécisées  de  Macédoine  et  de  Thrace, 
les  Romans  d'Orient  avaient  déjà  de  la  peine  à  conserver  leur  langue  et  leur 
nationalité  dans  le  sein  de  l'empire  byzantin.  Ils  subirent  de  plus  rudes 
épreuves  encore  quand  les  Slaves  se  répandirent  sur  toutes  ces  contrées  et  ks 
isolèrent  de  l'Italie,  06  le  Friout,  avec  son  dialecte  voisin  du  roumain,  montre 
encore  l'endroK  de  la  brisure.  Les  Romans  de  la  Dalmatic  et  de  nityrie  ont 
été  presque  absolument  slavisés  ou  se  sont  italianisés  plus  tard;  ceux  delà 
presqu'île  du  Balkan  ont  résisté,  et  ils  sont  arrivés,  en  s' affaiblissant  il  est  vrii 
chez  eux,  i  franchir  le  Danube  et  à  se  créer  une  patrie  indépendante  :  leurs 
descendants,  qui  ont  recueilli  le  résultat  de  longs  et  insensibles  progrés,  seraient 
ingrats  de  les  renier.  Ces  descendants,  à  la  vérité,  sont  intimement  mêlés  i  des 
honmes  d'autre  provenance.  Plus  on  étudie  la  formation  de  la  nationalité  roumaine 
plus  on  voit  que  l'assimilation  d'éléments  slaves  y  a  largement  contribué  :  mais 
le  principe  roman  et  romain  par  excellence  n'est-il  pas  préciséments  connue 
j'ai  eu  occasion  de  l'énoncer  dans  les  premières  pages  de  ce  recueil,  la  fusion 
des  races  et  la  subordination  du  sang  à  la  culture.^  Les  Roumains  donneront  un 
viril  exemple  et  la  meilleure  preuve  de  la  sûreté  de  leur  conscience  nationale 
quand  ils  étudieront  et  enseigneront  leur  histoire  loin  de  tous  les  préjugés  et  de 


1.  C'est  sans  doute  par  une  simple  Inadverrance  que  M.  J.  évalue  (p.  ajo)  1  huit 
millions  les  Roumains  da  sud  du  Danube  :  ce  chiffre  est  i  peine  atteint  par  cetuc  du 
nord.  Les  Roumains  du  sud,  d'après  la  moyeane  vraisemblable  des  évaiaatiotts  irèl 
Tariées  dont  tli  oai  été  l'objei,  ne  doivent  pas  compter  plus  d'un  million  d'indiridas. 


C.  VON  Lebinski,  Du  Dulimtion  dtr  Sttbitanîiva  in  der  OU-Sprache  6 1 9 
toutes  les  illusions  d'un  autre  âge,  et  qu'ils  chercheront  la  garantie  de  leur 
avenir  dans  l'inielligence  du  présent  et  non  dans  l'exaltation  vaine  d'un  passé 


fictif  <. 


G.  P. 


» 


* 


I 


Die  Declination  der  Substantiva  in  der  Oîl-Sprache.  t.  Bis  auf 

CresticQs  de  Troies.  Philologische  Inaugural- Dissertât  ion  iBreslauj....  [von] 
Casimir  von  Lebi?ifik.i.  Posen,  1878,  in-8',  \^  p. 

Un  élève  de  M.  Grsber  nous  donne  ici  le  commencement  d'un  tableau  histo- 
rique de  l'ancienne  déclinaison  française,  examinée  seulement  dans  les  substan- 
tifs :  M.  de  Lebinski  arrête  pour  le  moment  son  étude  au  Xll"  siècle.  Elle  est  faite 
avec  beaucoup  de  soin  et  d'intelligence,  et  sera  assurément  très  utile  à  coo- 
snlter.  J'en  relèverai  les  points  les  plus  saillants,  en  présentant  quelques  obser- 
vations. 

L'auteur  commence,  avec  raison,  par  distinguer  la  déclinaison  masculine  et  la 
féminine;  il  glisse  trop  légèrement  sur  le  neutre,  qui  n'a  pas  laissé  seulement 
dans  la  langue  vulgaire  les  traces  de  pluriel  qu'il  indique;  le  singulier  s'est 
maintenu  plus  qu'on  ne  le  croit  communément.  —  A  propos  des  mots  comme 
prophite^  pape  (mots  savants  d'ailleurs),  traités  en  féminins,  M.  de  L.  cite  i  tort 
comme  une  exception  H  prophète  dans  S.  Bernard  :  /i  est  ici  le  nom.  sg.  fém. 
de  l'article.  —  Dans  la  question  de  savoir  si  lesnomin.  fém.  vertaz^  riens,  etc., 
sont  en  français  antérieurs  ou  postérieurs  aux  nomin.  vertut,  rien,  etc.,  M.  de  L. 
se  range  i  mon  avis  contre  celui  de  M.  Tobler  (cf.  fiom.,!!,  loj),  et  il  explique 
les  formes  avec  s  qui  se  trouvent  dans  la  Passion  par  les  habitudes  méridionales 
du  scribe.  Au  reste^  M.  Tobler  ne  prétend  nullement,  bien  entendu,  que  nrtuz^ 
riens  représentent  virtus,  res;  mais  il  pense  que  déjà  en  gallo-roman  on  avait 
ajouté  à  la  forme  de  l'accusatif  une  s  empruntée  à  l'ancien  nommatif  ou  au 
nominatif  masculin  :  virtute-s,  rem-s  :  par  conséquent  il  importe  peu  à  sa  théorie 
que  chaire  {caurm  vienne  ou  ne  vienne  pas  de  càhr  ;  cependant  ce  mot  isolé 
{suer  de  sôror  est  dans  d'autres  conditions)  est  embarrassant,  et  on  accueillera 
volontiers,  sauf  contrôle  ultérieur,  ta  proposition  de  M.  de  L.  d'y  reconnaître 
Tinlin.  calcre  devenu  cnlere  et  pris  substantivement.  —  Pour  expliquer  un  grand 
nombre  de  dérogations  apparentes  aux  règles  de  la  déclinaison,  l'auteur  expose 
avec  toute  raison  la  tendance  de  l'ancienne  langue  à  employer  les  abstraits  au 
pluriel  et  s'en  sert  très  heureusement  pour  restituer,  en  y  remplaçant  le 
singulier  par  le  pluriel,  beaucoup  de  passages  qui  semblaient  gravement 
incorrects.  —  Indiquons  encore  l'excellente  correction  de  passages  de  Be- 

I  Cet  articte  éuh  imprima  quand  j'ai  prit  coosaissance  du  remarquable  arride  de 
M.  Tomaidick  daiu  ta  Ztiuchtijt  fur  die  mUrreich.  Cymatjien,  XXVIIl  (1877),  p.  441- 
4JJ.  Tout  en  rendant  iiutice  aux  mérites  du  livre  de  M.  t.,  et  en  accoids&i  même  à  ses 
obiections  «ntre  Renier  plus  de  force  que  je  ne  sois  porté  i  le  faire,  M .  Tomaschek 
déclire  qu'il  n'est  pas  converti  i  sa  thèM.  Il  peue  que  tous  les  Roumains  Ktueb  om 
leur  orîKuie  au  sud  du  Danube  :  seulement  il  ne  ctoïi  pas  qu'ils  descendent  des  Romani 
de  la  Miuie,  r>our  lui  ce  sont  les  Besses  romanisis,  peuple  de  jnationalité  thracc  établi 
dans  la  ré^tm  centrale  àc  l'Himas,  qui,  en  se  dispersant  de  divers  dlés,  ou  produit  à 
la  fols  les  VaUquet  du  sud  et  ceux  du  nord.  Cette  opinion,  qui  est  i  examinei,  fie 
toufae  pas  au  fond  de  la  question  :  elle  implique,  comme  celle  de  n<e»la,  la  aocKt^nti* 
nuitè  de  la  tangue  laiiDè  en  Dicie. 


630 


COMPTES-RENDUS 


ne«it  où  figure  le  mot  eschaajau;,  tandis  qu'il  faut  y  lire  chaajaut.  En 
revinche,  dans  ce  vers  De  la  lanche  traicha  H  jtrs  [Trok  2^64),  il  n'y  a  pas 
de  faute  :  U  ftrs  est  le  sujet  de  la  phrase.  —  Notons  <p.  27*  des  retnarqii« 
intéressantes,  nouvelles,  si  je  ne  me  trompe,  et  appuyées  d'exemples  sur 
l'emploi  du  singulier  où  on  altendraîl  le  pluriel,  dans  des  locutions  compara- 
tives, par  ex.  11  jurent  corne  pon  {=  jacucrunl  sicul  porcus),  trop  Jirent  ^at 
vilains  [=  quod  villanus).  —  Compainz  est  rangé  (p.  jii  avec  nia  et  ctuas 
parmi  les  mots  qui  avaient  originairement  une  ;  au  nom.  sg.;  il  cfil  fallu  donner 
des  explications  sur  ce  mot,  auquel  on  doit  joindre  goûscvinz  dans  le  RoL  et 
hourgoinz  qui  est  fréquent.  NU,  que  l'auteur  lit,  avec  l'éditeur  du  Tiiitan,  i  la 
p.  1)0  du  poème  de  Berol,  et  qu'il  essaie  d'expliquer,  est  impossible  :  les 
formes  de  régime  qu'il  en  rapproche,  mtndie,  main,  fil,  suer^  sont  tout  autre  t 
chose.  Au  lieu  de  La  mestec  àcsor  nos  n\i  il  faol  lire  La  mesla  du  or  vos  vii.  — 
Signalons  une  note  sur  avoir  nom  (p.  j  t),  une  étude  particulière  des  diverses 
façons  de  traiter  syntactiquement  le  mot  gentcp.  42},  et  enfin  une  très  intéres- 
sante digression  sur  l'emploi  du  nominatif  en  apposition,  même  à  un  mot  au 
régime  (£  U  àac  Guillaume,  sis  sue;  Puis  par  Richart^  uns  stuits  amis,  etc.).  II 
n'est  pas  sûr  que  l'explication  de  M.  de  L.  s'applique  à  tous  les  cas  qu'il  ctte, 
mais  elle  est  certainement  juste  pour  plusieurs  d'entre  eux,  et  elle  fait  honneur 
à  son  esprit  d'observation.  —  Les  conclusions  de  ce  petit  travail  sont  fudî- 
deuses,  et  l'auteur,  qui  a  abandonné  la  chimie  pour  la  philologie  romane,  et 
qui  montre  par  la  méthode  qu'il  emploie  sa  bonne  éducation  scientifique,  em- 
prunte d  SCS  anciennes  études  une  heureuse  comparaison  pour  l'objet  de  ses 
études  actuelles.  Souhaitons  qu'il  termine  l'examen  qu'il  a  entrepris  :  il  reprendra 
sans  doute  alors  celte  première  partie  ;  il  étendra  le  cercle  de  ses  recherches,  I. 
enfermées  dans  un  trop  petit  nombre  de  textes  ;  il  classera  plus  rigoureusement 
ceux  qu'il  emploiera,  et  ne  mettra  pas  par  exemple  dans  la  même  période  le 
S.  Brandan  et  les  Sermons  de  S.  Bernard  ;  tl  réparera  certaines  omissions,  comme 
celle  des  noms  de  ta  j°  décl.  latine  semblables  k  lion,  mouton,  qui  n'ont  dés  les 
plus  anciens  textes  que  la  forme  du  régime  ;  il  examinera  un  point  important 
qu'il  a  laissé  de  cAté,  t'influence  de  Vs  de  flexion  sur  la  consonne  Bnale  du 
thème,  etc.  Il  a  toutes  les  qualités  qu'il  faut  pour  mener  i  bonne  fin  cette 
tJlche  intéressante  et  considérable. 

G.  P. 


Ueber  die  Verbalflexion  der  œltesten  franzcBslBchen  Sprach- 
denkmeelerf  bis  zum  Rolandslied  cmschtiessiich.  inauguraUDissertation 
....  von  Heinrich  Kreusd.  Hcilbronn,  Henninger,  1878,  iri-8*,  ja  p. 

Cette  thèse  a  été  préparée  dans  le  séminaire  roman  de  M.  Stengel  à  Marbourg; 
elle  fait  honneur  à  la  méthode  qu'on  y  enseigne.  L'auteur  commence  par  établir 
que  les  travaux  antérieurs  sur  ta  malicrc  ne  rendent  pas  une  nouvelle  étude  | 
inutile  ;  il  montre  notamment  les  lacunes  et  les  erreurs  que  présente  le  travail  I 
de  M.  Trautmann  sur  la  conjugaison  du  Roland*,  et  il  Indique  ensuite  le  trait    ( 


I.  Il  est  bon  de  signaler  le  plagiat  commû  à  l'égard  de  M.  Trauirnann  par  M.  Le- 
nander  dans  une  dissertation  parue  i  Lund  en  1874,  plaçai  indiqué  par  M.  Freunii 
(p.  7). 


H.  Freund,  Ueb.  d.  Verbaîjlexion d.  dtlt.franzœs.  Sprachàtnkmdtf  62 1 

caracténslique  de  son  travail,  qui  est  de  distinguer  soigneusement  ce  qui  appar- 
tient i  la  phonétique  de  ce  qui  revient  à  I2  flexion,  et  sabsidiairemeot  de  mettre 
à  part  les  faits  traditïonaelSj  qui  remonteat  au  latin,  et  les  faits  nouveaux,  qui 
sont  proprement  français.  M.  Freuod  a  rigoureusement  exécuté  le  plan  qu'il 
s'était  tracé  \  je  lui  reprocherai  seulement  un  excès  de  concision  et  de  conden- 
sation qui  ne  rend  pas  toujours  aisées  la  lecture  et  la  prompte  intelligence  de 
son  mémoire.  En  outre  il  prend  pour  base  la  conjugaison  latine,  non  pas  telle 
qu'elle  nous  apparaît  et  qu'on  l'enseigne  dans  nos  écoles,  mais  telle  que  nous  la 
révèle  l'analyse  de  la  science  grammaticale  moderne  :  il  en  résulte  que  le  lecteur 
est  quelque  peu  désorienté,  Enfin  il  se  borne  trop  souvent  à  la  simple  consta- 
tation des  faits,  sans  chercher  il  en  retrouver  la  getûsc,  ce  qui  rend  son  opuscule 
bien  sec  et  lui  enlève  beaucoup  de  l'intérêt  qu'il  pourrait  avoir.  On  peut  aussi 
lui  reprocher  d'avoir  puisé  dans  un  trop  petit  nombre  de  textes  :  qu'il  ait 
écarté  la  Pûssion^  rien  de  mieux,  puisque  la  restauration  française  de  M.  Lùc- 
Icing  ne  l'a  pas  convaincu  plus  que  moi  ;  mais  on  s'étonne  qu'il  ait  laissé  de 
côté  le  Psaatur  d'Oxford  (sans  parler  du  PiUrinage  Je  CharUmagnt).  En 
revanche,  on  ne  peut  que  rendre  justice  ï  la  solidité  du  travail  de  M.  Freund, 
ï  sa  circonspection,  ï  sa  pénétration,  à  son  exactitude  ;  les  résultats  qu'il  a 
obtenus  peuvent  être  considérés  comme  acquis,  et  quelques-ans  ne  sont  ni  sans 
nouveauté  ni  sans  importance. 

Sa  dissertation  est  divisée  en  quatre  chapitres  :  A,  U  suffixe  personnel;  B.  U 
suffixe  modal;  C,  Formation  Jes  îtmps  1  D-  Voyelle  de  ILauon  et  de  dérivation.  Je 
crois  qu'il  eût  été  plus  simple,  au  lieu  de  rejeter  dans  ce  dernier  paragraphe 
tout  ce  qui  constitue  les  différences  des  conjugaisons  latines,  de  s'en  tenir  i  U 
vieille  division,  moins  scientifiqne,  mais  plus  commode  :  le  français  n'ayant  plus 
aucun  sentiment  de  l'existence,  dans  amamtu  par  exemple,  d'une  voyelle  de 
liaison  et  d'une  voyelle  de  dérivation  fondues  dans  te  second  a,  il  me  paraît 
inutile  d'encombrer  notre  grammaire  de  ces  vestiges  anté-historiques.  J'en 
pourrais  dire  autant  de  plus  d'un  point  analogue  :  il  y  a  U,  Â  ce  qu'il  me 
semble,  un  certain  pédantisme  ;  mais  cela  ne  louche  pas  au  fond  des  choses. 
Voici  quelques  critiques  de  détail. 

A.  Suffixe  personnel,  M.  Fr.  met  sur  ta  même  ligne  les  2**  p.  sg,  nnpéf.  vas 
{AL  1 1  b),  oz  [Al.  14  a)  et  recreiz  (Rùl.  3892)  ;  mais  Vi7i  et  rartix  ne  sont  que 
des  fautes  de  copiste  ;  oz  est  attesté  par  de  nombreux  exemples  et  s'explique 
par  la  persistance  de  Vi  long  (Rom.,  Vil,  354).  —  L'auteur  étudie  longuement 
b  question  du  maintien  du  r  â  la  y  p.  sg.  du  prés,  de  l'ind.  des  verbes  de  la 
i'*  conj.,  notamment  dans  le  Roland:  il  examine  en  comparant  les  mss.  (sur  la 
base  de  ta  classiBcalion  de  M.  Rambeau,  voy  Kom.,  VU,  1  ^9)  les  passages  de 
Roland  où  figure  ce  t,  et  il  arrive  à  conclure  qu'il  n'est  assuré  que  dans 
4  exemples  sur6o,  qu'il  ne  l'est  qu'une  Cois  dans  VAlexis,  et  que  ce(  commence 
i  s'afTaiblir  depuis  les  ongines  de  b  langue.  Son  argumentation  ne  m'a  pas 
convaincu  :  je  ne  pense  pas  qu'on  puisse  conclure  de  la  langue  d'Eui  â  celle  du 
Roland,  et  les  deux  exemples  d'Eu/,  où  te  r  est  tombé  {trde^  perdette),  se  trou- 
vent devant  des  consonnes,  où  le  f  a  pu  ne  pas  se  prononcer  (surtout  dans  arde 
tost)  tout  en  se  maintenant  quand  le  mot  suivant  commençait  par  une  voyelle. 
Au  reste,  M,  Fr.  a  tort  de  dire  que  je  me  suis  rangé  iRom.j  III,  398) 


622  COMPTES-RENDUS 

à  Topinion  de  M.  Hill,  d'après  laquelle  le  t  était  toujours  prononcé  dans  le 
Roi.  J'ai  dit  simplement  que  j'adraeltrâis  plus  volontiers  celte  opinion  que  l'op- 
posée, et  j'ai  persisté  icf.  Rom.,  IV,  287)  à  penser  que  dans  le  Roi.  il  y  avait 
hésitation  entre  l'ancienne  et  la  nouvelle  forme.  —  En  relevant  ^es  j""  pcrs. 
plur.  en  um,  tins  et  umcs^  M.  Fr.  ne  se  prononce  pas  sur  le  rapport  dans  lequel 
elles  sont  entre  elles.  Il  remarque  que  dans  esmes,  liimes,  chanUma,  1  si  Vu  était 
tombé,  on  aurait  eu  !es  groupes  de  consonnes  sms^  cms  »,  etc.  Cette  remarque 
doit  être  étendue  aux  mots  comme  sumus  :  la  langue  n'a  pu  supporter  même 
le  simple  groupe  mi  *,  et  elle  s'en  est  débarrassée  de  trois  façons  :  en  supprimant 
1*5  (itm).  en  changeant  m  en  n  fu/tj),  en  intercalant  une  voyelle  d'appui  {âmes). 
Ve  de  avomcs,  sumts,  ne  représente  pas  à  mon  avis  lu  latin,  qui  devait  tomber, 
pas  plus  que  Vc  de  cnlrc  ne  représente  Yo  de  inUo  ;  c'est  une  voyelle  purement 
euphonique,  une  simple  halte  pour  ta  voix.  Pour  dimety  faimu,  chantâmes^  ce 
procédé  d'intcrcatation,  plus  nécessaire  à  cause  de  la  difficulté  particulière  des 
groupes,  a  été  usité  sans  doute  plus  anciennement  et  en  tout  cas  exclasivemenl. 
Les  trois  procèdes  employés  pour  a  {a,  e,  i)  4-  ms  ont-ils  été  en  usage  es 
même  temps  dans  les  mêmes  régions?  C'est  une  question  qui  reste  k 
examiner'.  De  même  !'<  de  csUs  amastts  ne  représente  pas  l'i  de  tsùs  amaristù  : 
il  s'est  inséré  dans  csu  amasis  (cf.  prov,  ttt  ùtnaz\  seuls  produits  réguliers  du 
latin. 

B.  Stifjixc  modal.  —  L'explication  de  pomt  par  poiiUi(m)  n'est  pas  bonne  : 
polist  ne  peut  se  séparer  de  pois.,  puis.  La  conjugaison  du  verbe  pota-e  en 
roman  est  difficile,  mais  se  laisse  très-bien  comprendre,  si  on  reconnaît  qu'elle 
présente  des  formes  appartenant  i  trois  types  différents,  dont  l'un  a  pour  indi- 
catif ;nyjo,  l'autre  ^0,  et  le  troisième  ^e^jOj  tiré  de  potso^  lequel  est  en  réalité 
potsum,  que  le  latin  vulgaire  a  refait  sur  poust.  Du  type  pocso  on  a  tiré  le 
lubj.  gfffsa,  devenu  en  prov.  puesra  ou  posca,  en  fr.  jjîisse.  La  conjugaison 
frioçaÏM  (et  provençale)  est  un  compromis  entre  les  formes  qui  se  rattachent  i 
pocso  et  celles  qui  se  rattachent  â  poto  :  de  \i  poons  â  cdté  de  je  pais,  poant  (pot' 
anle)  &  côté  àc puissant  [pocs-anlt]^  etc.  L'esp.  appartient  tout  entier  i  polo.  Vil. 
mêle  polo  et  posso.  Mais  l'explication  de  toutes  ces  formes,  que  j'ai  maintes 
fois  donnée  dans  mon  cours^  m'entraînerait  trop  loin.  —  Pourquoi  f 
a-t-il  un  c  dans  ckantasse  prisisic  et  chantasses  prcsusu^  etc.?  Ici  ce  n'est  pas 
une  question  d'euphonie  :  l'm  étant  tombée  en  latin,  on  devait  avoir  chantas^ 
presis  pour  les  deux  personnes  (cf.  oj,  paSy  etc.).  M.  Fr.  se  demande  si  on 
n'aurait  pas  changé  issem  issts,  etc.  en  issam  iisas^  etc.,  changement  dont  le 
provençal  oITre  quelques  exemples.  Il  serait  surprenant  en  ce  cas  que  (sauf 
aruisset  et  perdtsse  dans  Eut.)  la  3"  pers.  ne  se  présentit  jamais  avec  e;  l'ana- 
logie de  la  j<  pers.  sg.  de  l'impf.  ne  saurait  s'appliquer,  d'autant  que  les 
formes  ob  cette  personne  a  Ve  sont  générales  dans  les  plus  anciens  textes.  La 
cause  du  traitement  différent  des  deux  1'"  pers.  de  l'impf.  du  subj.  et  de  la  ;* 


I.  tl  paraTl  inarite  d'admettre  avec  M.  Lûcking  que  U  forme  qui  i  servi  de  base  ; 
formes  françaJKs  avait  redoublé  l'm  {canUimm:is],  mais  je  ne  puU  iboidn  ici  la  dif 
»ion  de  ce  poini. 

3.  Un  quatrième  procédé  a  été  l'intercalïiion  d'un  p  entre  n  et  s  :  devempi  daai  U 
Pass.;  il  ert  arrivé  que  l'j  est  tombée  et  que  le  p  est  raté  :  caalomp  [ib.].  Ces  formes 
paraissent  dialectales  :  le  provençal  n'a  que  m. 


H.  Freund,  Ueb.  d.  Verbalfiaùon d. dit.  franiœs.  Sprachdenkm£ler62^ 
doit  tire  dans  leur  consiiiuxion  différente  :  les  i*  et  j*  pen,  «e  terininâient  en 
Sj  la  )*>  enf  ;  on  aura  peut-tire  voulu,  dans  la  2<  pcn.^  distinguer  \*t  de  flexion 
de  \'s  du  thème  temporel  icjn/jij-5).  et  on  aara  intercalé  un  t  (d.  angL  MùM, 
etc.),  qui  aura  passé  par  analogie  i  la  i^*  personne. 

C.  Formation  dts  Umps.  —  M.  Fr.  explique  voir,  truit,  dains^  par  l'im- 
nixtion  des  formes  inchoatives.  Il  n'est  pas  le  premier  i  donner  cette 
explication,  qui  n'est  pas  bonne  :  le  subfonclif  correspondant  i  vois  est  votUf 
tandis  que  la  forme  inchoative  serait  au  moins  vottu ,  en  outre,  le  suffixe 
inchoalrf  bit  partout  où  il  s'ajoute  une  syllabe  séparée  et  accentuée,  tandis 
qu'ici  il  ne  fournit  que  l'élément  atone  d'une  diphlhongue.  Au  reste,  yo'a  d'une 
part  [plus  eslou),  —  rtiis  trais  piujs  de  l'autre,  —  et  enfin  dmns  forment  sans 
doute  trois  classes  parfaitement  distinctes,  qu'il  faut  étudier  chacune  pour  soi. 
—  Je  noterai,  à  propos  de  l'imparfait,  que  |e  ne  trouve  pas  du  tout  nécessaire 
la  restitution  proposée  du  vers  ii6e  à'Alexis  :  od  ne  signifie  certainement  pas 
vers,  mais  rien  ne  dit  que  la  fiancée  d'Alexis  ffit  déjà  dans  U  chambre  nup- 
tiale quand  il  y  arrive  ;  le  contexte  indique  .bien  plutât  qu'ils  y  entrent 
ensemble.  —  Sur  les  parfaits  en  «i,  M.  Fr.  remarque  i  ■  Le  suffixe  ai,  se 
trouvant  après  U  tonique,  aurait  dû,  rigoureusement,  disparaître  tout  i  tait. 
Mais  l'analogie  de  la  conjugaison  en  4-  et  en  i-  le  fit  se  maintenir  sous  la  tonne 
u,  ce  qui  défigura  certains  thèmes  jusqu'à  les  rendre  méconnaissables  :  cf.  Jat, 
/ttf,  esmut.  B  Si  M.  Fr.  croit  que  Vu  de  dut  est  Vu  de  i/féuir,  qui  a  reçu  l'accent, 
il  commet  une  erreur  singulière.  Vu  de  dtbuit^  iacuit,  étant  séparé  de  la  tonique 
par  une  labiale  ou  une  gutturale  (cf.  Rom.^  VII,  464),  a  formé  avec  elle  une 
diphlhongue  forte  dont  il  est  le  second  élément  :  jàut,  jâui  ou  /iui,  dàtt^  con- 
tractés plus  tard  co  jat,  dui  ;  mut  est  de  même  pour  ntdut. 

D.  Voyelle  de  liaison  ou  de  dérivation.  —  La  gaucherie  de  cette  division  appa- 
ntt  surtout  en  ce  qui  concerne  te  participe  passif.  «  Dans  lu  verbes  primitif 
du  latin,  dit  l'auteur,  la  voyelle  de  liaison  i  était  drjà  souvent  tombée,  et  U  où 
elle  avait  subsisté  elle  devait  régulièrement  tomber  en  français,  comme  dans 
coint(S  de  cognitus.  Au  lieu  de  cela  Vi  fut  remplacé  par  u  accentué.  »  Se  peut-il 
voir  rien  de  plus  mécanique  que  de  dire  par  exemple  que  dans  ptrditam  on  a 
remplacé  Vt  de  liaison  par  u  accentué,  de  façon  i  avoir  pcrdut?  Faut-U  en  dire 
autant  de  conoût  pour  cognttam^  de  tondat  pour  tonsum,  etc.?  11  est  clair  qu'il 
faut  ici  procéder  plus  librement  :  le  français  (et  en  général  le  roman)  a  em- 
prunté aux  verbes  en  aère  leur  suffixe  accentué  de  participe  (ou  ce  qu'il  prenait 
pour  tel),  -uto,  et  l'a  appliqué  aux  thèmes  de  certains  verbes  des  2*  et  3"  conju- 
gaisons, pour  diverses  raisons  qu'il  serait  trop  long  de  rechercher  ici.  —  La 
substitution  de  l'o  i  Va,  t,  ou  1  latin  à  toutes  les  1'**  personnes  du  pluriel  (sauf 
au  parf.  de  l'ind.)  est  un  des  faits  les  plus  importants  et  les  plus  caraaéris- 
tiques  du  français.  M.  Fr.,  qui  s'en  occupe  i  propos  de  la  •  voyelle  de  dériva- 
tion *a,  est  porté  i  admettre  avec  M.  Delmsqueleson  u(u)  provient  de  la  nasali- 
sation de  l'ii.  Mais  il  n'y  a  dans  la  langue  aucun  autre  cKcinpIc  d'un  pareil  effet  de  la 
nasale  sur  Va  :  bien  au  contraire,  la  nasale  a  sur  Va  accentué  qui  la  précède  l'effet 
régulier  de  le  changer  en  ai  :  tantamus  devrait  donner  chanlauîs  (ou,  par  euphonie^ 
tkânUumes\Je  pense  même  qu'il  l'a  donné,!  une  époque  antérieure  à  tous  nos  textes; 
en  e^,  d'une  part,  dans  Les  cas  où  l'a  de  -amtu  suit  un  £  ou  un  jg,  ce  £  ou  j  >e 


624  COKPTES-RRNDUS 

comporte  comme  devant  un  d  et  aon  comme  devant  un  Oj  ce  qui  indique  que 
Va  s'est  maintenu  assez  tard  {couchons^  nageons)  ;  d'autre  part,  les  r'"  ptrs-  en 
Mats  me  paraissent  être  des  restes  de  l'ancien  système,  non  encore  détruits  par 
l'analogie.  En  effet,  ces  formes  en  •Uns  apparaissent  exclusivement  et  rigalière- 
nent  dans  les  cas  où  Va  était  précédé  d'un  i\  qui  devait  lui  faire  produire  eo 
français,  devant  une  nasale,  ie  au  lieu  de  ai  :  seUns,  aicnSj  voilîUns^  de  *tiamiu^ 
*abiamuSy  ''voliamus^  sont  exactement  aussi  réguliers  que  TrourUj  mctens,  OrlUns, 
de  Troianus^  nudianuSj  Auniumis.  Il  est  difficile  de  comprendre  comment  les 
l^llabes  -ab-,  -tb-^  dans  cantabamus,  dtbtbamus,  se  sont  réduites  à  i,  mais  le  fait 
est  incontestable  :  chant-i-'uns,  dcf-i-iem  remontent  i  cant-i'ûmas^  dtb-i-amas, 
comme  crest'i-icns  k  chrisuhanai.  Fassiens  et  les  formes  analogues  {ckantassitns, 
etc.)  semblent  faire  eiceplion^  maisi!  faut  sans  doute  tes  regarder  comme  pure- 
ment analogiques,  ainsi  que  tes  1'"  pers.  du  prés,  du  subj.  chantiens,  venduiu  ; 
la  forme  habituelle  de  toutes  ces  personnes  est  simplement  en  ons,  identique 
par  conséquent  à  celle  de  l'ind,  prés.  (cf.  Rom.,  IV,  286).  La  transformation 
de  siamus,  voliamus,  caniiamus  en  stUns,  williaiSy  chantutns  (ou  sdanUy  etc.) 
suppose  la  transformation  parallèle  et  synchronique  de  cantamas  en  chanUiMS 
(ou  chantaimes).  De  même  dtbtmus  a  dû  donner  datinSj  et  le  dcvtmpi  de 
lUg.  contribue  à  l'attester.  Il  n'y  a  donc  pas  eu,  dans  la  représentation  de 
tantatnus,  dcb<mus  par  chantons,  derons,  de  phénomène  phonétique,  et  la  seule 
explication  possible  est  celle  de  Diez  {Gramm.,  trad.,  H,  2071,  i  laquelle 
M,  Fr.  refuse  de  s'associer.  De  toutes  les  1"*  pers.  plur,  en  ornes,  om,  «u, 
une  seule  a  une  base  latine,  c'est  somcs  ou  sons  de  samus  :  c'est  donc  celle-ii 
qui  doit  être  le  point  de  départ  de  toutes  tes  autres.  La  contagion  a  gagné 
tous  les  congénères,  comme  en  italien  la  forme  en  -iamo  des  subj.  de  certaines 
conjugaisons  a  envahi  tes  1'*'  pers.  plur.  de  tous  les  présents.  En  français^  les 
personnes  en  'Uns  nous  offrent  les  restes  des  formes  primitives,  peu  i  peu  sup- 
plantées, même  li,  par  les  formes  en  -ons,  -ions;  et  il  est  à  remarquer  que  diins 
le  sein  même  de  ce  groupe  archaïque  s'était  produit  un  travail  analogique,  qui 
lui  avait  annexé  les  i'**  pers.  en  -cmus.  Si  les  formes  en  -ons,  issues  de  sumaSf 
n'avaient  pas  subjugué  toutes  les  autres,  il  est  très  possible  que  les  formes  en 
-iw;  eussent  fait  la  conquête  des  1"*  pers.  du  prés,  de  l'indicatif,  et  qu'on  eût 
en  fr.  chanûins  pour  cantamus^  comme  on  a  en  itah  cant'tamo.  Ces  phénomènes 
d'analogie  surprennent  au  premier  abord  ;  ils  re  sont  cependant  pas  rares  dans 
l'histoire  des  langues,  mais  ils  y  sont  souvent  méconnaissables.  Si  somes^  après 
avoir  engendré  toutes  les  personnes  en  'OmeSj  -onSy  avait  disparu  (comrre  il  a 
disparu  par  ex.  en  provençal),  tout  un  chapitre  de  notre  grammaire  serait  inex- 
plicable. —  Chatii  et  lo/rti  ne  sont  nullement  douteux  ;  mais  leur  ri,  comme 
celui  de  tjiuràz  atendeiz,  relléte  non  pas  un  e,  mais  l'i  des  types  latins  'cadUo, 
îoUito,  i  à  la  fois  bref  et  muni  (en  latin  vulgaire)  de  l'accent.  Cette  tentative  de 
créer  une  forme  de  participe  faible  avec  'Jto  a  échoué  devant  le  soccès  de  -û<0; 
elle  a  laissé  des  traces  dans  ces  deux  participes  anomaux. 

En  somme,  il  y  a  beaucoup  à  ajouter  au  travail  de  M.  Freuad  ;  il  est  surtout 
nécessaire,  pour  bien  comprendre  le  sujet  qu'il  a  traité,  de  varier  plus  souvent 
le  point  de  vue  ;  mais  ce  travail  n'en  est  pas  moins  intelligent  et  utile,  et  doit 
être  accueilli  comme  un  bon  début.  G.  P. 


t 


PÉRIODIQUES. 


I.  —  Rkvtb  ohs  lakoub»  «OMAHss,  2'  séfie,  t.  V,  n'  4  (tj  avril).  — 
P.  i^j.  L'hangitt  selon  sunt  Jcan^  m  provrnca)  du  XIII*  siècle,  pu  Mi  è  par 
W.  Fœrster  (suite  rt  fin).  Il  y  a  encore  ici,  comme  dans  les  chapitres  précé- 
dents, on  assez  grand  nombre  de  petites  négligences,  qu'il  me  paraît  inutile  de 
relever,  l'édition  commencée  par  Miss  Shields  paraissant  devoir  être  terminée 
prochainement.  —  P.  180-4.  A.  RoqueFcrricr.  L*r  dts  injinitifien  langue  foc. 
L'auteur  montre  que  l'r  6nal  des  infinitifs  est  encore  maintenant  prononcé  dans 
les  patois  provençaux  des  Alpes,  ce  qui  était  connu  bien  avant  la  publication  dn 
travail  récent  de  MM.  Chabrand  et  de  Rochas  sur  le  patois  du  Qucyras,  tra- 
vail sur  lequel  s'appuie  M.  A.  Roque-Ferner.  Cet  r  est  notamment  conserve 
dans  les  Chants  popalairts  àt  la  Provtnct  de  M.  Oamase  Arbaud,  qui  appar- 
tiennent au  parler  des  Basses-Alpes.  M.  A.  R.-P.  constate  en  outre,  ce  qui  est 
plus  nouveau,  le  changement  en  certains  pays  de  cet  r  en  :  quand  le  mot  sui* 
vant  commence  par  une  voyelle,  fait  qui  a,  comme  on  sait,  des  précédents  fort 
anciens.  Mais  ce  qui  me  parati  tout  X  fait  propre  à  certains  dialectes,  i  leur 
étal  moderne,  c'est  te  changement  de  ce  même  r  final  en  r.  Quant  à  l'r  médiat 
devenant  r  dans  beguttti,  btgueUm^  j'y  verrais  plutôt  un  fait  d'analogie  qu'un 
fait  de  phonétique.  —  P.  2oj.  Périodiques.  M.  Boucherie,  à  propos  de  rem- 
ploi non  étymologique  du  r  6nal  que  j'ai  signalé  ci-dessus  p.  107,  dit  que  ce 
phénomène  a  déjà  été  étudié  par  M.  Chabaocau.  Cela  est  vrai  en  ce  sens  que 
M.  Chabaneau  nous  a  récemment  adressé  sur  ce  sujet  un  article  étendu  qui  sera 
publié  dans  notre  prochain  numéro,  mais  au  moment  où  j'écrivais  je  n'avais 
connaissance  d'aucun  travail  sur  le  même  sujet. 

P.  M. 

II.  —  CionNALE  Di  FtLOLOQU  romanza,  I,  a.  —  P.  69,  D'Ovidio,  Dt 
ano  Uaàio  dtl  prof.  U.  A.  CancUo  intorno  al  wcatismo  tonico  Ualiano  ;  critiques 
intéressantes  et  justes  en  général  sur  le  travail  en  cours  de  publication  de 
M.  Canello  (voy.  Rom.^  VII,  }^j).  M.  d'O.  combat  non  sans  raison,  au  moini 
dans  ses  excès,  la  |tendance  des  romanistes  i  rejeter  dans  le  latin  vulgaire,  où 
on  n'en  recherche  pas  les  causes,  toutes  tes  irrégularités  que  présente  le  dialecte 
étudié  par  chacun  d'eux  :  <  Se  pure  non  si  voglia  ammcttere,  dimeniicando 
l'aniti  délia  scienza,  che  tutto  il  da  fare  dcl  romaniita  dcva  consislere  nello 
scaricar  tutti  i  garbugli  c  i  ^idj  addosso  al  latinista.  t  —  P.  84.  P.  Rajna, 
Un  Sen/enttse  contre  Roma  td  un  canto  alla  Vagine.  M.  R.  a  découvert  qu'une 
prière  i  la  Vierge  contenue  dan^  divers  mu.  a  euctemeal  le  même  rfaythmc  et 

Romania,  vn  »q 


636  PÉRIODIQUES 

le  même  nombre  de  strophes  que  le  célèbre  serventois  de  Gu.  Figueira  contrt 
Rome  *.  It  en  condut  que  le  serventois  a  été  fait  sur  le  son  de  ce  chant  piou, 
ce  qui  devait  ajouter  plus  dépiquant  à  cette  sanglante  satire,  et  il  pense  a 
général,  s'appuyant  sur  un  passage  de  la  Doctrina  de  œmpondrc  dictati  (Aon.. 
VI,  Hî))  S"^  '^  "^"^  ^^  serventois  vient  à  ce  poème  de  ce  qu'il  dépendait  d'w 
autre,  de  ce  qu'il  lui  était  autn-ïy  en  ce  sens  qu'il  était  composé  sur  un  air  dé|i 
connu  ;  c'est  aussi  l'opinion  de  M.  Tobicr  {voy.  Gisi,  Cmllem  Anelur,  p.  24)  : 
elle  n'est  point  partagée  par  M.   Bartsch   [ZcitschT.^  H,   132},  et   elle  ne  ne 
satisfait  pas  non  plus  :  siryaiusc  jc'est  la  forme  primitive)  se  rattachant  visible- 
ment i  sincnt  ei  non  à  semr,  le  mot  ne  peut  guère  désigner  qu'un  genre  de 
poésie  propre  aux  strve/it:,  composé  par  eux  ou  pour  eux  ,  mais  le  sens  précis 
et  la  raison  de  cette  désignation  restent  obscurs  *.   —  P.  92^  A.  Gral,  Di  aa 
poemd  ineduo  di  Ccsrlo  Marullo  e  dt  Ugo  conte  d'Alvernia.  M.   Gr.  analyse  le 
poème  de  ce  nom  conservé  en  ms.  à  la  bibliothèque  de  Turin;  il  laisse  de  c6tè, 
après  les  avoir  indiquées,  les  autres  versions  italiennes  du  même  sujet,  sur  les- 
quelles M.  Rajna  nous  a  promis  depuis  longtemps  une  étude.  1^  ms.  de  Turio 
est  écrit  dans  une  sorte  de  baragouin  extraordinaire,  où  le  vénitien  domine, 
mais  où  les  formes  françaises  sont  beaucoup  plus  rares  que  dans  la  plupart  des 
mss.  franco-italiens.  II  est  divisé  en  strophes,  mais  la  rime  ne  s'y  présente  que 
de  temps  en  temps  :  M.  Gr.  a  observé  avec  sagacité  que  dans  le   plus  grand 
nombre  des  cas,  en  restituant  i  ta  fin  des  vers  d«  formes  françaises  pour  les 
formes  italiennes,  on  obtient  des  rimes,  ce  qui  prouve  que  le  poème  est  «ne 
traduction   (je  reviendrai  à  l'instant  sur  ce  point}  d'un  original  franchis.  Mais 
M.  Gr.  s'est  trompé  en  regardant  cet  original  comme  écrit  par  un  Français  : 
outre  qu'il  contient,  dans  le  fond  comme  dans  la  forme,  des  traits  absolument 
italiens  (M.  Gr.  y  a  relevé  d'incontestables  imitations  de  Dante),  les  formes 
attestées  par  les  rimes  sont  bien  loin  d'être  toutes  correctes,  comme  le  dit 
l'auteur  de  l'article.   D'abord  il  faut  restituer  non  des  assonances,  comme  il  le 
fait,  mais  des  rimes  exactes,   ce  qui  amène  bien  souvent  des  form^  non  fran- 
çaises ;  puis  même  dans  le  petit  nombre  de  passages  qu'il  cite  on  peut  relever 
encor  et  »or  dans  une  laisse  en  our  (p,  101),  meta  dans  une  laisse  en  u  {p.  loa 
et  lOj),  une  série  de  formes  barbares  en  al  (p.  '107),  ou  des  mots  forgés  gros-  J 
sièrement  comme  ahcmabh  (p.  104)  pour  auvergnat.  L'auteur  original  de  Hiuon 
d'Auvergne  était  donc  bien  un  Italien,  quoiqu'on  puisse  admettre  qu'il  aît  connu 
le  français  mieux  que  beaucoup  de  ses  rivaux.  Quant  à  l'auteur  de  l'espèce 
d'appropriation  au  dialecte  vénitien  que  renferme  le  ms.  de  Turin,  M.  Gr.  émet 
aussi  la  singulière  hypothèse  qu'il  était  Français,  bien  qu'il  signale  lui-raéme 
divers  contresens  commis  par  cet  arrangeur  sur  le  texte  français  original.  Sa 
raison  est  le  nombre  considérable  de  mots  français  h  peine  italianisé  qui  se 
trouvent  dans  son  œuvre  ;  mais  il  est  trop  évident  que  ces  mots  étaient  dans 
l'original  et  y  ont  été  laissés  par  te  grossier  et  nonchalant  arrangeur.  Son  travail 
est,  si  je  ne  me  trompe,  tout  à  fait  sans  pendant  dans  l'histoire  de  notre  épopée     ' 


1.  Le  raéme  rhrthme  se  retrouve  encore  dans  une  pièce  de  Caucdm  Faidit  (voy.  Zeit- 
ichrijif.  rom.  Phit.  II,  aoj). 

2.  C'est  psr  un  hpiat  que  M.  R.  parle  de  U  célèbre  abbaye  de  S.  Martin  de  Limoges 
lu  lieu  de  S.  Martial. 


PÉRIODIQUES  6iy 

en  tulie  :  il  a  rapproché  le  texte  francoiialicn  original,  qui  devait  lui  sembler 
de  l'excellent  français,  de  son  dialecte  ou  plut6t  de  celte  espèce  d'idîcnw  mixte 
usiti  an  XIV*  siècle  dans  le  nord-est  de  l'Italie  ;  nuis  Undis  que  les  auteurs  de 
semblables  remaniements  ont  toujours  travaillé  pour  les  jongleun,  il  n'a,  lui, 
eu  en  vue  que  les  lecteurs,  qu'intéressa  il  seulement  le  contenu  du  poème  et  non 
la  forme  :  c'est  pourquoi,  tout  en  maintenant  à  l*aruvre  l'apparence  extérieure 
d'être  écrite  en  vers  et  en  laisses,  il  ne  s'est  aucunement  soucié  de  conserver 
ou  de  remplacer  les  rimes,  mettant  fort  bien  aspttti  à  la  place  d^aUnda  oQsortla 
i  la  place  de  uror  sans  s'inquiéter  de  troubler  te  cours  d'une  laisse  en  oa  ou  en 
or.  Il  ne  me  paraît  pas  certiin,  d'ailleurs,  qu'il  ait  borné  li  son  travail;  M.  Gr. 
cite  des  strophes  où  il  parait  impossible  de  retrouver  la  moindre  trace  d'une 
rime  française  et  où  l'aspect  général  de  la  langue  est  aussi  plus  italien  (voy. 
p.  ex.  p.  ia6)  ;  peut-être  le  remanieur  s'est-il  assez  intéressé  â  certaines  parties 
du  poème  pour  intervenir  personnellement  çà  et  là.  On  sait  depuis  longtemps 
que  le  sujet  du  poème  est  une  mission  donnée  par  Charles-Martel  à  Huon 
d'Auvergne  d'aller  réclamer  un  tribut  de  sa  part,  non  pas  à  l'émir  de  Baudas 
comme  Huon  de  Bordeaux*,  mais  i  Lucifer  lui-même  en  enfer.  Cette  étrange 
composition  a  sans  doute  un  point  de  départ  français  (toutefois  la  mention  du 
hn  Atvtrnati  Ugon  par  Cu.  de  Calanson  peut  fort  bien  se  rapporter  au  Huon 
d'Auvergne  qui  figure  dans  Matnct,  comme  le  pense  M.  Birch-Hirschfetd);  mais 
elle  ne  nous  e^t  connue  que  par  des  versions  italiennes,  le  poème  Iranco- italien 
remanié  dans  le  ms.  de  Turin,  un  autre  poème  franco- vénitien  qui  est  dans  un 
ms.  de  Padoue.  une  rédaction  en  prose  d'Andréa  da  Barberino,  mise  en  vers 
par  Michelangelo  da  Vollerra,  et  une  version  en  dialecte  vénitien  imprimée  deux 
fois  au  commencement  du  XVI*  siècle.  M.  Gr.  termine  son  travail  par  le  relevé 
des  mots  français  qui  se  trouvent  dans  le  poème  de  Turin.  —  P.  u  i  ^  La  ilsione 
di  VtnaSt  petit  poème  populaire  allégorique  de  ta  fin  du  XtV*  siècle,  publié  par 
A.  d'Ancona.  —  P.  1 19,  B.  Malfatti,  Dc^d  idiomi  parlait  anlicamcnte  nel  TVi- 
denùno  e  <iti  étaUtti  oJierni.  Cet  article  très  bien  fait  réfuie  solidement  ce  qu'avait 
avancé  M.  Schneller  (voy.  Rom..,  VU,  i\ù),  au  sujet  de  la  prédominance  pré- 
tendue de  l'allemand  i  Trente  et  dans  le  Trentîa  au  XIII'  siècle  ;  l'auteur 
démontre  notamment  que  le  texte  latin  du  statut  municipal  de  Trente,  publié 
par  M.  Tomaschek,  et  regardé  depuis  lors  comme  original  et  comme  «  le  plus 
sncien  texte  de  droit  public  de  Trente  >,  n'est  qu'une  détestable  traduction  du 
latin,  laquelle,  suivant  toute  vraisemblance,  remonte  au  XV*  siècle  et  non  au 
XIII*.  Dans  l'exposé  qu'il  fait  ensuite  de  l'état  linguistique  actuel  du  Trentin, 
certains  traits  manquent  de  précision  ;  on  peut  admettre  plus  largement  qu'il 
ne  le  fait  une  influence  lombarde  et  vénitienne  sur  des  parlers  originairement 
plus  rapprochés  du  Udin  ;  on  peut  contester  certaines  étymologics ;  mats  l'en* 
semble  est  fort  instructif  et  (ait  désirer  ta  suite  de  ces  études  d'un  uvani  cum- 
pètenl  et  judicieux. 


I.  Huon  de  Bordeaux  s'écrie,  en  eniendjtit  ch^rlemagne  expocer  le  meiugedon  Q  k 
charge,  qu'il  veut  donc  l'envoyer  en  enfer 


cerres,  dit  Kartu,  en  pieur  lieu  irés 
Que  en  infer  is  dUbIcs  parler. 


N'y  j.|4l  pu  quelque  rcUtioo  eone  cei  vtn  et  le  poème  de  iimjB  ttAnagne; 


628  PÉRIODIQUES 

Vahitis.  P.  190,  Note  de  M,  Moltcni  sur  le  second  Canciontin  portugais  du 
Cotocd,  qo'il  a  retrouvé^  et  qu'il  va  publier  sous  les  auspices  de  M.  Monaci 
(cf.  Rom.^  VU,  478).  Il  résulte  de  la  comparaison  de  ce  Canooneiro  avec  Tautre 
qu'ils  dérivent  tous  deux  d'une  source  unique,  perdue  aujourd'hui. 

Comptes-Rendus.  Rubieri,  Stona  délia  poesia  popolare  itahana;  d'Ancona,  L^ 
pouia  popolare  italiana  iNavone  ;  le  second  de  ces  ouvrages  est  très  supérieur 
au  premier).  —  Buttain  bibtiograpkt^ue.  —  PirioàiqtUi.  —  Noticts. 

111.  —  ZsrrscBRrpT  rûn  noMANrscas    PHn.OLOOiB,   II,  2.  —  P.    19$, 

K.  Bartsch,  Ein  ktlt'tsckes  Versmast  im  proren:alischtn  and  franzezùschtn.  Cet 
article  est  intéressant  en  ce  que  l'auteur  rassemble  un  grand  nombre  d'exemples 
français  cl  provençaux  du  vers  dont  il  s'agit,  en  montre  l'antiquité  et  la  popu- 
larité, et  redresse  souvent  le  rhythme  altéré  par  les  éditeurs  ;  mais  |e  ne  me 
sens  guère  disposé  à  adopter  sa  conclusion.  Il  s'agit  du  vers  de  onze  syllabes,  ' 
coupé  en  un  morceau  de  7  (S)  et  un  morceau  de  4  (j|  syllabes,  employé  par 
Guillaume  de  Poitiers  et  beaucoup  d'autres  poètes  provençaux,  français  etUlios 
du  moyen  Age.  M.  B.  ne  sépare  pas  de  ce  vers  celui  qui  lui  est  associé  dans  les 
trots  pièces  du  comte  de  Poitiers,  veft  de  1 5  syllabes,  divisé  en  deux  morceaux 
de  8  (7)  et  7  syllabes,  et  je  pense  qu'il  a  raison.  Or  ce  vers,  toujours  masculin 
dans  les  plus  anciens  exemples,  a  déjà  été  ramené  par  Ûiez  au  tétramélre  tro- 
chaïque  cataleclique,  ou,  pour  parler  plus  juste,  au  septénaire  latin  rhythmique, 
vers  populaire  des  Romains,  la  source  plus  ou  moins  directe,  à  mon  avis,  de  la 
plupart  de  nos  vers  romans.  El  en  effet,  ce  vers  de  Guillaume  de  Poitiers  : 

Bt  es  un  fers  e  salvâlges      que  del  baiUar  si  defén 
est  exactement  pareil  â  celui-ci  : 

Ecce  Caesar  aune  triûmphat  qot  lubegil  CalliÂsi. 
M.  B.  objecte  qu'en  latin  la  césure  Féminine  (comme  ici)  est  indispensablî 
au  lieu  qu'en  roman  c'est  la  césure  masculine  qui  est  normale,  l'autre  étant  plus 
récente  et  exceptionnelle.  Mais  en  l'admettant  {et  il  note  cependant  lui-même 
que  la  césure  féminine  est  beaucoup  plus  fréquente  dans  le  comte  de  Poitiers), 
c'est  précisément  un  trait  caractéristique  de  la  versification  romane,  et  ce  qui  a 
fait  sortir  le  vers  gallo-roman  du  vers  latin,  que  d'avoir  remplacé  les  chutes 
féminines  par  des  chutes  masculines,  soit  constantes^  soit  facultatives.  Les  vers 
en  question  ont  pour  base  un  septénaire  rhythmîque,  dont  le  premier  hémistiche 
pouvait  être  à  volonté  léminin  ou  masculin  (cf.  sur  le  mi?me  procédé  appliqué  au 
vers  de  8  syllabes,  lequel  est  le  premier  hémistiche  du  septénaire  isolé,  ce  que 
j'ai  dit  ici,  I,  294).  Quant  au  vers  de  onze  syllabes,  je  n'y  vois  qu'une  varia- 
tion de  ce  même  type,  dont  les  variations  infinies  ont  produit  ta  richesse  de 
formes  de  ta  versiBcation  du  moyen  âge  :  l'alliance  m£me  de  ces  deux  vers 
semble  l'attester.  M.  B.  trouve,  il  est  vrai,  ce  vers  de  onze  syllabes  dans  des 
compositions  latines  faites  par  des  Irlandais  dès  le  Vlll'  siècle,  et  il  en  conclut 
que  c'est  un  vers  celtique.  Je  ne  parle  pas  de  rinvraisemblance  qu'il  y  a  i  sup« 


I.  comment  se  refuser  i  reconnaître  ce  vers,  sous  une  des  formes  où  il  a  ht  le  plus 
usité  au  moyen  Ige  (la  rime  intérieure),  dans  des  ven  que  M.  B.  rapproche  lui-même 
des  nôtres  ^ 

l^rem  tjaum  non  offendit      gndli  xab  cingulo,  etc.  [p.  aïo). 


PËRIODIQUES  629 

poser  qo'un  rhythme  aussi  uciea  «t  lossi  populaire  nous  vienne  d'Irlande  |oq 
M.  B.  y  voit-il  un  vers  gautoU?!,  niais  il  e^t  bien  plus  simple  de  croire  que  les 
auteurs  irlandais  ont  reproduit  un  rhythme  déjà  usité  en  lattn  vulgaire  et  issu 
du  septénaire  rhythmique.  Disons  en  passant  que  les  vers  de  Thomas  Moore, 
allégués  en  preuve  (unique)  de  la  perpétuité  de  ce  rhylhmeen  Irlande,  semblent 
se  scander  bien  plus  naturellement  en  anapestei»  (avec  un  ïambe  au  début)  qu'en 
dactyles  comme  le  veut  l'auteur.  Quant  aux  vers  irlandais  de  14  syllabes,  ils 
reproduisent  le  septénaire  â  césure  masculine  dont  j'ai  parié  tout  i  l'heure,  — 
p.  a  20,  P.  Rajna,  //  Cantare  rf«  Cantarif  t  il  urnaltst  dtt  maestro  dt  tuai  tarti 
(long  travail  sur  lequel  nous  reviendrons  quand  il  sera  achevé).  — P.  2{), 
H.  Suchier,  Dit  Mu/iJart  dts  Ltodtgarïuàts.  Cette  étude  fort  remarquable  con- 
tient nombre  de  faits  nouveaux  et  de  rapprochements  instructif;  l'auteur  a  une 
rare  intelligence  des  transformations  phonétiques  et  il  a  dépouillé  méthodique- 
ment un  grand  nombre  de  textes.  Mais  dans  son  travail,  si  je  ne  me  trompe,  la 
sauce  vaut  mieux  que  le  poisson.  Il  veut  rapporter  le  5.  Ugtr  au  dialecte 
gallon  parce  qu'il  a  aut  etc.  pour  ftj^it  et  rcciut  pour  réceptif  et  que  ces  deux 
formes  de  parfaits  caractérisent,  suivant  lui,  ce  dialecte.  Mais  1'  ot  (ou  formes 
analogues}  est  aussi  fréquent  que  aut  dans  le  Uger^  et  aat  peut  très  bien  être  le 
fait  du  copiste  Laurent,  aimrtt  peuvent  s'expliquer  autrement)  ;  le  parf.  en  ia  ne 
se  trouve  que  dans  le  mot  ruiut,  lequel  peut  devoir  son  i  soit  â  la  même  raison 
qui  l'a  fait  insérer  dans  do,  sort,  comme  l'a  conjecturé  M.  Havet  (Rom.^  VII, 
417),  Â  l'influence  particulière  du  c  {notons  d'ailleurs  que  la  forme  évidemment 
barbare  reciaun  1 2  c  rend  suspectes  les  autres  formes  du  même  verbe  sous  la 
plume  du  copiste)  ;  2»  îl  est  bien  téméraire,  dans  l'étal  actuel  de  nos  connais- 
sances, de  tracer,  comme  le  fait  M.  S.,  les  limites  du  <■  domaine  d'au  :=  hjbui  >, 
do  ■  domaine  de  dia  =  dcbat  >.  J'ai  assigné,  avec  doute,  le  S.  Ugtr  1  la 
région  bfiurguîgnonne  :  oh  sont  les  textes  qui  prouvent  qu'elle  n'a  pas  connu 
eu  et  diu  (si  dia  il  y  a)?  Nous  avons  si  peu  de  textes  anciens,  et  il  y  a  tant  de 
provinces  four  lesquelles  nous  n'en  avons  pasi  J'ajouterai  que  dans  la  très 
habile  exposition  que  fait  M.  S.  des  conjugaisons  divergentes,  A  l'est  et  à  l'ouest, 
de  hûhai  dcbai  plaçai  moux  il  y  a  plus  d'une  explication  et  même  plus  d'un  bit 
qui  me  laissent  des  doutes.  Malgré  ces  réserves  ce  morceau  est  une  des  meil- 
leures contributions  qu'on  ait  apportées  i  la  science  encore  si  aouvelle  et  si 
hésitante  de  la  dialectologie  française. 

Mélanges,  —  I.  Exight.  Baist,  Assaillir  la  timaa  ;  curieux  exemples  de  cette 
locution  plaisante,  qu'on  trouve  déji  dans  Crestien  de  Troies  (le  pauagedeG.de 
Coinci  n'a  que  faire  ici).  —  II.  Etymologizs.  i.  Bartsch,  Êtymologitt  romtuus: 
pr.  eissalabetar  (ce  mot,  qui  se  trouve  une  fois,  —  encore  est-il  douteux, — dans 
P.  Cardinal,  répondrait  i  un  type 'od/ii/Ntriire,  diminutif  de  exd/d;ure;  on  pourrait 
aussi  bien  penser  i  talapau^  qu'on  a  d'ailleurs  proposé  de  corriger  en  atapiita\, 
V.  fr.  tstinûir  jM.  B.  regarde  u/jroir  comme  la  forme  primitive  d'ob  serait  sorti 
tstotoir  sous  l'influence  du  v,  mais  il  faudrait  citer  des  exemples  parallèles-  je 
ne  connais  tstawtr  qu'au  sens  substantif  dans  son  ttunoir  ^  •  ses  affiaircs  »,  et 
\t  ne  suis  pas  sûr  que  ce  soit  le  même  mot  qu'^ifofoiV  —  tsXavta  Bartsch  Chru- 
tom.^  120,  4  me  parait  une  faute  — ;  les  formes,  seules  attestées  i  l'ind.  pr., 
titan  tstût  etc.  postulent  un  o  originaire;  en  outre  je  ne  connais  pas  en  h. 


6}0  PÉRIODIQUBS 

d'exemple  de  la  chute  du  i  dans  celte  situation  :  batatrt  fatatu  se  comportât 
tout  autrement  ;  cette  clyraologie,  proposée  aussi  par  M.  Freund,  Vtrbalfla. 
p.  a8j  est  donc  à  rejeter,  auui  bien  que  celle  de  àcrver,  diruerc,  que  M .  B.  propose 
en  passant  :  il  n'y  a  pas  en  yfr.  de  changement  de  confugaison  de  ce  genre),  pr. 
tstahar  (pour  estadvar  de  statuare  pour  stalutrc  :  même  objection  qu'i  derver  = 
dinurt)^  fr.  peretr  |de  'per-iliare;  mais  itiarc  est  un  monstre  ;  il  est,  dit  M.  B., 
formé  comme  mùare  :  mais  mliait  vient  d'miiium;  d'ailleurs  le  sens  primitif  de 
fttr-irt —  cf.  luspassir  —  avait  disparu  en  latin.  Percer  ne  vient  pcul-ètrc  pa», 
mais  il  pourrait  venir  de  ptrtanûrt  —  déjà  indiqué  par  Diez,  —  qui  a  dû  se 
conjuguer  :  pcrlms^  pcrtuiscs^  pcrtuiut^  pertsons,  pzrtsuz,  pcrtuistnt,  etc.,  d'après 
l'anaiogie  de  parler,  mungitr,  etc.;  is  équivaut  à  c{t\^  d'où  perfons  et  percior  ;  il 
faudrait,  pour  arriver  à  It  certitude,  étudier  les  formes  anciennes  du  mot*),  pr. 
fr.  plevir  (d'un  verbe  gothique  supposé  pbihvan,  ce  qui  soulève  plus  d'une  diffi* 
culte  qu'il  serait  trop  long  d'expliquer  ici),  vfr.  ri  (tiré  d'un  mot  allemand  rau^ 
•  bûcher  >,  assez  mal  'attesté  d'ailleurs,  et  qui  peut  fort  bien  venir  dt  rattmt 
étymologie  très  vraisemblable  assignée  â  ré  par  MM.  Loeschhorn  et  Fœrsier). 
'—  2.  Settegast,  Etjmologits  Jrançaisa  :  feithn  (auj.  foulet,  partie  du  pied  du 
cheval,  rattaché  à  l'ail.  Fissloch^  qui  a  à  peu  près  le  même  sens  ;  peut-être 
Fessel,  <  paturon  •,  en  ahall.  rtzztl  et  plus  anciennement  nécessairement /cttiV, 
convient-il  mieux  :  l'auteur  hésite  entre  les  deux),  otnitc  {a  une  ondte  se  trouve 
avec  le  sens  de  »  d'un  seul  coup,  d'un  élan  •  ;  il  n'y  a  pas,  dit  M.  S.,  i  songer 
ici  â  undata,  et  il  rattache  le  mot  k  andU  (it.  anJata)  ;  i  mes  yeux  ondte  est  ici 
le  mot  nndâta  pris  métaphoriquement  :  a  ont  ondu,  i  d'un  élan  semblable  1 
celui  d'une  onde,  d'une  vague  •  ;  je  ne  vois  également  que  le  mot  ordinaire 
onde  dans  le  vers  5^79  de  Rich.  le  fî.,  Encontre  lut  n'alast  une  onde,  où  M.  Tobler 
veut  corriger  onche  :  une  onde  est  pris  ici  comme  un  simple  renforcement  de  b 
négation  ;  cf.  El  si  $omcs  certain  que  ce  ne  vaut  une  unde  (J.  de  Meun,  Test,, 

Comptes'Rendui.  P.  ji  j,  Aigar  et  Namin^  p.  p.  Schelcr  (K.  Bartsch  :  outre 
un  grand  nombre  de  corrections  et  de  conjectures,  on  remarquera  surtout 
l'indication  d'une  allusion  très  précise  faite  à  ce  poème  par  Bertran  de  Bom). 
—  P.  ji8,  Birch-Hirschfcld,  Vtber  d\t  dtn  Troubadour j  ttkanntcn  epischtn  Sto^t 
(K.  Bartsch  ;  ajoute  de  nombreuses  citations  omises  par  l'auteur  et  lui  adresse 
les  mêmes  reproches  qu'on  lui  a  faits  ici).  —  P.  iii^La  Passion  du  Christ , 
p.  p.  Edstroem  (K.  Bartsch  :  cf.  Kom.,  VI,  éij;  M.  B.  paraît  ignorer, 
comme  M.  Edstroem^  qu'une  notice  de  ce  poème,  dont  le  vrai  titre  serait 
plainte  ou  Lamentation  de  Notre-Dame,  avait  été  donnée  dés  187J  dans  le 
Bulletin  de  la  SMcUti  des  anciens  textes).  —  P-  jij,  De  Tourtoulon  et  Brin- 
guicr,  Étude  sar  la  limite  géographique  de  la  langue  d'oc  et  de  la  langiu 
d'oil  iH.  Suchier).  —  P.  jaS,  El  magico  prodigioso^  p.  p.  Morel-Fatio 
|L.  Lemcke  :  fait  pleinement  ressortir  la  nouveauté,  l'importance  et  le  mérite 
de  ce  travail).  —  [P.  îja,  Darmesleier,  De  Floovante  (K.  Stengcl.  Nous  remer- 
cions M.  St.  de  l'étude  approfondie  qu'il  a  entreprise,  avec  l'aide  d'un  de  ses 


1,  M.  Bcehmcr  {Rom.  Stud.  m.  3{8)  préfère  perlusare  :  ]'y  jvjU  penié  aossi  :  maïs  ie 
ne  trouve  au  verbe,  à  l'iod.  pr.,  que  des  formes  en  ui  qui  scmbleni  bien  accuser  b 
présence  d'un  1  en  latin. 


PÉRtOOIQUES  6ïl 

£!ives^  M.  Rœpper,  sur  notre  opuscule  :  son  analyse  est  riche  en  aperçus  ioté- 
ressanis  et  pour  la  plupart  nouveaux,  dont  nous  ferons  noire  profit.  Il  conteste 
quelques-uns  de  nos  résultats  ;  nous  discuterons  brièvement  ses  opinions.  Il  croit 
avec  M.  Rtrpper  que  le  ms.  de  Montpellier  présente  deux  textes  antérieurs, 
conservés  en  fragments,  l'un  dans  la  première  partie,  l'autre  dans  la  seconde.  11 
or  fait  qu'indiquer  ses  arguments^  qui  nous  paraissent  peu  convaincants  :  nous 
attendons  une  démonstration  en  règle  de  cette  hypothèse,  fort  intéressante 
d'ailleurs.  Il  combat  une  de  nos  assertions,  relative  i  l'existence  d'un  Fioro 
franco-italien.  La  découverte  par  M.  A.  Ive,  1  la  Bibl.  nat.  de  Paris,  d'unms. 
napolitain  du  Ubrodï  Fioravantc  modifie  la  question,  et  il  faut  attendre  la  publi- 
cation de  ce  texte  pour  avoir  une  opmion  définitive  sur  la  filiation  des  docu- 
ments italiens.  M.  St.  n'admet  pas  entièrement  le  tableau  généalogique  des 
versions  françaises  et  hollandaises  de  Floovent^  tel  que  nous  l'avons  donné.  Il 
rapporterait  le  fragment  hollandais,  ainsi  que  la  seconde  partie  du  Fiorarante 
italien,  au  Flovtnt  d'où  découle  ta  saga  islandaise.  Son  argumentation  ne  nous 
convainc  pas.  Assurément  le  fragment  hollandais  a  des  rapports  avec  la  seconde 
partie  du  Fioravanu,  nous  l'avons  amplement  démontré  dans  notre  livre.  Tous 
deux  remontent-Ils  à  un  Florent  français.^  Nous  ne  le  pensons  pas  :  car  ils  de- 
vraient avoir  dans  ce  cas  bien  plus  de  ressemblance  qu'ils  n'en  ont  avec  le  Ftavo 
italien,  lequel  à  coup  sûr  dérive  d'un  Fhvcnt  français.  Il  est  vrai  que  la  seconde 
partie  du  Floovant  de  Montpellier,  à  laquelle  M.  St.  les  rattache  tous  deux, 
aurait  un  rapport  étroit  avec  le  Flove-nt  français,  mais  c'est  ce  qui  n'est  pas 
établi.  Enfin  M,  St.  admet  contre  nous  que  le  Flooyant  ne  repose  pas  sur  la 
tradition  populaire,  mais  dérive  de  sources  écrites.  Comment  exp|ique-t-il  alors 
ce  nom  de  Floorenc,  qui  démontre  à  lui  seul  l'existence  d'une  tradition  populaire 
orale  continuée  du  VI«  au  XII»  siècle.^  Supposer  que  la  forme  Fhâowingus  figu- 
rait dans  un  texte  latin  perdu  nous  parait  bien  peu  vraisemblable.  Nous  arrê- 
tons là  nos  remarques,  remerciant  encore  M.  St.  de  sa  profonde  et  bienveillante 
cntique,  et  attendant  avec  intérêt  tes  nouvelles  études  qu'il  doit  nous  donner  sur 
cet  important  poème.)  —  A.  D.j  —  P.  j^S,  Suchier,  Vekr  du  Tte  de  seint 
Auhan  |E.  Koschwitz  :  objections  de  principe  et  de  faits  aux  théories  de  l'auteur 
sur  la  langue  et  U  versification  anglo-normandes;  cf.  Rom,,  V,  6ij).  — 
P.  J44,  De  Montaiglon  et  de  Rothschild,  Recueil  de  poàiti  françaisa,  t.  XII 
(B.  Ulbrich),  —  P.  Î47,  Compte-rendu  de  notre  n»  34,  par  MM.  Slengel, 
Lemcke.  Kœhler  (importantes  additions  aux  remarques  de  M.  Cosquin  sur  ses 
contes),  Tobler  (rappelle  que  l'explication  de  priukes  avait  déjà  été  indiquée  par 
lui,  Jahrb. ,  XV,  2 }  ) ,  ce  que  je  suis  confus  d'avoir  oublié  ;  corrige  carit  en  tarie 
dans  le  second  jeu-parti  d'Ad.  de  le  Hâte  ;  conteste  rétymologie  de  charrét  pro- 
posée par  M.  Joretl,  et  Crœber  (relève  une  erreur  de  M.  Raynaud,  d'après 
lequel  nous  n'aurions  pas  conservé  de  chansons  de  Grieviler  ;  et  ajoute  deux 
exemples  latins  de  Débats  entre  l'eau  et  le  vin,  tirés  des  Carmina  Barana,  à 
ceux  qu'a  réunis  M.  Smith)'.  —  P.  j^a,  Compte-rendu  du  t.  V  de  la  Revue  du 


I .  [M.  Stengel  parlant  du  fraginni  du  po^mc  français  imité  de  Biudri  dit  que  U 
compuraison  de  ma  tranwnpiion  avec  le  fac-iimilé  {Remania,  VI,  ^ijo)  «  ne  révék  que 
des  divergences  miigaifianiei  ».  insignifiames  oa  non,  ie  lui  seraîi  t^n  recoonaissatit  de 
me  tes  signaler.  —  i*.  M.) 


6)i  PÉRIODIQUES 

tangaes  romanes  par  M.  Groebcr  (émet  des  doutes  sur  l'ilymologie  de  tiamt- 
Jeanne^  voy.  Rom.^  VII»  342  ;  propose  une  cIj.ssi6câlioD  des  mss.  de  l'Evatigih 
provençal  selon  S.  Jeanf.  —  P.  355,  Archiv  fur  dtr  Studium  du  ntuertn  SprO' 
cftwT,  LtX,  i  (M.  Tobler  dénonce  l'article  de  M.  Kressncr  sor  S.  Nicohu  dans 
la  tradition  et  h  poésit  da  moyen  âge  comme  ^tant  la  reproduction  défigurée  d'un 
cours  fait  par  lui).  G.  P. 


IV.  —  R0MA.SIKCÏIE  Stuuien,  t.  III  (n-  XI).  —  P.  199,  H.  Morf,  Du 
Wortstellung  im  aUfran:.  Rolandsliede.  Ce  travail  fort  bien  bit»  dont  ît  est 
impossible  de  donner  ici  une  analyse,  fournit  à  un  important  chapitre  de 
l'histoire  de  la  syntaxe  une  base  très  solide.  L'auteur  a  su,  par  des  procédés 
très  sûrs  et  une  attention  toujours  en  éveil,  faire  ta  part  de  ce  qui,  dans  le 
Roland^  appartient  à  la  langue  commune  et  de  ce  qui  est  amené  par  les  besoins 
de  la  versification.  On  peut  relever  çà  et  U  quelques  légères  erreurs  ;  rexposi- 
tion  est  un  peu  lourde,  quoique  bien  ordonnée,  et  la  lecture  de  ce  travail  est 
peut-être  plus  fatigante  encore  que  ne  le  voulait  la  nature  du  sujet  ;  mais  Tau- 
teur  se  montre  par  ce  début  comme  hautement  qualifié  pour  contribuer  au 
progrès  de  la  philologie  romane.  —  P.  29J,  U  Roland  islandais,  traduit  en 
allemand  par  E.  Koschwitz.  Travail  dont  tous  les  romanistes  sauront  gré  J 
l'auteur,  car  ils  lisent  en  général  plus  aisément  l'allemand  que  l'ancien- norois, 
et  la  Runiivalbardaga  est  un  élément  des  plus  précieux  pour  la  critique  de  notre 
vieux  poème.  M.  K.  a  pris  la  peine  de  traduire  même  les  variantes  de  divers 
mss.  que  M.  Unger  a  lait  figurer  au  bas  de  son  édition  du  texte  :  c'était  11  un 
travail  fort  utile,  mais  bien  ingrat.  —  P.  ;  p ,  Bœhmer,  Son  et  non  Durit.  Sous 
ce  titrCj  M.  6.,  en  déclarant  qu'il  ne  tient  nullement  à  l'honneur  d'une  décou- 
verte aussi  facile,  cherche  à  prouver  à  ses  lecteurs  que  M.  Darmcstetcr  n'a  pas 
formulé  la  loi  sur  les  voyelles  en  position  {voy.  fiom.,  VU,  122)  «  avec  plus  de 
précision  et  de  portée  »  que  lui  :  ses  lecteurs  jugeront.  M.  B.  déclare  ensuite 
que  mon  assertion  deux  fois  répétée  que  M.  Darmestctcr  a  trouvé  cette  loi 
•  indépendamment  *  de  lui  n'a  à  ses  feux  aucune  valeur,  tant  que  M.  Darmes- 
teter  ne  l'aura  pas  confirmée  ;  il  est  satisfait  par  la  note  ci-jointe.  Il  nppdle 
que  la  première  idée  de  la  persistance  de  la  quantité  primitive  de  la  voyelle 
dans  les  syllabes  en  position,  —  en  roman  s'entend,  —  avait  été  émise  par 
M.  Schuchardt,  ce  qui  est  juste,  au  moins  en  ce  qui  concerne  Vu,  pour  lequel 
cette  idée  était  d'ailleurs  très-naturellement  suggérée.  [Au  sujet  de  la  découverte 
de  l'existence  de  trois  e  en  vfr.  et  de  la  théorie  d'après  laquelle  il  faut  consi- 
dérer dans  les  voyelles  latines  non  plus  la  quantité,  mais  le  timbre,  M.  B.,  me 
prenant  i  partie,  ne  se  contente  pas  d'affirmer  qu'il  a  le  premier  publié  cette 
découverte,  —  honneur  que  nul  ne  lui  contestera  ;  —  il  ne  peut  croire  que  \t 
Taie  faite  de  mon  cûté  ;  il  donne  i  entendre  que  je  l'aurais  plagié,  et  que 
M.  G.  Paris  se  serait  fait,  par  ses  assertions,  le  complice  de  cette  indélicatesse. 
Ces  insinuations  étranges  ne  feront  tort  qu'à  lui-même.  Je  déclare  que  i*ai 
découvert,  il  y  a  plus  de  six  ans,  l'existence  de  la  strophe  de  Roland  en  <  »  r, 
ë,  et  la  différence  que  les  versificateurs  du  XII«  siècle  font  entre  l'e  de"î,  9  et  \'t 
de  S;  qu'il  y  a  quatre  ans  j'exposais  i  mes  élèves  de  la  conférence  des  langues 
romanes,  à  l'Ëcole  des  hautes  études,  une  théorie  des  voyelles  accentuées  repo- 


PÉRIODIQUES 


6n 


sanl  sur  la  dislinclton»  non  plus  de  ta  longueur  ou  de  la  brièveii  et  de  ta  posi- 
tion, mais  de  ta  qualité  vocatiquc  (sons  fermés  et  ouverts)  et  de  la  nature  de  la 
syllabe  (syllabe  ouverte  comme  dans  pti-uem,  syllabe  fermée  comme  dans 
par-ttm)  ;  enfin  que  je  n'ai  pris  connaissance  de  l'étude  de  M.  B.  sur  A,  E^  I 
dans  le  Rotaïui  d'OxforJ  qu'après  ta  publication  de  mon  anidc  de  la  Remt 
ciitiijiu  [2}  octobre  tS?^-  Celte  déclaration  mctlra*t*cllc  fin  aux  récriminations 
de  M.  Bœhmer?  Je  le  désire.  Mais  qu'il  continue,  si  cela  lui  platt,  à  barbouiller 
les  dernières  pages  des  StaJien  de  ces  personnalités  puériles.  Il  est  libre  :  pour 
moi  je  ne  le  suivrai  plus  sur  ce  terrain  :  j'ai  autre  chose  à  faire.  —  A.  D.]  — 
P.  j67f  Compte-rendu  élogieux,  par  M.  B.,  de  la  nouvelle  édition  du  tome  1 
des  Epopéts /rançaises.  —  P.  J70,  Bàblatt  :  Fondation  Du:;  l' Emagncmtnt  du 
français.  —  (P.  371,  Bœhmer,  Soch  tinmal  Paul  Meyer.  Bordée  d'injures 
contre  moi,  mais»  comme  dit  un  vieux  proverbe,  moai  remaint  de  u  qtu  fols 
patsc.  —  P.  M.J  G.  P. 

V.~  ARCH[VPLIftD&sSTi:DItnf  DEII  NEDERRM  SpRACMBN,  t.  LVIII  {1877).  — 

P.  24  f,  Meissner,  les  Représentations  ûrio  de  Renart  au  moyen  dge  (suite  de  ces 
études  sur  des  sculptures  anglaises).  —  P.  291,  Kressner,  la  Version  provetifale 
de  t'Etangtle  de  Venfance  {rapprochements  avec  tes  sources,  suivis  de  quelques 
observations  philologiques  :  l'Évangile  est  un  des  textes  qui  changent  i  douce 
en  r  ;  voy.  Rom.^  VI,  261). 

T.  LIX  (1878).  —  P.  }3-6o,  Kre«ner,  Saint  Nicolas  dans  la  tradition  et 
dans  la  poésie  du  moyen  dgi  (voy.  sur  cet  article  l'observation  de  M.  Tobler, 
citée  plus  haut,  p.  632).  —  P-  71-106,  Versions  anglaises  de  la  vie  de 
S.  Alexis,  publiées  par  Hortsmann.  —  P.  joi-p8,  Krcssner,  Sar  le  Meraugis 
de  Portiesguez  de  Raoul  de  Houdtnc  (M.  K.r.  communique  les  variantes  du  ms. 
de  Berlin,  sans  savoir  qu'elles  ont  déjà  été  publiées  par  M.  Tobter  d'une  fa^on 
beaucoup  plus  correcte  et  surtout  plus  complète).  —  P.  40j-4^2f  LOcking, 
Us  Voyelles  pures  du  français  d'apris  Malvin-Caial  (résumé  critique  et  rKtifi- 
catif  de  l'exposé  de  cet  auteur). 

VI.  —  RrviOTA  01  Letteratuha  popolarb,  I,  3.  —  P.  161,  G.  Pitre,  Una 
variante  toscana  délia  nonlla  Jel  Petit  Poucet  (il  s'agit,  non  du  Pouctt  de  Per- 
rault, mais  de  celui  dont  j'ai  étudié  l'histoire,  et  qui  répond  au  Daùmling 
allemand.  Il  est  très  intéressant  d'en  posséder  une  variante  fTorenlme,  bien 
qu'elle  soit  fort  altérée  et  soudée  à  la  fin  avec  un  conte  différent  :  le  début 
rappelle  d'une  manière  frappante  celui  du  conte  grec  de  Grain  de  poivre).  — 
P.  167,  Sabatini,  Saggtû  di  carui  popolari  romani  (fin  de  cette  collection,  1 
laquelle  l'éditeur  a  joint  des  rapprochements  et  des  notes  fort  intéressantes).  — 
P.  189,  A.  Parisotti,  Saggio  di  mélodie  popolan  romane  (six  ain  notés,  avec  des 
observations).  —  P.  202,  A.  Lumini^  Canti  popolart  calabrut  di  carcere  (curieux 
recueil  fait  dans  la  prison  de  Monteleone  en  Calabre).  —  P.  21  ;,  R.  Kcpfaler, 
Das  R^thselmterchm  von  dem  ermordeten  Geliebtcn  (savants  rapprochements  entre 
divers  contes  sur  ce  sujet,  dans  lesquels  se  trouve  intercalé  le  trait  de  la  volaille 
habilement  découpée,  dont  nous  avons  eu  occasion  de  parler,  Rom.,  IV,  477). 
—  P.  22a.  Giaiiandrea,  Gmochi  c  canian  popolan  fanciallesckt  deiU  Marche 
(inile). 


6j4  PÉRIODIQUES 

Variétés.  P.  aa8,  Sabatîni,  Diu  mss.  in  diahtto  romanesco  dtî  sec.  XVIJI.  — 
P.  229,  Sabatini,  Un  ms.  francese  del  sa.  JfV/// (recueil  fait  par  un  soldat  en 
174J,  contenant  128  chansons  militaires,  galantes  et  badines,  dont  M.  S.  donne 
les  premiers  vers,  non  sans  quelques  erreurs  de  lecture;  dans  le  nombre  il 
semble  y  en  avoir  deux  ou  trois  de  vraiment  populaires  ;  d'autres  sont  ce  qu'on 
peut  appeler  semi-populaires).  G.  P. 

VII.  —  Rbvub  CarriQUB,  juillet-septembre.  —  Art.  126,  Cahier,  Nouveaux 
Mélanges  (R.  L.).  —  148,  Clédat,  le  Mystire  provençal  de  sainte  Agnès  (Paul 
Viollet).  —  17J,  Stengel,  l'Anthologu  provençale  de  la  Chigiana  ;  Les  deux  plus 
anciennes  grammaires  provençales  (J.  Bauquier). 

VIII.  —  LiTERABisGBBS  Centralblatt,  juillet-septembre.  —  N*  27,  Gesta 
ApoUonii  régis  Tyrii  metrua^  éd.  Dùmmler.  —  30,  Darmesteter,  De  la  création 
actuelle  de  mots  nouveaux.  —  32,  Tanner,  die  Sage  von  Guy  von  Warwick.  — 
54,  Machaut,  la  Prise  eC Alexandrie,  p.  p.  Mas-Latrie.  —  3J,  Jusserand, />£ 
Josepho  Iscano;  Gautier,  Les  Épopées  françaises,  t.  I,  2"  éd.  —  39,  Gisi,  der 
TroiU>adottr  Cuillem  Anelier  (Sg.). 

IX.  —  Jenaer  Lite&atuhzeituno,  juillet-septembre.  —  N*  31,  Maetzner, 
Franzasische  Grammalik,  2*  éd.;  Vockeradt,  Lehrbuck  der  ital.  Spracke  ;  Rein- 
hardstœttner,  Grammatik  der  portagies.  Sprache  (Stengel).  —  32,  Neumann, 
Zur  Laut-  and  Flexionslekre  des  altfranzasiscken  ;  Lebinskî,  Die  Dalination  der 
Sabstantiva  in  der  OiUSprache  ;  Freund,  Utber  du  Verbalflexion  der  ait.  franz, 
Daikmaler  (H.  Suchier).  —  3s,  Birch-Hirschfeld,  die  Sage  vom  Gral  (H.  Paul). 
—  36,  Voigt,  Kleinere  lat.  Denkmaler  der  Thiersage  (Peiper).  —  37,  Boucherie, 
Mélanges  latins  et  bas-latins  (E.  Ludwig). 


CHRONIQUE. 


Au  CoOige  de  France,  cet  hiver.  M,  G.  Parts  ezposcrii,  une  fois  par  semaine, 
VHhtoi/e  Je  ta  littiratiuc  fran^aist  tn  AngUtare  du  Xlh  du  >'/!''«  nicU,  cl  conlî- 
nucra,  dans  l'autre  leçon,  la  Cfammatrt  it  la  hngae  d'oïl  commencée  l'annic 
dernière.  —  M.  P.  Meyer  expliquera  â  l'une  de  ses  leçons  la  Vita  Naova^  el 
commencera  i  l'aulre  une  Crammatrt  Atjion^^tu  Je  la  iaagut  iTûc. 

A  la  Sorbonne,  M.  Darmcsteter,  maître  de  conférences,  fera,  dans  une  de 
ses  leçons,  l'Histoire  de  la  Formation  du  Lexique  {rançats,  et  dans  l'autre  expli- 
quera la  Chanson  de  Roland,  qui  figure  cette  année  sur  l«  programmes  de  l'agré- 
gation de  grammaire  et  des  lettres. 

A  l'Ecole  des  hautes  études,  M.  G.  Paris  fera,  pendant  le  semestre  d'hiver, 
aux  élèves  de  première  année,  Vlntrodtution  à  la  grammaire  des  languis  lomarus; 
pour  les  élèves  de  deuxième  et  troisième  année,  il  dirigera  des  exercices  pra- 
tiques sur  les  diverses  rédactions  de  Farabras.  —  M.  Darmesteter  exposera  la 
Grammaire  dis  langues  romanes. 

A  TEcole  des  chartes,  M.  P.  Meycr  fera,  comme  d'habitude,  la  grammaire 
comparée  de  la  langue  d'oil  et  de  ta  langue  d'oc,  en  y  joignant  l'explication  de 
textes  has-latins,  français  et  provençaux. 

—  Nous  apprenons  avec  un  grand  plaisir  qu'on  vient  enlin  d'adjoindre  i  la 
Faculté  des  lettres  de  Montpellier  deux  conférences  de  langue  el  de  littérature 
du  moyen  Âge,  consacrées  l'une  au  Midi,  l'autre  au  Nord  de  ta  France.  Les 
deux  maîtres  de  conférences  étaient  naturellement  désignés  :  M.  Chabaneau  est 
nommé  maître  de  conférences  pour  la  langue  d'oc,  M.  Boucherie  pour  la  langue 
d'ûQ.  L'institution  nouvelle  des  maîtres  de  conférences  est  encore  d'un  carac- 
tère mal  défini  et  d'une  utilité  scientifique,  sinon  pratique,  assez  vague.  Il 
dépend  absolument  de  ceux  à  qui  sont  dévolues  ces  fonctions  de  leur  donner 
plus  ou  moins  de  sérieux  ou  d'importance.  Si  elles  sont  remplies  avec  une  vraie 
intelligence  des  besoins  et  des  ressources  de  notre  enseignement  supérieur,  elles 
peuvent  certainement  contribuer  beaucoup  à  l'acheminer  vers  la  réforme  dont 
il  a  tant  besoin.  Nous  ne  pouvons  qu'applaudir  au  choix  du  sujet  des  nouvelles 
conférences,  au  choix  de  la  Faculté  et  au  choix  des  titulaires.  Il  y  a  Ji  Mont- 
pellier plus  que  dans  aucune  autre  ville  de  France  un  terrain  préparé  pour 
recevoir  la  bonne  semence  :  nous  sommes  sûrs  que  MM.  Chabaneau  et  Bouche- 
rie sauront  la  répandre  avec  art  et  l'arroser  avec  persévérance.  D'ici  i  peu 
d'années  on  commencera  sans  aucun  doute  i  recueillir  les  fruits  de  leurs  peines. 
Ce  n'est  qu'en  formant  aux  bonnes  méthodes  de  jeunes  travailleurs,  en  leur  faî* 


filfi  CHRONIQUE 

sant  connatlre  à  U  fois  toutes  les  difficultés  et  tous  les  auxiliaires  du  travail 
vraiment  scientiRque,  en  leur  inculquant  l'horreur  des  banalilés  superficielles, 
le  mépris  du  dilettantisme  et  l'amour  de  la  vérité  autant  sous  son  nom  d'impar- 
tialité que  sous  son  nom  d'exactitude  qu'on  préparera  en  France,  (Uns  le 
domaine  de  la  philologie  romane  comme  dans  tous  les  autres,  l'avènement  d'une 
renaissance  que  nous  ne  verrons  peul-étrc  pas,  mais  que  nous  aurons  du  moins 
appelée  de  tous  nos  vœux  et  aidée  de  tous  nos  efforts.  Nous  souhaitons  bon 
courage  et  bon  succès  à  nos  collaborateurs  de  Montpellier,  et  nous  espérons 
que  ce  stimulant,  ainsi  que  la  présence  k  Montpellier  de  M.  Chabaneau.  va 
bienlAl  donner  un  nouvel  essor  i  la  Rcvac  des  langues  romanes  et  contribuera 
1  élargir  la  part  qu'elle  fait  aujourd'hui  aux  études  historiques  et  philologiques. 

—  Le  concours  ouvert  par  la  Société  des  langues  romanes,  sur  l'inittacive  de 
M.  Quintana,  pour  ta  composition  d'un  Chant  da  latin^  a  suscité  une  masse  de 
pièces  dans  divers  dialectes  romans.  La  Société  a  donné  le  prix  â  une  poésie 
roumaine  de  M.  Alecsandri,  et  un  second  prix  A  la  pièce  catalane  de  M.  Mathen 
y  Fornelle  :  on  peut  lire  ces  deux  morceaux  dans  le  n*  de  mai^join  de  la  Rttut 
des  langues  romanes,  La  Rivista  di  leltcratura  popoiarc  nous  apprend  que  le  prof. 
Marchetii  a  mis  en  musique  l'hymne  de  M.  Alecsandri,  traduit  en  italien,  et 
qu'on  le  chante  1  Boucaresl  sur  cette  mélodie  italienne. 

—  Le  chanoine  Spano,  de  Cagliari,  connu  par  ses  travaux  sur  le  dialecte 
sardCf  notamment  par  son  Ortografia  sarda,  est  mort  le  3  avril  de  cette  année. 

—  M.  Slenge!  a  fait  exécuter  cent  exemplaires  d'une  reproduction  photogra* 
phique  complète  du  ms.  d'Oxford  de  la  Chanson  de  Roland.  L'exemplaire  ne 
coûte  pas  plus  de  2^  francs  (plus  1  fr.  2{  de  port),  et  tout  romaniste  voudra 
en  posséder  un.  Pour  les  cours,  l'habile  directeur  du  Séminaire  philologique 
roman  de  Marbourg  a  eu  l'excellente  idée  de  permettre  l'achat,  en  nombre  tlli- 
mité,  de  feuillets  isolés  au  choix  de  chacun.  Chaque  feuillet  (verso  d'un  feuillet 
pair  et  recio  d'un  feuillet  impair  du  ms.)  coûtera  7  fr.  jo  ta  douzaine  d'exem- 
plaires. S'adresser  directement  à  M.  le  prof.  Ed.  Stengel,  i  Marbourg,  ou  i  la 
librairie  Franck,  i  Paris.  A  c6té  de  cette  photographie,  M.  Stengel  vient 
d'achever  l'impression  d'une  reproduction  diplomatique  absolument  fidèle  du 
célèbre  manuscrit,  qui  sera  incessamment  mise  en  vente. 

—  Livres  adressés  à  la  Romania  : 

2,  Bastin,  Étude  philologique  sur  la  tangue  française,  ou  grammaire  comparée 

et  basée  sur  le  latin.  Première  partie.  Saint-Pétersbourg,  chez  les  principaux 

libraires,  8",  {$2  p. 
N.  Caix,  Sludi  di  etimologïa  iDitana  e  romanza.  Firenze,  Sansoni,  12",  213  p. 
G.  Flecuia,   Di  alcuni  criieri  per  l'originazione  dei  cognomi  iuliani  {Extrait 

des  mémoires  de  l'Académie  des  Lincei).  Roma,  4^,  1  f  p. 
O.  Kltscuera,  Le  manuscrit  des  sermons  français  de  S,  Bernard  traduits  da 

latm  date-t-il  de  1207?  Halle,  Karras,  8<*,  46  p. 
C.  Ayrr,  Introduction  X  l'étude  des  dialectes  du  pays  romand.  NeuchJtel,  4% 

6.  Pethicbicu-Hasded,  Limba  româoa  vorbitiintre  1  {{0*1660.  StudiQ  paleo- 


CHRONIQUE  6\y 

grafico-linguistic,  eu  observattuni  fiiologice  de  H.  Schuchaaot.  Tomulu  I 
(Publications  de  la  Direction  générale  des  Archives  d'Éut).  Bucuresci,  8*, 
44)  p.  —  Ouvrage  important,  dont  nous  rendrons  compte  quand  le  second 
volume  aura  paru.  . 

A.  GAi^t'ABY,  Die  Sicilîanische  Dichterschule  des  droizehnten  Jahrhunderts. 
Berlin,  Weidmano,  8",  231  p.  —  Dans  ce  livre  fort  intéreiwnt,  l'auteur 
réunit  d'abord  tout  ce  qu'on  sait  de  positif  sur  les  poètes  de  l'école  sici- 
lienne, nom  sous  lequel  il  comprendi  à  l'instar  de  Dante,  tout  le  groupe  des 
poètes  primitifs  italiens  ;  il  recherche  ensuite,  avec  plus  de  précision  qu'on 
ne  l'avait  bit  avant  lui,  ce  que  la  poésie  de  l'école  sicilienne  doit  aux  trou- 
badours et  les  traits  par  lesquels  elle  commence  i  s'affranchir  d'une  imitation 
servile  ;  enfin  il  étudie  la  langue  de  ces  poètes^  et  il  arrive  sur  ce  dernier 
point  i  des  résultats  nouveaux,  qui  appellent  assurément  le  contrôle,  mais 
qui  contiennent  une  part  incontestable  de  vérité.  Chemin  faisant,  il  redresse, 
généralement  avec  un  grand  bonheur,  un  certain  nombre  de  leçons  fautives 
des  textes  qu'il  a  l'occasion  de  citer. 

Aacàssin  uaj  Nicoieie,  neu  nach  dcr  Handschrîft,  mit  Paradïgmen  und  Glossar, 
von  H.  Stchier.  Paderbom,Schœningh,  8',  118  p.  —  L'éditton  du  même 
roman,  par  G.  Paris,  qui  doit  accompagner  la  traduction  et  les  dessins  de 
Bida,  est  imprimée  depuis  le  mois  de  juin  ;  mais,  retardée  par  diverses  circons- 
tances, elle  ne  paraîtra  qu'en  même  temps  que  la  présente  livraison  de  la 
Remania. 

Di  Mabtlno,  Ënigmes  populaires  siciliennes.  Paris,  Maisonneuve,  8',  r  1  p. 
(Extrait  de  la  Revue  des  langues  ramants). 

Morcl-Fatio,  L'Espagne  au  XVI'  et  au  XVIh  siècle  :  documents  historiques 
et  littéraires  publiés  et  annotés.  Heilbronn,  Henninger,  8»^  xi-é97  p.  — 
Quoique  ce  livre,  par  l'époque  dont  il  s'occupe,  sorte  du  cadre  de  la  Roma- 
ma,  nous  croyons  devoir  te  signaler  i  tous  ceux  de  nos  lecteurs  qui  s'occu- 
pent des  cotas  de  Espana  comme  méritant  au  plus  haut  degré  leur  attention 
par  l'intérêt  des  documents  mis  au  jour  et  par  ta  valeur  du  commentaire 
qui  les  accompagne. 


ERRATA. 


P.  4(1,  à  la  fin  de  la  note  commencée  i  la  p.  4^0,  nics^  lisez  ria,-  daira^ 
lisez  Dairts. 


TABLE   DES   MATIÈRES. 


Pages 

Le  Lai  de  t'Éperyiery  p.  p.  G.  Paris i 

R.  Rajna.  Una  verstonc  in  ottava  rima  del  libro  dei  Sette  Savi 22,  }68 

V.  Shith.  Vieilles  chansons  recueillies  en  VeUy  et  en  Forez j  2 

A.  Laubrior.  Ve  bref  latin  en  roumain 8f 

P.  Meybr.  La  légende  de  Cirait  de  Roussillon 161 

E.  Picot.  La  Sottie  en  France 2]6 

J.  Cornu.  Glanures  phonologiques.  Voyelles  toniques  :  d,  a  tonique  mainteoa, 
i  =  I,  I  atone  protonique  et  i  en  position.  Dtphthongues  :  ao.  Voyelles 
atones  :  suffixe  'Otorem,  de  l'influence  régressive  de  Vî  sur  les  dentales. 
Consonnes  :  d^^n,  tumt  =  tudinem  (cf.  aux  Mélanges^  p.  J9]),  sce,  set  et 

sca  dans  la  conjugabon,  rr^trdr )  f  j 

Vn  lai  d'amours,  p.  p.  G.  Paris    . 406 

A.  Morel-Fatio.  El  Libro  de  Exenpbs  por  a.  b.  c.  de  Climente  Sanchez.    .    .  481 

Contes  populaires  lorrains  recueillis  par  E.  Cost^iH 527 

MÉLANGES. 

Tarris  Alitkie  (G.  P.) 94 

Chanson  anonyme  tirée  d'un  ms.  de  Stockholm  (G.  P.) 9j 

Motets  (P.  M.) 99 

Surge  (G.  P.) 10) 

Les  dix-sept  cent  mille  clochers  de  la  France  (P.  M.) 104 

D'un  emploi  non  étymologique  du  t  final  en  provençal  (P.  M.) 107 

Clan  et  aglan  (J.  Cornu) 108 

Nous  et  on  (L.  Havet) 109 

Un  nouveau  texte  des  Noyas  del  papagay  (A.  Wesselofsky) 527 

Sur  lo,  pronom  neutre  en  provençal  (C.  Chabaneau) ^29 

L'V  dans  le  Saint-Léger  (L.  Havet) 41  f 

Troaver  (G.  P.) 417 

Conjugaison  des  verbes  aidier,  araisnîer  et  mangîer  (J.  Coran) 420 

Itanjar  (P.  M.) 4ja 

Butentrot,  les  Achopars,  les  Canelius  (P.  M.) 4j{ 

Mien  =  meum  (J.  Cornu) 59» 

^irrz  en  langue  d'oc  [P.  M.) j9^ 


TABLE  DES  MATlftRES  639 

Coutume^  aubaiu  (t.  Havet) J93 

âtymologies  espagnoles  :  frurtfo,  dûo*  (J.  Cornu). J9f 

Le  du  de  Jehan  le  Rigolé,  p.  p.  G.  Rariund $96 

Ti,  signe  d'intarogatioo  (E.  RoIUnd) 599 

CORRECTIONS. 

Sur  le  Dit  de  Coastant  (Th.  Sundbj) ))i 

Sur  la  Vie  saint  Jthan  boucht  d'or  (A.  Lilttge) 600 

COMPTES-RENDUS. 

Bastarj  {Lî)  de  BuiUon,  p.  p.  Schilik  (G.  P.) 4^1 

BiRCH-HiRscHFiLD,  uebcT  die  den  Troubadours  bekamiten  epischen  Stoffe  (P.  M., 

G.  P.) 448 

finit  (Der  Mûnchener),  hgg.  von  HorniANN  and  VoLLHaLLiR  (G.  P.).    ...  144 
Frbuno,  Ueber  die  Verbalflexion  der  leltesten  franzoetisdien  Spracbdenknueler 

{G.  P.) 620 

GRAr,  voy.  Huon  de  Bordeaux. 
HoFHANN,  voy.  Brut. 

HuiFriR,  The  Troubadours  (P.  M.) 44J 

//uoR  if«  fiori^Mux  {I  Coroplementi  d'),  p.  da  Graf  (G.  P.) JJ2 

Jung,  Rœmer  und  Romanen  in  den  Donaolmdem  (G.  P.] 608 

LiBiNSKi  (Voh),  Die  Declinatîon  der  Subsuntivt  in  der  oH-Sprache  Us  anf  Cres- 

tiens  de  TToies  (G.  P.) €19 

LucHAiRi,  De  lingua  aqiûtania  (P.  M.) 140 

LûcKiNc,  Die  dtesten  franzœsischen  Mnndarten  (G.  P.) 1  m 

Marguerite  (Deux  rédactions  de  la  Vie  de  sainte),  p.  p.  Schilir  (P.  M.)  ...  n9 
Marguerite  d'OvNCT,  voy.  Oynct. 

Oyngt  (Marguerite  d')*  Œuvres,  p.  p.  Phiupoh  (P.  M.) 141 

Philipon,  voy.  Oyhct. 

Schilir,  voy.  Bastars  (Lî)  de  BaiUonj  Margamte  [Vie  de  sânte). 

VOLLHCELLIR,  VOy.  BtUt. 

PtiRIODIQUES. 

Academia  (La),  ij  juin  1878 477 

Angliai  ' 474 

Antologîa  (Nuova),  janvier  1878 476 

Archiv  fiir  das  Studium  der  neneren  Sprachen,  LV[l  {1877) ,    .  147 

—                     —                       —                 LVUI-LIX  (1877.78)     ....  6}J 

Archives  historiques  du  dépanemeat  de  la  Gironde,  XV[I  (1877) 474 

Athenxum  (The),  i]  juillet  1878 477 

Beitrxge  zur  Geschichte  der  deutschen  Sprache  und  Litcratur,  Ml 148 

Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  XXXVIIl,  4 147 

—                       —                   XXXVIII,  6 347 

Bulletin  de  la  Société  archéologique,  scientifique  et  littéraire  de  Bénen,  a"  série, 

t.  IX,  ï 148 

Bulletin  de  la  Société  da  anciens  textes  français,  1877,  3 J47 

Effemeridi  (Nuovc)  Siciliane,  1877 474 

Engliscbe  Studien,  l,  a 47} 


640  TABLE    DES   MATIÈRES 

Gennania,  XXll 47} 

Cîorcale  di  âtologîa  romaiiza,  I,  1 46J 

—  —                I,  2 625 

Costtinger  gdehrte  Aazeigen,  1877,  n-  ji ijj 

Jenaer  Literaturzeitung,  octobre-décembre  1877 if) 

—  janvier-macs  1878 - )48 

—  avril-juin  1878 477 

.—                 juillet-septembre.  1878 6J4 

Literarisches  Centralblan,  oaobre-décembre  1877 , if) 

—  janvier-mars  1878 348 

—  avril-juin  1878 477 

—  juillet-septembre  1878. 634 

Mélustne,  octobre-décembre  1877 147 

Mémoires  de  la  Société  de  linguistique  de  Paris,  III,  5 474 

Mittheilungeo  aus  J.  Perthes'  geographischer  Anstalt,  1877,  X ijo 

Revue  celtique,  III 148 

Revue  critique,  octobre-décembre  1877 mj 

—  •janvier-mare  1878 J48 

—  avril-juin  1878 477 

—  juillet-septembre  1878 6}4 

Revue  de  philologie,  II,  3 474 

Revue  des  langues  romanes,  2*  série,  t.  IV,  11-12;  t.  V,  1-2 342 

—  -       t.  V,  3 463 

—  -        t.  V,  4 ;    .     .    .  62Î 

Revue  historique  de  l'ancienne  langue  française,  octobr^décembre  1877.    ...  147 

Rlvista  di  letteratura  popolare,  I,  2 348 

-  —                    I,  î 6» 

Romanische  Studien,  III,  i 470 

—           —       III,  2 632 

Zàtschrift  fur  deuuches  Alterthum,  N.  F.  IX,  j 147 

Zeitschrift  fîir  Kircherrecht,  XIV  (1877),  2 149 

Zeitschrift  fur  romanische  Philologie,  1,4 )4) 

—  —                    II,  I 46Î 

—  —                    II,  2 628 

CHRONIQUE. 

Janvier 154 

Avril )49 

Juillet 478 

Octobre 631 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Imprimerie  Gouverneur,  G.  Daupeley  à  Nogeot-te-Rotrou, 


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